Décentralisation pour un développement intégré

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 9 Août 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Apprendre l'un de l'autre et tirer les enseignements du passé sont deux choses que les anciens ont développées et transformées en une méthode afin de comprendre les causes des évolutions et des évènements majeurs, notamment les situations de crises et de blocages sociaux.

    En divorçant avec le vernaculaire et les principes des anciens, nous nous sommes détournés des normes qui privilégient l'humain, l'environnement social et l'espoir, mais au lieu de cela, ont été promu d'autres normes telles que l'Economie, l'Efficacité et l'Efficience qui deviennent les mots force de toute réussite individuelle et prétendument collective.

    Pourtant, les véritables défis auxquels nous faisons face actuellement sont la pauvreté –voire la paupérisation- alarmante de larges pans de la société, l'exclusion sociale et ses conséquences désastreuses et destructrices des construits sociaux, ainsi que la déconstruction des valeurs culturelles, seules à même de protéger l'homme contre les effets ravageurs d'une mondialisation « unidimentionnalisante », unidirectionnelle et homogénéisatrice tant sur le plan culturel, politique qu'économique.

    Face à ce déferlement d'antagonismes, la décentralisation pourrait être un contrepoids, cependant en conférant aux collectivités locales des compétences et des responsabilités de plus en plus importantes -dans un contexte marqué par la prégnance du marché mondialisé et dans une conjoncture amplifiée par des crises d'adaptation et de reconversion- la gestion locale, si elle n'est pas suivie d'apprentissage et d'information en temps réel risque de dériver et de générer des dissonances, alors que l'objectif escompté est l'inclusion, la création et la distribution des richesses.


    Conscients, donc, du fait que l'Etat ne peut, à travers ses autorités centrales, garantir le bon exercice administratif et socioéconomique sur tout le territoire national et que le centralisme constitue une stase du centre et une paralysie de ses membres - l'adage ne dit-il pas qu' «on peut gouverner de loin, mais on n'administre que de près »- les décideurs se sont inscrits dans un processus de la décentralisation qui permet de suppléer à cette carence, à moindre coût et au prix d'une meilleure adaptation.

    Les bases d'une véritable décentralisation peuvent être ramenées à trois fondamentaux, à savoir l'existence d'intérêts locaux particuliers, puisque le fait local réside en l'existence et le regroupement d'un ensemble d'intérêts économiques, politiques, sociaux et culturels du ressort de la collectivité ; la gestion efficiente des intérêts locaux par une autorité élue de manière transparente et tirant sa légitimité de la base; et l'exercice de la tutelle qui tend progressivement vers l'allègement.

    Ainsi, les autorités élues sont les mieux à même, de par leur proximité et de par leur légitimité, de diagnostiquer les besoins, de déceler les dysfonctionnements et d'y répondre adéquatement mais pour ce faire, l'adhésion et la participation de la population aux affaires de la commune est primordiale et décisive, mais encore faut-il que les élus prennent cette préoccupation en considération, car tout projet ne peut s'incruster, être porteur et réussir que s'il requiert l'aval de ceux à qui il est sensé s'adresser.

    Plusieurs écueils handicapent l'action des collectivités locales, notamment le découpage communal qui n'aide pas à la promotion du développement, puisque ne tenant pas compte de tous les référents à même d'asseoir des projets de sociétés et que seuls sont pris en compte des repères sélectifs en particulier ceux d'ordre économique, démographique ou géographique.

    Par ailleurs, cette situation est complexifiée par une incapacité financière qui -en dépit de la réforme du Fond d'Equipement Communal de 1992- obère et paralyse les collectivités locales. Il y a, aussi, la carence de motivation et la déficience de volonté des élus, du fait que ce découpage, dans la majorité des cas, est en déconnexion avec le vécu quotidien, alors qu'une commune -sensée être l'unité de développement par excellence- doit être un espace permanent de partage et de mobilisation des populations et de leurs représentants.

    Il en résulte une situation anachronique, d'abord -à quelques rares exceptions- les collectivités locales vivent un effarant enclavement juridique, pour se rendre compte de cette absurdité, il suffit de poser les questions de base : quelles sont les collectivités qui sont abonnées au Bulletin Officiel ? Et à quand remonte la dernière lecture, voire même la lecture des lois, règlements et arrêtés afférents l'action des collectivités ? La réponse sidérerait plus d'un !

    Certes, le Dahir du 30 septembre 1976 comme celui du octobre 2002 font de la collectivité locale, le bastion et la cellule de base du développement local, mais cette structure demeure incapable d'assumer, toute seule, le rôle qui est le sien, faute de moyens économiques et matériels adéquats; il est donc urgent de s'y focaliser, pour que la commune devienne un troisième acteur, à côté de l'Etat et du secteur privé, dans le but de promouvoir le développement et d'être à la hauteur de sa raison d'être : à savoir, assurer l'inclusion de toutes les souches de la population par la régulation sociale.

    Il est tout aussi vrai que ceci ne doit pas occulter que la commune fait face à nombre de difficultés, notamment une forte croissance démographique, une consomption en alimentation en eau, en électricité, en assainissement liquide ou solide et en transport public.

    La modicité de l'action de la commune en matière de développement s'explique, en partie, par son indigence en matière d'infrastructures de base et par l'inconstance de son bureau, ce qui se traduit par l'amenuisement et l'étiolement du sentiment d'appartenance à la collectivité, nuisant manifestement à la réalisation des objectifs collectifs.

    S'agissant des rapports entre la décentralisation et le développement local, autant il est aisé de saisir les contours de celle-ci, autant il est ardu et complexe d'édifier et d'ancrer des passerelles avec le développement, eu égard à la multitude d'intervenants et d'acteurs.

    Néanmoins, ces écueils peuvent être éludés, en retenant que globalement, le développement peut être entendu au sens de la recherche de l'amélioration rationnelle du niveau et de la qualité de vie des populations dans les domaines économique, politique, social et culturel ; cependant comment la commune peut-elle faire face aux différents de développement (eau, assainissement, électricité, écoles, hôpitaux, routes…) alors que dans la majorité des cas, elle est indigente en ressources humaines et moyens matériels ?

    Le développement dont il est question n'est, donc, pas seulement matériel, il est aussi et surtout social et culturel ; il implique une solidarité sociale qui n'est jamais superficielle, hypocrite ou démagogique et qui interpelle en termes de création et de redistribution de nouvelles richesses, or redistribuer revient à mettre en place des infrastructures collectives servant le plus grand nombre. Pour ce faire, les difficultés, de quel ordre qu'elles soient, ne doivent pas être dissimulées, notamment les effets pervers des subventions. Par ailleurs, le développement n'est possible que s'il tient compte des caractéristiques des différentes populations (principal levier pour l'innovation), même si les tendances actuelles sont à la globalisation, à la massification et à la dépersonnalisation.

    Le développement, ainsi pensé, se présente comme une solution appropriée aux problèmes qui se posent au niveau local et se révèle une alternative au modèle de développement classique, générateur de dysfonctionnements et d'exclusions.
    Ainsi, ce développement devient générateur d'intégration, créateur de synergies et source de transparence et de réciprocité et permet de parer les risques d'étiolement et d'extinction des cultures locales; mais pour ce faire, des conditions doivent être réunies, à savoir une mobilisation de tous les acteurs locaux, une autonomie locale dans la gestion, une cohésion entre les individus, une harmonisation des intérêts et à chaque niveau, la confiance est indispensable.

    De même, pour que ce processus de développement puisse se mettre en ½uvre, l'importance du territoire est de premier ordre et ses limites se définissent par rapport à l'homogénéité géographique des traditions, des cultures et des formes productives ; limites qui peuvent, aussi, se définir par rapport à l'interaction qui existe entre les caractéristiques naturelles, le mode d'occupation de l'espace, les modes d'exploitation traditionnels, les modes de vie et les relations sociales, les valeurs sociales et humaines ainsi que les savoir-faire traditionnels et le patrimoine historique.

    D'ailleurs, en intégrant le « territoire» dans le cadre d'une coopération directe, réciproque et solidaire entre les différents acteurs du territoire, le développement devient une pratique qui peut assurer le maximum de flexibilité et qui peut permettre de promouvoir et de garantir des formes de partenariat, notamment avec les composantes de la société civile, acteur incontournable de développement; une telle action permettra une meilleures réalisation dans le travail, une reconnaissance sociale plus solide, une amélioration du cadre de vie, la création d'espaces de convivialité, de partage social et de solidarité, la redécouverte des richesses culturelles et la valorisation des critères traditionnels.

    * Mohamed Haddy est professeur de l'enseignement supérieur


    Source: le matin
     

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