Faut-il juger les coupables ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 7 Février 2006.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    L’IER a rendu ses conclusions. Nous reviendrons ici sur une question qui revient systématiquement : faut-il juger les coupables des crimes commis au nom de l’Etat ? Interrogation légitime à plusieurs points de vues :

    Sur le plan philosophique, liberté et égalité des droits sont les fondements d’un état démocratique et ne peuvent se concevoir sans la responsabilité. Admettre que les coupables en soient exonérés, c’est admettre que les individus ne sont pas égaux en droit et que leurs libertés peuvent être bafouées.

    Sur le plan moral, alors même que les victimes des années de plomb continuent à souffrir des séquelles de cette période, peut-on admettre que les bourreaux continuent à profiter des dividendes de leurs forfaits passés ?
    Sur le plan politique, vivre ensemble présuppose l’existence de lois qui valent partout, tout le temps et pour tous. En soustraire les coupables revient à admettre qu’elle s’applique de manière aléatoire selon les personnes, les lieux et les circonstances. Or, sans règles communes point de projet de vie commune.

    Sur le plan juridique, l’IER a apporté les preuves que des crimes ont été commis. Les instances judiciaires ont l’obligation “légale” d’instruire sans quoi un vide juridique serait créé.

    Si la volonté de rechercher et de juger les coupables est légitime, elle ne semble pas nécessairement souhaitable pour plusieurs raisons :

    La difficulté d’établir la chaîne des responsabilités. Quels sont en effet les éléments de preuve que nous pouvons rassembler ? Le risque est grand de transformer l’exercice en une immense chasse aux sorcières.

    Le risque de délégitimer l’ensemble des institutions du pays. Notre système politique aujourd’hui est la continuité de l’ancien, non le fruit d’une révolution. Le délégitimer c’est saper les fondements de l’état actuel dans une période de transition où nous avons besoin de le consolider. Si aux yeux de nos concitoyens, l’exécutif, le sécuritaire, le judiciaire… sont tous illégitimes, désobéir, contourner et transgresser la loi devient légitime. Or le salut de notre pays passe par des institutions et des lois respectées… par un état de droit.


    La fragilité des fondements juridiques pour poursuivre les coupables. En effet la plupart des faits incriminés remontent à plus de 20 ans. Pour qu’ils soient susceptibles d’être jugés, ils doivent être reconsidérés comme imprescriptibles et donc être qualifiés de crimes contre l’humanité, ce qui n’est pas aisé à établir.

    Plusieurs propositions peuvent être avancées : Une juste indemnisation et une réhabilitation des victimes.

    Une action volontaire de renouvellement du personnel de l’état et des partis aux responsabilités à l’époque.

    Un travail sur la mémoire collective par le financement d’une fondation dont les travaux pourront servir à alimenter les manuels scolaires pour qu’on sorte d’une vision hagiographique de notre histoire moderne.


    Ismaïl Lazrek, Paris
    Telquel
    http://www.telquel-online.com/211/courrier_211.shtml

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    propose par aghilasse
     

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