Débuts de l'Histoire - Phéniciens et Puniques

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 26 Octobre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    DEBUTS DE L’HISTOIRE – Phéniciens et Puniques


    Les origines de la colonisation phénicienne


    Des traditions rapportées par des auteurs antiques faisaient remonter au XIIe siècle avant J.-C, la fondation de Gadès (Cadix) et de Lix ou Lixus près de Larache. Cette tradition paraissait déjà suspecte, invraisemblable. Au mieux, les Phéniciens de Tyr ont-ils, dans leurs explorations, atteint ces points mais sans doute pas fondé de colonie. Les fouilles faites actuellement à Lixus ne confirment pas cette tradition. Les constructions les plus anciennes et les traces d’occupation ne remontent pas au-delà du VIIe siècle. Des restes de murs de fondation, quelques céramiques et sépultures ont seuls pu être retrouvés ; aucun édifice n’est identifiable.
    Il est à noter que les fouilles faites dans l’îlot d’Essaouira (Mogador) ont permis de démontrer la présence en ce lieu de navigateurs phéniciens également au VIIe siècle. Mais les seules preuves sont des débris de poteries provenant du bassin oriental de la Méditerranée ; il n’y a aucune construction en dur. On a trouvé des hameçons, des foyers, deux tessons sur lesquels on lit en caractères phéniciens M.G.N. (Magon), écrit de droite à gauche.
    Ces établissements datent donc d’une époque où Carthage était déjà fondée. On ne sait si Lixus a été à ce moment une grande ville de l’importance de Gadès ou de Carthage. Mais il est bien certain que Carthage ne domine pas encore le bassin occidental de la Méditerranée par ses comptoirs échelonnés sur les côtes d’Afrique du Nord et d’Espagne. On peut même se demander si les Grecs n’ont pas fréquentés les côtes du Maghreb occidental.
    Entre Lixus et l’îlot d’Essaouira, les conditions de la navigation antique rendent nécessaire l’existence de plusieurs stations : certains sites semblent plus favorables que d’autres ; mais il reste à y découvrir la preuve archéologique d’une occupation phénicienne comme à Sala.


    La colonisation carthaginoise

    L’ancienne colonie de Tyr devient une grande puissance à son tour à partir du moment où sa métropole est occupée par les Assyriens au Vie siècle. Elle lutte contre les Grecs de Sicile, de Massilia, multiplie ses comptoirs
    Que sait-on sur le Maroc à l’époque punique ? Selon Hécatée de Milet, auteur grec du Vie siècle avant J.-C., on trouve une ville du nom de Trinké, près des colonnes d’Hercule (Détroit de Gibraltar). On ne peut pas l’identifier. Il cite aussi Thingé, qui est peut-être Tanger et Mélissa dont on ne sait rien non plus, mais qui est peut-être la même que la Mélitta du périple d’Hannon. Il ne dit rien de Lixus : c’est peut-être Trinké.
    Hérodote décrit, vers le milieu du Ve siècle, dans un texe fameux le commerce de l’or par la troque muette au-delà des colonnes d’Hercule, en Libye, c'est-à-dire au pays habité par les Libyco-berbères. Les mêmes pratiques commerciales sont rapportées du Xe au XIXe siècle par des voyageurs arabes ou européens pour l’Afrique Noire.
    Récemment, avec des arguments très sérieux, on a démontré que les navigateurs antiques, avec les embarcations dont ils disposent, étant donné les vents et les courants, la nécessité de longer la côte, et d’y toucher fréquemment pour y faire de l’eau et y dormir, ne pouvaient pas dépasser le cap Juby, et en tout cas, pas le cap Bojador. Le périple de Scylax, considéré souvent comme un faux, mais qui contient des éléments intéressants, affirme qu’on ne peut aller au-delà de Cerné. Là, dit-il, les commerçants phéniciens font des échanges : ils apportent de l’onguent, de la pierre d’Egypte, des poteries attiques, etc., et obtiennent des peaux d’animaux sauvages (lions et fauves, éléphants), d’animaux domestiques, et de l’ivoire : il n’est pas question d’or.
    Où se trouve donc cet îlot de Cerné ? Aucune fouille n’ayant été faite dans l’île de Hern, on incline maintenant à l’identifier à l’îlot d’Essaouira, où les fouilles ont mis au jour des fragments d’ivoire brut et des tessons de céramique grecque. Le même texte nous apprend que les marchands « dressent des tentes dans l’île » : justement on n’a trouvé aucune construction. Si l’on admet qu’il est impossible de dépasser beaucoup l’embouchure du Draa, il n’y a pas d’autre hypothèse.

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    Quant aux villes fondées par Hannon, Pline remarque déjà qu’elles n’ont laissé ni souvenir, ni vestiges. « Leurs noms mêmes ne se trouvent pas chez les auteurs postérieurs ». Strabon considère qu’on a raconté sur ce pays toutes sortes de fables que ses compatriotes ont accueillies avec complaisance, et que la fondation de comptoirs par les « Tyriens » en est une.
    Il est bien difficile en effet de distinguer le vrai du faux dans des récits dont les auteurs n’ont aucune connaissance directe du pays. Il est communément admis aujourd’hui que les Carthaginois voulurent interdire aux Grecs l’accès de ces régions ; ils y arrivèrent sans aucun doute. Pour mieux préserver leur monopole et le secret de leurs fructueuses opérations, ils colportent toutes sortes de récits. Pour les Grecs, le Maroc actuel est une terre de légendes : Hercule y a vaincu Antée ; c’est là que se trouve le jardin des Hespérides gardé par un dragon, dont l’esprit rationnel de Pline croit trouver l’origine dans les méandres du Loukkos. Ils en rêvent sans pouvoir y accéder.
    Aussi est-il sage de s’en tenir à ce qui est prouvé, c’est-à-dire à ce que l’archéologie nous a permis de découvrir. Hors Essaouira, Lixus, fréquentés dès le VIIe et où les vestiges du IVe siècle abondent, Sala (Chella) où on a trouvé des tessons du VIIe au IIIe siècle, on ne peut guère envisager que Tanger, fréquemment mentionné, et Zilis (Azila ?) comme sites puniques. Il est plus prudent de tenir les identifications proposées jusqu’à présent comme conjecturales…
    Sur la côte méditerranéenne on a retrouvé des petits établissements à Alcazarsghir, Sidi Abderrahman del Behar et à l’Oued Emsa dont certains remontent au Ve siècle avant J.-C.
    A Banasa, cinq niveaux préromains ont été retrouvés ; le plus ancien serait du Ve siècle.
    A volubilis ont peut déduire d’une inscription en punique que la ville existe au IIIe ou Ive siècle avant J.-C.

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