Abdulah Didane devient Bassou dans l'adaptation marocaine de Don Quichotte

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 18 Mai 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    J'aime les rôles complexes qui n'exhibent pas des personnages imbus de leurs atouts esthétiques»

    Jeune et bourré de talents, Abdulah Didane fait partie des comédiens engagés qui rêvent de la dynamisation du secteur théâtral et la parution d'un courant théâtral purement marocain.


    Le Matin : Les téléspectateurs vous ont rencontré dans le sit-com «Ana Wiyak» lors du Ramadan dernier. Votre parcours ne remonte pas à cette prestation télévisée...
    Mon expérience artistique date depuis 15 ans, et j'ai fait mes premiers pas dans le milieu du théâtre des amateurs. Durant ces longues années, j'ai interprété des rôles éclectiques en participant à une cinquantaine de pièces théâtrales, à vingt téléfilms et à au moins treize feuilletons télévisés. Le dernier sit-com «Ana Wiyak» n'a pas été mon premier.

    J'ai déjà joué dans d'autres sit-com, dont « Ish nhar Tsmaa Khbar» (plus tu vis un jour plus tu entends une nouvelle).Toutefois, «Ana Wiyak» était un sit-com particulier sur plusieurs plans. J'y jouais le rôle principal face à Samia Akarriou et le contenu n'était pas initialement conçu pour des raisons comiques, mais son but était de transmettre des messages aux jeunes couples modernes.

    La diffusion du sit-com a coïncidé avec la réforme du code de la famille, et il montrait dans quelle mesure le couple devrait faire face aux contraintes familiales et aux difficultés financières, et vivre harmonieusement sa vie conjugale. Nous avions tenté d'expliquer aux téléspectateurs que pour franchir les obstacles les plus invraisemblables, rien ne remplace l'entente et l'amour dans un couple.

    Vous aviez formé avec Samia Akarriou un couple tellement uni que les téléspectateurs ont pensé que vous étiez un vrai couple ?
    J'avais la proposition du rôle pendant trois années, et la production a passé tout ce temps à faire des castings pour trouver la femme appropriée. L'oiseau rare a été Samia Akarriou avec qui je me suis entendu parfaitement. A ce stade, il fallait dénicher encore une fois le troisième personnage qui devait provoquer les évènements qui a été finalement joué par Abdsamad Miftah Al Kheir.

    La première année, nous avions tourné 13 épisodes que nous avions proposés à 2M, puis nous avions passé à la vitesse supérieure en réalisant 60 épisodes qui seront diffusés au fur et à mesure au cours des deux prochains ramadans. Par ailleurs, la production et les acteurs ont tenu à mettre en scène une famille qui reflète une image positive des couples modernes. On a par exemple tenté de changer certains stéréotypes, et on a évoqué les personnes de la Chaouia (laâroubi) comme des gens instruits et bien élevés.

    Ce n'est pas parce qu'on a réalisé un sit-com que l'on devait se moquer des gens ou sous-estimer les uns au détriment des autres. Précision et concision étaient les mots d'ordre du script qui devait traduire des événements socialement stratégiques en 6 minutes. Notre fil conducteur a été le positivisme pour que le téléspectateur visionne «Ana Yi yak» sans ressentir aucune gêne.

    Comédien très dynamique sur les planches. Comment faites-vous pour interpréter avec aisance des rôles du drame romantique ou de tragédie ?
    Depuis mon enfance, j'ai vécu une panoplie de problèmes et de situations qui ont engendré une force bouillonnante à l'intérieur de moi, m'encourageant à me surpasser sur les planches.

    La télévision et le cinéma ne m'offrent pas l'opportunité de faire exploser cette rage artistique qui se balade au fond de moi. Ces deux espaces artistiques m'imposent la pratique technique d'un personnage dont les gestes et faits sont calculés. Au théâtre, ces obstacles n'ont aucune raison d'être, les tabous sont brisés et les frontières tombent.

    Globalement, je suis tenu par le respect du scénario, mais très souvent sous l'impulsion de l'émotion ou le surgissement d'un quelconque paramètre de la part des acteurs ou du public, j'improvise des idées et des gestes inopinés qui m'éloignent du texte. En outre, je n‘aime pas interpréter les personnages simples et plats portant des lunettes, et mettant en avant leurs atouts esthétiques, et qui ne savent dire que des répliques mielleuses comme : «je t'aime Malika».

    Mes rôles préférés sont ceux qui traduisent sans fards la réalité quotidienne des Marocains. En plus, je ne parviens pas à être satisfait que lorsque le rôle est compliqué et extrêmement difficile à interpréter.

    Quelles sont les œuvres télévisées ou cinématographiques qui ont eu des répercussions positives sur votre carrière ?
    Le feuilleton « M'n dar ldar», réalisé par Abdulrahman Mouline est une expérience gratifiante car elle m'a permis de découvrir les techniques télévisuelles comme la caméra, le cadre, les regards, le champ et le contre-champ. Ensuite, lorsqu'on m'a proposé le feuilleton «Assarab», réalisé par Hamid Bennani, et dans lequel j'ai joué un jeune drogué, ma vie artistique a pris indélébilement un nouvel tournant. Les gens ont commencé à me reconnaître dans la rue et à me demander de leur signer des autographes.

    Ce feuilleton a indéniablement contribué à m'imposer en tant qu'acteur professionnel et faire valoir mes potentialités artistiques. Egalement, les feuilletons tournés avec Farida Bourkia ont contribué à mon enrichissement artistique. Quant aux œuvres théâtrales, il faut souligner qu'elles sont nombreuses. J'évoquerai volontiers la pièce théâtrale «Ajib et Gharib» avec Abdul Karim Berchid, puis «Le ministre de Gharnata», dans laquelle j'ai joué le rôle du narrateur et puis la pièce théâtrale de Anouar Al Joundi «Diplôme et Darbouka» qui m'a ouvert les portes de la notoriété.

    Prochainement, les téléspectateurs verront sur leur petit écran (RTM), deux feuilletons, le premier, le « Train de la vie», et le second « Koula W'zmanou». Ma dernière participation cinématographique a été dans le dernier long-métrage, «Regards» de Nouréddine Lakhmari.

    «Regards» était le premier long-métrage du jeune réalisateur.
    Quelle a été l'ambiance du tournage ?
    Nourredine Lakhmari est un réalisateur professionnel qui respecte et gère bien son équipe. Il offre aux acteurs l'ambiance et les moyens adéquats pour qu'ils se sentent à l'aise dans leur environnement professionnel. Autre élément, il est un vrai réalisateur dans le sens où il ne laisse pas l'acteur égaré. Il l'accompagne et lui donne les balises nécessaires pour jouer son rôle. Il fait partie de cette génération de réalisateurs qui sont en train de paraître, qui aiment leur métier et qui aiment par dessus tout leur pays.

    Vous êtes comédien dans la troupe de Tanssift. Quel genre de troupe est-elle ?

    Je suis passé par une multitude d'expériences. J'ai fait le théâtre commercial, le théâtre populaire, le théâtre engagé, etc.
    Aujourd'hui, je suis membre de la troupe de Tanssift pour deux raisons. La première est que tout simplement cette troupe est composée de jeunes, et la seconde, le nombre de la troupe est réduit. Nous ne sommes que 6 comédiens et comédiennes : Samia Akarriou, Samia Rihani, Nora Shklalli, Bouchra Ahrich, Amal Atrach, Salah Bensaleh et moi.

    Le dénominateur commun de tous ces comédiens est qu'ils cherchent à mettre en scène un théâtre purement marocain qui n'a rien à voir avec aucune autre tendance.

    Nous nous efforçons de nous éloigner des autres courants que ce soit le théâtre blanc, théâtre noir, théâtre shakespearien ou autre. Ceci ne veut pas dire que nous ne travaillons pas avec le théâtre international, mais la troupe s'inspire des grandes œuvres qu'elle adapte au contexte national. Nous marocanisons l'œuvre à tel point que le public oublie l'œuvre originale et plonge totalement dans un contexte national qui reflète leurs angoisses et attentes.

    Justement vous jouez actuellement la prestigieuse œuvre «Don Quichotte» du romancier espagnol Cervantès. Marocaniser le thème a-t-il été une mission facile?

    Notre version intitulée «Bassaou» montre un agriculteur qui vit dans un monde imaginaire truffé de rêves. Bassou qui est à l'origine Sancho rêve de se libérer de l'autorité de sa femme, Dounia et devenir un vrai homme. Don Quichotte apparaît dans sa vie, et commence à lui montrer les astuces pour devenir courageux et s'éloigner de l'emprise de sa femme. Celle-ci est très rusée, et elle fera tout ce qui est dans son pouvoir pour que Bassou et Don Quichotte ne franchissent pas le seuil de la porte de la maison. Vont-ils réussir à s'échapper ?
    On a mis la lumière sur le facteur de l'illusion qui est un mal nécessaire qui donne quelque part un sens à la vie.

    La tournée de Bssaou a été entamée dans les régions du sud depuis Boukraâ, Taroudant,Tiznit, Agadir, Marrakech, et nous comptons la présenter ensuite vers la fin de juin à Casablanca et à Rabat. La troupe constituée de Amal Atrach, Salah Bensalah et moi suit un rythme effréné car nous avons trois présentations par semaine.

    Vous présentez Don Quichotte dans des régions très reculées. Le public a-t-il aimé l'adaptation?

    Nous n'avions aucun souci à présenter la pièce théâtrale. Le public des régions du Sud a adoré. Le problème réside dans les responsables qui n'aiment pas le théâtre. Dès que la troupe se présente chez certains responsables pour leur proposer d'acheter le spectacle, ils répondent : comment ? On leur propose le paiement des salaires des comédiens et de nous donner une salle pour présenter la pièce.


    Ils répliquent témérairement que le ministère nous a déjà accordé une subvention. Ils ignorent que cet argent a servi à payer la scénographie, la musique et les techniciens et non pas les salaires des comédiens. Ils préfèrent apporter leur aide aux matchs plutôt qu'aux œuvres théâtrales.

    Vous êtes, semble-t-il, un fin connaisseur du Malhoune ?
    Le premier point est que je suis originaire de Salé, et il est tout à fait naturel que j'aime cette musique. Le second point, j'ai grandi à «Ras Chejra», un quartier qui se trouve à côte de Souk Laghzoul connu par café très célèbre où l'on joue le Malhoune. Enfant, je me suis habitué aux rythmes et cadences de cette musique qui a habité mon cerveau. Au cours du Ramadan, ce café dresse des tapis (Hssira) et chaque client apporte son propre instrument et s'assoit allégrement avec les fans de cette musique pour apprendre l'art Malhoune gratuitement.

    Et le jour où j'ai rejoint la troupe de Féniche, j'ai découvert l'art Malhoune répondant aux véritables règles de l'art. Aujourd'hui, je ne suis qu'un simple amateur, mais j'aurais tellement aimé trouver quelqu'un qui pourrait me donner un coup de main et produire un concept original. Regardez cheb Mami ou cheb Khaled qui ont été inspirés de leur patrimoine musical, et il l'ont exporté pour devenir aujourd'hui «Rai», une tendance musicale très prisée dans le monde. J'aurai aimé faire pareil avec le Malhoune et l'occidentaliser en allégeant la poésie et modernisant la composition.



    Un comédien né dans les colonies de vacances
    A 12 ans, Abdulah Didane était déjà célèbre. Ses copains de colonies de vacances ne toléraient pas mettre sur pied une pièce théâtrale censée animer leurs soirées, dédiées au théâtre ou à la musique, sans la participation effective du talentueux Abdulah Didane. Ensuite, sa formation professionnelle a été entamée avec Abdmajid Khamliche dans une troupe des amateurs et dans laquelle Abdulah Didane a appris les secrets de la scène.

    Le Matin.ma


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