Espagne : La mauvaise foi des intellectuels

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 30 Juillet 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Les intellectuels espagnols rejettent tout débat rationnel sur la question du Sahara et préfèrent camper sur des positions erronées que d’écouter le point de vue marocain car, cela risque de les priver d’une fausse cause et d’un combat chimérique auquel ils ont lié leur existence.

    En novembre 2001, quelques jours après le rappel par le Maroc de son ambassadeur en Espagne pour consultations, ce qui signifiait le début d’une crise diplomatique sans précédent dans l’histoire des deux pays, des voix de certains penseurs marocains et espagnols s’étaient élevées pour dire que le problème entre les deux Royaumes est essentiellement d’ordre communicationnel.
    Les deux pays ne se connaissent pas assez et doivent faire, chacun de son côté, un effort pour mieux comprendre l’autre, lisait-on dans des chroniques publiées dans certains journaux marocains et espagnols.
    Les défenseurs de cette thèse estiment que les intellectuels des deux pays ont un rôle important à jouer dans le rapprochement des deux peuples notamment en créant une plate-forme de débat capable de démolir le mur d’incompréhension qui sépare les deux cultures et de mettre fin à plusieurs décennies de malentendus et de préjugés.
    L’idée en elle-même est très intéressante. D’abord, parce que le problème de la communication est réel et à chaque fois que la tension monte entre les deux pays, on constate que les analyses qui se font de part et d’autre montrent une carence en matière de connaissance du voisin et ce à tous les niveaux. En plus, il est évident qu’en Espagne comme au Maroc, hormis quelques écrivains dont le nombre ne dépasse pas la dizaine, l’élite intellectuelle prend ses distances à chaque fois que des malentendus politiques éclatent entre les deux pays. Aussi, seuls se manifestent ceux qui ont une position radicale sur la question alors que les autres préfèrent, dans le meilleur des cas, adopter des positions neutres évitant ainsi de mettre en péril leurs relations personnelles et leurs intérêts individuels dans le pays d’en face. C’est notamment le cas pour les quelques intellectuels marocains ayant une culture hispanophone qui, au moindre soupçon de conflit, préfèrent s’éclipser et ne réapparaissent que lorsque les choses reviennent à la norme. C’est ce qu’ils ont d’ailleurs fait entre le 28 octobre 2001, date du rappel pour consultations de l’ambassadeur du Maroc à Madrid, et le 25 mars 2004, lorsque le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, se rendit en visite officielle au Maroc. Durant cette période, ils ont préféré entrer en hibernation et laisser faire le temps. De leur côté, les intellectuels espagnols ont du mal à s’émanciper des préjugés et des positions prêt-à-porter qui se sont enracinés dans la société espagnole depuis des siècles et qui se sont renforcées avec l’organisation de la Marche Verte qui a permis au Maroc de récupérer pacifiquement ses provinces du sud. Le régime franquiste qui a construit sa raison d’être autour de la nécessité de ressusciter l’Espagne des Rois catholiques, a fomenté durant les quatre décennies de sa dictature à la fois la peur et le mépris d’"El Moro" à l’image de ce que faisait la reine Isabelle la Catholique.
    L’idée selon laquelle El Moro (le Marocain) est un agresseur et qu’il constitue une menace permanente s’est donc ancrée dans la société espagnole. Et ceux qui sont censés changer cette donne sont les intellectuels et les journalistes. Or, ces derniers ont un autre problème. En plus des préjugés communs à toutes les composantes de la société espagnole, sont imprégnés des idéaux qu’ils ont adoptés durant la période de la lutte contre la dictature de Franco. Ayant pour la plupart d’entre eux mené un combat politique pour la démocratisation de l’Espagne, ils ont considéré, au lendemain de la transition démocratique, qu’ils avaient l’obligation d’exporter leur expérience à tous les coins du monde notamment en Amérique latine et au Maroc.
    Pour ce faire, ils n’ont pas trouvé mieux que d’adopter la thèse des séparatistes du Polisario et de faire de l’affaire du Sahara leur cause.
    Outre ceux qui ont milité pour la démocratisation de l’Espagne, la période de la transition a vu naître une nouvelle génération d’intellectuels qui, nés sous la démocratie et n’ayant pas vécu le processus de la transition, ils ont voulu se forger une place parmi les défenseurs de la démocratie et ont, eux aussi, adopté la cause du séparatisme polisarien.
    Partant de ce constat, il est difficile d’imaginer que les intellectuels espagnols puissent du jour au lendemain comprendre la réalité en ce qui concerne le dossier du Sahara marocain. Car, ils le regardent toujours d’une manière subjective et refusent toujours d’écouter le point de vue légitime du Maroc. Il suffit à ce propos de lire la réponse que certains d’entre eux viennent d’adresser à leurs collègues marocains suite à l’appel publié par ces derniers sur les colonnes d’El Pais pour se rendre compte qu’ils rejettent tout débat rationnel sur la question et qu’ils préfèrent camper sur des positions erronées que d’écouter le point de vue marocain car cela risque de les priver d’une fausse cause et d’un combat chimérique auquel ils ont lié leur existence.



    Par : Omar DAHBI
    Source: AUJOURD'HUI.
     
  2. freil

    freil Libre Penseur

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    Réponse aux intellectuels espagnols

    Les signataires du texte marocain ont appelé les intellectuels espagnols à plus de conséquence et à une mise en cohérence de leurs principes. Il n’est pas, en effet, admissible de combattre le séparatisme en Espagne et de le soutenir au Maroc.

    Quatre écrivains, illustres inconnus de l’avis de plusieurs hispanologues - parlant au nom de cinq cent autres, prétendent-ils – ont répondu à l’appel des intellectuels marocains publié le 17 juillet dans le quotidien El Pais et le lendemain dans la quasi-totalité des quotidiens marocains.
    Rappelons les faits. Ces mêmes intellectuels espagnols, toujours sur les colonnes d’El Pais, avaient interpellé le gouvernement de Madrid. Ils lui commandaient de faire fi de la souveraineté marocaine au Sahara ainsi que de son administration. Ils le sommaient également d’½uvrer à la mise du territoire sous tutelle internationale de même qu’ils l’invitaient à exiger de Rabat de permettre à toute personne désireuse de manifester sa solidarité avec les séparatistes de s’y rendre en toute liberté. Pas moins.
    En guise de réponse, plus de deux cent cinquante intellectuels marocains -écrivains, penseurs, artistes peintres, musiciens, cinéastes, hommes de théâtre… dont l’ensemble des noms a été rendu public- ont lancé à leurs homologues un appel publié en Espagne par un achat d’espace dans El Pais.
    Sans fard ni fioriture et avec beaucoup de sincérité, ils les ont mis en face de leurs incohérences et de leur inconséquence. Les signataires du texte marocain ont appelé les intellectuels espagnols « à plus de conséquence et à une mise en cohérence de leurs principes. Il n’est pas, en effet, admissible de combattre le séparatisme en Espagne et de le soutenir au Maroc. Il n’est pas juste de dénoncer un prétendu fait colonial marocain au Sahara et valider, en une appréciation inique, le colonialisme espagnol en terre marocaine à Sebta et Mellilia. Il n’est pas non plus recevable de ces intellectuels espagnols de faire corps autour de l’hispanité du Rocher de Gibraltar et de ne donner aucune suite au dialogue que les Portugais veulent ouvrir sur le territoire d’Olivença, en en revendiquant la souveraineté en vertu du Traité de Vienne de 1815, par lequel l’Espagne s’est engagée à le rendre au Portugal».
    De l’eau de roche que les quatre illustres inconnus tentent de polluer par une réplique à la mesure de leur duplicité. Rien sur le fond, tout sur la touche où ils ont préféré se positionner pour jouer à colin-maillard afin de ne voir la réalité que les yeux bandés pour mieux ne pas la reconnaître.
    Pêle-mêle et pour la cause, ils brandissent Ali Lmrabet et ses turpitudes, Abdellatif Laâbi qui a la cote à Castille depuis qu’il a écrit un poème poignant sur les victimes des attentats de Madrid, et 72% des Espagnols forts de leurs certitudes inculquées. Mettre en avant le premier, cela va de soi pour eux. Utiliser l’immense poète, qui certainement mérite plus d’un prix et la nomination permanente aux oscars de la poésie, ne peut que désoler plus d’un ici. Mais arguer que 72% des Espagnols, selon un sondage, favorables à l’indépendance du Sahara est un argument que l’on met dans la balance pour que les Marocains quittent le territoire, voici qui en dit long sur l’outrecuidance de ces intellectuels. Avec la même logique, ne pourrait-on pas croire qu’il suffirait que demain 70% des Chinois soutiennent les 100% de Marocains qui attendent la libération de Sebta et Mellilia pour que l’Espagne quitte les deux villes occupées ?
    Visiblement, on résonne plus qu’on ne raisonne sur la côte nord de la Méditerranée occidentale. Et c’est précisément à cette résonance et à ces arguments creux que les intellectuels marocains ont décidé de s’attaquer. Sans doute, ont-ils adressé leur appel à leurs homologues espagnols. Mais sans illusion. Lorsque des hommes de gauche bon teint et des centristes de qualité se laissent mener par un attelage d’extrême droite et d’extrême gauche, on ne peut s’attendre qu’au piétinement des règles basiques du débat intelligible. D’où pour nos intellectuels le besoin de s’adresser par-dessus la tête de cette partie de l’intelligentsia espagnole, directement à l’opinion publique de nos voisins du Nord. Un moyen comme un autre de briser le black out auquel est assujetti le point de vue marocain. Une façon comme une autre de faire face aux contorsions intellectuelles d’une élite hermétique à l’interpellation intelligente. Un procédé comme un autre de contrecarrer la manipulation des faits, la censure que subit l’information marocaine, la désinformation dont est souvent objet le Maroc.
    Ils ont l’air fin, les quatre illustres inconnus qui se gaussent de l’achat, pour la somme de 310 000 DH d’un espace pour la publication de l’appel. Sans ce rendre compte que c’est là où le bât blesse. Sans penser un seul instant que c’est la démonstration même de l’étanchéité de l’espace médiatique espagnol à tout ce qui vient du Maroc. Que c’est l’illustration personnifiée de ce que leur reprochent leurs homologues d’ici. Que des intellectuels marocains soient contraints de cotiser pour se faire entendre ne les trouble guère. Pourtant cela n’honore en rien la démocratie espagnole, ne relève d’aucune manière et de quoi que ce soit l’ouverture à l’autre et sur l’autre. Bref, limite atrocement la portée de leur discours sur la liberté dont ils se font les chantres.
    On peut parler du nous comme d’un pays en transition démocratique, certains sont en droit, le point de vue peut se défendre, d’assurer qu’on en est pas encore tout à fait à ce stade, mais qui peut sans risquer le ridicule prétendre qu’il n’y a pas de liberté d’expression au Maroc ? Ces intellectuels espagnols bien sûr, qui insinuent que l’appel des intellectuels marocains ne serait pas le reflet de la liberté d’expression au Royaume, en exprimant, sur un ton qu’ils veulent perfide, l’espoir qu’il en est ainsi. Technique éculée, flagrante, mais qui rend bien l’esprit de nos amis et éclaire sur leurs méthodes.
    Dépouiller le contradicteur de toute volonté propre, le réduire à l’état de marionnette et in fine déclarer, en toute bonne conscience, son argumentaire irrecevable.
    Mais en matière de supercherie il y a mieux. Ils invitent leurs homologues marocains à une table ronde avec la participation des gens du Polisario.
    Généreuse intention qui pave le chemin de la manipulation à la tire. On décide d’une rencontre, on lui fixe un ordre du jour, on lui trace son cadre, on en arrête les conclusions et on prie les Marocains de passer pour leur subtiliser la caution. C’est gentil, mais c’est non, merci. La réponse des intellectuels marocains sera fort probablement qu’ils préfèrent continuer à payer des achats d’espace dans la presse espagnole. Ce n’est certainement pas El Pais qui s’en plaindrait.


    Par: Naïm Kamal
    Source: AUJOURD'HUI.
     
  3. milagro

    milagro Visiteur

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    Re : Espagne : La mauvaise foi des intellectuels

    merciiiiiiiiiiiii freil !

    un sujet hyper interessant .
     
  4. freil

    freil Libre Penseur

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    Re : Espagne : La mauvaise foi des intellectuels

    milagro: je t'en prie je suis a votre service!!
     

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