Affaire Oulmers: la facture des fractures adressée à la Fifa

Discussion dans 'Autres Sports' créé par HANDALA, 21 Mars 2006.

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    Affaire Oulmers: la facture des fractures adressée à la Fifa

    par Grégory SCHNEIDER
    QUOTIDIEN : mardi 21 mars 2006


    Le G14, groupement des dix-huit clubs comptant parmi les plus riches d'Europe (Manchester United, Milan AC, Bayern Munich, Olympique lyonnais, etc.) a fait l'histoire du football international hier, devant le tribunal de commerce de Charleroi (Belgique). Ce lobby s'est fendu d'une véritable déclaration de guerre envers la Fédération internationale de football (Fifa) en réclamant pas moins de 860 millions d'euros à l'institution zurichoise, «un montant incluant le coût de la mise à disposition et celui de l'indisponibilité des joueurs pour blessures encourues depuis dix ans», a plaidé l'avocat du G14, Jean-Louis Dupont, lors de l'audience d'ouverture de l'«affaire Oulmers».

    Attaque. Abdelmajid Oulmers, c'est ce joueur du Royal Charleroi Sporting Club (RCSC) qui s'est fait découper les ligaments de la cheville gauche le 17 novembre 2004, lors de sa première (et dernière) sélection avec le Maroc, à Rabat, à l'occasion d'un match amical contre le Burkina Faso. Opéré à plusieurs reprises, Oulmers n'a jamais vraiment recouvré ses moyens. Jean-Pierre Deprez, avocat du club carolo : «On a écrit à la Fédération marocaine pour savoir s'ils comptaient faire un geste, puisque le match de Rabat nous avait coûté notre meilleur joueur.» Fin de non-recevoir. Le RCSC contacte alors la Fifa, «propriétaire» des sélections (via les fédérations nationales) et gardienne du temple de toutes les compétitions entre pays, à commencer par le Mondial...

    L'angle d'attaque des Carolos était subtil. «Nous n'avons jamais contesté la régulation de ce sport, détaille Deprez. Nous contestons juste le fait que la Fifa s'abrite derrière la grandeur du football de sélection pour utiliser sans bourse délier des joueurs qui sont payés douze mois sur douze par leurs clubs. Ça, c'est stupéfiant.» En clair : la Fifa fait tourner son business (la Coupe du monde 2006 devrait générer 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires) en utilisant une «matière première» (les joueurs) qui appartient à d'autres. Et elle légifère (en ordonnant la mise à disposition des joueurs pour la sélection à certaines dates) tout en se posant comme organisatrice de compétitions : pour le club belge, il y a abus de position dominante.

    Le club carolo a beaucoup à raconter sur ce qui s'est passé ensuite, les décisions arbitrales bizarres sur le terrain ou cet huissier qui vient ramasser les PV du conseil d'administration du club, avec 100 000 euros d'astreinte (!) par heure de retard. Il y eut aussi cette phrase terrible prononcée par le président de la Fédération belge, Jan Peeters, à l'endroit de Deprez : «Je pense que vous allez gagner, mais vous n'imaginez même pas par quoi vous allez passer.» La lutte entre le petit club belge et la toute-puissante Fifa, c'était un peu le pot de terre contre le pot de fer.


    Dégâts. Sauf que Charleroi n'était pas seul. Deprez : «Quand on a attaqué la Fifa le 12 juillet 2005, la presse a relayé. Et le G14 nous a assurés de son soutien sur certains points.» Il faut mesurer ce qui s'est passé hier : les Carolos ont amusé la galerie en réclamant 615 000 euros de dommages et intérêts pour Oulmers, pour mieux laisser la place au G14 et à sa demande de 860 millions que la Fifa, présidée par Sepp Blatter, s'est prise en pleine poire. Il peut désormais se passer beaucoup de choses. Depuis des mois, Blatter hurle à la libéralisation sauvage : «L'action de Charleroi met en danger le football mondial.» L'objectif du G14 est de croquer dans l'énorme gâteau dont la Fifa (qui confessait 150 millions d'euros de fonds propres en 2004) a l'exclusive ; les bénéfices de la Coupe du monde ou le contrat de 267 millions d'euros conclu sans appel d'offres avec Adidas pour la période 2007-2014. Mais les dégâts peuvent être fatals au football de sélection. Le jour où les fédérations devront défrayer les clubs, en assurant les joueurs ou en payant leurs salaires au prorata de leurs mises à disposition en sélection, il n'y en aura pas dix capables de s'aligner : l'Ukraine, le Paraguay ou le Togo seront condamnés à jouer sans les meilleurs, on en est d'ailleurs là pour la Lituanie ou la Serbie en basket. L'universalité du foot aurait vécu.

    Hier, à Charleroi, la Fifa a accusé le coup. Plaidé «l'augmentation, au bénéfice des clubs, de la valeur marchande des joueurs quand ils deviennent internationaux», un argument d'autant plus faible qu'il regarde les clubs, et invoqué «la spécificité du sport», une sorte de dahu qu'aucun tribunal n'a jamais reconnu. S'il s'estime compétent et si la plainte est recevable, celui de Charleroi rendra son ordonnance dans quelques semaines.

    Libération
     

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