Enquête. À quoi joue El Himma ? Et qui est-il vraiment ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 30 Octobre 2007.

  1. Le_Dictateur

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    Vendredi 12 octobre 2007, Rabat est au garde-à-vous. En milieu d'après-midi, Mohammed VI préside la séance d'ouverture de la session législative d'automne. Au siège du Parlement, au centre-ville, les quelques jellabas blanches (qui attendent depuis plusieurs heures) piaffent d'impatience. Beaucoup découvrent l'hémicycle pour la première fois. Mais dans la foule, une jellaba attire particulièrement l'attention : celle de Fouad Ali El Himma. Décontracté et souriant, “limite euphorique” comme nous l'a rapporté ce témoin de la scène, l'homme ne marche pas mais flotte dans les couloirs astiqués de la vieille bâtisse du centre-ville r'bati.

    Ce jour-là, le parlementaire des Rhamna a certainement bu chaque syllabe prononcée par Mohammed VI lors de son discours d'ouverture. “Fouad Ali El Himma fait partie des hommes et femmes qui ont affiné, développé et contribué à l'élaboration de l'agenda de règne de Mohammed VI, il n'est pas étrange que les discours des deux hommes se ressemblent ou qu'ils utilisent les mêmes formules et expressions”, explique un vieux parlementaire de l'Istiqlal.

    Quand Mohammed VI termine son discours, les dignitaires du régime s'éclipsent l'un après l'autre. Quelques heures avant la rupture du jeûne, la route des Zaërs, celle qui mène tout droit vers la résidence royale, voit défiler des berlines de toutes les couleurs. Hamidou Laânigri, Rochdi Chraïbi, Khelli Henna Ould Errachid… et enfin Mohammed VI. Comme à son habitude, le roi conduit lui-même une voiture de sport noire. Il traverse doucement l'avenue John Keneddy, en roulant à une allure de sénateur, “escorté” de particuliers qui n'en reviennent pas de rouler si près du souverain chérifien. Mais en quittant l'hémicycle, le roi n'a pas oublié d'embarquer son parlementaire préféré. Installé sur le siège passager, Fouad Ali El Himma passe plusieurs minutes … accroché à son téléphone. Depuis quand se permet-on de parler au téléphone lorsqu'on est en présence du roi du Maroc ? “Lorsqu'on est ami du roi et qu'on mange à la maison un jour sur deux”, répond spontanément, avec un joli sourire en coin, cet intime d'El Himma.

    Allo, le roi ?

    Fouad Ali El Himma est un homme pressé. “Il est très occupé… à voir le roi et à lui parler”, plaisante à peine l'un de ses habituels relais. Le député de Rhamna continue d'être, selon l'expression de cet observateur, “la première ombre du roi”, celui qui le rencontre ou l'appelle au téléphone à une cadence quasi quotidienne. C'était déjà le cas avant la démission-surprise du 7 août 2007, et cela n'a pas changé. “Pourquoi vous en étonner ? Ils (le roi et El Himma) sont amis et rien ne les empêchera de garder le contact”, poursuit notre source. Personne ne connaît, bien entendu, la teneur des échanges entretenus entre les deux “amis”. Disert mais avare en confidences, El Himma n'hésite pourtant pas à rappeler la fréquence de ces échanges devant tous ses interlocuteurs. Une façon de leur rappeler, sans forcément le dire : “Ma proximité avec le roi est restée intacte, je suis toujours le porteur de sa parole, sa pensée, ne l'oubliez pas”.

    Cela résume bien la situation actuelle de Fouad Ali El Himma. L'ancien ministre délégué à l'Intérieur a changé de casquette mais pas d'habitudes. Il a gardé ses réseaux, ses manières (de signifier les choses sans toujours les dire), ses réflexes, ses tics. Simplement, il n'est plus au même étage ou, pour reprendre encore la formule de l'une de nos sources, “il agit à la manière d'un sous-marin, inexistant en surface mais à la présence diffuse, informelle, que l'on peut soupçonner partout”. Si Fouad, comme l'appellent religieusement ses fidèles, reçoit toujours. A sa villa (“Je vous jure que je ne fais que la louer, et je suis prêt à vous révéler le montant du loyer”, assure-t-il, avec un savant dosage de sincérité et de cynisme, au premier cercle de ses amis) de Bir Kacem, à Rabat. Il n'hésite pas à se déplacer, quand son agenda le lui permet, et que le standing de son hôte l'y prédispose. Il filtre ses appels (“Quand il ne répond pas et ne rappelle pas, c'est sa manière à lui de vous dire non”), mais reste à l'affût de la sonnerie de son téléphone portable, prêt à bondir pour répondre à la sollicitation d'un proche ou d’un “ami”. Et il bouge, beaucoup, dans tous les sens.

    Depuis son élection à une écrasante majorité, l'heureux député ne compte plus les kilomètres parcourus, la poussière avalée, à sillonner inlassablement son bled natal des Rhmana. “Il avait donné des promesses (rénovation et construction d'écoles, d'hôpitaux, etc.), alors il revient pour les tenir”. El Himma maintient la flamme. Il renforce ses liens avec le réseau associatif local, promet des dons de mécènes (“Je reviendrai avec de l'argent offert par un mécène qui tient à son anonymat”, aurait-il ainsi plusieurs fois répété), et donne l'impression d'être encore en campagne électorale.


    Une démarche de séduction un peu folle, exubérante, à peine interrompue, bien entendu, par les contacts de Si Fouad avec son “ami” le roi. Le temps d'un échange verbal en voiture, à travers les quartiers chics de Casablanca ou Rabat, le plus souvent sans témoin, El Himma est ailleurs, déconnecté, hors réseau, coupé de son monde. Exemple de cette anecdote, rapportée par nos confrères d'Al Massae : dans les premiers jours du ramadan, et alors qu'il s'apprête à assister à un f'tour au siège du ministère de l'Intérieur, organisé en guise de pot d'adieu à l'ancien ministre délégué, El Himma brille inexplicablement par son absence, laissant les convives, dont le ministre Chakib Benmoussa, sans nouvelles, complètement désemparés. Lassé d'attendre son invité, Benmoussa prend son courage à deux mains, passe une série de coups de fil, avant d'expliquer, soulagé, aux employés de la maison que “Si Fouad est en f'tour privé avec Sidna et il n'y a pas lieu de l'attendre, on peut entamer, nous, notre f'tour”.

    L'étonnante, l'extraordinaire proximité entre le roi et son numéro 2 a été encore une fois vérifiée, spectaculairement, dans la soirée du 10 septembre, au lendemain de sa victoire électorale. “El Himma était venu directement aux studios de 2M à Aïn Sebaâ pour enregistrer une interview. Dès le générique de la fin, il est parti précipitamment pour reprendre la route, cette fois en direction de Khouribga, où le roi était en visite”, révèle l’un de ses proches. Pour ceux qui en douteraient encore, El Himma est toujours l'interlocuteur favori du roi, et il tient à le faire savoir.

    “Svp, laissez-moi parler !”

    La bougeotte de l'ancien ministre délégué fait dire à ses interlocuteurs, unanimes : El Himma est porteur d'un projet royal. “Il n'hésite pas à le rappeler, parfois directement, le plus souvent au détour d'une banale conversation, en évoquant une entrevue en tête-à-tête avec le roi ou, plus généralement, en mettant en avant les priorités du royaume, de la monarchie”. Ce projet, ces priorités, il les relaie de proche en proche et, fait nouveau, en public. Dès la proclamation des résultats des élections, le député a brûlé la politesse à tous les chefs de parti pour obtenir, le premier, un entretien télévisé sur 2M. Il inaugurait ainsi un cycle d'interviews sur les deux chaînes nationales, qui verront passer, bien après lui, les ténors du PJD, de l'USFP ou de l'Istiqlal. Comme pour sa toute première sortie médiatique, dans un long entretien accordé au quotidien Al Ahdat Al Maghribiya au cours de l'été 2005, c'est El Himma qui prend l'initiative et contrôle tout. Avant de passer devant les caméras, le député prépare en comité restreint les grandes lignes à débattre, les réponses à apporter, et demande expressément au journaliste-interviewer de l'interroger sur l'attitude (plutôt frondeuse) des islamistes du PJD au lendemain des élections. D'abord prévu chez lui à Rabat, en léger différé, le tournage se fait sur les plateaux de la chaîne “et en direct”, nous assure cette source à 2M. El Himma, sûr de lui, évoque sa proximité avec le roi, revient largement sur le développement social et économique du royaume, habituel refrain officiel, et critique ouvertement le PJD. Son passage à la télévision, largement vécu comme un dépucelage, lui a permis de s'adresser aux élites, aux ménagères, à Monsieur tout le monde. Et de gagner, comme on a pu le constater ici ou là, l'image “d'un fils du peuple aux accents à la fois sévères et sincères”, voire “d'un zaïm (politique) potentiel”, dans tous les cas loin, très loin, de l'image plutôt pantouflarde habituellement collée aux officiels. Une réussite.
     
  2. Le_Dictateur

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    “Alors, comment tu m'as trouvé ?”, demande inlassablement l'ancien ministre délégué à toutes ses relations, dès le lendemain de l'émission. L'un de ses proches résume l'impression générale récoltée auprès de ses “amis” : “On a dit à Fouad qu'il était bon et paraissait sûr de lui, mais que son attaque frontale du PJD et des islamistes en général avait étonné. Sa réponse a été : c'était voulu, c'était voulu !”.

    El Himma venait de dévoiler, là, l'une des grandes lignes du “projet” dont il se veut le vecteur : faire front aux islamistes. Sur un plan plus intime, personnel, il a étalé au grand jour ce que ses nombreuses connaissances ont toujours vu en lui : un homme psychologiquement soucieux d'épater son interlocuteur et, selon la formule consacrée, “de lui en mettre plein la vue”. C'est cette même assurance, ce même objectif séduction, qui lui ont fait dire, lors d’une table ronde organisée par Al Massae, et alors que son temps de parole avait largement expiré : “Mais laissez-moi parler, âafak âafak, cela fait 20 ans (ndlr allusion aux 21 années passées dans les couloirs du ministère de l'Intérieur, entre 1986 et 2007) que je me tais !”, en portant sa main à la bouche, comme font les enfants pour supplier un adulte ! Le modérateur n'en revenait pas, le parterre des invités non plus, partis dans des éclats de rires. Lui était ravi, avait un sourire jusqu'aux oreilles… Et il a obtenu, en finesse, une rallonge de 20 minutes sur son temps de parole ! Efficace en plus.

    Affable, charmeur, El Himma a le verbe haut et l'œil en permanence vissé sur son interlocuteur. Il contrôle. “C'est lui qui décide quand, à qui, et de quoi il veut parler”, explique un proche. Confirmation, donc, à la table ronde d'Al Massae où El Himma, surpris de voir débarquer les caméras d'Al Jazeera, tranche fermement devant les organisateurs : “Non, non, je ne veux pas de ça, je suis ici dans un débat entre Marocains. C'est moi qui décide quand je veux passer sur Al Jazeera ou ailleurs”. El Himma s'ouvre à tous, en public, pour dévoiler ce qu'il veut bien dévoiler de son “projet”, ou celui du roi, pour le Maroc.

    Des relais dans la gauche

    Depuis sa démission-surprise du 7 août, Si Fouad a entrepris une campagne de charme à l'échelle nationale. A ceux qu'il croise pour la première fois, il n'hésite pas à prendre les devants pour demander : “Vous voulez mon numéro de téléphone ? Je vous le donne. Vous comptez venir me voir ? Ne vous dérangez pas, c'est moi qui viendrai vous voir”. Vraiment ? En fait, comme nous l'explique ce familier du personnage, “El Himma est tel qu'en lui-même, mais à la puissance dix ! Ses traits sont forcés, exagérés, mais ils existaient tous à la base”. Exact. El Himma a toujours fait sien l'un des grands classiques du Makhzen, au moins depuis Hassan II. Quand il a besoin de quelqu'un, il l'assiège d'une cour assidue, l'appelle au téléphone plusieurs fois par jour, multiplie les familiarités, les plaisanteries, etc. Et quand il se détourne de la personne ? “Il ne répond plus au téléphone, ne rappelle jamais, disparaît pendant plusieurs mois, voire plusieurs années… avant de réapparaître, comme si de rien n'était, le jour où le vent tourne de nouveau en faveur de ladite personne, pour demander : alors, pourquoi tu ne m'appelles plus, ach dert lik, tu es fâché contre moi ?”, explique cette source qui a appris à composer avec les “méthodes” du personnage.

    El Himma récite toujours ses classiques, éprouvés par son long séjour à Dar El Makhzen. “C'est sa nature, c'est lui, mais ce n'est pas cela qui pousse les gens vers lui”, objecte l'un de ses adeptes (de plus en plus nombreux). Si le compagnon de classe de Mohammed VI séduit et recrute autant, c'est que, en plus de mettre en avant sa proximité royale, il s'efforce de se construire l'image d'un producteur d'idées à part entière, au même titre qu'un leader politique.

    “On savait qu'il pouvait régler un problème par un simple coup de fil sans préalable, qu'il était un homme d'action. Aujourd'hui il se déploie à ajouter une corde à son arc : celle d'un homme de réflexion”, explique cet acteur associatif.

    El Himma, idéologue du régime ? “Pourquoi pas, Basri a bien mis en musique les orientations générales de Hassan II. El Himma, avec d'autres arguments, a largement contribué à la gestion des affaires du pays. Qu'est-ce qui l'empêcherait de revendiquer aujourd'hui la légitimité de produire et de faire circuler des idées ?”, s'interroge cet analyste.

    Le député des Rhamna a battu le rappel de tous ses contacts pour débattre de ses “idées”, et éventuellement relayer. Il a entamé de larges cercles de réflexions, au sein du tissu politique ou associatif, avec une étonnante prédilection pour les anciens opposants et, plus généralement, des figures de gauche. “Il a gardé un bon souvenir de l'expérience, au départ très complexe, de l'Instance équité et réconciliation, avec des opposants hier encore républicains”, rappelle ce militant associatif. “El Himma y a gagné des amis, des relais, il est normal qu'il les associe aujourd'hui à sa réflexion”. Ce qui est sûr, c'est que l'ancien ministre délégué, qui a le sens de l'accroche, répète à des interlocuteurs bien ciblés que “sa rencontre avec les gens du Forum vérité et justice, et plus tard ceux de l'IER, a changé le cours de sa vie”. Une formule roublarde, qui fait dire à de nombreux acteurs de la gauche marocaine que “lui, au moins, il lui arrive d'afficher un air de progressisme dans ses idées, son discours”.

    Le rassemblement des SEP

    Depuis l'ouverture du Parlement, le 10 octobre, le député des Rhamna se livre à un rodéo qui promet de faire mordre la poussière à bien des chefs de parti, affolés, perturbés, par un élu qui attire tous les regards. “Il a fait répandre l'idée qu'il voulait se constituer en groupe parlementaire (ndlr : la condition, pour se constituer en groupe, est de rassembler un minimum de 20 élus), alors il a commencé à contacter les petites formations représentées dans l'hémicycle”, confie ce député. El Himma, fidèle à son habitude, cible ses approches. Il contacte en priorité des formations étiquetées de droite (ADL, FC, UMD, etc), avant de jeter son dévolu sur l'alliance PND - Al Ahd, forte au départ de 14 parlementaires. Abdellah Kadiri, le secrétaire général du PND, recalé aux législatives du 7 septembre mais tout heureux d'accueillir El Himma dans son alliance avec Al Ahd, confirme à tout venant. “Oui, oui, Si Fouad nous a rejoints avec d'autres SAP (candidats sans appartenance politique), nous formons désormais un groupe parlementaire, c'est officiel”, explique-t-il à tous ses interlocuteurs, au soir du 24 octobre. Au-delà de l'effet de surprise, le PND et Al Ahd n'étant pas les partis les plus “sexy” de l'hémicycle, l'annonce, relayée par toute la presse, prête à confusion. Et si El Himma avait tout bonnement rejoint le PND, et pas seulement l'alliance, comme certains ont pu l'écrire ?

    “Faux, archi-faux”, répètent à l'unisson les fidèles de “Si Fouad”, que l'on dit alors “furieux des sorties médiatiques très maladroites de Abdellah Kadiri”. Le 15 octobre, un article paru sur la Une du Matin remet violemment les pendules à l'heure. “Abdellah Kadiri risque de payer cher ses sorties”, titre notre confrère pour nous expliquer, dans la suite, que l'erreur si fatale de Kadiri a été de “laisser entendre que Fouad Ali El Himma a rallié les rangs du PND”. C'est tout ? Oui, bizarrement.

    Non, El Himma, pour reprendre une expression lâchée par cet élu, “ne peut appartenir à aucun parti, il est au-dessus”. Kadiri cloué au pilori, El Himma s'est appliqué, tout au long de la semaine, à chasser le doute. Le groupe qu'il s'est constitué (“Nous sommes 29 élus”, nous a déclaré, jeudi, la porte-parole du groupe, Fatiha Layadi) est un rassemblement constitué autour de sa personne. “Il est constitué d'individus sans étiquette politique (les SEP), même si certains ont été élus sous la bannière d'un parti existant”, nous explique ce membre du groupe. Le rassemblement des SEP, qui n'est pas sans rappeler celui des SAP (qui a débouché sur la constitution du RNI autour d’Ahmed Osman, alors Premier ministre de Hassan II, en 1978), porte déjà un nom : Attadamoun Wal Mouwatana (Solidarité et citoyenneté), en droite continuité de la campagne électorale de l'enfant des Rhamna. La confirmation, encore une, que le député est toujours en campagne…

    La ruée vers le “parti” de Si Fouad

    La question coule de source : et si les SEP d'El Himma se muaient demain en parti politique ? En dehors d'El Himma himself (et du roi ?), personne ne peut apporter de réponse exacte. Qu'à cela ne tienne. Une bonne partie des pensionnaires de l'hémicycle a entamé une folle cavalcade pour rejoindre les rangs de ce parti qui ne dit pas son nom : le groupe de la solidarité et de la citoyenneté ! “C'est surtout le cas des députés du MP et de l'UC (ndlr : 68 élus au total), les partis restés à l'écart du gouvernement”, commente ce parlementaire.

    Jusqu'en milieu de semaine, les SEP d'El Himma étaient officiellement au nombre de 29. Ce qui place déjà le “parti” en sixième position, juste derrière l'USFP ! Le score pourrait atteindre des niveaux plus surréalistes si, demain, la porte est ouverte à tous les élus, de droite comme de gauche. Il n'est d'ailleurs pas exclu que ce groupe, que la rumeur parlementaire indexait mercredi à 45, dépasse rapidement le score du premier parti au Maroc : l'Istiqlal avec 52 heureux élus du 7 septembre, dont le Premier ministre Abbas El Fassi. De quoi donner des idées à tout le monde…

    Car oui, demain, le groupe bien né des SEP, qui ne s'est toujours pas clairement prononcé pour le soutien ou l'opposition (au gouvernement fraîchement nommé “pour” Abbas), est en droit de se muer en parti politique. Et, pourquoi pas, en alternative sérieuse, dès 2012, date des prochaines législatives (voire avant si le roi le juge utile), à la dream team de Abbas El Fassi.

    Entourloupe ? Hold up ? Non, même pas. Juste une acrobatie intellectuelle, politique, dont le système marocain, au moins depuis Hassan II, est potentiellement capable.
     
  3. Le_Dictateur

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    1976. Un miraculé au Collège royal

    C’est en 1976, à l'âge de 14 ans (il est né à Marrakech en 1962) qu'El Himma a intégré le Collège royal. Une chance inespérée pour ce pur produit de la classe moyenne (père instituteur, famille nombreuse) que rien ne destinait, a priori, à une proximité aussi précoce avec le futur roi du Maroc, d'un an son cadet. En 1976, donc, Fouad Ali El Himma est un élève studieux dans un collège de Kelaât Sraghna, après des études primaires à Ben Guerir, haut lieu des Rhmana. Brillant mais quelque peu rebelle, le jeune adolescent au caractère bien trempé a, à son actif, plusieurs petits mouvements de protestation collective. De la graine de gauchiste, même s'il n'y avait sans doute pas de quoi le conduire aux geôles hassaniennes, qui regorgeaient à l'époque de jeunes étudiants indisciplinés. Pourtant, lorsqu'on est venu convoquer le père de Fouad chez le gouverneur de Marrakech en 1976, la petite famille El Himma est convaincue d'être à la porte d'une catastrophe. Se préparant au pire, le père refile à son enfant de gros tricots de laine et le sermonne durant tout le trajet. Arrivé à Marrakech, El Himma père apprend qu'il est en réalité convoqué… par le ministre de l'Education nationale. Ira-t-on jusqu'à les expulser, son fils et lui, de l'école pour insubordination du gamin ? La question taraude l'esprit de Fouad et son père, qui ont pris cette fois la direction de Rabat, pour répondre à la convocation du ministre. Il leur faudra patienter deux longues journées avant d'être enfin reçus. “On ne les a pas laissé entrer car personne, parmi les employés du département, n'a cru qu'ils avaient réellement rendez-vous avec le ministre”, raconte un ami de la famille. Et c'est dans le bureau du ministre que Fouad apprendra la nouvelle qui allait transformer sa vie : Hassan II avait discrètement mis en place une commission pour ratisser toutes les académies du royaume et choisir, selon des critères dictés par le souverain lui-même, les meilleurs élèves qui allaient rejoindre le Collège, pour y accompagner la formation du prince héritier. Fouad Ali El Himma en faisait partie !

    1986. Dans les couloirs de l'Intérieur

    En 1986, El Himma a soutenu une licence en droit et droit comparé à la Faculté de droit de Rabat. Après un mémoire de fin d'études sur les finances des collectivités locales, il est logiquement choisi pour effectuer son stage au ministère de l'Intérieur, alors sous la coupe du tout-puissant Driss Basri. Yassine Mansouri est affecté au même stage, alors que deux parmi les produits les plus en vue du Collège royal, Hassan Aourid et Noureddine Bensouda, atterrissent respectivement aux Affaires étrangères et aux Finances. Hassan II, de toute évidence, préparait la jeune pousse qui allait former plus tard la garde rapprochée du futur Mohammed VI… A l'Intérieur, El Himma, qui prépare un certificat en sciences politiques puis en sciences administratives, est un stagiaire studieux, assez éloigné du modèle du fonction-naire de l'Intérieur de cette époque. Mansouri et lui, restés proches du prince héritier et d'un Aourid étiqueté intellectuel de la bande, gardent de solides attaches avec leurs régions d'origine, entretenant et développant leurs contacts avec les élites locales. A l'orée des années 90, les copains de Son Altesse Royale côtoient d'anciens détenus politiques, des hommes de gauche, des intellectuels, étoffant au passage leurs réseaux relationnels. El Himma aide même quelques militants en difficulté financière. “On sentait qu'il n'oubliait pas ses origines modestes, témoignant une certaine affection pour les personnes en situation difficile”, raconte un militant associatif qu'il l'a fréquenté à cette époque. En fait, l'enfant de Ben Guerir a compris, vite, les premiers signes de détente de Hassan II, rapidement concrétisés par l'amnistie quasi générale décrétée au début de ces années 90. El Himma, qui a pleinement profité de cette brèche ouverte par le monarque, construit déjà l'image qui l'accompagne aujourd'hui encore : celle de “serviteur du Makhzen mais passablement sympathique”.

    1998. Au cabinet de Sa Majesté

    En 1992, et sur recommandation spéciale du prince héritier, El Himma se présente aux élections communales à Ben Guerir. Basri, qui ne le porte pas spécialement dans son cœur, choisit (devant l'insistance du prince héritier ?) de laisser faire. Et le jeune El Himma de passer l'examen et de se retrouver, à 26 ans à peine, président du Conseil communal de Ben Guerir, la ville qui l'a vu grandir. Douce revanche pour le fils du peuple. Dès 1992, El Himma n'est plus, de facto, stagiaire à l'Intérieur. Même sur son CV officiel, son “stage” a été longtemps étalé sur dix années (1986 - 1996). Le “stagiaire” s'émancipe et s'affranchit progressivement de la tutelle de Basri, avec lequel les relations sont parfois difficiles. Opportuniste, il saisit une belle aubaine (le décès du député des Rhamna) pour se présenter aux élections partielles de 1995 et gagner un siège inespéré au Parlement. Pour l'anecdote, son directeur de campagne de l'époque n'est autre que la tête de liste PJD qui s'est présentée contre lui en 2007… Toujours pensionnaire de l'Intérieur, le désormais député boude l'hémicycle mais garnit son portefeuille relationnel. Et il se démarque, empruntant un parcours complètement différent de celui d’un Yassine Mansouri, resté dans l'ombre de Basri. “El Himma a la passion de la politique, Mansouri a la prudence de l'homme d'Etat”, résume ainsi un ancien cadre à l'Intérieur. Cette démarcation vaut à El Himma, dès la fin de son mandat parlementaire (qui se résume à deux années d'absence prolongée !), d'être nommé directeur de cabinet du prince héritier en 1998. Hassan II en a décidé ainsi. Question : pourquoi El Himma, pourquoi pas un Aourid, Mansouri ou Chraibi ? “Il y a sans doute la préférence du prince héritier, validée par le roi. Peut-être que le choix s'est porté sur El Himma parce qu'il a été très proche du prince. C'est par exemple le seul, avec Mansouri, à être resté en permanence à ses côtés. Et puis c'est un fonceur, quelqu'un qui peut trancher. Il prend des risques contrairement à un Mansouri qui calcule le moindre de ses faits et gestes”, analyse avec le recul notre source à l'Intérieur.

    2000. Un élan de gauche

    Quand Mohammed VI accède au trône, Fouad Ali El Himma est donc son chef de cabinet. Il ne tarde pas à être nommé secrétaire d'Etat, et bientôt ministre délégué à l'Intérieur. Le ministère qu'il n'a, en fait, jamais quitté. Il officie, dans un premier temps aux côtés d'Ahmed Midaoui et intervient, avec discrétion, dans des dossiers sensibles. Du menu fretin en somme, jusqu'à l'année 2000 où El Himma reçoit, au siège du ministère de l'Intérieur, une délégation du tout nouveau Forum vérité et justice (FVJ), une association montée pour faire la lumière sur les exactions de l'ère Hassan II. El Himma n'est pas le seul “négociateur” mais c'est lui, incontestablement, qui mène la danse. “Il donnait des assurances, des garanties, et semblait porter la pensée du roi”, raconte ce membre du FVJ. El Himma, qui a toujours eu, pour reprendre notre source, “un certain élan de gauche”, monte une série de deals successifs avec l'équipe de Driss Benzekri. De ces deals naîtront successivement le célèbre pèlerinage de Tazmamart et, surtout, l'IER (Instance équité et réconciliation). El Himma a mené, et gagné, une grande bataille menée au nom du roi : celle de résoudre à moindres frais l'équation des années de plomb. Cette opération, qui a servi de révélateur, a permis à “l'ami du roi” de tisser de solides amitiés parmi les rangs des anciens opposants irréductibles de Hassan II. “Avec lui, on a compris qu'il était possible d'avancer, et qu'il disposait d'une certaine marge de manoeuvre”, souligne ce militant des droits de l'homme. Exemple : quand les membres de l'IER veulent déterrer les corps des victimes des émeutes de Casablanca en 1981 dans la caserne de la protection civile à Hay Mohammadi, c'est Si Fouad qui donne le feu vert alors que Mohammed VI était … au Japon. “Et lorsque les négociations le dépassaient, il disait : on va voir avec Sa Majesté”, nous explique cette source à l'IER. Et d’ajouter, l'air aussi ému que surpris : “El Himma a déjà dit à l'un des nôtres que sa rencontre avec les fondateurs du FVJ a changé le cours (politique) de sa vie”. Les élans de gauche, plus ou moins sincères, ont largement bonifié l'image de l'enfant des Rhamna.

    Depuis 2003. Après le Roi, c'est Moi !

    “Seuls Fouad Ali El Himma et Mohammed VI ont cru Hamidou Laânigri, alors patron de la DST, lorsqu'il s'alarmait de la situation catastrophique des banlieues et du pays profond, bien avant les événements du 16 mai 2003”, nous confie cette source à l'Intérieur. L'année 2003 est celle où El Himma, de l'aveu même de cet ancien responsable sécuritaire, “devient le coordonateur entre les différents services (de sécurité) du pays”. L'irruption du terrorisme, menace directe pour le trône, lui permet en outre d'affûter davantage son profil de “politique”. Les négociations les plus délicates, dont les célèbres rappels à l'ordre faits au PJD au lendemain du 16 mai, portent son empreinte personnelle. “L'Etat devait jouer son rôle de régulateur du champ politique, et il l'a fait”, a-t-il ainsi clamé lors de la table ronde d'Al Massae, pour justifier cette attitude. Une manière aussi de signifier, sans le dire : “Et l'Etat, en l'occurrence, c'était (largement) moi !”. Le ministre délégué joue au tribun, fait appel à ses lectures, décline avec un mélange d'habileté et de fermeté la “ligne” officielle. “Depuis 2003, on a clairement senti chez lui cette volonté d'être pris au sérieux, de casser le cliché selon lequel les hommes du sérail sont des grands enfants”, raconte cet interlocuteur qui a pratiqué El Himma avant et après 2003. Le n° 2 recrute des “amis”, des adeptes. Il flirte pêle-mêle avec les milieux politiques, associatifs, médiatiques. En un mot, il fait son Basri mais à une nuance près, et elle est de taille : Basri n'a jamais été “l'ami de Hassan II”. L'amitié entre El Himma et Mohammed VI conduira le souverain à rendre un vibrant hommage à son ministre délégué, quand celui-ci perd son père, courant 2007. Cette même amitié explique, en partie, qu'El Himma n'ait informé personne parmi ses proches de sa démission, avant son officialisation le 7 août 2007.

    Plus loin. Notre ami Fouad

    El Himma n'a rien perdu de ce qui faisait réellement de lui le numéro 2 du régime : un solide rapport amitié-proximité avec le roi. Redéployé en homme politique, surprenant élu des Rhamna, il est en passe de reconfigurer les contours du Parlement et peut-être bien, au-delà, de tout le champ politique. El Himma a atteint avec une rapidité déconcertante deux de ses premiers objectifs : constituer un groupe parlementaire et “sauter” sur la présidence de la commission des Affaires étrangères à l'hémicycle. Le groupe, qui talonne déjà celui de l'USFP, peut lui servir de noyau dur pour un parti politique plus fort que toute la droite réunie. La commission des Affaires étrangères lui assure une connexion et un suivi permanents du dossier Sahara. Et il a pu réaliser tout cela en moins d'une semaine passée au Parlement ! Plus généralement, El Himma met déjà à mal plusieurs formations politiques, du MP à l'UC, en passant par tous les hizbicules de droite, dont les élus sont de plus en plus nombreux à lorgner le “groupe de Si Fouad”, qui rappelle quelque peu le “groupe de Si Osman”, monté pour préparer la naissance du RNI en 1978. Vidées de leurs élites, l'avenir de ces formations, et de leurs zaïms respectifs, s'inscrit désormais en pointillés... Et les mêmes secousses peuvent parfaitement gagner, dans un effet boule de neige, des formations de gauche, l'USFP à leur tête. Tout ce remue-ménage porte un nom, c'est évident : une recomposition-redéfinition transversale de l'ensemble de la classe politique, avec l'émergence d'élites et d'alternatives nouvelles, pour parer à toute crise politique d'ici 2012. Est-ce là l'objectif assigné (par le roi ?) à l'ancien ministre délégué à l'Intérieur ? En ciblant par ailleurs, via une surprenante opération de charme, les milieux associatifs, notamment de gauche, El Himma semble installer en douce, sans forcément le dire (c'est sa marque de fabrique), l'idée que “le développement humain et la réforme de l'institution monarchique, c'est possible… mais avec des interlocuteurs (partis, ONG, groupes de pensée) agréés”. Est-ce là un autre parmi les objectifs assignés à Si Fouad ?


    Karim Boukhari
    TelQuel-Online.
     
  4. husband

    husband Visiteur

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    "c'est un fonceur, quelqu'un qui peut trancher. Il prend des risques contrairement à un Mansouri qui calcule le moindre de ses faits et gestes”
    -------->et c'est ça a mon avis le secret de sa réussite (chapeau)
     

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