Binebine, le 'Harry Potter' de la peinture marocaine

Discussion dans 'Info du bled' créé par Info du bled, 29 Octobre 2008.

  1. Info du bled

    Info du bled Writer

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    L'exposition de Mahi Binebine à la nouvelle galerie casablancaise L'Atelier 21, boulevard Al Massira (du 21 oct au 11 nov.) inverse complétement la donne habituelle en matière de stratégie et de faisabilité. [​IMG]
    Une affluence simplement extraordinaire, draînant tout le gotha plastique et culturel, journalistique, politique et affairiste du pays; au niveau du marché, une tarification qui donne à penser, sans doute à la hauteur de l'événement, un événement sur qui a plané, lors du vernissage, un véritable air de magie, où la curiosité le disputait à l'étonnement et à l'admiration. On est venu voir, en plus de la peinture proprement dire, ce que celle-ci, à base d'une iconographie à la fois simple et rhédibitoire, est arrivé à susciter autour d'elle d'émotions et de fantasmes collectifs, d'hypothèses frileuses, de certitudes et d'évidences absolues et amusantes tout ensemble.

    C'est que réellement Binebine est un magicien, une espèce de "Harry Potter" de la peinture marocaine (sans péjoration), d'être arrivé en quelques années à faire l'unanimité (mais en bousculant les critères déontologiques jusque là usités pour faire valoir un talent) autour d'une production artistique centrée sur le "Personnage", toujours inédite dans son renouvellement, dont le noyau paraît à première vue insécable, mais où s'exprime de manière tout à fait transparente et sincère l'affect d'un artiste qui connaît acutellement tous les débordements.

    Personnage multiple dans ses manifestations comportementales, et qui "raconte", à travers ses gestes et ses positions, ses touches comme des stigmates, une histoire en noir et blanc, très contrastante, aux rapports intestinaux; personnage janusien, en perpétuel dialogue/monologue; figure discrète de l'enfermement comme celle d'un rêve d'évasion hors les "murs" et de mélancolie; personnage aux prétentions existentialistes, nu et asexué, interchangeable dans la douleur qui s'exprime à travers son pathétisme peu commun, qui a parfois l'air d'un somnambule
    en quête d'équilibre dans un espace virtuellement sans appui. Personnage en quête d'un pénible et difficile intégration.

    Mahi Binebine, qui est un romancier de talent, peint ici ce qu'il n'écrit ou ne pourrait pas écrire - une approche en abyme d'un thème que connaissent bien les nouveaux romanciers français, notamment Claude Ollier et Robert Pinget quand ils cherchent à dégager objectivement l'angoisse ontologique qui perfore le coeur de leurs personnages. Ce que peint Binebine n'est guère gratuit, et, drôlement, cela est fait avec peu de moyens, de matière et de couleurs; aucune argutie chromatique, tout se présente en scoop et va directement à l'essentiel.

    Ses lithographies relèvent du même registre et affichent le même bonheur; elles sont toutefois un peu plus foncées, un peu plus démonstratives; et signées en arabe...

    Quant aux sculptures en bronze, à peu près une dizaine, cela rappelle pour ainsi dire ses masques baïllonnés, peints et mis en relief sur toile: des visages anguleux et émaciés, plantés sur de minces tiges, pareils à des éventails pour ne pas dire épouvantails, d'allure primitive, fossiles légèrement magnifiés et recouverts de patine, parfois présentés en arête et qui tous sont l'expression euphémisée d'un réalisme du cauchemar ou du cauchemar du réalisme.

    Homogène, les oeuvres de Mahi Binebine s'inscrivent telles quelles dans une période de l'histoire marocaine, celle des années 70, dont elles témoignent du marasme social, de la crise et de la difficulté d'être qui les a caractérisée. Binebine, artiste pour rien!






    Source : emarrakech.info
     

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