Des milliers d'emplois et des milliards de DH d'investissement menacés

Discussion dans 'Info du bled' créé par kochlok03, 26 Février 2006.

  1. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Le Maroc sous la menace de la grippe aviaire


    « Les poulets des élevages industriels sont totalement confinés. Ils ne peuvent donc entrer en contact avec les oiseaux migrateurs. La situation au Maroc diffère de celles de nombre de pays déjà touchés par la grippe aviaire.

    En Egypte, les poules circulent librement et les ruraux y ont pour habitude de vivre en compagnie de la volaille, comme dans nombre de pays d'Asie aussi. En Turquie, les personnes infectées vivaient en compagnie de leur volaille. Il s'agit là d'un point très important, car pour que le virus puisse être transmis à l'Homme, il faudrait que la volaille d'élevage entre en contact avec les oiseaux migrateurs porteurs de la maladie pendant quelques jours et que cette volaille infectée, après le temps nécessaire à l'incubation du virus, soit aussi en contact prolongé avec des humains. De ce fait, les personnes qui courent le plus le risque d'être infectées sont celles qui travaillent dans les élevages de volailles. De plus, si le Maroc venait à être touché par l'influenza aviaire, ce qui est probable vu qu'il se trouve sur le chemin des oiseaux migrateurs, les risques pour le consommateur sont nuls si le poulet est cuit à une température de 60 degrés pendant 5 mn. Je voudrais aussi ajouter que la virulence élevée du virus H5N1 fait que la volaille infectée succombe en un temps record de 2 à 3 jours. C'est-à-dire bien avant qu'elle n'atteigne le consommateur ».

    Bernoussi Mohamed, aviculteur, multiplie les arguments pour convaincre. Comme les autres professionnels du secteur, il subit de plein fouet la chute de la consommation de viande blanche du fait de la psychose de la grippe aviaire. Recul de la consommation et chute des prix risquent fort de venir à bout d'un secteur dont les professionnels ont consenti plus de 6 milliards de DH d'investissement et emploient 66.000 personnes de manière directe et 170.000 autres qui en vivent de manière indirecte. Les ventes ont chuté de quelque 30% selon les chiffres des professionnels d’un secteur qui réalise normalement près de 13 milliards de DH de chiffre d'affaires. « Au début, ce phénomène de chute des ventes ne concernait que les villes. Il a fini par s'étendre aux campagnes. A titre d'exemple du recul de la consommation, « les aviculteurs réussissaient à écouler sur le marché de Casablanca le contenu de quelque 150 camions quotidiennement. A présent, ils écoulent à peine 40 à 45 camions par jour », explique Bernoussi. De 13 millions de DH de pertes enregistrées au mois d'octobre 2005, la Fédération Interprofessionnelle du Secteur Avicole a estimée les pertes subies par les aviculteurs jusqu au mois de février à 556 millions de DH. Nombre d'aviculteurs sont endettés et craignent actuellement pour la survie de leurs exploitations.

    La visite organisée par la FISA dans une exploitation de volailles de la région de Kénitra mercredi visait à rassurer les consommateurs sur les conditions de production des poulets de chair. La ferme est située entre deux sites humides fréquentés par les oiseaux migrateurs, Bou Rhaba à Mehdia et Merj Zarga à Moulay Boussalham, et applique des règles de biosécurité plutôt rassurantes. Le Premier ministre, M. Driss Jettou, a déjeuné au poulet (pastilla, tajine et ½ufs durs) en compagnie des aviculteurs et de la presse de manière à donner l'exemple et apporter son soutien à la profession.
    Dr Benazzou Mohamed, responsable de la Direction de l'élevage au Ministère de l'agriculture, a déclaré à la presse en cette occasion : « Dans le cadre du programme de surveillance que nous menons, des prélèvements sont effectués sur tout oiseau trouvé mort et analysés. Pour l'instant, aucune des analyses effectuées n'a révélé la présence du virus H5N1. Nous commençons toujours par chercher d'abord ce virus pour les raisons que vous savez, après quoi, nous cherchons les autres causes possibles du décès. Mêmes les gens se sont mis à nous apporter les oiseaux morts qu'ils découvrent.

    Au cours de la dernière réunion de la commission nationale de surveillance de l'influenza aviaire, présidée par le Premier ministre, d'autres mesures de précaution ont été prises pour protéger notre cheptel. Ces mesures sont : premièrement, confiner la volaille « beldi » dans un rayon de 3 km dans les régions situées à proximité des zones humides. Deuxièmement, il a été décidé de vacciner toute la volaille qui ne peut être confinée, telles que les autruches. Troisièmement, renforcer le confinement des élevages modernes. Vous devez savoir que depuis 2003, un programme de mise à niveau du secteur moderne de l'élevage de volaille est en cours d’application. Il s’agit maintenant de mettre l'accent sur les normes d'hygiène à titre préventif.

    Je voudrais aussi vous rappeler que le Maroc est membre de la FAO, de l'OMS et de l’Organisation mondiale de la santé animale et qu'il est tenu de ce fait de déclarer tout cas d'infection constaté sur son territoire. Il n'est donc pas question de taire l'apparition de l'épizootie si elle venait à apparaître, surtout que cette pathologie animale décimera 70% du cheptel en cas de propagation du virus ».

    En réponse à une question de « L'Opinion » sur les oiseaux migrateurs, le Dr Benazzou a souligné qu'il existe deux cycles d'immigration des oiseaux. Il y a un cycle qui va d'octobre à janvier qui voit les oiseaux migrateurs se déplacer du nord vers le sud et un deuxième cycle qui connaît un déplacement de ces oiseaux du sud vers le nord. C'est celui qui se déroule actuellement. Il commence en janvier et se termine fin mars. C'est pourquoi il y a un programme de surveillance des oiseaux migrateurs appliqué par le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts ».

    Techniquement donc, il n y a pas de raison pour l’instant de s'alarmer, mais pas de raison non plus de cesser la vigilance. Les aviculteurs, par contre, baignent dans la crainte de la cessation d'activités.

    Il faut 60 à 65 semaines pour élever une poule reproductrice. Un poussin de 30 g est acheté par un éleveur de volaille à quelque 3 DH selon des données recueillies auprès des aviculteurs. Il est nourri pendant 35 à 45 jours pour atteindre quelque 1,8 à 2 kg. Avant de devenir poulet de chair et d'être écoulé sur le marché, ce poussin consomme 183g par jour d'aliments composés de maïs, d'orge et de soja (le maïs est importé) et quelquefois de poisson en poudre quand il y en a sur le marché, outre le chauffage en hiver et le vaccin pour le protéger des maladies courantes. Le prix de revient varie ainsi entre 10DH et 12DH le kg de poulet de chair, alors qu'il est actuellement écoulé entre 6DH et 7.5DH le kg. Intenable ! « Si nombre de producteurs continuent leurs activités même s'ils sont surendettés, c'est bien parce qu'ils n';ont pas le choix. S'ils s'arrêtent, comment feront-ils pour rembourser les banques ? », nous a précisé un habitant de la région de Kénitra rencontré en cours de chemin vers la ferme visitée. Il travaille lui-même dans le secteur avicole et partage les craintes des employeurs du secteur.


    Le Dr Tarik Chemaou, vétérinaire, soulève un autre aspect du problème. « Le Marocain consomme quelque 13kg de volaille par an. La viande blanche est une protéine animale facile et rapide à produire et qui revient peu cher. C'est la viande du pauvre. Elle a aussi pour avantage de ne s'opposer à aucun tabou religieux. Les musulmans, les chrétiens, les juifs en consomment autant que les bouddhistes. Maintenant, imaginez ce qui pourrait arriver si la production s'effondre, ce qui est fort probable vu que la consommation et les prix ont chuté. Quelle protéine vont consommer les pauvres marocains ? Vu le prix de la viande rouge, ils devront s'en passer. Si la situation persiste comme elle l'est actuellement, les dégâts pour les aviculteurs seront énormes, des centaines de milliers d'emplois vont disparaître et les déshérités seront privés d’un aliment essentiel ».

    Que faire pour éviter cette sombre perspective ?

    « Dans le cas où la maladie touche la volaille, il y a une procédure d’indemnisation qui est déjà mise en place, avec un budget qui est déjà prévu pour l’indemnisation », a déclaré à « L’Opinion » M. Driss Jettou. Le montant de ce budget ? Le Premier ministre nous a déclaré qu’il s’agit d’un « budget ouvert » en fonction de la situation qui va se présenter. Mais qu’en est-il des pertes subies en raison de la chute de la consommation et des prix ? « Le problème le plus grave, en effet, est que le secteur connaît une vrai crise puisque la consommation a baissé de plus de 30%.
    Maintenant, il faut accompagner ce secteur. Nous allons nous réunir la semaine prochaine avec les professionnels pour définir les mesures à prendre. En général, il sera question d’une intervention auprès du secteur bancaire pour le rééchelonnement des dettes. Il y a aussi le problème des charges sociales qui doit être étudié ainsi que celui de la fiscalité. Il y a aussi d’autres problèmes qui relèvent des départements ministériels de tutelle qui seront résolus dans le cadre des mesures d’accompagnement. Nous allons donc nous réunir au milieu de la semaine prochaine avec les professionnels du secteur pour les écouter d’abord et sachez que le gouvernement est dans de très bonnes dispositions pour accompagner ce secteur et l’aider à passer ce cap difficile ».

    Qu’en pense la profession ? « Cette visite du Premier ministre et le repas au poulet qu’il a partagé avec nous, c’est la meilleure publicité que l’on pouvait avoir », affirme M. Youssef Alaoui, président de la Fédération Interprofessionnelle du Secteur Avicole. Il est à espérer que cette opération de communication va porter ses fruits avant que les aviculteurs n’y laissent des plumes.

    source : l'opinion
     
  2. linvite

    linvite L'âme de samurai!!

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    Re : Des milliers d'emplois et des milliards de DH d'investissement menacés

    il y a aucun risque de manger le poulet, et on plus on pourra avoir des conséquences économiques néfastes dans ce secteur d'activités.
     

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