Chiffres

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 30 Octobre 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

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    En ces temps de mondialisation, l’enjeu n’est pas d’avancer, mais d’avancer plus vite que les autres. Or, malgré toutes nos “réalisations”, nous perdons du terrain chaque année…


    On le sait, le Maroc a reculé de 5 places dans le classement mondial de la liberté de la presse, et de 4 dans celui du développement humain, respectivement établis par Reporters sans frontières et les Nations Unies. Pour notre valeureux gouvernement, ne prêtent foi à ces classements “biaisés”, “injustes” et “peu crédibles” que les “nihilistes” qui choisissent de “s’aveugler” sur les merveilleux progrès accomplis
    par le Maroc depuis 10 ans.
    N’avons-nous pas engagé 110 milliards de dirhams en programmes d’infrastructures, multiplié la capitalisation boursière par 4 et les investissements extérieurs par 5 ? Ne sommes-nous pas passés de 40 à 160 km/an d’autoroutes construites, et de 0,4 à 22,8 millions de lignes téléphoniques ? Voilà les chiffres que nos officiels voudraient voir mis en avant. Message subliminal : “Oubliez les libertés et les indicateurs humains. L’économie, y a que ça de vrai”…

    Vous savez quoi ? Admettons. Et reportons-nous, dans ce cas, au “classement des économies”, établi chaque année par la Banque Mondiale. Combinant 10 critères dont la création d’entreprises et la protection des investisseurs, il classe les pays selon la facilité à y “faire des affaires” (“doing business”). N’est-ce pas la pierre angulaire de la “nouvelle ère” ? Eh bien dans ce classement-là, le Maroc n’est, en 2009, que 128ème sur 183 pays. Mieux classés que nous, entre autres : Bahreïn (20ème), le Qatar (39ème), la Tunisie (69ème), la Zambie (90ème) et le Swaziland (115ème). “Ce n’est pas le classement mais la progression qui compte” ? Soit. Notre classement en 2009 est le même qu’en 2008, et en progrès d’un point par rapport à 2007.
    C’est “honorable”, nous dit-on. Sauf qu’on oublie de préciser que dans le même intervalle, la Tunisie a gagné 12 points, l’Egypte 19 et les Emirats Arabes Unis 21. Quant au Rwanda, qui avait 19 points de retard sur le Maroc en 2007, il en a aujourd’hui 65 d’avance ! Le Rwanda, oui, ce petit pays d’Afrique centrale qui sort à peine d’un effroyable génocide…

    Voyons maintenant “l’indice de liberté économique”, établi par le Wall Street Journal sur la base, notamment, de la liberté d’entreprise et d’investissement, la stabilité monétaire, la dérégulation financière… bref, que de bons gros critères bien capitalistes, voire néo-libéraux, le genre de trucs qui devraient plaire à nos officiels.
    Eh bien sur 179 pays, le Maroc est classé 101ème. Très loin derrière Bahreïn (16ème), le Koweït (50ème) ou la Jordanie (51ème).
    Rappelons aussi que dans son “index de la compétitivité”, le Forum économique mondial nous classe 73èmes sur 132. Nous coiffent au poteau : les Emirats arabes unis (23èmes), la Tunisie (40ème), le Botswana (66ème) et le Kazakhstan (67ème). Une dernière pour la route ? Le même Forum nous fait reculer cette année de 12 places dans le classement des pays utilisateurs des technologies de l’information et de la communication. Nous sommes ainsi 86èmes (sur 134), alors que la plupart de nos pairs arabes, des Emirats Arabes Unis au Qatar, gravitent entre la 27ème et la 50ème places.

    La morale de tout cela ? Il y en a deux.
    Primo, cessons de fanfaronner avec nos autoroutes et nos chantiers d’infrastructures. Il est vain d’aligner les “réalisations” pour démontrer que nous avançons. La mondialisation, à laquelle personne n’échappe, est une course, et nos compétiteurs avancent aussi. L’enjeu n’est pas d’avancer, mais d’avancer plus vite que les autres. A cette aune-là, force est de constater que le Maroc est nettement moins rapide que la plupart des pays censés boxer dans la même catégorie.
    La seconde morale est, elle, d’ordre stratégique. Certains pays, comme la Malaisie ou la Tunisie, ont choisi de sacrifier la démocratie au profit du développement économique. C’est un choix éminemment contestable, mais qui a au moins le mérite de la clarté. Et de l’efficacité, à voir leurs résultats.
    Et nous ? Notre démocratie est une farce et notre développement économique est, visiblement, une tromperie. Ça s’appelle perdre sur les deux tableaux. Que certains appellent ça du “nihilisme”, si ça peut les rassurer. Les chiffres n’en sont pas moins là, et ils sont têtus.



    Ahmed R. Benchemsi

    http://www.telquel-online.com/396/edito_396.shtml
     

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