[Entretien] Moulay Hafid Elalamy : la CGEM travaille et ne fait pas dans le spectacle

Discussion dans 'Economie' créé par fax02, 7 Août 2008.

  1. fax02

    fax02 Stranger in the life Membre du personnel

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    Livre blanc, études diverses, travail avec le gouvernement, label CGEM, le président met en avant ce qui a été réalisé durant deux ans n Il explique le manque de communication par la volonté de faire un travail serein, loin de toute polémique Plus qu’un an de mandat. Il ne sera pas candidat à nouveau.


    La Vie éco : Les opérateurs économiques ont été étonnés par la virulence de votre sortie télévisée du mardi 22 juillet, au cours de laquelle vous avez critiqué Miloud Chaâbi ?
    y Hafid Elalamy : Il n’est pas du rôle du président de la CGEM de critiquer un opérateur. L’objet de mon intervention était d’attirer l’attention sur une démarche spécifique qui s’oppose au modèle économique du Maroc. Ce modèle basé sur un partenariat public-privé marche. Est-ce que nous pouvons faire mieux ? La réponse est très probablement oui et il y a plusieurs pistes pour cela, mais il ne faut pas casser ce qui fonctionne.


    M. Chaâbi pose une question de fond. Revenons sur le fond de la question justement...
    Je ne peux donner à ce sujet qu’un avis personnel, et qui rejoint certes celui de l’ensemble des professionnels au sein de la fédération de l’immobilier. A quoi répondrait une procédure d’appel d’offres s’agissant de la vente de foncier public aux opérateurs économiques ? En toute logique elle viserait à aligner le prix de ces terrains sur ceux pratiqués entre privés, pour que l’Etat ne soit pas lésé. Regardons les choses autrement. Si l’on avait appliqué systématiquement cette procédure, l’évolution qu’a connue le Maroc ces dernières années n’aurait jamais été possible. Ces mêmes terrains dont on parle ont toujours existé et n’ont jamais fait l’objet de développement. Pourquoi ? Tout simplement parce que le cadre incitatif n’existait pas. Regardez tous les grands projets, imaginez-vous que l’on mette en péril l’investissement et l’emploi, que l’on rate des opportunités, juste pour se dire «nous avons procédé à des enchères» ? Pourquoi croyez-vous que l’habitat social s’est développé, que l’offre touristique s’est améliorée ou encore que l’offshoring s’est épanoui ? Le prix du foncier doit être digeste pour intéresser les opérateurs économiques. Ils gagnent de l’argent avec cela ? Quoi de plus naturel ?

    Le foncier serait, selon vous, l’un des éléments les plus déterminants pour l’implantation d’un projet ?
    Cela dépend des secteurs. Par exemple, dans l’immobilier, il est forcément LE plus déterminant. Dans les autres secteurs, il est l’un des trois ou quatre éléments les plus déterminants. Et puis on oublie la suite. Quand vous prenez un terrain à prix décoté et que vous vous engagez à créer des milliers d’emplois et de la valeur ajoutée, croyez-vous que l’Etat vous fait des cadeaux par la suite ? Non seulement vous devez respecter le cahier des charges, mais en plus vous vous acquittez des impôts. L’Etat récupère largement ce qu’il vous concède en terme de décote sur un terrain.

    Avez-vous discuté de l’affaire Chaâbi/Addoha au sein de la CGEM ?

    Non, tout au plus s’agit-il de discussions informelles entre opérateurs. De petites choses, on fait de grosses affaires. A la CGEM, nous avons tous les jours à intervenir dans des conflits entre opérateurs dont les intérêts sont antagonistes. J’ai sur mon bureau des tas de réclamations.

    Justement, il s’agit bien d’un conflit entre opérateurs dans ce cas...
    Il s’agit également d’attaques personnelles et d’une affaire où, avant tout, c’est l’Etat qui est mis en cause. La CGEM n’avait pas à prendre position. Lorsque l’affaire a été mise sur la place publique et que l’on a attaqué le modèle de partenariat public-privé, nous nous sommes exprimés à ce sujet. Il ne faut pas s’amuser avec ces choses-là. Beaucoup de pays essaient en vain d’arriver à cet équilibre qui a permis au Maroc de connaître un développement économique remarquable.

    Cela fait deux ans que vous êtes à la tête de la CGEM, quel bilan faites-vous de l’action de l’équipe en place ?

    Nous sommes très satisfaits du chemin parcouru. Les commissions patronat-gouvernement, suite à la publication du livre blanc de la CGEM, ont été mises en place. Elle ont commencé leur travail il y a quelques jours. Plan de développement industriel intégré, stratégie pour le développement de la logistique, plan stratégique pour la pêche, Vision 2020 du tourisme..., plusieurs chantiers ont été ouverts avec le gouvernement. Et quand je dis chantiers, ce sont des réunions de travail intenses, non pas du bavardage. Il y également des réalisations majeures comme le label CGEM qui permet aux entreprises d’avoir des relations privilégiées avec la CNSS, la douane, les impôts. Il y a également des études qui ont été réalisées. Celle sur la réforme de l’IS, avec un comparatif international, qui a été faite par le cabinet Monitor, l’étude sur le dispositif de la formation professionnelle, l’étude sur la fiscalisation des entreprises de l’informel...
    n La CGEM se porte caution... et si l’attributaire du label était tenté par la fraude ensuite ?
    Le label CGEM n’est pas éternel. Il y a un contrôle régulier et, à la première infraction, on perd ce label qui, je le rappelle, est attribué par la CGEM sur la base d’un travail réalisé par des cabinets indépendants agréés par la confédération.

    Combien d’entreprises ont aujourd’hui un label CGEM ?
    Une trentaine. D’autres, plus nombreuses, sont en cours de labellisation.

    Votre programme comporte un certain nombre d’engagements : redonner de la crédibilité à la CGEM, avoir plus d’adhérents, décentraliser les activités vers d’autres villes, faire de la proximité. Qui contrôle ces engagements ?
    Nous avons eu une assemblée générale le 26 juin. Comme lors des précédentes, ce fut une réunion productive. On a pris ce qui avait été annoncé et comparé point par point. La CGEM est aujourd’hui plus efficace, plus agissante, crédible comme promis.

    Vos membres paient-ils tous leurs cotisations ?
    Nous avons nettoyé nos fichiers. Ne restent membres que ceux qui paient, les autres ont été radiés.

    Il était prévu que la CGEM fasse appel à la générosité des grandes entreprises pour lever des fonds en vue d’offrir plus de services à ses membres...
    Et ça a été fait ! Nous avons levé, pour la première fois dans l’histoire de la CGEM, des engagements sur trois ans pour 45 MDH à travers la signature de 22 conventions entre la fondation CGEM et les grands groupes. Avec cela, nous avons les moyens de nous payer des études et d’offrir des services.

    Avec tout cela, on n’entend pas parler beaucoup de la CGEM....
    Ça ne veut pas dire que la CGEM ne travaille pas. Nous avons décidé de fermer la CGEM sur elle-même pour pouvoir travailler, justement. On doit entendre parler de la CGEM quand celle-ci a quelque chose à dire. La CGEM, au lieu de bavarder, travaille. Actuellement, nous avons commencé un round de réunions intenses avec le ministère de tutelle concernant la Loi de finances.

    A l’intérieur de la CGEM, il n’y a pas de discorde. A croire que tout le monde est satisfait, qu’il n’y a pas de débat...
    Au contraire, il y a beaucoup de débats. Les réunions des fédérations sectorielles sont souvent houleuses, mais nous débattons entre nous, pas sur la place publique ou par presse interposée. Je comprends la frustration des médias, mais c’est comme cela que nous avons choisi de travailler et ça marche.

    Vous êtes un syndicat patronal et pourtant on a l’impression que vous êtes en ligne avec tout ce que fait le gouvernement. Aucune anicroche, aucune critique, la CGEM aurait-elle perdu de sa verve ?
    C’est une question légitime. Il y avait beaucoup de dossiers sur lesquels nous n’étions pas d’accord avec le gouvernement. Nous réglons les problèmes par le dialogue, par le travail, la démonstration. Peut-être que notre nouvelle façon de faire ne plaît pas à ceux qui veulent du spectacle et du sensationnel. C’est une approche différente que nous avions d’ailleurs annoncée lors des élections de juin 2006. Nous commençons par étudier ces dossiers de manière très sérieuse et les «challenger» en interne.

    Ensuite, nous allons voir le gouvernement pour expliquer par la démonstration notre position. Bien sûr, si nous n’arrivons pas à un accord, nous pouvons monter au créneau, discuter, demander des arbitrages... Pour nous, mettre le débat sur la place publique est vraiment le dernier recours que nous essayons de ne pas utiliser. A ce jour, nous n’avons pas eu besoin de le faire. En toute honnêteté, je préfère régler les problèmes des membres que de faire du spectacle. Ceux qui s’attendent à «voir le sang couler» en sont pour leur frais.

    Salah Eddine Mezouar vous avait promis un IS à 25% en 2012. Il l’annonce maintenant pour 2015 et la CGEM ne réagit pas. Etrange...
    Faux. Il y a eu une réaction et les participants à la réunion du Conseil national de l’entreprise du 22 juillet auquel vous faites allusion peuvent vous le confirmer. J’ai moi-même rappelé à M. Mezouar, séance tenante, que notre accord pour un IS à 25% était pour 2012 et non pas 2015 comme il l’a annoncé.

    Le même ministre des finances a récemment déclaré que la baisse de l’IS à 30%, accompagnée de la suppression de la provision pour investissement, aboutissait, in fine, à une hausse de deux points du taux réel de l’IS... Pas de quoi pavoiser pour la CGEM qui a présenté la baisse de l’IS comme une victoire !
    Sur ce point, précisément, il y a eu beaucoup de démagogie et de manipulation. Avec la suppression de cette provision, ce sont les grandes entreprises, qui investissent le plus, qui ont vu leur taux d’impôt réel passer de 28 à 30%. Mais pour les PME, le taux est bel et bien passé de 35 à 30%. C’est une sorte de solidarité des grandes entreprises avec les petites. Et cela, personne ne l’a relevé.

    Quel serait à votre avis le taux d’IS optimal pour le Maroc ?
    25%. Et je vous rappelle, à ce niveau, une autre avancée de taille. Quand la CGEM a parlé pour la première fois d’un taux de 25%, nous avons failli être lynchés. Aujourd’hui, c’est le gouvernement, le ministre des finances, le directeur des impôts qui parlent de baisser encore le taux. Le passage de 35 à 30% s’est fait alors que, pendant 10 ans, le taux n’avait pas bougé. Ce n’est pas un hasard mais le résultat d’un travail et d’une démarche de concertation.

    Oui, mais vous oubliez le cas de la PME qui devait bénéficier d’une fiscalité spécifique. Dans des pays similaires au Maroc le taux est de 20%, voire 15%...
    C’est là un des plus grands points de discorde entre la CGEM et la direction des impôts. Nous n’arrivons pas à nous entendre. Je comprends les arguments de la direction, mais je ne les accepte pas. Eux disent qu’il n’est pas équitable d’avoir des taux différenciés entre la grande entreprise et la PME parce que, de toute façon, l’impôt est déjà proportionnel au résultat. Nous ne sommes pas convaincus de cette thèse. Quand vous êtes une petite entreprise et que vous êtes obligés de payer 30% d’impôts, vous êtes tenté de travailler dans l’informel ou de faire du noir.

    Quels sont les critères pour être considéré comme PME ? Un sérieux problème va se poser...
    Nous avons contourné ce problème en proposant un système très simple à la direction des impôts qui est celui des tranches, exactement comme le barème de l’IR. Pour une première tranche de résultat avant impôt de moins de deux MDH, on aurait un taux réduit de 15%, puis 20% dans la tranche intermédiaire et ainsi de suite.

    La circulaire des impôts n’est toujours pas prête alors que certaines dispositions de la Loi de finances 2008 nécessitent des clarifications. Vous en discutez depuis trop longtemps déjà avec la direction des impôts...
    C’est un dossier compliqué. Il y a une commission qui y travaille et où siègent des membres de la CGEM. Nous en sommes à la troisième ou quatrième lecture de la mouture finale. Les équipes travaillent très dur, mais nous aurions souhaité qu’elles travaillent encore plus vite et nous l’avons fait savoir.

    Vous arrive-t-il d’être interpellé quand il y a un différend entre la direction des impôts et un membre de la CGEM ?
    Nous avons la commission «fiscalité» qui analyse les questions transversales ou sectorielles. Mais nous n’avons pas de structures pour accompagner les chefs d’entreprises sur des questions individuelles. Il y a les cabinets privés dont c’est la mission.

    Durant ces deux dernières années combien de fois avez-vous rencontré le Premier ministre ou sollicité son arbitrage et combien de fois avez-vous rencontré le directeur des impôts??
    Pour ce qui est de l’arbitrage du Premier ministre, nous n’en avons eu besoin à aucun moment pour l’instant, mais nous avons eu plusieurs réunions de travail avec lui.

    Combien de fois avez-vous dû intervenir, en tant que président de la CGEM, auprès du gouvernement ou de la direction des impôts pour un dossier précis ou un secteur donné?
    Les contacts à ce sujet n’arrêtent pas. Cinq fois par semaine au moins. Nous appelons les ministres concernés, nous leur rendons visite, nous leur expliquons nos positions. J’assiste moi-même aux travaux de toutes les commissions de réflexion mises en place avec le gouvernement.

    Cinq ans après l’entrée en vigueur du nouveau code du travail, le Maroc n’a toujours pas de cadre législatif relatif à la grève. La CGEM est assez molle sur ce sujet...
    C’est là aussi un des points cruciaux de nos discussions avec le gouvernement et les syndicats. Le sujet est toujours ouvert et nous sommes toujours en train d’en débattre. Il y a des blocages importants, mais je pense que l’on arrivera à un accord dans les mois qui viennent.

    A l’heure où l’économie marocaine se mondialise, pensez-vous que la notion de Smig a encore du sens ?
    Personnellement, je ne pense pas que le Smig soit une réalité à terme. Le Maroc est aujourd’hui dans une situation où les ressources sont recherchées et rares. Aujourd’hui, à part quelques rares secteurs, comme le textile ou l’agroalimentaire, les autres sont à des niveaux de salaire largement supérieurs au Smig.

    Au lendemain de votre élection en juin 2006, vous avez déclaré que vous feriez un seul mandat. En juin 2009, les membres de la CGEM devront élire un nouveau président. Vous n’avez toujours pas changé d’avis ?
    Non, je n’ai pas changé d’avis et je ne me représenterai pas pour un deuxième mandat.

    Le poste serait-il décevant finalement ?
    Pas du tout. C’est un poste qui, quand on le prend au sérieux, demande beaucoup d’énergie. Vous devez satisfaire tout le monde, vous devez manier des dossiers complexes, jouer tantôt à l’arbitre, tantôt au médiateur. Cela peut se faire parfois au détriment de vos propres affaires, de votre santé, de votre vie privée. Mais c’est un poste qui procure beaucoup de satisfactions quand on peut contribuer à l’évolution du pays. Nous demandons aux partis politiques de rajeunir, d’introduire du sang neuf et nous devons, à la CGEM, en faire de même. Je pense qu’il faut passer le témoin.


    La vie éco
     

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