Fables de Lafontaine

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par Eglantine, 1 Janvier 2005.

  1. Eglantine

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    Le renard et la cigogne

    Compère le Renard se mit un jour en frais,
    et retint à dîner commère la Cigogne.
    Le régal fût petit et sans beaucoup d'apprêts :
    Le galant pour toute besogne,
    Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
    Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
    La Cigogne au long bec n'en put attraper miette ;
    Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
    Pour se venger de cette tromperie,
    A quelque temps de là , la Cigogne le prie.
    "Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
    Je ne fais point cérémonie. "
    A l'heure dite, il courut au logis
    De la Cigogne son hôtesse ;
    Loua très fort la politesse ;
    Trouva le dîner cuit à point :
    Bon appétit surtout ; Renards n'en manquent point.
    Il se réjouissait à l'odeur de la viande
    Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.
    On servit, pour l'embarrasser,
    En un vase à long col et d'étroite embouchure.
    Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
    Mais le museau du sire était d'autre mesure.
    Il lui fallut à jeun retourner au logis,
    Honteux comme un Renard qu'une Poule aurait pris,
    Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
    Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
    Attendez-vous à la pareille.

     
  2. Eglantine

    Eglantine Visiteur

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    Re : Fables de Lafontaine

    Le corbeau et le renard

    Maître Corbeau, sur un arbre perché,
    Tenait en son bec un fromage.
    Maître Renard, par l'odeur alléché,
    Lui tint à peu près ce langage :
    "Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
    Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
    Sans mentir, si votre ramage
    Se rapporte à votre plumage,
    Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois."
    A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
    Et pour montrer sa belle voix,
    Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
    Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
    Apprenez que tout flatteur
    Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
    Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
    Le Corbeau, honteux et confus,
    Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
     
  3. karateka

    karateka Visiteur

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    Re : Fables de Lafontaine

    la cigale ayant chanté tou l'été
    se trouva fort dépourvue
    quand la bise fut venue
    pas un seul petit morceau
    de mouche ou de vermisseau
    elle alla crier famine
    chez la fourmi sa voisine
    la priant de lui prêter
    quelque grain pour subsister
    jusqu'a la saison nouvelle
    <je vous prirai, lui di-elle
    avantl'oût, foi d'animal,
    intérêt et principal.>
    la fourmi n'est pas prêteuse:
    c'est là son moindre défaut
    <que faisiez-vous au temps chaud?
    dit-elle à cette emprunteuse.
    -nuit et jour tout venant.
    je chantais ne vous déplaise.
    -vous chantiez? j'en suis fort aise:
    et bien danser maintenan!>
     
  4. Eglantine

    Eglantine Visiteur

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    Re : Fables de Lafontaine

    Le Lion malade et le Renard

    De par le Roi des Animaux,
    Qui dans son antre était malade,
    Fut fait savoir à ses vassaux
    Que chaque espèce en ambassade
    Envoyât gens le visiter,
    Sous promesse de bien traiter
    Les Députés, eux et leur suite,
    Foi de Lion très bien écrite.
    Bon passe-port contre la dent ;
    Contre la griffe tout autant.
    L'Edit du Prince s'exécute.
    De chaque espèce on lui députe.
    Les Renards gardant la maison,
    Un d'eux en dit cette raison :
    Les pas empreints sur la poussière
    Par ceux qui s'en vont faire au malade leur cour,
    Tous, sans exception, regardent sa tanière ;
    Pas un ne marque de retour.
    Cela nous met en méfiance.
    Que Sa Majesté nous dispense.
    Grand merci de son passe-port.
    Je le crois bon ; mais dans cet antre
    Je vois fort bien comme l'on entre,
    Et ne vois pas comme on en sort.
     
  5. Eglantine

    Eglantine Visiteur

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    Re : Fables de Lafontaine

    Les Femmes et le Secret

    Rien ne pèse tant qu'un secret
    Le porter loin est difficile aux Dames :
    Et je sais même sur ce fait
    Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
    Pour éprouver la sienne un mari s'écria
    La nuit étant près d'elle : O dieux ! qu'est-ce cela ?
    Je n'en puis plus ; on me déchire ;
    Quoi j'accouche d'un oeuf ! - D'un oeuf ? - Oui, le voilÃ
    Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :
    On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas.
    La femme neuve sur ce cas,
    Ainsi que sur mainte autre affaire,
    Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
    Mais ce serment s'évanouit
    Avec les ombres de la nuit.
    L'épouse indiscrète et peu fine,
    Sort du lit quand le jour fut à peine levé :
    Et de courir chez sa voisine.
    Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :
    N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre.
    Mon mari vient de pondre un oeuf gros comme quatre.
    Au nom de Dieu gardez-vous bien
    D'aller publier ce mystère.
    - Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère
    Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.
    La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
    L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
    Elle va la répandre en plus de dix endroits.
    Au lieu d'un oeuf elle en dit trois.
    Ce n'est pas encore tout, car une autre commère
    En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait,
    Précaution peu nécessaire,
    Car ce n'était plus un secret.
    Comme le nombre d'oeufs, grâce à la renommée,
    De bouche en bouche allait croissant,
    Avant la fin de la journée
    Ils se montaient à plus d'un cent.
     
  6. mo68

    mo68 Visiteur

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    Re : Fables de Lafontaine

    PETITE LECON :

    LES FABLES

    C'est en 1668, le 31 mars que Jean de la Fontaine fait paraitre son premier ouvrage : « Les Fables Choisies ». Ce recueil contient 124 fables réparties en 6 livres. Dédié au Dauphin, il obtient un succès éclatant. Jean de la Fontaine est alors agé de 47 ans !

    Il publiera ensuite régulièrement de nouvelles fables jusqu'à l'age de 72 ans. Son dernier recueil parait en 1693, le 1er septembre. Il reprend des publications antérieures et dix fables inédites.

    Sa dernière fable, « Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire » s'achève non par une morale mais par une sorte d'exhortation à tous les hommes et en particulier aux grands de ce monde :


    Magistrats, Princes et Ministres,
    Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
    Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
    Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.


    Quelle phrase fabuleuse pour signifier aux grands de ce monde que leur puissance, leur fortune et même leur bonheur les poussent à se perdre.

    Et que dire de ces ultimes vers :


    Cette leçon sera la fin de ces Ouvrages :
    Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir !
    Je la présente aux Rois, je la propose aux Sages :
    Par où saurais-je mieux finir ?
     
  7. Eglantine

    Eglantine Visiteur

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    Re : Fables de Lafontaine

    yla kountiw baghyine te9raw toute la fable li hder 3liha mo68 ha hya [39]


    Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire

    Trois Saints, également jaloux de leur salut,
    Portés d'un même esprit, tendaient à même but.
    Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses :
    Tous chemins vont à Rome : ainsi nos Concurrents
    Crurent pouvoir choisir des sentiers différents.
    L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses,
    Qu'en apanage on voit aux Procès attachés
    S'offrit de les juger sans récompense aucune,
    Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.
    Depuis qu'il est des Lois, l'Homme, pour ses péchés,
    Se condamne à plaider la moitié de sa vie.
    La moitié ? les trois quarts, et bien souvent le tout.
    Le Conciliateur crut qu'il viendrait à bout
    De guérir cette folle et détestable envie.
    Le second de nos Saints choisit les Hôpitaux.
    Je le loue ; et le soin de soulager ces maux
    Est une charité que je préfère aux autres.
    Les Malades d'alors, étant tels que les nôtres,
    Donnaient de l'exercice au pauvre Hospitalier ;
    Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse :
    Il a pour tels et tels un soin particulier ;
    Ce sont ses amis ; il nous laisse.
    Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras
    Où se trouva réduit l'appointeur de débats :
    Aucun n'était content ; la sentence arbitrale
    A nul des deux ne convenait :
    Jamais le Juge ne tenait
    A leur gré la balance égale.
    De semblables discours rebutaient l'Appointeur :
    Il court aux Hôpitaux, va voir leur Directeur :
    Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure,
    Affligés, et contraints de quitter ces emplois,
    Vont confier leur peine au silence des bois.
    Là , sous d'âpres rochers, près d'une source pure,
    Lieu respecté des vents, ignoré du Soleil,
    Ils trouvent l'autre Saint, lui demandent conseil.
    Il faut, dit leur ami, le prendre de soi-même.
    Qui mieux que vous sait vos besoins ?
    Apprendre à se connaître est le premier des soins
    Qu'impose à tous mortels la Majesté suprême.
    Vous êtes-vous connus dans le monde habité ?
    L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité :
    Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
    Troublez l'eau : vous y voyez-vous ?
    Agitez celle-ci. - Comment nous verrions-nous ?
    La vase est un épais nuage
    Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer.
    - Mes Frères, dit le Saint, laissez-la reposer,
    Vous verrez alors votre image.
    Pour vous mieux contempler demeurez au désert.
    Ainsi parla le Solitaire.
    Il fut cru ; l'on suivit ce conseil salutaire.
    Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert.
    Puisqu'on plaide, et qu'on meurt, et qu'on devient malade,
    Il faut des Médecins, il faut des Avocats.
    Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas :
    Les honneurs et le gain, tout me le persuade.
    Cependant on s'oublie en ces communs besoins.
    O vous dont le Public emporte tous les soins,
    Magistrats, Princes et Ministres,
    Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
    Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
    Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.
    Si quelque bon moment à ces pensers vous donne,
    Quelque flatteur vous interrompt.
    Cette leçon sera la fin de ces Ouvrages :
    Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir !
    Je la présente aux Rois, je la propose aux Sages :
    Par où saurais-je mieux finir ?
     

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