COMME DANS UN REVE : UN TRIPLE DE LEGENDE

Discussion dans 'Uefa competitions' créé par simo160, 29 Mai 2009.

  1. simo160

    simo160 Accro Membre du personnel

    J'aime reçus:
    100
    Points:
    48
    Finale de la Ligue des Champions - FC Barcelone 2-0 Manchester United : Le Barça a remporté sa dixième coupe européenne et sa troisième C1 en battant Manchester au terme d'un match d'une grande maîtrise collective. Merci !
    [​IMG]
    Les faits et le jeu :
    Au fond c’était écrit. Déjà il y eut cette qualification miraculeuse à Stamford Bridge avec un but venu d’ailleurs d’Andres Iniesta dans les arrêts de jeu alors que tout semblait perdu et que le Barça réalisait l’un de ses plus mauvais matches de la saison. Ensuite il y eut toutes ces blessures et ces suspensions (notamment Marquez, Abidal et Alves). L’équipe ayant peu de profondeur de banc, les choses paraissaient ainsi mal embarquées avec du bricolage derrière et du rafistolage au milieu (Touré en défense, Puyol à droite et titularisation de Sylvinho à gauche et de Busquets au milieu), sans compter le vrai faux suspens de la présence de Iniesta et Henry tout juste remis de blessure. Bref voilà que le Barça abordait la finale avec le double statut de miraculé et d’outsider face à « la machine Manchester » à la « défense de fer » et au jeu « ultra complet ». Comment les dieux du football auraient-ils pu pencher autrement que pour le Barça ? Leur choix était fait. Le but d’Iniesta à Chelsea appelait un Happy End en finale, tout comme l’accumulation des absences appelait un dépassement de chacun pour le collectif.

    Mais au-delà de tous ces signes, que l’on aurait sans doute volontiers interprété en sens inverse en cas de triomphe mancunien, le Barça ne doit en fait sa victoire qu’à lui-même, c’est-à-dire à son collectif et à ses individualités dont l’intrication est la base de son jeu unique. Pourtant que n’a-t-on pas dit sur ce jeu. Certes il fut célébré. Abondamment et chaleureusement, à tel point qu’il est sage d’éviter de lister ici les différents adjectifs laudatifs auquel celui-ci eut l’honneur. Mais d’un autre côté une thèse puissante fut également avancée : le jeu de passes courtes, la conservation du ballon, l’exploitation de la largeur, au fond tout ces fondements du jeu catalan, cela resterait limité voire stéréotypé. Le réalisme, la rigueur, la puissance, voila ce qui manquerait fondamentalement à la Pep Team. Et les zélotes d’appuyer leurs affirmations en expliquant que le Barça n’aurait finalement rencontré que des équipes en crise (Bayern, Real) ou des seconds couteaux (tous les autres…) et que la seule fois qu’il aurait rencontré une « vraie équipe », à savoir Chelsea, il n’aurait dû son salut qu’à l’arbitrage et à un exploit individuel.

    De fait cette finale devait voir pour beaucoup d’observateurs avisés la victoire de Manchester, une équipe réaliste, spécialisée depuis deux saisons dans l’atomisation 1 à 0 de ses adversaires, ultra rigoureuse défensivement avec « la meilleure charnière défensive du monde » et surtout très puissante avec des joueurs complets capables aussi bien de défendre que de se projeter très rapidement vers l’avant ou de presser haut. Bref après le coup de semonce de Chelsea (« the fucking disgrace » comme dirait l’autre), cette finale devait montrer les limites définitives du Barça. Le remake de 1994 était même annoncé par certains. Le raisonnement se tenait. Manchester était un favori qui méritait son statut de part son expérience (tenant du titre et aucune défaite en finale de C1) et sa saison (champion d’Angleterre avec 90 points).

    Mais c’était aussi sous-estimer la force du jeu du Barça de cette année, le meilleur de toute l’Histoire assurément.


    En quatre-vingt-dix minutes sur la pelouse du stade olympique de Rome, le Barça a donné une leçon de réalisme, de rigueur et de puissance à Manchester United, tout en jouant son jeu habituel et en restant fidèle à ses fondamentaux. Au fond Manchester n’aura tenu que dix minutes. Une formidable résistance notons le bien néanmoins avec une possession largement à son avantage (60 % dans le premier quart d’heure) et trois occasions importantes toutes signées Ronaldo, notamment un coup franc dès la première minute repoussé dans les pieds de Park par un Valdes hésitant. Mais une résistance très courte. Une fois la rampe de lancement Iniesta actionnée, et le lion Eto’o lâché en pleine surface adverse pour l’ouverture du score (1-0, 10’), ce fut terminé. Manchester ne s’en remit jamais. Barcelone sur sa première incursion venait d’ouvrir le score et de déstabiliser irrémédiablement tous les plans mancuniens

    Dès lors, il n’est pas trop fort de dire que le match fut à sens unique. Barcelone se mit en effet à confisquer le ballon avec des récupérations de plus en plus hautes. Cela n’empêchait pas Manchester de continuer à s’approcher de la cage de Valdes (faute de Piqué sur Ronaldo puis coup franc de Giggs ; sortie spectaculaire de Valdes sur Park) mais globalement le patron s’appelait Barcelone, les hommes de Fergusson perdant la maîtrise du milieu en multipliant les mauvais choix et le jeu long sans préparation. Avec Xavi et Iniesta à la baguette, le Barça restait toutefois prudent et semblait garder le frein à main enclenché. Un corner de Xavi finement joué pour un Messi très maladroit (11’), une frappe lointaine mais lourde de ce même Messi (19’), un coup franc de Xavi tutoyant la lucarne (27’), et enfin une tête trop courte de Piqué (36’) avant un ultime rush de Messi (45’), c’était pas mal mais pas suffisant pour assommer définitivement MU.


    Conscient que rien n’était encore acquis, le Barça appuya sur l’accélérateur au retour des vestiaires. Ce fut tout d’abord Thierry Henry qui s’essaya au brisage de reins avec Ferdinand, mais hélas le plat du pied du Français ne trompait pas Van Der Sar (48’). Ce fut ensuite Eto’o qui sollicita Messi en pleine surface mais le petit Argentin s’avéra trop court pour reprendre l’offrande du Camerounais (50’). Ce fut enfin Iniesta qui perfora le rideau défensif anglais pour obtenir un coup franc à 20 mètre que Xavi en maître artificier se chargea d’expédier sur le montant gauche de Van Der Sar (53’). Très gros temps fort que ce début de seconde période pour le Barça. Mais toujours 1-0 seulement.

    Malgré la faiblesse de l’écart au tableau d’affichage, Manchester paraissait néanmoins impuissant avec un jeu très pauvre consistant principalement à jouer long sur les cotés pour centrer sans préparation. En dehors de corners assez mal exécutés, le danger semblait inexistant, bien qu’un raté de Touré sur une centre assez anodin rappela à la 56ème minute que tout peut aller très vite en football, Park étant trop court de seulement quelques centimètres pour pouvoir profiter de l’opportunité.

    Face à une telle impuissance symbolisée par les prestations cataclysmiques de Giggs et Rooney, Ferguson relança le coaching : après avoir fait entrer Tevez à la place d’Anderson à la mi-temps, voilà que le technicien écossais choisissait de lancer Berbatov à la place de Park (66’). La conséquence fut presque de déstabiliser encore plus l’organisation de Manchester. Après être passé en 4-4-2 avec Rooney à droite, Park à gauche et Tevez-Ronaldo dans l’axe, voilà que l’entrée du Bulgare décalait Ronaldo sur le flanc gauche, laissant les pauvres Carrick et Giggs tout seuls face à Iniesta, Busquets et Xavi assistés de Messi. La balade catalane au milieu était impressionnante. Face à la maestria des Blaugrana, les Mancuniens semblaient dépassés, voire presque résignés. Incroyable pour une équipe louée à juste titre pour sa force mentale et sa faculté à ne rien lâcher.


    De fait la partie devenait plus décousue, la fatigue commençant également à s’accumuler, et finalement sur une récupération suite à un dégagement raté de Evra, Xavi s’en alla offrir à Messi le but de la délivrance (2-0, 70’). Ironie de l’histoire ce fut un coup de tête. Oublié par un Ferdinand déclinant au fil des minutes, Messi s’en alla ainsi tromper Van Der Sar d’une détente verticale stupéfiante. Ce premier but de l’Argentin contre un club anglais acheva le moral des Red Devils. La résignation laissa place à une sorte de renonciation, surtout après l’intervention de décisive de Valdes sur Ronaldo dans la foulée du but de Messi (72’). Entre temps Thierry Henry était sorti, remplacé par Seydou Keita.


    Le dernier quart d’heure ne laissa guère de place au suspens. Barcelone fut même tout proche de marquer un troisième but par Puyol (74’ puis 85’). Mais il se contenta de gérer tranquilement. Ferguson désemparé lança en vain Scholes le héros de la demi-finale de l’an passé (75’) mais celui-ci se distingua avant tout par un tacle horrible sur le jeune Busquets (81’).

    Sur la touche Henry ne tenait plus en place et essayait de réconforter Gudjohnsen visiblement affecté de ne pas entrer en jeu (et ne parlons pas de Hleb en tribune au profit du jeune Muniesa… on peut penser ce qu’on veut du niveau de Hleb et de sa saison, mais ce choix de Guardiola était inutilement cruel et humiliant). Il ne manquait plus que le coup de sifflet final. Celui-ci intervint juste après la sortie d’Andres Iniesta, ovationné par l’ensemble du stade. Juste le temps donc pour Pedro de fouler la pelouse et de garder intact le quota assez impressionnant de sept Canteranos du onze de départ (Valdes, Puyol, Piqué, Busquets, Xavi, Iniesta, Messi). C’est aussi ça le Barça de Guardiola.


    Voilà le Barça tout en haut. Le triplé est historique tout comme la manière. Surtout la manière. Le football est un jeu où il y a un vainqueur et un perdant, mais c’est aussi un spectacle. Les 22 acteurs se doivent d’offrir quelque chose aux spectateurs. Ce Barça là a tellement offert cette saison, que l’on se doit maintenant de lui adresser nos plus chaleureux remerciements. Merci aux joueurs et au staff pour nous avoir procuré toutes ces joies, tout ce bonheur. Etre supporter c’est avant tout souffrir, mais parfois c’est aussi savourer. Il faut savourer cette merveilleuse saison.

    Qui aurait cru au soir de la défaire inaugurale à Numancia, que neuf mois plus tard, Puyol soulèverait trois trophées dont le plus prestigieux, celui de la Ligue des Champions. Personne sans doute, même pas Guardiola.

    Cette équipe fait désormais partie de la légende du Barça et plus globalement du football. Elle marquera certainement son époque comme peu l'ont fait avant elle. Il lui manque simplement un dernier ingrédient pour accéder à l’Olympe des Olympes : durer.

    Que la légende continue !



    Les joueurs :
    Valdes : 6,5
    En très grande difficulté dès la première minute de jeu sur un coup franc atrocement vicieux de Ronaldo (ballon flottant). Le reste de son match fut beaucoup plus paisible jusqu’à la seconde frappe cadrée de MU à la 72ème minute (frappe à bout portant de Ronaldo). Un jeu au pied assez performant.

    Puyol : 8
    Un très grand match du capitaine. On le croyait un peu "cramé" depuis quelques mois, mais en l’espace de 90 minutes, il a remis toutes les pendules à l’heure. A la fois impeccable défensivement et généreux offensivement, il aurait mérité de marquer un but que ce soit sur une jolie tête (74’) ou sur une incursion « messiesque » conclue d’une balle piquée (85’). Une sorte de résurrection.

    Touré : 6,5
    Troisième dépannage de l’Ivoirien en défense centrale après le retour à Chelsea et la finale de Copa. Une nouvelle fois ce fut un peu poussif avec une faute grossière dès la première minute et plusieurs petits moments d’apesanteur. Néanmoins cela a tenu ! Dans les duels aériens il a été impérial. Sobre dans la relance.

    Piqué : 8
    De la tête ce fut écœurant, il a tout pris. Et puis cette qualité de relance… du pur Guardiola avec des ouvertures ultra verticales de 30-40 mètres à ras de terre. Un régal. A son actif on retiendra aussi de nombreux tacles ultra décisifs que ce soit pour couper des centres (pauvre Rooney) ou pour sauver l’équipe devant Park à la suite du fameux coup franc de Ronaldo repoussée par Valdes. Installé comme titulaire pour les dix prochaines années...


    Sylvinho : 7
    Il n’avait jamais déçu et pourtant les rumeurs les plus folles donnaient Keita partant à gauche. Finalement titulaire, on peut dire qu’il n’a une nouvelle fois pas déçu. Un placement toujours optimum, une technique fiable, et un cœur énorme face à Park puis Rooney. Et dire qu’il a failli partir au Celtic cet hiver… Chapeau à Sylvinho et à ses 35 printemps.

    Busquets : 7,5
    Bluffant. On le pensait trop tendre pour ce genre de match. Il n’avait pas convaincu à Chelsea et semblait clairement marquer le pas après trois premiers mois très réussis en équipe première. Mais ce soir il fut brillant. Un pressing de tout les instants, parfois très haut sur Carrick, Anderson ou Giggs, et une grande propreté dans le jeu court. Très présent aussi dans les duels. Victime d’une épouvantable attentat de la part de Scholes en fin de match.

    Xavi : 8,5
    Monstrueux. Une nouvelle fois il a éclaboussé le match de sa classe, de sa vista et de sa technique. Une conservation de balle magique, une qualité de passe époustouflante et toujours cette capacité à garder à la tête froide pour trouver la bonne solution. Un coup franc sur le poteau, après une première tentative qui avait frôlé la lucarne. Une passe décisive délicieuse pour Messi et une présence de tous les instants dans les mouvements offensifs.



    Iniesta : 8,5
    Ceux qui connaissent bien Iniesta n’avaient aucune inquiétude sur sa capacité à revenir immédiatement au top après sa déchirure. Les faits leur ont donné une nouvelle fois raison tant le Manchego a été éblouissant. A la maestria technico-tactique d’un Xavi il ajoute la force de pénétration d’un Messi. A l’origine du but d’Eto’o, il a écoeuré le milieu de Manchester tout au long de la partie.
    Remplacé par Pedro dans les arrêts de jeu.

    Eto’o : 8
    Sacré Samuel. Capable de vendanger les occasions les plus évidentes depuis quelques semaines, il est aussi celui qui est allé casser les reins de Vidic pour mettre KO tout l’équipe de Manchester en ouvrant le score d’un pointu ravageur. Sa seule et unique occasion du match, il l’a mis au fond. Et pour le coup c’est lui qui est allé la chercher, même si Iniesta avait déjà appuyé sur l’accélérateur. Le reste de son match fut incroyable de débauche d’énergie. Faux ailier, faux milieu de terrain, il a été d’une formidable générosité pour défendre, boucher les trous, presser, appeler.



    Messi : 8
    Une première mi-temps mitigée. Quelques fulgurances comme cette accélération à la 45ème minute, mais globalement un jeu trop petit, trop compliqué, et trop « perso ». Pourtant en position de faux 9 comme contre le Real, il avait pas mal d’espace à sa disposition et on sentait MU assez en difficulté tactiquement. Sa deuxième mi-temps fut nettement plus convaincante. Il a multiplié les échanges avec Xavi et Iniesta, et surtout il a marqué le but du break, d’une tête magique avec un temps de suspension prodigieux. Le but du ballon d’or ? Certainement. A moins que Iniesta ou Xavi ne lui chippent !

    Henry : 6
    Contrairement à Iniesta, on avait pas mal d’inquiétude quant à sa capacité de récupération. De fait on l’a senti gêné avec des courses manquant de puissance. Du coup on a retrouvé le Henry stéréotypé dans les dribles du début de saison qui se contente trop souvent « d’être bien en place ». A ce niveau il a néanmoins fait le boulot et son couloir avec Sylvinho a été bien tenu. Une belle occasion en tout début de seconde mi-temps.
    Remplacé par Keita, auteur d’une entrée sereine juste après le but de Messi.

    Fiche technique :
    FC Barcelone : Valdés ; Puyol, Touré, Piqué, Sylvinho ; Busquets, Xavi, Iniesta (Pedro, m.92) ; Messi, Eto'o, Henry (Keita, m.71)
    Manchester United : Van der Sar ; O'Shea, Ferdinand, Vidic, Evra ; Carrick, Anderson (Tévez, m.46), Giggs (Scholes, m.75) ; Park (Berbatov, m.66), Rooney, Cristiano Ronaldo
    Arbitre : Massimo Busacca (Suisse)
    Buts : Eto'o (10ème, 1-0) ; Messi (70ème, 2-0)
    Avertissements : Ronaldo, Vidic, Scholes ; Piqué.

    fcbarcelonaclan
     

Partager cette page