Courageuses vérités du rapport sur les prisons

Discussion dans 'Info du bled' créé par michele2010, 22 Octobre 2006.

  1. michele2010

    michele2010 Visiteur

    J'aime reçus:
    7
    Points:
    0
    La surpopulation carcérale est très flagrante au Maroc. Un lit pour trois détenus, 1,52 m2 pour chaque prisonnier. Des chiffres qui donnent la chair de poule. Des chiffres qui témoignent d'eux-mêmes de la crise patente du secteur pénitentiaire. Ce qui est contraire aux règles minima de l'Onu, contraire également à la législation de 1999. Laquelle législation s'efface parfois devant les habitudes, telles celles où les libertés publiques ou individuelles sont souvent sacrifiées sur l'autel de la sacro-sainte sécurité.


    Cette constatation est loin de relever d'une simple anecdote. Elle pose un problème d'effectivité du respect des droits humains. Loin s'en faut de dire que les autorités n'ont pas conscience de ces problèmes mais on peut considérer que les moyens mis en ½uvre ne sont pas toujours les meilleurs, ni considérés comme urgents.

    La population carcérale se compose de 52.000 personnes réparties dans 59 établissements pénitentiaires. Pour Abderrahim Jamaï, président de l'Observatoire marocain des prisons, la surpopulation a des conséquences graves sur la vie dans l'espace carcéral ; en ce sens qu'elle favorise la promiscuité et la violence et gêne les fonctionnaires dans l'accomplissement de leur mission d'encadrement des détenus.

    D'ailleurs, l'Observatoire (organisation non gouvernementale fondée en 1999 par des militants de droits de l'Homme) se prononce dans son récent rapport sur la nécessité d'harmoniser la législation marocaine avec les conventions internationales relatives aux droits humains.

    Dans les faits, cette surpopulation résulte surtout du recours immodéré des magistrats à la détention préventive, d'autant plus qu'il n'est pas inutile de rappeler que trop de personnes sont envoyées derrière les barreaux alors qu'elles n'ont absolument rien à y faire. Ces personnes se retrouveraient dans des conditions différentes de celles prévues par la loi. Ce douloureux constat n'est autre que la conséquence des exigences de la société favorisée par une certaine volonté politique.

    Cette surpopulation a des effets négatifs puisqu'elle empêche de mettre en pratique une réelle politique pénitentiaire et des tentatives de réinsertion ou de prévention contre les récidives. Certes, il est des actions menées dans ce sens. L'expérimentation ne s'est pas encore généralisée. Le ministère de tutelle ne reste pas inactif en dépit de ses moyens limités.

    Il convient de rappeler aussi que la jouissance du droit à la justice, le principe du procès équitable et l'exigence de proportionnalité des peines ne veulent rien dire derrière les barreaux de la prison. A ce sujet, le document de l'Observatoire recommande une opérationnalisation des commissions de surveillance des prisons, l'ouverture et la facilité de travail des organisations de la société civile, la promotion des peines alternatives et des peines assorties de sursis.
    Certes, l'administration pénitentiaire semble ne pas avoir pour objectif prioritaire le maintien des liens avec l'extérieur.

    Plusieurs détenus sont dans des prisons loin du lieu de domicile de leurs proches. Dès lors, on ne se contente pas de condamner le coupable mais on condamne aussi sa famille et ses amis. Ceci est une autre exclusion.


    En tout état de cause, les établissements pénitentiaires ne doivent plus demeurer des territoires en dehors du droit et de la loi. Tout comme il ne peut y avoir une effectivité des droits pour les détenus s'il n'y a pas une effectivité du droit à la réinsertion.



    Latifa Cherkaoui | LE MATIN
     

Partager cette page