Affligeant Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 16 Avril 2010.

  1. @@@

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    A quoi sert Abbas El Fassi ? à faire tapisserie à l’international… et à servir de punching-ball à Fouad Ali El Himma !


    C’est le “buzz” politique du moment : le Parti authenticité et modernité (PAM) appelle le Premier ministre Abbas El Fassi à défendre son bilan à mi-parcours, devant le parlement. Rien de plus normal, direz-vous. Ce n’est pas une obligation constitutionnelle, mais une coutume désormais établie. Youssoufi l’avait fait, Jettou aussi, pourquoi pas El Fassi ?

    Les amis de Fouad Ali El Himma disent qu’appeler à cet exercice consiste à donner corps à la “nouvelle opposition” qu’ils sont censés incarner. Comprenez : “Maintenant, on va vous dire en quoi on s’oppose à ce gouvernement”.

    En soi, le message est très amusant. Cela fait presque un an, en effet, que le PAM est “passé à l’opposition”. Mais c’est seulement maintenant qu’il estime utile d’expliquer pourquoi aux Marocains.

    Rappelons qu’à l’époque, en mai 2009, le “parti (de l’ami) du roi” avait déclaré que s’il retirait son soutien au gouvernement, c’était parce que ce dernier l’avait “méprisé” – en lui contestant le droit de débaucher des députés en cours de législature, donc de violer la loi sur les partis (qu’il avait violée quand même, d’ailleurs, impunément).

    Bref, si le PAM était passé à l’opposition, c’était pour régler ses comptes, ni plus ni moins. Rien à voir avec le rejet d’une politique gouvernementale qui desservirait le peuple – la seule raison valable, en démocratie, pour passer à l’opposition.

    Aujourd’hui donc, le PAM rectifie le tir et demande au Premier ministre de s’expliquer sur son bilan… pour mieux pourfendre son explication, quelle qu’elle soit, par un communiqué rageur. Voire pour déposer une “motion d’avertissement” contre l’équipe El Fassi.

    Nous sommes donc invités à considérer, dès que cette prévisible séquence sera achevée, que le PAM est crédible dans son rôle d’opposant. Ce serait comique, si ce n’était affligeant…

    Pourquoi est-ce affligeant ? C’est Fouad Ali El Himma lui-même qui a donné la réponse. Vous vous souvenez de cette période éphémère pendant laquelle le n°2 officieux du régime “postait” ses pensées les plus intimes sur Twitter, probablement sans se rendre compte que le monde entier y avait accès* ? “L’ami du roi” déclarait, avec une franchise désarmante : “La majorité ne peut s’approprier les avancées, elles sont l’œuvre de Sa Majesté, pas du gouvernement”.

    Donc, si on suit bien, quand il y a des avancées, c’est grâce à Sa Majesté, mais dès qu’il y a des critiques à formuler, on se paye Abbas ! Pratique non ?

    Cela dit, El Himma avait raison, même s’il n’était pas allé au bout de son raisonnement. Tout ce qui se passe de majeur dans ce pays, les avancées comme les reculs, est en effet imputable au roi plutôt qu’au gouvernement.


    Bien sûr, il y a une poignée de ministres technocrates qui, aujourd’hui comme hier, réalisent des choses importantes, notamment sur le plan des infrastructures. Mais jusqu’à quel point le Premier ministre est-il comptable de leur action ? Quand ils étaient étroitement encadrés par Driss Jettou, c’était le cas, pas de doute.

    Mais aujourd’hui, et alors que le “chef ” du gouvernement ne comprend pas un traître mot de la vulgate technocratique de certains de “ses” ministres, et que le bilan des autres, qui se contentent de gérer les affaires courantes, est quasi-nul… passer Abbas à la question a quelque chose de profondément injuste.

    Au final, à quoi sert notre Premier ministre ? A faire tapisserie à l’international – au grand dam du Maroc, dont l’image n’en sort pas rehaussée – et à servir de punching-ball aux Himma boys qui veulent jouer aux opposants. C’est lamentable, mais c’est comme ça.

    Pourquoi en est-on arrivé là ? Parce qu’en nommant Abbas El Fassi Premier ministre en 2007, Mohammed VI a tenu à appliquer la “méthodologie démocratique”, à savoir : “Le chef du premier parti dirige le gouvernement”. Et ce, mécaniquement, comme pour dire : “Vous vouliez la démocratie ? La voilà”.

    Connaissant les limites de Abbas, le message subliminal n’était-il pas plutôt : “Une monarchie exécutive n’a pas besoin de Premier ministre” ? Parce que c’est bien à cette conclusion que nous sommes arrivés. Sauf que finalement, Abbas El Fassi a bien une utilité : servir de marchepied (voire d’essuie-pieds) à “l’ami du roi”, pour préparer son inévitable victoire en 2012.
    Affligeant, on vous dit !




    http://www.telquel-online.com/420/edito_420.shtml
     

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