Bon article sur l'humour/TV

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par Friend, 16 Octobre 2006.

  1. Friend

    Friend Bannis

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    La difficulté du rire
    Abdallah El Ouazzanni

    L’humour qu’on nous propose en ce mois de Ramadan apparaît plus ’comme une épreuve à subir qu’une invite à quitter notre conformisme majoritaire pour regarder une minorité de notre société, particulièrement lucide, et qui a pris le parti du rire, ébranler certaines de nos certitudes en se moquant de nos tares visibles et invisibles. Voilà pourquoi d’ailleurs la censure des régimes non démocratiques traque en priorité les mots et les images dont l’ironie et la raillerie deviennent vite synonymes de protestations subversives. Voilà pourquoi aussi les adeptes du bon sens ne comprennent toujours pas comment dans un Maroc qui se démocratise on continue de censurer un humoriste comme Bziz. On peut mesurer le degré de démocratisation d’un pays par la capacité de son régime à tolérer d’être l’objet de dérision et de moquerie.

    Si l’on fonde une démarche intellectuelle sur ce principe, on peut affirmer que notre pays n’est pas totalement exclu de l’environnement démocratique et qu’il a, de ce point de vue, déjà un pied dans le club restreint des démocraties. Reste que le rire n’est pas lui même exonéré de certaines exigences : qualité, profondeur, impact sur la société doivent caractériser le message de l’humoriste. Aussi, lorsqu’on prétend que notre peuple, à moitié analphabète, se reconnaît davantage en Fahid, Khiary et tous ceux qui usent d’un registre dit populaire parce qu’il pêche par le vulgaire, il n’est pas certain qu’il en garde grand chose depuis le temps que ces nouvelles stars « rayonnent » sur le monde du spectacle national. Toute l’argumentation de « cela plait à la majorité » part de ce constat de faillite : Ces humoristes locaux expriment une médiocrité qui ne reflète pas un trait général du caractère marocain. Celui-ci est plutôt fort bien représenté par les Hassari El Fad, Gad El Maleh,

    Ahmed Senoussi et plus récemment Rachida Khalil. Le style de la plupart des « numéros » de ces artistes manifeste une sorte de joie qui sonne juste, et qui de surcroît emballe des publics d’ici et d’ailleurs. Dans les Sitcoms et autres séries diffusés par les deux chaînes depuis le début du mois de Ramadan, on se détend à l’heure du Ftour et on entend même autour de nous un public inter générationnel réagir. Mais invariablement les différentes tonalités de l’humour et la diversité des sujets abordés provoquent des commentaires superficiels, fugaces, vite dits et oubliés. On se rend compte aussi qu’à l’occasion, la télévision a pu en tirer profit en trustant les budgets publicitaires de l’appareil économique du pays. Et si l’on songe que dans cette programmation commerciale, légitimement payée très chère par les annonceurs, les deux chaînes et surtout 2M avaient déjà financé des partenariats l’avantage des artistes, on en conclut que l’actuel ministre de tutelle, Nabil Benabdellah est sans conteste le père de cette explosion de la production télévisuelle. Mais l’inconvénient avec celle overdose de films, téléfilms, sitcoms, sketchs et séries, c’est que la majorité des réalisateurs ne possèdent pas le talent, la culture et les compétences pour faire rire en connaissance de cause des téléspectateurs dans leur diversité.

    Ils font, sans doute, le plus rire des ministres. A force de vivre ensemble le 17 octobre, ils fêteront le 4ème anniversaire de leur gouvernement les membres de l’Executif ont fini par s’accepter et former une vraie corporation. On comprend mieux aujourd’hui, pourquoi ils font de plus en plus dans l’évitement et la pénombre. Ils ont horreur de rencontrer des gens qui risqueraient de leur rire au nez, et ils s’arrangent pour ne se voir qu’entre eux.




    La Verité
     

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