ENQUÊTE. Explosion sexuelle au Maroc

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par karawan, 8 Mai 2009.

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  1. karawan

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    Entre pratiques érotiques “no limit” et méthodes de séduction plus “cash”, femmes et hommes bravent de plus en plus les interdits et les tabous…


    Corniche de Casablanca, 2 heures du matin dans une boîte de nuit branchée. La musique techno défonce les cavités sonores et les corps échauffés se déhanchent et se frôlent sur la piste de danse. Naïma, 28 ans, célibataire et nouvelle venue dans le monde de la nuit, est attablée au bar, avec ses copines, des fêtardes invétérées. De l’autre côté, un
    jeune homme, la trentaine, lui fait signe et l’invite à se joindre à lui. Il commence par lui offrir une coupe de champagne, puis une deuxième, histoire de faire connaissance. Naïma est heureuse, son partenaire lui plaît bien. A 4 heures du matin, elle est convaincue que cet homme est pour elle et le suit chez lui. Après une fin de nuit agitée et brouillonne, dans le plaisir d’un moment suspendu vécu à deux, elle s’habille et rentre chez elle. Ils ne s’échangent même pas leurs numéros de téléphone ; c’est à peine si elle sait ce qu’il fait dans la vie. Elle ne risque pas de le revoir et en est triste, un peu. “C’est juste un one night stand”, la rassure sa meilleure amie, qui a le chic pour trouver les bons mots avant de poser la bonne question : “Tu as pris ton pied, au moins ?”

    On s’affranchit, on (se) découvre
    Naïma illustre bien cette liberté nouvelle, tout à fait dans l’air du temps. Une liberté de corps, d’esprit, et de dialogue, qui choque encore mais que l’on remarque de plus en plus. “Dans les villes, certaines femmes de 20-30 ans, ayant fait des études et côtoyé des garçons, commencent à revendiquer leur liberté d’agir, d’être aussi demandeuses que les hommes, de faire le premier pas, de choisir leurs partenaires, et de leur faire part de leurs désirs”, explique le sexologue Aboubakr Harakat. On pourrait penser que la nouvelle Moudawana apporte sa contribution au changement, puisque elle a accordé aux femmes plus de droits et leur a permis d’avoir voix au chapitre. Mais si le Code de la famille de 2003 a révolutionné les mœurs, ce n’est pas encore l’égalité entre les deux sexes, loin de là.
    Si certaines femmes ont appris à mieux s’assumer en tant qu’individus, à demander plus facilement le divorce, ou encore à se libérer du joug religieux et moral, c’est aussi grâce à la nouvelle réalité sociale et économique. Selon Fouzia Assouli, présidente de la Ligue démocratique des droits de la femme, “ce n’est pas tant la Moudawana qui a délivré les femmes, mais plutôt d’autres facteurs, comme le recul de l’âge du mariage, ou le fait qu’elles font de plus en plus d’études supérieures”.
    Aujourd’hui, l’âge moyen pour convoler au Maroc est de 30 ans. Femmes et hommes font des études plus longues, et le mariage coûte cher, très cher. “Avec mon salaire, je ne peux pas assumer un foyer, car qui dit mariage dit enfants. Et puis, coucher avec une seule femme, ce n’est pas vraiment mon truc”, atteste Ghali, 32 ans,Casablancais et cadre supérieur heureux de vivre sa vie sans entraves, tant matérielles que physiques. Si le mariage se désacralise petit à petit, l’attrait et le besoin de découvertes avant de franchir le grand pas se profilent, eux, de plus en plus. Et qui dit découverte, dit découverte de son propre corps, du plaisir, du frisson sacré.

    On surfe, on plane, on fait des rencontres
    Bien entendu, l’appel des sens est stimulé par le monde vu de l’extérieur. D’abord le cinéma et la musique, ensuite la télévision et les chaînes satellitaires, en passant par le téléphone… et Internet. Bien sûr. Des sites comme Facebook, Meetic, ou encore MSN, sont autant d’espaces publics d’échange à l’échelle mondiale, des laboratoires ouverts à toutes les expériences. Pourvu que l’on soit connecté(e). Plus besoin de mettre le nez dehors, dans une rue forcément hostile à toute union non légitimée par un acte de mariage. Le Web crée des salons de discussion, des forums, et surtout la possibilité de fixer des rendez-vous en toute discrétion. “Quand j’ai besoin d’affection, les nuits de grande solitude, je surfe sur des sites de rencontres. Je ne vais pas souvent jusqu’à la prise de rendez-vous mais si cela arrive, le tout se fait dans la plus grande discrétion, parfois le soir même”, raconte Majdouline, 40 ans, divorcée deux fois. Les hommes y trouvent aussi leur compte : “Sur Internet, souvent, il suffit de répondre à une petite annonce ou de s’inscrire sur un site de rencontres pour dénicher quelques rendez-vous intimes, notamment parmi les femmes les plus âgés” explique Karim, célibataire r’bati et toujours à la recherche d’un bon plan.
    Les quadras triomphants, cadres supérieurs, médecins, entrepreneurs, indépendants, souvent surbookés et célibataires, sont en général les plus à même d’assumer une sexualité libre et épanouie. Qu’ils comblent selon les possibilités du moment. “Avant, les rencontres se faisaient sur les terrasses, on se voyait de loin et on fantasmait. Après, on est passé au téléphone. Maintenant, Internet allie la voix et l’image et raccourcit les distances. Car la plupart utilisent la Toile comme un moyen d’obtenir un rendez-vous, le plus souvent à finalité sexuelle”, confirme Aboubakr Harakat.

    Dessous chic, idées chocs
    Mais le bon plan n’est pas toujours sur la Toile. Le sexe, physique ou simplement “mental”, se consomme et se “conçoit” partout. Comme dans ces espaces publics, où les hommes ont rarement accès : les salons d’esthétique, ou les arrières-boutiques de lingerie. Dans ces endroits, entre la cire qui dégouline sur les jambes, et la vendeuse de dessous dits “hot”, le sexe est à l’honneur. “La dernière fois que je suis allée acheter de la lingerie, la vendeuse m’a prise entre deux portes et m’a convaincue, à force de détails érotiques, que l’ensemble très coûteux que j’essayais était idéal pour faire tourner la tête d’un homme”, se remémore Soraya, 31 ans, célibataire casablancaise, convaincue sur le coup que cet attirail en dentelle finirait bien par lui servir un jour ou l’autre.
    Idem pour les séances d’épilation dont les formules se déclinent selon le programme de la soirée. “Le salon d’esthétique est un espace où les femmes se relâchent, se laissent aller, partagent leurs expériences, surtout dans des villes fermées”, explique Nisrine, propriétaire d’un salon à Meknès.
    En dehors du strict besoin de se faire belle et désirable, le sexe est forcément au cœur des discussions pour ces dames à moitié nues, l’esprit occupé par la nuit à venir, le rendez-vous promis. “Même les esthéticiennes te poussent à avoir ce genre de discussions, et t’incitent ainsi, très souvent, à prendre la formule complète. C’est ce qui m’arrive tout le temps”, témoigne Meriem, 29 ans, en couple, avec un sourire un peu gêné.

    On the radio
    Un nouvel espace d’expression s’offre aux Marocains en mal d’amour : la radio. Depuis 2006, les nouvelles radios privées ont permis au citoyen de s’exprimer sans pudeur, quel que soit le “thème” du jour. Une plateforme bienvenue, qui permet à chaque auditeur de demander conseil, de déballer sa vie en direct. Et de s’offrir une introspection en règle, conduite par l’humour et l’audace des animateurs. L’ancienne émission de Momo sur Hit Radio, Libre Antenne, a défrayé la chronique l’été dernier à cause de certaines discussions jugées trop osées. Et Aboubakr Harakat, tous les jeudis depuis le mois de septembre, propose son expertise sur les ondes de Radio Atlantic : “J'observe beaucoup de comportements à travers la radio, comme la prise de conscience de limiter les naissances, la volonté d’avoir une sexualité libérée, mais aussi l’avancée des femmes dans ce domaine et la réaction des hommes face à cela”, nous explique le sexologue.
    Parfois anonymes, et très souvent en toute franchise, les confessions des auditeurs prouvent que la radio a comblé les besoins d’une société, réceptacle des influences les plus contrastées, toujours à la recherche d’elle-même. Une société qui a, on le sait bien, besoin de se livrer, de se lâcher, de se rassurer. C’est en voie d’être fait, pour le plus grand bonheur des auditeurs… et malgré quelques petits dérapages relevés ici ou là.

    Chaud, chaud, le Net
    La tendance générale est à l’ouverture. En quête d’expériences nouvelles, parfois insolites, certains n’hésitent pas à aller loin, se livrant à une “activité” à des années-lumière de la sexualité traditionnelle. Saâd, 27 ans, surnommé l’Bouhali par ses amis, est un jeune cadre issu de la bourgeoisie r’batie. Ce célibataire a pendant longtemps rêvé d’expérimenter le triolisme. Son fantasme de sexe à trois a fini par se réaliser, par pur hasard. “Il y a quelques semaines, j’avais un premier rendez-vous avec une fille. Pendant la soirée, nous avons été abordés par une jeune femme. Nous avons tout de suite été séduits par elle et, vers minuit, elle nous a proposé tout naturellement de passer la nuit avec nous. Je n’en croyais pas mes oreilles”, raconte-t-il.
    D’autres vivent ce genre d’expériences plus régulièrement, chaque fois avec des partenaires différents. La majorité du temps trouvés sur Internet. “Je traîne souvent sur des forums où il est question de one night stands, de sado-masochisme ou encore d’échangisme. Cela me permet chaque week-end de rencontrer de nouvelles personnes, généralement déjà initiées à ce genre de pratiques”, explique sans gêne excessive Redouane, comptable casablancais.
    Sur Facebook, plusieurs groupes proposent aux internautes marocains de faire des rencontres plutôt spéciales, quels que soient leurs fantasmes ou leurs orientations sexuelles. Célibataires, mariés, homosexuels, hétérosexuels ou encore bisexuels se lâchent, et postent des annonces sans avoir peur d’être jugés. Il faut dire que la majorité de ces groupes sont “secrets”, et n’apparaissent pas sur les profils publics. Pour y accéder, il faut obligatoirement recevoir auparavant une invitation d’un des membres déjà inscrits. Dans l’un de ces groupes, un utilisateur écrit qu’il est à la recherche d’une “femme dominatrice, d’âge mûr pour jeux libertins”, un autre “d’un homme pour une première expérience homosexuelle”.


    Sexe “no limit”
    Certains, plus hermétiques aux nouvelles technologies, préfèrent s’adresser à des amis qui ont les mêmes penchants qu’eux. “Aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a pas mal de personnes dans la société qui sont branchées échangisme ou sado-masochisme. La preuve, il existe aujourd’hui un marché pour tenues en cuir, les chaînes et tous les dessous qui font le bonheur des amateurs de petits jeux de domination”, explique une adepte de ce genre de pratiques. A la seule nuance près que tous ces articles ne sont généralement pas forcément exposés au regard du public “normal”.
    Même marginal, le phénomène existe. C’est une réalité. Dans certains cercles d’amis, des soirées sont régulièrement organisées, et les couples mariés ne sont pas exclus de ce genre de festivités. Bien au contraire. Les organisateurs invitent plusieurs personnes de leur entourage qui pourraient être intéressées par vivre des expériences échangistes. Mariées ou pas. Incroyable, mais de plus en plus… marocain.
    Les ébats se déroulent à l’abri des regards. Et sans dérapage. Parfois, il y a erreur sur la personne, ou plutôt sur le couple. “Mes parents se sont retrouvés, sans s’en rendre compte, en plein milieu d’une soirée échangiste. Ils n’ont réalisé la chose que lorsque leur hôte a demandé la clé de leur voiture avant de procéder à un tirage au sort, pour définir quels couples allaient passer la nuit ensemble. Ils ont pris leurs jambes à leur cou !”, nous confie Safae, une jeune étudiante de Mohammedia.

    Nos blocages, nos peurs, nos interdits
    Il ne faut pas se leurrer pour autant. Le Maroc n’est pas encore un pays où chaque individu peut vivre sereinement sa sexualité. Premier problème auquel sont confrontées les personnes voulant vivre un petit moment d’intimité : l’endroit. Tradition et ressources économiques obligent, beaucoup de célibataires vivent encore sous le toit de leurs parents. Cela complique les choses… “J’ai un salaire très moyen, et je ne peux vraiment pas me permettre de louer un appartement, et encore moins me marier !”, explique Tarik, gérant d’un café populaire casablancais âgé de 27 ans. Un aspect plutôt handicapant pour l’épanouissement de sa vie sexuelle, puisque le domicile familial, où il habite un peu malgré lui, est considéré comme un lieu “sacré”. “Jamais je ne pourrais inviter ma copine à passer la nuit chez moi, avec mes parents dans la chambre à côté. Ils prendraient cela pour un profond manque de respect”, continue le jeune homme.
    Ceux qui peuvent se permettre d’inviter leurs partenaires sous le toit familial sont rares. Certaines familles acceptent cela de leurs fils, pas de leurs filles. “La difficulté à trouver un lieu bloque beaucoup de jeunes. Ils ont beau se chauffer à blanc ; pour transformer l’essai, c’est problématique. Cela donne naissance à une découverte de la sexualité plutôt bancale”, commente le sexologue Aboubakr Harakat.
    Les plus fortunés ont les moyens de louer un appartement pour une nuit, ou s’offrir une chambre d’hôtel dans un établissement pas très regardant sur le statut des couples non mariés. Reste l’interdit pénal, juridique. Il est toujours dans les esprits, empêchant l’épanouissement sexuel. La peur de se faire prendre est omniprésente. “Quand je vais passer la nuit chez mon petit ami, j’ai toujours peur qu’un flic ne sorte de derrière un poteau ou un buisson pour nous demander où nous allons, et quelle est la nature de notre relation. Cela nous est arrivé une fois, et il a fallu brandir un billet de 50 dirhams pour acheter la paix”, avoue Halima, étudiante à Rabat.

    Celles qui couchent, celles qui se protègent
    Ne pas négliger, non plus, un autre frein : le sentiment de culpabilité. “Les gens sont très croyants et beaucoup pensent vraiment que le sexe ne peut être pratiqué que dans un cadre licite. Ils ont peur des dnoub, de la punition divine”, analyse la psychiatre Ghita El Khayat.
    C’est bien connu, l’interdit attire. Mais l’interdit punit aussi. Beaucoup sont perdus entre les deux, évoluant en perpétuel décalage mental. Maria, 27 ans, chargée de ressources humaines dans un cabinet casablancais, en a fait l’expérience : “Je suis rentrée de France avec l’idée que coucher avec mon copain était une chose naturelle. Dans mon esprit, cela devait conduire à un plus grand échange, une plus grande intimité. Mais j’ai appris à le regretter par la suite… Les hommes, quand je passais par leur lit, me jetaient comme une vieille chaussette”.
    Maria a adopté la chasteté, depuis. “Pour me faire respecter”, précise-t-elle. Elle agit en contradiction avec ses valeurs et sa conception de la liberté individuelle. “Dans un sens, le Maroc est un village, tout se sait. Je ne veux pas être pointée du doigt…”. Ghita El Khayat résume la situation : “Quand il y a liberté sexuelle, ce sont les femmes qui paient les pots cassés, elles sont souvent traitées de faciles, légères, pas sérieuses, etc. Et c’est dommage”.
    Dans la catégorie des “femmes faciles”, une partie de la société inclut celles qui couchent rapidement, mais aussi les divorcées, ou celles qui ont perdu leur virginité en dehors du cadre conjugal. Excepté dans les grandes villes, où les hommes commencent à accepter que leurs femmes aient un passé… “La virginité est encore importante dans la mentalité des gens. On ne vit pas à Stockholm, les femmes ne peuvent se libérer qu’en arrêtant de mettre en avant leur virginité”, martèle Ghita El Khayat.
    Mettre en avant sa virginité signifie la protéger en s’aidant de moyens détournés pour satisfaire son partenaire. “La sexualité la plus fréquente chez les célibataires, c’est le sexe sans pénétration ou la sodomie”, donne en exemple la psychiatre. Plusieurs définitions sont utilisés pour qualifier tous ces décalages, dont deux retiennent particulièrement l’attention : hypocrisie et schizophrénie sociale. C’est que, en pleine période de découverte (de leur corps, de leur sexualité, de leur liberté), beaucoup hésitent entre tradition et modernité. Ce qui n’est pas forcément facile à gérer. Le mot de la fin à Abdessamad Dialmy, qui vient de publier La sociologie de la sexualité dans le monde arabe (Ed. Dar Attaliâ, 2009) : “Le Maroc est encore en période de transition sexuelle. Nous sommes en train de passer d’un ordre sexuel traditionnel à un ordre moderne, alors que la majorité des sociétés occidentales sont déjà dans une phase post-moderne”.

    Interview. Abdessamad Dialmy
    “Plus on réussit une déconnexion entre l’argent et le sexe, plus on libère la sexualité”

    Abdessamad Dialmy, un des rares chercheurs à se pencher régulièrement sur la sexualité de nos contemporains. Son dernier livre, La sociologie de la sexualité dans le monde arabe, revient notamment sur les mutations sexuelles de la société marocaine.


    Dans votre livre, vous expliquez que libéralisation des comportements sexuels au Maroc ne va pas de pair avec épanouissement sexuel. Pourquoi cela ?
    Les Marocains n’assument pas totalement leur sexualité, et vivent encore une grande misère sexuelle. La plupart ont une sexualité volée, mal pratiquée, dans des endroits parfois invraisemblables, comme à l’arrière de voitures ou dans des cages d’escalier. Sans oublier ceux qui pensent, à tort, qu’avoir recours à des prostituées est la meilleure solution à leur frustration sexuelle.

    En quoi la prostitution est-elle un frein à cet épanouissement sexuel ?
    Le corps ne doit jamais être traité comme une marchandise. La prostitution est une perversion de la sexualité, et surtout pas une solution à la misère sexuelle. Plus on réussit une déconnexion entre l’argent et le sexe, plus on libère la sexualité. L’orgasme ne doit être échangé que contre l’orgasme. Avoir une relation sexuelle pour des finalités non sexuelles trahit la définition de la liberté sexuelle.

    Comment faire alors pour libérer totalement la sexualité ?
    Il faut arriver à une égalité entre les hommes et les femmes, puis dépénaliser la sexualité non conjugale. Ce qui n’est pas évident puisque, au Maroc, le droit de l’individu n’est pas encore reconnu. Mais tout cela ne peut pas aboutir sans une croissance économique, pour que les citoyens deviennent autonomes matériellement. L’histoire a montré que plus une société vit dans la pauvreté, plus elle a une éthique sexuelle conservatrice. Mais dès qu’il y a développement économique, les valeurs et les références changent progressivement d’elles-mêmes.

    L’éducation sexuelle pourrait-elle aider les jeunes marocains à bien vivre cette phase de transition sexuelle, entre ordre traditionnel et ordre moderne ?
    Pour cela, il faut aller plus loin dans ce domaine. Il ne faut pas rester dans l’information biologique et anatomique expliquant le mode de fonctionnement des organes génitaux. Il faut faire la différence entre instruction et éducation sexuelle, et transmettre des valeurs.

    A quel genre de valeurs pensez-vous ?
    A la permissivité par exemple, qui est le fait d’accepter la sexualité comme un droit dont tout le monde peut jouir, d’une manière égale. On doit faire comprendre aux jeunes que l’acte sexuel est censé être un moment de plaisir et d’échange, et non pas de domination ou de défoulement. Il a été prouvé que plus on dispense tôt une éducation sexuelle aux adolescents, plus ils retardent le début de leur vie sexuelle. Et plus ils sont conscients des dangers des maladies sexuellement transmissibles.

    Dans votre dernier livre, vous déplorez le fait que les associations et les partis politiques ne militent pas pour la liberté sexuelle. Cela est-il de leur ressort ?
    Les gens ont le droit de vivre librement leur sexualité, ce n’est pas un luxe. Par ailleurs, les associations doivent soutenir ce combat, puisqu’il est souligné dans la Charte des droits humains. Il faut faire preuve de volontarisme, on ne peut pas attendre la démocratie et le développement économique pour gérer cela. Mais je suis déçu de voir que les associations considèrent la liberté sexuelle comme une question secondaire. La seule fois où il en a été question, c’est lors des événements de Ksar El Kébir en novembre 2007 par exemple.

    Certains estiment qu’il est trop tôt pour parler de droit à l’homosexualité, tant que le droit à une hétérosexualité non conjugale n’est pas encore acquis. Qu’en pensez-vous ?
    La situation au Maroc est certes compliquée à ce niveau-là. Nous sommes encore en période de transition, ce qui veut dire que nous ne sommes même pas encore arrivés à une phase moderne. Et nous sommes déjà confrontés à une problématique post-moderne, à savoir la reconnaissance du droit homosexuel ! Cela dit, je considère personnellement que la question homosexuelle ne doit pas être distinguée des autres. Puisque les homosexuels et les hétérosexuels sont égaux, tout comme les hommes et les femmes, ou encore les couples mariés ou non. Je les défends tous au nom du principe d’égalité.


    Classement. Le sexe, le Maroc, les Arabes
    Classer les pays arabes selon la liberté sexuelle dont jouissent leurs habitants n’est pas chose facile. Les chiffres sur la question sont inexistants, et aucun sociologue n’a jusque-là réussi à faire un sondage sur la question. “Parce que le sexe non conjugal est partout, mais couvert, voilé. La preuve : la prostitution est omniprésente, même en Arabie Saoudite, où la législation est fortement inspirée par la Charia. En dessous de la chape de plomb de certains pays, il se passe sûrement la même chose qu’au Maroc”, résume la psychiatre Ghita El Khayat. Le sociologue Abdessamad Dialmy, auteur de plusieurs articles sur la question, va plus loin. “Je pense qu’une catégorisation des pays par rapport aux pratiques sexuelles des jeunes est possible”, affirme-t-il. D’après lui, les pays du monde arabe se divisent en trois catégories. D’abord les pays dits ouverts : Maroc, Tunisie, Liban, Egypte. Ensuite les pays dits intermédiaires : Algérie, Syrie, Irak. Enfin les fermés rassemblant, sans grande surprise, le Yémen, l’Arabie Saoudite et le reste des pays du Golfe.


    Effet miroir. Sexe, musique et cinéma pour vous servir
    “Avant, le sexe était chanté en petit groupe, devant un public restreint, généralement dans le cadre de soirées privées. Aujourd’hui, les artistes qui choisissent de parler de sexe s’adressent à des milliers de personnes”, explique le psychologue sexologue Aboubakr Harakat. Des groupes de la nouvelle scène n’hésitent pas à parler clairement de drague dans les espaces publics (H-Kayne dans M’tenga ou Titiz), ou carrément de sexe (Fez City Clan dans Nari 3la Had…). Même chose dans le 7ème art national. “Le cinéma marocain ose clairement beaucoup plus que le cinéma égyptien par exemple. Chez nous, cela ne choque plus vraiment les gens de voir un couple s’embrasser”, continue Harakat. En 2009, les réalisateurs marocains sont allés encore plus loin. Noureddine Lakhmari n’a pas hésité à montrer un Driss Roukhe se masturbant dans Casanegra, Aziz Salmy a traité de la sexualité des jeunes voilées dans Amours Voilées, et Mahmoud Frites a parlé crûment de sexe et de virginité dans Ex-Shamkar.

    http://www.telquel-online.com/3722/couverture_372.shtml
     
  2. HANDALA

    HANDALA Bannis

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    hada ghir tkharbik
    cette vie dont ils parlent ne represente que 5% des marocains
     
  3. karawan

    karawan Visiteur

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    Je pense qu'on parle de 95 des marocains et non 5 % , oui inculuant les islamistes
     
  4. HANDALA

    HANDALA Bannis

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    j'ai rien pigé !!!!!!!!!!!!!!
     
  5. BOLK

    BOLK Accro Membre du personnel

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    sujet sans source et mal placé
     
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