Civilisation Inca

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 14 Août 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    L'apparition de l'homme au Pérou remonte à 25000 ans. L'objet de ces pages n'est pas de prendre parti entre les grandes théories du peuplement de l'Amérique qui sont toujours en cours de discussion. La plus répandue est évidemment celle d'une migration en provenance de l'Asie du Nord-Est, qui franchit le détroit de Behring à la faveur de la glaciation, puis par l'Amérique Centrale, gagna le Sud de l'Amérique et les grandes forêts vierges de l'Orénoque et de l'Amazonie. Il en existe d'autres : celle d'une migration trans-Pacifique, que tenta de démontrer Thor Heyerdal avec son Kon-Tiki, puis une dernière plus récente : celle de foyers de peuplement purement autochtones. Il s'agit peut-être de tout cela à la fois.
    Il faut par contre rejeter - et combattre - un certain type d'élécubrations surgies dans les années 50, qui attribuaient à l'ancien Pérou des fondateurs tels que Assyriens, Egyptiens, Scandinaves, Aryens, Atlantes et autres Martiens qui se seraient servi des lignes de Nazca comme pistes d'atterrissage... En se plaçant dans le contexte de l'époque, on voit bien le dénominateur commun de toutes ces théories : le concept d'une race supérieure que ses propagandistes (la plupart inavoués) tentaient d'introduire en Amérique latine sous le couvert de l'archéologie.

    Il faut attendre 10 000 ans avant J.-C. pour voir l'Homo Americanus installé dans les grottes de Lauricocha dans la Cordillère centrale, ou bien dans celles - ornées de peintures rupestres - de Toquepala (près de l'actuelle frontière du Chili), où il vivait de la chasse aux auquénidés et de la pêche dans les lacs de montagne. Les premières plantes cultivées apparaissent au Pérou probablement vers 5000 avant J.-C. En 3500 avant notre ère, on trouve des communautés d'agriculteurs primitifs, cultivant le coton, le piment, la courge et et les haricots - mais pas encore le maïs - comme dans le site de Huaca Prieta, sur la côte Nord du pays. En 2500 avant J.-C. ces sociétés comment à construire leurs premières cités, où l'espace urbain est pensé et réparti selon les types d'activités et de pouvoir, comme le démontre la récente mise à jour du site de Caral au nord de Lima.
    Enfin, c'est entre 2000 et 1500 avant J.-C. qu'apparaissent les premières traces de céramique et de sculpture, la plus fameuse étant celle du fameux relief des "Mains croisées" réalisée en boue séchée et mise à jour dans le temple de Kotosh au beau milieu de la Cordillère centrale du Pérou.

    Le Pérou fait partie, avec les cordillères volcaniques de l'Equateur et les hautes-terres de la Bolivie, de l'aire archéologique des Andes centrales. Le territoire péruvien, très varié dans sa géographie, est divisé en trois grandes zones : la "Costa" ou côte Pacifique, la "Sierra", c'est-à-dire la cordillière des Andes et ses hautes vallées, prolongées au Sud par l'Altiplano, et enfin la "selva", ou la région amazonienne. "Costa" et "Sierra" sont subdivisées encore chacune en trois régions : le Nord, le Centre et le Sud.
    Sur la côte Pacifique, très aride, mais traversée par des vallées fluviales qui constituent autant de petits oasis, on a découvert - et on continue de découvrir - de nombreux vestiges archéologiques. Grâce à la grande sécheresse du climat, se sont conservés intacts des objets en matériaux périssables, tels que tissus, plumes ou bois, ainsi que des milliers de momies.
    Dans la Sierra ont été également mises à jour des cultures très complexes. Par contre, dans la Selva, aucune ethnie n'a élaboré une culture matérielle aussi riche que celle des hautes terres ou du littoral.
    Bas-relief des "Mains croisées" du temple
    de Kotosh (Période Formative)

    Les esprits non avertis pensent un peu naïvement que l'histoire du Pérou débute avec les Incas. C'est exactement comme si l'on faisait commencer I'histoire de France Louis XIV... Le soleil des Incas - sous la plume des chroniquaurs espagnols et ensuite des autres historiens - acquit un tel rayonnement sur le public européen depuis le XVIIe s., qu'il éclipsa tout ce qui avait pu se passer avant et ce d'autant plus aisément qu'on ignorait tout du reste. C'est seulement à partir des grands voyageurs américanistes du XIXe s., et surtout lorsque l'archéologie fut devenue une science à part entière, que l'on découvrit que les civilisations anciennes du Pérou dépassaient en création artistique et en sens de I'humain, les réussites de la courte période des empereurs Incas, ère qui commence seulement à émerger de la légende à la fin du XIVe siècle...

    L'empire du Soleil

    Selon une Iégende, les Incas descendraient de Manco Capac et de Mama Ocllo, envoyés par Viracocha, le dieu créateur, pour civiliser le genre humain. Le couple fondateur surgit des eaux du lac Titicaca, un bâton d'or à la main, et chercha un lieu fertile où celui-ci s'enfoncerait aisément dans le sol. Ainsi serait née Cuzco, vers I'an 1200. Là, Manco Capac apprit aux hommes à cultiver la terre et Mama Ocllo enseigna aux femmes I'art du tissage.
    Les premiers Incas ne règnaient que sur un petit état rural. Celui-ci se développa peu à peu et devint un puissant royaume sous l'action énérgique de son neuvième souverain, l'Inca Pachacutec, surnommé le "Napoléon des Incas".

    L'inca Pachacutec

    Celui-ci fonda une religion d'état basée sur le culte du Soleil et transforma Cuzco en une capitale brillante : autour du fameux Temple du Soleil, il fit bâtir des palais et des monastères de "femmes choisies" : les acclas, qui avaient pour rôle de servir la religion (les Vierges du Soleil) ou d'être données en épouses aux caciques et aux grands dignitaires.

    Vers 1438, il se lança à la conquête du continent. Les Incas imposèrent le culte du dieu Soleil aux peuples qu'ils vainquirent, mais sans interdire les anciens cultes locaux. Cette marque de tolérance toute relative (elle ne se limita qu'au domaine religieux) contribua à l'unification rapide de l'empire. Pour s'assurer de la fidélité des territoires nouvellement conquis, ils procédaient à des transferts de population : des colons venus de la région de Cuzco prenaient la place des autochtones, que l'on envoyait cultiver des terres lointaines : ces groupes transplantés étaient nommés mitimaes.
    Les Incas envoyèrent des savants et des artisans auprès de ces peuples afin qu'ils échangent leurs connaissances en médecine, tissage, poterie et techniques d'irrigation. La domination inca ne dura guère plus d'un siècle (1400-1532), mais cette civilisation est considérée - sur le plan de l'organisation sociale - comme l'une des plus avancées de tous les temps.

    La fameuse "Pierre au douze angles", ou Hatunrumiyoc, à Cuzco.

    Les Incas appelaient leur empire Tahuantisuyo, "les quatre quartiers". Le territoire s'ordonnait autour de Cuzco, le "nombril de la terre", en quatre secteurs orientés selon les points cardinaux. Au Nord s'étendait le Chinchasuyo, au Sud, autour du lac Titicaca le Collasuyo. à l'Ouest le Contisuyo et à l'Est l'Antisuyo, correspondant aux territoires amazoniens. Partout, ils imposèrent l'usage de leur langue, le quechua. Les Incas construisirent un réseau routier qui allait de la Colombie méridionale au Sud de l'actuelle Santiago du Chili, avec des routes transversales menant jusqu'en Argentine. Ces routes étaient jalonnées, à intervalles réguliers, de relais de poste : les tambos, c'est l'ensemble de ce réseau que l'on a baptisé "chemin de l'Inca".

    L'Inca inspecte les kipus où sont consignées les réserves de grain.
    Rien n'échappait à leur manie de l'organisation, mise en oeuvre par une administration nombreuse et rigoureusement hiérarchisée : ils furent les premiers à maîtriser les statistiques et la planification, grâce à un système très judicieux, basé sur des noeuds de cordelettes, les kipus, où tout était recensé : population, bétail, récoltes, garnisons, impôts, etc. Certains historiens, à leur propos, n'ont pas hésité à parler de régime socialiste avant la lettre. Mais comme ses successeurs du 20e siècle, force est de reconnaître qu'il fut également autoritaire.

    Excellents ingénieurs agronomes, ils imposèrent, dans les régions montagneuses, le système des cultures en terrasses, les spectaculaires andenes et irriguèrent le désert péruvien, l'un des plus arides du monde. Les récoltes etaient stockées dans des silos, afin que le royaume ne connût point la famine. Plus tard, les Espagnols empruntèrent aux Incas leurs techniques d'exploitation des mines d'or, d'argent et de cuivre, tant ces métaux étaient particulièrement abondants au Pérou.

    Mais c'est encore dans le domaine de l'architecture qu'ils ont laissé les témoignages les plus durables de leur splendeur : la formidable forteresse de Sacsayhuaman, qui domine la ville de Cuzco, et le site perché de Machu Picchu révèlent les talents de bâtisseurs des Incas - on ne peut introduire une lame de rasoir entre les pierres de ces édifices, pourtant appareillées sans mortier. Ces prouesses techniques sont le fait d'une civilisation qui ne connaissait ni la roue, ni le fer, ni l'écriture.
    Quelles merveilles d'inventions artistiques dans la poterie, l'orfèvrerie, le tissage, sans oublier l'architecture - n'ont-elles pas été créées par les cultures oubliées de Chavin, Paracas et Nazca, ainsi que par celles des Mochicas, de Tihuanaco et des Chimú !... Quatre parmi celles-ci ont prospéré sur la côte, alors que Chavin et Tihuanaco, aux origines mystérieuses, sont nées dans des régions déshéritées des Andes, à très haute altitude.



    les mystères de CHAVIN

    Le village perdu de Chavin de Huantar, niché dans une haute vallée des Andes du Nord-Pérou, fut un grand centre religieux qui a donné son nom à une importante civilisation précolombienne : la culture de Chavin, dont les origines se perdent dans la nuit des temps de la période dite Formative, qui associe au culte du jaguar les représentations du serpent et de l'oiseau de proie, se situe chronologiquement entre les XVe et Ve siècles avant J.-C. Son influence s'étendit sur un vaste territoire, des Andes du Nord jusqu'à la côte centrale du Pacifique.
    A l'époque des Incas, le sanctuaire de Chavin était déjà en ruines et presque abandonné. Le chemin de l'Inca passait loin de Chavin qui se trouvait dans une région isolée et quasiment inaccessible. L'un des premiers chroniqueurs de la conquâte espagnole, Le chroniqueur Vasquez de Espinoza, qui se rendit sur les lieux en 1616, écrivit : "Tout près du village de Chavin, se trouve un grand bâtiment en pierre taillée, d'une hauteur remarquable. C'était l'un des plus célèbres sanctuaires païens - comme le sont pour nous Rome et Jérusalem - où les indiens venaient offrir leurs sacrifices, car l'esprit du lieu disait l'oracle, et c'est pourquoi ils venaient des quatre coins du royaume..."
    Les voyageurs du XIXe s. parmi lesquels Alexandre de Humboldt (1810), Antonio Raimondi et surtout celui qui fut le premier "chavinologue" selon l'expression de Kauffmann Doig, Ernst W. Middendorf , donnèrent des descriptions des ruines. Lorsque le grand archéologue Julio C. Tello commença ses recherches sur le site en 1919, il fut très impressionné par cette civilisation de Chavin dans laquelle il voyait "l'origine de la civilisation andine". Il écrivait alors "qu'aucune autre des civilisations préhistoriques des Andes ne présente des caractéristiques aussi marquées que la civilisation de Chavin..."


    Richesse des cultures pré-incaïques

    Dès le 8e siècle avant. J.-C., la culture de Chavin, première en date des grandes cultures "Formatives" établie dans la Cordillère centrale, étendit son influence jusqu'à la côte aride du Pérou. Cette civilisation au caractère magique et religieux profondément marqué, produisait des dessins et des céramiques très sophistiqués : son art sculptural est d'une telle originalité qu'on ne peut l'apparenter à rien d'autre dans le monde antique, bien que l'on puisse peut-être y deviner quelques influences mexicaines archaïques, ou même "protochinoises" d'après certains. C'est cette même culture de Chavin qui introduisit l'artisanat du bronze en Amérique du Sud.

    Le site de Paracas, enseveli sous les sables d'une vaste presqu'île désertique, située au Sud de Lima, était absolument inconnu avant les découvertes de l'archéologue péruvien Julio C. Tello en 1925. En cet endroit cohabitent deux gisements archéologiques d'époques différentes, tous deux précédant l'ère chrétienne : celui de Paracas-Cavernas, caractérisé par des céramiques à décor profondément incisé, et celui dénommé Paracas-Necropolis, dont la découverte provoqua l'admiration des amateurs d'art. En effet, Julio C. Tello exhuma du désert plus de 400 fardos funéraires, momies typiquement péruviennes, habillées et empaquetées, qui livrèrent les plus somptueux tissus polychromes brodés qu'ait jamais produit une civilisation antique. Aux motifs de broderie d'un fantastique plein de mystère, s'ajoute un raffinement extrême dans la finesse du tissage et dans l'art de la teinture, puisque des spécialistes ont pu y dénombrer 190 nuances distinctes.
    Tissu Paracas


    Les extraordinaires artisans de Paracas furent certainement à l'origine d'une très importante culture, on peut même dire une civilisation, celle de Nazca. Elle s'est développée dans une série de vallées situées plus au Sud, à distance de la côte. L'art de Nazca, qui semble s'être étendu du 3e au 10e siècle, s'est surtout distingué par d'émouvantes céramiques aux couleurs fraîches et variées, illustrant des animaux, surtout des poissons et des oiseaux, des plantes ou des sujets surnaturels ou mythiques. Ces poteries, ainsi que quelques objets et tissus furent pratiquement les seuls documents que l'on possédait sur cette brillante culture - qui était passée complètement inaperçue jusqu'au début du 20e siècle - jusqu'à la découverte par un aviateur, en 1936, des célèbres lignes de Nazca, tracées au milieu d'une pampa aride et caillouteuse, constituant un gigantesque et fabuleux observatoire astronomique à ciel ouvert, sur lequel ont été échafaudées par la suite bien des hypothèses et des élucubrations.
    Les lignes de Nazca : le "Colibri"

    Vers la même période, mais cette fois sur la Côte Nord, apparaissait une extraordinaire culture, celle des Mochica, qui réalisaient de magnifiques poteries de style "naturaliste". Les Mochicas sont les héritiers de plusieurs petits foyers culturels, nés sur la Côte et qui avaient déjà dévelopé un art céramique assez élaboré : celles de Cupisnique, Gallinazo et surtout Vicús, laquelle qui avait prospéré entre 500 avant J.-C. et 500 après J.-C.
    Avec un étonnant réalisme et surtout un style qui n'a jamais été dépassé par la suite, les Mochica reproduisaient en effet sur des vases, de la vaisselle et des reliefs polychromes des plantes, des profils d'animaux, des portraits de personnages, des scènes de la vie quotidienne ainsi que leurs maladies et même leurs pratiques sexuelles dans les moindres détails - et le tout avec une saveur et un humour poussé parfois jusqu'à la caricature. Certaines d'entre elles sont de purs chefs-d'oeuvre.


    Une importante révolution semble ensuite s'opérer dans les Andes, entre les 4e et 6e siècles après J.-C. Bien différente des cultures du Nord et de la Côte centrale, la civilisation de Tiahuanaco, du nom du site archéologique aujourd'hui situé en territoire bolivien, se développe sur les bords du lac Titicaca, au milieu de l'altiplano, à près de 4000 m d'altitude. Le style de cette énigmatique civilisation se caractérise dans la céramique par l'apparition d'une esthétique et d'une technique nouvelles. Dans des poteries funéraires d'inspiration quasi abstraite et religieuse, le fond plat succède au fond convexe. Mais surtout, Tiahuanaco est remarquable pour l'émergence de l'art lithique monumental et par sa décoration, dont le plus fameux exemple est la stèle sculptée de la Porte du Soleil.
    Cet "horizon" de Tiahuanaco, dont la période classique date à peu près du 6e siècle, chancelle peu après sous la pression des peuples Aymaras, venus des hauts-plateaux du Sud bolivien, et se transforme en une civilisation expansionniste d'aspect plus guerrier, préfigurant déjà les incas. Elle essaime dans une grande partie du Pérou, surtout sur la côte, en propageant un style quelque peu dégradé, dit "Tiahuanacoïde" ou "Epigonal". Cette phase d'expansion dure jusqu'au 10e siècle et semble s'être doté d'une importante structure politique et militaire : c'est la période dite Tiahuanaco-Huari.

    Juste avant l'essor de la civilisation Inca, la culture dominante était celle des Chimú, héritiers du territoire et de la tradition Mochica. Ces pêcheurs et artisans, qui surpassaient tous leurs voisins dans le travail de I'or, contrôlaient la plus grande partie de la côte Pacifique Nord et avaient réussi à irriguer le désert. Liés à la mer et à ses rythmes, les Chimú vénéraient la Lune. La ville en pisé de Chan Chan, près de Trujillo, est le principal vestige de cette civilisation, mais aussi l'une des plus grandes cités préhispaniques d'Amérique (20 km2). Les Chimú furent finalement soumis par les Incas en 1450.

    La Conquête espagnole

    Comment une poignée de soldats espagnols dépenaillés parvint-elle à soumettre la plus puissante des dynasties d'Amérique du Sud et ses six millions de sujets ? Sans doute parce que l'Empire inca était déjà sur son déclin. Lorsque Francisco Pizarro arriva au Pérou en 1532, le pays se remettait à peine d'une terrible guerre civile.
    Quarante ans auparavant, Huayna Capac régnait sur l'empire Inca depuis deux métropoles : Cuzco. la cité impériale et Quito, la métropole du Nord. Huayna Capac avait établi Huascar, son fils légitime, à Cuzco et Atahualpa, son fils batard, à Quito. A sa mort ses deux fils revendiquèrent le droit au trône et l'empire Inca connut son premier conflit interne. Lorsque en 1532. Pizarro revint pour la troisième fois au Pérou, Atahualpa avait vaincu les armées de son demi-frère et campait à Cajamarca, prêt à s'emparer de Cuzco.
    Les Espagnols surent très vite profiter de la confusion engendrée par cinq ans de luttes fratricides et tirer parti des légendes indiennes qui prédisaient l'arrivée de grands dieux blancs envoyés par le Soleil.

    Les armes des Espagnols, leurs bateaux, leurs chevaux, inconnus des Indiens, ne firent qu'accréditer leur nature divine. Quand Pizarro invita Atahualpa à le rencontrer sur la place de Cajamarca, ce dernier accepta sans méfiance. Le rendez-vous était en fait un piège. Pizarro et ses hommes, qui s'étaient embusqués en attendant l'arrivée de l'Inca et de son escorte, les accueillirent à coups de canon et par une charge de cavalerie. Des milliers d'Indiens qui tentaient de s'enfuir furent massacrés sans merci et Atahualpa fut lui-même capturé.
    Les conquistadores demandèrent une rançon considérable en échange de la vie de l'Inca : le volume d'une chambre remplie d'or et son double en argent. Les Indiens parcoururent l'empire à la recherche de ces métaux qui n'avaient pour eux qu'une valeur rituelle. Mais lorsque ses exigences furent satisfaites, Atahualpa fut finalement exécuté au terme d'une parodie de procés. Certains chroniqueurs affirment que la mort de l'Inca fut tramée par un interprète indien issu d'une ethnie hostile aux incas, qui, pour venger les siens, traduisit de façon volontairement erronée certaines informations. D'autres que Pizarro craignait que les généraux d'Atahualpa, parmi lesquels les terribles Quizquiz, Ruminahui et l'habile Chalcuchimac n'orchestrent une révolte pour délivrer leur souverain.

    A la mort d'Atahualpa, l'empire inca s'effondra. Les Espagnols marchèrent sur Cuzco dont ils s'emparèrent le 15 Novembre 1533, mettant la ville à sac, arrachant les lourdes plaques d'or qui ornaient le temple du Soleil et profanant les momies des anciens Incas. Ensuite, ils pillèrent systématiquent l'empire, détruisant temples et oeuvres d'art. Cherchant une capitale moins exposée et un port qui leur permettrait à la fois d'expédier les richesses du Pérou vers l'Espagne et d'en recevoir des approvisionnements ou du renfort, Pizarro fonda Lima en 1535. Cette nouvelle cité allait bientôt devenir le centre rayonnant de l'Amérique espagnole. La grande révolte menée par Manco Inca (un autre fils de Huayna Capac) en 1536 n'y changea rien : il mit le siège devant Cuzco, mais ne parvint pas à en chasser les Espagnols. Au contraire, ceux-ci le forcèrent a trouver refuge dans l'inaccessible cordillière de Vilcabamba. Après de longues années de guerrilla, le dernier Inca, Tupac Amaru y fut finalement capturé, avant d'être éxécuté en 1572.

    Les Indiens, répartis entre les conquisatores par le féroce système colonial de l'encomienda, furent réduits en esclavage et au travail forcé dans les haciendas et dans les mines, la plus fameuse - et la plus meurtrière - étant celle de Potosi, en Bolivie. Le système d'agriculture collective, qui constituait la base de la société inca, se disloqua, de même que les très anciens aqueducs et autres infrastructures d'irrigation

    La terrible chute de population, enregistrée à partir de 1575, correspond à la pacification définitive du Pérou et à la généralisation du travail forcé dans les encomiendas et les mines, où près de 5 millions d'indiens furent engloutis en moins d'un quart de siècle ! Ce génocide colonial organisés, l'un des plus grands de l'Histoire - contre lequel tentèrent de s'élever les oeuvres humanistes du frère Bartolomé de Las Casas et du père José de Acosta - contribua à forger ce que l'on appelle la "Légende noire de l'Espagne" en Amérique latine. La région la plus touchée fut la côte, qui, encore actuellement, compte une population indigène reduite.
    Les épidémies venues d'Europe aggravèrent encore le phénomène : la variole, apparue au Pérou en 1560 faucha les 4/5 de la population indigène de Lima et Cuzco.

    La religion catholique fut imposée aux populations autochtones sous la contrainte (ce fut la phase dite de "l'extirpation de l'idolâtrie") et le Pérou administré avec une poigne de fer par des gouverneurs coloniaux qui s'enrichirent en pillant sans vergogne les ressources du pays au profit de la métropole.
    Cependant, la culture et les traditions indiennes devaient survivre jusqu'à nos jours. Dans les villages reculés, un pourcentage encore très important d'Indiens continue à ne parler que le quechua et l'aymara. Si une grande partie des coutumes vestimentaires d'antan se sont perdues, persistent en revanche des cérémonies et des fêtes d"origine inca dont seuls les noms ont changé, afin de composer avec la tradition chrétienne. Sans parler de l'artisanat et des coutumes agricoles, les genres musicaux, tels le huayno ou le yaravi, les carnavals et nombres de danses témoignent encore d'une culture que rien n'a pu détruire.
     

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