Abderrahim Mouhtad: “J’ai tout fait pour renverser Hassan II”

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 18 Janvier 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

    J'aime reçus:
    252
    Points:
    83
    [​IMG]

    Antécédents

    1959. Naissance à Casablanca
    1976. Intègre la Chabiba islamiya
    1983. Encadre les camps militaires en Libye et en Algérie
    1985. Condamné à mort par contumace
    1989. Arrêté à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, puis condamné à perpétuité pour tentative de renversement de la monarchie
    1994. Gracié par Hassan II
    2004. Créé l’association Annassir des familles des détenus de la Salafiya jihadia


    Le PV
    Sous ses airs inoffensifs de Motorcycle boy, Abderrahim Mouhtad, inséparable de sa moto Peugeot 103, est un ancien subversif, un révolutionnaire plus vert que rouge. En multirécidiviste qui se respecte, cet ancien dirigeant de la Chabiba islamiya a tenté à plusieurs reprises, dans les années 1980, de renverser Hassan II. Aujourd’hui repenti, il sert de go-between entre les prisonniers salafistes et l’Etat. En langage journalistique, il est ce que l’on appelle une bonne source. Reste que Mouhtad est un petit cachotier, qui garde bien au chaud des révélations fracassantes sur le passé commun de la Chabiba et du Maroc. On dit même que le concerné envisage d’écrire un livre sur ce pan d’histoire. Questionné à ce sujet, Mouhtad préfère observer un silence… qui ressemble à un aveu.


    Smyet bak ?
    Mohamed Ben Jilali

    Smyet mok ?
    Nejma Bent Ahmed


    Nimirou d’la carte ?
    B558799

    Alors comme ça, Si Mouhtad, il paraît que vous voulez qu’Annassir soit reconnue d’utilité publique par l’Etat. C’est pour bons et loyaux services rendus à la police ?
    La police vient de temps à autre, pour des “interrogatoires” gentils, sans plus. Nous, ce qu’on voudrait, c’est que les autorités nous remettent un récépissé final qui prouve notre existence.

    Votre ancien collègue de la Chabiba, Abdelilah Benkirane, est le patron du PJD (Parti de la justice et du développement). Entre nous, ça doit être un peu frustrant ?
    Non, je suis heureux pour lui.

    Même si lui roule en berline et vous sur une 103 ?Benkirane a choisi son chemin, et ma foi, il a bien réussi son coup…

    Un Premier ministre barbu, ça vous plairait ?
    Et comment !

    Et ça vous paraît plausible ?
    En tout cas, ce serait une bonne expérience démocratique pour le pays.

    Comment va votre ami Abdelkrim Moutiî, fondateur de la Chabiba Islamia ?
    Bien bien. Je l’ai souvent au téléphone.

    Comment ça se passait avec l’ami Kadhafi ? Il paraît qu’il vous pouponnait, le colonel…
    Disons qu’il nous a ouvert les portes de la Libye et fourni un laissez-passer pour circuler librement dans son pays. Et il nous a pas mal arrosés. Quand j’étais en déplacement, je logeais dans des palaces, roulais en limousine…

    Et en contrepartie, il vous demandait quoi ?
    De tout faire pour renverser Hassan II, c’est ce qu’on a essayé de faire.

    Vous comptiez vous y prendre comment ?
    Nous voulions déstabiliser le régime, en ciblant de hauts responsables sécuritaires et plusieurs proches de Hassan II.

    Comme qui ?
    Comme Driss Basri par exemple, Allah yrahmou.

    Et à chaque tentative, vous avez échoué… Vous étiez une armée de bras cassés ?
    Les Marocains ne sont pas faits pour la révolution…

    Des regrets ?
    Oui, évidemment. J’ai échoué, mais je l’accepte. Je suis fair-play.

    Comment vous avez fait pour quitter le Maroc ?
    J’ai fait tout seul, comme un grand, avec un passeport que j’avais moi-même falsifié.

    Vous avez passé de longues années en France. Pour y faire quoi ?
    Au début, je survivais. Je volais de quoi manger dans les supermarchés, je braquais les sacs des vieilles dames, je dormais sous les ponts. Bref, la misère…

    Vous avez su rebondir apparemment…
    Oui, les gens de la Chabiba m’ont pris sous leur aile. Puis, j’ai pris du galon, jusqu’à devenir responsable de l’achat des armements du mouvement. Je devais faire rentrer clandestinement les armes au Maroc.

    Quel genre d’armes vous achetiez, des lance-pierres, des tanks ?
    Entre les deux, des légères.

    Et qui vous finançait ?
    L’Algérie, la Libye et tous les “amis” du royaume… Nous étions prêts à demander de l’argent à Satan, s’il le fallait.

    Officiellement, vous avez passé dix ans à l’étranger. Vous n’êtes jamais venu faire une petite escapade au Maroc pendant tout ce temps ?
    Si, à plusieurs reprises. Je venais pour le “travail” et pour rendre visite à ma femme.

    Vous n’étiez pas fiché au Maroc ?
    Si, mais j’avais de faux passeports que je falsifiais moi-même.

    Les douaniers n’ont jamais tiqué ?
    Au Maroc non. Mais une fois, alors que je revenais de Rome, j’ai atteri à l’aéroport Charles De Gaulle, je n’avais que de l’argent sur moi, pas de bagage. Arrivé au contrôle douanier, je me fais fouiller…

    Et ?
    Et les douaniers ont trouvé 4 passeports sur moi. Ils m’ont demandé ce que je faisais dans la vie, j’ai dit que j’étais étudiant.

    Et avec vos grosses paluches qui vous servent de mains, ils vous ont cru ?
    (Rires) Non. Surtout quand ils ont découvert que j’avais en ma possession plusieurs milliers de dollars en liasse. Finalement, j’ai dit que je demandais l’asile politique.

    Ils ont fait quoi de vous ?
    Ils m’ont refoulé vers Madrid. De là, j’ai pris le train couchette, et le lendemain, j’étais à la gare d’Austerlitz.

    Combien de personnes avez-vous formé dans les camps militaires que vous encadriez ?
    130 personnes environ.

    Pourquoi être revenu au Maroc en 1989 ?
    J’ai été rapatrié par les services algériens et emprisonné à Derb Moulay Chérif.

    En 1994, vous avez été libéré après avoir adressé une demande de grâce à Hassan II. ça devait être difficile de supplier celui que vous vouliez éliminer…
    La demande de grâce est une simple démarche administrative quand on épuise toutes les voies…

    Pourquoi ne pas avoir repris du service en 1994, après votre libération ?
    Parce que j’étais grillé, connu par les services marocains.

    Et le nouveau règne, vous en pensez quoi ?
    J’attend de voir pour juger.

    En presque dix ans, vous ne vous êtes pas encore fait une idée ?
    Si, à mon sens il y a des réalisations positives.

    Vous faites quoi de votre temps libre ?
    Du sport. Je nage, à l’occasion.

    Et quand vous vous baignez, vous gardez votre bonnet vintage ?
    Non, je vais vous révéler quelque chose, je me baigne complètement nu.

    Beeeurk ! Il paraît que vous déprimez, parfois, et que vous voulez tout plaquer. Vous charriez ?
    J’y pense quand ça ne va pas fort. Ce travail est démoralisant, surtout quand je vois des gens, comme cet ancien prisonnier de la Salafiya qui débarque tous les jours au siège d’Annassir.

    Et il veut quoi, le monsieur ?
    Il ne veut rien, il est juste un peu secoué, et il y a de quoi. A sa sortie de prison, il n’a pas retrouvé sa famille et son commerce dans un karyan (bidonville) a été détruit. Bref, il n’a plus rien.

    Il paraît que vous êtes un fervent supporter de la polygamie…
    C’est pas mal finalement. D’abord, parce que le divin nous a délivré une attestation certifiée, et puis au Maroc, il y a plus de femmes que d’hommes, donc au final, il faut bien que quelqu’un se dévoue…

    Et ça fait quoi d’avoir plusieurs femmes, c’est bon pour le moral ?
    C’est bon pour le Wydad (rire). Je retire, je ne veux pas avoir de problèmes avec les Rajaouis.

    http://www.telquel-online.com/356/interrogatoire_356.shtml
     

Partager cette page