Bouffonnerie Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 5 Juin 2009.

  1. @@@

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    El Himma, un “opposant” ? Qu’on nous prenne
    à ce point pour des idiots est rageant !


    Oui, c’est la troisième semaine de suite que cet éditorial est consacré à Fouad Ali El Himma. Mais que voulez-vous ? Cet homme monopolise l’actualité, et ça va de pire en pire. Dernière lubie de “l’ami du roi” : son groupe parlementaire est passé à l’opposition – ce qui, arithmétiquement, met le gouvernement en minorité, donc en péril. Trois questions-clés.



    1. Pourquoi El Himma a-t-il fait cela ? Dans les démocraties, on retire son soutien au gouvernement quand on est en désaccord avec sa politique, parce qu’on estime que celle-ci, d’une manière ou d’une autre, dessert le peuple. Mais du peuple, ici, personne ne parle. C’est comme si la politique se suffisait à elle-même, et que les Marocains étaient hors sujet. Si El Himma est passé à l’opposition, c’est, dit-il, qu’il s’est senti “méprisé” par le gouvernement, parce que ce dernier a voulu empêcher son parti, le PAM, de présenter aux élections communales de la semaine prochaine des candidats transfuges*. Le plus cocasse, c’est que… personne n’a empêché El Himma de quoi que ce soit ! Grâce à notre très indépendante justice qui lui a donné le feu vert pour violer la loi (!), l’ami du roi a finalement pu couvrir toutes les circonscriptions électorales du royaume, en y présentant 17 000 candidats. 1000 de plus que l’Istiqlal, qui occupe le terrain depuis 1944 ! Après moins d’un an d’existence, El Himma est sur le point de réussir une OPA sur la politique marocaine. Et avec tout ça, il se sent “méprisé” ?!! Qui croit-il abuser, sinon lui-même ?

    2. Que va devenir Abbas El Fassi ? 24 heures après l’annonce fracassante d’El Himma, le roi a appelé le Premier ministre au téléphone pour lui “renouveler sa confiance” – ce dont Abbas El Fassi s’est dit “profondément fier”, le pauvre. Sauf que le gouvernement est censé tirer sa légitimité du parlement (via un vote “de confiance”, justement). Or, la défection d’El Himma met le gouvernement en minorité parlementaire. D’un point de vue démocratique, le Premier ministre est censé démissionner sur le champ, le temps qu’une nouvelle majorité se constitue, et qu’elle lui accorde à nouveau sa confiance (ou pas). Mais il semble qu’un coup de fil du roi – de Paris, où il est en vacances (!!) – pèse plus lourd que le vote de 16 millions de Marocains. Et tout le monde continue à parler de démocratie comme si de rien n’était… En plus, on verra bien, quand l’“opposant” El Himma aura tout raflé aux élections, jusqu’à quand durera la “confiance” royale au pathétique Abbas…

    3. A quoi joue Mohammed VI ? Ce n’est pas prouvable, mais j’ose l’affirmer quand même – et je prends mes responsabilités : rien de ce que fait El Himma n’est décidé sans concertation avec le roi, son ami d’enfance. Tout simplement parce que le contraire est impensable, ne serait-ce qu’au vu de la pagaille politique monstrueuse que le PAM a créée. Le roi “refuse de se mêler des affaires partisanes” car il est “un arbitre au dessus du jeu” ? Ce n’est pas plus vrai aujourd’hui que ça ne l’était sous Hassan II. Seule la méthode a changé. Mohammed VI a choisi de ne pas truquer les élections, tant mieux. Mais il y a instillé un virus nommé El Himma – un virus d’autant plus dévastateur qu’il contient le génome du Makhzen, contre lequel aucun antidote n’existe. Quant au retrait du PAM de la majorité gouvernementale, voilà le message qu’il est censé porter : “El Himma n’est pas l’agent du Palais, la preuve, il est devenu un opposant (à Abbas El Fassi)”. Qu’on nous prenne à ce point pour des idiots est particulièrement rageant. C’est nous qu’on “méprise”, et ça vient de haut.

    Le jour où le peuple marocain sera assez mûr pour comprendre et s’opposer à cette bouffonnerie dantesque qu’on ose appeler “politique”, il boudera les urnes massivement – beaucoup plus massivement qu’il ne l’avait fait en 2007, avec un taux d’abstention de 63%. Peut-être, un jour, ce taux atteindra-t-il 90%, ou plus. A ce moment seulement, le Palais se posera des questions – peut-être. Qu’on se rassure, néanmoins : ça peut encore durer comme ça des décennies. Tant pis si nous reculons tandis que le monde avance. Après tout, on a les gouvernants qu’on mérite.

    * c’est-à-dire “débauchés” d’autres partis politiques, sous les couleurs desquels ils ont un mandat électoral en cours – pour rappel, une pratique clairement interdite par l’article 5 de la loi sur les partis

    http://www.telquel-online.com/376/edito_376.shtml
     

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