Divorce sahraoui : Divorcée, libre… Ça se fête !

Discussion dans 'Scooooop' créé par MATAPAYOS, 18 Avril 2006.

  1. MATAPAYOS

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    Divorce sahraoui : Divorcée, libre… Ça se fête !



    On divorce beaucoup chez les Sahraouis. C’est même le plus souvent la femme qui demande le divorce. Et c’est sans peine qu’elle obtient satisfaction. C’est que, loin de la dévaloriser, le divorce ne fait qu’ajouter à la valeur de la femme sahraouie. Les divorces semblent ainsi être la signature de son charme…


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    Plus elle se marie, plus elle divorce puis se remarie, plus la cote de la femme sahraouie va augmenter auprès des hommes. C’est, de la sorte, tout un code culturel qui se tisse autour de la notion et la pratique
    du divorce dans les régions du Sahara marocain. Un code qui privilégie largement la Sahraouie, décidément bien gâtée par la tradition de chez elle.
    Physiquement fortes, imposantes et sûres d’elles, les Sahraouies le sont tout aussi bien dans leur vie quotidienne. “Nous sommes très différentes des femmes du Nord (NDLR : la région Nord du Maroc). Nous sommes différentes de par notre éducation, nos traditions et notre vision des choses”, lance d’emblée Fatma
    Leili, une Sahraouie parmi celles qui représentent les femmes de sa région au sein du Parlement à Rabat et même au sein du Conseil royal consultatif pour
    les affaires sahariennes. “Je n’ai, par exemple, jamais compris pourquoi il est honteux de divorcer chez vous…”, s’étonne-t-elle.
    En effet, voilà une chose qui différencie bien les femmes, les couples et les familles sahraouies de celles non seulement du nord du Maroc, mais du reste du monde ! Signe de séparation, de rupture, de la fin d’un couple et, souvent même, signe d’ennuis et de souffrances et perturbations dans les familles…, le divorce dans les régions du Sahara signifie une seule chose : la rupture d’un contrat de mariage.
    “Dans le Sahara, la filiation, nous l’avons dans le sang. Une fois qu’on s’est marié avec un homme. Une fois qu’on a fait des enfants avec lui, cela signifie que nous faisons désormais une même famille. On peut ne plus souhaiter continuer à vivre ensemble, on va donc divorcer, mais ce lien familial va toujours continuer à exister. Cet homme existera toujours dans la vie et la femme et cette dernière dans sa vie à lui. Même si chacun d’eux se remarie de son côté…”, explique Fatma Leili.
    “Dans un couple sahraoui, la relation entre les deux époux reste basée sur le respect, même si elle doit à terme déboucher sur un divorce”, développe Halima Nazih, ancienne cadre du ministère de l’Intérieur, ayant pendant des années été chargée de suivre le dossier du Sahara. Des années pendant lesquelles elle a côtoyé cette région
    avec sa culture et ses traditions. Retraitée, elle reste aujourd’hui encore immanquablement marquée par certains de ses rituels et par la vision des choses typiquement sahraouie. “Le divorce dans le Sahara, dit-elle, n’est pas une source de rupture dans le mauvais sens du terme. Là-bas, le divorce s’arrête à la rupture du contrat de mariage. Car les relations d’amitié entre les deux personnes divorcées ne sont jamais rompues. Elles continuent et sont entretenues à vie”. Elle précise que “même remariée, la femme peut continuer à recevoir son ex-mari chez elle, de la même manière que son nouveau mari peut recevoir son ex-femme chez lui…”.
    Ce n’est pas M’barka Zerouali, journaliste sahraouie à la radio régionale de Lâayoune, qui va la contredire : “La relation entre les ex-époux continue comme entre frères et s½urs. Les enfants qu’ils ont fait ensemble, et ceux que chacun d’entre eux aurait fait de son
    côté lors d’un deuxième mariage, vont continuer à se fréquenter et se voir régulièrement avec leurs parents et beaux-parents comme dans une famille normale”, explique-t-elle.
    Car, dit-elle, “les liens du sang sont très forts chez nous et ne sont jamais touchés par des problèmes de famille”.

    «Tout se fait à l’amiable. C’est honteux d’aller devant le juge !»
    Ainsi, signale Halima Nazih, “Les femmes sahraouies ne se sentent pas tellement concernées par la réforme de la Moudawana. Toutes les soi-disant nouveautés et révolutions apportées par ce code, ces femmes en jouissent depuis des lustres… Et sans avoir à aller jusqu’aux tribunaux, ou avoir recours aux textes de loi”. Et pour cause, un divorce dans le Sahara se fait toujours à l’amiable. “C’est une honte chez nous que d’aller devant le juge avec son mari pour divorcer, ou avec son ex-mari pour des histoires de garde d’enfants ou de Nafaka”, étale Fatma Leili.
    Loin, bien loin des tribunaux et des juges, c’est au contraire vers la fête que mène un divorce chez les familles sahraouies. M’Barka Zerouali parle même de la “cérémonie du divorce”.
    “Après un divorce, il n’est pas question que celui-ci soit une source de tristesse ou de déprime pour la femme. On fait donc le nécessaire pour éviter cela. Au terme des 100 jours qui suivent le divorce et que la femme doit attendre avant de se remarier, la divorcée organise une fête à laquelle elle invite ses amies et toute sa famille. C’est une manière pour la femme divorcée de célébrer sa liberté”, précise M’barka.
    Décryptage : la femme, en se mariant, se libère de la tutelle de son père pour aller sous celle du mari.
    Une fois divorcée de ce dernier, elle se libère également de sa tutelle sans revenir à celle du père. Le divorce est donc souvent pour ces femmes synonyme de liberté et d’épanouissement.
    Divorcée et libre, ça se fête chez les Sahraouies ! “Fêter son divorce est une manière pour la femme fraîchement divorcée de dire : je viens de divorcer, je suis libre à qui dit mieux…”, raconte Halima Nazih. Une manière donc, pour le moins originale, d’officialiser son divorce et de le rendre public, au cas où il y aurait des intéressés. Car une chose est sûre : il n’est pas question de rester seule longtemps pour une Sahraouie. Divorcée, son célibat ne sera que de courte durée, car elle a au moins la garantie d’être courtisée de tous les côtés. Chose qui commence dès la fête –mixte- du divorce.
    Comme dans un mariage, la femme divorcée ira donc au hammam avec les femmes de sa famille et ses amies. Elle ouvrira sa fête en se faisant tatouer avec du Henné, puis fêtera l’évènement avec du chant, de la danse et de la poésie… Elle va même recevoir des cadeaux.

    Le divorce valorisant
    Les femmes divorcées sont les meilleures à épouser pour les Sahraouis. Elles sont incontestablement les plus courtisées, les plus recherchées… Ainsi, c’est celle qui se serait mariée et aurait divorcé le plus de fois qui aurait la cote la plus élevée auprès des hommes de sa région. Elle n’a, de ce fait, aucune difficulté à se remarier, et même se trouver un mari et pas des moindres. Si, généralement, il est de tradition que le premier mariage soit arrangé par les familles, le deuxième se fait d’une manière plus moderne. Libre, libérée de toute tutelle, la décision de ce deuxième mariage de même que le choix du mari reviennent ainsi exclusivement à la concernée.
    “Après un divorce, une Sahraouie n’est pas socialement condamnée”, étale Halima Nazih. “En attendant de se remarier, sa famille et toute sa tribu se font une joie de l’accueillir avec ses enfants, si jamais elle décide de les garder. Avec eux, elle est choyée et traitée comme une reine par ses parents, son entourage et même la famille de
    son ex-époux avec laquelle elle garde d’ailleurs de très bonnes relations”.
    Autant de bonnes intentions peuvent être sincères ou simples, fruits d’une hypocrisie sociale entretenue depuis des décennies. Toujours est-il qu’il en va de la paix des tribus, car ce code culturel tissé autour des mariages et des divorces dans ces régions remonte à une histoire partagée entre les tribus nomades du Sud. Car, comme l’explique Halima Nazih : «Les mariages, séparations et divorces et remariages répétitifs entre plusieurs membres de différentes tribus, est ce qui a permis à ces dernières d’établir la paix entre elles depuis des décennies. C’est une espèce de solidarité tribale qui s’installe avec les liens du sang et qui a permis aux familles de ne pas se détruire et s’entre-déchirer suite à tous les différends qui existent dans ce genre de communauté».
    Et de conclure : «Là-bas, l’esprit tribal l’emporte incontestablement sur l’esprit de famille, et encore plus sur les considérations personnelles…».


    source: http://www.lagazettedumaroc.com/articles.php?id_artl=9671&r=7&sr=959
     

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