« L'islam aime la chair,l'amour et les femmes »

Discussion dans 'Scooooop' créé par dj abdo, 2 Octobre 2006.

  1. dj abdo

    dj abdo Guest

    Entretien avec Malek Chebel
    « L'islam aime la chair,l'amour et les femmes »

    Attention, ce livre est dangereux : « Le Kama-sutra arabe » (Pauvert), de l'anthropologue Malek Chebel, exhume de la clandestinité, voire de l'oubli, les grands textes de l'érotisme arabe.

    Propos recueillis par Catherine Golliau

    Scandale : cet ouvrage parle de passion, de désir, de coït, de vulve, de pénis ; on y chante le plaisir des sens et le bonheur d'aimer. Courtoise mais aussi gaillarde, voire paillarde, la littérature érotique arabe exprime une sensualité jubilatoire, scandaleuse par essence quand les fatwas de l'intégrisme musulman s'attachent à nier le corps. De très sérieux professeurs d'Al-Azhar, la plus prestigieuse université d'islam, ne viennent-ils pas d'interdire de « faire l'amour nu » sous peine d'invalider le mariage ? Tartuffe est toujours vert mais connaît mal ses lettres, leur rétorque Malek Chebel dans cette interview exclusive : l'islam aime la chair, l'amour et les femmes.


    Le Point : Vous publiez une anthologie des textes érotiques en islam : « Le Kama-sutra arabe ». Ces deux mots ne sont-ils pas antinomiques ?


    Malek Chebel : Les fondamentalistes tiennent pour impure toute intention charnelle, et même tout clin d'oeil. Mais cet islam procède d'une haine de la chair. Il condamne le corps et la nudité, et excommunie la femme au seul prétexte qu'elle est une femme. La religion de Mahomet n'a pas toujours été synonyme de frustration et de culpabilité. Par le passé, un grand raffinement a accompagné son développement, notamment en Mésopotamie, en Andalousie, au Maghreb et en Syrie. Rappelons-nous les divans recouverts de roses et les lits coquins dont parlent « Les mille et une nuits ». Mais la psychanalyse a prouvé que ce que l'on refoule le plus est cela même qui rejaillit avec une force sauvage... « Le Kama-sutra arabe » est un livre de sagesse autour du couple. Prélude à la fécondation et au coït, c'est aussi un manuel du savoir-jouir, une anthologie de poésie courtoise et une grammaire des positions amoureuses. Comme dans le Kama-sutra indien, les jeunes gens apprennent à se comporter en parfaits « brahmanes », à tenir leur rang et à respecter les conventions.

    Cet érotisme est donc recommandé par les textes sacrés de l'islam ?

    La sexualité est un fait reconnu par le Coran et par la tradition. Le Coran invite très clairement le musulman à s'adonner à l'oeuvre de chair, qui fait partie intégralement de la foi. Il fait référence à la sexualité et plus précisément à la fécondité. Dans la sourate II, intitulée « La génisse » ou « La vache », il est clairement dit que l'acte charnel est une bénédiction divine recommandée par Allah : « Elles (les femmes) sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles... Cohabitez avec elles et recherchez ce qu'Allah a prescrit pour vous » (Coran, II, 187). Un bon musulman ne se parfait spirituellement que s'il honore régulièrement son épouse en cherchant, si possible, à la satisfaire pleinement. Les bons musulmans doivent « cultiver leur champ » (sourate II, verset 223). Ce n'est pas un hasard si le Paradis de l'islam est hanté par les houris, ces jeunes femmes dont la virginité physique se reconstitue après chaque pénétration. Le texte sacré exprime à divers endroits et sans pudibonderie le désir, la passion et même la furie amoureuse, comme au chapitre XII, dans la sourate dite de « Joseph », qui raconte la passion de Zuleikha, femme de Putiphar, pour le beau Joseph que ses frères avait vendu en esclavage. « Haita lak, lui dit-elle. Me voici à toi ! prends-moi, je suis follement amoureuse... ! » Tels qu'ils sont rapportés au IXe siècle par Bokhari, les hadiths du Prophète, c'est-à-dire ses propos et ses commentaires, sont aussi très « verts ». Enfin, la tradition qui s'est construite à partir de l'exemple donné par les compagnons du Prophète milite pour un affranchissement total du corps, tout en restant dans les limites d'une sexualité saine.

    Mahomet était un grand sensuel ?

    Il menait une vie qui pourrait sembler pécheresse aux yeux des intégristes d'aujourd'hui... Il le disait lui-même : j'ai aimé de ce monde les femmes, les parfums et la prière. Il n'hésitait pas à favoriser la découverte du plaisir chez ses partenaires. Nous le savons par les propos rapportés par les épouses du Prophète elles-mêmes : d'après l'historien Tabari (839-923), quand Mahomet reçut dans son lit Marya la copte, il resta avec elle vingt-sept jours et vingt-sept nuits...

    Mais les textes sacrés prônent moins le plaisir que la fécondité...

    Il est vrai que le Coran fait surtout référence à la sexualité, et plus précisément à la fécondité. L'islam, religion à vocation nataliste, rencontre ici la famille : l'islam veut des soldats, la famille veut des enfants. Mais cela n'interdit pas la jouissance. Une expression arabe dit que, lorsqu'un homme et une femme sont ensemble dans une chambre, la troisième personne ne peut être que Satan. Ce qui veut dire que lorsque deux individus majeurs désirent se donner l'un à l'autre, ils peuvent jouir l'un de l'autre sans limite. Tous ceux qui veulent dresser les jeunes filles selon leur vision rétrograde agissent non pas comme des musulmans, mais comme des misogynes et des machos.

    Difficile d'imaginer que la culture bédouine du VIe siècle arabe ait pu nourrir l'érotisme brûlant que vous décrivez.

    Il est vrai que la société anté-islamique de l'Arabie ne nous a pas laissé d'oeuvres « érotiques » au sens où on l'entend aujourd'hui. Les « Ayam al-Arab » (« Les jours des Arabes » ), qui rapportent la légende des Anciens, mentionnent bien des romances, mais rien de transcendant sur le plan sexuel. La Perse a donné sa richesse évocatrice à la poésie orientale. Les thèmes de l'homosexualité lui sont en grande partie empruntés. La beauté, l'esthétique sont typiquement persanes. Les aphrodisiaques, les recettes de beauté, l'amour courtois sont plutôt arabes. Mais aucun clivage strict ne peut être posé.

    L'Occident a forgé une partie de son imaginaire érotique grâce aux « Mille et une nuits ». Quelle place tiennent-elles dans cette littérature ?

    Unique. Toutes les parties fines que la société bourgeoise de la Bagdad abbasside (Xe siècle) organisait, parfois dans le palais même du souverain, nous sont décrites par « Les mille et une nuits ». C'est étonnant, la liberté de ton avec laquelle ses auteurs - je devrais dire ses « auteures », telle est la thèse que je défends dans mon livre, « Psychanalyse des "Mille et une nuits" » - ont abordé la question du sexe, même si les traductions récentes de ces contes sont fort pudibondes.

    Quelles sont les autres grandes oeuvres érotiques de la culture islamique ?

    Cette littérature est très diversifiée. Il existe de nombreuses oeuvres qui relèvent de l'amour courtois au sens où on l'entend en Occident et où s'illustrent deux grands noms, Umar Ibn Abi Rabi'a (644-719), que l'on a surnommé le Casanova de Médine, et Abu Nuwas (757-815), libertin splendide qui osa tenir un verre de vin d'une main et caresser de l'autre la joue d'un mignon. Il existe aussi des oeuvres qui relèvent plutôt du manuel d'érotologie, comme « Le collier de la colombe », d'Ibn Hazm l'Andalou (994-1063), « Le guide de l'éveillé », d'Ibn Foulayta (XVe siècle), et surtout « Le jardin parfumé », du cheikh Nefzaoui (XVe siècle). D'autres sont très truculents, comme ce qu'a pu écrire Esfahani, auteur au XIXe siècle d'une « Epître de la queue ». Avec ces ouvrages, on découvre que l'Orient n'a jamais cessé de parler de la taille du pénis, de la beauté de la vulve, de la puissance copulatoire... Certains traités, plus rares, n'hésitent pas à évoquer ouvertement la nymphomanie, la zoophilie, la masturbation et même le godemiché. Enfin, il ne faut pas oublier les textes humoristiques. J'ai traduit dans mon « Kama-sutra arabe » nombre d'anecdotes où le sexe est campé dans des historiettes savoureuses que seuls les gens d'esprit pouvaient saisir. Evidemment, cette littérature était surtout réservée à une classe privilégiée et circulait discrètement sous le manteau.

    Peut-on parler d'un âge d'or du sexe en islam, comparable, par exemple, au libertinage français du XVIIIe siècle ?

    Difficile de parler d'un âge d'or dans la mesure où cette littérature érotique se développe sur près de mille ans, et de manière très éparpillée. L'amour courtois ayant été initié au VIe siècle avec des couples emblématiques comme Majnun et Layla ou Djamel et Buthaïna, l'érotisme s'exprime ensuite avec le mouvement dit des « Raffinés » (Zurafa). A l'image d'Abu Nuwas, un prince dans tous les sens du mot, les Raffinés faisaient bombance et bonne chair sans souci des conventions. Durant le Xe et le XIe siècle, la nécessité d'expliquer au plus grand nombre les préceptes de la religion pousse de nombreux théologiens orthodoxes - Ghazzali par exemple - à traiter aussi bien de la jalousie et du désir que des interdits. Du XIIe au XVe siècle, des narrateurs hors pair décrivent les mille et une façons de s'adonner à la chair... J'ai ainsi été étonné par la décontraction avec laquelle des auteurs comme Nawadji (XVe) traitent de l'homosexualité, sujet délicat en islam, comme l'a malheureusement montré récemment le procès surréaliste intenté aux homosexuels en Egypte. L'Empire ottoman, militaire et administratif, marque toutefois un reflux de l'art en général et de la culture érotique en particulier, même si l'on trouve quelques perles dont il sera difficile de nier la beauté.

    Quel rôle tient la femme dans cette culture érotique ?

    La femme, l'épouse et la concubine, voire la prostituée, jouent un rôle essentiel. La femme est la partenaire idéale des amoureux courtois, les udhrites, la dulcinée des Raffinés du VIIe siècle... Et la principale protagoniste des « Mille et une nuits ». En tant que partenaire, ses capacités sexuelles sont louées par tous les érotologues, et même le Coran lui reconnaît une certaine autonomie en la matière. Certaines femmes ont d'ailleurs écrit des textes érotiques comme Wallada (XIe), poétesse et princesse de Cordoue qui n'hésita pas à afficher ses goûts saphiques.

    Et le harem ?

    On fantasme beaucoup sur ce lieu privé des femmes que les Occidentaux imaginent entassées les unes sur les autres. La peinture orientaliste des XVIIIe et XIXe siècles a popularisé les odalisques nues, fumant le narghilé en attendant l'assaut d'un mâle... Mais il est vrai que le secret, le caché et le non-dit excitent la libido. De fait, comme le montre la littérature érotique, la situation de la femme est heureusement plus complexe et plus raffinée que cela. Les femmes y sont montrées rusées et débrouillardes. Elles n'acceptent jamais un mâle si elles ne l'ont pas désiré. Même leurs époux légitimes peuvent avoir des difficultés pour se faire accueillir pour la nuit. Il leur faut séduire, convaincre. La sexualité y reste l'un des derniers bastions de la liberté individuelle.

    Comment expliquez-vous la peur de la chair et du désir qui caractérise aujourd'hui la culture musulmane ?

    Le rejet de la chair et du sexe est d'abord un rejet de soi-même. Et lorsqu'on se rejette il n'est pas sûr d'aimer qui que ce soit, même Dieu. L'islam met l'accent sur le bonheur profane comme médiation et comme invite au bonheur spirituel. Les opposer, c'est se conduire comme un « analphabète sentimental ». Du reste, les hadiths le disent sans cesse : aucun musulman ne peut prétendre au Paradis s'il ne commence par aimer son prochain (au sens biblique et au sens profane du terme) comme il s'aime lui-même

    http://www.mafhoum.com/press9/278C33.htm
     
  2. casawi68

    casawi68 Visiteur

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    Re : « L'islam aime la chair,l'amour et les femmes »

    chi resumé 3afak [22h]
     
  3. rosée du matin

    rosée du matin Accro

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    Re : « L'islam aime la chair,l'amour et les femmes »

    yak hada malek chebel mat llah yrahmou??? [07h]
     
  4. safaa4001

    safaa4001 safaa4001

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    Re : « L'islam aime la chair,l'amour et les femmes »

    ana mafhemt walou, 3afak ila ma3tina chi analyse
     
  5. max_lorie

    max_lorie Visiteur

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    Re : « L'islam aime la chair,l'amour et les femmes »

    malek chabel est un intellictuel un peu métigé , moi j'ai l'impression qu'il est trop complaisant avec les occidenteaux , pr pouvoir vendre ces explications de la religion , son dernier livre le Kamasutra arabe est pas tellmnt convainquant .
     

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