Annus horribilis Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 25 Décembre 2009.

  1. @@@

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    Qu’est-ce qui a bien pu se détraquer, en cette année 2009, pour que le Maroc effectue un aussi spectaculaire bond en arrière ? .


    Malgré toutes nos fanfaronnades, Aminatou Haïdar a fini par rentrer triomphalement à Laâyoune . L’Etat marocain n’est donc plus seulement ridicule aux yeux de ses citoyens, il l’est dorénavant aux yeux du monde entier. Logique apothéose, somme toute, d’une année 2009 riche en aberrations politiques, violations de la loi en tous genres et erreurs de débutants commises par ceux qui sont censés nous “diriger”…

    Politiquement, le feuilleton majeur de l’année a été celui du Parti authenticité et modernité (PAM). En 2009, le “parti de l’ami du roi” est passé à l’opposition (une idée déjà comique, en soi) – et ce n’était que le début. Après en avoir été l’un des auteurs, Fouad Ali El Himma a violé la loi sur les partis sans vergogne, en noyant les élections communales de candidats transfuges. Grâce à quoi le PAM a tout raflé, devenant, moins d’un an après sa création, le premier parti du royaume.

    Puis une de ses élues a obtenu la tête d’un wali de Sa Majesté – une stupéfiante première. Puis une autre élue, qui a eu le malheur de ne pas suivre les directives d’alliances fixées par le PAM, s’est retrouvée enlevée et séquestrée par on ne sait quel service secret, puis filmée en plan serré en train de lire un texte sous la contrainte, dans la grande tradition des otages irakiens ou sud-américains.

    Puis le président du PAM, tout “opposant” soit-il, s’est retrouvé catapulté à la tête de la seconde chambre du Parlement… Bref, si la crédibilité de la vie politique marocaine était déjà moribonde, le “parti de l’ami du roi”, en 2009, lui a donné le coup de grâce.

    Autre séquence spectaculaire de l’année qui s’achève : le règlement de comptes féroce et général de l’Etat avec la presse. Cela a commencé par l’aberrante censure d’un sondage créditant Mohammed VI de 91% d’opinions favorables (!), avant que la machine ne s’emballe. Tout à coup, la police s’est mise à interroger les journalistes pendant des jours et des jours, par pelletées de 10, un journal a vu sa parution illégalement arrêtée et ses locaux arbitrairement fermés, un autre, ses comptes bancaires saisis, un troisième, son mobilier vendu aux enchères, un quatrième, son directeur jeté en prison (il y est encore)… On en oublie.


    Puis il y a eu cette gestion désastreuse du dossier Sahara. Cela a commencé par un discours royal inexplicablement violent, puis cela s’est poursuivi par l’arrestation de sept indépendantistes pour des motifs qui, quelques jours plus tôt, ne leur auraient valu aucun ennui. Enfin, cela s’est conclu par l’injustifiable expulsion de Mme Haïdar, qui s’est soldée par la pire humiliation que notre diplomatie ait jamais eue à subir.
    Résultat : alors que nous étions en excellente posture diplomatique et que le Polisario était au plus bas, nous avons réussi à inverser totalement la situation… tous seuls, par la faute d’un amateurisme à peine croyable de nos officiels !

    Citons pour finir quelques “bricoles”, comme cette tante du roi qui taillade les visages des gens à l’arme blanche en pleine rue, sans être poursuivie ni même inquiétée ; l’emprisonnement d’un militant des droits de l’homme, puis d’un blogueur pour “atteinte à la réputation du Maroc” ; deux quasi-incitations au lynchage émises par le ministère de l’Intérieur à l’encontre des homosexuels, puis des militants des libertés individuelles ; et, last but not least, cette série d’humiliations infamantes infligées à d’anciens grands serviteurs du trône, de Bakkoury à Oudghiri en passant par Laânigri…

    Mais que s’est-il donc passé, en 2009, pour que le Maroc effectue un aussi spectaculaire bond en arrière ? Qu’est-ce qui a bien pu se détraquer, brusquement, en cette année de 10ème anniversaire du règne de Mohammed VI ? Seule une petite poignée de gens connaît la réponse.
    Vu l’extrême personnification du pouvoir qui caractérise le Maroc, on peut affirmer sans trop de risques que cette poignée de gens gravite dans le secret des palais royaux – autant dire qu’ils resteront muets comme des tombes. Conclusion : notre pays plonge dans le gouffre, mais nous ne saurons jamais pourquoi.
    De tous les déplorables constats enregistrés en 2009, celui-là est le pire.




    http://www.telquel-online.com/404-405/edito_404.shtml
     

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