Classe politique: Le vieillissement ensemble

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 19 Avril 2006.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Y a-t-il de jeunes loups dans le landernau politique marocain ? Dans les salons, on en parle. Au sein des chapelles, on vénère encore et toujours le culte des pères fondateurs. Ces derniers sont là et aimerait bien y rester. Dans l'absolu, on nourrit le désespoir du rajeunissement d'un côté et le sens de l'arrivisme de l'autre. Le rêve est-il pour autant reporté ?

    Il y a quelque chose de paradoxal dans le discours politique ambiant chez nous. En fait, c'est au moment même où l'on se gargarise de parlotte sur la nécessité du rajeunissement que la vieille garde monte au créneau. Question d'occuper les premiers rangs au cas où… D'ailleurs, il suffit de voir la manière dont on essaie de marqueter le concept pour se rendre compte que des annéeslumière nous séparent d'un ralliement des prises de position des tribuns à l'actualisation de ce qu'ils avancent. Dans le feu du «rameutage» on peut dire ce qu'on veut. Mais, dans les faits, on reprend les mêmes et on recommence. La situation est ce qu'elle est et le fait que les partis trouvent une fierté sans mesure de signifier qu'ils consacrent la discrimination positive à l'endroit des femmes et des jeunes comme principe suffit à renseigner sur ce qu'ils sont. En fait, fondamentalement, et à défaut de chiffres que les formations politiques ne déclinent guère, on peut se rabattre sur les figures emblématiques que nous renvoient les journaux des partis. Que découvre-t-on ? Que le dernier des derniers à avoir sa photo sur un canard partisan frôle la cinquantaine ou y arrivera d'ici les prochains congrès. En revanche, les têtes visibles, dans un pays où une écrasante majorité aura 30 ans et moins à l'horizon des échéances de 2007 et après, demeurent celles dont on a l'habitude. En 2002 et avant, ils étaient dans les rangs militants de la jeunesse. Cinq ans après, ils ont pris un coup de vieux. D'ici les élections d'après 2007, ils auront atteint l'âge adulte. Que restera-t-il ? Une génération qui a pu résister depuis 2002 à se mettre au garde-à-vous devant les caciques de l'actuelle élite politique, qui est, elle, le prolongement voire l'héritière de l'ancienne génération d'avant l'indépendance.

    Entre ambition et arrivisme

    Or, cinquante ans après, les ventres des Marocaines n'ont pas donné naissance à de nouveaux leaders. L'assertion relève de la simple provocation à l'endroit d'une classe politique où la fameuse légitimité historique, conjuguée au droit d'aînesse, tient le haut du podium. L'on en est encore à rêver du jour où des jeunes peuvent, sans que cela n'ait l'image d'une offre ou d'un don, accéder aux postes de responsabilité, au sein des chapelles politiques marocaines, sans devoir passer par le tamis des allégeances. On vous dira que les jeunes ne s'intéressent pas à la chose politique et qu'on ne peut, dès lors, compter sur leur présence effective. C'est un peu aller plus vite que la musique rythmée aux sons du réel marocain. Car, dans la littérature non écrite de nos partis, les jeunes ne servent qu'à crier des slogans, courir dans les rues à l'occasion des campagnes électorales, coller des tracts le reste du temps. Le tout sur la toile de fond qu'ils vont en tirer quelque chose si jamais leur coqueluche passe l'examen des urnes. Il n'y a qu'à voir des trentenaires actuellement qui ont fait l'expérience et apprendre, de leurs propres bouches, ce qu'ils espéraient et ce qu'ils ont atteint. A part certains noms, qui sont «arrivés», les autres ont été soit abandonnés, soit mis dans une commune ou dans un département ministériel. Entre temps, ils ne pipent plus mot sur l'engagement politique citoyen. L'essentiel est devenu qu'ils se «casent» pour service rendu à la couleur qu'ils ont défendue. Comment voulez-vous, s'interrogent les observateurs, que d'autres y croient hors de cette règle ? Voilà, l'un des vrais problèmes auxquels nos formations ne semblent donner de l'importance. C'est le système même de la gouvernance (un joli mot, au passage, qu'on répète dans toutes les tribunes) partisane qui fait de l'appartenance une issue de sortie de crise… personnelle. Certes, l'ambition est légitime, mais pas l'arrivisme ! Ceci étant le constat. Qu'en est-il de l'espoir ? L'espoir est que la jeunesse du pays adhère aux partis, quelle qu'en soit la couleur, sur la base de convictions. Et que cette dernière soit le credo des enseignes, loin des calculs personnels qui se drapent en adresses de partis. Est-ce le cas ? Le doute est sur toutes les lèvres. Sera-ce le cas ? L'espoir est permis, du bout des lèvres. Encore faut-il que nos partis allient l'acte à la parole. En fait, malgré ce que l'on dit, à droite et à gauche, comme au centre, certains n'hésitent pas à avancer des noms qui ont pu percer ces dernières années. On ne parlera pas des Mohamed El Gahs, Karim Ghellab, Nabil Benbadellah, Adil Douiri, Taoufiq Hjira et autres responsables officiels peu médiatisés, mais le Maroc dispose d'un réservoir, ici et ailleurs, de femmes et d'hommes, qui peut servir le pays. Pourvu qu'il y croit et qu'on lui ouvre les portes de l'implication. En fait, c'est toute une culture à changer qui doit l'être. Ici et maintenant. Sans quoi, on persistera sur cette même voie qui ne mène à rien sauf à alimenter le désespoir des uns et le sens d'arrivisme des autres.

    Lobservateur.ma
    Proposer Par AGHILASSE

     

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