Flou éthylique Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 16 Janvier 2010.

  1. @@@

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    Selon un député islamiste, “l’interdiction de vente d’alcool aux musulmans n’est pas appliquée, mais cela nous convient”. Etrange déclaration, pour un législateur…


    Le cheikh Ahmed Raïssouni, idéologue du PJD, a lancé une fatwa déclarant religieusement illicite (haram), non seulement la consommation d’alcool par les musulmans, mais aussi… le simple fait de faire ses courses dans un supermarché qui vend, entre autres produits, de l’alcool.


    En réaction, l’association Bayt Al Hikma a émis un communiqué fustigeant cette nouvelle “incitation à la stigmatisation, la haine et l’intolérance”. En proclamant cette fatwa, Raïssouni est dans son rôle. Nous sommes aussi dans le nôtre en soutenant Bayt Al Hikma… et en creusant plus loin.

    Il va de soi que le simple fait de côtoyer un buveur dans un supermarché ne fait pas de vous son “complice”. Ou alors, en poussant le raisonnement à son terme, il faudrait séparer la population en “bons” et “mauvais” musulmans (selon les critères islamistes) et construire une sorte de mur de Berlin entre ceux qui boivent et ceux qui ne boivent pas, ceux qui restent vierges jusqu’au mariage et ceux qui ne le restent pas, ceux qui contractent des crédits avec intérêts et ceux qui ne les contractent pas (y en a-t-il seulement ?), etc. Une vision aberrante autant qu’effrayante.

    D’un point de vue légal, la vente et la consommation d’alcool au Maroc sont entourées d’un certain flou artistique. Un arrêté royal de 1967 en interdit, non pas la consommation, mais la consommation abusive, c’est-à-dire l’ivresse – et encore, à condition qu’elle soit publique et manifeste.
    Le même arrêté interdit également à tout exploitant de commerce de “vendre ou offrir gratuitement des boissons alcoolisées à des Marocains musulmans”, sous peine d’un à 6 mois de prison (le double si récidive).

    Tous les bars ou débits de boissons du royaume violent donc la loi des dizaines de milliers de fois par jour, dans l’indifférence volontaire des autorités. A ce propos, le député islamiste Lahcen Daoudi a affirmé : “Si (cette loi) n’est pas appliquée, les choses, malgré tout, fonctionnent normalement, et cela nous convient”. Etrange déclaration, pour un législateur…

    Telle est la limite de l’inapplicable logique des islamistes. Ils protestent contre la vente d’alcool, mais ne vont pas jusqu’à réclamer l’application stricte de la loi, qui mènerait à sa prohibition pure et simple (sauf, peut-être, dans de rares sites touristiques). Ils seraient pourtant dans leur rôle en le faisant. S’ils s’en abstiennent, c’est parce que, pas fous, ils sont conscients des inévitables troubles sociaux que cela engendrerait.

    Du reste, partout où la prohibition de l’alcool a été appliquée, en terre d’islam ou pas, cela n’a eu pour effet que d’encourager la fabrication et le commerce clandestins de boissons frelatées, au grand danger des consommateurs et au ravissement des mafias.

    Mais cela n’empêche pas les arguties, même incohérentes, des islamistes. Leur argument n°1 : l’alcool favorise la criminalité et les accidents de la route. Mais l’ivresse est déjà considérée comme une circonstance aggravante en cas de crime, d’agression ou d’accident automobile ! Et le nouveau Code la route, en voie de ratification définitive, prévoit l’instauration de l’alcootest. On ne sait pas encore à partir de quel degré d’alcool dans le sang l’automobiliste sera considéré en infraction. Au ministère des Transports, on envisage de fixer ce degré à zéro. Soit. Mais le conducteur pris en faute sera verbalisé pour une infraction routière, pas pour manquement à ses devoirs religieux. Encore une incongruité…

    Finalement, ce que les gardiens autoproclamés du culte souhaitent, ce n’est rien d’autre que la consécration de l’hypocrisie, paradigme social numéro 1 au Maroc. Affligeant projet de société ! Le pire, c’est que, vu l’atonie de l’ensemble de la classe politique hors PJD, l’islamisme, avec toutes ses contradictions, est le seul projet de société disponible dans ce pays. Pauvres de nous…





    http://www.telquel-online.com/407/edito_407.shtml
     

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