Etats d'âme

Discussion dans 'Vos poésies' créé par coucou19, 15 Décembre 2010.

  1. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    je me cacherai pour pleurer


    Une fleur pousse au fond de mon jardin
    Dès qu'apparaissent les soleils d'avril
    Elle ramène la chaleur à mon volcan éteint
    Et je sais qu'elle mettra mon âme en péril

    C'est une hirondelle qui vient au petit matin
    Réchauffer mon corps et m'apporter le beau temps
    Elle m'ouvre le coeur d'un geste de la main
    Qui a dit qu'elle ne faisait pas le printemps?

    Je lui faisais part de mes chagrins et de mes peines
    Le soir, quand nous regardions les astres ensemble
    Je la serrais dans mes bras afin qu'elle soit mienne
    A l'idée qu'elle disparaisse un jour, mon coeur tremble


    L'hiver est déjà là, me dit-elle, il est temps de partir
    Adieu amour éphémère, adieu être adoré
    Les oiseaux se cacheront pour mourir
    Et moi, je me cacherai pour pleurer.
     
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  2. Don Quijote

    Don Quijote Bannis

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    j ai du lire le poeme deux fois

    tres beau poeme

    merci d avoir partager
     
  3. russimor

    russimor motatabbi3

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    je confirme, il est très beau, bravo coucou19 et merci pour le partage. tbarkallah 3lik.
     
  4. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    Don Quijote, Russimor,

    Merci d'avoir pris la peine de me lire et ravi que cela vous plaise. J'apprécie également vos commentaires. [06h]
     
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  5. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    Je suis la flamme​




    Je suis l'étincelle qui jaillit du néant
    Je suis le sourire sur les lèvres d'un enfant
    Je suis le bleu azur, le rouge sang
    Je ne vis que par ce que je ressens
    Je suis la terre fertile que la pluie arrose
    Je suis la goutte d'eau qui rafraichit la rose
    Je suis le cri de la femme en colère
    Je suis le chant de l'homme en temps de guerre
    Je suis un guerrier sans arme et sans armure
    Je suis l'homme nu, je suis le coeur pur
    Je survole, telle une alouette, les champs de blé
    De tous les mystères, je détiens les clés
    Je suis le soleil qui fait fondre les murs de glaces
    Je chante l'amour, la beauté est ma grâce
    J'ai vécu la misère, les guerres et les famines
    Les maladies, les fléaux et la vermine
    J'ai survécu aux rois et aux prophètes
    Je renais toujours, je suis la tempête
    J'ai connu Sparte, Rome, Troie et Athènes
    L'Andalousie, La Perse, L'Egypte et Carthagène
    Voyez! De mes cendres renait l'espoir
    Je suis l'âme du monde, je suis votre histoire
    je suis le témoin, je suis le miroir
    de votre conscience, j'écris vos mémoires
    Je suis la lueur dans les nuits ténébreuses
    J'embellis du monde, la face hideuse
    Ma compagne est Vérité, mon amie se nomme Justice
    Je donne! Ma vie est un éternel sacrifice
    Je suis la vague venant du fond de l'océan
    Je suis la force du peuple, l'enfant de l'ouragan
    Par ma plume, j'ai défait des royaumes et des empires
    Je combats, jusqu'à ce que mon âme expire
    Mes vers sont pour l'oreille une douce mélodie
    Mes mots sont pour l'âme un bien infini
    Je sens, je vois, je vis et je pleure
    Le verbe est mon arme et ma seule prière
    Je suis Antara, je suis Hugo, je suis Homère
    Je suis Elkhayam, Rousseau et Voltaire
    Je suis l'être toujours en quête,
    De liberté, je suis le poète.​
     
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  6. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    Un cœur d’enfant


    Je me souviens, il fût un temps
    Il y a de cela plus de trente ans
    J’étais un gamin au cœur vaillant
    Et j’allais toujours au gré du vent
    Quand j’étais un enfant

    On me disait beau garçon
    C’est vrai que j’étais charmant
    Et que j’avais un visage mignon
    De beaux yeux et un sourire séduisant
    Le sourire d’un enfant

    Je courais pieds nus dans les champs
    Bien que je prenais le sein de maman
    Mais je m’en moquais éperdument
    Du moment que j’étais content
    J’étais juste un enfant

    Je ne connaissais ni tristesse ni tourment
    Et même si on me grondait très souvent
    En me faisant mille et un sermons
    Je gardais toujours cet air insouciant
    Je n'étais qu'un enfant

    Ô nostalgie, quand tu me prends
    Je revois souvent mes amours d’antan
    Quand je me prenais pour le roi lion
    Alors que je n’étais qu’un bouffon
    Pauvre petit enfant

    Ô souvenirs de mes cinq ans
    J’aimerai vous garder jalousement
    Pour pouvoir savourer chaque instant
    De bonheur, et rester éternellement
    Ce doux petit enfant

    Aujourd’hui du haut de mes quarante ans
    Il m’arrive de chercher très profondément
    Quelque chose de doux et de réconfortant
    Que j’ai, depuis, enfoui secrètement
    Dans mon petit cœur d’enfant.


    Je dédie ce poème à tous ceux qui gardent encore leur enfance dans le coeur...
     
  7. odejiste

    odejiste Pervers Certifié

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    Merci beaucoup pour la musique et la poésie.

    Tu as bien su décrire notre enfance !
     
  8. kechia

    kechia Accro

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    Extraordinaire...tu as une plume d'un pro
    bravo et bnne continuation
     
  9. russimor

    russimor motatabbi3

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    je confirme [35h], merci pour la partage fréro
     
  10. سماهر

    سماهر اللهم صلى وسلم علىه

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    exquise rime!



    Je m'incline devant tant de professionnalisme !
    Tu manie ta rime avec habilité tbarekellah 3lik ​
     
  11. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    Merci à vous tous, mes amis !
     
  12. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    Un Homme est passé par là...


    -Pourquoi pleures-tu mon enfant?
    -Mon père me manque énormément.
    -Mais nous mourrons tous un jour, vois-tu! .
    -Je sais, mais moi je ne l'ai pas connu .
    -Viens-là, je vais te raconter comment ton père est mort et comment il a vécu...

    Mon fils, sache que ton père était vaillant
    De ces hommes qu'on ne rencontre pas souvent
    Mais qu'une fois fait, on n'oublie pas vraiment
    Mon fils, ton père sera toujours présent
    Dans nos coeurs et dans nos mémoires, vivant

    Sache que ton père était un homme pieux
    Qui faisait du bien et connaissait Dieu
    Il jeûnait en silence et était toujours en prière
    Même si de loin, il n'en donnait pas l'air

    Moi, je l'ai toujours connu joyeux
    Avec sa magie, il rendait les gens heureux
    Il ne tenait, ô jamais, rancune
    Sa bonté était sa seule fortune

    Mais quand, un jour, le ciel est devenu gris
    Dès lors, on ne distinguait l'ami de l'ennemi
    Et bien que nous étions au bord de l'hécatombe
    Lui, ne pût accepter qu'on tombe

    Hélas, le destin a voulu qu'il en soit ainsi
    Qu'il meurt en défendant sa patrie
    Et si deux balles assassines l'ont touché
    Il ne fût, le moins du monde, humilié

    Et pendant que le souffle, lentement, le quittait
    Il ne cessait de prier Dieu et de le louer
    Et qu'enfin, quand son heure est venue
    Il sourit humblement et puis mourût

    Depuis, les choses ne sont plus les mêmes
    Nos coeurs sont tristes et nos visages blêmes
    Les fleurs sont fanées et les couleurs ont terni
    Mais je sais que le Seigneur, là-haut, le bénit.

    Dis-toi que si, hélas, tu as perdu un père
    Désormais, moi aussi j'ai perdu un frère
    Mon enfant, il faut que tu sois fier
    Reprends son chemin et n'aie plus peur

    Enfin, rappelle à tous ceux qui vivent ici-bas
    Qu'on peut se flatter d'être de ces hommes là
    Et si, toutefois, cela ne suffisait pas
    Dis leur, juste, qu'un Homme est passé par là.


    Ce poème est un hommage à la mémoire de mon ami et frère A.B tué par deux balles en plein coeur en ce même mois de l'année 1996.
     
  13. سماهر

    سماهر اللهم صلى وسلم علىه

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    salamo 3alaykom

    llah yrahmou w yrham jami3 mawta lmouslimine

    Chapeau bas !Que dire de plus ?!
     
  14. russimor

    russimor motatabbi3

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    très beau poème, quel talent, quel gout, je suis émerveillé par une telle simplicité raffinée, merci encore pour ton partage, je salue ta richesse, je te salue mon frère.
     
  15. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    Je vous salue également mes chers ami(e)s. Et merci pour vos chaleureux commentaires.
     
  16. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    [video=youtube;m4kRciR7Eo4]http://www.youtube.com/watch?v=m4kRciR7Eo4[/video]



    Nostalgie



    Où êtes vous passés mes amis, mes frères, mes soeurs
    Ne reste-t-il donc de vous, que ces ombres solitaires!
    Où est passée cette joie qui, jadis, flottait dans l'air
    Où sont donc ces chérubins, si chers à mon coeur
    Pourquoi n'ai-je pas entendu leurs cris, leurs rires, leurs pleurs
    Où êtes-vous! Répondez! Qui sont ces fantômes qui me font peur?
    Parlez! Juste murmurez! Dissipez mon angoisse, ma frayeur
    Répondez moi! Je suis revenu, là, dans cette cité, où j'erre
    Seul, entre ses murs froids, ses remparts, ses couloirs funèbres
    Où es-tu grand-maman, où es-tu grand-papa, où est votre douceur
    Où est le pain chaud cuit sur la braise, les fruits amers
    Qu'on cueillait dans les bois, parfois même avant l'heure
    Serait-ce le temps, qui nous éloigne et qui nous diffère?
    Serait-ce des moments si précieux, pour être si éphémères?
    Répondez moi! De grâce! Mon coeur est si triste et je pleure
    Mes anciens amis, mon enfance gaie, mon jardin et ses fleurs
    Le parfum des roses, des jasmins, toutes ces odeurs
    Ô souvenirs, Souvenirs! Revenez, égayez mon coeur
    Éteignez ce feu qui me consume, calmez ma fureur
    Suis-je donc si seul, en ce bas monde, sur cette terre
    Pour ne trouver personne pour m'écouter, me consoler quand je pleure
    Je ne puis accepter ce sort. Non! Non!... Mais que faire!
    Mon Dieu! Guidez-moi, je sais que votre voie et si claire
    Dans votre miséricorde, votre bonté, je crois et j'adhère
    Faites que reviennent mes amis, mes frères, mes soeurs
    Mes parents, ma famille, tous ces êtres si chers
    Ces doux souvenirs de mon enfance, de mon village prospère
    Où coulaient des jours heureux, sans malheur, sans misère
    Ô oui, Une vie paisible, heureuse, meilleure
    Nous étions, tour à tour, des bergers, des rois, des seigneurs
    Rendez moi mon enfance, insouciance, je ne veux que ça sur terre
    Je ne désire ni richesse, ni gloire, je ne veux être fier
    je cherche juste mon chemin, ici-bas, mon bonheur
    Tel un mendiant, un ermite s'accrochant à sa prière
    Ô Seigneur! Accordez moi ça dans une dernière lueur
    Juste un dernier souffle, avant que je meurs.​


    Musique: "Naval" composée par Yann Tiersen, Bande originale du film "Tabarly" - 2008.
     
  17. coucou19

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    La Traversée du Désert​



    [video=youtube;JuAGBriK_Og]http://www.youtube.com/watch?v=JuAGBriK_Og[/video]


    1-L’errance

    Je marchais sans savoir comment je m’étais retrouvé dans cet immense océan de sable. Je ne voyais que du sable, rien que du sable, imposant la même vue à l’infini. Seules des dunes, telles des vagues ondulantes, pouvaient transgresser ce paysage à la fois féérique et effrayant. Comment m’étais-je retrouvé dans cette terre aride qui m’était étrangère et pourquoi étais-je seul, si seul ? Où étaient passés tous ceux que j’aimais et pourquoi n’étaient-ils pas là, juste au moment où j’avais besoin d’eux ?

    Parfois, et dans certaines circonstances de notre existence, nous nous retrouvons contraints d’accepter les choses qui se présentent devant nous, même si nous n’avons pas d’explications ni de réponses à ce qui nous arrive, par courage ou peut être simplement par résignation. Je pris alors la décision d’aller de l’avant et d’affronter ce désert si impressionnant et advienne que pourra. La pire des choses qui pouvait m’arriver était de mourir et, si cela était mon destin, j’étais prêt à l’accepter. En pensant ainsi, je n’étais pas encore conscient que j’allais vivre l’aventure la plus mystérieuse de ma vie.

    Un soleil de plomb me tapait sur la tête qui commençait, d’ailleurs, à bouillonner et à me faire mal, au point où ma vue s’embrouillait et mes oreilles bourdonnaient. Je suais beaucoup et j’avais soif, terriblement soif. Une soif inhabituelle, différente de celle que nous ressentons quand nous manquons d’eau. Mon corps avait soif, mais une voix me disait, dans mon for intérieur, qu’il ne s’agissait pas d’eau, mais d’un besoin tout autre. Je ne savais pas de quoi il pouvait s’agir et je n’avais pas la possibilité, ni les facultés nécessaires, de réfléchir et de penser à tout çà. L’unique chose qui comptait pour moi, à ce moment, était de trouver une issue à la situation dans laquelle je me trouvais et par n’importe quel moyen. J’étais prêt à aller jusqu’au bout, car dans la vie il faut savoir vivre son destin jusqu’à sa fin.

    Voilà déjà plusieurs heures que j’étais dans cette situation et mon état ne s’améliorait guère, bien au contraire. Mes facultés physiques s’amenuisaient de plus en plus et je commençais même à perdre quelques unes de mes facultés mentales. La fatigue et la chaleur étaient, certes, mes premiers adversaires mais il y avait aussi cette chose atroce qui vous tue lentement et qui vous ronge de l’intérieur. Oui, cette bête noire que j’avais souvent l’occasion de côtoyer dans la vie et qui, cette fois, venait de trouver un terrain propice pour venir se vautrer et finir de m’achever. C’était la solitude. On m’avait souvent dit qu’un mal partagé était un moindre mal et je commençais à le vérifier à mon insu. La solitude est une amie capricieuse. Elle peut vous guérir d’une blessure, d’une déception ou d’une trahison, vous tenir compagnie pour un temps et même devenir votre maîtresse. Mais dès qu’elle a le dessus, dès qu’elle sent que vous êtes entre ses mains, que vous n’êtes qu’à elle seule, que vous lui appartenez elle devient, alors, votre propre geôlier.

    J’avais donc besoin d’eau, d’un peu de nourriture pour me remettre sur pied mais j’avais surtout besoin de compagnie, d’un être à mes côtés avec qui je pourrais parler, lui faire part de ma souffrance. Un être qui pouvait m’encourager, me soutenir et même tenir ma main quand ce serait la fin.

    Sept jours et Sept nuits passèrent ainsi et je n’étais plus que l’ombre de moi-même. J’avais presque perdu toute l’eau que contenait mon corps ainsi que le tiers de mon poids. Je marchais péniblement, avec nonchalance. A vrai dire, je rompais plus que je ne marchais puisque je n’avais plus la force de me mettre debout et mes pauvres jambes ne pouvaient plus me soutenir. Cette fois, je sentais ma fin proche et mon cœur commençait à être pris d’un sentiment du moins étrange, un sentiment proche de l’angoisse mais qui n’était pas tout à fait ça. C’était plus profond et qui donnait, surtout, l’impression que la situation était irréversible. C’était la peur de la mort, sans doute. Pourtant, dans ma vie, j’ai eu souvent l’occasion d’approcher la mort sans ressentir cette peur, du moins pas avec cette force. Pourquoi, alors, avais-je si peur de mourir, maintenant, puisque j’étais toujours conscient qu’un jour ou l’autre je devrais affronter cette fatalité?

    Et puis, j’avais compris que ce n’était pas la mort elle-même qui me faisait peur mais surtout le fait que j’allais mourir seul. C’était donc ça, la solitude, encore elle, qui venait me rendre visite avec son voile noire, accompagnée, cette fois, par sa meilleure alliée dans le temps : la mort. Soudain, un sentiment de rage et de colère me prit. Je ne pouvais plus accepter cette servitude inconditionnelle que je vouais à cette compagne de malheur, à cette alliée du diable qu’était la solitude. Je ne pouvais et ne voulais mourir seul. Hélas, ce n’était qu’un dernier sursaut de dignité.

    L’épuisement finit par avoir le dessus sur mon corps et mon esprit et je n’avais plus la force de bouger. Je me laissai aller avec amertume aux derniers désirs de ma destinée et j’acceptai avec résignation sa sentence. Je reposai lentement ma tête sur le sable brûlant en fermant les yeux. Je sentis les grains de sable pénétrer dans mes narines et sur mes lèvres desséchées pendant que je respirais péniblement. Tout en haletant comme une bête qu’on dépose sur un autel, Je sentis à cet ultime instant de la vie, le besoin réel de pleurer.

    Bien que je croyais que mon corps ne contenait plus aucune goutte d’eau, par miracle, une larme parvint à couler sur ma joue, puis je perdis conscience…


    A suivre...
     
  18. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    [video=youtube;lwXAvG7DjZw]http://www.youtube.com/watch?v=lwXAvG7DjZw[/video]



    2- L’attente

    Quand je rouvris les yeux c’était plus parce que la lumière, trop persistante et trop forte, me forçait à le faire que par envie. En vérité, je ne savais même plus si j’étais encore en vie ou si j’étais bel est bien mort, si j’étais sur terre ou si j’avais déjà rejoins ma dernière demeure. Comment pouvais-je le savoir alors que je n’étais jamais allé aussi loin dans la rencontre de la mort et que je ne pouvais savoir à quoi pouvait réellement ressembler l’au-delà? Je faisais confiance à mon destin et je me cramponnais autant que je pouvais à ma foi. Que de fois n’avais-je pas été au pied du mur, que je ne pouvais faire confiance en quoique ce soit, que je n’avais plus envie de continuer à me battre, et voilà que ma foi, telle le dernier gardien d’une forteresse inviolable, me faisant changer d’avis, me remettait debout pour me lancer une fois de plus dans une des aventures mystérieuses de la vie. Je savais que là, ma foi était encore forte et qu’elle allait encore me donner la force nécessaire pour m’en sortir.

    Toujours étendu sur le sable, le corps blessé, l’âme meurtrie et un cœur toujours accroché à un espoir que je ne savais s’il était réel ou simple illusion. Quand on est proche de la mort, tout devient obsolète. La vie, les choses de la vie, ne comptent plus à ce moment là. Je regardais, néanmoins, en arrière pour revoir mon parcours sur terre, ce qu’ était ma triste vie, et étrangement tous les souvenirs de mon passé surgirent comme les images d’un livre illustré.

    Je revis ma tendre mère me caressant les cheveux pendant qu’elle me prenait dans ses bras, un sourire affectueux illuminant son visage. Mon père, m’apprenant à bricoler dans le jardin, tout en me donnant de temps à autre quelques conseils simples mais qui en disaient long sur l’avenir. Je revis mes sœurs, mes cousins jouant avec moi, se chamaillant entre eux pour un mot, une blague, dans une atmosphère remplie de joie et de bonheur. Je revis mes réussites, mes défaites, mes joies, mes déceptions, mes peines, mes douleurs, le mal qui m’a souvent fait pleurer. Je revis les hommes et les femmes qui ont croisé mon chemin, parfois pour une vie parfois pour un moment de la vie, laissant derrière eux toujours cette nostalgie qui ne me quitta jamais et ressurgit encore maintenant. Je revis tous les moments passés seul, méditant sur la raison de mon existence, de notre existence. Je revis les rares moments de plénitude qui m’avaient procuré, à chaque fois, un délicieux sentiment de pureté et d’extase. Je revis aussi tout le mal que j’avais fait aux autres, mes proches, ceux que j’aimais, qui me faisaient confiance, qui m’avaient soutenu et aimé sans conditions. Là, je sus combien j’avais été loin de mon idéal d’enfant, celui que je voulais atteindre sans jamais baisser les bras, le seul qui me paraissait valoir la peine de supporter les souffrances terrestres, infligées par les hommes à d’autres hommes.

    Ô combien, j’étais loin de mon idéal d’enfant ! Et voilà qu’un frisson me parcourut le corps et pour la première fois, je pleurais, sans avoir pu verser une seule larme, de remords et de regrets.

    J’avais, toute ma vie, tenté de surpasser mes peurs et mes angoisses pour aller au-delà et atteindre les objectifs que je m’étais fixé. J’étais ambitieux, exigeant, trop exigeant, à la limite du perfectionnisme et cela avait sans doute forgé mon caractère. J’avais, toujours, travaillé avec acharnement et abnégation pour réussir, pour être le meilleur, pour être tout simplement heureux. J’avais pris tous les chemins sinueux pour atteindre cet objectif, le bonheur. Je me rendis compte, là mourant dans ce désert effrayant, qu’il n’en était rien. J’étais effroyablement seul, et incroyablement malheureux. Pourtant, je me souvins de moments de bonheur que j’avais vécu, que ce n’était pas le fait de ma simple imagination, mais ce n’était que des souvenirs, hélas, perdus à jamais.

    J’attendais la mort, qui ne voulait pas venir. J’attendais ma fin mais elle se jouait de moi, comme si elle voulait mettre mon orgueil et ma fierté, ou ce qui en restait, à terre. Cette terre, à laquelle j’allais retourné indéniablement. Il fallait que je me défasse de toute vanité, de tout sentiment d’orgueil, de tout sentiment impur avant de mériter cette terre qui, elle, était pure, ne donnait que ce qui était pur et ne devait, de ce fait, accepter que ce qui était comme tel. Peut être que ma dépouille allait être dévorée par quelques vautours ou des chacals en quête d’une proie facile dans ce milieu hostile, pour finir en os sans chair nettoyés par des insectes ou autres petits reptiles. C’est peut être tout ce que je méritais à la fin de ma vie.

    Ô combien l’homme peut se sentir fort, puissant, invincible quand il n’a jamais courbé l’échine, plié le genou, ni abdiqué devant la fatalité. L’homme n’est conscient de sa faiblesse que quand il se trouve confronté à plus fort que lui. J’abdiquai encore une fois quand ma face frôlât le sable. Maintenant, ce sable sec et aride souillé par des créatures que je croyais plus faibles que moi, me caressait le visage sans délicatesse comme le bourreau caresse la tête de sa victime avant de la lui couper. Moi, je n’étais victime que de mes errances et de mon arrogance. J’étais l’homme qui s’acharnait à chercher son bonheur là où il ne le trouvera point et qui n’acceptait de le reconnaitre. J’étais l’homme qui se croyait plus fort que son destin et qui se vantait de pouvoir en changer le cours. J’étais l’homme qui , sans état d’âme, répétait les mêmes erreurs et ne s’en décourageât jamais. Là, j’étais devenu l’être pitoyable et mesquin qui n’espérait que l’indulgence d’une mort apaisante et d’une terre accueillante.

    Comme, quand j’étais enfant, cette souffrance que j’endurais seul dans ce désert impitoyable commençait à me purifier le cœur. Comme, quand j’étais enfant, je prenais conscience de ma grande fragilité, perdu dans cette nature dont la force était inégalable. Et, comme un enfant, je cherchai la protection d’une âme bienveillante. Instinctivement, Je recherchai de nouveau la protection de mon Créateur car Lui Seul était présent avec moi dans cette souffrance , et Lui Seul pouvait m’en sortir. Pour la première fois, depuis le début de cette mésaventure, j’eus le besoin de prier.

    Seigneur !
    Dieu des cieux et de la terre
    Ô Toi qui est plus près de mon cœur
    Que ma propre veine jugulaire
    Aie pitié de ton humble serviteur
    Aie pitié de moi, pauvre pécheur

    Seigneur !
    Dieu des cieux et de la terre
    Je n’ose vous demander de décaler mon heure
    Je vous demande juste un peu de douceur
    Dès que le souffle quittera mon âme et mon cœur

    Seigneur !
    Dieu des cieux et de la terre
    Je ne cherche l’éternité sur terre
    Si Votre décision est que je meurs
    Alors je l’accepterai avec bonheur

    Seigneur !
    Dieu des cieux et de la terre
    Exaucez un vœu qui m’est cher
    Avant que je n’ailles à ma dernière demeure
    Faites que je ne partes pas solitaire

    Seigneur, faites que je vois Votre lueur !
    Seigneur, faites que je vois Votre lueur !


    A suivre...
     
  19. coucou19

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    [video=youtube;5nPK5K7ri6Q]http://www.youtube.com/watch?v=5nPK5K7ri6Q[/video]

    3- La rencontre

    Seigneur ! Faites que je vois Votre lueur … et je l’ai vu.

    C’était le crépuscule et la nuit commençait à couvrir de sa douce fraicheur toutes les créatures du désert. Depuis tout enfant la nuit me fascinait. Autant elle me faisait peur car je m’y sentais seul et abandonné, autant j’en gardais des souvenirs indélébiles. Elle me procurait paix et sérénité et avec l’âge, elle me tenait compagnie et m’écoutait parler tout seul de ce qui me faisait de la peine. La nuit est à la méditation ce que la clairvoyance est à l’esprit. Et sans prêter vraiment attention, je la voyais toujours annonciatrice d’une bonne nouvelle. N’est ce pas, en effet, la nuit qui précède la lumière du jour ?

    A mesure que l’obscurité s’avançait, une lueur s’annonçait dans le ciel. Au début, je pensais plus à la lumière du soleil couchant, mais cette dernière augmentait d’intensité avec la tombée de la nuit au point où, en l’espace d’un moment, le ciel s’était transformé en un merveilleux tableau noir illuminé par des faisceaux lumineux tels des éclairs tombants du ciel. Je savais que quelque chose d’extraordinaire allait m’arriver. Péniblement, je me redressai et me mis debout. Je voulais tout voir et ne rien rater de ce spectacle inhabituel, mais surtout, je me devais d’accueillir debout et dans la dignité cette chose qui m’était, sans doute, destinée. Oui, je ressens toujours quand quelque chose d’exceptionnel s’apprête à bouleverser ma vie, et mon instinct me trompe rarement. Je le sais quand mon cœur est pris par ce sentiment unique que l’on ne ressent qu’au bout d’une longue souffrance ; quand on ne peut plus résister et qu’on décide de lâcher prise. Cet ultime instant où on hume ce parfum singulier du bout de la nuit, juste au moment où le jour décide enfin de se lever.

    Je regardais ainsi de loin cette lumière se dessiner de plus en plus clairement et qui, maintenant, prenait la forme, non plus d’éclats lumineux, mais plutôt d’un voile de lumière survolant le ciel noir de mon désert. Mes yeux ne pouvaient quitter cette vue fascinante d’autant que l’objet de mon attention se dirigeait, cette fois, clairement vers moi. J’étais toujours debout et je n’avais pas peur. J’étais maintenant prêt à entamer la dernière étape de mon aventure et je n’avais pas peur, car la peur était désormais derrière moi. Plus elle s’approchait du lieu où je me situais et plus un sentiment très étrange m’envahissait. Je ressentais de la légèreté dans mes mouvements et enfin de la joie dans le cœur. La chose s’avançait à grande vitesse, maintenant, et elle venait directement vers moi ; mon destin m’ayant donc guidé jusqu’à ce lieu désertique dans un but unique, la rencontrer. Je fermai les yeux et j’attendais.

    Et c’est alors que tous les souvenirs intenses de ma vie, ceux qui avaient marqué mon existence d’amour et de tendresse ressurgirent. Je me sentais véritablement heureux. La chose m’enlaçât, me prenant sous les bras avec autant de tendresse qu’une mère prenant son enfant chéri ou qu’une femme aimante étreignant l’homme de sa vie. Ô Dieu !! que l’étreinte d’une femme aimante est merveilleuse. C’est la plus belle chose qu’un homme puisse vivre. Je sentis mes pieds fléchir mais je pouvais, sans crainte, me laisser aller dans son étreinte sans risquer de tomber. L’objet de mes rêves était là pour me soutenir. Je crois que ce moment a duré le temps d’une éternité, le temps qu’il fallait pour effacer tout le mal qui me rongeait le cœur, le temps qu’il fallait pour que je redevienne enfin moi-même. Je voyais enfin les choses avec le regard d’un enfant qui venait de naître.

    « Je suis là », me dit-elle presque en chuchotant au creux de mon oreille. Elle était sensible à mon émoi et ne voulait, sans doute, pas m’effrayer d’avantage. Je voulais lui dire que je n’étais plus effrayé, que la peur a cessé d’exister dans mon cœur au moment où elle m’était apparue. Je voulais lui dire que plus rien ne me ferait peur ni mal puisqu’en sa présence mon être a pu retrouver sa voie. J’avais tellement espéré la rencontrer que c’était devenu un rêve, j’avais tellement besoin d’elle que rien d’autre n’avait d’importance à mes yeux. Je savais qu’elle ne me décevrait pas et que mes prières seraient, un jour, exaucées.

    - Sais-tu qui je suis ? reprend-elle, avec la même voix douce.
    - Non, … mais je sais que tu es là pour moi, le reste n’a pas d’importance.
    - Je suis venue car tu avais besoin de moi.
    - J’ai toujours su que tu viendrai un jour.

    Après un moment de silence, elle reprit :

    - Ton âme est troublée, je le sens.
    - Oh oui !, lui dis-je, en la serrant cette fois très fort dans mes bras, comme si je voulais mieux lui faire ressentir mon désarroi.
    - Je ressens ton mal.
    - Je n’aurai plus mal, dorénavant, maintenant que tu es là je n’aurai plus mal... Serre-moi très fort.

    Elle me serra encore, dans ses bras, aussi fort et aussi longtemps qu’il fallait pour que je renaisse à nouveau. Elle me relâcha alors, pendant que j’entrouvris les yeux pour la voir, enfin. Elle avait l’aspect d’une femme baignant dans la lumière et avait le visage de la petite fille de mes rêves. Elle me souriait de ce sourire qui vous apaise le cœur. Je n’arrivais plus à détourner mes yeux de son visage. J’avais l’impression d’y voir le soleil briller lors d’une journée printanière et dans ses yeux je pouvais ressentir la tendresse d’une femme qui n’a aimé qu’une seule fois. J’avais l’impression d’avoir conquis le monde des années durant et d’avoir, enfin, gagné la félicité.

    Elle était lumière, elle était cristal
    Et de mon cœur, elle extirpât le mal

    J’étais en présence du bonheur, j’étais en face de l’être que j’ai cherché depuis si longtemps et je ne devais pas laisser passer ma chance, une fois encore. Une fois encore car j’avais terriblement peur, peur de la perdre aussi vite que je l’avais trouvé et cela était compréhensible. Toute ma vie j’ai eu à perdre le bonheur que je caressais de loin et que j’espérais longuement à chaque fois que le destin le présentait à moi, jusqu’à ce que je sois convaincu que ce dernier n’était qu’un mirage qui vous faisait rêver mais qu’il était, en fait, impossible d’atteindre réellement. Alors une fois encore, j’étais terrifié à l’idée de perdre cette douce créature qui venait me rendre visite et briser ma terrible solitude. Voulant la garder auprès de moi éternellement, je devais faire une prière sincère et espérer mériter enfin le bonheur avec l’objet de ma quête sur terre. Je me rendis alors seul vers un endroit à l’écart. Il faisait nuit et je savais que les prières nocturnes y sont les plus sincères. Sur le flan d’une dune je me suis assis alors et j’ai pleuré.

    Seigneur, c’est elle que j’attendais depuis mon enfance
    C’est pour elle seule que je gardais mon innocence

    C’est elle dont je garde tous les rêves
    Le seul être qui faisait, à ma misère, une trêve.

    C’est elle qui enveloppait mon cœur de douceur
    A chaque fois qu’il gonflait de peine et de douleur

    Elle est l’objet de mes rêves, elle est mon amour
    Celle qui fût ma bien aimée depuis toujours

    Elle est l’être qui attendait que je paraisse
    Celle qui m’eut été destinée même avant que je naisse

    Celle que je voulais toujours voir
    Sans même vraiment le savoir

    Seigneur, épargnez moi le feu crépitant de l’enfer
    Qui, bien qu’invisible, jonche mon chemin sur terre

    Seigneur, je ne veux que la paix sur terre
    Je sais que, sans elle, je n’y parviendrai guère

    Elle est mon amie, ma campagne, elle est ma fille et ma mère
    Elle est mon âme, elle est mon âme, elle est mon âme sœur.

    Le visage défiguré par la douleur et les pleurs, je répétais cette prière indéfiniment jusqu’à ce que je m’endorme sans m’en rendre compte.

    Quand je me réveillai elle était assise près de moi, sans me regarder. Elle contemplait le ciel bleu et clair de ce désert chaud et chaleureux. Ce désert qui est devenu ma terre d’accueil après qu’il fût ma terre d’exil. Il est vrai que quand l’être aimé vous manque, le monde dans toute son immensité vous paraît totalement dépeuplé. Je n’étais plus seul mais j’avais néanmoins très peur. Toujours cette peur de perdre les choses précieuses qui vous arrivent après une longue attente et vous paraissent extrêmement fragiles et éphémères.

    - J’ai entendu tes prières… Toute la nuit j’ai entendu tes prières, me dit-elle, enfin.

    Un silence s’en suivit… J’attendais qu’elle poursuive en me disant que je n’avais rien à craindre et que je ne la perdrai plus jamais. Qu’il était inutile d’avoir peur du futur, car le bonheur était devant, le bonheur d’être avec elle. Mais rien de tout cela, et je savais ce que cela voulait dire pour l’avoir souvent vécu. Ce silence est devenu gênant pour moi et, sans doute, pour elle aussi. Maintenant, Je regardais le ciel bleu dans la même direction qu’elle. Nous savions, tous les deux, que la douceur, que je venais de vivre la nuit dernière avec elle, allait naturellement prendre fin. Naturellement, parce que je ne sais même plus pourquoi tout ce qui était beau devait céder la place à ce qui était moche et triste, dans cette vie. Que tout ce qui était noble et authentique devait être souillé par tout ce qui était faux et vil. Je commençais à me résigner à l’idée que, tout comme la nature avait horreur du vide, la vie, quand à elle, avait horreur de tout ce qui pouvait être beau et vrai. Je n’étais même plus déçu autant cette situation m’était coutumière.

    A suivre...
     
  20. coucou19

    coucou19 Visiteur

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    4- La Vérité

    Toujours assis l’un à côté de l’autre, nous regardions le lointain horizon, comme si notre destin était ailleurs. Nous étions silencieux, mais je savais que la sérénité, que nous affichions tous les deux, avait pour origine cette tendresse qui baignait nos cœurs. Ce que nous étions en train de vivre était unique, et même si c’était éphémère dans le temps, ça ne pouvait être qu’éternel dans nos cœurs et nos mémoires. Sans me regarder, elle dit :

    - Ô étranger ! mon cœur est aux couleurs de l’arc-en-ciel. Il est le rouge couleur du sable de ce désert torride. Il est le bleu du ciel limpide et sans orages. Il est aussi le jaune du soleil brûlant de ces journées qui se suivent et qui se ressemblent. Il en a toujours été ainsi, jusqu’à ce que tu sois là. Toi, tu y a rajouté le vert, la couleur que je n’ai jamais connue dans la solitude de ce désert et que je n’aurai jamais pu voir, si tu n’avais pas été là. Je suis ton âme, et je demeurerai tienne pour l’éternité.

    Que ces mots étaient doux pour mon âme meurtrie, et qu’ils étaient cruels aussi. Combien de fois avais-je entendu me dire ces mots pour me retrouver seul, à la fin. Ils étaient comme un baume pour mon cœur triste, et qui ne servait à retenir sa saignée que le temps d’une rupture. Mais je savais qu’elle était sincère et que le lien qui nous unissait ne pouvait être rompu, désormais. Je savais que si elle devait partir ce n’était nullement par manque d’amour, et que les sentiments qu’elle me vouait été nobles et éternels, tout comme les sentiments que j’avais toujours eu pour elle. J’étais presque gêné d’espérer plus que cet amour, de désirer autre chose que de tendres sentiments sincères. Je me sentais même chanceux d’avoir pu rencontrer mon âme sœur, celle que beaucoup n’ont pas eu le privilège de trouver, ni la chance d’imaginer. Oui, j’avais de la chance et je ne devais exiger plus que ce que j’avais déjà vécu car je ne pouvais, tout simplement, mériter plus.

    Je lui dit :

    - Ô douceur ! Tu es toutes les couleurs que la terre ait pu enfanter. Tu représentes tout ce que j’ai aimé, tout ce que j’aimerai toujours. Tu es le noir de mes nuits ténébreuses, témoins de mes peines profondes. Tu es le rouge de mes passions folles, celles qui ont toujours enflammé mon cœur. Tu es le bleu azur de mes espérances éternelles et de mes rêves sans limites, et le blanc de la pureté de l’enfant que j’ai été.

    - L’enfant dont tu gardes toujours le cœur.

    - Mon cœur a cessé d’être celui d’un enfant depuis déjà bien longtemps, car l’enfant a cherché son idéal et ne l’a jamais vraiment trouvé. Il a alors erré pendant si longtemps qu’il a perdu le gout du bonheur. Ce que je cherche sans jamais trouver, autour de moi, auprès des hommes et des femmes que j’ai pu aimer. Il me manquait toujours cette douceur qui fait que ceux qui ont la chance de vivre, deviennent invulnérables à la souffrance. Aujourd’hui, je souffre.

    - Ne plains pas ton sort car ce que tu crois percevoir comme bonheur chez d’autres n’est, souvent, qu’un leurre. Beaucoup d’hommes et de femmes n’ont jamais connu le bonheur et tentent de cacher leur tristesse dans les plaisirs de la vie terrestre. Ils ne connaissent de l’amour que les plaisirs de la chair et ne se reconnaissent que dans les jouissances éphémères. Ce sont des égarés, et tant que leurs larmes ne couleront pas, brûlantes sur leur joues, ils ne pourront gouter à la douceur d’aimer et d’être aimés. Ils ne sauront jamais que même s’ils réussissent dans la vie, ils ne réussiront jamais leur vie, et que cette vérité les éloignera toujours du bonheur qu’ils recherchent en vain. Peu d’hommes parviennent réellement à comprendre que la paix que tu recherches est difficile à trouver. Le bonheur, l’amour que tu as toujours tenté de vivre, ne peuvent être à la portée de tous. Seuls les bienheureux ont droit à cette plénitude et rares sont ceux qui y parviennent vraiment. Le véritable amour et le bonheur éternel ne s’acquièrent qu’avec une âme en paix, et cette paix est l’unique objet que tu ne peux acheter avec de l’argent, fût-ce tu le plus riche des hommes; et l’unique convoitise que tu ne peux acquérir par la force, fût-ce tu le plus fort des hommes. Mais bien qu’elle soit aussi inaccessible et lointaine, elle est aussi aisée d’obtenir que de remplir une coupe vide d’une eau pure et limpide; car le secret est de savoir trouver la source de laquelle tu puiseras l’eau limpide du bonheur.

    Et la lumière jaillit ! Avec elle, tout paraissait simple et clair comme l’eau de roche. Vouloir le bonheur éternel c’était d’abord le mériter et je ne pouvais le prétendre. N’ai-je pas, au moins une fois dans ma vie, envié les autres pour ce que je ne pouvais être. N’ai-je pas, au moins une fois dans ma vie, désiré quelque chose qui ne m’était pas destinée. N’ai-je pas, au moins une fois dans ma vie, menti par cupidité ou par lâcheté. N’ai-je pas trahi, trompé ou fait de la peine à quelqu’un? Je l’ai, sans aucun doute, fait et cela était suffisant pour m’éloigner du bonheur que je recherchais.

    De la douleur naît la vérité et de la souffrance jaillit toujours la lumière. Celle qui permet de retrouver sa source, d’y revenir après l’égarement et l’errance et d’aller vers la quiétude. Un chemin long bordé de chardons et d’épines, mais sur lequel jaillissent, de temps à autres, des points d’eau frais pour ceux qui ont le cœur de continuer afin de s’abreuver et de trouver refuge sous l’ombre d’un arbre, avant de reprendre leur route.

    J’avais enfin compris que l’amour, que j’avais pu vivre grâce à elle, était plus beau pour qu’il puisse être captif d’un lieu ou d’un moment. Il m’avait permis de ne plus dépendre ni du temps ni de l’endroit où je devais être. Son amour m’avait fait transcender vers des cieux plus hauts, où l’amour est unique, est un. En me retrouvant, seul dans ce désert, j’avais terriblement soif, de cette soif qui ne pouvait être étanchée avec de l’eau. Après sa rencontre, je n’avais plus soif, je m’étais désaltéré à la source intarissable de son âme. J’avais retrouvé la foi. J’étais en paix. J’étais libre!


    J’ai longtemps cherché le bonheur, et je n’ai trouvé que le plaisir
    J’ai longtemps cherché l’amour, mais je n’ai trouvé que le désir
    J’ai toujours cherché l’amour sain; enfin, j’ai trouvé l’amour divin
    L’amour en mon cœur est infini; désormais, c’est à Dieu qu’il me lie.

    C’est ainsi que s’achevait mon aventure, c’est avec cette vérité que prenait fin ma traversée du désert. Ce désert qui commençait déjà à me manquer, tellement son empreinte en moi avait été forte. Et bien qu’il m’ait fait souffrir comme jamais je ne l’avait été, et bien que j’y avais vécu les pires tourments de mon existence, je ne pouvais oublier qu’Il m’avait aussi accueilli et ouvert ses bras pour me prendre en son sein et changer ma voie, à jamais. Je me retournai, une dernière fois, pour saluer cet étrange ami qui, au début, m’effrayait. Et comme un naufragé saluant l’île perdue qui l’avait sauvé, je lui étais reconnaissant pour m’avoir permis de trouver l’unique chose qui me manquait véritablement: la paix de l’âme.

    Fin.
     

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