Elections 2007 au Maroc : pour un programme de démocratie et de modernité

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 17 Mai 2006.

  1. Le_Dictateur

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    A l'aube des élections législatives de 2007, qui seront déterminantes pour l'avenir du Maroc, toutes les forces vives de la nation, et notamment les intellectuels, doivent réfléchir pour définir le programme politique le plus conforme à leurs convictions.
    Quel serait le programme politique qui privilégierait la démocratie et la modernité ?


    L'objectif est la construction d'un Etat démocratique, moderne et ouvert sur l'extérieur. De tous les régimes politiques mis en ½uvre à travers le monde, il s'est avéré que le système démocratique est le plus apte à l'épanouissement de l'individu et de la collectivité. Certes, des progrès tangibles ont été réalisés dans notre pays ces dernières années, mais des efforts sont encore à faire pour instaurer une véritable démocratie. Sous l'autorité de la monarchie, qui est le symbole de l'unité et de la pérennité de notre Nation, d'autres étapes sont à franchir.

    Il s'agit en premier lieu d'assainir le champ politique marocain, et d'élaborer un système électoral permettant de dégager une majorité parlementaire à même de gouverner efficacement. Les prochaines élections législatives devront être organisées dans le cadre d'une stricte transparence et le Premier ministre, choisi dans la formation politique majoritaire. Sur le plan institutionnel, une réforme du Parlement s'impose, notamment par le remplacement de la deuxième Chambre par le Conseil économique et social, prévu par la Constitution.

    S'agissant des libertés fondamentales, il convient de les renforcer davantage et de mieux cerner la liberté de la presse, qui pose encore problème dans notre pays. Sur le plan des droits humains, il y a lieu de compléter et de renforcer les droits de la femme, afin d'assurer une stricte égalité avec l'homme. Au niveau de l'Etat de droit, il faut veiller à ce que nul ne soit au-dessus de la loi, qui doit être appliquée d'une façon égalitaire à tous. Pour ce qui est de la Justice, il importe de mettre en application une véritable séparation entre les pouvoirs exécutif et judiciaire, et l'accompagner d'une réforme radicale, à même d'accélérer les procédures et d'éradiquer la corruption.

    Une attention toute particulière devra être portée à l'éducation nationale, qui continue de souffrir d'une qualité médiocre, ne permettant pas d'offrir sur le marché de l'emploi des cadres compétents. Enfin, il est nécessaire d'accentuer la décentralisation et la déconcentration dans le cadre d'une véritable politique de régionalisation, à même de donner les pouvoirs et les moyens nécessaires à nos régions.
    Pour ce qui est de la modernité, il faudrait d'abord définir ce qu'elle est, et ce qu'elle n'est pas.

    La modernité, c'est le respect des valeurs universellement reconnues. Ces valeurs sont la démocratie, le respect des libertés fondamentales et des droits de l'homme, l'Etat de droit, et la solidarité. La modernité, c'est aussi la tolérance, l'ouverture vers l'autre, le refus de la xénophobie et du racisme. C'est aussi l'équité entre hommes et femmes, l'égalité des chances, l'aspiration au progrès, le respect de l'environnement. La modernité n'est pas la négation identitaire, ni la dépravation des m½urs, ni le rejet des valeurs traditionnelles.

    Sur le plan extérieur, l'ouverture vers les autres s'impose. Du fait de nos racines musulmanes, africaines, berbères et arabes, c'est naturellement vers l'Afrique et le monde arabo-musulman qu'il faut donner la priorité. Pour des raisons géographiques, historiques, et économiques il y a lieu de resserrer les liens avec l'Union européenne. A l'exemple de l'Espagne et du Portugal, l'ancrage à l'Europe ne peut être que bénéfique pour notre pays. Aussi, faut-il prendre toutes les mesures et mettre en place les réformes nécessaires pour accéder au marché unique avec l'Europe, conformément à la nouvelle politique de voisinage préconisée par l'UE.

    Cependant, étant donné la mondialisation qui avance à grands pas, le Maroc doit développer également ses relations avec les Etats d'Amérique et d'Asie. L'édification du Maghreb doit rester une option intangible de notre politique extérieure, malgré les vicissitudes actuelles. Enfin, toute l'attention doit être portée à notre cause nationale : la récupération des provinces sahariennes dans le cadre d'une autonomie interne sous souveraineté marocaine.

    La politique économique est essentielle. Il faudrait d'abord réaffirmer l'attachement au libéralisme, à l'économie de marché et à la liberté d'entreprise. Le rôle de l'Etat doit se limiter progressivement aux fonctions régaliennes : défense, sécurité, éducation, infrastructures, justice. Tout ce qui est concurrentiel doit être privatisé, avec une régulation publique lorsque c'est nécessaire, et l'actualisation de la loi sur la concurrence.

    La signature par le Maroc de nombreux Accords de libre échange va totalement ouvrir les frontières à l'horizon 2012. Une mise à niveau, aussi bien de l'Administration que du secteur privé, est indispensable pour faire face à la concurrence internationale. Six ans nous séparent de cette échéance, période au cours de laquelle les efforts doivent être intensifiés. Un soin tout particulier doit être accordé aux PME/PMI qui constituent 95 % de notre tissu industriel : l'effort doit porter tout particulièrement sur le financement et la mise à niveau.

    Dans le cadre de la mondialisation, le Maroc doit privilégier les secteurs où il dispose d'avantage comparatifs. Sur le plan industriel, il y a lieu mettre en ½uvre le plan « Emergence », qui a sélectionné un certain nombre de secteurs porteurs. Au niveau des services, le tourisme peut jouer un grand rôle dans le décollage de notre économie, dès lors que l'objectif de 10 millions de touristes sera atteint. Enfin, le développement des infrastructures: routes, autoroutes, ports, aéroports, communications doit être renforcé, car indispensable au développement économique.

    Le point faible de notre pays, il faut le reconnaître, est l'aspect social. Une grande partie de notre population vit dans la pauvreté, dans un logement indécent, sans éducation, sans couverture sociale, sans ressources. Cette pauvreté touche particulièrement le monde rural et les quartiers périurbains des villes.

    Cette situation est inacceptable à la fois pour des raisons morales et des raisons économiques. Sur le plan moral, il est inadmissible qu'une faible minorité de notre pays vive dans l'aisance et le confort, et une large majorité dans la pauvreté et la misère. Sur le plan économique, toute cette frange de la population ne participe pas à la vie économique, parce qu'elle ne crée pas de richesses, et ne consomme que peu.

    Il est prouvé que le développement économique seul ne permet pas d'éradiquer totalement la pauvreté. Aussi, faut-il, en plus du développement économique, privilégier des actions sociales.

    Le monde rural a été négligé depuis l'indépendance. Il est impératif de revoir entièrement ce secteur en apportant des réformes structurelles. L'effort doit être porté avant tout sur l'agriculture traditionnelle, notamment la céréaliculture qui n'est plus compétitive sur le plan mondial. Il faudrait procéder au remembrement des terres, à la modernisation des méthodes culturales, à la formation des agriculteurs, à la recherche agronomique, au remplacement d'une partie des cultures céréalières par des cultures plus rentables, tels les fruits et légumes, et à la modernisation de l'élevage.

    Aussi bien pour le monde rural que pour les quartiers pauvres des villes, il y a lieu de soutenir efficacement l'INDH (Initiative nationale pour le développement humain), qui est véritablement la première initiative globale et intégrée préconisée par le gouvernement pour éradiquer la pauvreté dans notre pays. Un autre aspect qu'il serait souhaitable de promouvoir est la défense de l'environnement.

    Une prise de conscience nationale nécessaire avant qu'il ne soit trop tard.
    Les atteintes à l'environnement dans notre pays sont multiples : pollution de l'air, problème de l'élimination des déchets solides et liquides, déforestation, rejets industriels, eau usées, etc. Un travail considérable est à faire dans ce domaine à l'instar des pays développés, notamment sur le plan législatif.

    Un dernier volet qu'il faudrait apporter à ce programme, et qui est le plus important, c'est la réforme de l'éducation. Celle-ci passe tout d'abord par l'éradication de l'analphabétisme et l'amélioration de la qualité des enseignements.

    Il faut réellement intégrer notre pays dans la civilisation du savoir, en adaptant l'éducation aux exigences du XXIe siècle et en accroissant la recherche-développement.
    Tels sont les principes et orientations d'un programme politique qui privilégierait la démocratie et la modernité.


    * Président de l'IMRI (Institut marocain des relations internationales)

    Source - LE MATIN
     

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