Belliraj Alias (Omar Nasiri) INSIDe the DJIHAD

Discussion dans 'Scooooop' créé par karawan, 5 Mars 2008.

  1. karawan

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    Extrait du témoignage d'un espion infiltré dans les filières islamistes, Omar Nasiri



    QUAND LES TOURS SE SONT EFFONDREES

    J’ai appris les événements du 11 septembre 2001 par la radio. J’étais dans ma voiture, en route pour aller chercher ma femme à la sortie du travail. Au début, les journalistes ne savaient pas qu’il s’agissait d’un attentat ; ils pensaient qu’un avion s’était écrasé contre la tour sud par accident. C’est d’ailleurs ce que m’a dit ma femme en entrant dans la voiture – elle aussi croyait à un accident.
    Mais je savais que ce n’était pas le cas. Je le savais, avant même que le second avion frappe la tour nord. Et je connaissais les responsables.
    De retour à la maison, j’ai allumé la télévision, sur CNN. À l’image, les deux tours en flammes alternaient avec les gens qui hurlaient dans la rue.
    J’ai fait la seule chose que je pouvais faire : décrocher le téléphone pour appeler mon contact aux services de renseignement allemands. Notre dernière conversation remontait à un an et demi ; je détestais cet homme. Mais des milliers de gens étaient en train de mourir. Je n’avais pas le choix.
    Il a répondu dès la première sonnerie et, quand je lui ai dit mon nom, il a paru surpris d’entendre ma voix.
    — J’appelle pour te proposer mon aide.
    — Est-ce que tu sais qui a fait ça ? Tu connais les terroristes ?
    — Non, mais je sais qui est derrière tout ça. Et je sais pourquoi ils l’ont fait. Je connais ces gens, je connais leur façon de penser.
    Je savais ces choses parce que je connaissais Al-Qaïda. J’ai passé des années en son sein. En Belgique, j’ai vécu avec des membres d’Al-Qaïda – même si, à l’époque, ça ne s’appelait pas encore comme cela. Pour eux, j’ai acheté des armes qu’ils ont envoyées dans le monde entier. J’ai transporté leurs explosifs jusqu’en Afrique, pour nourrir la sale guerre des islamistes algériens. J’ai distribué leurs prospectus, j’ai fréquenté leurs dirigeants en Europe. L’un d’entre eux a organisé les attentats du
    métro parisien en 1995. D’autres étaient liés au détournement du vol Air France 8969 en décembre 1994, qui s’est terminé en bain de sang. Ces hommes vivaient sous mon toit.
    Plus tard, je suis parti pour l’Afghanistan, où j’ai mangé, dormi et prié avec les membres d’Al-Qaïda dans leurs camps d’entraînement. J’ai été aussi proche d’eux qu’on peut l’être, partageant avec eux la colère et la souffrance, les armes et la sueur. J’ai offert mon sang et, plus d’une fois, j’ai offert ma vie.
    Ils étaient mes frères, et je leur aurais volontiers donné tout ce que je possédais.
    À leurs côtés, je suis devenu un moudjahidine. De la kalachnikov aux missiles antiaériens, aucune arme n’a plus de secret pour moi. J’ai appris à conduire des tanks, j’ai appris à les détruire.
    Je sais comment poser un champ de mines, comment lancer une grenade pour causer le plus de dégâts possible, comment mener une guérilla urbaine, organiser un enlèvement ou un assassinat.
    Je peux résister à la torture. On m’a montré comment fabriquer des bombes redoutables avec des produits de consommation courante comme le café ou la vaseline. J’ai appris à tuer à mains nues.
    L’homme qui m’a enseigné le maniement des armes, le Coran et la vision politique d’Al-Qaïda, c’est Ibn al-Cheikh al-Libi, le responsable des camps d’entraînement de Ben Laden. C’est lui qui, des années plus tard, a menti à la CIA sur de prétendus liens entre Saddam Hussein et Ben Laden. J’ai fréquenté Abou Khabab al-Masri, le spécialiste en explosifs d’Al-Qaïda, qui a tenté de m’enrôler pour un attentat contre une ambassade. J’ai également rencontré Abou Zubaydah, principal recruteur du
    mouvement. C’est lui qui m’a renvoyé en Europe pour y œuvrer comme agent dormant et, le cas échéant, mettre mes connaissances en matière d’explosifs au service de la cause.
    Pas un seul de ces hommes ne connaissait la vérité : j’étais à la fois leur frère et leur ennemi, un moudjahidine incapable d’accepter le massacre des innocents. J’étais un espion. J’avais infiltré les camps d’entraînement pour le compte de la DGSE, le contre-espionnage français. Après mon retour en Europe, j’ai continué à travailler comme agent double pour la DGSE – puis pour le MI5 anglais – alors même que Zubaydah me croyait fidèle à sa cause. Pour les services secrets, j’ai infiltré les mosquées radicales d’Abou Qatada et Abou Hamza, à Londres. Pour Zubaydah, j’ai transmis des messages et même envoyé de l’argent au Pakistan pour financer le djihad – de l’argent fourni par
    des agents britanniques.
    Tout au long de mon parcours, j’ai rencontré des centaines d’hommes semblables aux terroristes du 11 Septembre. Des hommes sans patrie, rejetés par l’Occident parce qu’ils n’étaient pas blancs et chrétiens, rejetés par leurs pays respectifs parce qu’ils ne s’habillaient ni ne parlaient plus comme des musulmans. La colère qu’ils partageaient était leur seul point d’ancrage, la seule chose qui les reliait à leur foi, à leurs familles et à leurs racines.
    Je comprenais leurs sentiments car j’étais comme eux.

    — Est-ce que tu sais qui a fait ça ? Tu connais les terroristes ?
    — Non, mais je sais qui est derrière tout ça. Et je sais pourquoi ils l’ont fait. Je connais ces gens, je connais leur façon de penser.
    Après une courte pause, j’ai ajouté :
    — Je veux vous aider.
    — Je te recontacterai si nous avons besoin de toi.
    Et il a raccroché.
    Il ne m’a jamais rappelé.


    — Alors, dites-moi. Quelle est votre histoire ?
    — J’ai passé les cinq derniers mois à acheter des armes et des munitions pour le GIA. Mais je leur ai volé de l’argent, et maintenant ils veulent me tuer.
    — Comment pouvez-vous être sûr que c’est le GIA ?
    Je tirai une copie d’Al Ansar de ma poche et la tendis à Gilles.
    — Vous savez ce que c’est ?
    Il étudia attentivement le document.
    — Oui, nous connaissons très bien Al Ansar. Où avez-vous trouvé ça ?
    — Ils le fabriquent chez moi. Chaque semaine, je remplis les enveloppes et je les envoie partout dans le monde. Ces gens, les rédacteurs d’Al Ansar, c’est pour eux que je travaille. Je leur ai déjà procuré des centaines d’armes et des dizaines de milliers de balles.
    Gilles ne réagit pas, son visage était presque parfaitement neutre. Mais il se redressa sur sa chaise, et je vis dans son regard que j’avais frappé dans le mille. Même le garde du corps détacha un instant les yeux de son écran.
    — OK. Qu’est-ce que vous voulez en échange de vos informations ?
    — Je veux que vous protégiez ma famille. Je veux que vous fassiez sortir ces types de la maison. Et je ne veux pas que ma mère ou mon petit frère aient le moindre problème à cause des agissements des autres. Et, pour finir, je veux une nouvelle identité : une nouvelle vie, un travail, tout. Je dois disparaître, sinon ils vont me tuer.
    Gilles ne dit rien. Il m’étudia brièvement avant de répondre.
    — Je peux protéger votre famille, mais je ne peux rien garantir pour le reste. Vous ne nous avez pas donné grand-chose, pour l’instant. Pour avoir tout ce que vous demandez, vous allez devoir nous aider un peu plus que ça.
    — Que puis-je faire de plus ? Je ne plaisante pas, ils sont sans pitié. Ils vont m’assassiner. Je ne peux pas retourner auprès d’eux.
    — Si, vous pouvez. Rentrez à la maison et rendez-leur l’argent. Dites-leur que vous vous repentez devant Dieu, que vous voulez retourner vers Lui. Si vous leur dites ça, ils vous épargneront. Ensuite, vous devrez regagner leur confiance. N’oubliez pas qu’ils ont besoin de vous. Ils ont besoin des armes que vous seul pouvez obtenir.
    Son discours m’impressionna. Il avait utilisé le verbe « repentir », mais je sentis à son intonation qu’il faisait référence à une expression arabe spécifique, toubou lillah, qui signifie « implorer le pardon du Seigneur ». Je compris que Gilles connaissait parfaitement l’islam, ainsi que le vocabulaire des extrémistes.
    — Mais je ne peux pas les rembourser. J’ai dépensé les vingt-cinq mille francs que j’ai volés.
    — Ce n’est pas un problème. Je peux vous donner l’argent, mais il me faudra une semaine. Rentrez chez vous, dites-leur que vous avez besoin de quelques jours pour leur rendre l’argent.
    Trouvez une excuse quelconque.
    Ce premier entretien m’en apprit beaucoup sur Gilles. Il avait de l’autorité au sein de la DGSE, puisqu’il m’avait offert l’argent sans consulter personne au préalable. Je savais qu’il allait tenir
    sa promesse ; s’il m’avait proposé les vingt-cinq mille francs, c’est qu’il était sûr de pouvoir les obtenir.
    Il en savait plus long sur mon compte qu’il n’en laissait paraître. Il n’aurait pas réalise à quel point mon aide était précieuse sans connaître certains détails à mon sujet. Et il n’allait pas se contenter des informations que je pouvais lui donner maintenant – il voulait que je continue à travailler pour la DGSE à l’avenir.
    Il voulait faire de moi un espion.
    C’est ainsi que je devins agent double pour la DGSE. Je n’avais aucune alternative, j’étais coincé. Tarek et compagnie savaient qui j’étais et où j’habitais, ils connaissaient ma famille.
    En tant qu’espion, au moins, je gardais un semblant de contrôle sur la situation. Initialement, si j’ai accepté la proposition de Gilles, ce n’était pas pour combattre le GIA. Cette motivation-là est venue par la suite. Au début, tout ce que je voulais, c’était protéger ma famille – et me protéger, moi.



    À Khalden, personne n’aimait les talibans. Nous n’en parlions pas ouvertement car la politique interne afghane faisait partie des sujets à éviter. Cela ne nous empêchait pas d’en discuter à mi-voix. Les instructeurs et autres recrues partageaient le point de vue exprimé par Yasin et Amin : les talibans interprétaient la charia avec trop de zèle. Ils étaient trop stricts et ne respectaient pas la tradition.
    Personnellement, je haïssais les talibans. En Belgique, j’avais lu beaucoup d’articles et vu de nombreux reportages à leur sujet.
    Ils étaient féroces, barbares. Les exécutions publiques et les décapitations m’écœuraient. Leur pouvoir se fondait sur le règne de la terreur. Je les détestais aussi parce qu’ils se battaient contre Massoud, l’un de mes héros, un noble moudjahidine que même ses ennemis respectaient.
    À l’instar des autres pensionnaires de Khalden, je me gardais bien de crier mes opinions sur tous les toits. Les talibans occupaient désormais une grosse partie du territoire. Et nous avions besoin de l’Afghanistan, terre du djihad, pour nous entraîner.
    Un soir, au moment où nous sortions de la mosquée après la salât du crépuscule, l’un des instructeurs arriva vers nous en courant. Il nous dit de laisser nos armes dans la mosquée. Après avoir posé les fusils, nous le suivîmes vers la cantine, curieux de savoir ce qui se passait. À l’entrée du camp, Ibn al-Cheikh était en train de parler à un Afghan venu d’un village proche de Khalden. Ils étaient en plein conciliabule – quelque chose clochait. Puis Ibn al-Cheikh se retourna et entra rapidement dans la
    cantine.
    Soudain, un bruit de moteur. Sur le flanc de la montagne face à nous, un 4x4 était en train de descendre lentement vers le camp, suivi par un petit groupe d’hommes à pied.
    Quelques minutes plus tard, le 4x4 s’arrêtait devant l’entrée.
    Six hommes en sortirent. Ils portaient des kalachnikovs et des lance-roquettes RPG sur leurs épaules. Le groupe à pied ne tarda pas à les rejoindre. Ils étaient quinze en tout.
    Ils formaient un équipage assez impressionnant – rien à voir avec les jeunes talibans qui avaient arrêté notre 4x4, le jour où j’étais entré en Afghanistan. Ces hommes avaient une trentaine d’années. Et ils étaient repoussants : vêtements crasseux, visages incrustés de terre, peau craquelée. J’eus un mouvement de recul instinctif en les voyant.
    Drôle de scène : un attroupement de jeunes recrues sans armes en train de regarder ces mercenaires rompus au combat. Parmi nous, personne ne montra signe de nervosité. Nous étions surtout curieux, d’autant que les talibans n’avaient pas l’air hostile.
    Trois d’entre eux – probablement les chefs – souriaient. Les autres étaient maussades, mais pas menaçants.
    Tandis que les instructeurs leur souhaitaient la bienvenue, je jetai un coup d’œil vers la cantine. Ibn al-Cheikh se hâtait de préparer une table pour nos visiteurs. J’allai lui proposer mon aide, qu’il accepta volontiers. Nous étendîmes un grand tapis et des peaux de mouton sur le sol, avant de préparer l’endroit pour le dîner.
    En sortant, je croisai les talibans. Ibn al-Cheikh vint nous dire que nous allions devoir nous passer de repas. Nous traînâmes dans le coin quelques instants, avant de nous éloigner. En partant, je regardai une dernière fois a` l’intérieur de la cantine. Ibn al-Cheikh était assis en tête de table, face au cercle de talibans.
    Abou Bakr se tenait à ses côtés. Je remarquai qu’il avait gardé son fusil.
    Ce soir-là, pendant que nous attendions l’issue de cette étrange réunion, un instructeur me dit que les talibans étaient déjà venus au camp six mois plus tôt. Ils n’étaient pas entrés dans Khalden car Ibn al-Cheikh, averti par un villageois, était parti à leur rencontre, accompagné par d’autres hommes du village.
    La raison de leur visite ? Ils voulaient des armes. Les talibans sillonnaient le sud de l’Afghanistan, allant de camp en camp pour exiger que les émirs leur donnent toutes leurs armes. Les émirs s’exécutaient car ils avaient peur. Lors de leur première visite à Khalden, les talibans étaient repartis bredouilles car Ibn al-Cheikh les avait interceptés à temps. Il avait négocié avec eux pendant six heures, l’un des villageois faisant office d’interprète.
    Il les avait persuadés de repartir paisiblement, arguant que les recrues de Khalden n’allaient pas combattre en Afghanistan, mais dans leurs pays d’origine. Ibn al-Cheikh avait fait valoir le fait que les moudjahidines de Khalden menaient le même djihad que les talibans, mais sur d’autres champs de bataille.
    Après quelques heures, les talibans s’en allèrent. Ni Ibn al- Cheikh ni Abou Bakr ne parlèrent jamais de ce qui s’était passé cette nuit-là.
    Le vendredi suivant, un frère demanda à notre émir si le djihad des talibans était légitime. Ibn al-Cheikh réfléchit un instant avant de formuler une réponse aussi brève que claire.
    — Aucun d’entre vous n’est ici pour lutter aux côtés des talibans. C’est pour vos pays respectifs que vous apprenez à vous battre.
    Le frère insista, et Ibn al-Cheikh précisa sa pensée, choisissant méticuleusement ses mots. Il nous dit que les talibans n’interprétaient pas la charia de la même manière que nous, car ils n’avaient pas notre éducation. Cependant, précisa-t-il, Rabbani voulait instaurer la démocratie en Afghanistan, tandis que les talibans voulaient établir un Etat islamique. Pour cette raison, ils méritaient une certaine forme de solidarité.
    — Si certains parmi vous choisissaient de se joindre aux talibans à l’avenir, il n’y aurait aucun mal à cela.
    Il fit une pause avant de conclure.
    — Mais il vaudrait bien mieux que vous fassiez votre djihad contre les occupants de Jérusalem ou les bourreaux de la Tchétchénie.
     

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