Comment Ingrid Betancourt a été libérée

Discussion dans 'Scooooop' créé par @@@, 2 Novembre 2008.

  1. @@@

    @@@ Accro

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    Le 2 juillet dernier, Ingrid Betancourt enfin libre. Mais comment a-t-elle vraiment été libérée? Un livre du journaliste Jacques Thomet raconte les dessous de l'événement de manière polémique. La France n'y a joué aucun rôle, et a même été tenue à l'écart de l'opération menée par les services colombiens. Le JDD publie les bonnes feuilles du récit avant sa parution lundi.

    Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Bernard Kouchner... Mais aussi les agents secrets français, dont un "008" tourné en ridicule, les comités de soutien, les membres de la famille Betancourt, Ingrid elle-même, accusée de s'être jetée très imprudemment dans la gueule du loup... Dans son livre, Les Secrets de l'opération Betancourt, Jacques Thomet, ancien chef du bureau de l'Agence France-Presse à Bogotá, revient, d'une manière très polémique, sur les six années de détention d'Ingrid Betancourt et sur les conditions de sa libération, en compagnie de quatorze autres otages des Farc, au début de l'été dernier. Un document volontairement à contre-courant dont le JDD s'est procuré, en avant-première, les extraits suivants.

    Quand le FBI s'en mêle

    En mai 2006, les services colombiens interceptent un appel satellitaire entre la Colombie et une boutique d'équipements électroniques à Miami. Le FBI américain, alerté, réussit à découvrir l'identité de la Colombienne qui appelle souvent Miami depuis le département du Meta, dans la région de Caguán, restée un repaire des Farc de 1998 à 2002. Il s'agit de Luz Dary Conde Rubio, alias Doris Adriana, âgée de 36 ans. C'est une taupe de la guérilla. [...] Une proie de taille car l'enquête établit qu'elle est la compagne de Gerardo Antonio Aguilar, alias César, gardien des otages en Colombie, dont Ingrid Betancourt. [...] Un agent du FBI se fait embaucher dans la boutique et devient l'interlocuteur de Doris Adriana pour ses achats. Le piège se referme peu à peu. Au lieu de l'arrêter, les services secrets américains maintiennent le contact et lui obtiennent la fourniture d'un lot important de matériel de communication entre septembre 2006 et octobre 2007. Chacun des appareils est alors muni au préalable d'une puce électronique par le FBI. Cet artifice permettra de localiser le lieu d'où les appels sont passés sur ces combinés.

    De faux e-mails pour piéger les Farc

    Un fantastique travail d'infiltration électronique a berné la guérilla. Des experts en informatique ont réussi à copier le style des chefs rebelles dans leurs envois d'ordres écrits à César. Quand le geôlier leur répondait, ses messages étaient bloqués par les services secrets [colombiens] sans jamais parvenir à leurs destinataires. C'est par ce chassé-croisé surréaliste entre César et les faux patrons des Farc que l'armée colombienne a atteint son premier objectif: rassembler les otages dans un même lieu, au coeur du Guaviare. [...] Les échanges de courriels finissent par convaincre César. Son ego est fouetté par une nouvelle de dernière heure: Alfonso Cano, nouveau patron des Farc, [...] l'invite à conduire les quinze otages dans la zone de Pradera et Florida, pour une mission humanitaire. Ce serait le premier pas vers l'octroi du fameux mini-Etat exigé par la guérilla depuis six ans, avant un échange imminent entre rebelles emprisonnés et otages politiques des Farc. La vanité de César l'empêche de renifler le subterfuge.

    La France leurrée

    "Non seulement Nicolas Sarkozy n'a joué aucun rôle dans la libération effective d'Ingrid Betancourt, mais il n'a même pas été informé, à aucun moment, de l'opération "Jaque". A l'inverse, la France a servi de dernier leurre pour assurer le succès de ladite opération. Jamais l'Elysée ne le reconnaîtra mais les faits sont là et prouvent, sans ambiguïté aucune, comment le président français a été embobiné par son homologue colombien." Jacques Thomet explique comment Paris a annoncé l'établissement de contacts avec les Farc, "information" confirmée par la présidence colombienne. "Un écran de fumée vient d'être déployé par Bogotá, avec Paris en guise de couverture, pour lancer l'opération "Jaque". Cette information sur des contacts en cours entre les émissaires européens et Alfonso Cano ne peut que rasséréner César, lui aussi connecté à Internet, s'il venait à avoir des soupçons de dernières minutes sur l'opération humanitaire en préparation. [...] Les Français ne comprendront que le lendemain le pourquoi de ce bluff. Mais la libération des otages n'empêchera pas Sarkozy de vouloir la récupérer à son profit, avec le concours d'Ingrid...

    A bord du faux hélico humanitaire

    Dans l'appareil, les neuf volontaires révisent la conduite à tenir, prient ou se contentent de respirer lentement, yeux fermés, pour mieux se concentrer. Les deux pilotes de l'appareil jouent eux aussi à pile ou face avec la vie. Un dialogue chiffré a été convenu pour leur permettre de rester en contact avec le général Padilla [chef d'état-major interarmées], sans donner l'alerte aux rebelles. Un bouton anodin a été ajouté au tableau de bord par les services secrets américains: il sert d'alarme discrète, en cas de coup dur, pour déclencher dans la seconde le plan B. Dix-sept minutes plus tard, l'hélicoptère réalise son approche vers la clairière indiquée, suivi par son double. Le commando aperçoit des dizaines de petits points disséminés dans l'herbe. Soixante-huit au total. Quand les neuf volontaires sortiront, ils comprendront vite: ce sont autant de guérilleros, leur AK-47 dans le creux du bras, prêts à tirer.


    http://www.lejdd.fr/cmc/international/200844/comment-ingrid-betancourt-a-ete-liberee_161747.html

     

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