Darija. Série je t’aime, série je t’adore

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 10 Avril 2010.

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    Véritables ovnis dans le paysage audiovisuel marocain, les feuilletons étrangers doublés en darija cartonnent sur 2M depuis quelques mois. Comment sont-ils conçus, pourquoi ça marche ?


    D’abord, le pitch : Margarita, chanteuse populaire, et Ignacio, étudiant en médecine, se sont aimés durant une nuit. De cette idylle furtive est né un enfant. Des années plus tard, Ignacio, devenu toubib, fait la connaissance d’un petit garçon, Frijolito, dont il ignore qu’il est son rejeton, et vice-versa. Voilà, en substance, pour l’intrigue de la
    telenovela Ayna Abi (littéralement, où est mon père ?), diffusée tous les jours sur 2M à 19h. Classique direz-vous ? Oui, à un détail près : cette série mexicaine est doublée en darija…


    Carton plein

    Fini donc les “ouinek a habibti”, “kayf halek”, place aux “fine à hbiba”, “ki dayra”. Déconcertant dans un premier temps, effet de surprise oblige. Mais très addictif une fois que l’habitude de consommation s’est installée. En témoignent les chiffres d’audience.


    Qu’on se le dise : depuis qu’elles sont diffusées sur le petit écran, ces séries revues à la sauce du terroir volent la vedette aux séries doublées en dialecte syrien ou libanais. Inédit.

    Le spécialiste des médias Abdelouahab Errami explique le succès fulgurant des séries remastérisées en arabe dialectal : “Les premières réticences n’ont pas duré longtemps. Les téléspectateurs sont aujourd’hui demandeurs de telles séries, car le fait de doubler ces fictions étrangères en darija les rend encore plus excitantes, plus attractives. Un peu comme si la langue se refaisait une virginité”.

    Du côté de la direction générale de 2M, on livre une explication plus terre-à-terre : “Tout le monde comprend les séries en darija, alors qu’on ne peut pas en dire autant des séries doublées dans des dialectes moyen-orientaux, qui, contrairement à ce qu’on peut penser, excluaient une large frange de la population”.


    (Ré)inventer la darija

    Quartier Maârif, Casablanca. Un calme monacal règne dans l’agence Plug-In spécialisée dans l’habillage sonore, sise au rez-de-chaussée d’un immeuble cossu. C’est ici que sont doublées les séries de 2M : Ayna Abi, El diablo, feuilleton mexicain quotidien diffusé à 13 heures, et Al Ad Al Aksi (compte à rebours), série espagnole du samedi soir.

    “Il était grand temps que les séries étrangères soient doublées en darija, qui est la langue des Marocains. Jusque-là, nous étions le seul pays au monde qui diffusait des séries dans une langue étrangère…”, souligne Hicham Chraïbi, co-directeur de Plug-In.

    Chaque jour, l’agence accouche d’un épisode 100% darija, qui mobilise une quarantaine de personnes : deux traducteurs et un vérificateur, une quinzaine de comédiens pour les rôles principaux, la même chose pour les voix secondaires, cinq ingénieurs du son...

    Pendant que les traducteurs déchiffrent les scripts en espagnol ou en hindou, les adaptateurs font en sorte que le nombre de syllabes colle aux mouvements de lèvres des acteurs, et que la darija utilisée “parle” à tout le monde.

    “Nous avons dû ‘créer’ un nouveau langage, précise Hicham Chraïbi, une nouvelle darija, qui ne soit ni trop casablancaise, ni trop fassie, ni trop chamalie, ni trop vulgaire…”. En d’autres termes : pas de gros mots dans ces séries, quitte à prendre quelques libertés avec la version originale.

    C’est que le cahier des charges de 2M est clair : “Il faut que la série puisse être visionnée en famille, par les grands-parents, les enfants et les petits-enfants, sans qu’il n’y ait de gêne”, explique-t-on du côté de la chaîne de Aïn Sebaâ. Soit…



    Les experts… du Maroc

    En tout cas, depuis que la deuxième chaîne a sollicité la jeune agence, les douze studios tournent à plein régime : dans leur cabine exiguë, les ingé-son, scotchés devant leur PC, enregistrent les répliques des personnages en darija, interprétées par des doubleurs marocains.

    Plusieurs prises sont nécessaires, histoire de mettre en boîte des dialogues crédibles, avec la bonne intonation, le bon tempo, le bon jeu… “Pour chaque personnage, nous testons en moyenne trois voix, jusqu’à trouver celle qui colle le mieux à l’acteur, explique Jérôme Boukobza, directeur associé de Plug-In. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise voix, juste des voix qui collent ou pas à un acteur. Parfois, nous tombons sur un très beau timbre, mais qui ne colle pas au personnage”.

    Confortée par le succès des séries estampillées darija, 2M envisagerait de poursuivre l’expérience avec, cette fois-ci, une série culte américaine : Les Experts. “Nous n’avons pas l’intention de ‘darijiser’ toute la grille, mais nous avons l’ambition d’être un laboratoire d’idées”, explique une source à la direction générale de la chaîne. Même si aucune date n’a été arrêtée, la version marocaine des Experts devrait, selon toute vraisemblance, voir le jour dans les mois qui viennent, pour être diffusée le samedi soir en prime-time, preuve que les responsables de la chaîne croient au concept.

    On murmure même que 2M planche sur l’adaptation d’un blockbuster made in US, qui devrait être diffusé pendant ramadan prochain. Imaginez, Brad Pitt en mode ouled derb… Et si c’était ça, la télévision de proximité ?



    Audience. Les têtes de série

    Après quelques semaines de diffusion, Ayna Abi fait un carton plein. La preuve par les chiffres : avec ses 5,4 millions de téléspectateurs en février, le feuilleton totalise 58% de parts d’audience, meilleur score de 2M sur cette période… Surtout que la performance se maintient depuis plusieurs mois.

    Ana, un autre feuilleton mexicain, première expérience de doublage en darija, décroche pour sa part une très honorable troisième place dans le palmarès de la deuxième chaîne en 2009, avec 4,3 millions d’aficionados et 54% d’audimat.

    Enfin, Vaidehi, série bollywoodienne, se place à la 7ème place du classement de la chaîne de Aïn Sebaâ, avec 3,6 millions de fans et 52,3% d’audience.






    http://www.telquel-online.com/418/mag1_418.shtml
     

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