Abdelaziz et Lakbir, prisonniers marocains du Polisario pendant 18 ans

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 17 Septembre 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    "La liberté, c'est dur, très très dur". Le 2ème classe marocain Abdelaziz el Hamzaoui se prend le crâne, aujourd'hui chauve dans les mains, comme en proie à une épouvantable migraine. Prisonnier du Front Polisario, il vient de passer 18 ans de captivité dans les sables algériens de Tindouf.


    Taillé comme un roc, biceps impressionnants, Abdelaziz a retrouvé il y a quelques jours sa famille à Bejaad, une petite ville de montagne à environ 300 km au sud de Rabat. Tout le monde l'embrasse, sa mère, ses soeurs, tout le monde le touche comme un revenant. Lui arrive à peine à sourire, le regard est ailleurs. Il avait été capturé le 18 septembre 1988 à l'âge de 27 ans. 6.540 jours de captivité.

    Abdelaziz fait partie des 404 derniers soldats marocains libérés le 18 août dernier par le Front Polisario sous la supervision du sénateur américain Richard Lugar.

    Depuis son retour, tout lui est étranger, insupportable: "le bruit, les gens, la circulation". "J'ai peur de quelque chose. Je ne sais pas de quoi. Je ne peux pas dormir dans une maison, je vais passer la nuit dans la nature".

    Et toutes les nuits, il redevient captif en rêve: les tortures, les coups de câbles quotidiens, le cachot minuscule où il dit avoir passé un mois attaché accroupi, les travaux forcés, les camions chargés et déchargés, les briques inlassablement façonnées sous un soleil de plomb, les années qui s'empilaient sans espoir...

    Abdelaziz est libre mais perdu, presque hagard. L'avenir? "Je ne sais pas, mais sombre". "Une femme, des enfants, je n'ai même pas réfléchi à ça. Je n'ai pas de logement. Je paye très cher cette liberté. Celui qui a été privé de ce soleil pendant si longtemps vit dans le désespoir de la nuit".

    Il dit avoir tenu par la patience et les poèmes qu'il écrivait durant ses dernières "années de sables". Entre deux toux profondes, il remercie "la société civile, les ONG marocaines et étrangères, notamment France Liberté de Danielle Mitterrand.

    L'armée? C'est fini, dit-il. "J'ai tout donné pour ma patrie. J'espère qu'on s'en souviendra. Mais s'il y a une guerre avec l'Algérie, alors là je serai volontaire".

    "Avant notre départ, des types des services de renseignements algériens nous ont tous photographiés un par un, deux fois". Un éclair noir passe dans son regard à l'évocation de l'ordinaire à Tindouf: "les Algériens interrogeaient, les Polisario frappaient".

    Le visage triste du caporal Lakbir Khamrich est traversé par le même éclair quand il évoque le Polisario et ses "amis" algériens. "Si l'armée m'appelle pour défendre la patrie, j'y retourne, même au Sahara. Je veux me venger. Notre roi, notre Sahara, on ne touche pas ça!". Lui avait été capturé à 20 ans le 8 juillet 1987, "un mercredi, je m'en souviendrai toute ma vie". Trois heures de combats. 72 soldats marocains capturés et envoyés à Tindouf. "Douze de mes copains sont morts là-bas de mauvais traitements, de malnutrition".

    Les dix premières années "sans aucune nouvelle du monde extérieur". La faim, à peine trompée par de sempiternelles lentilles. Et l'espoir ténu d'une libération qui s'évanouissait parfois, quand la religion n'arrivait plus à endiguer le désespoir d'être oublié à jamais. "J'avais peur que nous, les 404, ne soyons plus qu'une monnaie d'échange sans valeur. Heureusement les américains sont arrivés..."

    Comme son copain Abdelaziz, il déambule aujourd'hui dans les rues joyeuses de Bejaad. Il a beau dire que "la liberté c'est la plus belle des médailles", il se balade seul. "Je n'ai reconnu personne, même pas mes parents. Mes petites soeurs sont des femmes avec des enfants. Même la nature a changé".

    A leur retour Lakbir et Abdelaziz ont reçu l'intégralité de leur solde pour leurs années de captivité, plus des indemnités. Officiellement ils font toujours partie de l'armée. Dans un peu plus de deux mois, ils sont convoqués pour examen de leur situation à Agadir, la grande ville du sud où ils étaient arrivés le 18 août dernier.

    D'ici là, entre examens médicaux et suivi psychologique ils tentent de réapprendre à vivre. "Trop tôt pour sourire. Un jour, peut-être...", murmure Lakbir.


    AFP
     

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