A la mémoire du rebelle inconnu

Discussion dans 'Faits divers' créé par dul2, 3 Juin 2014.

  1. dul2

    dul2 salam alikom

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    La photo de "tankman", l'homme qui s'interposa entre les tanks et les manifestants lors de la manifestation de Tiananmen en 1989. | AP


    Vous vous souvenez de cet homme qui, en juin 1989, au lendemain de la répression sanglante du mouvement de Tiananmen, a arrêté une colonne de dix-sept chars sur l’avenue de la Paix éternelle de Pékin ? C’était il y a vingt-cinq ans. Considéré par le magazine Time comme l’une des « 100 personnalités du XXe siècle », le « rebelle inconnu », aussi surnommé « Tankman », fait figure de héros de la liberté dans l’ensemble du monde. Mais comme, selon la novlangue du Parti communiste chinois, toute évocation de « l’incident politique de la fin des années 1980 et les questions connexes » est prohibée, comme la censure a mis sa photo à l’index, les Chinois dans leur immense majorité ignorent l’existence de ce puissant symbole.
    Après la répression sanglante des manifestations étudiantes du « printemps de Pékin », une glaciation politique fut décrétée juste avant une vaste libéralisation économique engagée par Deng Xiaoping. Certains pays occidentaux parièrent sur l’effet supposé de la croissance économique en faveur des libertés publiques. Ils en furent pour leurs frais. Alors même que Taïwan prouve que la culture chinoise ne rend nullement impossible l’avènement de la démocratie, les autorités chinoises poursuivent une politique de répression féroce contre les « dissidents » et renforcent leur lutte contre ce que l’on appelait autrefois « les pollutions spirituelles », à savoir les références aux libertés et à la démocratie. Paradoxalement, Tankman aura eu plus d’effet sur l’Europe de l’Est, à travers le courage qu’il y inspira, que sur son propre pays qui change tellement mais dans une gangue de propagande.

    Vingt-cinq ans après, les arrestations continuent

    Dans l’édition 2014 du classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières, la Chine occupe la 175e place sur 180 pays. Sous ce régime de restriction de « la liberté qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres », ceux qui entendent révéler les « vérités factuelles » sont brimés. Au moins 30 journalistes et 70 reporters non professionnels (blogueurs, net-citoyens) se retrouvent derrière les barreaux des prisons chinoises, parfois pour de très longues peines. Les intimidations, menaces, filatures illégales, détentions abusives dans les « prisons noires » sont assez fréquentes pour être dissuasives et faire rentrer l’immense majorité dans le rang. Avant le vingt-cinquième anniversaire de Tiananmen, les arrestations se sont multipliées, avec le retour à des méthodes d’un autre âge. Ainsi de l’ignoble confession publique (à la télévision) infligée à Gao Yu, cette célèbre journaliste de soixante-dix ans, arrêtée et détenue pour une discussion privée avec quelques amis.

    L’agence de presse Xinhua, le Quotidien du Peuple, le groupe de télévision officielle CCTV portent la bonne parole communiste à l’endroit de 1,3 milliard de Chinois. Le bureau de la propagande de Pékin publie, chaque année, un millier de circulaires à destination de la presse pour en encadrer le contenu. Les journalistes chinois sont forcés à respecter des limites - que nombre d’entre eux tentent de repousser - qui empêchent d’enquêter sur les ressorts profonds du Parti communiste, c’est-à-dire non seulement sur la vie politique du pays, mais aussi sur son économie et sa vie sociale. Qu’un attentat ait lieu à la gare de Kunming dans le Yunnan ou qu’un incident ait lieu sur la place Tiananmen, les médias doivent scrupuleusement « adhérer strictement aux articles de l’agence Xinhua ou aux informations données par les autorités locales ». Les conférences de presse avec les plus hautes autorités, comme le premier ministre ou le gouverneur de la banque centrale, sont truquées (seuls de faux « journalistes étrangers » sont autorisés à poser des questions), et un examen d’idéologie vient d’être établi pour le renouvellement de la carte de presse des journalistes.


    Fin 2013, Xi Jinping a lancé une campagne très dure « contre les rumeurs », que l’on peut traduire par « toutes les informations susceptibles de gêner le Parti communiste ». L’objet en est de reprendre la main sur les citoyens trop diserts sur les réseaux sociaux, afin de les contrôler autant que les journalistes. C’est ce même Xi Jinping qui au moment de sa prise de pouvoir avait affirmé que la Constitution chinoise devait être appliquée. En réalité, il fait fi de l’article 35 de cette dernière, qui précise que « les citoyens de la République populaire de Chine disposent de la liberté de parole, de presse, de réunion, d'association, de défilé et de manifestation ». Sauf à vous moquer du monde, et plus encore de vos propres concitoyens, voulez-vous bien nous dire, Monsieur le président de la République populaire de Chine, si vous avez l’intention d’appliquer bientôt la Constitution de votre pays ? Et du même coup de respecter la mémoire de cet homme qui, dans nos mémoires, incarne la résistance face au despotisme, au nom de tous ?

    A la mémoire du rebelle inconnu
     

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