Exclusif. Dans la tête de Hassan II

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 2 Mai 2010.

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    Pendant deux mois, l’écrivain Eric Laurent a recueilli ses pensées les plus intimes. Il en a publié une première partie. Aujourd’hui,il raconte le reste.


    L’interview qui dérape

    J’ai rencontré Hassan II pour la première fois en 1991, à ma demande. J’avais 44 ans, j’étais alors journaliste spécialiste de politique étrangère au Figaro Magazine. J’avais interviewé plusieurs chefs d’Etat comme Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein...

    A cette époque, les relations franco-marocaines étaient très tendues, à cause de l’affaire Boureqat*. Je souhaitais donc interviewer le roi et l’interpeller à ce sujet pour qu’il clarifie la relation entre les deux pays.

    Au cours de notre entretien, j’ai demandé à Hassan II s’il ne pensait pas que le cas des Boureqat avait été mal géré par le Maroc. Le roi me répond : “Oui”. J’enchaîne : “Vous pensez donc que leur détention a été une erreur”. Et là, il répond : “Non, non, l’affaire n’aurait jamais dû apparaître au grand jour !”. J’ai consigné ces propos et, quelques mois plus tard, les frères Boureqat ont porté plainte contre Hassan II, contre Le Figaro, mais aussi contre moi. Etant l’auteur de l’article, on a considéré que j’étais solidaire de ces propos. Quelque temps plus tard, un conseiller du roi m’appelle pour me dire : “Sa Majesté cherche une issue à cette affaire”. On a tenu à m’informer parce que j’étais impliqué dans ce dossier. La suite, on la connaît, il y a eu un arrangement…


    * Les frères Boureqat, famille proche du pouvoir, ont été victimes de disparition forcée en 1973 après que l’un deux eut averti Hassan II qu’un complot se tramait contre lui. Ils ont été libérés de Tazmamart en 1991.


    Biographie ou entretien ?

    Nous sommes en 1992, quelques mois après la parution de mon interview avec Hassan II. André Azoulay, conseiller de Hassan II, m’appelle pour me dire que le roi souhaite écrire un livre. Il avait, m’a-t-on dit, apprécié mon livre Guerre du golfe, le dossier secret (Ed. Orban, 1990), écrit avec Pierre Salinger (journaliste américain, spécialiste en communication politique, ex-porte-parole de la Maison Blanche).

    J’étais partant, évidemment. N’importe quel journaliste aurait rêvé de faire un livre avec Hassan II. C’était l’occasion de partager en temps réel l’intimité d’un chef d’Etat, un monarque de droit divin, de découvrir son environnement, son fonctionnement, ses travers, ses qualités… Je dis à Hassan II que nous avions plusieurs alternatives. Soit une biographie, auquel cas il devait m’ouvrir les archives. J’ai aussi posé comme condition qu’il n’ait pas un droit de regard sur le livre. Deuxième option : le livre d’entretien, plus rapide à faire, mais moins complet.

    Je me rends donc au Maroc, à Ifrane, où je rejoins le roi. C’était la veille de la fête du Trône en 1992. La première journée, nous nous rendons dans une ferme piscicole de Hassan II, en fin de matinée. Nous y allons dans un 4x4 qu’il conduit lui-même. A un moment, le roi réclame une canne à pêche et se dirige vers le bord d’un lac artificiel. Alors qu’il pensait être seul, je l’entends murmurer : “Elles ne veulent pas m’obéir !”. Il parlait des truites qui ne mordaient pas à l’hameçon…

    Après avoir discuté avec Hassan II, nous nous mettons d’accord pour écrire ses mémoires sous forme d’entretien.


    Compromis royal

    Pourquoi Hassan II souhaitait-il faire ce livre ? Pour plusieurs raisons. C’était d’abord pour faire passer des messages, fournir des informations à l’opinion publique marocaine, ce qu’il n’avait pas fait en 36 ans de règne. Une sorte de démarche politique générale qui visait à donner de la cohérence à son règne, plus de lisibilité, une clé sur le passé, le présent et l’avenir.

    C’était aussi une réponse au livre de Gilles Perrault (Notre ami le roi), très dommageable en matière d’image pour le roi. Hassan II était persuadé que les Français le trouvaient sympathique. Il soutenait que si Notre ami le roi avait si bien marché, c’est justement parce que les lecteurs avaient été dupés par l’éditeur qui a mis une “photo élégante” de Hassan II en couverture. C’était une réaction assez infantile...
    Sur ce coup-là, il n’était pas très lucide.

    Quelques jours plus tard, alors que nous avions commencé les entretiens, André Azoulay me contacte pour me dire qu’il y a un problème. “Le roi ne veut plus d’un livre d’entretien, mais une biographie”, m’apprend-il. Une biographie où je raconterais la vie de Hassan II mais sans le citer, sans ouvrir les guillemets.

    Je lui explique alors que ce serait moins percutant pour le lecteur. Azoulay me dit de voir cela avec Hassan II directement. Une fois avec le roi, je lui tiens les mêmes propos, j’étaye… Je lui dis, par exemple, que si j’écrivais qu’il avait envie de tuer le Résident général quand il était prince héritier, comme il me l’avait appris, cela serait moins intéressant. En tout cas, moins crédible que si c’était lui qui le disait. Hassan II réfléchit, et me lance : “Oui… peut-être… Il faut trouver un compromis alors”.

    Au final, il n’y a pas eu de “compromis”, nous sommes revenus au statu quo ante : consigner des mémoires sous la forme d’interview.


    Le jour en costume, la nuit en jellaba

    Nous avions convenu de faire deux séances de travail quotidiennes durant cet été 1992. Mais, à l’approche du jour J, Hassan II me fit savoir qu’il ne serait pas libre et qu’il souhaitait reporter notre travail parce qu’il recevait un chef d’Etat. Là, j’ai pensé qu’il se rétractait et ne voulait plus faire ce livre. Mais finalement, il s’y est tenu. Il ne s’est quasiment jamais décommandé. Il m’a d’ailleurs confié n’avoir jamais connu une telle contrainte depuis qu’il avait quitté le collège royal.

    A l’occasion, nous avons fait quelques séances dans sa résidence de Bouznika ou encore à bord de son Range Rover. Mais nous travaillions essentiellement au palais de Skhirat l’après-midi, puis à celui de Rabat le soir. La journée, Hassan II était habillé en costume. La nuit, il portait une tenue traditionnelle et il égrenait un chapelet. Le contraste était saisissant.

    Après quelques jours de travail, Hassan II me dit, mi-amusé mi-agacé, “je vais devoir me syndiquer”. Il n’était pas habitué à avoir des astreintes de temps, mais je pense qu’il a fini par y prendre goût.

    Nos séances, qui se déroulaient en tête-à-tête la plupart du temps, duraient entre une heure et une heure et quart. Parfois, quand Hassan II était à bout de jus, il écourtait nos rencontres. Au total, les entretiens ont duré une soixantaine d’heures, pendant deux mois.

    Curieusement, retranscrire ses propos ne m’a pas demandé beaucoup de temps, car le texte oral ne nécessitait pas de réécriture ou presque. A ce propos, Giscard d’Estaing a dit un jour : “Quand je lis le livre, j’ai l’impression de l’entendre”.


    Le style, c’est l’homme

    Au début de notre collaboration, nous devions trouver nos marques. On s’observait, on se jaugeait. Après quelques séances de travail, nous nous sommes aperçus que nous portions un jugement erroné l’un sur l’autre.

    De mon côté, je pensais que le travail allait être simple, car le roi me donnait l’impression d’ouvrir une partie des choses. Mais à y regarder de plus près, ses réponses n’étaient pas toujours satisfaisantes. De son côté, Hassan II pensait pouvoir me manipuler. Il se disait qu’il pouvait prendre ses aises.

    Hassan II avait un langage qui pouvait passer d’une extrême précision, et même préciosité dans le choix des mots, à une certaine gouaille populaire. A chacune de nos séances, je m’attendais à assister à un spectacle. Le discours était structuré, avec une intelligence aiguë.

    Hassan II avait un grand sens de la manipulation qui le rendait capable de séduire n’importe qui. A chaque fois qu’il arrivait, je me demandais : “Que va-t-il me répondre ?”. Parfois, je connaissais la réponse par avance, mais la manière dont il s’exprimait s’avérait intéressante.

    J’ai été frappé par son sang-froid absolu. Pas une seule fois il ne s’est emporté. Quand il vous balançait la formule qui dérange, c’était qu’il le souhaitait. Ses dérapages étaient contrôlés, il avait une maîtrise millimétrée du langage.


    Ben Barka, Oufkir, De Gaulle et les autres

    Avant nos séances de travail, Hassan II ne m’a jamais demandé de quoi nous allions parler. Au cours des entretiens, je ne l’ai jamais vu tâtonner. Certains sujets le dérangeaient, comme lorsque nous parlions de Mehdi Ben Barka.

    Le roi avait été très touché par la manière dont l’avait traité le général Charles de Gaulle après l’affaire Ben Barka. Un dédain proche du mépris. Il semblait également affecté quand il parlait du général Oufkir. La plaie n’était visiblement pas refermée. Hassan II savait qu’il ne pouvait pas faire l’économie de ces sujets, mais c’était le service minimum, comme pour se défausser de toute responsabilité.

    Eprouvait-il de la compassion envers les Oufkir ? Non, franchement non. De l’embarras, oui, mais de la compassion, non. Il prétendait ne pas être au courant des conditions de détention de la famille Oufkir. Je pense que sur une affaire aussi sensible, il est peu probable qu’il ne se soit pas enquis de leur situation, comme il le prétendait.

    En faisait-il trop dans ses réponses ? De toute façon, tous les témoignages prennent des libertés avec la vérité. Vous connaissez la formule “Pourquoi ferais-je mes mémoires ? Je n’ai rien à cacher”. Hassan II avait tendance à gommer les aspérités et les faces sombres, à se donner le beau rôle.

    J’ai néanmoins vu un Hassan II très ferme au moment où nous discutions des émeutes de Casablanca. Je lui ai demandé si ces révoltes ne reflétaient pas le désespoir d’un peuple. Il m’a répondu : “Non, non, non”.


    Les fils et les petits-fils

    Sidi Mohammed a assisté aux entretiens à deux reprises, dont une fois avec son frère Moulay Rachid. Les princes sont restés muets, impavides, sans dire un seul mot.

    J’ai eu l’occasion de revoir le prince héritier à quelques reprises. Un après-midi, nous étions au golf avec Hassan II et Sidi Mohammed. Hassan II, qui avait une obligation, a dû partir. Il me dit : “Je vous confie à mon fils”. Le prince s’approche de moi et me demande : “Alors, comment ça se passe ?” Je réponds : “Plutôt bien, nous sommes à la moitié du travail”. Le prince se penche alors vers moi et me dit : “Méfiez-vous de mon père, il peut être séducteur et manipulateur à la fois”. Il a dit ça en riant, mais je reste persuadé que cela reflétait une certaine réalité.

    Honnêtement, je n’ai jamais vu le roi discuter avec ses fils ou débordant de tendresse. En revanche, il semblait très proche de ses petits-enfants auxquels il était attentif. Je trouvais Hassan II conservateur en matière d’éducation. Mais je me demande quelle était la part de calcul dans cette attitude.



    Le roi apporte les sandwichs

    J’ai vu des comportements surprenants à la cour. J’étais frappé de voir les gens pliés à 90 degrés pour embrasser la main du roi. Mais la réalité était plus complexe que l’image de l’homme vaniteux entouré de bouffons. Derrière les codes, il y avait un mode de fonctionnement. Hassan II, lui, considérait ça comme un état de fait…

    En même temps qu’il pouvait exiger des marques de déférence, il pouvait être bienveillant et attentif. Je me souviens d’une fois où nous étions partis pique-niquer avec une dizaine de ses proches. Les invités jouaient aux cartes, allongés sur un tapis, tandis que Hassan II semblait les observer, assis sur une chaise qui lui offrait une vue imprenable sur les cartes de ses adversaires. Il avait l’air perdu dans ses pensées. Au milieu de la partie, quelqu’un a dit : “Je me demande où sont les sandwichs ?”. Les serviteurs étaient trop loin pour entendre. Hassan II, qui suivait la scène, s’est levé et est allé chercher la nourriture pour tout le monde.


    En attendant Hassan II

    Hassan II s’était employé à contrer ses adversaires politiques au Maroc, dans un bras de fer dominé par le désir de les manipuler. Il n’était pas très enthousiasmé par la classe politique qu’il ne trouvait pas franchement formidable.

    Un soir, alors que nous travaillions, il me dit ironique : “Pour vous prouver que je connais beaucoup de monde, je vous ai organisé un dîner avec tous les dirigeants des partis politiques”. Vers 22 heures, je lui dis : “Il est tard Majesté”. Mais pour lui, ça allait. Il est minuit, 1 heure... Je reviens à la charge : “Je ne pense pas que ce sera pour ce soir…”. Il objecte : “Oh, ils vont vous attendre”. Je finis par arriver à 1h30 du matin chez nos hôtes. Il y avait Karim Lamrani, Ali Yata et bien d’autres. L’assistance, endormie, se réveille en sursaut. Karim Lamrani confus, me lance : “Je suis désolé Monsieur Laurent, c’est un grand plaisir de vous recevoir !”. Le lendemain, Hassan II me demande comment ça c’était passé… C’était très drôle de le voir s’amuser d’avoir fait attendre indéfiniment tout ce beau monde.


    Le facteur chance

    Pour Hassan II, la famille Alaouite est arrivée sur le trône un peu par chance. Selon lui, il y a quelques siècles, une grande partie du Maroc avait subi une série d’invasions de criquets qui ont ravagé les récoltes durant plusieurs années.

    Désespérés, les dirigeants du pays se sont tournés vers ses aïeuls, des descendants du prophète Mohammed. Et là, me dit Hassan II, “coup de bol, les criquets ont disparu”… Il croyait beaucoup au facteur chance en politique.

    Hassan II est devenu roi en 1961 mais, selon moi, est rentré dans le job tardivement. Jusqu’à la deuxième tentative de coup d’Etat, il était resté prince héritier en quelque sorte. Ayant senti le vent du boulet, il s’est dit qu’il devait s’installer dans sa fonction de roi, l’incarner, pour que les choses bougent. C’est en tout cas ma théorie.

    Il était très fier d’avoir surmonté les attentats et faisait un bras d’honneur à ceux qui ont tenté de le faire disparaître, au Maroc ou ailleurs. Il était très satisfait aussi d’avoir renforcé la monarchie, créé des institutions, malgré une partie de l’opinion publique défavorable.

    Hassan II estimait qu’il avait bien rempli sa fonction, qu’il avait été un roi novateur. Il se montrait aussi très fier de la Marche verte qui, pour lui, était la trouvaille du siècle. Très respecté par les chefs d’Etat - à l’exception de Kadhafi dont il parlait d’ailleurs avec condescendance -, il était néanmoins lucide.

    Hassan II savait que le Maroc n’avait pas la taille pour lui permettre d’influer sur l’ordre du monde. Il aurait voulu avoir plus d’ampleur.


    Mes livres, mes amis

    Hassan II n’avait pas de véritables amis. Il ne se faisait pas d’illusions sur la sincérité de ses relations. Il m’a confié s’être beaucoup trompé sur les hommes. La psychologie était une de ses grandes faiblesses. Il s’était aperçu sur le tard qu’il avait été entouré de gens qui le craignaient plus qu’ils ne l’aimaient, qui faisaient preuve d’un dévouement intéressé. Si l’on était habile, on pouvait le manipuler.
    Mais Hassan II, à la fin de sa vie, n’était pas dupe et cela le rendait très triste.


    Cependant, il faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Quand je l’ai connu, il vivait dans une incroyable solitude humaine. Coincé entre la dévotion absolue, artificielle, et le silence total. Il me disait, “à partir de 8 heures, je me retrouve seul, mes seuls amis sont les livres”.

    Hassan II n’était pas réellement programmé pour être roi. Il aurait aimé faire quelque chose de plus intellectuel, un métier plus solitaire. Il aurait préféré être historien dans une autre vie. Il me passait pas mal de bouquins et me demandait régulièrement de lui en apporter. Il me disait : “J’ai regardé la liste de L’Express, pouvez-vous m’apporter ce livre ?”. Il avait d’autres moyens de se les procurer, mais j’ignore pourquoi il tenait à ce que je les lui apporte personnellement. Il lisait les livres par étape, car il avait l’ennui facile.


    Le chef d’orchestre

    A trois reprises, j’ai été invité aux fêtes du Nouvel an organisées par le roi. Hassan II n’y assistait pas systématiquement. L’une d’elles eut lieu dans son palais de Marrakech, qui accueillait à cette occasion environ 200 personnes.

    Un orchestre brésilien animait la soirée pendant deux heures. A la fin du spectacle, les invités se ruaient sur le buffet. C’était choquant de voir les gens se précipiter sur le caviar.

    Puis tout le monde part, je choisis de rester assis à l’étage, au balcon, avec une vue plongeante sur l’orchestre. Hassan II monte sur la scène, discute avec les musiciens et prend la baguette du chef d’orchestre. Et je le vois tapoter du pied en cadence et diriger l’orchestre pendant une demi-heure, tout seul. Il n’a pas du tout fait ça pour montrer ses talents, il s’offrait un plaisir solitaire.


    “Vive les vacances”

    Assis dans des fauteuils, à l’intérieur du palais, je dis à Hassan II : “C’était la dernière question, Majesté”. Hassan II se lève, et tape de ses mains comme un enfant en répétant : “Vive les vacances !”. Par la suite, Hassan II n’a pas demandé à relire nos entretiens.

    Quelques jours après la sortie des mémoires, nous étions au palais de Skhirat avec Ahmed Réda Guédira, Driss Basri, André Azoulay, qui avaient tous lu le livre. L’entourage du roi lui assurait à quel point c’était grandiose. C’était la surenchère dans la louange.

    A un moment, Hassan II les a interrompus pour dire : “Bon, bon, ça va, j’ai compris, calmez-vous”. Plus tard, Hassan II me demande de venir faire avec lui un point sur la sortie du livre en France. Je lui dis : “Majesté, il y a un problème : une grande partie de la presse qui vous est hostile boycotte le livre”. Il me dit : “C’est vrai, j’aurais dû y penser avant, c’est idiot”.

    J’ai constaté à cette occasion une certaine lâcheté de ceux qu’on appelait “les amis du Maroc”, tous ceux qui profitaient depuis de longues années des largesses du roi et qui ont plongé aux abris quand le livre est sorti, refusant de prendre position. Ce n’était pas un black-out total mais presque : la presse bien-pensante était absente, car elle était très défavorable au régime marocain et à la famille de Hassan II en général.

    Pour contourner le problème, nous pensons à passer par la télé. Hassan II demande à André Azoulay : “On fait quoi ?”. Azoulay répond : “Nous avons le choix entre le journal télévisé d’Antenne 2, et 7 sur 7 avec Anne Sinclair sur TF1”. Hassan II demande : “Lequel des deux programmes est le plus long ?”. Azoulay dit : “7 sur 7”. Hassan II, du tac au tac : “Faisons Sinclair alors”.


    La der des ders

    J’ai revu Hassan II pour la dernière fois lors de la fête du Trône en 1999. En temps normal, à cette occasion, le roi est debout tandis que les gens défilent devant lui dans le mechouar et lui embrassent la main. Mais là, Hassan II est malade. Il est assis, les traits tirés. Le prince héritier Sidi Mohammed est à côté de lui.

    La cérémonie est écourtée, à la demande du roi. Immédiatement, Hassan II se retire dans ses appartements. Il monte un escalier, avec difficulté, se bat contre la rampe alors qu’un serviteur se tient derrière lui à distance respectueuse. Je le suis du regard… Soudain, il se retourne, s’aperçoit que je le fixe et me lance un regard furieux, probablement pace que je le voyais dans cet état. Il était d’une humeur massacrante.

    Pendant ce temps-là, la foule des invités n’a d’yeux que pour le prince héritier Sidi Mohammed. Les convives se ruent sur lui, c’était à qui allait lui toucher la main le premier. J’ai eu une drôle d’impression à ce moment, un peu comme si Hassan II était déjà sorti de l’Histoire. C’était en quelque sorte “le roi est mort vive le roi”, avant l’heure.

    A l’annonce de sa mort, quelques semaines plus tard, j’ai d’abord été incrédule. En fait, Hassan II était beaucoup plus malade qu’il ne le prétendait. Oui, je dois l’admettre, j’ai ressenti un manque pendant un moment.






    http://www.telquel-online.com/421/couverture_421.shtml
     
    insensible aime ça.

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