Empires Islamiques

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 13 Juin 2012.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    EMPIRES ISLAMIQUES
    _____________________________


    L’empire Arabe peut désigner l'aire socioculturelle de la civilisation islamique, dans son unité lors des premiers temps de l'Islam, avant que des zones de schisme ne soient apparues dans la structure du pouvoir musulman.



    Grand Empires Islamiques
    [​IMG]
    Une des plus vieilles copies du Coran datant du règne d’Uthman au VIIe siècle.
    Source du fichier : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Quran_of_Caliph_Uthman_reign-mohammad_adil_rais.JPG
    Date : 21 juillet 2007 – Auteur : Mohammad adil



    Empire Rashidun (632 à 661)

    Les califes bien guidés خلفاء راشدون, al-Khulafā’u r-Rāshidūn est un terme employé dans l'islam sunnite et, en règle générale, pour se rapporter aux quatre premiers califes qui sont considérés comme des chefs modèles et ayant suivi scrupuleusement la voie de Mohamed. Ils étaient pour la plupart les compagnons très proches de Mohamed, et leur succession n'était pas héréditaire, un point qui deviendra la coutume pour les successions musulmanes postérieures. Le concept de "Califes Bien Guidés" vient de la Dynastie Abbasside qui se sont fondés sur le hadith où Mohamed a dit : "Tenez fermement à mon exemple (Sunna) et celle des Califes Bien Guidés".

    Histoire
    Ces Rashidun furent soit élus par une commission ou bien choisis par le prédécesseur, après la mort de Mohamed. Dans l'ordre, les quatre califes :

    - Abou Bakr As-Siddiq (632-634) ;
    - Omar ibn al-Khattâb (634-644) ;
    - Othmân ibn Affân, (644-656) ;
    - Ali ibn Abi Talib (656-661).

    Hassan ibn Ali fut nommé calife en 661 après la mort de son père, Ali. Il est également considéré comme un souverain juste par l'ensemble des musulmans sunnites mais à l'époque, seule la moitié de l'empire islamique reconnut sa souveraineté et son pouvoir fut contesté et finalement retiré par le gouverneur de la Syrie, Muâwiya ibn Abi Soufyan (Muawiya Ier)

    Il existe également des points de vue différents sur d'autres califes reconnus comme bien-guidés. Omar ibn Abdil Aziz (Omar II / 682-720), le huitième calife qui appartenait à la dynastie Omeyyade, est parfois considéré comme faisant partie des Rashidun, notamment par Taftazani.
    Dans l'Ibadisme, un des courants appartenant aux Khawarij, seuls Abou Bakr et Omar ibn al-Khattab sont considérés comme califes bien guidés. Soliman le Magnifique (1494-1566) et Abdülhamid Ier (1725-1789) de la période ottomane sont aussi parfois considérés être parmi les califes bien guidés.
    Ibn Hajar al-Asqalani compte parmi les califes bien-guidés par tous les Abbassides (Il les appelle les Banu Abbas) dans son énumération.
    Il faut noter que les années de succession des califes ne tombent pas forcément le premier jour de la nouvelle année.


    [​IMG]


    Abou Bakr as-Siddiq
    Peu après la mort du prophète Mohamed, lors d'un rassemblement d'Ansars et de Muhadjir, Abou Bakr fut nommé comme successeur pour guider la oumma, ce qui fit de lui le premier calife de l'histoire. Certaines tribus arabes se révoltèrent suite à cette décision et refusèrent de payer la Zakât tout en continuant de faire la prière. Abou Bakr insista sur le fait qu'elles devaient s'acquitter de ces deux obligations sans quoi, elles ne remplissaient pas leurs devoirs religieux. Ce fut le début des guerres d'apostasie حروب الردة [houroub al-ridda]).
    Il doit aussi faire face à Musaylima, un homme se prétendant prophète contre lequel il envoya une armée commandée par Khalid ibn al-Walid. Dans cette bataille, 1200 musulmans dont 39 grands compagnons et 70 maîtres-récitateurs se firent tuer. Lorsque les musulmans finirent par reprendre l'avantage et que Musaylima se fit tuer, Khalid reçut une lettre de reproche d'Abou Bakr car après la victoire, il négocia le butin avec le restant de l'armée de Musaylima.


    Après que ces problèmes furent dissipés et que la paix fut revenue, Abou Bakr se concentra sur les empires Perses et Byzantins. Certains récits montrent que durant cette période, Abou Bakr contribua également à préserver sous formes écrite le Coran et qu'il fut le premier à ordonner de compiler le recueil des révélations sacrées dont il confia la tâche à Zayd ibn Thâbit. Abou Bakr mourut en 634 à Médine en prenant soin de nommer Omar ibn al-Khattâb comme successeur peu de temps avant de mourir, après avoir consulté les compagnons qui étaient proches de Mohamed.

    Omar ibn al-Khattab
    Omar régna dix ans et fut nommé calife à travers le même processus d'élection qui fut utilisé pour nommer Abou Bakr à la tête de la Oumma. Durant son califat, Omar mit un terme aux hostilités avec les perses sassanides, et conquit la Mésopotamie (l'actuelle Irak), l'Égypte, la Palestine, la Syrie, l'Afrique du Nord, l'Arménie et les deux tiers de l'empire romain d'Orient tout en laissant aux peuples et aux territoires la liberté de pratiquer leur culte, sans forcer leur conversion à l'islam. Ce succès va faire d'Omar un des grands génies politiques de l'histoire.
    Le ton général social et moral de la société musulmane à l'époque fut illustré par un égyptien qui fut envoyé comme espion parmi les musulmans lors de leur campagne en Égypte.
    Il déclara :

    « J'ai vu un peuple dont chacun aime la mort plus que la vie. Ils cultivent l'humilité plutôt que la fierté. Rien n'est développé à des fins matérielles. Leur mode de vie est simple... Leur commandant est leur égal. Ils ne font aucune distinction entre supérieurs et inférieurs, entre maître et esclave. Lorsque le moment de la prière approche, aucun ne reste en arrière... »

    Omar est également connu dans la communauté sunnite pour sa simplicité et son mode de vie austère. Plutôt que d'afficher ses richesses comme le faisaient les dirigeants de l'époque, il continua à vivre comme la période où les musulmans étaient pauvres et persécutés. En 639, quatre ans après avoir été nommé calife, il décréta que les années de l'ère islamique devraient désormais commencer à la première année de l'Hégire, en 622. Omar mourut en 644, après avoir été poignardé par Pirouz Nahavandi, un ancien esclave perse capturé durant la bataille d'Al-Qadisiyya, dans la grande mosquée de Médine pendant qu'il présidait la prière.
    Sur son lit de mort, il fut invité à choisir un successeur mais refusa d'en désigner un. Il réuni cependant un comité de six personnes qui devront choisir parmi eux le troisième calife dans les trois jours qui suivirent, composé en partie des membres que Mohamed avait désigné comme les dix promis au paradis (Al-Ashara Mubashara). Ce fut Othmân ibn Affân qui fut choisi.


    Othmân ibn Affân
    Othmân, régna pendant douze ans en tant que calife. Durant son règne, toute la Perse, la plupart de l'Afrique du Nord, le Caucase, Chypre furent conquises et incorporés dans l'empire islamique. Son règne fut caractérisé par un contrôle plus centralisé des revenus des provinces, aidé par des gouverneurs issus pour la plupart de sa propre famille, le clan des Omeyyades et nomma plusieurs de ses parents comme gouverneurs des nouveaux domaines. Certains d'entre eux furent accusés de corruption et de mauvaise gestion.

    Othmân est célèbre dans l'histoire de l'islam pour son implication à compiler le texte du Coran tel qu'il existe aujourd'hui et dont celui-ci le suit toujours mot pour mot et lettre pour lettre. À l'époque, certains peuples des régions de Syrie et d'Irak se disputaient sur les différentes prononciations de certains mots du Coran, tandis que les nouveaux musulmans des provinces en dehors d'Arabie ne savaient pas bien prononcer l'arabe. Percevant les risques de division, Othmân décida alors d'officialiser un type unique de prononciation de l'arabe du texte coranique et d'établir une classification unique des sourates les unes par rapport aux autres en commençant par demander à Hafsa bint Omar, veuve depuis la mort de Mohamed, de lui faire parvenir son exemplaire du manuscrit du Coran. Il confia ensuite à Zayd ibn Thabit ainsi qu'à d'autres d'en préparer plusieurs copies et de les envoyer dans chaque ville et d'autres lieux importants du territoire musulman et fit détruire les versions alternatives. Quelques uns de ces exemplaires existent encore de nos jours, notamment au British Museum de Londres, au Caire (Égypte) ou encore à Sanaa (Yémen).
    Il décéda à Médine le 17 juin 656 dans sa propre maison, après avoir reçu neuf coups de poignards que lui assignèrent un groupe d'insurgés venant de Koufa, Bassora et d'Égypte et qui virent contester la manière qu'il avait de gérer les finances de l'Empire musulman.


    Ali ibn Abi Talib
    Après l'assassinat d'Othmân, Médine était en pleine crise politique pendant un certain nombre de jours. Beaucoup de compagnons proches d'Ali lui conseillèrent de remplir le rôle de calife, ce qu'il refusa au début.
    Après sa nomination comme calife, Ali renvoya plusieurs gouverneurs de province, dont certains étaient des proches d'Othmân, et les remplaça par des aides de confiance comme Malik al-Ashtar. Il déplaça ensuite sa capitale à Koufa, ville musulmane de garnison et qui appartient aujourd'hui à l'Iraq. Damas, capitale de la province de Syrie, était gouvernée par Mu`âwiya, lui-même parent d'Othmân.
    Son califat coïncida avec une guerre civile qui éclata entre musulmans 656-661. Elle commença avec l'assassinat du troisième calife Othmân, se propagea durant son califat et ne s'acheva que lors de l'ascension au pouvoir de de Mu`âwiya. Cette guerre civile est souvent appelée « première Fitna » et mit fin à l'unité de la Oumma, la nation islamique. Cette guerre civile créa des divisions permanentes au sein de la communauté musulmane et les musulmans furent divisés sur la légimité de la personne qui occupait le califat.


    Ali est aussi connu pour ses nombreux sermons et discours, dont beaucoup furent compilés dans un livre intitulé Nahj al-Balaghah (Le sommet de l'éloquence).

    Selon la tradition musulmane, trois musulmans qui furent appelés plus tard Kharijites tentèrent d'assassiner Ali, Mu'âwiya et Amr qu'ils considéraient comme les principaux auteurs de la Fitna. Toutefois, seul l'assassinat d'Ali réussit. Ali mourut le 21 du mois de ramadan dans la ville de Koufa (Iraq) en 661.

    Expansion militaire
    Au cours de la période des Rashidun, l'islam est devenu le plus puissant État du Moyen-Orient. C'est lors du règne du deuxième calife, Omar ibn al-Khattab, que l'Empire des perses Sassanides ainsi que l'Empire byzantin furent vaincus.

    Politique socio-économique
    Durant son règne, Omar fonda le Bayt al-Mal (Institution financière que l'on peut assimiler au Trésor public responsable de l'administration des impôts dans les États islamiques tels que la Zakât prélevée sur les musulmans ou bien la Jizya pour les non-musulmans vivant en terre d'islam). Omar l'élargit ensuite et renforça le gouvernement mis en place pour administrer les finances de l'État.
    Dans la plupart des cas, suite à la conquête d'une terre, les califes se chargeaient de construire et de faire entretenir des routes et de ponts en échange de la loyauté politique de la nation vaincue.


    Point de vue musulman
    Les débats intra-musulmans concernant les quatre premiers califes sont particulièrement courants de nos jours : pour les musulmans de confession sunnite, les rashiduns sont des modèles d'autorité et de justice alors que pour les chiites, les trois premiers califes sont des usurpateurs. Il est prudent de noter ici que la tradition musulmane qui est acceptée par les musulmans sunnites et chiites expose les désaccords et les tensions entre les quatre premiers califes, les plus notables étant les différents entre Ali et les autres califes. Les contextes de ces désaccords se rapportent souvent aux point de vue des religieux et l'interprétation de versets coraniques.

    Perspectives sunnites
    Les sunnites les appellent ainsi car ils voient en eux des dirigeants modèles. Cette appellation entra dans une utilisation globale dans le monde puisque la tradition musulmane sunnite est plus dominante et fut considérée pendant longtemps la source d'informations la mieux fondée sur l'islam dans le monde occidental. Les rashidun étaient des compagnons proches de Mohamed et étaient souvent des parents à lui : les filles d'Abou Bakr et Omar furent mariées à Mohamed, et trois des filles de Mohamed furent mariés à Othmân et Ali. De même, leur succession n'était pas héréditaire, chose qui deviendra coutume par la suite à partir de la dynastie des Omeyyades. C'est via un comité décisionnel ou bien par le calife qui déterminait originairement le successeur.

    Dans la tradition chiite
    Dans le chiisme, le premier calife aurait dû être Ali, suivi des imams chiites. Les musulmans chiites soutiennent cette revendication en se basant sur le hadith de Ghadir Khumm et voient le même rapport entre lui et Mohamed que celui entre Aaron et Moïse. Le califat aurait donc dû se transmettre de Mohamed à Ali, puis aux petits-fils de Mohamed, Hassan et Hussein, fils d'`Ali. Mohamed n'eut aucun fils direct qui survécut et ainsi de suite. Les chiites arguent également que si tous ces califes avaient été correctement guidés, alors il ne devrait pas y avoir de désaccords et de différents entre eux dans la jurisprudence religieuse ainsi que dans la base de la religion (Ousoûl ad-Dîn).




     
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    Empire Omeyade (661 à 750)

    Les Omeyyades ou Umayyades sont une dynastie de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayya ibn `Abd Shams, grand-oncle de Mohamed. Ils sont originaires de la tribu de Quraysh, qui domine La Mecque au temps de Mohamed.
    Succédant au calife Ali ibn Abi Talib, ils prennent Damas comme capitale et fondent le Califat omeyyade, qui devient le plus grand État musulman de l'Histoire en s'étendant de l'Indus jusqu'à la péninsule Ibérique. Renversés par les Abbassides, l'un de leurs survivants fuit à Al-Andalus et fonde un nouvel État à Cordoue.



    Origines et fondation
    L'ancêtre commun de Mohamed et des Omeyyades est Manāf ibn Quṣayy. Son fils Hashim est à l'origine du clan des Banū Hashim auquel appartient le Prophète, et son autre fils ʿAbd Shams est à l'origine de la dynastie des Omeyyades via son fils ʾUmayya. Cependant, plusieurs historiens chiites considèrent que ʾUmayya est un fils adoptif de ʿAbd Šams.

    Les Banū Hāšim et les Banū ʾUmayya connaissent une rivalité qui atteint son paroxysme après la bataille de Badr qui voit la mort de grands chefs des Banū ʾUmayya. Lors de la conquête de La Mecque par les musulmans en 630, ʾAbū Sufyān ibn Ḥarb, lui-même des Banū ʾUmayya et dirigeant de Qurayš, embrasse l'islam. Avec l'élection de ʿUṯmān ibn ʿAffān en tant que troisième calife, les Banū ʾUmayya reprennent les rênes du pouvoir. Quand ʿUṯmān est assassiné en 656 par des opposants qui portent au pouvoir ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, cousin et gendre de Mohamed, les Banū ʾUmayya, notamment le gouverneur de Syrie Muʿāwiya, fils de ʾAbū Sufyān, se révoltent. C'est la Première Fitna du jeune État islamique.
    Lors de la bataille de Ṣiffīn, les deux camps décident d'arrêter les hostilités et de recourir à un arbitrage. Les partisans de ʿAlī qui sont contre l'arbitrage, arguant que ʿAlī est choisi par Dieu pour être calife et qu'il ne doit pas lui désobéir, s'en séparent et deviennent les kharidjites ; ils assassinent ʿAlī en 661. La même année, Muʿāwiya marche sur Koufa (que ʿAlī avait érigée auparavant comme capitale) et convainc ses habitants de le choisir en tant que calife au lieu d'Al-Ḥassan, fils de ʿAlī, marquant ainsi la naissance du Califat omeyyade, avec Damas comme capitale.


    Les Soufyanides
    Le règne de Muʿāwiya Ier, qui initie la dynastie des Soufyanides (descendants de ʾAbū Sufyān) est marqué par une stabilité politique et une rapide expansion territoriale. À l'intérieur du Califat, la rébellion de Ḥuǧr ibn ʿAdiyy à Koufa est matée par le gouverneur d'Irak Ziyād ibn ʾAbī Sufyān. Tout en encourageant la coexistence pacifique avec les Gens du Livre, Muʿāwiya Ier s'engage dans une guerre contre l'Empire byzantin et conquiert Rhodes et la Crète, ainsi qu'une partie de l'Afrique du Nord, où est fondée la ville de Kairouan, et de l'Asie centrale (Kaboul, Boukhara, Samarcande).

    À la mort de Muʿāwiya Ier en 680, son fils Yazīd Ier lui succède. Cette succession héréditaire n'est pas acceptée par de nombreux musulmans, notamment ʿAbd Allāh ibn Az-Zubayr et Al-Ḥusayn, second fils de ʿAlī. La Deuxième Fitna éclate. ʿAbd Allāh et Al-Ḥusayn se dirigent de Médine vers La Mecque. Puis Al-Ḥusayn continue vers Koufa pour rallier la population à sa cause, mais il est intercepté à Kerbala par une importante armée omeyyade qui le tue ainsi que sa famille et ses compagnons. ʿAbd Allāh se proclame calife, soulève les deux villes saintes de La Mecque et Médine, et étend l'opposition jusqu'à Bassorah, en Irak. Yazīd Ier arrête la révolte à Médine en 683 et meurt la même année.
    Son fils et successeur, Muʿāwiya II, ne règne que quarante jours, et après son abdication en 684, ʿAbd Allāh et Marwān ibn Al-Ḥakam, descendant d'une autre branche omeyyade, se disputent le pouvoir. Marwān finit par gagner en 684 et est proclamé calife à Damas, initiant la dynastie marwanide.

    Les Marwanides
    Cependant, ʿAbd Allāh n'est pas encore définitivement vaincu : son califat est reconnu sur une grande partie du monde musulman. Marwān Ier réussit néanmoins à reprendre l'Égypte, mais meurt après neuf mois de règne.

    Abd Al-Malik et la pacification du Califat
    Son fils ʿAbd Al-Malik lui succède en 685. La première partie de son règne est marquée par une révolte organisée par Al-Muḫtār ibn ʾAbī ʿUbayd à Koufa au nom de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyya, un des fils de ʿAlī. Al-Muḫtār réussit à repousser les Omeyyades en 686, près de Mossoul, mais est vaincu par ʿAbd Allāh un an plus tard. En 691, les Omeyyades reprennent le contrôle de l'Irak, et en 692, ʿAbd Al-Malik obtient sa victoire définitive sur ʿAbd Allāh après avoir envoyé Al-Ḥaǧǧāǧ ibn Yūsuf Aṯ-Ṯaqafiyy à la tête d'une grande armée assiéger La Mecque, en utilisant des engins de siège qui endommagent la Kaaba. ʿAbd Allāh est tué lors de l'assaut, et ʿAbd Al-Malik n'a plus de concurrent, mettant ainsi fin à près de douze ans de guerre civile. La même année, la construction du dôme du Rocher à Jérusalem est achevée. Le règne de ʿAbd Al-Malik est aussi marqué par la centralisation de l'administration du Califat, l'établissement de l'arabe en tant que langue officielle et l'utilisation d'une monnaie unique, le dinar, qui remplace les pièces byzantines et iraniennes

    L'expansion territoriale
    Al-Walīd Ier devient calife à la mort de son père ʿAbd Al-Malik en 7054. Sous son règne sont construites la Grande mosquée des Omeyyades à Damas et la Mosquée du Prophète à Médine. Al-Ḥaǧǧāǧ est une figure marquante du règne d'Al-Walīd Ier et de son prédécesseur ; à la tête de troupes syriennes, il maintient régulièrement l'ordre en Irak, pays réfractaire à l'autorité omeyyade. Le début du VIIIe siècle voit également l'expansion territoriale du Califat omeyyade, notamment en Afrique du Nord et dans la péninsule Ibérique, avec la conquête du Royaume wisigoth en 711 par le général Ṭāriq ibn Ziyād.
    Le règne de Sulaymān, frère et successeur d'Al-Walīd Ier, est marqué par l'échec du siège de Constantinople, qui met un terme aux vues omeyyades sur la capitale byzantine ; mais il est aussi marqué par la continuation de l'expansion territoriale, en Asie centrale et en Inde notamment.


    ʿUmar II succède à son cousin Sulaymān en 717. C'est un calife à la position particulière dans la dynastie, du fait de sa sagesse et de sa piété, étant parfois le seul à être reconnu calife par la tradition ultérieure. ʿUmar II est notamment honoré pour avoir lutté contre les problèmes fiscaux concernant la conversion à l'islam. En effet, à cette époque, le Califat omeyyade est peuplé majoritairement de chrétiens, juifs, zoroastriens, etc. Leur conversion n'est pas forcée, mais ils sont sujets à des taxes plus élevées que les musulmans, d'autant plus qu'une fois convertis, on prélève sur eux la capitation (ǧizya) comme s'ils n'étaient pas encore musulmans. D'un point de vue financier, la conversion massive diminuerait les revenus de l'État, et certains gouverneurs découragent les conversions à l'islam, mais ʿUmar II tente de résoudre le problème, insistant sur l'égalité de traitement entre musulmans arabes et non arabes, et enlevant les obstacles à la conversion des non Arabes à l'islam.

    Après la mort de ʿUmar II en 720, Yazīd II, un autre fils de ʿAbd Al-Malik, lui succède. Une nouvelle révolte majeure, menée par Yazīd ibn Al-Muhallab, éclate alors en Irak et est arrêtée par Maslama ibn ʿAbd Al-Malik, demi-frère du calife. Yazīd II prône une politique iconoclaste en ordonnant la destruction des images chrétiennes à travers le Califat.

    Le dernier fils de ʿAbd Al-Malik à devenir calife est Hišām, qui succède à Yazīd II en 724. Son assez long règne marque l'apogée militaire du Califat omeyyade. Après l'échec du siège de Constantinople en 7185, qui avait donné un coup d'arrêt à l'expansion omeyyade, Hišām reprend la guerre contre l'Empire byzantin en pénétrant en Anatolie. Après plusieurs victoires, l'avancée des armées omeyyades est freinée à la bataille d'Akroinon. Le règne de Hišām voit aussi les limites de l'expansion en Europe après la défaite omeyyade à la bataille de Poitiers en 732, face au Royaume franc6. Le Califat reste néanmoins maître de la péninsule Ibérique. Des révoltes majeures éclatent, notamment en Afrique du Nord (739), en Bactriane et en Transoxiane, qui restent difficiles à gouverner, notamment à cause du problème des droits des musulmans non arabes.

    Troisième Fitna
    En 743, Al-Walīd II (fils de Yazīd II) succède à Hišām. Al-Walīd II est plus connu pour son attirance pour les plaisirs que pour la religion. Il s'attire très vite de nombreux ennemis en tuant ceux qui se sont opposés à son accession et en luttant contre les qadarites.

    En 744, Yazīd III le Réducteur, proclamé calife à Damas et fils d'Al-Walīd Ier, attaque avec son armée Al-Walīd II et le tue. Il tient son surnom du fait de sa réduction des rentes militaires de 10 %. Réputé pieux et sympathisant avec les qadarites, il meurt six mois après son accession au pouvoir.
    Yazīd III avait désigné comme successeur son frère ʾIbrāhīm, mais Marwān, petit-fils de Marwān Ier par son père Muḥammad, prend le pouvoir après avoir marché sur Damas en décembre 744 à la tête d'une armée de la frontière nord et se proclame calife. Marwān II déplace la capitale à Harran et une rébellion éclate en Syrie. En représailles, il détruit les murs de Damas et de Homs. Les kharidjites se soulèvent également, notamment en Irak, et choisissent des califes rivaux.

    Chute
    En 747, au moment où Marwān II prévoit de rétablir l'ordre en Irak, un nouveau mouvement bien plus sérieux menace le Califat omeyyade : le mouvement hachimite, du nom de ʾAbū Hāšim, fils de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyya et petit-fils de ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib. C'est une branche des chiites kaysanites, menée par les Abbassides, du clan des Banū Hāšim, rival des Banū ʾUmayya. Le mouvement hachimite est actif au Khorassan et mène une campagne de prosélytisme en recrutant de nombreux adhérents depuis 719 environ. Les Abbassides rallient également à leur cause les anciens partisans de la révolte d'Al-Muḫtār ibn ʾAbī ʿUbayd, qui étaient partisans de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyya vers la fin des années 680. La croissance soutenue du mouvement hachimite vient notamment du fait de sa popularité aussi bien auprès des Arabes que des non Arabes (mawālī), ce qui jouera un rôle crucial.

    Vers 746, ʾAbū Muslim Al-Ḫurāsāniyy prend la tête du mouvement et initie une insurrection ouverte contre le pouvoir omeyyade un an plus tard. Les Abbassides prennent très vite le contrôle de tout le Khorassan et se dirigent vers l'ouest. Koufa est prise en 749. Marwān II, à la tête de l'armée omeyyade, se dirige alors vers l'est pour arrêter les Abbassides. Les deux armées se rencontrent à la bataille du Grand Zab au début de 750 et les Omeyyades sont défaits. La même année, Damas est prise, Marwān II fuit en Égypte, où il est tué, et ʾAbū Al-ʿAbbās As-Saffāḥ, chef des Abbassides, est proclamé calife à Koufa. C'est la fin du Califat omeyyade et le début du Califat abbasside.

    Les Abbassides détruisent la plupart des tombeaux omeyyades, n'épargnant que celui de ʿUmar II, et presque tous les membres de la famille sont traqués et tués, mais le prince ʿAbd Ar-Raḥmān ibn Muʿāwiya, petit-fils de Hišām, réussit à s'enfuir, à gagner la péninsule Ibérique et à y établir un émirat à Cordoue. En 929, l'émir ʿAbd Ar-Raḥmān III prend le titre de calife.


    Administration
    Le Califat omeyyade est géré par six « offices » centraux : Dīwān al-ḫarāǧ (Office des revenus), Dīwān ar-rasāʾil (Office des messages), Dīwān al-ḫātam (Office du sceau), Dīwān al-barīd (Office de la poste), Dīwān al-quḍā (Office des juges) et Dīwān al-ǧund (Office des soldats).

    Dīwān al-ḫarāǧ
    C'est l'office chargé d'administrer les finances du Califat. Il impose et collecte également les taxes et les impôts.

    Dīwān ar-rasāʾil
    C'est l'office chargé de la correspondance d'État. Il fait circuler les missives et les communiqués officiels à travers tout le Califat, et vers les officiers centraux et provinciaux. Il coordonne également l'action des autres offices.

    Dīwān al-ḫātam
    Cet office est chargé de lutter contre les actes de contrefaçon, notamment des documents officiels, qu'il copie et conserve avant de les sceller et les envoyer à leur destination, si bien qu'au fil du temps, de véritables archives d'État se développent à Damas. Cet office est conservé par les Abbassides.

    Dīwān al-barīd
    Introduit par Muʿāwiya Ier, cet office gère la poste à travers le Califat. Sous ʿUmar II, plusieurs caravansérails voient le jour le long des routes, notamment au Khorassan. Des relais de chevaux permettent la liaison entre le calife, ses agents et les officiers provinciaux. Les routes principales sont subdivisées en tronçons d'environ 19 km, chaque tronçon ayant ses montures qui transportent le courrier et assurent la liaison avec le tronçon suivant. Initialement prévu pour les besoins du gouvernement, ce système profite également aux particuliers et à l'armée. Sous le gouverneur Yūsuf ibn ʿUmar, l'Office de poste de l'Irak coûte environ 4 000 000 de dinars par an.

    Dīwān al-quḍā
    La justice est gérée par un office indépendant. Les juges principaux, à partir de 661, siègent en Égypte.

    Dīwān al-ǧund
    C'est l'office chargé de l'administration militaire. L'armée est divisée en cinq corps : le centre, les deux ailes, l'avant-garde et l'arrière-garde, en marche ou au champ de bataille. Marwān II abandonnne ce système et introduit la cohorte (kurdus), petite formation compacte. L'armée omeyyade se compose de trois divisions : la cavalerie, l'infanterie et l'artillerie. La cavalerie utilise des selles plaines et rondes, l'infanterie est d'inspiration byzantine et l'artillerie est formée de mangonneaux, béliers et balistes. Initialement, des pensions et indemnités de subsistance sont accordées même aux militaires qui ne sont pas en service actif, cependant, Hišām instaure une réforme et seuls les participants aux combats sont payés.


    Architecture et urbanisme
    Il existe grossièrement trois types de villes chez les Omeyyades :

    - Les ʾamṣār : Ces centres urbains sont créés comme quartiers d'hiver et lieux de repli pour l'armée des conquérants musulmans. Ils suivent un schéma simple : la grande mosquée et dār al-ʾimāra, le palais, occupent le centre, et sont entourés de quartiers d'habitations. Si certaines ʾamṣār périclitent complètement peu de temps après leur création, d'autres se développent considérablement.

    - Les villes hellénistiques et romaines transformées : Le Proche-Orient, sous domination byzantine jusqu'à la conquête, est déjà fortement urbanisé. C'est pourquoi moins de cités sont construites dans ces régions, les nouveaux arrivants s'installant dans les villes déjà bâties. Une grande mosquée y est édifiée, soit à la place de l'église, soit sur un lieu laissé vide. L'église peut aussi parfois être coupée en deux, une partie étant réservée au culte chrétien, l'autre au culte musulman.

    - Les villes nouvelles : D'autres villes sont créées plus ou moins ex nihilo, sans être pour autant des ʾamṣār, mais simplement de nouveaux centres urbains civils.


    C'est sous les Omeyyades que naît réellement l'architecture religieuse islamique, à partir du dôme du Rocher. Ce monument très particulier, qui serait construit sur l'emplacement du Temple de Salomon, est, selon Oleg Grabar, « le premier monument qui se voulût une création esthétique majeure de l'Islam »7. C'est aussi sous les Omeyyades que se met en place le type de la mosquée de plan arabe. L'archétype et le chef-d’œuvre en est la Grande mosquée des Omeyyades à Damas, réalisée sous le règne d'Al-Walīd Ier, entre 705 et 715.

    L'architecture civile se développe elle aussi, au travers des châteaux du désert. Ils sont nombreux à s'élever dans des plaines syriennes arides, mais auparavant extrêmement verdoyantes et fertiles. Remplissant des fonctions différentes (caravansérails, résidences princières ou de gouverneurs, etc.), ils présentent des plans variés, mais des caractéristiques communes.

    Le décor architectural dépend encore beaucoup de l'art byzantin, comme en témoignent le fréquent remploi de colonnes antiques ou les mosaïques à fond d'or parfois réalisées par des artistes byzantins, parfois par des artisans locaux qui les imitent. La peinture murale est également très développée, comme à Qusair Amra, et on connaît des sculptures en stuc, quasiment les seules rondes bosses de tout l'art islamique.


    Objets
    Les premiers objets islamiques sont très difficiles à distinguer des objets antérieurs à la période, en effet, ils utilisent les mêmes techniques et les mêmes motifs.
    On connaît notamment une abondante production de céramique non glaçurée. Les motifs végétaux sont alors sans doute les plus importants. Il existe aussi des pièces recouvertes de glaçures monochromes vertes ou jaunes. Une glaçure est un revêtement vitreux, coloré ou non, parfois transparent, parfois opaque, qui recouvre une céramique et la fait briller ; c'est un élément très important dans l'art des pays musulmans.


    Les artisans travaillent déjà le métal en virtuoses, créant toutes sortes de vaisselles. L'aiguière de Marwān II, du musée islamique du Caire, en est un des plus impressionnants exemples. Composée d'une panse globulaire, d'un haut col finement ajouré, d'une embouchure en forme de coq, elle est un des chefs-d’œuvre de la période omeyyade. Elle est d'ailleurs créée pour l'un des souverains de cette dynastie.

    Postérité
    Les adversaires des Omeyyades leur reprochent notamment :
    - d'usurper le califat et d'avoir versé le sang de la famille du Prophète ;
    - une certaine indifférence à l'égard de l'Islam et ses règles, notamment en négligeant de convertir les populations conquises.


    En raison de ces causes et de quelques autres, les califes omeyyades souffrent d'une mauvaise réputation dans l'historiographie musulmane, et le titre de calife (successeur du Prophète) leur est parfois refusé, pour le titre plus séculier de malik, roi.


     
  3. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Empire Abasside (750 à 1258)


    Les Abbassides sont une dynastie de califes sunnites arabes qui gouvernèrent le monde musulman de 750 à 1258. Cette dynastie, fondée par Abû al-`Abbâs As-Saffah, arrive au pouvoir à l'issue d'une véritable révolution menée contre les Omeyyades. Quand les Abbassides triomphent des Omeyyades, ils déplacent le pouvoir de la Syrie vers l'Irak en fondant leur nouvelle capitale, Bagdad (762).


    Les Abbassides tirent leur nom de Al-Abbâs, oncle de Mohamed dont ils sont les descendants, alors que les Omeyyades avaient un lien familial plus lointain avec le prophète de l'islam. Ils veulent un État plus profondément musulman, où les Iraniens convertis à l'islam auront une part égale à celle des Arabes. Au VIIIe siècle, au terme d’une révolution sanglante les Abbassides supplantent les Omeyyades, première dynastie musulmane. Au cours de cette révolution contre les Omeyyades, leur chef Abû Muslim réunit autour de lui, en plus des Arabes hostiles à la dynastie régnante, des indigènes iraniens, de petites gens, des esclaves enfuis. Il triomphe en 750 à la bataille du Grand Zab, après plus de trois ans de guerre.

    Ils prennent ainsi la tête durant cinq siècles d’un immense empire allant des rivages atlantiques de l’Ibérie aux bords de l’Indus et portent la civilisation arabo-musulmane à son apogée. La dynastie abbasside donne naissance à d’illustres califes comme Al-Mânsur, Al-Ma’mūn ou encore le légendaire Harun ar-Rachid qui étendent la religion musulmane, la langue arabe ainsi qu'une conscience universaliste de l'islam qui caractérise tout le monde médiéval musulman. Paradoxalement, c’est aussi sous leur direction que commence le lent déclin de la civilisation arabo-musulmane, l’empire gigantesque conquis sous les premiers califes et ensuite sous les Omeyyades a arrêté son expansion ; en Espagne puis en Égypte des souverains locaux arrachent leur indépendance et réclament le titre et la dignité califales, les tribus turques fraichement converties à l’islam prennent de plus en plus d’importance au sein de l’empire. Malgré ces difficultés la dynastie abbasside survit jusqu’au XIIIe siècle lorsque les Mongols assènent le coup de grâce en détruisant la grande capitale Bagdad et cela dans l’indifférence du monde musulman.

    Causes de la révolte
    Au VIIIe siècle, alors qu’en Occident les Carolingiens évinçaient la première dynastie de roi francs les Mérovingiens, en Orient les califes Omeyyades qui régnaient sur un territoire allant de l’Espagne à la Transoxiane étaient menacés dans le fondement même de leur État par une série d’événements. Les Arabes, habitués à des États de type rural et militaire, avec la dynastie omeyyade avaient un immense État cosmopolite, animé d'une vie commerciale et industrielle intense et rayonnant sur de nombreux peuples et religions. Dotés d'un fort sentiment tribal, mais aussi méfiants envers les personnes fraîchement converties à l'Islam, les Omeyyades privilégiaient les grandes familles arabes dans leur administration et les postes importants. La révolution qui s’ensuivit et qui vit les Abbassides arriver au pouvoir n’est pas uniquement un conflit entre deux dynasties mais plutôt une question religieuse. La famille omeyyade jugée décadente et « impie » notamment de par son traitement envers les non-Arabes, à savoir les Perses, les peuples d'Afrique du Nord et noire, qui convertis à l’islam réclamaient les droits que le Coran leur garantissait et la stricte égalité entre Arabes et non-Arabes en conformité avec la parole du Prophète : « L'Arabe n'est pas meilleur que le non-Arabe, ou le non-Arabe que l'Arabe, le blanc au-dessus du noir ou le noir au-dessus du blanc, excepté par la piété. (Ahmad) »

    Les premiers signes de révolte éclatent en 747, Abu Muslim y déploie pour la première fois l’étendard noir, emblème de la maison abbasside. En 749 l’armée abbasside traverse l’Euphrate et s’empare de la ville de Kûfa ; la région connut des affrontements sanglants jusqu’à ce qu’en janvier 750, à la bataille du grand Zâb, le califat omeyyade soit définitivement aboli.


    Fondement
    Les califes Abbassides fondent leur revendication pour le califat en leur qualité de descendants d'Al-Abbas Ibn Abd al-Muttalib (566-662), l'un des oncles de Mohamed. C'est en vertu de cette descendance qu'ils se considèrent comme les héritiers légitimes de Mohamed, par opposition aux Omeyyades. Ceux-ci sont les descendants d'Umayya, issu d'un clan distinct de Mohamed dans la tribu Quraychite.

    Les Abbassides se distinguent aussi des Omeyyades en attaquant le caractère moral et de l'administration en général. La révolte abbasside est largement appuyée par les Arabes, en particulier les colons arabes de Merv maltraités par la politique des Omeyyades, et le clan des yéménites, avec leurs mawali. Les Abbassides ont également fait appel aux musulmans non-arabes, connus sous le nom de mawali, restés en marge de la société fondée sur la parenté et la culture arabe et perçus comme une classe inférieure au sein de l'empire omeyyade. Le hachémite Muhammad ibn 'Ali, arrière-petit-fils d'Abbas, commence à faire campagne pour le retour du pouvoir de la famille de Mohamed. Pendant le règne du calife Umar II Muhammad ibn Ali mène le combat en Perse.


    Pendant le règne de Marwan II, cette opposition aboutit à la rébellion de l'imam Ibrahim, le quatrième descendant d'Al-Abbas. Soutenu par la province iranienne du Khorasan, il remporte des succès considérables, mais est capturé au cours de l'année 747 et meurt en prison, peut-être assassiné. Le combat est repris par son frère Abdallah, connu sous le nom de Abu al-'Abbas as-Saffah, qui, après sa victoire au Grand Zab (750), bat les Omeyyades et est proclamé calife.

    Histoire
    La chute du califat Ommeyyade et l'installation du pouvoir Abbasside
    En l'an 750, les armées du calife ommeyyade Marwan II rencontrent les soldats Abbassides lors de la bataille du Grand Zab. Trop confiants et sûrs de leur supériorité sur le champ de bataille les dirigeants Ommeyyades sous-estiment leurs adversaires. L'échec de Marwan II lors de cette bataille entraînera la famille ommeyyade vers la chute et hormis Abd-Al-Rahman Ier toute la famille dirigeante est massacrée.
    Les ommeyyades évincés du pouvoir, les nouveaux souverains abbassides poussent leurs frontières à l'ouest en prenant une à une les villes d'Afrique du Nord jusqu'à parvenir en 761 aux portes de Kairouan qui se situe dans l'actuelle Tunisie où ils stopperont leur progression, préférant se concentrer sur l'Irak et l'Asie en général d'où sont issus une grande majorité des soldats abbassides.

    Les débuts du califat
    Le premier calife abbasside est Abû al-Abbâs, dit as-Saffah4 (750-754). Immédiatement après leur victoire, les abbassides déplaceront le centre de gravité de l’empire qui était en Syrie vers l’actuel Irak, région qui avait connue déjà sous les Omeyyades un grand essor économique et culturel. La première capitale abbasside fondée par Al-Saffah lui-même fut placée dans la ville d’Hâshimiyya près de Koufa sur la rive orientale de l’Euphrate. Transférée à Al-Anbar elle se fixera finalement sur un nouvel emplacement choisi par Abû Jafar al-Mansur en 762. Les critères pour la sélection de l'endroit ou la capitale serait bâtie sont très précis, située non loin de l’ancienne Ctésiphon, symbole de la substitution d'un empire par un autre est entourée de plaines fertiles. Située sur la rive occidentale du Tigre, son climat tempéré au carrefour de nombreuses voies caravanières lui confère un avantage certain pour la fondation d'une grande cité. Cette ville doit symboliser la dawla (État, dynastie). Initialement nommée Madinât Al-Salâm (ville de la paix) elle était aussi appelée la « Ville ronde » de par son plan circulaire mais celui et c'est l’appellation qui est la plus courante est Bagdad, du nom d'un ancien village autour duquel la nouvelle capitale va se construire, en occident on la connaîtra sous le nom de Baldach.

    Les débuts du nouveau califat Abbasside sont essentiellement dirigés vers la consolidation et la centralisation du nouvel état. Les premiers califes mènent la transition économique du modèle Ommeyade reposant sur le tribut, le butin où la vente d'esclaves vers une économie basée sur les impôts, le commerce et l'agriculture. De plus, en se reposant sur une armée originaire du Khorrassan extrêmement disciplinée et obéissante, mais aussi sur un système élaboré de diligences et de distribution de courrier, les chefs Abbassides parviennent à augmenter leur emprise sur les gouverneurs de province. Ces derniers, qui du temps des califes Ommeyyades ne payaient que peu d'impôts sous prétexte qu'ils devaient dépenser cet argent localement dans la défense des frontières du califat se devaient à présent de payer les taxes imposées par le souverain
    La force Abbasside réside aussi dans son administration et en particulier grâce à la conversion massive des perses qui apportent avec eux toute l'expérience acquise au sein de la cour Sassanides. L'arrivée de ces nouveaux convertis est le résultat de la promesse tenue par les nouveaux califes d'une société plus juste envers les peuples non-arabes qui dès lors s'arabisent à leur rythme en adoptant rapidement la langue arabe. De plus l'islamisation des perses augmente la pression envers les autres peuples de religion chrétienne ou juive qui adoptent aussi l'islam afin de ne pas être défavorisés dans leur accession aux postes importants.

    L'âge d'or du califat
    En 786, le calife Hârûn ar-Rachîd monte au pouvoir. Sous son règne, on voit se développer les villes. On peut parler d'un empire urbain, alors que dans l'État omeyyade dominaient la caste militaire arabe et la propriété rurale. Les premiers califes doivent lutter contre de nombreuses oppositions au sein du vaste empire qu'ils héritent des Omeyyades. Ils perdent très vite l'Occident : dès 756 l'Espagne se donne pour prince un omeyyade dénommé Abd Al Rahman Ier. Au Maghreb, des États kharidjites (et autres) se constituent. En 800, le califat doit passer un accord avec les Aghlabides, qui régnaient en Algérie, en Tunisie et à Tripoli : ces derniers reconnaissent l'autorité de Bagdad en échange de leur autonomie.
    Afin d'assurer les alliances qui leur permettent de conquérir le pouvoir, les Abbassides imposent le retour à l'islam originel. Ils disent vouloir appliquer un islam idéal, préconisant une société sans classes, sous l'autorité d'un chef politico-religieux issu de la famille du Prophète. Les juges ou cadis sont nommés par le calife ; ils devaient appliquer la charia, unique norme admise. Dans un cadre moins religieux, un vizir est chargé de réorganiser l'administration. Il y avait en effet de nombreux fonctionnaires, divisés grosso modo en deux clans de secrétaires (kuttâb) :
    1 - les chrétiens nestoriens, liés au sunnisme et défenseurs de l'autorité du calife ;
    2 - les musulmans chiites, souhaitant au contraire affaiblir le souverain.


    Sous cette dynastie, l'économie est prospère ; les villes se développent ; l’industrie, les arts et les lettres atteignent leur apogée. Les Arabes contrôlent le trafic international, par mer et par caravanes, de l’occident à l’Inde et la Chine, en passant par l’Égypte, l’Afrique et les pays slaves. Les changeurs et marchands juifs profitent de cet élan, et s’installent d’Irak vers l’Arménie, le Caucase, l’Iran et la Transoxiane, d’Égypte et de Syrie vers l’Arabie, le Yémen, l’Éthiopie et l’Afrique du nord. Puis enfin sur la mer Noire, en Russie, Italie, Espagne et dans les royaumes francs. Le développement des lettres, des sciences et des arts puise son inspiration dans la civilisation persane (Les Mille et Une Nuits) mais aussi dans les œuvres de l’antiquité classique traduites en arabe, aux modèles syriens et aux nouveautés introduites par les commerçants et les géographes.
    Mais les révoltes et les troubles ne cessent pas pour autant. Les premiers califes, Abû al-Abbâs (750-754), Abû Ja`far al-Mansûr (754-775), Al-Mahdî (775-785) et Harun ar-Rachid (786-809), doivent lutter contre les soulèvements extrémistes. Ils ne peuvent empêcher le détachement de l'Espagne (756) ni la persistance des troubles en Iran. En 803, Harun ar-Rachid élimine les vizirs de la famille des Barmécides6 qui avaient habilement résolu les problèmes soulevés par l'agitation chiite. Celle-ci s'accroit sous le règne d'Al-Mamun (813-833) qui, après avoir défait son frère Al-Amin (809-814), favorise les influences iraniennes, adopte le motazilisme et choisit temporairement un Alide comme héritier afin de se rallier le chiisme modéré. Mais cette alliance n'empêche pas la révolte des mercenaires turcs ni les effets d'une profonde crise financière, qui amènent les Abbassides à quitter Bagdad et à s'installer dans la ville nouvelle de Samarra (833-892).
    Jafar al-Mutawakkil (847-861) renonce au motazilisme et réagit contre les chiites, les chrétiens et les juifs. L'unité de l'Empire n'en est pas préservée pour autant : les Tahirides (820-872), les Saffarides (867-903), puis les Samanides (874-999) en Iran; les Toulounides (879-905), puis les Ikhchidides (935-969) en Égypte et en Syrie, deviennent indépendants de fait.


    Les institutions
    Les Abbassides reprennent les traditions administratives des sassanides. L’administration centrale est formée de bureaux ou offices (diwan) tenus par un corps de secrétaires (kuttab) : le bureau de l’impôt foncier (diwan al kharâdj), le bureau des domaines (diwan al diya), le bureau du Trésor (bayt al Mal), le bureau de la chancellerie (diwan al rasail), le bureau de l’armée (diwan al djaish). La poste (barid) à un rôle très important de communication et de renseignement.
    Les provinces sont dirigées par des gouverneurs (Khatib, puis émir et wali). Au début de l’Empire, leur gouvernement est souvent de courte durée car ils sont tentés de s’enrichir très vite et sont dénoncés par les hommes de la poste. Les finances des provinces sont confiées à un directeur des impôts (amil), la justice dépend du cadi. L’administration régionale comprend en outre les chefs de l’armée, le chef de la police, les intendants des domaines califiens et le maître de la poste. Le sahib al nazar fil mazalim est chargé d’enquêter sur les doléances émises contre les fonctionnaires. Un magistrat (muhtasib) est chargé de la police des marchés.

    Après la fondation de Bagdad, nouvelle capitale, par al-Mansur en 762, les fonctionnaires syriens qui parlaient grec sont remplacés par des Iraniens arabophones et l’organisation de l’empire est calquée sur le modèle sassanide. L’empire devient de plus en plus administratif. De véritables dynasties iraniennes fournissent les grands commis de l’État, comme les Barmécides. En se rapprochant des provinces orientales, le pouvoir du calife s’appuie sur les populations de l’ex-empire sassanide mais renonce à la Méditerranée et à exercer un contrôle sur les provinces de l’Occident.

    Une économie agraire
    Le régime des terres dans l’empire abbasside est déterminé par la conquête, qui a fait de la communauté musulmane la propriétaire des terres. Le calife, qui la représente, peut en disposer à son gré. Il existe en fait plusieurs catégories de propriété : les terres privées des populations non musulmanes au moment de la conquête, qui peuvent être conservées contre le paiement du kharâdj et être vendues et léguées ; les terres privées des musulmans, terres libres (mulk), acquises par achat auprès des propriétaires autochtones, sont soumises à la dîme ; les domaines publics, provenant des confiscations qui ont suivi la conquête, sont soit exploités directement par les intendants du calife, soit concédés à des particuliers ou à des groupes (qataï : retranchement) ; les biens wafq sont cédés par des fidèles à des fondations pieuses (mosquées, écoles, hôpitaux…) et sont inaliénables.

    Les paysans sont le plus souvent des métayers. L’irrigation, héritée du monde antique (crue du Nil en Égypte, canaux en Mésopotamie, puits à balancier (chadouf), roue mue par des animaux (noria), barrages en Transoxiane, au Khuzistan et au Yémen, galeries souterraines au pied des montagnes en Iran (qanat) ou au Maghreb (rhettaras), repose sur une solide organisation communautaire et l’intervention de l’État. On laboure toujours avec l’araire et la terre reçoit peu d’engrais par suite de la faiblesse de l’élevage.
    La production agricole est stimulée par la demande des grandes agglomérations et des milieux aristocratiques. Les produits végétaux dominent : céréales (blé, riz), fruits (abricots, agrumes), légumes, huile d’olive (Syrie et Palestine, réservée aux riches), de sésame (Irak), de rave, de colza, de lin ou de ricin (Égypte), viticulture (Syrie, Palestine, Égypte), dattes, bananes (Égypte), canne à sucre. L’élevage reste important pour la nourriture, pour la fourniture de matières premières (laine, cuir) et pour le transport (chameaux, dromadaires, chevaux turco-mongol ou pur-sang arabes). Le mouton est présent partout mais l’élevage du buffle se développe (marais du bas Irak ou de l’Oronte). Les petits élevages de volailles, de pigeons et d’abeilles correspondent à une demande importante dans les classes aisées. La nourriture du peuple, très frugale, est essentiellement végétarienne (galette de riz, bouillie de blé, légumes et fruits).

    Le problème de l'armée
    Après la guerre civile entre Al-Amin et son frère Al-Ma’mūn (809-813), les troupes venues du Khorasan remplacent les troupes syriennes pour la défense du Califat. Le calife Al-Mu`tasim (833-842) décide de s’entourer d’une garde choisie parmi les ghulams, esclaves militaires le plus souvent d’origine turque. Ce système prend fin dans les années 860 après les assassinats successifs de quatre califes, et remplacé par une garde mamelouk constituée d'esclaves turcs razziés jeunes en Asie centrale et dans les steppes, élevés soigneusement dans une orthodoxie simple, pour assurer leur loyauté à leurs maitres. Parallèlement, après 840, se développe le système de l’iqtâ : le calife attribue à des officiers le kharâdj (impôt foncier) d’un district, à charge pour eux de payer les soldes de leurs troupes. Les militaires peuvent facilement accroître leurs biens au détriment des petits paysans libres. Avec l’emploi de troupes serviles recrutées hors de l’islam, faciles à acheter et à modeler, l’idéal politique islamique d’une oumma assurant elle même la défense et l’extension du dâr al-islâm échoue. Le recours au recrutement servile signifie à terme la rupture entre la société civile, les forces militaires et le pouvoir politique. Cette évolution explique l’effondrement du pouvoir califal et le rôle pris, à partir des années 936-945, par le commandant en chef de l’armée. À partir du règne al-Mu'tadid l’épuisement du trésor du calife s’accentue. Les révoltes Qarmates aggravent la situation. Les militaires prennent de plus en plus d’importance. Les répercussions sur le commerce et la vie rurale des révoltes des Zenj et des Qarmates affaiblissent le régime. L’arrière-pays de Bagdad voit son agriculture décliner par suites des difficultés d’entretien des canaux, lors des troubles qui précédent la prise de pouvoir par les Bouyides (945).

    Le déclin et la chute
    En Irak même, la révolte des esclaves noirs des plantations est réprimée par Al-Muwaffaq, frère du calife Al-Mutamid (870-892).

    Les califes al-Mu'tadid (892-902) et Al-Muqtafi (902-908) s'imposent en Irak. Mais la révolte ismaélienne remet l'autorité des Abbassides en cause. En 909, le onzième imam ismaélien Ubayd Allah al-Mahdi fonde de la dynastie fatimide et prend le titre de calife en Ifriqiya.

    Les Bouyides, chiites iraniens, fondent une dynastie en Iran (932-1055). Le prince bouyide Muizz ad-Dawla Ahmad prend Bagdad (945) et, sans destituer le calife, il obtient les pleins pouvoirs avec le titre de « Prince des Princes » (Amir al-umara) en 936. Aussi, tout en conservant un pouvoir théorique sur l'Islam sunnite, les califes sont-ils démunis de tout pouvoir réel. Les Bouyides sont écartés par les Turcs seldjoukides (1055). Ces derniers combattent vigoureusement en faveur du sunnisme. L'immigration turque vers le Proche-Orient s'accentue.

    L’État peut aussi compter sur un autre pilier : l'armée, composée de Khorassaniens fidèles au souverain, mais aussi d'Arabes souvent moins fidèles, notamment ceux des régions proches des frontières.

    Au fil des siècles, le pouvoir des califes s'affaiblit peu à peu, victime notamment des affrontements constants entre sunnites et chiites, mais aussi de nombreuses révoltes. Excepté Al-Mustazhir (1094-1118) et An-Nasir (1180-1225), les derniers califes abbassides sont faibles, plus des suzerains que des souverains. Cependant, l'investiture du calife de Bagdad reste une source de légitimité importante pour les dynasties sunnites : Seldjoukides, Almoravides et Ayyoubides. Son prestige se trouve même renforcé avec la disparition des califats rivaux, Omeyyades de Cordoue et Fatimides du Caire.

    Le dernier calife, Al-Musta'sim, croit pouvoir intimider les conquérants mongols en se présentant comme le maître de « tout le peuple qui prie Dieu ». Grave erreur d'estimation. En s'emparant de Bagdad le 10 février 1258, les Mongols commandés par Houlagou Khan mettent fin au califat abbasside de Bagdad et l'exécutent

    Les Abbassides en Égypte
    Les survivants du massacre sont accueillis en Égypte par les sultans mamelouks, où ils perpétuent symboliquement la dynastie abbasside. Leur présence permet aux sultans mamelouks, gardiens des lieux saints de l'islam, de revendiquer une primauté honorifique dans le monde musulman. En 1517, la conquête ottomane transfère la puissance califale à l'Empire ottoman. Le dernier Abbasside lègue ses pouvoirs au sultan Selim Ier.

    Architecture et urbanisme

    Urbanisme
    Sous les Abbassides, deux villes sont mises en avant : Bagdad et Samarra, en Irak. Bagdad est créée quasiment ex-nihilo. Actuellement, on ne connaît cette cité que par les textes, puisqu'elle se trouve sous la ville moderne, et qu'il est donc hors de question d'y pratiquer des fouilles. On sait cependant qu'il s'agissait d'une ville ronde, où seuls logeaient le calife ses proches, ainsi qu'une garnison, les gens du commun vivant à l'extérieur. Au centre se trouvaient le palais califal, la mosquée al-Mansur et des logements pour les soldats, alors que l'enceinte bénéficiait d'une fortification hors du commun. Samarra prit le relais de Bagdad au moment où les Califes voulurent se rapprocher de la population. C'est un site immense, aujourd'hui extrêmement ruiné, où se multiplient les palais de brique.

    Architecture
    La ville de Samarra comportait deux mosquées : la mosquée Abu Dulaf et la Grande Mosquée de Samarra. Ces deux édifices sont actuellement très endommagés, mais ils présentent une caractéristique commune intéressante : leur minaret est hélicoïdal. On ne retrouve ce trait qu'une seule fois, en Égypte, dans un monument de la même période : la mosquée Ibn Tulun. Cette mosquée également de plan arabe mais qui comprend en outre une ziyada, c'est-à-dire une double enceinte, est cependant beaucoup moins imposante que les mosquées de Samarra dans sa taille. Un autre monument important est la Grande Mosquée de Kairouan, au Maghreb (en Tunisie). Toujours de plan arabe, elle possède le plus ancien minbar (chaire) conservé, et son mirhab est particulièrement beau, décoré de carreaux de lustre métallique.
    Le décor architectural sous les Abbassides consiste principalement en du stuc taillé. Les archéologues distinguent trois styles qu'ils nomment A, B et C. On remarque que ces styles ont une importante influence dans les autres arts, notamment dans celui du bois. Le bois est très employé, en Égypte notamment, et les décors architecturaux fabriqués dans cette matière reprennent donc les motifs de stucs de Samarra.

    Objets
    Sous les Abbassides, l'art de la céramique connut deux innovations majeures : l'invention de la faïence et celle du lustre métallique. Dans les pays d'Islam, le mot faïence ne désigne pas la même technique qu'en occident : il s'agit en fait d'une céramique faite de pâte argileuse recouverte de glaçure, avec un décor peint sur la glaçure. Quant au lustre métallique, il s'agit d'une technique assez caractéristique de l'Islam : le potier ayant apposé des ions métalliques sur sa poterie, il réussit à les transformer, par un jeu subtil sur le type et la température de la cuisson, en métal. Celui-ci est incrusté dans la pièce, et forme des motifs remarquables par leur brillance. Le lustre peut prendre plusieurs couleurs, depuis le chocolat jusqu'au rouge via le doré. Au début, il était même polychrome : un vrai tour de force ! Le verre peut également être lustré, ce que l'on observe alors fréquemment à cette époque en Irak mais surtout en Égypte.

    Art abbasside
    L'art abbasside regroupe la production artistique ayant lieu sous la dynastie abbasside de Califes jusqu'à l'arrivée des Seldjoukides à Bagdad, en 1055. Après cette date, bien que la dynastie Abbasside continue et passe des commandes artistiques, on estime que le style est différent, et cet art est étiqueté art seldjoukide.




     
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    Empire Mongole


    EMPIRE MONGOLE (1209 à 1924)


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    Cette image appartient à Enerelt, le 29 septembre 2009



    L’Empire mongol ou Empire turco-mongol, peut-être le plus vaste empire ayant jamais existé, est fondé au début du XIIIe siècle par Gengis Khan, ses fils et petits-fils et leurs armées. Il couvrira à son apogée jusqu’à environ 33 millions de kilomètres carrés.
    À son apogée, à la fin du XIIIe siècle, l'Empire mongol s'étend de la Méditerranée au Pacifique et de la Sibérie à l'Inde et à l'Indochine, mais n'inclut ni les États vassaux de Russie ni l'Indochine.

    À partir de 1260, il se divise en quatre ulus (mongol ulus, uls : pays, région) :
    - au Nord-ouest,
    les steppes russes, territoire de la Horde d'Or où règnent les descendants de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan ;
    - au Sud-ouest, le domaine des Ilkhans de Perse descendants de Hülegü, fils de Tolui, le plus jeune fils de Gengis Khan ;
    - au Centre, le khanat de Djaghataï, fief des descendants de Djaghataï, deuxième fils de Gengis Khan ;
    - à l'Est, englobant la Mongolie, la Chine des Yuan, dynastie fondée par Kubilai Khan (frère de Hülegü, fils de Tolui et petit-fils de Gengis Khan), qui emploie Marco Polo.

    L'empire éclate au XIVe siècle avant d'être partiellement rétabli par Tamerlan sous le nom d'Empire timouride, mais certaines principautés (khanats) maintiennent une continuité dynastique jusqu'en 1920.


    Les conquêtes de Gengis Khan

    Avant l’avènement de Gengis Khan, les différents peuples mongols se font régulièrement la guerre. Une première tentative d’unification échoue en 1161
    Temüdjin, qui allait devenir Gengis Khan était un arrière-petit-fils de Qabul Khan, fils d’un chef du clan Bordjigin. Il est donc de bonne famille mais sa naissance ne le place pas d’emblée dans la classe des hauts dirigeants de la société mongole. On ne sait pas en quelle année se situe sa naissance : ce peut être 1155, 1162 ou 1167.
    À la suite de l’assassinat de son père pour des raisons politiques, sa famille est exclue du clan et condamnée à mener une existence errante.
    Temüdjin se rend auprès du puissant khan des Kereit, Toghril, ami de son père, et devient son vassal.


    Entre 1187 et 1196, Gengis Khan est proclamé khan (c'est-à-dire roi). Il défait les Tayitchi'out, qui vivent au sud de l'actuelle Bouriatie, en Sibérie, puis les Tatars, ce qui lui permet de contrôler la Mongolie orientale. En 1203, il rompt avec Toghril, qui est tué. Les Kereit se rallient. L'année suivante, il soumet les Merkit et les Naimans, à l'ouest de l'actuelle Mongolie. Dès lors, Gengis Khan contrôle presque tout le territoire mongol. En 1205, il commence la conquête du royaume Tangout des Xixia, qui résistent dans leurs villes fortifiées jusqu'en 1209. Une grande assemblée en 1206 (qurultay) le nomme khan universel (Tchingis Qaghan). L'année suivante, son fils aîné Djötchi soumet les Kirghiz tandis que les Ongüt de l’Ordos et les Karlouks de l’Ili se rallient spontanément à l’empire.

    Les Ouïgours se rallient en 1209. Ils sont à l'origine de l'écriture mongole. Cette même année, Gengis Khan achève la soumission du royaume des Xia Occidentaux, tremplin contre la Chine. Au printemps 1211, il lance l'assaut contre les Jin, une dynastie fondée en 1115 par les Jürchen, peuple apparenté aux Mandchous. La ville de Pékin, capitale des Jin, est prise et pillée en 1215, mais le souverain Jin se réfugie à Kaifeng. Cette dynastie ne s'effondre définitivement qu'en 1234, sous l'action conjuguée des Mongols et des Chinois du Sud, qui se sont alors alliés.

    En 1218, Gengis Khan se tourne vers l'ouest. Son général Djebé prend possession du Kara Khitaï. En septembre 1219, Gengis Khan attaque l'empire turc à domination musulmane du Khwarezm, centré sur l'actuel Ouzbékistan1. Sa campagne, ponctuée par de terribles massacres, le conduit jusqu'au nord-ouest de l'Inde en 1222, mais ses troupes se retirent, gênées par le climat. Un détachement de 10 000 hommes, conduit par Subötai et Djebé, s'aventure jusqu'en Russie (1221-1223). La conquête du Khwarezm s'achève en 1224 et Gengis Khan rentre en Mongolie au printemps 1225. Il meurt en 1227 a Qingshui dans l'actuel Gansu au cours d'une campagne contre le royaume Xixia révolté. L'empire mongol contrôle alors une bande de terre de 2500 km (distance nord-sud) qui s’étend de la mer Caspienne à la mer de Chine méridionale.


    L'armée
    Quand Temüjin impose son autorité à l’ensemble des tribus mongoles il en fait, par l’adoption d’une nouvelle tactique, une redoutable puissance militaire. Il fonde l’ordre des darkhans (forgerons), chevaliers exemptés d’impôts et jouissant de l’impunité pour leurs neuf premiers délits. Il organise les Mongols selon le système décimal déjà en usage chez les Xiongnu, dont l’unité suprême est le tumen (dix régiments, soit 10 000 soldats). Il organise sa garde personnelle (kechiktens) et en porte l'effectif à 10 000 hommes.
    L’armée de Gengis Khan, bien qu’elle ne soit pas particulièrement grande pour l’époque (95 chiliarchies, soit 95 000 hommes), se distingue par ses formidables cavaliers et ses habiles archers, par le contrôle et la discipline de ses chefs, et par la stratégie et la tactique militaires du khan lui-même.


    À partir de 1211, devant les places fortes chinoises, les Mongols doivent faire l’apprentissage de la guerre de siège. Après 1219, les victoires face aux armées organisées du Khârezm s’expliquent par le démembrement féodal de ce dernier, ainsi que par la terreur qu’inspirent les envahisseurs auprès des populations. Pour prendre les villes, les Mongols utilisent les prisonniers. Ils contraignent les populations soumises à démolir les murs et à combler les fossés des forteresses. Ils les utilisent pour combler les fossés et les pièges creusés par les défenseurs ; ils les chassent devant les armes des Khârezmiens, jusqu’à ce que les corps tombés aient empli les fossés. Un autre stratagème consiste à habiller les prisonniers en vêtements mongols et de les contraindre à participer au siège des villes et des forteresses. Enfin, depuis les campagnes contre la Chine, l’armée mongole dispose de béliers et de catapultes.


    L'organisation de l'empire
    De son vivant, Gengis Khan partage son empire entre ses quatre fils, Djötchi, Djaghataï, Ögödei et Tolui, qui administraient leurs provinces (oulous) en tant que gouverneurs du pouvoir central. Les grandes villes situées sur le territoire des oulous, comme Boukhara et Samarkand, sont gouvernées, par l’intermédiaire de gouverneurs spéciaux, directement par le grand khan. Les oulous sont administrés par des commandants de place (darougatchi) et leurs subordonnés (tamagatchi). Plus tard, ils assureront le pouvoir avec l'aide de l'aristocratie locale et des dignitaires religieux musulmans. Ils succéderont aux anciens propriétaires en partie chassés, en adoptant les rapports féodaux et en s’assimilant à la société des territoires conquis. Ils envoient régulièrement le tribut (la dîme des produits) à la cour du grand khan et veillent à l’unité de l’empire.
    Les conquêtes amènent le dépeuplement de la Mongolie et ralentissent son évolution intérieure. Si l’activité des artisans ramenés d’Asie centrale contribue à l’essor de l’artisanat, le manque d’hommes, utilisés pour la guerre, ralentit le développement de la société. Dans les pays sédentaires conquis, les Mongols massacrent les populations et détruisent les canaux d’irrigation des cultures, dans le but de transformer en pâturages les terres cultivées du Turkestan et de Chine du Nord.

    Les conquêtes des successeurs de Gengis Khan
    Durant les 30 années qui suivent, les trois successeurs de Gengis Khan sont des diplomates et des guerriers habiles. Ils complètent les conquêtes de la Chine, de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie, de l’Anatolie et de l’Europe orientale.

    Deux ans après la mort de Gengis Khan, en 1227, son troisième fils Ögödei lui succède. C'est sous son règne que se déroule la grande campagne d'Europe, entre 1236 et 1242. Les armées des principautés russes, puis polonaises et hongroises sont balayées, et les Mongols poussent jusqu'aux rives de l'Adriatique. Leurs troupes se retirent mais leurs hordes ne cessent pas de razzier l'Europe centrale. En 1259, après avoir dévasté la Lituanie, 20 000 Mongols attaquent de nouveau la Pologne et la pillent ; le pape Alexandre IV projette une croisade contre eux. En 1265, attaque contre la Grèce ; la Thrace est dévastée ; l'empereur byzantin envoie des cadeaux et marie deux de ses filles à des khans. En 1271 et 1274, raids contre la Bulgarie. En 1275 et 1277, nouveau raid contre la Lituanie. En 1284, nouvelle invasion de la Hongrie, les villes de Transylvanie sont ravagées. En 1287, pillage de la Pologne, Cracovie est de nouveau dévastée. En 1293, attaque contre la Serbie, qui doit reconnaître la suzeraineté mongole. La Russie ne sera libérée du joug de la Horde d'Or qu'en 1480 par Ivan III de Russie lors de la Grande halte sur la rivière Ougra.
    Gengis Khan avait en 1203 pris Karakorum, la capitale du khan des Kereit, située à 320 km à l'ouest d'Oulan-Bator, Ögödei la fortifie en 1235 et elle reste la capitale mongole jusqu'en 1260, à l'avènement de Khubilaï qui déplace le centre de l'empire mongol au sud-est, en Mongolie intérieure, à Shangdu (près de l'actuelle Chao-naimen-sumu).


    Ögödei est le dernier des Grands Khans à conserver la tradition nomade. Après lui les suzerains de l'empire mongol sont absorbés par la civilisation chinoise, et les ilkhans du moyen-orient par la civilisation iranienne. Seule la Horde d'Or sur la Volga, et les apanages sur le Turkestan (Qaidu) restent attachés aux traditions de la steppe. Pendant son règne, la féodalisation connaît un vif essor tant en Mongolie que sur les territoires conquis, où les chefs mongols succèdent aux seigneurs locaux qui deviennent leurs vassaux.

    À la mort d'Ögödei en 1241, le pouvoir est détenu par son épouse, la régente Töregene. Güyük, fils de l'empereur défunt, accède au trône en 1246, mais meurt deux ans plus tard, sans doute empoisonné par un complot qui met au pouvoir la branche du plus jeune fils de Gengis Khan. En juillet 1251 Möngke devient Grand Khan des Mongols. Sous son règne la conquête mongole reprend en direction de l'Iran et de l'Irak, puis du Sichuan et du Tibet. Elle échoue cependant contre la Chine du Sud des Song. Son frère Hülegü est nommé vice-roi d'Iran (Il-khan) en 1253 et prend Bagdad le 10 février 1258, mettant un terme au Califat abbasside que les Türks Seljoukides maintenaient. Le calife Al-Musta'sim est exécuté.


    En 1260, à la mort de Möngke, l’empire se scinde en quatre parties :
    - la Chine des Yuan à l’est,
    - le Djaghataï au centre,
    - l’Ilkhan au sud-ouest (Iran, Irak et Syrie)
    - et la Horde d'Or au nord-ouest (Russie et Europe orientale).

    La même année, l’empire mongol perd sa première grande bataille à Aïn Djalout, lorsque l’Égypte mamelouk s’empare de la Syrie. Les quatre parties de l’empire ne coopèrent plus et entrent en conflit entre elles. Les seigneurs mongols s’assimilent aux sociétés locales, s’appuyant sur les seigneurs féodaux, le clergé musulman et les riches commerçants.

    Les grands khans

    1 - Gengis Khan, premier dirigeant (Khan) mongol et empereur (Khagan) de l'Empire mongol de 1205 à 1227,
    2 - Ögödei, troisième fils de Gengis Khan devient le 2e Khan de 1227 à 1241,
    sa veuve Töregene assume la régence jusqu’en 1246 et l'élection de leur fils Güyük.
    3 - Güyük, fils d’Ögödei, 3e Khan de 1246 à 1248,
    sa veuve Oghul Qaïmich assume la régence jusqu'en 1251 et l'élection de Möngke.
    4 - Möngke (ou Mangu Khan), fils aîné de Tolui, 4e Khan de 1251 à 1259,
    5 - Kubilai Khan, quatrième fils de Tolui, 5e Khan de 1260 à 1279, il conquiert la Chine dont il devient empereur, instituant la Dynastie Yuan de 1279 à 1294.


    L'apogée de l'empire
    Khubilaï, un frère de Möngke, lui succède le 16 mai 1260, à l'issue d'un coup de force : les souverains se faisaient normalement élire lors d'une assemblée, le qurultay, mais Khubilaï ne convoque pratiquement aucun parent et se fait élire à Shangdu et non à Karakorum. Plusieurs des descendants de Genghis Khan contestent sa légitimité, mais il sait toujours s'imposer.
    Son mérite est d'avoir achevé la conquête de la Chine. Dès son avènement il fait de Shangdu la capitale et adopte l'étiquette chinoise. Il fait rebâtir Pékin qui devint sa nouvelle capitale en 1272. En 1271, il prend un titre dynastique à la manière chinoise : celui des Yuan, mais ce n'est qu'après la reddition des Song du Sud, en février 1276, qu'il tient le sceau de l'empire de Chine. Quoique les Mongols restent toujours un corps étranger aux yeux des Chinois, pratiquant une politique de discrimination comme leurs prédécesseurs Khitan et Jurchen, Qubilaï fait de nombreuses avances aux Chinois et il peut finalement être regardé comme l'un des plus grands Fils du Ciel.

    Sur une grande partie de l'Eurasie, après le temps de la guerre et de ses atrocités, était venu celui de la "paix mongole". C'est la sécurité des voies de communication qui permet à beaucoup d'hommes du Proche-Orient, et même d'Europe, de découvrir la Chine, notamment Marco Polo, des Génois, et les premiers missionnaires et évêques catholiques romains. Mais dans le même temps, Khubilaï envoie ses armées tenter de conquérir le sud-est asiatique, et dans l'Océan Indien jusqu'à Madagascar.

    Sous Khubilaï l'empire mongol atteignit son apogée. Jamais empire ne fut si vaste. De la Turquie à la Corée en passant par l'Irak, le Koweït, les Émirats arabes, l'Iran et l'Afghanistan ; et du Vietnam jusqu'à l'Ukraine et à Moscou en passant par tous les Turkestan et toute la Sibérie, même jusqu'en Serbie, partout les peuples sont tributaires, paient l'impôt pour éviter les ravages de la guerre.

    L'évolution des quatre régions de l'empire et la décadence
    Cependant les campagnes lancées par Khubilaï contre le Japon et contre Java sont des échecs, et toutes les tentatives des il-khan d'Iran contre la Syrie et l'Égypte des Mamelouks également. Bientôt aussi les peuples du sud-est asiatique secouent le joug : ainsi les Vietnamiens et les Birmans, tandis que les sultans de Delhi résistent à toutes les tentatives contre le Penjab, contre le Bengale, et en direction du Tamilnadu.
    D'autre part l'unité de l'empire se lézarde. Quoique formellement suzeraine, la dynastie Yuan qui règne en Chine voit les apanages mongols s'émanciper et bientôt s'affirmer indépendants : ainsi le khanat de Djaghataï (1227-1338) en Asie centrale, celui des Il-khans (1259-1411) en Iran et en Afghanistan et celui de la Horde d'Or (1243-1502) en Russie. Vers 1360, après la perte de l'Iran, de la Transoxiane et de la Chine, les Mongols ne contrôlent en Asie que la Mongolie et le Mogholistan.


    La Chine et la Mongolie
    La Chine était un pays vassal de l'Empire mongol, tout comme la Mandchourie, la Corée, une partie du Xinjiang et maints états d'Asie du Sud-Est. En ce qui concerne le Tibet, le degré de vassalité par rapport à l'empire mongol reste très discuté : dans cette partie du monde, il existait une relation Maître spirituel-Protecteur pouvant s'appliquer entre individus mais aussi comme base de relation diplomatique entre États. Les documents d'époque, pris objectivement, montrent que le relation diplomatique entre le Tibet et l'empire mongol fut officiellement de ce type là (d'où l'instauration du bouddhisme tibétain comme religion d'État dans l'empire mongol après la visite du 3e Dalaï Lama, Sonam Gyatso). Il y eut quelques contingents de l'armée mongole stationnés au Tibet mais dans un but de protection du gouvernement tibétain des Dalaï Lamas.
    En tout état de cause, la Chine n'est pas assimilable à l'empire mongol, elle n'en fut qu'une partie soumise. L'empire mongol n'est pas non plus assimilable à la Chine.

    Après la mort de Khubilaï en 1294, les Yuan s'affaiblissent progressivement. Des révoltes se produisent et les Chinois finissent par chasser les Mongols. Le Grand Khan Toghan Temür, arrivé au pouvoir en 1333, doit quitter Pékin dans la nuit du 10 septembre 1368 et meurt sur la terre de ses ancêtres quatre ans plus tard.

    Il est remplacé par Ming Hongwu, fondateur de la dynastie Ming. Ses tentatives pour restaurer la dynastie Yuan sont infructueuses, les Mongols retournèrent dans leur patrie et Karakorum redevint le centre politique de la Mongolie, qui était alors dans un état pitoyable. Les meilleurs de ses fils étaient partis à la conquête du monde et ce pays n'en avait que peu profité. Plus encore, il avait souffert des conflits entre princes rivaux.

    L'empire des Ilkhans
    Après 1282, la pression musulmane est très forte dans l’État, les véritables mongols n'étant plus représentatifs des rênes du pouvoir, demeurant une véritable minorité.
    À partir de 1317, l’État est plus musulman que mongol, en ce sens que malgré la présence de dirigeants mongols (ceux-ci demeurent païens), le véritable pouvoir est aux mains de dirigeants musulmans.
    Sous Abu Saïd (1317-1336), le roi fainéant, la société et l’état se décomposent. Lorsqu’il meurt, en 1336, sans héritier direct, le pays sombre dans l’anarchie.


    Le Djaghataï et l’Empire timuride
    Cet État est aussi à domination musulmane. Il est difficile à gouverner car instable : le nord est majoritairement nomade, païen et pauvre alors que le sud est surtout musulman, sédentaire et riche. En 1334, la Sogdiane (aujourd’hui l’Ouzbékistan) fait sécession. Pour la reconquérir, Tughluk Timur (en) se fait musulman et la reconquiert en 1360.

    Son successeur, Timur le Boiteux – Tamerlan – sème la terreur de l’Inde à la Russie et à la Méditerranée et crée l’Empire timuride.
    Il survit jusqu’en 1500 à l'arrivée des Ouzbeks qui le scindent en trois khanats : Kokand, Khiva, Boukhara. Les derniers descendants de Gengis Khan, les Djanides, règnent sur le khanat de Boukhara, qui est toléré par les puissances régionales voisines jusqu’en 1920 parce qu’il constitue une zone tampon bienvenue entre l’Inde, la Russie et l’Iran. En 1920, ce territoire est finalement conquis par la Russie et le dernier descendant de Gengis Khan tire enfin sa révérence.


    La Horde d'Or (Russie et Europe orientale)
    Les Russes remportent une première victoire contre les Mongols en 1380 à la bataille de Koulikovo. À partir de 1430, la Horde d’Or commence à se morceler, avec la création du khanat de Crimée.



    Chronologie de la Mongolie après l’empire

    1260 Arrêt de l’expansion mongol vers la Syrie par les mamelouks (retraite au delà de l’Euphrate)
    1388 Destruction de Karakorum par les Chinois
    1391 Tamerlan vainc la Horde d'Or (Tokhtamych)
    1400-1454 Guerre civile en Mongolie
    1409-1449 Nouvelles attaques mongoles contre la Chine
    1466 Dayan Khan réunit la plupart des tribus mongoles.
    1480-1502 Les Moscovites mettent fin au contrôle des Mongols sur la Russie ; les derniers membres de la Horde d'Or sont vaincus.
    1571 Les Mongols mettent fin à 300 ans de guerre avec les Chinois.
    1578 Altan Khan convertit les Mongols au bouddhisme tibétain et donne le titre de Dalaï Lama à Sonam Gyatso
    1586 Le bouddhisme tibétain devient la religion officielle de l'Empire mongol
    1589 Début de la construction d’Erdene Zuu, premier monastère bouddhiste de Mongolie
    1641 Zanabazar est proclamé chef du bouddhisme en Mongolie
    1641-1652 Les Russes battent les Bouriates et regagnent le contrôle de la région du lac Baïkal
    1640 Güshi Khan (1607-1655), Empereur mongol, envahit le Tibet et place le 5e Dalaï Lama, Lobsang Gyatso, comme chef temporel du Tibet en 1642.
    1672 Incursion des Mongols en Sibérie et en Russie
    1691 La plupart des Mongols Khalkha acceptent la souveraineté de la dynastie Qing (empire des Mandchous) et sont inclus dans l'empire chinois (dynastie Qing 1644-1911).
    1727 Le traité sino-russe de Khyakhta redéfinit les frontières traditionnelles de la Mongolie
    1757 Les Mongols Dzoungars de Dzoungarie sont battus par l’empereur de Chine Qianlong.
    1783 Le dernier des descendants régnant de Gengis Khan est battu par les Russes.
    1783 Choqu Kalan devient chef des mongols.
    1810 Mort de Choqu Kalan. Son fils Yuhzo Benthizzy devient empereur des mongols.
    1879 Mort de Yuhzo Benthizzy. Le Bogdo Gegen (Trullmad Vagala) lui succède : il sera le dernier empereur des mongols. Le Bogdo Gegen du monastère de Gandantegchinlin aurait cherché l'appui de l'Empire russe pour se libérer de l'emprise politique chinoise. Après la révolution chinoise de 1911 et l'éviction du dernier empereur mandchou, Puyi, le 1er décembre 1911, la Mongolie proclame son indépendance. Le Bogdo Gegen prend la direction politique du pays avec le titre de Bogdo Khan. Le pays est occupé par les troupes de la République de Chine en 1919 : une révolte est menée par Damdin Sükhbaatar. Le Parti révolutionnaire du peuple mongol est créé sous l'impulsion de la Russie bolchévique, et un gouvernement provisoire est proclamé le 11 juillet 1921. Après la mort de Damdin Sükhbaatar en 1923 et celle du Bogdo Khan en 1924, la République populaire mongole est proclamée le 26 novembre 1924. La capitale du pays est rebaptisée Oulan-Bator « la ville du héros rouge » – en référence à Damdin Sükhbaatar. La République populaire mongole est ensuite un satellite de l'URSS, jusqu'à la dissolution de celle-ci. Le 12 février 1992, la Mongolie change de constitution, et abandonne officiellement le marxisme-léninisme.





     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Empire séfévides (1501 à 1736)


    La dynastie des Séfévides ou Safavides (en persan : صفویان, Safaviān) régna sur l'Iran de 1501 à 1736. Succédant aux Timourides, ils sont la première dynastie iranienne totalement indépendante à régner sur l'Iran depuis près de 1000 ans. Les Safavides sont issus d'un ordre religieux soufi militant d'origine probablement kurde, fondé au XIVe siècle. Ils se convertissent au chiisme duodécimain sous l'autorité de leur premier souverain, Ismaïl Ier (1487-1524). Soutenu par les nomades turcs Qizilbash, à partir de 1508, Ismaïl règne sur l'ensemble des territoires auparavant dominés par les Aq Qoyunlu, également des turcophones. À partir de 1510, les Séfévides, dont la montée en puissance va de pair avec la création d'une théocratie dirigée par le shah, s'opposent à l'est aux Ouzbeks également turcophones et dirigés par Mohamed Shaybani, et à l'ouest aux Ottomans, défenseurs du sunnisme. La dynastie atteint son apogée sous Abbas Ier le Grand, chah de 1588 à 1629, qui sépare les fonctions religieuses et politiques de l'empire, et met en place une garde personnelle composée d'esclaves islamisés, les ghulams, afin de contrer la puissance des tribus qizilbashs. Avec l'Empire ottoman et l'Empire moghol, les Séfévides sont alors l'une des trois grandes puissances du monde musulman, qui entretient des contacts avec les souverains européens, désireux d'établir une alliance contre la Sublime Porte.

    Origines
    Fait quasiment unique dans les annales dynastiques musulmanes, les Séfévides sont issus de la tariqa (« confrérie religieuse ») des Safavieh fondée par le cheïkh Safi al-Din Ardabili (1252-1334), ce qui en fait l’équivalent islamique de la dynastie des Hohenzollern, issue de la « privatisation » de l’Ordre Teutonique par Albert de Brandebourg, quasi-contemporain d’Ismaïl Ier.
    L'arrivée au pouvoir des Séfévides est liée directement au développement du soufisme en Iran et en Asie centrale. Les Safavieh sont basés à Ardabil, entre Tabriz et la Caspienne, dans l'Azerbaïdjan iranien. La direction spirituelle des Safavieh semble avoir été héréditaire, elle passe du fondateur Safi al-Din Ardabili à son fils, Sadr al-Din Mousa (vers 1391), au fils de celui-ci Khwadja Ali (1429), à son fils Ibrahim (1447) et au fils de celui-ci, Djunayd. En 1447, le cheïkh Djunayd est chassé d'Ardabil par Jahan Shah, le chef de la la fédération tribale turcomane des Qara Qoyunlu, les « Moutons noirs ». Il s’allie alors à leurs adversaires, les Aq Qoyunlu, les « Moutons blancs » et scelle cette alliance en épousant la bégum Khadidja, la sœur d’Uzun Hasan (1423-1478), lui-même chef des Aq Qoyunlu. À son tour, son fils Haydar épouse Halima, la fille de Uzun Hasan qui est, par sa mère Théodora, la petite-fille de l’empereur Jean IV de Trébizonde.


    Après la mort d’Uzun Hasan, son fils Yakub, se sentant menacé par la puissance grandissante des Safavieh, s’allie avec le maitre du Chirvan et, en 1488, défait et tue Haydar à Tabarsaran et poursuit son fils ainé, Ali qui, avant de mourir à son tour, désigne son jeune frère Ismail, pour reprendre la tête de la tariqa.

    Prise du pouvoir et les premières conquêtes
    Au XIVe siècle, Ardabil était le centre d'une organisation destinée à garder les chefs Safavides en contact avec ses mourides (« maîtres spirituels ») sur les territoires qui sont maintenant l'Azerbaïdjan, l'Irak et l'est de l'Anatolie. L'organisation était contrôlée à travers le poste de khalifat al-khulafa'i qui nommait des représentants (khalifa) dans les régions où la propagande safavide était active. Le khalifa avait à son tour des subordonnés appelés pira. Leur présence dans l'est de l'Anatolie représentait une menace sérieuse pour les Ottomans, car ils encourageaient la population chiite d'Asie Mineure à se révolter contre le sultan.

    En 1499, Ismail, le jeune chef de l'ordre Safavide, a quitté Lanjan pour Ardabil afin de réclamer le pouvoir. Pendant l'été 1500, près de 7000 de ses partisans originaires des tribus turcomanes d'Anatolie, de Syrie et d'Irak – appelés ensemble les Qizilbash – se sont joints à lui afin de le soutenir. À la tête de ces troupes, il commence par mener une campagne punitive contre le Chirvanchah (souverain du Chirvan) ; il cherchait alors à se venger de la mort de son père Heydar et de son grand-père au Chirvan. Après avoir battu le Chirvanchah Farrokh Yassar, il se déplace au sud vers l'Azerbaïdjan où ses 7 000 guerriers Qizilbash battent une force de 30 000 Aq Qoyunlu sous les ordres d'Alwand Mirza puis prennent Tabriz, marquant ainsi la fondation de l'État Safavide.

    Au cours de la première décennie du XVIe siècle, les Qizilbash étendent le pouvoir safavide au reste de la Perse, jusqu'à Bagdad (pris en 1508) et l'Irak, auparavant sous le contrôle des Aq Qoyunlu.

    En 1510, le shah Ismail envoie un grand contingent de Qizilbash en Transoxiane afin de soutenir le souverain Timouride Bâbur, en guerre contre les Ouzbeks. Près de Merv, les Qizilbash battent les Ouzbeks et tuent leur chef, Muhammad Shaybânî, de la dynastie mongole des Chaybanides. L'Oxus devient la frontière entre l'empire séfévide et les Ouzbeks. Les Qizilbash sécurisent Samarcande pour le compte de Babur, qui en est expulsé en 1511 et se tourne vers l'Inde du Nord. Cependant, en 1512, une armée entière de Qizilbash est anéantie par les Ouzbeks après la révolte des Qizilbash turcomans contre leur vakil d'origine persane et leur commandant, Amir Nadjm. Cette lourde défaite marque la fin de l'expansion et de l'influence safavide en Transoxiane (approximativement l'Ouzbékistan et le sud-ouest du Kazakhstan moderne) et les frontières du nord-est de l'Iran restent vulnérables aux invasions nomades.

    Unification de l'État
    C'est sous l'impulsion d'Ismaïl Ier, premier souverain safavide, qu'est décidée la conversion de l'Iran au chiisme duodécimain. Cette conversion résulte d'une volonté de s'affirmer face à la domination des Ottomans sunnites. La conversion permet de constituer les bases d'un État fort à partir d'une identité spécifique. Les Safavides ont aussi utilisé leurs ressources afin de convertir un grand nombre d'Iraniens au chiisme. Sous les règnes des premiers Safavides, l'Iran est devenu une théocratie : en effet, les partisans d'Ismail Ier le reconnaissent comme le murshid kamil, « le guide parfait » mais aussi comme une émanation de Dieu.

    Le problème majeur des Safavides a été de créer un État unifié, une tâche qui était difficile compte tenu de la diversité ethnique du pays. En effet, ils ont dû faire cohabiter leurs partisans turcophones avec les Perses, leurs traditions de combat avec la bureaucratie iranienne et leur idéologie messianique avec les exigences administratives d'un État territorial. Les institutions du début de l'État safavide reflètent ces efforts d'intégration et d'équilibrage entre ces différents éléments. Les postes administratifs sont majoritairement contrôlés par des Perses, tandis que les Turkmènes détiennent les postes militaires.

    De plus, les Safavides faisaient face à des menaces extérieures, notamment celles des Ouzbeks, qui les attaquaient sur la frontière nord-est et qui faisaient des raids sur le Khorasan (région du nord-est de l'Iran) ; et des Ottomans, qui combattaient l'Iran dans le Caucase et en Anatolie. Les Séfévides appuient une révolte religieuse des Kizil Bash en Anatolie ottomane, en 1512. Le sultan Bayezid II est alors destitué par son fils Selim Ier, qui devient calife, et inaugure son règne en réprimant durement les Kizil Bash. Il lance ensuite ses troupes contre les Séfévides, remportant la victoire lors de la bataille de Tchaldiran, en 1514, qui marque la nouvelle frontière entre Ottomans et Séfévides : les Ottomans s'emparent alors de l'Irak actuel, ainsi que de l'Arménie historique. Selim fait massacrer des milliers de chiites et prend des mesures sévères contre cette hérésie. Alors que les Séfévides dépendent essentiellement d'une cavalerie d'archers, s'appuyant sur des méthodes turco-mongoles de combat, la bataille de Tchaldiran marque la victoire de la technologie ottomane, ceux-ci disposant, outre la cavalerie et les janissaires, d'une artillerie.

    À l'est, les Séfévides parviennent à l'emporter contre les Ouzbeks, qui occupent le Khorasan, notamment à l'aide de canons, qui leur ont été fournis par les Portugais (lesquels occupent Ormuz, à l'entrée du Golfe Persique, depuis 1516). Tahmasp Ier, successeur de Ismaïl, remporte la victoire contre l'ouzbek Ubaid-Allah Shah pour le contrôle d'Herat (actuel Afghanistan), en 1528.

    La défaite des Séfévides contre les Ottomans à Chaldoran, en 1524, puis l'occupation de la capitale séfévide, Tabriz, en 1537, marque un tournant dans l'histoire des Safavides : le Shah ne peut plus être considéré comme une figure semi-divine, et son influence décroît sur un certain nombre des chefs Qizilbash. Après le siège de Vienne en 1529 et la paix conclue avec le Saint-Empire germanique, les Ottomans se tournent vers l'est, et se battent contre les Séfévides sur la frontière occidentale de l'Iran, prenant Bagdad et le sud de l'Irak en 1533. Deux autres grandes offensives sont lancées par Soliman le Magnifique, fils de Selim Ier, en 1537 et 1548. Néanmoins, la politique de la terre brûlée pratiquée par le shah force les Ottomans à se retirer, même lorsqu'ils sont victorieux.

    En 1542, le shah Tahmasp reçoit à sa cour le second empereur moghol, Humâyûn, qui a été défait par le chef afghan Sher Shâh Sûrî. Tahmasp lui accorde une aide militaire, qui permet à Humâyun de reconquérir Kandahar, Peshawar, Lahore et Delhi, remontant sur son trône après quinze ans d'exil. Le peintre Behzad, à la tête de l'atelier d'artistes du chah, envoie deux de ses élèves à la cour de Humâyun. Outre cette influence artistique, ce séjour de l'empereur moghol, sunnite converti au chiisme sous les conseils pressants du chah, influencera durablement l'Inde de cette culture persane. En échange de cette aide militaire, Kandahar, regagné par Humâyun contre son frère Kamran Mirza, fut donné au chah, qui nomma son fils Mourad, alors bébé, comme vice-roi. Celui-ci mort, Humâyun prend le contrôle définitif de Kandahar.

    En 1555, le sultan signe la paix avec le shah Tahmasp Ier (traité de Amasya) : les Séfévides perdent définitivement l'Irak, les villes saintes chiites de Najaaf et Kerbala, mais conservent l'Azerbaïdjan et une grande partie du Caucase.

    Les batailles ont continué dans le Caucase et en Irak jusqu'en 1639, année durant laquelle fut signé le traité de Qasr-i-Chirin, qui établissait des frontières entre les deux puissances qui sont restées quasiment inchangées jusqu'au début du XXe siècle. Opposé aux Habsbourgs, l'Empire Ottoman s'allie à la France de François Ier, ce qui conduit à leur tour les Séfévides à s'allier à Charles Quint.

    Apogée des Safavides : le règne d'Abbas Ier (1588-1629)
    L'apogée des Safavides est atteinte sous Shah Abbas Ier le Grand (1588-1629) : il réussit à se défaire des menaces extérieures en signant des traités, et parvient à reprendre le contrôle sur la plupart du territoire, alors que la moitié de l'Empire était occupée par des adversaires lors de sa prise de fonctions.

    Afin d'avoir la paix à l'ouest, il conclut une paix défavorable avec la Sublime Porte en 1590, qui transfère l'Iran occidental, avec Tabriz, ainsi que la plupart de l'Azerbaïdjan, sous influence ottomane. Pendant une décennie, il lutte contre les Ouzbeks du Khorassan ; Herat et l'Afghanistan occidental ne tombent qu'en 1598, et la frontière orientale n'est sécurisée qu'au début du XVIe siècle.

    Trop proche des frontières, la capitale, Tabriz, est transférée à Ispahan en 1598. En 1603, Abbas se retourne contre les Ottomans. Il les refoule de l'Iran occidental (1605-1607), puis s'empare de Diyarbakir (Sud-Est de la Turquie actuelle, annexée par l'Empire ottoman en 1534) en 1620, et de Bagdad en 1623.
    De plus, il centralise le pouvoir politique et l'administration, en particulier en équilibrant le pouvoir des troupes turcophones qizilbash grâce à la création du corps des gholams, des soldats chrétiens esclaves, principalement Arméniens et Géorgiens, qui lui sont loyaux. S'il peut compter sur environ 50 000 Kizil Bash, ces troupes provinciales sont dirigés par des chefs locaux, qui servent le shah en échange de leur pouvoir politique (à l'instar du système de vassalité féodale). Aussi, les gholams, faits prisonniers lors des campagnes en Arménie (1603) et en Géorgie (1614, 1616), qui sont rétribués sur ses propres deniers, lui permettent de regagner l'ascendant sur ces chefs locaux8. Des milliers d'artisans sont aussi transférés d'Arménie à Ispahan.


    Outre ces 10 000 cavaliers gholams, il crée un corps de 12 000 mousquetaires, les tofangchis, et dispose aussi de 12 000 artilleurs (avec 500 canons). En tenant compte de sa garde personnelle de 3 000 hommes, le shah Abbas dispose ainsi d'une armée permanente de 37 000 hommes, auxquels il faut ajouter les 50 000 qizilbash qu'il peut lever le cas échéant. Le pouvoir des qizilbash est progressivement réduit à la fin de son règne : seul les provinces périphériques de Géorgie, du Khuzistan, du Kurdistan et de Loristan bénéficient encore d'une autonomie relative. La puissante tribu des Khanat est divisée en trois, et postée en Azerbaïdjan, à Merv et à Astarabad, éloignée de chacune d'entre elles de centaines de kilomètres.

    Le gholam Allahverdi Khan, d'origine géorgienne, est nommé gouverneur de Fars vers 1595-1596, devenant le premier gholam à bénéficier d'un statut égal à celui des émirs qizilbashs. Devenu commandant-en-chef de l'armée, et conseillé par l'Anglais Robert Shirley (envoyé par Robert Devereux, 2e comte d'Essex, afin de forger une alliance contre les Ottomans), il réorganise l'armée au tournant du siècle.

    Abbas était un roi pieux, qui a soutenu les institutions religieuses en construisant des mosquées et des madresehs (écoles religieuses) ; cependant, on constate sous son règne une séparation progressive des institutions religieuses et de l'État, dans un mouvement vers une hiérarchie religieuse indépendante.
    Son règne est aussi un âge d'or pour le commerce et les arts. Avec l'aide des Anglais, il se bat d'abord contre les Portugais qui occupaient le détroit d'Ormuz, puis accueille les commerçants étrangers (britanniques, hollandais, français et autres). Le niveau des arts patronnés par le shah est visible à Ispahan, sa nouvelle capitale, où il construit des palais et mosquées de toute beauté : place Naghsh-e Jahan, et Ali Qapu, mosquée du Shah, mosquée du Sheikh Lutfallah, palais de Chehel Sotoun, etc.) et donne une grande importance aux miniatures et aux beaux-arts.


    Le déclin de l'empire
    Le déclin des Safavides commence véritablement après la mort de Shah Abbas en 1629. Ce déclin résulte de plusieurs facteurs : souverains faibles, interférence de la politique du harem avec la politique d'État, mauvaise administration des terres de l'État et taxes excessives ainsi que faiblesse croissante des armées (à la fois l'armée qizilbash et l'armée des ghulams). De plus, la politique religieuse des oulémas chiites persécutant les sunnites (particulièrement les sunnites d'Afghanistan) est un autre des éléments déclencheur de la chute des safavides. Abbas II, petit-fils d'Abbas Ier, parvient néanmoins à reconquérir Kandahar sur les forces de l'Empire moghol.

    C'est ce déclin et ce mécontentement qui poussera des tribus afghanes dirigées par Mahmoud Ghilzai à se soulever puis à gagner une série de victoires sur la frontière occidentale en 1722, les menant rapidement jusqu'à la capitale Ispahan. Ghilzai force alors le shah Huseyin à abdiquer.

    Son fils, Tahmasp II, fuit alors à Tabriz, dans l'Azerbaïdjan iranien. La même année, le tsar Pierre le Grand lance ses troupes en Asie, voulant contrer une éventuelle expansion ottomane à la faveur du déclin des Séfévides. La guerre russo-iranienne se conclut par le traité de paix de Saint-Pétersbourg, qui voit Derbent, Bakou et les provinces perses du Chirvan, du Gilan, du Mazandaran et d'Astrabad passer aux Russes le 12 septembre 1723. Une partie de l'Arménie perse, dont Erevan, tombent aux mains de Constantinople. Au même moment, l'Empire moghol, miné par des dissensions internes, amorce son déclin.


    Cependant, avec l'aide de sunnites du Caucase et des tribus afshars, Tahmasp II parvient à reprendre le contrôle de la majorité du territoire perse en 1729, remportant la victoire contre la dynastie Hotaki d'origine pachtoune, dirigée par Ashraf, le successeur de Mahmoud Gilzai, grâce à son allié Nadir Qoli Beig, lors de la bataille de Damghan (1729). Mais en 1732, Nadir place le fils de Tahmasp, Abbas, alors âgé de huit mois, sur le trône, et se déclare régent, envoyant l'ex-shah en exil dans le Khorasan. Nadir s'empare à nouveau d'Erevan et des territoires de l'Arménie perse. Quatre ans plus tard, il se proclame shah : le douxième souverain séfévide, Süleyman II, est réduit à ne plus régner que sur de petites portions de l'Iran, déplaçant sa capitale dans le nord-est, à Mashhad.

    Nâdir Shâh, qui fonde l'éphémère dynastie des Afsharides, entame une série de conquêtes en Afghanistan et défait l'armée de l'empire moghol lors de la bataille de Karnal (1739). Sa mort, en 1747, plongera l'Iran dans une guerre civile. Sa dynastie laisse ainsi vite la place aux Zand puis aux Kadjars, qui règneront jusqu'en 1925.

    À la veille d'une nouvelle guerre russo-turque (1735-1739), le gouvernement de l'impératrice Anne Ire de Russie rétrocède tous les territoires annexés à la Perse dans le but d'établir une alliance avec les Perses contre les Ottomans.

     
  6. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Empire Ottoman (1299 à 1922)


    L'Empire ottoman est un empire qui a duré de 1299 à 1923 (soit 624 ans). Il a laissé la place, entre autres, à la République de Turquie. Fondé par un clan turcique oghouze en Anatolie occidentale, l'Empire ottoman s'étendait au faîte de sa puissance sur trois continents : toute l'Anatolie, le haut-plateau arménien, les Balkans, le pourtour de la mer Noire, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, la péninsule Arabique et l'Afrique du Nord (à l'exception du Maroc).


    Fondation
    L'Empire ottoman est fondé par une famille issue des Kayı, l'une des vingt-quatre tribus turciques oghouzes, qui avaient conquis l'Anatolie au XIe siècle, au détriment de l'Empire byzantin. Pendant que le premier sultanat turc des Seldjoukides se décompose, cette tribu monte en puissance sous le règne d'Osman Ier. En 1299, Osman conquiert la ville byzantine de Mocadène, aujourd'hui Bilecik. Cette date marque le commencement de l'Empire ottoman et le début de la constitution de la première véritable armée ottomane. Jusqu'à sa mort en 1326, Osman Ier conquiert plusieurs autres villes et places fortes byzantines, ainsi que certaines principautés turques voisines.

    Expansion vers l'Europe
    Ses successeurs continuent sa politique d'expansion. L'Empire ottoman conquiert Gallipoli, son premier territoire européen, en 1347, puis s'étend à travers les Balkans. En 1389, la victoire décisive à la bataille du champ des Merles en Serbie, dans l'actuel Kosovo, marque la fin de l'existence des royaumes serbes. La Serbie est définitivement annexée par les Ottomans après la chute de Smederevo, en 1459. En 1453, commandées par le sultan Mehmed II, les armées ottomanes prennent Constantinople et mettent fin à l'Empire byzantin, établissant ainsi la domination de l'empire sur la partie à majorité chrétienne de la Méditerranée orientale. Plusieurs croisades européennes sont écrasées à Nicopolis et Varna.

    Apogée - Un nouvel empire
    Les Ottomans appellent Roumis les populations chrétiennes, en référence à leur origine issue de l'Empire romain d'orient. L'Empire établit ensuite progressivement sa souveraineté sur toute la partie à majorité musulmane du monde méditerranéen. Les communautés sont organisées selon le système des millets.

    Les sultans ottomans voient leur titulaire s'enrichir au XVe siècle du vieux titre turc de khan, de celui, iranien, de padichah, puis de celui de calife au XVIe siècle, c'est-à-dire successeur de Mohamed et chef de l’oumma, la communauté musulmane. Le contrôle qu'ils exercent sur leurs terres est variable ; les provinces lointaines de Tunis et d'Alger ou le khanat de Crimée jouissent d'une large autonomie. Certains États à majorité chrétienne, comme les principautés roumaines de Valachie, Moldavie et, pour un temps, la Transylvanie, payent au sultan un tribut aux XVe siècle-XVIe siècle, mais ne deviennent pas pour autant provinces ottomanes.

    L'Empire ottoman est organisé selon le système des millets. Les populations chrétiennes des Balkans, de l'Anatolie, de Syrie et d'Égypte fournissent à l'Empire (le plus souvent par la conscription forcée des jeunes garçons) son principal corps militaire, celui des janissaires (mot dérivé du turc yeniçeri « nouveau soldat »), institué au XIVe siècle par le sultan Orhan. De nombreux chrétiens pauvres (Slaves, Grecs, Arméniens, etc.) se convertissent à l'islam pour ne plus payer le haraç, la capitation dont les non-musulmans doivent s'acquitter. Ils deviennent Ottomans mais revendiquent une ascendance différente.

    L'âge d'or
    L'éducation, les techniques et les universités ottomanes étaient admirées à la fin du Moyen Âge. Ces universités se tenaient mutuellement au courant des découvertes occidentales. L'amiral Piri Reis a ainsi pu faire une copie de la carte de l'Amérique de Christophe Colomb, celle-ci ayant été perdue, elle devint la plus ancienne carte du continent. De grandes forces vives, aussi bien intellectuelles que financières, vinrent renforcer la Grande Porte. On peut citer les migrations et installations des juifs sépharades, fuyant l'Espagne répressive de l'Inquisition, puis des Morisques andalous.

    En 1517, Sélim Ier conquiert l'Égypte et met fin au sultanat mamelouk. Le calife abbasside Al-Mutawakkil III est emmené à Istanbul comme otage, et aurait cédé son titre de Commandeur des croyants (Emir al-mumimin). Si Sélim procède au transfert de certaines reliques de Mohamed à Istanbul, la thèse selon laquelle il aurait voulu recueillir l'héritage de califat est cependant sujette à caution et apparait beaucoup plus tardivement. Moins d’un siècle après avoir mis fin à l’Empire byzantin moribond, les Turcs ottomans prennent la succession de la dynastie arabe des Abbassides.

    Au XVIe siècle, sous le règne de Soliman le Magnifique, les armées ottomanes parviennent jusqu'à Vienne en 1529 et 1532, dont elles font le siège en vain. Cette avancée marque la limite de l’expansion de l'Empire en Occident (comme Aden en fixera la limite au sud).

    De 1533 à 1536, l'Empire ajoute l’est de l’Anatolie, l’Azerbaïdjan et le Yémen. Les corsaires turcs installés à Alger prennent Tunis aux Hafsides en son nom en 1534, puis la perdent face aux troupes de Charles Quint. Le pacha turc de Tripoli prend Kairouan en 1557 et Tunis est reconquise, définitivement cette fois, en 1569.

    L'Empire crée une flotte militaire, tente de s'imposer en Méditerranée au détriment des cités italiennes et y parvient un moment. La défaite navale de Lépante en 1571, devant les flottes espagnole et vénitienne, met fin à sa suprématie. Réorganisée par Sokullu Mehmed pacha, la flotte ottomane restera certes ensuite une puissance importante, et les possessions vénitiennes (Chypre et des îles en mer Égée) rejoindront progressivement l'Empire mais une partie toujours plus importante du commerce méditerranéen était sous le contrôle de Venise, de Gênes, du Portugal et de l'Espagne.
    L'Empire trouve sa place dans le jeu diplomatique européen où il est un allié traditionnel de la France, dans une alliance de revers contre les Habsbourgs, dès le règne de François 1ier.


    Une puissance mondiale contestée
    La mort de Soliman le Magnifique en 1566 marque la fin de l'âge d'or ottoman. La superficie de cet empire était de 14 893 000 km² en 1566. L'irruption des Portugais dans l'océan Indien détourne vers l'Atlantique une grande partie du commerce des Indes, et les expéditions ottomanes contre Goa et Mascate n'arrivent pas à les en déloger. Cependant, le commerce du Levant reprend à la fin du XVIe siècle.
    L'Empire ottoman a encore les moyens de grandes expéditions sur mer (conquête de Chypre en 1570 et de la Crète en 1669) et sur terre, contre les Autrichiens et les Russes. Moscou est incendiée en 1571, Vienne, capitale des Habsbourg d'Autriche, assiégée en 1683. L'empire croit avoir encore une vocation mondiale. Sokullu Mehmed pacha, Grand Vizir de Selim II, commence un projet de canal à Suez et entre la Volga et le Don, qui n'aboutira pas.


    Dans l'Europe du Sud, une coalition d'États compte alors vaincre l'Empire ottoman sur les mers, puisqu'elle ne le peut sur les terres. À Lépante, envoyé par le roi Philippe II d'Espagne, une flotte coalisée (États pontificaux, République de Venise et Espagne) affronte la grande flotte turque, réputée invincible. En 1571, Lépante voit la destruction de plus de 250 galères turques. Mais c'est une victoire sans lendemain, qui ne touche pas aux bases de la puissance turque. Le Grand Vizir ottoman dira à un ministre vénitien durant des négociations : « En vous prenant Chypre, nous vous avons coupé un bras. En envoyant par le fond notre flotte, vous nous avez coupé la barbe. » En 1573, la flotte ottomane reconstituée pousse les Vénitiens à la paix. Cela permet au sultan de tourner ses ambitions sur l'Afrique du Nord.

    Les frontières ottomanes ne changent guère entre 1566 et 1683. Les guerres finissent sur des statu quo et les victoires de Soliman le Magnifique apparaissent comme un glorieux passé. Les Séfévides de Perse repoussent les assauts turcs. Dans les régions danubiennes, l'empire doit faire face à la puissance rivale de l'Autriche et à l'insoumission des principautés roumaines sous Michel le Brave (1593-1601). Le Liban se rend temporairement indépendant sous l'émir druze Fakhr-al-Din II (1590-1613).
    En 1595 la superficie de l'empire est de 19 902 000 km².


    Sur les champs de bataille, l'armée ottomane, ou plutôt, comme l'appellent les chroniqueurs turcs, « l'armée de l'islam" », reste une puissance impressionnante. Des forces nombreuses, ce qui suppose une logistique considérable, des janissaires d'élite, et toujours des légions de soldats armés d'arquebuse ou de fusils. La Longue Guerre contre l'Autriche (1593-1606), a demandé de grandes ressources humaines aux Ottomans. Leur population forte de trente millions d'habitants leur permet de soutenir de vastes efforts de guerre. Mais le retard économique et technique face à l'Occident commence à se faire sentir.

    Le début du déclin - Le temps des troubles
    Sous les règnes de Mehmed III (1595-1603) et de son fils Ahmet Ier (1603-1617), l’empire est en proie à des révoltes et à des soulèvements militaires, notamment celui des spahis à Constantinople au début de l'année 1603. Pour tenter d’assurer leur pouvoir, les sultans ottomans changent fréquemment les vizirs, les conseillers, les chefs militaires et les membres de la haute administration. Il en résulte que les administrateurs s’efforcent de réaliser des fortunes rapides par tous les moyens. Le personnel subalterne, moins surveillé, s’empresse de les imiter. Des peuples soumis, pressurés par les fonctionnaires, se soulèvent contre les Turcs, notamment les Druzes.

    Après l’humiliant traité signé avec les Séfévides en 1590, les Ottomans occupent la Géorgie, le Chirvan, le Lorestan, et Tabriz avec une partie de l'Azerbaïdjan. La guerre reprend en 1603 avec la prise de Tabriz par Abbas Ier le Grand, qui reconquiert en quelques années l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Mésopotamie avec Bagdad sur les Ottomans (1612).

    En Europe, la paix de Zsitvatorok (Hongrie) conclut la Longue Guerre avec l’empire. Le sultan consent pour la première fois à traiter à égalité avec l'empereur et le tribut annuel est transformé en « présents ». La Porte conserve Kanizsa, Esztergom et Eger, mais abandonne la région de Vac. Sa progression vers l'est est stoppée.


    Au début du XVIIe siècle, l’armée turque est forte de 150 000 à 200 000 hommes.
    Elle comprend trois éléments :
    - les odjaks, milices soldées par le Trésor (janissaires, spahis, artilleurs, soldats du train, armuriers, gardes des jardins palatins), troupes irrégulières, de moins en moins recrutées et les troupes de province, fournies par les feudataires (les plus nombreuses).
    - Les fiefs (timars et zaïms) attribués à des militaires (sipahi) qui doivent fournir un contingent passent progressivement aux serviteurs du seraï, ce qui les soustrait aux obligations du service. Les troupes de province fournissent de moins en moins de soldats. De 1560 à 1630, les odjaks augmentent d’autant, surtout le corps des janissaires, multiplié par quatre. La pression fiscale augmente et alimente des troubles provinciaux.
    - Les janissaires forment un État dans l’État et sont recrutés de plus en plus parmi les musulmans. Ils obtiennent le droit de se marier et s’installent dans la vie de garnison, spécialement à Constantinople. Les Turcs obtiennent l’autorisation de servir parmi les janissaires, autrefois composés exclusivement d’esclaves chrétiens. Le corps des janissaires devient une garde prétorienne et arbitre les compétitions dynastiques.


    Après l'assassinat du sultan Ibrahim Ier en 1648 et jusqu'en 1656, avec l’avènement du vizir Mehmet Köprülü, une période se démarque, le Sultanat des femmes. En fait, la plupart des Sultans de cette période ont peu de pouvoir. Le harem impérial, dirigé par la mère du Sultan, dirige en fait le pouvoir politique. La première aurait été Nurbanu, véritable maîtresse de l'Empire dans les années 1560. Le Baylo vénitien Andrea Gritti décrit la « Femme Sultan » Hürrem Sultan (Roxelane) comme une femme au pouvoir extraordinaire et dotée d'une force de caractère rare. Lors de la succession d'Ibrahim Ier (1640-1648), le harem impérial est le théâtre d'un conflit généralisé entre certaines concubines et la mère de Mehmed IV, le successeur d'Ibrahim.

    Une petite renaissance
    Finalement, cette période voit la naissance d'un contre pouvoir, celui des Grands Vizirs, avec la nomination comme Grand Vizir de membres de la famille Köprülü. Entre 1656 et 1703, ils entament une restructuration de l'Empire et de sa grandeur. Mehmed Pacha Köprülü commence par réformer l'armée. Ensuite, son fils, et successeur, supprime le pouvoir des « femmes sultans ». Le vizirat Köprülü a profité de la baisse du pouvoir des sultans pour satisfaire son désir de pouvoir et de gloire. C'est surtout au niveau militaire qu'il réussit à redorer le blason terni des Ottomans. Leur pouvoir est restauré en Transylvanie, la Crète est complètement conquise en 1669, la Podolie est prise aux Polonais en 1676. Cette période de conflit continu est prolongée avec le vizirat de Kara Mustafa (toujours un Köprülü, mais adopté par la famille) qui déclenche une guerre avec les Autrichiens en ne renouvelant pas la paix de Vasvár conclue en 1664. Il assiège Vienne en 1683. Finalement, le roi Jean III Sobieski de Pologne bat les Turcs. Le pouvoir des Köprülü est alors presque tombé avec l'assassinat de Kara Mustafa par ses janissaires. L'alliance chrétienne de la Sainte Ligue finit par vaincre les Turcs et à leur imposer le Traité de Karlowitz en 1699. Pour la première fois, l'Empire Ottoman perd des territoires dont la Hongrie, qu'il avait repris, ainsi que le Banat. Économiquement ruiné, militairement asphyxié par ses ennemis, il s'enfonce dans une période de stagnation.

    Seuls deux sultans auront su marquer leur temps par leur propre pouvoir :
    - Murad IV (1612-1640) qui reprend Erevan en 1635 et Bagdad en 1639, au grand dam des Séfévides,
    - et Mustafa II (1695-1703), qui mène les Ottomans dans la guerre contre les Habsbourgs pour finalement être vaincu à la bataille de la Zenta (11 septembre 1697).


    L'empire assiégé
    Durant cette période de stagnation, une partie des territoires danubiens est cédée à l'Autriche. Des territoires comme l'Algérie ou l'Égypte deviennent de plus en plus indépendants vis-à-vis d'Istanbul. Sur leur frontière nord, vers l'Ukraine actuelle, les Ottomans font reculer l'Empire russe de Pierre le Grand, mais ils subissent une série de défaites cuisantes sous le règne de Catherine II, qui envoie sa flotte en mer Égée et s'empare de la Crimée en 1782.
    Cette période se caractérise par une tentative des Sultans et des Vizirs de réformer leur Empire en déliquescence. L'ère des tulipes (Lâle Devri en turc), ainsi nommée en hommage à l'amour que portait le sultan Ahmet III à la plante, semble une sorte de retour de l'Empire Ottoman sur le devant des scènes européennes, aussi bien économiques que politiques. Alors qu'une guerre contre l'Autriche vient d'être à nouveau perdue en 1718, et que l'Empire s'est vu humilié au traité de Passarowitz la même année, Ahmet III tente de nouvelles réformes envers le peuple : les taxes sont moins fortes, l'image de l'Empire est redorée, et des entreprises, semblables aux manufactures européennes, sont créées. Il tente aussi de moderniser l'armée avec des conseillers européens.

    En 1730, un janissaire d'origine albanaise, Patrona Halil, fomente un complot contre le sultan Ahmet III. Ce dernier n'avait pas suivi les propositions de réformes proposées par Halil. Face à cela, Patrona Halil et d'autres janissaires proclame Mahmud Ier sultan. Ahmet III aura eu le temps de faire exécuter Halil mais doit quitter le pouvoir après cette insurrection.

    Un autre problème s'ajoute en 1731 à la situation déjà mauvaise de l'Empire Ottoman, celui du Caucase. Les Russes puis les Perses, en viennent en réclamer la suzeraineté. D'un côté, les Russes se disent légitimes de ces territoires car habités par d'anciens Cosaques ; de l'autre, les Perses les réclament car ayant autrefois été sous leur domination. En effet, estimant que la plus grande population cosaque habitant en Russie, il paraît normal pour l'Empire russe de les réunir. Ces Circassiens (autre nom pour les habitants du nord du Caucase), seraient en fait d'anciens cosaques immigrés d'Ukraine. Cette politique de l'ethnicité ne plait pas à la Sublime Porte, qui ne conçoit pas sa politique ainsi. Face à cela, les Russes menacent l'Empire Ottoman et finalement, engagent une nouvelle guerre russo-turque qui durera de 1735 à 1739. Les Russes marchent sur la Crimée et les principautés danubiennes (Valachie et Moldavie). Durant cette guerre, le commandant russe Von Münnich écrase les Tatars vassaux des Ottomans puis passe le Dniestr. Il conquiert aussi la Bessarabie. La Russie n'a jamais autant contrôlé de terres autrefois ottomanes.

    Profitant de la situation difficile des Ottomans, le nouveau shah de Perse, Nâdir Shâh, s'attaque à la Sublime Porte. Il ménage finalement le sultan en conquérant des villes précieuses ou des provinces importantes (Bagdad ou l'Arménie) puis les échangent contre celles qui lui semblent plus intéressantes. Nâdir Shâh n'hésite pas à conquérir Bagdad et à la rendre aux Ottomans en échange de l'Arménie et de la Géorgie. En 1735, il signe un traité avec les Russes, qui, parmi d'autres termes, met fin à sa guerre contre les Ottomans.

    La puissance des janissaires
    La puissance de l'empire est de plus en plus de façade. Sa décadence devient évidente au XVIIIe siècle, sous le règne de Mustafa III. Lorsque son vizir, Ragihb Pasha, meurt en 1763, il décide de régner seul. Médiocre politicien, il ne sait pas non plus s'attacher de bons conseillers ou commandants militaires. Voltaire le compara à un « gros ignorant ». Face à cela, les janissaires arrivent à s'imposer et bloquent toutes les réformes voulues par le sultan. Ce n'est pas la première intervention de ces soldats d'élite dans la politique, puisqu'ils avaient déjà déposé ou tué quatre sultans, Mustafa Ier, Osman II, Ibrahim Ier et Mehmed IV, au cours du XVIIe siècle. Le pouvoir de ce corps de troupe va alors ne faire que grandir. Abdülhamid Ier, frère de Mustafa, ne peut empêcher l'annexion de la Crimée tatare par l'Empire russe de Catherine II en 1782. Désormais, la mer Noire n'est plus sous le contrôle total des Ottomans. Dans cette série des règnes destructeurs pour l'Empire, celui de Sélim III, successeur du précédent, s'illustre par l'apogée du pouvoir des janissaires qui, n'acceptant pas ses idéaux réformateurs, se révoltent et l'assassinent en 1807.

    Tentative de modernisation
    Au XIXe siècle, l'Empire — surnommé « l'homme malade de l'Europe » par l'empereur russe Nicolas Ier en 1853, lors d'une conversation avec l'ambassadeur britannique — diminue territorialement, mais entame un processus de modernisation afin de retrouver sa puissance et sa prospérité d'antan. Cette période débute en 1808 avec la charte de l'Union (Sened-i Ittifak) signée entre le sultan et les chefs féodaux et qui confirme le pouvoir de ces derniers face à l'administration centrale. Vient ensuite l’édit de Tanzimat (Tanzimat Fermani) en 1839 où l'administration centrale annonce des mesures législatives dans le but de moderniser l'empire. Durant cette période, des pays européens tels que la France et le Royaume-Uni ont beaucoup influencé l'Empire ottoman. Une autre réforme entreprise à cette époque est l'abolition de l'esclavage en 1847. Cette période de réformes qui est appelée « Tanzimat » se poursuit par la Ire Constitution monarchique du 23 décembre 1876.

    En 1830, la Grèce, soutenue par les puissances occidentales, obtient son indépendance. Le gouverneur de l'Égypte, Méhémet Ali, se comporte comme un souverain indépendant et obtient que son fils lui succède, ce qui constitue un précédent. La France envahit l'Algérie. L'Empire ne fait face à l'expansion de la Russie que parce que le Royaume-Uni et la France le protègent, notamment au cours de la guerre de Crimée. Protection coûteuse : la France s'empare de l'Algérie puis de la Tunisie, le Royaume-Uni de l'Égypte, indépendante de fait depuis le début du XIXe siècle.

    La guerre de Crimée a révélé la faiblesse financière de l'empire : absence de vrai budget, irrégularité des rentrées fiscales, endettement croissant. Les finances et douanes de l'empire passent sous la tutelle de la Banque impériale ottomane, créée en 1863 et dirigée par un consortium franco-anglais.
    L'Empire est incapable d'empêcher l'indépendance de plusieurs pays des Balkans, perdant de plus en plus de territoires en Europe.


    La Chute
    En 1913, la défaite de la seconde guerre balkanique amène les Jeunes-Turcs (Parti Union et Progrès) au pouvoir. Leur volonté de relever l'empire les entraîne dans l'alliance de l'Allemagne. En 1914, ils déclarent la guerre à l'Entente, et entreprennent de grandes offensives vers l'Égypte et le Caucase. Ce sont des échecs : l'empire n'a pas les moyens de sa politique, il est ravagé par les épidémies et les famines. L'appel à la guerre sainte, lancé par le sultan comme calife de l'islam, a peu d'échos.

    En 1915, le noyau du parti organise, sous le commandement du ministre de l'Intérieur Talaat Pacha, une politique de déportation et de massacre des Arméniens ottomans, politique appelée génocide arménien, faisant entre 800 000 et 1 500 000 morts selon la majorité des historiens, et entre 300 000 et 500 000 victimes selon l'État turc actuel, qui refuse le terme « génocide » et préfère plutôt parler de massacres. La culpabilité de Talaat, Enver Pacha et autres dirigeants Jeunes-Turcs, a bien été reconnue par la justice ottomane qui les a condamnés à mort par contumace en juillet 1919, mais ce verdict a été annulé ensuite par la réaction nationale turque. En fait, certains considèrent qu'il s'agit du premier génocide du XXe siècle : les deux tiers de la population arménienne de l'Empire ottoman furent exterminés sans que les puissances occidentales n'interviennent.

    La Première Guerre mondiale achève son démembrement car l'Empire ottoman, allié aux Austro-Hongrois et aux Allemands, se trouve dans le camp des vaincus. À la suite du traité de Sèvres, ses territoires arabes (Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie) sont placés par décision de la Société des Nations sous mandats britannique et français. La côte égéenne est occupée par les Grecs et les Italiens.

    Vers la république
    L'effondrement de l'empire éveille le sentiment national turc. Les anciens combattants se rassemblent autour du maréchal Mustafa Kemal Atatürk, qui chasse les Européens d'Anatolie et s'impose comme chef du gouvernement, reléguant le sultan à un rôle honorifique. En 1923, il abolit l'Empire ottoman et fonde sur le territoire restant, l'Anatolie, la grande partie ouest du haut-plateau arménien et la Thrace orientale, la Turquie moderne ou la République de Turquie, État successeur de l'Empire ottoman. En 1924, il met fin au califat, dernière trace des institutions impériales.

    Organisation
    L’Empire ottoman a développé au cours des siècles une organisation de l’État qui reposait sur un gouvernement très centralisé avec le sultan comme dirigeant suprême, qui exerçait un contrôle effectif sur les provinces, les citoyens et les fonctionnaires. La richesse et la position sociale n’étaient pas nécessairement reçues en héritage, mais pouvaient être acquises par la reconnaissance des mérites. Cette évolution des positions sociales était marquée par l’attribution de titres tels que vizirs et ağas. Le service militaire était un élément clé de l’avancement dans la hiérarchie.

    Provinces
    Les provinces de l'Empire ottoman étaient des divisions administratives fondées sur l'administration militaire et civile ainsi que les fonctions exécutives. La mise en place de l'organisation administrative s'est déroulée en deux phases. La première est liée à la construction de l'Empire et a évolué avec sa montée en puissance. La seconde est due aux vastes réformes administratives de 1864 et s'est terminée avec la dissolution de l'Empire.

    Culture
    Pendant plusieurs siècles, l'Empire ottoman a connu des périodes riches tant d'un point de vue économique que culturel. Il a influencé ses voisins de l'ouest (Europe, Afrique du Nord) comme ceux de l'est (Asie centrale, Perse, Inde). Sa position géostratégique en a fait pendant longtemps une puissance culturelle de premier plan.



     
  7. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Guerres ottomanes en Europe

    Guerres Ottomanes en Europe

    Les guerres ottomanes en Europe sont les guerres qui, après la Chute de Constantinople (1453), ont opposé l’Empire ottoman en expansion au nord et à l'ouest, à l’Europe chrétienne du XIVe siècle au XVIIIe siècle.
    Les principaux adversaires des Ottomans furent d'abord la République de Venise, l’Autriche habsbourgeoise et la Pologne-Lithuanie ; s'y ajouta la Russie vers la fin du XVIIe siècle. Au contraire, des puissances comme la France, la Suède et la Prusse s'alliaient sporadiquement avec la Sublime Porte, et au cours du XVIIe siècle, la Pologne-Lithuanie fut temporairement alliée au Khanat des Tatars de Crimée. Enfin au XVIIIe siècle, des patriotes polonais cherchèrent à faire alliance avec les Ottomans.



    À l'assaut des Balkans

    Premières conquêtes sur l'empire byzantin (1346 - 1356)
    Même si les Ottomans faisaient régulièrement des incursions les long des côtes grecques depuis la fin du XIIIe siècle, la conquête de l'Europe débuta réellement avec l'invasion progressive des Balkans pendant la seconde moitié du XIVe siècle. Durant cette période, l'empire byzantin, qui avait été la seule puissance d'Europe orientale à résister aux Ottomans pendant le Moyen-âge, n'est plus que l'ombre de lui-même et s’affaiblit de plus en plus au fil du temps. Ainsi, pour régler la guerre civile qui secoue l'empire et vaincre son rival l'empereur Jean V Paléologue, l'usurpateur byzantin Jean VI Cantacuzène marie sa fille en 1346 au sultan turc Orhan et lui cède sa base de Gallipoli, donnant ainsi aux Ottomans un tremplin pour de futures opérations militaires en Thrace. Et en effet, en l'espace d'une décennie, l'essentiel de la Thrace orientale tombe aux mains des Ottomans, Orhan Ier colonisant massivement la région par des tribus turques. Ces possessions, coupant Byzance de tous ses débouchés européens les plus proches, constituaient un atout stratégique décisif. Le contrôle des voies de communication continentales en Thrace isolait aussi Byzance, qui perdait ainsi contact avec des alliés potentiels dans les Balkans. Jean V Paléologue dut reconnaître la perte des territoires par traité en 1356. Mourad Ier succède au sultan Orhan en 1360.
    Après le coup porté à l’Empire Byzantin en 1356, qui ouvre aux Turcs une première base d’opérations en Europe, l’Empire Ottoman part à l’assaut du continent européen. La première cible du sultan Mourad est le port fluvial d’Andrinople, ville de marche qui était alors la plus forte garnison byzantine de Thrace et un carrefour commercial de premier plan. À l’issue de la Bataille d'Andrinople (1365), il y transfère même sa capitale aux dépens de Bursa, en Anatolie, et rebaptise la ville Edirne : par là, il marque ses desseins d’expansion en Europe.


    Conquête de la Serbie (1371 - 1389)
    Premier obstacle, l'empire serbe naissant. Après une série de campagnes militaires, le sud de ce territoire est conquis en 1371. Suit la conquête de l'empire bulgare, puis les Ottomans se retournent vers le reste de la Serbie ; ils envahissent le nord de l'empire en 1389 et remportent une victoire décisive le 15 juin de cette année à la Bataille de Kosovo Polje qui voit la mort des généraux des deux armées, et laisse dans le folklore serbe le souvenir d'une bataille épique, marquant le début des malheurs de la Serbie.

    Conquête de l'empire bulgare (1371 - 1422)
    Après la conquête du sud de la Serbie, l’empire Ottoman entreprend de conquérir les Balkans : la Thrace et la Macédoine sont conquis à l'issue de la Bataille de la Maritsa (1371), face à un empire bulgare alors en pleine décadence, puis poussant toujours plus vers le nord, ils font tomber Sofia en 1382 et Tarnovgrad (la capitale de la Bulgarie d’alors) en 1393 ; le nord de la Bulgarie suit avec la bataille de Nicopolis (1396), à l’exception de Vidin, qui ne tombera qu’en 1422 ; l’Albanie est subjuguée en 1385 (Bataille de Savra (en)), puis de nouveau en 1480 ; la ville de Constantinople se rend en 1453 après la bataille de Varna et la Bataille de Kosovo (1448), sonnant le glas de l'empire byzantin ; vient le tour de la Morée en 1460 ; la Serbie dès 1459, puis (à cause de la reconquête partielle par Matthias Corvin en 1480) de nouveau en 1499 ; la Bosnie en 1463 (mais les provinces nord-ouest seulement en 1527) et l’Herzégovine en 1482.

    Conquête de la Grèce (1395 - 1461)
    Après s'être assurés un contrôle total du nord de la péninsule balkanique, les Ottomans se tournent vers le sud en direction de la Grèce, sous le commandement du nouveau sultan Bajazet. Les premières incursions de 1395 dans le Péloponnèse permirent aux Ottomans de prendre le contrôle de quelques forteresses sans vraiment pouvoir se maintenir sur le territoire. Deux an plus tard, ils réapparurent sur le territoire grec et occupèrent Athènes pendant quelques mois ; pendant la même période, Bajazet Ier et le gros de ses troupes menaient un nouveau siège sur la ville de Constantinople sans parvenir à la prendre. Il fallut attendre l'année 1446 pour voir les Ottomans lancer de nouvelles campagnes militaires en Grèce qui se concentrèrent sur la Morée, avant de se retirer en emmenant plus de 60 000 captifs et en forçant le despote local byzantin à leur payer un tribut annuel. La chute de Constantinople, le 29 mai 1453, sonna le glas de l'empire byzantin et les Ottomans se rendirent maîtres de toute la partie nord de la péninsule grecque. Poussant toujours plus vers le sud, ils prirent Athènes en 1458, puis Mistra en 1460, ainsi que la Morée en 1461. Devenus maîtres de toute la Grèce continentale, seules quelques îles du sud de la Méditerranée échappèrent encore aux Ottomans pendant quelques décennies. Rhodes fut prise en 1522, Chypre en 1571 et la Crête fut contrôlée par les Vénitiens jusqu'en 1669.

    La conquête de la Hongrie
    Après les victoires de cette guerre de conquête : Bataille de Kosovo Polje, bataille de Nicopolis, la Chute de Constantinople (1453) et enfin la bataille de Mohács (1526), l’Empire ottoman parvint au contact direct des grands états européens. Venise, qui depuis des décennies cherchait par divers coups de main à conforter son influence en Mer Égée, dut ménager ses relations commerciales avec la Sublime Porte.

    Avec la bataille de Mohács, cependant, l’Empire ottoman ne cachait plus son ambition de s’étendre en Europe centrale. La Hongrie, en proie aux trouble intérieurs de par la rivalité entre Ferdinand Ier et Jean Ier de Hongrie, devenait une proie tentante. L’Armée ottomane, appuyée par l'archiduc Jean, s'abattit sur Presbourg, puis se dirigea sur Vienne, et si le Siège de Vienne, au début du mois d'octobre 1529, demeura infructueux, cet échec paraissait n'être que temporaire. Désormais la menace d'invasion était latente et Charles Quint déploya tout au long de son règne une stratégie de défense active sur la frontière de Hongrie : en 1530, il affronta les Turcs à plusieurs reprises dans cette région. Il ne s'agissait pas seulement pour lui de vaincre des Infidèles, mais aussi d'obtenir la couronne de Hongrie. Pour parvenir à ses fins, il finit par conclure en 1532 la Paix de Nuremberg avec les princes protestants d'Allemagne, incitant Soliman Ier, qui campait aux frontière de l'Autriche avec son armée, à se replier sans combattre. Le 23 juillet 1533, l'empereur conclut un traité de paix avec les Ottomans, et un armistice avec Jean Ier de Hongrie ; seulement les Turcs reprirent les hostilités en 1537, et défirent l'armée du prince Ferdinand aux frontières de la Slovénie. L'année suivante, Jean de Hongrie imposa à l'empereur un nouvel armistice. Puis en 1541 les Turcs s'emparèrent de Buda et occupèrent militairement toute la Hongrie et une partie de la Croatie. En 1544 il prirent la ville de Kraljeva Velika, d'où désormais ils organisèrent leurs attaques contre Zagreb. Soliman, alors âgé de plus de 70 ans, déclencha encore en 1566 une campagne en Hongrie, mais mourut au siège de Szigetvár le 5 septembre 1566.

    Tripoli, dans l'actuelle Libye, qui au cours du Moyen Âge était demeurée une seigneurie arabe, passa en 1509 sous domination espagnole. L'empereur Charles Quint fit en 1530 de la Tripolitaine un fief des chevaliers de l'Hôpital, mais dès 1551 les Turcs s'en emparèrent, et leur général, le sultan Turgut Reis, devint le bey de Tripoli.
    Le fardeau de la guerre défensive des Européens fut assumé jusqu'en 1525 par le Royaume de Hongrie, puis par l’Autriche des Habsbourg liguée aux autres états du Saint empire romain germanique. Il se créa en particulier une marche militarisée en Croatie, occupée par des milices paysannes.


    Un coup d'arrêt : Lépante
    Depuis le début du XVIe siècle, les Turcs pratiquent des razzias en Méditerranée occidentale. Débarquant sur les côtes italiennes, provençales ou espagnoles, ils pillaient les villes du littoral et emmenaient certains habitants en esclavage. Rompant avec cette tactique sans système, les Ottomans décident de prendre définitivement l'initiative sur mer en s'opposant de front aux Génois et aux Vénitiens. À une rivalité stratégique (le contrôle de la Méditerranée occidentale), s'ajoute en arrière-plan la rivalité religieuse traditionnelle entre chrétienté et islam. En 1570, les Ottomans s'emparent de Chypre au terme d'une conquête brutale (plus de 20 000 habitants de Nicosie sont mis à mort). Sous le nom de Sainte Ligue, le pape Pie V appelle à la croisade, et réussit à constituer une alliance entre la République de Venise, les royaumes espagnols de Naples et de Sardaigne, et quelques autres puissances.

    Au matin du 7 octobre 1571, une flotte chrétienne partie de Messine intercepte la flotte turque en provenance de Lépante, dans le golfe de Patras, au large de la Grèce. Il s'ensuit une retentissante victoire de la flotte chrétienne (essentiellement vénitienne) : cette bataille, qui a détruit l'essentielle de la flotte de guerre ottomane, confirme l’hégémonie espagnole sur l'ouest de la Méditerranée et met un coup d’arrêt à la progression ottomane en Europe. Cependant, les dissensions entre alliés empêchent de poursuivre l'avantage, et les projets de reconquête des Dardanelles, voire de Constantinople, doivent être abandonnés. Les Ottomans reconstituent rapidement leur flotte et reprennent le contrôle de la Méditerranée orientale. Venise, ruinée par la guerre et l'interruption de son commerce avec l'Orient, négocie avec les Turcs et leur reconnaît par traité le 7 mars 1573 la possession de Chypre, pourtant objet originel du conflit.

    L’expansionnisme ottoman est en revanche irréversiblement marqué par la défaite de Lépante. S'ils ont rapidement remplacé les navires, les Turcs n'ont jamais vraiment pu se remettre de la perte de 30 000 hommes, souvent hautement qualifiés — marins, rameurs, archers embarqués. Grâce à leur alliance avec la France, en lutte contre l'Espagne, les Ottomans réussissent toutefois à parachever leur conquête du Maghreb (prise de Tunis en 1574).

    La longue guerre
    Dès l’automne 1594, Michel le Brave, prince de Valachie, mène une campagne vigoureuse contre les Ottomans, conquérant de nombreux châteaux du Danube Inférieur : Giurgiu, Brăila, Hârşova et Silistra ; ses alliés contiennent les armées ottomanes en Moldavie, notamment à Iași. Michel s’enfonce peu à peu en territoire ottoman, prenant les forts de Nicopolis, Ribnic et Chilia, et atteignant même l'ancienne capitale turque, Edirne.

    En 1595, le pape Clément VIII obtient une alliance entre les puissances européennes chrétiennes contre l'Empire Ottoman ; cette alliance, voulue par les Habsbourg soucieux de reprendre les territoires centraux de Hongrie, est signée à Prague par l'Empereur Rodolphe II et Sigismond Ier Báthory de Transylvanie. Aron Tiranul de Moldavie et Michel le Brave de Valachie rejoignent l'alliance plus tard dans l'année. À ce moment, le sultan Mehmed III peut, de son côté, envisager de s’emparer de Vienne, désormais à une centaine de kilomètres de la frontière.

    Dans le conflit qui suit, la maîtrise de la ligne fortifiée du Danube est la clef du succès : aussi, la guerre se déroule-t-elle principalement dans une région correspondant approximativement à l'Ouest de la Hongrie actuelle, au Sud de la Slovaquie moderne, à la Bulgarie, à la Serbie et au Sud de la Roumanie.
    En 1595, l’armée impériale des Habsbourg s’empare de forteresses stratégiques sur les rives du Danube, mais quelques mois plus tard, les Ottomans prennent d’assaut la ville d’Eger.


    La bataille de Călugăreni, affrontement décisif entre Ottomans et Valaques, est pour le prince Michel une victoire à la Pyrrhus. Très affaibli par ses pertes en hommes, il se replie et attendra en vain l’aide des Habsbourg jusqu’en 1599. La bataille de Keresztes, qui se déroule du 24 au 26 octobre 1596 en Hongrie, marque le tournant de la guerre. Les forces combinées des Habsbourg et des Transylvaniens (soit 45 à 50 000 hommes) sont taillées en pièces par une armée turco-tatare deux fois plus nombreuse.
    La suite du conflit est marquée par une suite d'affrontements entre princes hongrois vassaux des Turcs, et troupes valaques (bataille de Goroszló en août 1601, bataille de Braşov en 1603). Les Habsbourg ravagent finalement la Transylvanie mais leurs lignes, trop étendues, ne leur permettent pas de s’y établir sans disposer de la place de Buda. Les Ottomans, en difficulté dans leur guerre avec la Perse, acceptent finalement, pour fixer la frontière du Danube, de signer le Traité de Zsitvatorok le 11 novembre 1606. Ce traité, qui met un terme au tribut annuel imposé jusque-là au Saint Empire, constitue ainsi une victoire stratégique des Habsbourg.

    L'Autriche menacée
    Après l'échec des pourparlers en vue d'une paix durable entre l’Empire ottoman et le Saint Empire, le grand vizir Ahmed Köprülü réunit le 12 avril 1663 une armée d'invasion d'environ 100 000 hommes à Edirne. Son objectif, Buda, fut atteint fin juin. Le 7 août, les Turcs vainquirent l'armée impériale autrichienne dans la région de Gran. La chute de la forteresse de Neuhäusl (aujourd'hui Nové Zámky), le 25 septembre, fut un coup dur pour les Habsbourg. Le Grand Vizir repartit avec son armée à Belgrade prendre ses quartiers d'hiver. Avec près de 40 000 hommes, il entreprit le 8 mai 1664 une nouvelle campagne contre l'empire des Habsbourg. Une partie des forces impériales, sous les ordres du général Raimondo Montecuccoli, tenta sans succès de s'emparer du fort de Canischa avant d’affronter les Turcs. Montecuccoli décida de se replier.

    Comme les Turcs s'approchaient, il vint des renforts de toute l'Allemagne : de Bavière, de Souabe, du Hanovre, de Westphalie, de Franconie et même un corps auxiliaire français. Ces troupes, environ 25 000 hommes, prirent position le 30 juillet 1664 autour de Mogersdorf, les Turcs ayant établi leur camp à Saint-Gothard (Szentgotthárd).
    Comme les Impériaux s'étaient hâtés de franchir le fleuve Raab, le Grand Vizir Ahmed Köprülü, persuadé que toutes les troupes ennemies n'étaient pas encore parvenues à Mogersdorf, fit mettre son armée en ordre de bataille. Après une nuit de tirs d’artillerie, 12 000 Turcs partirent à l'assaut au matin du 1er août.
    Au terme d'un sanglant combat qui dura dix heures, Montecúccoli sortit vainqueur : les Turcs venaient de perdre en un seul jour 10 000 hommes, tandis que les Impériaux ne déploraient que 2 000 victimes ; mais les Turcs perdirent surtout leur réputation d'invincibilité, car pour la première fois une de leurs armées était défaite en bataille rangée par une armée occidentale.


    Le 10 août 1664, l’empereur Léopold Ier et le Grand vizir Ahmed Köprülü conclurent une trève de 20 ans, la Paix d'Eisenburg (en). Les deux belligérants, en effet, avaient désormais d'autres soucis : le Grand vizir voulait mettre un terme à la guerre avec Venise autour de la possession de la Crète, qui durait depuis 19 ans; l'empereur pourrait, lui, enfin se retourner contre le roi de France Louis XIV, dont l'expansionnisme menaçait les marches occidentales du Saint Empire.

    Pourtant, en 1682, au terme de presque 20 ans, la guerre éclata de nouveau. Encouragé par Louis XIV et les premiers succès de la rébellion anti-habsbourg des Kurucs menée par le prince Imre Thököly en Haute Hongrie (en), le sultan Mehmed IV marcha le 31 mars 1683 avec près de 150 000 hommes depuis Edirne sur Belgrade, qu’il atteignit début mai. Ce n’est que le 27 juin que le sultan décida que Vienne serait le but de cette campagne. Pendant ce temps, le général des Impériaux, le duc Charles de Lorraine, partit à l'assaut des forteresses de Neuhäusl et Gran, en Haute Hongrie, guidé par le précepte que la meilleure défense est l’attaque. Mais ayant remarqué que les Turcs marchaient directement sur Vienne et menaçaient ainsi de le couper de ses arrières, il se replia avec 30 000 hommes à Vienne, surveillant avec sa cavalerie la rive nord du Danube tandis que son infanterie était commise à la défense de la ville. Sur la prière de ses conseillers, l'empereur avait quitté Vienne, ce qu'il devait regretter par la suite, car cet acte lui aliéna la faveur du peuple pour la fin de son règne. Ainsi 11 000 impériaux et 5 000 hommes des milices bourgeoises, sous les ordres du comte Ernst Rüdiger von Starhemberg participaient à la défense de Vienne. Le 14 juillet 1683, le siège commençait, et dura deux mois. Au matin du 12 septembre, une armée de secours forte de 80 000 hommes, commandée par le roi de Pologne Jean III Sobieski et le duc Charles de Lorraine, attaqua les assiégeants par les hauteurs du Kahlenberg et les défit.

    Reconquête de la Hongrie
    En 1684, le Saint Empire, le royaume de Pologne et Venise formèrent la Sainte Ligue (1684). Charles de Lorraine entreprit une nouvelle campagne contre Buda avec une armée de 18 000 soldats. Le 13 juin, après que le gros de l'armée eut franchi le Danube dans les environs de Gran, l'avant-garde de l'armée impériale, commandée par Maximilian Lorenz von Starhemberg (de) et le margrave Louis de Bade, parut sous les murs de Visegrád le 15 juin. Le lendemain, la place de Gran, en dépit de ses importantes fortifications, fut enlevée par l'armée du Saint Empire, l'une des portes ayant été détruite par des tirs d'artillerie. La garnison turque fut passée au fil de l'épée et la ville mise à sac. Seuls quelques défenseurs parvinrent à se replier dans la citadelle qui surplombait la ville. Ils capitulèrent au bout de 36 heures, le 18 juin.

    Le 27 juin, l'armée du Saint Empire se heurtait dans les environs de Vác à une armée turque forte de 17 000 hommes. Malgré la position favorable des Turcs, Charles de Lorraine ordonna l'assaut et fit donner son artillerie. Le corps d'armée central était commandé par Maximilian Lorenz von Starhemberg. Après un bref combat, il prit le dessus. Vác elle-même tomba le même jour aux mains de Impériaux. Le 30 juin, le gros de l’armée du Saint Empire pénétrait dans Buda, que les Turcs venaient d'abandonner après l'avoir incendiée. Après avoir repassé le Danube à Vàc, l'armée impériale, forte de 34 000 hommes, mit le siège devant Buda le 14 juillet 1684, jour anniversaire du début du siège de Vienne. La place était défendue par quelques 10 000 Turcs disposant d'un feu de 200 canons. Mais le siège fut abandonné au bout de 109 jours à cause des intempéries, du moral catastrophique des troupes, et de l'annonce que les Turcs avaient réussi à mobiliser une armée de secours.
    Ce n'est que lors de la campagne suivante que, le 2 septembre 1686, les troupes de la Ligue s'emparèrent de Buda. De là, elles purent année après année libérer le royaume multi-ethnique de Hongrie par les bataille de Zenta et de Peterwardein. Louis-Guillaume de Bade-Bade, surnommé « Louis le Turc », et le Prince Eugène de Savoie, s'illustrèrent au cours de ces années.
    Alliée de l’Autriche par la Sainte Ligue, la République de Venise avait depuis 1684 repris aux Ottomans la presqu'île de Morée (Péloponnèse). Désormais le Saint Empire prenait le dessus sur l’Empire ottoman en Europe.

    Combats outre-mer
    Mais la confrontation entre les états chrétiens d'Europe et l’Empire ottoman s'étendait désormais à trois continents. Outre les Balkans, l’Italie, où dès 1480 une armée ottomane s'était emparée d'Otrante, était disputée. Les barbaresques, alliés des Ottomans, menèrent tout au long du XVIe siècle une série de pillage contre les comptoirs espagnols et italiens. Pour cette raison même, l'Espagne des Habsbourg entreprit plusieurs campagnes militaires contre l’Empire ottoman et ses vassaux d’Afrique du Nord, enlevant notamment Tunis (1535) ; le siège d’Alger échoua en 1541. Les possessions du Portugal aux Indes firent de l'Asie un nouveau théâtre d'opération. Depuis leurs comptoirs de la côte occidentale des Indes, les Portugais lancèrent divers raids contre les ports d'Arabie. En rétorsion, les Ottomans attaquèrent Diu en 1538. En 1550, les Portugais portaient leurs assauts jusqu’à Bassorah en Mésopotamie.

    L'expansion russe
    À partir de la fin du XVIIe siècle, la Russie s'étendit sans cesse vers le sud, et en 1739 elle fit sienne la croisade de l’Église orthodoxe : la libération de Constantinople ; car non seulement les tsars se voyaient comme les héritiers de l’empire byzantin, mais ils se firent les protecteurs des chrétiens orientaux de l'Empire ottoman. Il y avait aussi la question du libre passage des détroits maritimes, clef de la suprématie économique. Comme la Russie, par ses guerres contre les Turcs, ravissait peu à peu sa position et gagnait sans cesse en influence, cependant que l’Empire ottoman passait pour l’Homme malade de l'Europe, la position des autres États européens se mit à évoluer. Désormais, leur intérêt passait par un maintien de l'intégrité de l’Empire ottoman afin non seulement de préserver leurs relations économiques et de ménager la stabilité politique des Balkans, mais aussi de contenir l'expansionnisme de la Russie, et de s'opposer à son hégémonie à l'est. C'est pourquoi ils soutinrent les Ottomans contre les Russes dans la guerre de Crimée et s’opposèrent en 1878 à une reconquête russe de Constantinople.


    Conséquence des guerres ottomanes en Europe

    L’irruption dans les Balkans d'une armée numériquement très supérieure à ce que l'Europe, composée d'états morcelés, pouvait aligner dans des délais limités, a généralement provoqué l'effroi dans les cours chrétiennes, particulièrement aux XVIe et XVIIe siècles. Martin Luther n'était pas seul à estimer que les Turcs étaient un châtiment de Dieu censé faire expier leurs péchés et leur division religieuse aux Chrétiens ; toutefois, le réformateur saxon se ressaisit ensuite et, dans sa Guerre contre les Turcs (1529) exhorte ses coreligionnaires à combattre le « fléau de Dieu » avec la dernière vigueur.

    Après leur retrait de Hongrie durant le XVIIe, les Turcs restèrent sur la défensive tout au long du XVIIIe et du XIXe siècle. C'est durant ce dernier siècle que les peuples soumis par les Ottomans plus de 300 ans auparavant firent entendre leurs revendications nationalistes. Peu à peu, les différents peuples se soulevèrent et fondèrent des états indépendants contre lesquels un empire Ottoman en pleine décadence restait impuissant. Cependant, les nouvelles frontières créées provoquèrent de nombreuses tensions, voire de véritables guerres entre les peuples, en raison de l'enchevêtrement des communautés. Les Balkans devinrent le nouvel enjeu d'importance dans la lutte d'influence à laquelle se livraient les grands empires européens durant la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Cette lutte d'influence couplée aux revendications des différentes nations balkaniques atteint son paroxysme durant l'année 1914 et se conclu par l'attentat de Sarajevo qui déclencha la Première Guerre mondiale.


    RAPPEL ÉVÉNEMENTS CLÉS

    Oghouze Anatolie haut-plateau arménien Balkans mer Noire Syrie Palestine
    Péninsule Arabique Kayı Seldjoukides Osman Ier Bilecik Guerre de Candie
    Bataille de Kosovo Polje bataille de Mohács (1526) bataille de Călugăreni bataille de Nicopolis
    Bataille de Zenta et de Peterwardein Siège de Vienne siège de Szigetvár siège devant Buda
    Paix de Nuremberg Soliman Ie Slovénie Croatie Kraljeva Velika La Tripolitaine Canischa
    Chevaliers de l'Hôpital Chypre Lépante golfe de Patras Edirne Gran Jeunes-Turcs
    Le sultan Turgut Reis le sultan Mehmed III Royaume de Hongrie Longue Guerre Devşirme
    Traité de Zsitvatorok Chute de Constantinople Charles Quint Millet Ismail Enver
    Dynastie ottomane Génocide arménien Grèce ottomane Organisation de l'Empire ottoman
    Provinces de l'Empire ottoman Méhémet-Emin Aali-Pacha Casbah d'Alger Question d'Orient
    Guerre russo-turque Guerre turco-vénitienne Guerres austro-turques
    Guerres Moldavo-ottomanes Guerres turco-byzantines Guerre austro-turque (1683-1699)
    Troisième guerre austro-turque Grande révolte arabe de 1916-1918 Déclin de l'empire ottoman
    Culture de l'Empire ottoman Traité de Sèvres Traité de Kars traité de Karlowitz
    Société des Nations accord Sykes-Pico Guerre d'indépendance turque

    Source : Wikipedia

    FIN
    Je vous souhaite une bonne lecture :)

     

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