Courage et clarté Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 21 Mars 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

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    Une fois pour toutes, l’Etat doit trancher : oui ou non, un parti a-t-il le droit d’utiliser la religion à des fins politiques ?


    TelQuel n’est pas connu pour défendre le PJD. Nous sommes donc d’autant plus à l’aise pour dénoncer la véritable campagne de déstabilisation dont le parti islamiste fait l’objet depuis quelques mois. Il y a d’abord eu cette histoire de compte bancaire réservé au soutien de Gaza. Abdelilah Benkirane, le secrétaire général du PJD, avait déclaré, grosso modo, que son parti était à l’origine de la création de ce
    compte. Le Palais, qui en revendique la paternité, l’avait violemment rabroué (via Abbas El Fassi, plus que jamais la “voix de son maître”), et Benkirane avait dû battre en retraite précipitamment. Puis il y a eu ces vagues de départs du PJD, dont on a fait grand cas. Comme je l’ai déjà écrit sur ces mêmes colonnes (TelQuel n°361), les démissions des partis politiques n’ont rien d’exceptionnel en cette période préélectorale : les “militants” n’ayant pas obtenu d’accréditations de leurs partis les quittent bruyamment – en les accusant de tous les maux pour faire bonne mesure. Ce qui est plus inhabituel, c’est que ces démissions fassent l’objet d’une publicité extensive dans les médias officiels. Or la MAP, Le Matin du Sahara, et même la télévision publique se sont précipités pour étaler les “grandes difficultés du PJD”, évidemment sans les remettre dans leur contexte ne serait-ce qu’une demi seconde.


    Puis il y a eu le limogeage sec d’Aboubakr Belkora, maire PJD de Meknès. Belkora a bien, semble-t-il, quelque chose à se reprocher (une sombre affaire de concession immobilière au nom de son épouse). Mais comparée aux malversations crapuleuses d’un nombre incalculable d’édiles véreux, l’indélicatesse de Belkora est, somme toute, minime. Ce n’était pas une raison pour ne pas la relever et sanctionner son auteur, mais le haro sur le maire de Meknès (et l’énorme publicité qui lui a été faite, là encore, par les médias officiels), laisse planer de sérieux doutes sur les arrière-pensées du ministère de l’Intérieur.

    Il y a eu, enfin, le voyage à Téhéran d’une délégation parlementaire du PJD, alors que les relations diplomatiques du Maroc et de l’Iran commençaient à se détériorer. Les explications de Mustapha Ramid sont, à cet égard, spécieuses : “Nous n’y sommes pas allés en tant que députés marocains, mais à titre personnel, pour assister à un colloque de soutien à Gaza”. Mouais… Par ce voyage, le parti islamiste cherchait à se positionner en champion de la cause palestinienne et en courtisan d’un Iran puissant, dont l’étoile ne cesse de monter auprès des “opprimés musulmans”. Ce qui ne saurait nuire, en prévision des élections à venir. Il se trouve que, au moment où Ramid et ses amis ont pris l’avion, le conflit n’en était qu’au stade de l’anicroche. Trois jours plus tard, on en était à la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran. Pas de bol pour le parti islamiste, vraiment. Que ses adversaires exploitent l’incident par des petites piques bien senties, ç’eût été de bonne guerre. Mais de là à accuser le PJD de haute trahison, de collusion avec l’ennemi, voire d’être la cinquième colonne de la “chiisation” du Maroc, il y a tout de même un pas… que les médias officiels et officieux, encore une fois, ont franchi dans un bel ensemble.

    Tout cela est pataud, autant qu’affligeant. Pourquoi, au fond, l’Etat en veut-il au PJD ? Parce qu’il menace, comme dit El Himma, de “désarticuler l’islam marocain” ? Eh bien que l’Etat assume et le dise ouvertement aux dirigeants du parti islamiste, au lieu de multiplier ces petites misères dont le niveau n’honore guère leurs auteurs. La loi sur les partis interdit clairement à toute formation d’instrumentaliser la religion à des fins politiques. C’est ce que fait le PJD tous les jours, sous couvert d’une association censément “autonome” (le MUR), mais qui est en fait sa matrice spirituelle et le vivier de ses cadres ! Alors, a-t-on le droit, oui ou non, de faire de la politique sur des bases religieuses ? Voilà le vrai problème, voilà la vraie question. Au lieu de réagir à l’ambivalence par l’ambiguïté, l’Etat devrait répondre à cette question, avec courage et clarté. Serait-ce au-dessus de ses forces ?


    http://www.telquel-online.com/365/edito_365.shtml
     

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