Enquête. Men in black au service de Sa Majesté

Discussion dans 'Scooooop' créé par sahame, 11 Janvier 2008.

  1. sahame

    sahame only god can judge me!!!

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    (AFP)

    Surentraînés, surarmés, surpayés… Les gardes du corps de Mohammed VI sont pourtant au cœur de multiples scandales. Et ils n’arrêtent pas de changer. Plongée dans les arcanes de la sécurité royale, un corps en permanente implosion depuis 8 ans.


    Samedi 6 octobre 2007. Un bruit court dans les couloirs de tous les états-majors du pays. Mohammed VI aurait limogé une trentaine de ses gardes du corps personnels. Certains appartiendraient même au premier cercle de sécurité du monarque. La raison de ce remue-ménage ? Le roi, comme on nous l'a expliqué, aurait surpris l'un
    de ses bodyguards… en pleine discussion téléphonique à l'intérieur du palais royal de Fès. Grosse colère de Sa Majesté ! “Ce n'est pas la première fois que le roi opère des changements sérieux dans sa sécurité rapprochée, mais il est assez rare que sa colère s'abatte sur autant de personnes à la fois”, explique un militaire à la retraite, qui a également servi dans la sécurité royale sous Hassan II.

    L'usage du GSM serait-il interdit dans les appartements privés de la famille royale ? “Oui et depuis toujours. Un téléphone portable peut aujourd'hui servir à beaucoup de choses comme prendre une photo ou actionner une charge explosive. Son usage est interdit aux invités du Palais, la règle est donc également valable pour le personnel”, affirme un habitué des palais royaux.

    Fin novembre, un autre “scandale”, largement relayé par la presse, éclate au grand jour : des membres de l'entourage royal auraient divulgué des informations sur les itinéraires empruntés par le souverain dans ses déplacements. “Ces informations tombent régulièrement dans l'oreille des demandeurs d'agréments ou de services en tous genres, qui peuvent obstruer dangereusement le passage du roi”, explique notre source. Un risque (pour la sécurité royale) aussi important qu'inutile. “Les itinéraires et les horaires de déplacements du roi sont des informations strictement confidentielles. Les divulguer revient à mettre en danger la vie et la sécurité du monarque”, confirme notre source.

    Résultat des courses : une vingtaine de personnes sont finalement arrêtées et présentées à la justice. On les soupçonne d'appartenir à un réseau spécialisé dans la “commercialisation” des agréments glanés aux passages du roi et destinés, a priori, aux nécessiteux… “Tous ceux qui accostent le roi ne sont pas sincères. Certains demandent, et obtiennent, des agréments mais au nom d'autres personnes, qui ne sont pas dans le besoin”, explique notre interlocuteur. Ce qui est sûr, c'est que la “mafia” des agréments a pu bénéficier de plusieurs collaborations avant d'accéder aux itinéraires du roi dans ses déplacements publics. Plusieurs fonctionnaires des palais et des résidences royales et princières sont montrés du doigt, même si aucun garde personnel du roi n'est directement accusé. Mais le mal est fait et, en attendant d'y voir plus clair, des bodyguards sont mis au placard. “Le souverain recevait depuis quelques mois déjà des rapports peu flatteurs concernant son service de sécurité. Lorsqu'il a surpris deux de ses collaborateurs accrochés à des téléphones portables à Fès, ses doutes n'ont fait que se préciser. C'est pour cela qu'il a opéré une purge générale en attendant une clarification des rôles et des responsabilités des uns et des autres”, explique une source proche de l'enquête judiciaire.

    En se propageant, l'information a alimenté les rumeurs les plus folles. Le téléphone arabe prête à Khalid Fikri, celui qui suit Mohammed VI comme son ombre, d'être “interné” à l'Académie de police de Kénitra. Soumis à la même procédure de recyclage, Mohamed Mehrad serait interné dans un autre centre où, comble de l'humiliation, des matons zélés lui auraient rasé le crâne. Et Fikri comme Mehrad se seraient, à plusieurs reprises, jetés aux pieds de Mohammed VI pour demander pardon, en vain !

    Vrai, faux ? “C'est exactement le genre de ragots qui amusent les collaborateurs du roi. Khalid Fikri a certes été obligé de suivre un stage de recyclage à l'Académie de Kénitra. Mais c'était juste pour la forme. Il ne faisait d'ailleurs que pointer à 10 heures du matin pour disparaître au volant de sa berline quelques minutes plus tard. Quant à Mehrad, sa crinière poivre et sel se porte à merveille”, ironise un familier du Palais.

    Dans les faits, Fikri est vite réapparu aux côtés de Mohammed VI lors de sa dernière tournée dans la région de Guelmim. “C'est devenu habituel que le roi révoque puis réintègre ses gardes du corps. Ce qui est en revanche nouveau, c'est que ces mouvements deviennent un sujet public. Sous Hassan II, on ne connaissait que l’haj Mediouri. Aujourd'hui, Fikri, Jaïdi, Mehrad et les autres sont devenus des personnalités publiques. Sur les photos, ils sont de plus en plus visibles. Lors des déplacements du roi, ils orchestrent un véritable show autour de Mohammed VI. Tout cela ne passe pas inaperçu chez le grand public”, analyse un parlementaire, qui s'intéresse aux questions sécuritaires.

    L'intronisation de Mohammed VI en 1999 a en effet constitué un tournant majeur dans l'histoire de la sécurité royale au Maroc. Relativement discret sous l'ère Hassan II, le département a gagné en “visibilité” avec l'avènement du nouveau règne. Car Mohammed VI multiplie les tournées à travers les quatre coins du pays, cadençant ses visites de fréquents bains de foule. Et, fatalement, on finit par faire attention à ses gardes du corps, dont la présence devient de plus en plus spectaculaire. Jeunes, baraqués, équipés d'oreillettes, les men in black aux costards bien coupés semblent directement sortis d'une production hollywoodienne. Sur les forums de discussion du Web, ils déchaînent les passions. On décortique leurs méthodes de déploiement autour du roi, on commente leurs gestes, on s'attarde sur la “beau-gosse-attitude” des uns ou des autres, on remarque les absences, les retours, les mises à l'écart, les changements de look, etc.

    Au bon vieux temps de Hassan II
    Malgré les nuages de passage, les “fastes” qui entourent la dream team de Mohammed VI sont loin, très loin, de l'image plutôt austère, parfois artisanale, qui entourait les “équipes” qui veillaient sur la sécurité de son défunt père.

    Flash-back. Nous sommes dans les années 1970 et la garde personnelle de Hassan II, après une décennie de bricolages, est en bonne voie de professionnalisation. Enfin presque… En 1971 puis en 1972, Hassan II échappe de justesse à deux tentatives de coup d'Etat militaires. En public, le défunt roi évoque sa légendaire baraka mais, en son for intérieur, il sait que son service de sécurité doit être revu de fond en comble. “Hassan II disposait déjà d'une équipe pour assurer sa sécurité mais, lors du coup d'Etat de 1971 à Skhirat, ses gardes du corps ont été les premiers à prendre la fuite. Cela l'a terriblement choqué”, témoigne un ancien responsable militaire. Une commission sécuritaire -majoritairement- française débarque alors au Maroc. Son objectif : diagnostiquer la situation de la sécurité royale, évaluer la menace militaire et monter un service de sécurité professionnel et infaillible. Cette commission compte plusieurs spécialistes du renseignement, du tir et des manœuvres militaires. L'un d'eux se fait très vite remarquer par Hassan II. Il s'appelle Raymond Sassia. L'homme a été le chef de la sécurité rapprochée du général De Gaulle. C'est l'un des meilleurs tireurs de sa génération. En collaboration avec d'autres experts français, mais également américains et israéliens, il met sur pied le premier véritable service de sécurité du roi du Maroc.

    Sassia fait appel aussi bien à des novices, notamment des sportifs, qu'à des policiers et des militaires de haut niveau recyclés et formés pour assurer la protection rapprochée du souverain. Parallèlement, les experts étrangers recommandent à Hassan II d'élargir les prérogatives de la Gendarmerie royale… pour mieux contrôler une armée encore imprévisible.

    En 1975, donc, la sécurité royale, version moderne, a pour la première fois un nom, le Département de protection royale (DRP), et un visage, celui de l’haj Mohamed Mediouri. Un inspecteur marrakchi qui excelle dans le tir, et qui aurait joué un rôle décisif pour sauver la vie de Hassan II lors du deuxième coup d'Etat (1972). L'homme au teint mat et à la fine moustache colle au monarque chérifien. Il est sur toutes les photos, en toutes circonstances. Son surnom de haj lui confère même une certaine aura, qui lui permet de grignoter quelques prérogatives aux équipes de la Gendarmerie, censées veiller sur Hassan II. “Ses gardes du corps ? L’haj les gérait avec maestria. Tout se faisait avec les yeux. Mediouri a véritablement été l'homme de confiance de Hassan II”, raconte, nostalgique, un haut gradé qui a bien côtoyé l'haj Mediouri.

    Dans les années 80, marquées par les émeutes urbaines, l'ambiance sociale est généralement tendue mais la vie du roi n'est pas mise en danger. Ce calme relatif permet à Mohamed Mediouri de mener une vie publique, limite “mondaine”. Un VIP au service de Sa Majesté. Après avoir fondé l'association du Grand Atlas, l’haj Mediouri trouve le moyen (et le temps) pour se recycler en dirigeant sportif, sautant coup sur coup sur la présidence du Kawkab de Marrakech (foot) et de la Fédération royale d'athlétisme. Qui dit mieux ? L’haj, qui n'a pas oublié sa vocation première pour autant, travaille d'arrache-pied pour moderniser la sécurité de Hassan II, et celle des princes et princesses.

    L'omniprésent haj recrute des jeunes à tour de bras dans les écoles de police, mais également dans les clubs de sport. Et au Kawkab de préférence. “Mehrad, Fikri et Jaïdi (ndlr : le trio qui veille aujourd'hui sur la sécurité de Mohammed VI) sont par exemple ses recrues et ses élèves”, rappelle un cadre à la Sûreté nationale. La sécurité rapprochée de Hassan II se professionnalise donc, enfin dira-t-on, mais elle est rarement mise à épreuve. Elle apprend, elle avance tant bien que mal, elle fait face aux aléas d'un métier pas comme les autres.

    “Lors d'un voyage de Hassan II en Libye, ses gardes du corps ont été dépassés par les bains de foule que s'offrait le colonel Kadhafi. C'est l'une des rares fois où tout le monde, y compris Hassan II, a paniqué. Lorsque l'un des hommes de Mediouri a tenté de former un cordon de sécurité humain avec l'une des gardes du corps du colonel, cette dernière lui a sauvagement mordu la main”, rapporte, avec le sourire, un ancien cadre de la sécurité royale de Hassan II. Plus tard, ce sont les escapades du jeune prince héritier Sidi Mohammed qui donnent du fil à retordre aux durs à cuire engagés au service de l’haj Mediouri (et de Hassan II). “Les équipes de Mediouri faisaient également du renseignement quand il s'agissait du prince héritier. Il n'était pas rare de voir le prince tentant, au volant de sa voiture, de semer ses gardes du corps, se mettant de facto en danger”, se rappelle un gendarme, en poste près de la plage de Skhirat où le futur Mohammed VI se rendait souvent vers la fin des années 90.

    Le style Mohammed VI
    Lorsque Mohammed VI accède au trône, il décide de se séparer de l’haj Mediouri, l'homme de confiance de Hassan II. En 2000, le jeune roi intronise officiellement ses gardes du corps personnels. C'est alors qu'apparaissent les “commissaires” Mehrad, Jaïdi, Fikri, Mars, etc. Leur style est à l'opposé de celui de l’haj Mediouri, “en gros, plus moderne”, dira une source proche de l'entourage royal. Jeunes et infatigables, les men in black collent parfaitement à l'image de Mohammed VI. Leur traitement est bien meilleur que celui de leurs prédécesseurs, comme nous l'explique ce haut fonctionnaire à la Sûreté nationale. “Les nouveaux gardes du corps touchent quatre ou cinq fois le salaire prévu pour leurs grades, sans compter les indemnités de voyage et de mission. Les plus en vue parmi eux tournent à 30 000 dirhams par mois, sans compter les villas mises à leur disposition au quartier huppé de Hay Ryad à Rabat”. A l'époque de Mediouri, les gardes du corps étaient payés selon les grilles de la DGSN et restaient dépendants des “hibate” (dons) de Hassan II.

    Protéger Mohammed VI n'est pas un exercice de tout repos. Le jeune monarque affectionne les bains de foule, adore conduire sa voiture et s'expose généralement plus que son père. Ses hommes de confiance ? Il les choisit et les gère personnellement même si, sur le plan administratif, ils dépendent de la “direction de la sécurité des palais royaux” relevant de la DGSN. Une direction assez particulière, qui a changé six fois de responsable en huit ans du nouveau règne. Au lendemain du départ de l’haj Mediouri, l'intérim a été assuré par un autre haj, Zoubaïdi, puis par Mohamed Mehrad, qui accompagne Mohammed VI depuis qu’il était prince héritier.

    Ce n'est que vers la fin de l'an 2000 que le jeune Roi désigne enfin un successeur officiel à Mohamed Mediouri. Sans surprise, le nouveau gardien en chef de Mohammed VI est un gradé de la DGSN. C'est même le préfet de la capitale : El Mokhtar Kasmi Bakkali. Un passage discret et sans histoires, que beaucoup ont fini par oublier. Bakkali, aujourd'hui à la tête des affaires générales de la wilaya de Casablanca, est par la suite remplacé par un autre préfet : Abdelaziz Izzou, qui vient directement de Tanger, sur recommandation personnelle du général Hamidou Laânigri, alors patron de la DGSN.

    “Izzou a tenté d'élargir les prérogatives de la direction et se rapprochait du premier cercle de sécurité de Mohammed VI”, confie notre source à la DGSN. Il le payera très cher…

    Alors qu'il s'apprête à fêter son troisième anniversaire à la tête de la direction de la sécurité des palais royaux lors de l'été 2006, Izzou fait partie des nombreux dégâts collatéraux du scandale Chrif Bin Louidane, l'un des plus célèbres trafiquants de drogue du royaume, enfin capturé. Izzou est accusé d’avoir protégé les activités du narcotrafiquant plusieurs années durant. Le choc est terrible. “Mohammed VI a un mépris profond pour les dealers de drogue, qu'il exclut de sa grâce d'ailleurs. Découvrir que celui qui était censé le protéger trempait dans des affaires aussi sordides a sonné la fin d'une ère”, analyse un observateur. Izzou est presque immédiatement incarcéré à la prison de Oukacha à Casablanca et le général Laânigri (qui l'avait recommandé) est sèchement évincé de son poste à la DGSN. Traumatisé par ce scandale qui venait s'ajouter à l'épisode des vols constatés dans plusieurs résidences royales, le roi décide de prendre les choses en main en orchestrant une profonde restructuration de son service de sécurité. Il refait appel à son fidèle serviteur Mehrad, qui dirigeait à l'époque le commissariat du Méchouar à Rabat après un long passage dans le désert des couloirs de la DGSN. Mehrad est écarté à son tour, en octobre 2007…

    Entraînés et armés jusqu'aux dents !
    “à de rares exceptions près, tous les gardes du corps de Mohammed VI ont dû commettre, un jour ou l'autre, des fautes professionnelles. Mais à chaque fois que le pauvre Mehrad était fautif, la réaction royale se distinguait par sa sévérité. A tel point que dans le milieu de la sécurité royale, certains commencent à le surnommer le poissard”, confie une source proche du Palais. En plus d'être le fonctionnaire le plus sanctionné dans la dream team des gardes du corps royaux, Mehrad est en effet celui qui a écopé des plus longues mises au placard. Tout le contraire d'un Aziz Jaïdi ou d'un Khalid Fikri dont les “disparitions”, certes plus régulières, ne durent guère plus que quelques jours.

    Dans tous les cas, personne ne semble épargné par l'effet yoyo, devenu la règle parmi la sécurité royale. Aujourd'hui, on spécule déjà sur l'identité du probable remplaçant de Mohamed Mâad, l'actuel directeur de la sécurité royale et ancien préfet de Tétouan. “Mohammed VI s'est toujours senti en sécurité lors de ses fréquentes visites à Tétouan. Grâce notamment au dispositif sécuritaire et policier chapeauté par Maâd. Ça a fini par payer !”, analyse un commissaire à la direction de la police judiciaire de Rabat. “Mais plus que quiconque, Maâd sait très bien qu'il est aujourd'hui assis sur un siège éjectable”, nuance immédiatement notre interlocuteur. Un siège éjectable certes, mais qui place son titulaire à la tête d'une véritable petite armée.

    Recrutés parmi l'élite, les gardes du corps du roi constituent la crème de la police nationale dont ils ne font partie que sur le papier. “Plusieurs membres de la sécurité royale ont été engagés directement après avoir été repérés dans des clubs d'art martiaux. En dehors de leurs fiches de paie, ils n'ont absolument rien à voir avec la DGSN”, explique un ancien garde du corps de Hassan II. D'autres bodyguards empruntent un circuit plus classique, triés parmi les éléments les plus compétents des promotions formées dans l'Académie de police de Kénitra. “La préférence des recruteurs de la sécurité royale va bien évidemment aux éléments qui enregistrent les plus hauts scores dans les exercices de tir et ceux qui présentent les gabarits les plus imposants”, nous confie cet instructeur de l'Institut royal de police de Kénitra.

    Les nouvelles recrues sont internées dans le camp Delta, un centre de formation situé à mi-chemin entre l'ancien palais de la reine mère et le siège de la DGED (renseignements extérieurs) sur la route des Zaers à Rabat. Dans ce centre ultra-secret où se relaient des instructeurs marocains, français et américains, les recrues subissent différents tests et exercices sur une durée de trois mois, au bout desquels seuls les plus aguerris sont retenus. “En plus des joggings quotidiens de vingt kilomètres, nous étions soumis à différents tests de résistance aussi bien physique, que morale. Ceci sans compter les interminables parcours du combattant et les exercices de tir. Les plus faibles craquent au bout de quelques jours”, raconte un officier qui a fréquenté, sans succès, le centre Delta à sa sortie de l'Académie de police. Même après leur engagement définitif, les recrues de la sécurité royale sont tenues aux mêmes entraînements, encore et toujours, histoire de garder la forme.

    Entre autres exercices enseignés dans le centre Delta, les techniques dites de protection statique et dynamique, le maniement des armes et les entraînements physiques restent les plus prisés. Ces exercices sont pratiqués en parallèle à des formations plus insolites comme “la conduite automobile dans des conditions extrêmes”. “Un bon garde du corps doit être capable de conduire dans les pires conditions et à très grande vitesse”, explique ce connaisseur de la sécurité royale. Equipés de motorisations spéciales, les véhicules mis à la disposition des gardes du corps nécessitent une formation spécifique. En plus de ces véhicules boostés pouvant atteindre des pointes de vitesse vertigineuses en un temps record, les men in black sont équipés d'objets et de gadgets hautement sophistiqués. Hormis les équipements de brouillage, le plus connu de ces objets, car le plus visible, est sans nul doute la valise pare-balles. Véritable bouclier contre les projectiles de petits et gros calibres, cette valise est généralement confiée à Mars, l'un des gardes du corps les plus baraqués de Mohammed VI. Le modèle utilisé par les agents marocains a cependant une spécificité : il renferme à l'intérieur un pistolet mitrailleur Uzi. Une arme dont disposent également les autres bodyguards, mais qui reste cependant à l'abri des regards à l'intérieur des voitures. Côté armes de poing, les gorilles du roi cachent sous leurs vestes de gros calibres, essentiellement des Smith&Wesson et des Browning. Comparés aux Beretta de la Sûreté nationale, ces revolvers automatiques sont considérés comme des armes de luxe…

    Si un jour, à Dieu ne plaise, ils en viennent à utiliser leur arsenal, ça promet du spectacle.




    Jâaïdi, Fikri, Mehrad. Les trois mousquetaires de Sa Majesté

    Parmi la cohorte de gardes du corps qui gravitent autour du roi, trois émergent du lot : Aziz Jaïdi, Khalid Fikri et Mohamed Mehrad. Avec sa carrure imposante, ses cheveux châtains et ses yeux clairs, Jaïdi reste le “beau gosse” de la bande. Intégré à la DGSN en 1992 avec le grade d'officier, ce jeune Marrakchi doit sa nomination dans la sécurité royale à l'Haj Mohamed Mediouri qui l'aurait remarqué au sein du club KACM (Kawkab de Marrakech). Handballeur professionnel, Jaïdi est passé par le camp Delta pour une formation accélérée en matière de tir et de protection rapprochée. En 1994, il est rattaché à la sécurité du prince héritier Sidi Mohammed, qu'il ne quittera jamais. Promu commissaire divisionnaire en 2002, Jaïdi est régulièrement victime de la colère du monarque pour ses “fautes techniques”. Pendant ses périodes de disgrâce, l'ancien handballeur disparaît subitement de l'entourage royal, avant de réapparaître comme si de rien n'était ! Plus discret que Jaïdi, le jeune Khalid Fikri a intégré la DGSN en 1998 avec le grade de commissaire. Il doit sa nomination à sa maîtrise des arts martiaux, mais aussi aux recommandations de son père, le commandant Saleh Fikri, connu pour avoir dirigé la brigade des motards de l'escorte royale sous Hassan II. Sportif et discipliné, Khalid Fikri a été promu commissaire divisionnaire en 2005. Plus gradé, car plus expérimenté, Mohamed Mehrad est sans doute le plus discret de la bande des trois. Désigné par l'Haj Mediouri en 1994 pour assurer la sécurité du prince héritier, il a déjà occupé à deux reprises la fonction de directeur (provisoire) de la sécurité royale : en 2000 en remplacement de L'Haj Zoubaïdi qui a assuré l'intérim après le départ de Mediouri, et en 2006 après le limogeage et l'emprisonnement de Abdelaziz Izzou suite au scandale Bin Louidane. Ecarté de la sécurité royale en octobre 2007, après l'affaire des téléphones portables, Mehrad attend sa réintégration… attendue d'un jour à l'autre.



    Protection royale. Les (nombreux) services annexes

    Qu'ils dépendent de l'armée, de la Gendarmerie royale ou de la sûreté nationale, tous les corps de sécurité marocains sont tenus de veiller sur la sécurité du roi et de la famille royale, parallèlement aux autres missions qui leur sont assignées. Exclusivement dédiée à la protection royale, la “Direction de la sécurité royale et des palais royaux” est assistée dans sa mission par de nombreux services annexes, dont le plus visible, car le plus proche du roi, n'est autre que le Groupe des escadrons d'honneur (GEH) de la Gendarmerie royale. Fondé au début des années 70, ce groupe est actuellement dirigé par le colonel-major Haramo. Il compte quelque 1200 éléments tous basés à Rabat. A chaque déplacement (officiel) du roi, 200 de ses membres accompagnent le roi avec pour mission la sécurisation de l'itinéraire royal en amont et en aval. Une poignée d'hommes assure, en outre, la sécurité rapprochée du roi, au même titre que les bodyguards habituels.
    Notons parmi les autres services annexes dédiés à la protection royale la “première brigade du Corps mobile d'intervention”, communément appelée CMI, et relevant de la Sûreté nationale. Anciennement affiliée à l'état-major des CMI, la brigade a été définitivement intégrée à la direction de la sécurité royale sous l'ère Mediouri. Actuellement dirigée par le commandant Kherrou, elle compte à peu près un millier de personnes. Chargée de la sécurité des palais (et du roi), elle fournit l'essentiel des motards qui escortent les convois royaux.
    Dépendant des FAR, la Brigade légère de sécurité (BLS) n'intervient, quant à elle, qu'en cas de troubles majeurs (émeutes, tentative de coup d'Etat). C'est d'ailleurs à l'occasion des coups d'Etat de 1971 et 1972 que cette brigade, équipée de véhicules blindés et d'armes lourdes, a gagné ses lettres de noblesses. Aujourd'hui, la BLS est dirigée par le général Doughmi.
    Egalement dépendant des FAR, le Bataillon de garde a une mission plus circonscrite dans l'espace, puisque ses membres s'occupent uniquement de la sécurité extérieure des résidences royales. Composé de paras, ce bataillon est commandé par le général Benaïche.
    Equivalent de la Garde républicaine française, la Garde royale marocaine a, quant à elle, une fonction plus protocolaire et administrative que sécuritaire. Dirigée par le général Mimoun et composée de 3000 hommes, elle puise ses origines dans la prestigieuse garde noire fondée durant le onzième siècle par Youssef Ben Tachfine.



    Renseignement. Les espions du roi

    La Brigade de renseignements et d'investigations (BRI) est une unité chargée de collecter des informations ayant trait à la sécurité du roi. Cela concerne les palais et résidences royales, mais aussi les lieux et les villes où le roi se déplace. Du fait même de la nature de sa mission, son acronyme est généralement compris comme Brigade royale d'investigations. Unité hybride constituée essentiellement de policiers de la Sûreté nationale et de membres de la Gendarmerie royale, la BRI a longtemps été soumise à la tutelle directe de l'actuel patron de la Gendarmerie royale, Housni Benslimane. Aujourd'hui, elle est dirigée par le général El Oula qui a succédé au général Mekkaoui. La BRI travaille en étroite collaboration avec les Renseignements généraux (RG), la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et la Direction générale d'études et de documentation (DGED). Après avoir longtemps siégé à Témara, elle a déménagé au début du règne de Mohammed VI dans un immeuble situé à l'Agdal, à Rabat. Lors des déplacements royaux, la BRI travaille en tandem avec une brigade de la DGSN, dénommée “Firkat Al Mas'h” ou brigade de balisage et de ratissage. Equipée de matériel sophistiqué et de chiens entraînés pour la détection d'explosifs, cette dernière est chargée d'inspecter les itinéraires et les lieux où le roi a prévu de se rendre. Elle a aussi pour mission de dresser des procès verbaux sur les occupants des maisons situées sur le trajet du roi. Lors de la récente rentrée parlementaire, marquée par une mémorable coupure de courant au sein de l'hémicycle, les membres de la brigade ont été sanctionnés… pour ne pas avoir prévu des solutions à ce genre d'incidents.



    Réseau parallèle. Bodyguards à tout faire

    Au Maroc, la sécurité rapprochée ne concerne pas uniquement le roi. Dépendant de la DGSN (Sûreté nationale), le “Service des voyages officiels et de la sécurité rapprochée” a pour mission d'assurer la sécurité des personnalités étrangères en visite au Maroc. Créé en 1962, ce service est constitué de policiers d'élite ayant suivi des entraînements intensifs en matière de maniement des armes et de tir, en plus des différentes techniques et méthodes de protection rapprochée. Entre autres prérogatives, sa mission couvre aussi bien les déplacements des chefs d'Etat et de gouvernement, que les ministres, sénateurs, officiers supérieurs, personnalités religieuses, voire même artistiques, qui séjournent au Maroc. En plus de la protection rapprochée de ces personnalités, les membres de ce service sont souvent amenés à sécuriser leurs déplacements et leurs lieux de résidence. Une protection qui s'étend également aux biens et aux bagages que nos super-flics se chargent d'acheminer vers les aéroports. D'ailleurs, leur dispositif de sécurité s'enclenche généralement à partir de l'aéroport, au moment même où ces personnalités foulent le territoire national. En plus des étrangers, le département assure également la sécurité d'une dizaine de personnalités nationales, hommes politiques, ministres, hauts fonctionnaires, magistrats ou grands patrons. Dernier détail, et non des moindres : depuis les attentats du 11 septembre 2001, chaque vol de la compagnie aérienne nationale vers les Etats-Unis compte à son bord -au moins- un membre du service.



    http://www.telquel-online.com/303/couverture_303.shtml
    :D
     

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