Defi jeune

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 17 Avril 2006.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Quel avenir pour notre jeunesse dans un contexte national marqué par une croissance molle et une activité politique très peu imprégnée par l'apport des jeunes ? Faut-il craindre, face aux défis d'un monde en mutation, une résignation progressive de notre jeunesse en l'absence de moyens permettant la parade ? Comment rendre l'allure de notre développement plus rapide ? Quels moyens mettre oeuvre pour contrecarrer les effets de la crise économique ? D'aucuns osent avancer, aujourd'hui, que le Maroc s'est progressivement doté des outils adéquats pour enclencher un processus de mobilisation volontariste.

    La régionalisation (qui règle en passant le dossier saharien), les réformes consensuelles, le redéploiement de la zone nord et les diverses mises à niveau, constituent la plate-forme sur laquelle une politique volontariste du développement peut s'appuyer. L’intensité qui marque ces derniers jours l'activité royale rappelle que le Maroc semble avoir trouvé son «projet de société», son «New Deal» dans la démarche consensuelle pour accompagner en ce début de siècle l'une des plus formidables révolutions que connaît le monde où il n'y a pratiquement pas une donnée des géographies politique, économique et humaine, qui n'ait été radicalement chamboulée. Mais il faut avouer qu'au fond, la pression que subit notre pays au Sahara comme sur les autres fronts de développement, nous interpelle pour choisir entre la résignation et la volonté d'agir. Entre la petitesse et la grandeur. Si l'on veut bien admettre que la marocanité signifie quelque chose de grand et que l'on ne saurait courber le dos en attendant que tout soit décidé ailleurs et par d'autres. Car nous faisons face à un sentiment qui ne cesse de se répandre et qui fait état de l'impuissance irrémédiable de notre pays et de la nécessité absolue pour nous et pour notre société de trouver le salut dans l'assistance étrangère (investissements, accords préférentiels...) alors que les défis de la mondialisation et son corollaire, la globalisation, sont déjà parmi nous.
    Il est parfaitement vrai, du reste, que le Maroc a besoin de bons rapports économiques avec les puissances industrielles et éventuellement de leur aide. Mais au lieu de tout faire pour nous affranchir de cette «assistance», nous avons l'impression d'être convaincus qu'on en dépend définitivement et qu'il faut tout faire pour la mériter, au point d'accepter de n'être décidément qu'une future «zone de libre échange». Nous l'acceptons d'autant plus volontiers que la crise économique a fini par nous installer, depuis la première guerre du Golfe (1990/1991), dans une espèce de sinistrose ambiante et qui s'est accentuée depuis cette terrible campagne d'assainissement de l'année 96.
    Il n'y a aucune raison de croire que le Maroc est condamné à n'être qu'un pays faible, mendiant, minable, à la traîne et constamment subordonné. Faut il rappeler qu'il est premier producteur mondial des phosphates (l'arme alimentaire sera dans le proche avenir plus redoutable et plus dissuasive que l'arme nucléaire) et que ses richesses halieutiques (alimentaire, cher Watson !!) en font l'interlocuteur privilégié et stratégique de la puissante Union Européenne ? Notre indépendance (c'est-à-dire notre capacité de mener volontairement des stratégies spécifiques de développement) n'est pas dissociable de notre capacité de résister. Rappelons-nous les négociations difficiles avec l'Union Européenne pour renouveler l'accord des pêches maritimes. Et souvenons-nous des pressions exercées sur notre pays avant et après cette occasion. Notre détermination a eu le dernier mot en dépit de l'exécrable conjoncture économique.
    Quand on a une population jeune et des potentialités en friche, on ne peut qu'incarner la liberté des peuples contre la domination des hégémonies. Pour notre monde, la grandeur en admettant que ce mot n'ait pas été déconsidéré par les partisans de la petitesse - c'est d'incarner la volonté d'être indépendant. Ce combat pour l'indépendance n'a jamais cessé pour le Maroc : il l'a prouvé, il y a cinquante ans, par les volontaires de l'historique chantier de la Route de l'Unité et, plus tard, par les volontaires de la Marche Verte de l'unification.
    Pourtant, on cherche encore à nous convaincre qu'il est inutile, inefficace, et impossible de parler et d'agir par nous-mêmes. Qu'elle est hors de notre portée l'initiative d'engager une politique volontariste d'auto-dépendance tendant à mettre à niveau notre paysage socio-économique. Qu'il nous appartient seulement d'attendre et subir, sans coup férir, les lois des futures zones de libre échange. Ainsi, s'est installé ce sentiment d'impuissance qui conduit naturellement à croire qu'il est tout à fait vain de s'occuper des affaires politiques puisque, de toute façon, l'essentiel se jouera avec la levée définitive des barrières douanières et la mise en pratique des règles de la mondialisation et autres OMC. Et qu'il est ridiculement prétentieux et honteusement nationaliste d'y redire quoi que ce soit (à cet égard la profusion de déclarations, particulièrement de T.F. Fihri, est édifiante). Disons-le franchement : ce sentiment est loin d'être entièrement injustifié. Il faut absolument tenir compte de notre insertion dans le marché international et du fait que les économies sont plus interdépendantes que jamais, sans parler de l'interpénétration des cultures.
    Mais faut-il en conclure que le Maroc ne peut pas entreprendre des initiatives d'envergure, remobiliser ses populations, tenter de grands bonds en avant sans qu'il subisse le choc des difficultés ? C'est justement parce que les conditions en sont difficiles que la pratique et la volonté d'une indépendance sont plus indispensables.


    Abdallah El Amrani
    L'observateur Marocain


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