Civilisation Maya

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 14 Août 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Parmi les civilisations classiques de la Méso-Amérique, le peuple maya est probablement le mieux connu. Originaire du Yucatán aux environs de l'an 2600 avant l'ère chrétienne, il a atteint son apogée autour des années 250 apr. J.-C. sur le territoire délimité aujourd'hui par le sud du Mexique, le Guatemala, le nord de Belize et l'ouest du Honduras.

    S'inspirant des découvertes et des idées qu'ils ont héritées des civilisations plus anciennes comme celle des Olmèques, les Mayas ont maîtrisé l'astronomie, mis au point des calendriers perfectionnés et inventé une écriture hiéroglyphique. Cette civilisation s'est aussi distinguée par son architecture cérémoniale, prodigue de détails et d'ornements, et notamment par ses temples-pyramides, ses palais et ses observatoires, tous construits sans outils de métal. Habiles fermiers, les Mayas défrichaient de vastes étendues de forêts tropicales et bâtissaient, là où l'eau de surface était rare, d'immenses réservoirs souterrains d'eau de pluie. Ils savaient aussi fabriquer tissus et poterie et tracer des routes parmi les jungles et les marais pour tisser de vastes réseaux d'échanges commerciaux avec des peuples lointains.

    Vers 300 av. J.-C., les Mayas ont adopté un systèmede gouvernement hiérarchique où l'autoritéétait exercée par les nobles et les rois. Desroyaumes hautement structurés sont apparus au cours de lapériode classique, de 200 à 900 apr. J.-C. Lasociété était constituée de nombreuxÉtats indépendants, comportant chacun unecommunauté agricole rurale et de grandes villeédifiées autour de centres cérémoniels. Le déclin de la civilisation maya a commencé vers 900 apr. J.-C. quand - pour des motifs encore largement ignorés - les Mayas du sud ont abandonné leurs villes. Lorsque les Mayas du nordse sont intégrés à la société toltèque vers 1200 apr. J.-C., la dynastie maya a disparu. Certains centres périphériques ont cependant continué à prendre de l'essor jusqu'à la Conquête espagnole du début du XVIe siècle.

    On peut dire de l'histoire maya qu'elle est caractérisée par des cycles de grandeur et de décadence : des cités florissaient, puis connaissaient un déclin et étaient remplacées par d'autres. On peut également la considérer comme marquée à la fois par la continuité et le changement, déterminés par une religion qui demeure le fondement de leur culture. Pour ceux qui continuent de respecter les traditions mayas anciennes, la croyance dans l'influence du cosmos sur l'existence humaine et dans la nécessité de rendre hommage aux dieux par des rites continue de s'exprimer dans une foi hybride, à la fois chrétienne et maya.


    La découverte du monde Maya

    Les premières traces du peuple maya apparaissent vers 1000 ans avant J.-C, mais c'est vraiment à partir de 250-300 de notre ère que les Mayas atteignent un haut degré de civilisation. Ils construisent des cités imposantes dominées par des temples et des palais. Influencés par la culture olmèque, ils développent certaines pratiques de leurs illustres prédécesseurs comme la taille de sculpture en pierre et le système des calendriers. Ils connaissent un âge d'or qui dure 500 ans, jusqu'à leur déclin vers 900 après JC.

    Au temps de sa splendeur, au VIIIe siècle, la civilisation Maya s'étendait sur un territoire couvrant la totalité de la péninsule du Yucatan, l'Etat du Chiapas au Mexique, le Bélize, et le Guatemala,

    L'architecture des Mayas était très sophistiquée ; ils avaient une connaissance de l'astronomie étonnante, et un système d'écriture complexe, alors qu'ils ne connaissaient pas du tout les outils en métal. Dans ce sens, ils étaient toujours au niveau néolithique de la technologie. Ils n'avaient aucun animal de trait non plus. Sans bétail ni chevaux de trait pour faire le travail, tout le travail lourd (la construction des pyramides et le transport des marchandises commerciales) s'effectuait à la force des bras.

    A leur arrivée au 16e siècle, les Espagnols multiplient les expéditions. Mais ils ignorent tout des Mayas. Leurs descendants parlent de cités au coeur de la jungle qui seraient la demeure de leurs dieux. Mais personne ne prend vraiment au sérieux leurs récits.

    Il faut attendre le XIXe siècle pour que des explorateurs se lancent à la recherche des cités perdues. La surprise est à peine croyable.

    Après un long sommeil de mille ans, les sculptures, les stèles, les temples et les palais réapparaissent à la surface du monde pour révéler les secrets d'une époque. A la suite des explorateurs, les scientifiques chercheront à recomposer les éléments d'une histoire qui a vu émerger, briller, puis disparaître soudainement l'une des plus originales civilisations de tous les temps.

    La patrie maya, qu'on appelle Méso-Amérique, s'étend sur cinq pays : le Mexique, le Guatemala, le Belize, le Honduras et le Salvador. Certaines découvertes donnent maintenant à penser que le peuple que l'on appelle aujourd'hui les Mayas a en fait migré de l'Amérique du Nord aux hautes terres du Guatemala, peut-être dès 2600 av. J.-C., pour se regrouper en villages d'agriculteurs. La culture maya de la période préclassique est largement inspirée de la civilisation olmèque, qui l'a précédée et qui a culminé vers 1200 av. J.-C.

    À l'apogée de la civilisation maya, c'est-à-dire la période classique (200 à 900 apr. J.-C.), les Mayas occupaient pratiquement entièrement un territoire de quelque 311 000 kilomètres carrés qui était divisé en trois grandes zones :
    les forêts tropicales humides des basses terres qui s'étendaient du nord-ouest du Honduras au-travers de la région de Petén, au Guatemala, jusqu'au Belize et au Chiapas. C'était là le cœur de la civilisation maya classique, où se trouvaient notamment les villes de Copán, Yaxchilán, Tikal et Palenque;.
    les hautes terres du Guatemala et la côte du Pacifique, où l'influence aztèque pendant la période préclassique a provoqué des différences de développement d'ordre culturel entre les Mayas de cette région et ceux de la région centrale ou des basses terres.
    le nord de la péninsule du Yucatán où se trouvent les sites de Labná, Chichen Itzá et Uxmal. Les basses terres du nord sont caractérisées par une végétation de broussailles, un sol mince et des eaux de surface peu abondantes. Après la chute des villes-états des terres basses, qui marque la fin de la période classique, les migrations vers le Yucatán, où la culture maya continua de s'épanouir jusqu'à l'arrivée des guerriers toltèques, augmentent.


    Les cours d'eau : Une série de cours d'eau prennent naissance dans les montagnes et coulent vers l'océan Pacifique, sur la côte ouest, et vers le golfe du Mexique, dans les basses terres méridionales du Petén. Ces fleuves et rivières servaient de voie de circulation et permettaient de se rendre d'une ville à l'autre en canot. La plupart des villes mayas de la période classique étaient construites près de cours d'eau procurant de l'eau pour la consommation humaine et donnant accès aux routes commerciales. Dans les basses terres du Yucatán, au nord, il n'y a toutefois pas de cours d'eau important.

    La forêt pluviale : Si l'on fait exception des hauts sommets volcaniques recouverts de glaciers, la plus grande partie de la Méso-Amérique est recouverte par une dense forêt pluviale. La forêt pluviale est une sorte de serre, procurant chaleur, lumière et eau, et produisant un très grand nombre d'espèces végétales. À l'opposé des riches humus des forêts tempérées, le sol des forêts pluviales est mince et pauvre. Pour survivre, les plantes et arbres tropicaux se sont dotés de racines extrêmement efficaces qui absorbent les substances nutritives des végétaux morts (lesquels se décomposent rapidement à cause de la chaleur et de l'humidité) avant qu'elles ne soient emportées par les eaux.

    Le sol : Les meilleurs sols se trouvent dans les vallées des hautes terres du sud, où des éruptions volcaniques ont enrichi la terre. Le climat printanier et les vallées fertiles ont fait de cette région un lieu favorable à la présence humaine en dépit de la menace des volcans. Aujourd'hui, elle abrite la plus grande partie de la population maya.

    La famille linguistique maya

    Même si les peuples de langue maya qui étaient installés dans ces régions se ressemblaient par bien des aspects, leur éparpillement géographique a entraîné l'évolution de plusieurs langues qui sont de souche commune, mais suffisamment différentes les unes des autres pour faire en sorte que les différents groupes d'origine maya ne peuvent plus, aujourd'hui, se comprendre entre eux. Cette divergence linguistique complique d'ailleurs les efforts de traduction des inscriptions hiéroglyphiques retrouvées à l'emplacement des villes-états. Les érudits cherchent encore aujourd'hui à retracer l'évolution des langues mayas et les interprétations diffèrent, bien que l'on convienne généralement que quatre ou cinq groupes linguistiques sont apparus à la période préclassique moyenne (900 à 300 av. J.-C.).

    La société Maya

    La péninsule du Yucatán fut d'abord occupée par des chasseurs et des cueilleurs arrivés il y a environ 11 000 ans. Ces nomades vivaient en petites bandes familiales. Vers 2500 av. J.-C., ils commencèrent à cultiver le maïs et abandonnèrent le nomadisme pour s'établir dans les villages entourés de champs de maïs.

    Les Mayas créèrent des terres arables en abattant et en brûlant la végétation. Ils cultivaient le maïs et des plantes secondaires telles que le haricot, la courge et le tabac. Dans le plateaux de l'ouest, ils défrichaient la jungle pour y faire des cultures. Après une période de deux ans, ils cultivaient de nouveaux champs, laissant les anciens en jachère pendant dix ans avant de les réensemencer.

    Ils vivaient dans de petit villages constitués d'ensembles de maisons occupés par des familles étendues. Leurs maisons au toit de chaume étaient d'ordinaire des huttes à une seule pièce aux murs faits de poteaux de bois entrecroisés recouverts de boue séchée. On utilisait surtout ces huttes pour y dormir, les tâches quotidiennes telles que la cuisine étaient effectuées dehors, dans une espace central commun. La répartition du travail entre hommes et femmes était clairement définie : les hommes entretenaient les huttes et s'occupaient des champs de maïs, et les femmes préparaient les repas, confectionnaient les vêtements et veillaient aux besoins de la famille. Ces méthodes agricoles anciennes et ces traditions familiales ont survécu au fil des siècles et constituent encore le mode de vie de nombreuses communautés rurales.

    Au Préclassique moyen, les croyances et idées olmèques sur l'organisation hiérarchique de la société s'étaient probablement répandues dans la société maya. Les Mayas du sud, dans les vallées des montagnes, choisirent de se regrouper sous l'autorité de chefs de haut rang ou de rois, mais la plupart des Mayas des basses terres résistèrent aux pressions, préférant des confédérations tribales qui ne reconnaissaient aucun pouvoir au-dessus des anciens de leurs villages. Le Préclassique récent a vu l'apparition de l'ahau, ou grand roi, et l'ascension de royaumes dans tout le pays maya. Au cours du millénaire suivant, les principes de la royauté domineraient la vie des Mayas.


    Dans chaque royaume maya, la société était composée, selon un ordre hiérarchique, de rois, de nobles, de maîtres, de scribes, de guerriers, d'architectes, d'administrateurs, d'artisans, de marchands, d'ouvriers et d'agriculteurs. Outre la capitale, il y avait un certain nombre de centres secondaires éloignés, villes d'une certaine dimension ou simples hameaux et fermes habités par une famille étendue.

    Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi les Mayas sont passés de petites communautés agricoles administrées par des responsables locaux aux royaumes complexes de la période classique. La découverte de moyens pour recueillir l'eau de pluie et la création de nouvelles terres arables pour l'agriculture ont joué un grand rôle dans cette évolution. Une force ouvrière non négligeable fut organisée pour construire et entretenir les systèmes hydrauliques (réservoirs, citernes, canaux) et s'occuper des champs de maïs. Ces innovations ont permis d'accroître la production d'aliments et de créer un surplus, de développer le commerce avec les états voisins, et donc de favoriser l'augmentation de la population. Le fait qu'on avait besoin d'un gouvernement pour administrer les activités urbaines et rurales, de plus en plus nombreuses et complexes, explique peut-être en partie que les Mayas se soient dotés de rois.

    Les villes, en s'étendant, en partie à cause de l'arrivée de gens de l'extérieur de la région, grignotaient de plus en plus les terres arables. L'accroissement de la population, des sécheresses et de mauvaises récoltes peuvent avoir été cause de graves pénuries alimentaires et de malnutrition. Lorsque les récoltes étaient mauvaises, les gens étaient peut-être forcés d'aller ailleurs pour survivre. D'autres facteurs dans le déclin des villes des basses terres du sud vers 900 apr. J.-C. sont peut-être :
    l'escalade des hostilités, plus tard au cours la période Classique;
    la répugnance de l'état de geurre de plus en plus fréquent;
    le coût élevé de l'entretien de la royauté et des nobles;
    la dépense de la construction d'un nombre de plus en plus élevé de temples;
    et l'habitude de prendres des gens du commun pour les sacrifices humaines (au cours du Classique ancien, seuls les rois et les nobles capturés étaient ainsi sacrifiés).
    Quelles qu'en soient les raisons, les Mayas ont décidé de retourner à un mode de vie plus simple en cultivant le maïs et en vivant dans des villages ruraux assez semblables à ceux d'aujourd'hui.

    Les Mayas du nord aussi entrèrent dans une nouvelle phase lorsqu'ils tombèrent sous l'influence de leurs voisins toltèques et d'autres groupes qui s'établirent dans la péninsule du Yucatán. Cette ère se poursuivit jusqu'à l'arrivée des Espagnols en 1541, qui marqua le début d'une période sombre où l'on brûla les livres des Mayas et tenta de faire disparaître leur religion.

    La cosmologie et la religion

    Les Mayas croyaient en la récurrence des cycles de la création et de la destruction et pour eux les ères duraient, d'après notre système moderne de computation du temps, quelque 5200 ans. Le cycle actuel aurait commencé en 3113 ou 3114 av. J.-C. de notre calendrier et devrait prendre fin en l'an 2011 ou 2012.

    Il n'est pas facile, d'après la connaissance que nous avons aujourd'hui de la civilisation maya, d'interpréter leur cosmologie. Il semble évident, toutefois, que les Mayas voyaient la Terre comme une forme plate et carrée. Chacun de ses quatre angles était situé à un point cardinal et était représenté par une couleur : le rouge à l'est, le blanc au nord, le noir à l'ouest et le jaune au sud. Le centre était vert.

    Certains Mayas croyaient aussi que le ciel était stratifié et que chacun de ses quatre angles était soutenu par une divinité d'une musculature impressionnante appelée «Bacab». Pour d'autres, le ciel était soutenu par quatre arbres de couleurs et d'espèces différentes, et le ceiba vert, ou liard, se dressait au centre.

    Pour les Mayas, la forme aplatie de la Terre représentait le dos d'un crocodile géant reposant dans un bassin rempli de nénuphars. Dans le ciel, le pendant du crocodile était un serpent bicéphale, une notion sans doute attribuable au fait que le vocable maya désignant le ciel ressemble au mot serpent. En caractères hiéroglyphiques, le corps du serpent-ciel est représenté non seulement par son propre signe - barres croisées - mais aussi par ceux du Soleil, de la Lune, de Vénus et d'autres corps célestes.

    Le ciel était composé de 13 strates, chacune ayant sa propre divinité. Au niveau le plus élevé se trouvait l'oiseau muan, une sorte d'effraie. Le monde souterrain comportait neuf strates sur lesquelles régnaient neuf seigneurs de la Nuit. Le monde souterrain était un endroit froid et inhospitalier auquel étaient destinés la plupart des Mayas après leur mort. Cet univers souterrain accueillait aussi chaque soir les corps célestes comme le Soleil, la Lune et Vénus, une fois franchi le seuil de l'horizon.

    On en sait très peu sur le panthéon maya. Il renfermait un nombre incalculable de divinités dont au moins 166 portent un nom. Cette prolifération s'explique en partie par le fait que chacune des divinités se présentait sous des aspects multiples. Certaines avaient plus d'un sexe, d'autres pouvaient être à la fois jeunes et âgées. Chaque dieu représentant un corps céleste possédait dans le monde souterrain un visage différent qui se révélait chaque soir à sa «mort».

    Certaines sources mayas font aussi état d'un dieu suprême unique, appelé Itzamná, auteur de l'écriture et mécène des arts et des sciences. Son épouse, Ix Chel, était la déesse du tissage, de la médecine et de l'enfantement et l'ancienne déesse de la Lune.

    Les prêtres mayas n'étaient pas célibataires et il arrivait souvent que leurs fils leur succèdent. Le rôle des prêtres était étroitement lié au calendrier et à l'astronomie. Ils contrôlaient l'apprentissage et les rituels et ils étaient responsables de la computation du temps, des festivals, des cérémonies, des jours et des saisons fatidiques, de la divination, des événements, du traitement des maladies, de l'écriture et des généalogies.

    Tous les rituels mayas étaient dictés par le calendrier du cycle sacré, de 260 jours et toutes les démonstrations avaient une signification symbolique. L'abstinence sexuelle était rigoureusement observée avant et durant ces événements et l'automutilation était couramment pratiquée pour fournir le sang avec lequel on bénissait, par l'onction, les articles religieux. L'élite était obsédée par le sang - le sien et celui des prisonniers - et le rite de la saignée constituait un important aspect de tout grand événement du calendrier maya. La saignée servait aussi à se concilier les dieux et au début du déclin de la civilisation maya, les chefs qui possédaient de vastes territoires couraient, disait-on, d'une ville à l'autre pratiquer ce rite pour sauver leur royaume en voie de perdition.

    Pour les Mayas, le sacrifice sanglant était nécessaire à la survie tant des dieux que des humains, faisant monter l'énergie humaine vers le ciel et recevant en retour le pouvoir divin. Le roi se servait d'un couteau d'obsidienne ou d'un aiguillon de pastenague pour s'entailler le pénis, dont il laisser couler le sang sur du papier contenu dans un bol. Les épouses des rois prenaient aussi part à ce rite en tirant une corde hérissée d'épines à travers leur langue. On faisait brûler le papier taché de sang, et la fumée qui s'en élevait établissait une communication directe avec le Monde céleste.

    La coutume voulait que les prisonniers, les esclaves, surtout les enfants et notamment les orphelins et les enfants illégitimes que l'on achetait spécialement pour l'occasion, soient offerts en sacrifice. Avant l'ère des Toltèques, on sacrifiait plutôt les animaux que les humains - dindons, chiens, écureuils, cailles et iguanes étant les espèces jugées dignes d'être offertes aux dieux mayas.

    Les prêtres recevaient, pour effectuer les sacrifices humains, l'aide de quatre hommes âgés appelés chacs, en l'honneur du Dieu de la Pluie du même nom. Ces hommes tenaient les bras et les jambes de la victime offerte en sacrifice tandis qu'un autre officiant nommé Nacom lui ouvrait la poitrine. Un chaman nommé Chilam assistait aussi à la cérémonie et recevait, pendant qu'il était en transe, des messages des dieux dont les prophéties étaient interprétées par l'assemblée des prêtres.

    Les Mayas croyaient que lorsqu'on mourait, on pénètrait dans le Monde inférieur par une grotte ou un cenote. Lorsque les rois mouraient, ils empruntaient le chemin lié au mouvement cosmique du soleil et tombaient dans le Monde inférieur, mais parce qu'ils possédaient des pouvoirs surnaturels il renaissaient dans le Monde céleste et devenaient des dieux. Mourir de mort naturelle faisait trembler les Mayas, surtout en raison du fait que les morts n'allaient pas automatiquement au paradis. Les gens ordinaires étaient enterrés sous le plancher de leur maison, leur bouche remplie de nourriture et d'une perle de jade, et ils étaient entourés des objets et des articles religieux qu'ils avaient utilisés durant leur vie. Les tombeaux des prêtres renfermaient des livres.

    Les gens de la haute noblesse étaient incinérés - une pratique d'origine mexicaine - et leur temple funéraire était érigé au-dessus de leur urne. Dans les premiers temps, les nobles étaient enterrés dans des sépulcres sous des mausolées. Certains Mayas momifiaient même la tête des seigneurs décédés. Celles-ci étaient déposées dans des oratoires familiaux et «nourries» à intervalles réguliers.

    Après la conquête espagnole, les systèmes de croyance maya et chrétien ont commencé à se confondre. Selon certains archéologues, les deux systèmes accusaient de nombreuses ressemblances : dans les deux cas, on brûlait de l'encens durant les cérémonies rituelles, on pratiquait l'iconolâtrie, il y avait des prêtres et on organisait de longs pèlerinages aux jours désignés du calendrier rituel.

    La plupart des Mayas observent de nos jours une religion entremêlée d'anciennes notions mayas, d'animisme et de catholicisme. Certains croient toujours, par exemple, que leur village est le centre cérémoniel d'un univers soutenu aux quatre coins par des dieux. Lorsque l'un de ces dieux déplace son fardeau, il se produit un tremblement de terre. La voûte céleste est le domaine du Soleil, de la Lune et des étoiles; toutefois, le Soleil est clairement associé avec Dieu le Père ou Jésus-Christ tandis que la Lune est associée à la Vierge Marie.

    Bien des Mayas sont convaincus que leurs montagnes sont à l'image des anciens temples-pyramides. Les montagnes et les collines sont également perçues comme les demeures des divinités ancestrales : des figures paternelles et maternelles que l'on honore dans leur demeure de prières et à qui l'on offre de l'encens, des poules noires, des cierges et des spiritueux. Beaucoup de villages mayas voient encore de nos jours des chamans prier pour l'âme des malades aux lieux de pèlerinage en montagne. Les Mayas croient aussi en un Seigneur de la Terre - un métis gras et vorace habitant dans des cavernes et des cenotes, qui contrôle tous les points d'eau et à qui l'on doit les éclairs et la pluie.

    On croit aussi aux forces surnaturelles des esprits de la forêt. Aux quatre entrées de certains villages actuels, sont placés quatre paires de croix et quatre esprits de jaguar, appelés balam, qui ont pour fonction de chasser les démons. On invoque encore les divinités de la forêt dans les rites agricoles et l'on croit toujours que des vents mauvais, qui circulent librement dans le monde, sont cause de maladies et de souffrances tout comme les aluxob, ces nains à l'allure de lutins, qui sont porteurs de malchance.

    La civilisation contemporaine

    Les Mayas sont aujourd'hui au nombre d'environ six millions et ils forment la plus grande agglomération de peuples indigènes au nord du Pérou. Certains des groupes les plus nombreux se trouvent au Mexique, les plus importants parmi eux étant les Yucatèques (300 000 habitants), les Tzotzil (120 000 habitants) et les Tzeltal (80 000 habitants). Les Yucatèques habitent la péninsule au climat chaud et tropical du Yucatán, tandis que les Tzotzil et les Tzeltal vivent dans les hautes terres du Chiapas. Parmi les autres groupes d'importance, on compte les Quiché et les Cakchiquel du Guatemala, les Chontal et les Chol du Mexique et les Kekchi du Belize. Ces 31 groupes mayas d'Amérique centrale parlent des langues différentes, mutuellement inintelligibles, bien qu'elles appartiennent toutes à la famille des langues mayas.

    Malgré la modernisation et les mariages mixtes entre les peuples indigènes et les immigrants espagnols, de nombreuses communautés mayas ont réussi à préserver leur identité et leurs coutumes. Ce phénomène s'explique en partie par le fait qu'à l'encontre des autres peuples géographiquement dispersés au Mexique et en Amérique centrale, les Mayas ont été, à travers les âges, confinés à un territoire monolithique s'étendant de la partie sud du Mexique, au Guatemala, au Belize et aux confins ouest du Honduras et du Salvador.

    Le peuple Lacandón des forêts tropicales du Chiapas est l'un des groupes mayas les plus menacés d'extinction. Les Lacandóns, au nombre de 200 seulement au début des années 80, ont suscité un grand intérêt parmi les chercheurs. N'ayant en effet jamais été christianisés, ils pratiqueraient encore une variante de l'ancienne religion maya. Ils subissent toutefois l'énorme pression du monde moderne. Dans les années 50, on les voyait encore chasser au moyen d'arcs et de flèches. Depuis lors, des routes ont été aménagées en forêt pour les voyageurs et les touristes et il n'est pas rare de voir des Lacandóns quitter leur habitat forestier pour y vendre les produits de leur artisanat. On craint que le mode de vie des Lacandóns ne se prolonge guère au-delà de la fin du siècle.

    Les Mayas connaissent toutefois des problèmes plus importants que ceux que leur pose le tourisme. Certaines régions ont été, dans les dernières décennies, le théâtre d'affrontements politiques intenses causant un grand nombre de pertes de vie et entraînant une crise économique dévastatrice. De nombreux Mayas ont été tués dans des guerres civiles, et d'autres, de pays comme le Guatemala, ont été forcés de fuir leurs demeures et de chercher refuge au Mexique, aux États-Unis ou au Canada. Des groupes de défenses des droits de la personne exigent qu'on mette fin à ces injustices, et des mouvements tentent de trouver des solutions durables aux problèmes de la discrimination et du génocide culturel.

    Les Mayas sont aussi les artisans des problèmes qu'ils affrontent, en particulier dans des régions comme celle du Petén au Guatemala, où les forêts tropicales sont abattues à un rythme alarmant pour céder la place à des champs de maïs. La population du Petén a grimpé en flèche, passant de 15 000 habitants en 1950 à plus de 300 000 aujourd'hui, et de nouveaux colons ne cessent d'affluer du sud du Guatemala, exerçant une pression énorme sur les ressources naturelles de la région. D'après une étude faite par la NASA et la National Geographic Society, dans la seule période de quatre ans allant de 1988 à 1992, 1 130 acres de forêts ont été déboisés par des agriculteurs. Petén est pourtant la plus vaste étendue de forêt qui subsiste en Amérique centrale; le problème est devenu si aigu qu'en 1990, le Guatemala enclavait 40 p. 100 du territoire de Petén pour en faire une réserve de la biosphère maya.

    Avec la disparition de la forêt, s'évanouissent ses trésors. La faune s'éteint, d'anciens sites mayas sont exposés au pillage et des chapitres entiers de l'histoire humaine et naturelle risquent de tomber à jamais dans l'oubli. Les gens qui travaillent pour des groupes environnementaux sanctionnés par le gouvernement, comme le Conseil national des régions protégées du Guatemala, vivent sous la menace constante des attentats et des incendies criminels perpétrés par des bûcherons et par d'autres protagonistes avides de tirer profit de la destruction des forêts.

    Le peuple maya a eu à subir vague après vague de conquêtes qui se poursuivent encore de nos jours. Leur attachement à la terre, leur dévotion envers leur communauté et leur système de croyance solidement ancré leur ont permis d'assurer la survie de leur environnement culturel et physique. Il n'en demeure pas moins que certains ethnologues continuent à douter de la capacité de la culture maya de vaincre les assauts du monde moderne. Depuis des décennies, les Mayas sont la cible d'attaques de toutes parts : affrontements de l'armée et de la guérilla au Guatemala, envahissement du tourisme, destruction des forêts tropicales et empiétement sur les territoires qui leur sont traditionnellement réservés.

    Néanmoins, tout espoir n'est pas perdu. Les Mayas ont gardé intactes bon nombre de leurs traditions agricoles et commerciales. À l'instar de leurs ancêtres, la plupart des ménages cultivent le maïs et nombreux sont ceux qui vendent au marché le produit de leurs travaux d'artisanat, comme par exemple les tissus. Contrairement à leurs ancêtres d'avant la Conquête, cependant, un grand nombre d'hommes offrent aussi leur main-d'œuvre une partie de l'année dans les plantations de café et de coton situées dans les basses terres.

    L'ancien calendrier maya a, lui aussi, remarquablement bien survécu. Dans les hautes terres mayas, nombre de communautés ont encore leurs prêtres-chamans ou «gardiens des jours» qui ont pour tâche de faire le compte du cycle des jours selon le calendrier maya et d'ordonner la tenue des rituels traditionnels pour le bénéfice des personnes et de la communauté tout entière.

    Les intellectuels mayas ont aussi commencé à comprendre que les divers groupes linguistiques doivent se rallier pour assurer la survie de la culture et des langues mayas. L'aspect le plus rassurant pour certains observateurs réside dans le fait que les populations mayas tendent actuellement à prospérer plutôt qu'à s'éteindre, et il n'est pas dit que la conscience accrue qu'elles ont de former un peuple unifié doté d'un passé glorieux et d'une grande capacité d'adaptation ne les aidera pas à se maintenir au-dessus de la vague pendant les siècles à venir.

    Pour en savoir plus :

    http://www.civilization.ca/civil/Maya/mmc01fra.html
     

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