Al-Qaida frappe en Irak, malgré la mort de ses chefs

Discussion dans 'Info du monde' créé par judascom, 24 Avril 2010.

  1. judascom

    judascom Bannis

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    Moins d'une semaine après la mort de leurs deux principaux chefs, tués le 18 avril dans un raid irako-américain, les commandants intermédiaires d'Al-Qaida en Irak ont lancé, vendredi 23 avril à Bagdad, une série d'attentats à la voiture piégée. Les 58 morts et 118 blessés, victimes de ces attaques, appartiennent à la communauté chiite, majoritaire et qui domine le pays et le pouvoir depuis l'invasion américaine de 2003. La "filiale" irakienne de l'organisation dirigée par Oussama Ben Laden est exclusivement composée de sunnites qui ont, un temps, trouvé aide et sympathie parmi les tribus et les couches sociales sunnites irakiennes qui dirigeaient le pays depuis quatre-vingts ans.

    Première cible visée vendredi : une permanence du Mouvement sadriste fondé en 2003 par le jeune prêcheur chiite antiaméricain Moqtada Al-Sadr. Cet attentat et celui qui a visé un marché voisin, dans le faubourg chiite de Sadr City, ont fait 39 tués et 56 blessés. D'autres attaques ont ciblé trois mosquées chiites et un marché.

    Théorisée par le premier chef d'Al-Qaida en Irak, Abou Moussab Al-Zarkaoui, tué en juin 2006, la stratégie des djihadistes irakiens, approuvée par Oussama Ben Laden, a toujours consisté à tuer le maximum de chiites, considérés comme des apostats de l'islam, pour les inciter à se venger sur la communauté sunnite et ainsi la "réveiller de sa torpeur défaitiste". En créant sa milice, l'Armée du Mahdi, et en multipliant les représailles contre les civils sunnites, Al-Sadr était tombé dans le piège, contribuant ainsi à déclencher une guerre civile de deux ans (2006-2007), au prix d'au moins 70 000 morts.

    Les successeurs du Jordanien Al-Zarkaoui, l'Egyptien Abou Hamza Al-Mouhajir pour l'aspect "militaire" et l'Irakien Daoud Mohammad Khalil Al-Zawi, général de police sous l'ancien régime, pour la gestion politique et religieuse de l'organisation, ont ajouté deux cibles tactiques. D'abord, les institutions renaissantes de l'Etat irakien, d'où les attaques depuis un an contre des ministères et des ambassades. Ensuite, les anciens alliés tribaux sunnites qui se sont retournés contre Al-Qaida fin 2007 pour créer les Comités du réveil (sahwa en arabe). Ces milices sunnites, qui comptent autour de 90 000 hommes, continuent d'épauler l'armée et la police dans toutes les régions sunnites ou mixtes du pays.

    RÉSERVOIR INÉPUISABLE

    Chaque semaine ou presque, certains de ces miliciens sont assassinés. Vendredi, peu avant les attentats de Bagdad, des bombes ont explosé près de six maisons, dont celles d'un juge et de plusieurs policiers à Khalidiya, à 80 km à l'ouest de Bagdad. Sept membres de la famille d'un ancien sahwa ont été tués dans ces attaques. Quelques jours plus tôt, le 20 avril, l'épouse, la fille et les trois garçons de 12 à 16 ans d'un chef sahwa de Tarmiya, au nord de Bagdad, avaient été abattus par balle, les trois garçons ayant ensuite été décapités.

    Applaudie le 19 avril par le vice-président américain, Joseph Biden, pour qui l'élimination de ses deux chefs constituait "un coup potentiellement dévastateur pour Al-Qaida en Irak", la disparition des deux hommes, connus sous les noms de guerre d'Abou Ayyoub Al-Masri et Abou Omar Al-Bagdadi, n'a pas mis fin au terrorisme d'une organisation qui comptait encore fin 2007, selon les services américains, "autour de 10 000 hommes".

    Al-Qaida ne contrôle certes plus un seul pouce de terrain en Irak, mais semble disposer, dans un pays dévasté où près d'une famille sur trois n'a plus ni travail ni revenu, d'un réservoir inépuisable - hommes, femmes et même adolescents - de "candidats au martyre" pour ses opérations-suicides.

    Selon le premier ministre chiite, Nouri Al-Maliki, l'organisation bénéficierait également, depuis la mort d'Al-Zarkaoui, de puissantes complicités parmi les partisans baasistes de l'ancien régime. Elu député le 7 mars à Bagdad sur la liste d'un parti chiite religieux, Ahmad Chalabi, l'ancien allié laïque des Américains, soupçonné par la suite d'avoir joué double jeu pour le compte de Téhéran, déclarait récemment au Monde que les forces de l'ordre seraient "infiltrées par de nombreux baasistes qui donnent parfois un coup de main aux djihadistes d'Al-Qaida pour s'approcher des cibles étatiques".


    Par : Patrice Claude
    Source : Le Monde
     

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