600 avortements clandestins par jour, à quand une loi plus souple ?

Discussion dans 'Discussion générale' créé par simo160, 10 Novembre 2008.

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  1. simo160

    simo160 Accro Membre du personnel

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    N’est autorisé au Maroc que l’avortement thérapeutique quand la santé de la mère est en danger. Pourtant, sa pratique est très courante.
    Une association de lutte contre l’avortement clandestin est née.
    Objectif : encadrer la libéralisation de l’avortement.
    Ministres, médecins, politiques et société civile donnent leurs avis.

    Le Maroc est-il prêt à libéraliser la pratique de l’avortement ? Le sujet reste très sensible dans un pays où les tabous pèsent de tout leur poids et où l’interpétation des préceptes religieux est souvent restrictive.

    D’ailleurs, la loi laisse peu de marge de manœuvre : si la santé de la femme n’est pas menacée, l’avortement est tout simplement interdit et sévèrement puni (voir encadré en page suivante).

    On l’aura compris, la loi vise avant tout un objectif d’ordre moral, celui d’éviter les avortements pour des raisons de confort personnel. Elle vise également à éviter ce qu’elle considère comme un crime: l’avortement pratiqué au-delà d’une certaine durée de développement de l’embryon humain. Car une question reste en suspens, comme dans d’autres sociétés, du reste : à quel moment un embryon devient-il un être humain ?

    Quoi qu’il en soit, bien encadré, l’avortement permettrait de faire face à de nombreuses situations délicates, notamment en cas de grossesse suivant un viol, de malformation du fœtus ou, tout simplement, de grossesse non désirée, survenant par accident, et rendant insupportables les charges pesant sur les familles les plus démunies.

    Certains pays proches du Maroc, comme la Tunisie ou la Turquie, ayant compris les avantages de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), l’ont autorisée il y a belle lurette.

    Avortement clandestin : de 1 000 à 15 000 DH,à la tête du client
    Avec des restrictions aussi sévères, le Maroc, lui, est, naturellement, le théâtre de dérives inquiétantes en matière d’IVG. Les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), divulguées par la presse il y a quelques semaines, et l’enquête scientifique menée par l’Association marocaine de planification familiale (AMPF) en 2007, donnent froid dans le dos.

    35% des grossesses au Maroc, qu’elles soient le fruit de relations sexuelles hors ou dans le cadre du mariage, ne sont pas programmées. Sur ces 35%, il y a 1 000 grossesses par journon désirées.

    Le plus grave : 600 femmes au moins recourent quotidiennement à l’avortement clandestin - non autorisé par la loi - médicalisé ou non. Autre chiffre inquiétant : selon l’OMS, 13% des cas de mortalité maternelle sont en relation avec l’avortement, sachant que cette mortalité, touche globalement 228 femmes pour 100 000 naissances au Maroc, un taux parmi les plus élevés au monde.

    Signe de la préoccupation grandissante quant à ce fléau, la position de quelques gynécologues courageux qui commencent à s’inquiéter, à oser dénoncer ouvertement la pratique clandestine et à grande échelle de l’avortement, avec son cortège de drames médicaux, sociaux et psychologiques.

    Pire, la clandestinité de l’acte abortif fait grimper son prix: entre 1 000 et 15 000 DH, selon les cas. Pour le Pr Chakib Chraibi, chef de service gynéco-obstétrique à la maternité des Orangers, à Rabat, «ce prix monte ou baisse selon le risque présenté par la femme, son âge, son statut social, l’âge de la grossesse. Si l’avortement était autorisé, le prix ne dépasserait pas 1000 ou 1500 DH. C’est un marché lucratif dont profitent nombre de médecins en début de carrière.»

    Le Dr Chraibi, qui a vu un très grand nombre de cas «insoutenables» dans sa carrière, en est révulsé. Celui de cette jeune femme de 19 ans, par exemple, admise dans son service avec le col de l’utérus déchiré par l’introduction d’un objet contondant dans le vagin. Quasi exsangue et atteinte d’une grave infection, elle décédera 48 heures plus tard, d’un choc septique.

    Ou encore celui de cette autre femme, admise pour hémorragie génitale : «A l’examen du vagin, on retrouve des sphacèles vaginales [NDLR : morceaux de tissus nécrosés] à l’emporte-pièce dues à la mise en place de comprimés de permanganate de potassium.

    Son traitement nécessitera une réanimation intensive et une intervention de plusieurs heures. Elle s’en sortira avec une synéchie [NDLR : adhérences pouvant provoquer une stérilité définitive] vaginale totale».

    On peut citer deux autres cas. B.S, 20 ans, est admise aux urgences de l’hôpital Avicenne pour tétanos. L’examen révèle des plaies vaginales en rapport avec l’utilisation d’instruments souillés.

    Elle en meurt 48 heures plus tard. R.T., elle aussi reçue aux urgences d’Avicenne, mais pour intoxication aigüe, est en détresse respiratoire et insuffisance hépatique aigüe. L’interrogatoire finit par révéler la consommation de produits abortifs conseillés par la voisine.

    Elle en meurt le jour même.
    De l’autre côté de la barrière, une dizaine de médecins se font écrouer chaque année pour IVG illégale, sachant que ceux qui offrent leurs services pour cet acte sont bien plus nombreux. Souvent, ceux que la justice repère, sont victimes d’une opération qui tourne mal, ou de conséquences plus tardives.

    Faire avorter une femme, affirme un gynécologue qui exerce depuis 25 ans à Casablanca, «est un acte à priori facile, mais qui peut se révéler dans la pratique extrêmement délicat, et cette gravité augmente avec l’avancement de l’âge de la grossesse. Les changements physiologiques de la femme sont très importants et une simple maladie comme le diabète peut entraîner des répercussions néfastes lors de l’IVG.

    L’opération doit se faire en principe sous anesthésie générale, ce qui veut dire qu’elle doit avoir lieu dans un milieu médical approprié, avec un anesthésiste. Souvent, les accidents lors de l’IVG sont dus à l’anesthésie ou à une hémorragie.»


    Or, au Maroc, bien souvent, les avortements ne se déroulent pas en milieu médical approprié, dans un bloc opératoire par exemple, ni en présence d’un anesthésiste. Les médecins qui y procèdent le font généralement dans leur cabinet, sans prendre (ou pouvoir prendre) les précautions nécessaires. Quand cela se passe sans anicroche, c’est «ni vu ni connu».

    Mais, pour peu que survienne un incident - hémorragie, mari qui dénonce l’acte, mutilation, décès... - la loi est très sévère. Faut-il préciser que toutes les Marocaines ne se font pas avorter par un médecin ? Celles qui n’en ont pas les moyens se rabattent sur les plantes abortives vendues chez les herboristes, sur les infirmières, les kablate (sages-femmes) ou encore sur des charlatans.

    On connaît les conséquences de ces produits sur la santé de la mère, et celle de l’enfant si la potion n’a pas fait son œuvre : conséquences sur le cœur, les reins, sur l’équilibre psychologique de la femme... C’est le cas de cette femme, qui ne pourra jamais oublier son avortement. Après avoir ingéré une décoction de plantes, elle n’a ressenti aucun effet sur le champ, ni au cours des semaines suivantes.

    C’est seulement cinq mois après qu’elle s’est retrouvée, seule dans un garage, à expulser son fœtus morceau par morceau. C’est Aïcha Ech-chenna, la première femme au Maroc à avoir courageusement ouvert les bras aux femmes ayant accouché d’enfants non désirés, qui nous raconte cette histoire.

    Pour se convaincre de la tartufferie des faiseurs de morale, il suffit de faire un tour du côté de son association, Solidarité féminine : les témoignages de petites filles violées et de grossesses incestueuses sont légion. Ils ont fait l’objet d’un livre, sorti en 2005, signé par les deux sociologues Soumia Naâmane et Chakib Guessous.

    Le nombre relevé de cas d’inceste est impressionnant. Et ce sont, avaient expliqué les deux auteurs à La Vie éco à la sortie du livre, «les grossesses les plus dramatiques, où tous les repères sont perdus : une fille qui porte le bébé de son père, de son oncle ou de son frère, c’est plus qu’un traumatisme. La victime est irrécupérable sur le plan psycho-affectif.»

    Un autre cauchemar guette les femmes enceintes hors-mariage lorsqu’elles conduisent leur grossesse à terme : des enfants abandonnés dans les hôpitaux ou dans les rues, des orphelinats qui ne désemplissent pas.

    A l’instar de K.S., cette mère célibataire, de niveau universitaire, qui accouche en septembre 2007 à la maternité des Orangers de Rabat de triplés qu’elle abandonne. Ou encore de M.N. qui, un mois plus tard (octobre 2007), accouche dans le même service de jumeaux qu’elle abandonne également.

    Que faire pour sortir de cet engrenage ? Libéraliser l’avortement ? Dans certains cas, martèle le Pr Nadia Kadiri, professeur de psychiatrie et praticienne au CHU Ibn Rochd, à Casablanca, «l’avortement est une délivrance. Notamment pour les grossesses survenues dans des conditions dramatiques, où la femme enceinte ne se sent ni socialement ni psychologiquement prête à accueillir le bébé. Les conséquences de ces

    grossesses sont terribles pour la femme, exclue de la société, et pour le bébé qui sera désigné sous les termes de ould lahram».
    La réponse du Pr Chraibi (voir entretien ci-dessous) à cette situation est empreinte de courage : après deux ans d’un plaidoyer à titre individuel, il vient de créer l’Association marocaine contre l’avortement clandestin (Amlac).

    Non pour revendiquer la libéralisation immédiate de l’IVG - il estime que ce serait trop risqué -, mais pour militer en faveur d’un assouplissement de la loi régissant l’avortement. Cette revendication n’est pas nouvelle. «Il est temps de libéraliser l’avortement, avaient martelé il y a trois ans, dans les colonnes de La Vie éco, Soumya Naâmane et Chakib Guessous, surtout quand la grossesse survient à la suite d’un viol ou d’un inceste.

    Cela suppose un débat franc et ouvert. Il y a une fuite de la responsabilité lorsque l’on refuse d’admettre l’existence de rapports sexuels pré-maritaux, de viols et surtout d’incestes. Il faut mettre un terme à cette hypocrisie et permettre les avortements en milieu médical sécurisé au lieu des conditions lamentables dans lesquelles ils se déroulent aujourd’hui.»

    Il faut demander sa libéralisation dans certains cas précis, poursuit le Pr Chraibi : malformation fœtale, viol, inceste, fille mineure, handicap mental, femme d’un certain âge, ou couples sans ressources. Certains cas doivent être encadrés, selon lui, par un comité d’éthique, qui doit définir une liste exhaustive des situations qui autorisent l’avortement.

    Quid de l’âge limite de la grossesse pour que l’IVG soit moralement acceptable et licite aux yeux de la religion? Selon le Pr Chraibi, elle doit intervenir dans un délai de huit semaines à partir du début de la grossesse.

    Mais qu’en pensent les milieux religieux ? Saâd Eddine El Othmani, psychiatre, diplômé en sciences théologiques et membre du PJD, se réfère, lui, aux textes religieux: il faut que l’avortement intervienne avant que l’esprit (ruh) ne soit insufflé à l’embryon, soit 42 jours, ou encore 6 semaines.

    Selon Mustapha Bouhandi, professeur de religions comparées à l’université, certaines écoles de la pensée musulmane autorisent l’IVG jusqu’au 120e jour (4 mois et une semaine). En tout état de cause, si la loi est assouplie, il est évident qu’un consensus pourra être trouvé, tenant compte à la fois de l’interdiction de mettre un terme à la vie d’un être humain et de la nécessité de trouver des solutions à une spirale de problèmes sociaux qui coûtent cher à l’Etat et à la collectivité.

    Par ailleurs, on ne peut aborder la question de l’IVG sans souligner que la légalisation dans certaines conditions n’est en aucun cas une fin en soi. En effet, un travail s’impose, en amont, d’éducation sexuelle et de sensibilisation des jeunes sur les risques de grossesse non désirée. Les moyens de prévention sont aujourd’hui connus, peu coûteux et efficaces.

    www.lavieeco.com
     
  2. sadalif

    sadalif Visiteur

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