Et si l’Espagne rétrocédait au Maroc Sebta et Mellilia ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 3 Octobre 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Dilemme de l’immigration clandestine subsaharienne
    Pour le Maroc comme pour l’Espagne, c’est le grand dilemme. Malgré toute la bonne volonté, malgré la complicité positive et agissante et malgré la coopération étroite, le phénomène grandissant de l’immigration subsaharienne prend une ampleur telle que les moyens colossaux engagés, de part et d’autre, s’avèrent sans conséquence notable sur la déferlante migratoire.

    Les assauts répétés de clandestins se comptant par centaines, enregistrés ces derniers jours sur Sebta et Mellilia, villes du Nord du Maroc administrées par l’Espagne, et le drame humain qui s’en est suivi, révèlent la quasi impuissance des dispositifs mis en place à réduire le phénomène et encore moins à faire dans la dissuasion.


    Ratisser, pourchasser, interpeller, cantonner et rapatrier, ne relèvent que de la gestion du phénomène une fois subi, mais jamais ces mesures n’arriveront à empêcher les récidives, ni à dissuader les nouveaux candidats toujours plus nombreux. Tant que les raisons politiques et socio-économiques déclenchantes persistent et s’accentuent dans les pays émetteurs, on continuera à assister à des arrivages massifs. C’est la conséquence directe des écarts de développement gigantesques entre le Nord et le Sud et que la mondialisation ne fera que creuser davantage.

    Pour le Maroc, pays de transit qui se retrouve transformé en une vaste salle d’attente avant le passage de l’autre côté (ce n’est pas un jeu de mots), le mal trouve son origine dans ses longues frontières - difficilement contrôlables - avec son voisin de l’Est qui, facteur aggravant, se montre « malicieusement » indifférent. Il trouve également son origine dans l’existence du « prolongement » de l’Espagne, donc de l’Europe, dans ses propres entrailles. Pour les candidats à l’émigration, Sebta et Mellilia c’est déjà l’Europe en plein terre africaine et une porte grande ouverte sur le continent en entier.

    Pour l’Espagne aussi, le mal trouve largement son origine dans ce point précis. La présence espagnole dans ces deux villes, dont l’occupation était autrefois perçue comme un triomphe et une revanche sur la conquête de l’Andalousie par les arabo-berbères (de la vieille histoire !) et une fierté du temps des conquêtes et des explorations, se retrouve, aujourd’hui, subitement source de grands soucis pour Madrid et par là pour toute l’Europe.

    Le caractère « stratégique » de ces deux présides tant vanté par l’Espagne - la droite surtout - s’effrite avec le temps et avec les changements géopolitiques et économiques.

    A défaut de l’être pour l’Espagne, c’est pour les flots des immigrants subsahariens et autres asiatiques que Sebta et Mellilia sont aujourd’hui stratégiques.

    Le profit économique que Madrid a toujours tiré de ces deux villes du fait de la contrebande - principale ressource - ne peut de son côté perdurer avec la mondialisation et la chute des frontières douanières. Leur caractère européen extra-continental ne fait que les transformer en plaques tournantes de trafic de tous genres avec des conséquences dangereuses aussi bien pour l’Europe que pour le Maroc.

    Qu’est-ce qui peut encore justifier pour l’Espagne sa présence dans ces deux villes ? Trêve d’amour propre démesuré et de « nationalisme » trop accentué. Les temps ont changé et plus rien ne justifie cette présence qui constitue un lourd fardeau moral et éthique pour la grande Nation espagnole. Au cas où on l’aurait oublié, Sebta et Mellilia sont le dernier bastion du colonialisme dans le monde, alors que nous vivons au 21ème siècle, ère, dit-on, de respect de la légalité internationale et de l’intégrité territoriale des Etats.

    Quel est cet Espagnol fier - le peuple espagnol est foncièrement fier - qui tolérerait qu’on l’affabule de réaction pour pérennisation d’un tel anachronisme ?

    L’Espagne et le peuple espagnol auront tout à gagner s’ils consentent à rétrocéder enfin au Maroc les villes de Sebta et Mellilia, dans l’entente et la cordialité.

    Répondre, sans heurts, à la revendication marocaine est de nature à rapprocher davantage les deux pays et les deux peuples, à enrayer les risques d’animosité qui en découlent, à éliminer les sources de suspicion et, surtout, à sceller de solides relations de bon voisinage et de coopération sans nuages et marquées par le respect mutuel.

    Le climat de bonne entente qui régit actuellement les relations entre les deux pays est propice pour déclencher le processus de la rétrocession en vue de solder ce différend qu’on fait mine d’ignorer de part et d’autre, mais qui persiste en toile de fond malgré les apparences.

    Au lendemain des derniers événements dans les deux présides, le président du gouvernement espagnol, M. Zapatero, affirmait que l’Espagne « aidera le Maroc par tous les moyens pour lutter contre l’immigration clandestine ». Son ministère de la Justice soulignait, pour sa part, que « la pression migratoire inquiète aussi bien le Maroc que l’Espagne et constitue une question de grande gravité ». Si l’on transpose ces ceux déclarations, on débouchera sur l’axiome suivant : « Aux grands maux, de grandes solutions ». La grande solution ici, pour le deux pays, est de cesser de donner une raison aux candidats à l’immigration clandestine de prendre le chemin du Maroc pour tenter de passer en Europe. Territorialement, l’Europe cessera d’être implantée en Afrique et, sécuritairement, l’Espagne et le Maroc, tout en maintenant leur coopération dans le domaine, concentreront leurs efforts sur la surveillance de leurs côtes et de leurs frontières terrestres...


    L'OPINION
     

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