FNF-2014 : "Écoute tes os", ou l'"argent, le pouvoir et le citoyen"

Discussion dans 'Art' créé par titegazelle, 13 Février 2014.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    "Écoute tes os", un film de Tijani Chrigui projeté mercredi dans le cadre de la compétition officielle du long métrage de la 15-ème édition du Festival National du Film de Tanger (FNF)

    Le film se penche sur le trio argent-pouvoir-citoyen, à travers l’histoire d’un village tiraillé entre les convoitises de "seigneurs de la politique".

    C’est la veille des élections locales qui s’approchent à grands pas et "Rais" (résident d’une commune) exerçant dans une zone rurale s’efforce d’étouffer dans l’œuf des scandales en cascade qui risquent d’altérer ses chances de décrocher un nouveau mandat, et essaie de s’assurer la loyauté de son entourage moyennant argent et services. Pour arriver à ses fins, il n’hésite pas à recourir aux services d’une voyante.

    Il manœuvre dans un espace docile où la population ne résiste point, sauf une minorité qui conteste timidement. Dans cet espace surgit l'"Askri", un ancien militaire qui joue sur plusieurs cordes pour se tailler une part du gâteau. La ruée de Raïs vers le pouvoir se termine mal, puisque la dernière fois où il a été vu, il était à la poursuite de son conseiller à l’intérieur d’un bâtiment abandonné qui s’est soudainement effondré. Pour occuper cette place vacante, le choix tombe sur "Lhaj Ali", un riche propriétaire terrien soutenu par son fils, un cadre dans une banque.

    La caméra tourne subitement vers un autre espace et un décor différent. C’est une ville européenne où deux filles, une française et l’autre d’origine marocaine font un voyage hasardeux au Maroc pour trouver la mère de l’une d’elles. Leur quête sera de tout repos puisqu’elles ont reçu l’hospitalité d’un chauffeur de taxi et d’un paysan qui lui ont facilité la tâche. L'"histoire" - ou les bribes d’histoire que le réalisateur à confier aux spectateurs le soin de les coller et parfois d’inventer une suit e- évolue dans une alternance entre une narration classique, puisant dans la Darija de tous les jours et une interprétation théâtrale, usant d’un langage poétique (zajal), avec parfois des techniques de prise d’image renvoyant au rêve ou à l’imagination, comme si le réalisateur essaie de plonger dans l’imaginaire ou les fantasmes des personnages et dévoiler leur émotions enfuies au fin fond de leur esprit (hallucination de pouvoir, volonté de résistance).

    Cette alternance de ton, combinée à une multitude d’espaces et de figures, un épilogue qui tranche avec le début de l’histoire à tous les niveaux et nombres de symboles indéchiffrables brouillent la concentration du spectateur, qui voit le fil des événements haché et se trouve ainsi contraint de se faire sa propre construction des événements, sinon jeter les armes et épargner sa matière grise.

    Dans l’ensemble, le film traite un sujet de la réalité des gens, à savoir la corruption politique et la mauvaise gestion de la chose publique. Il met en scène une transition de pouvoir -ou de course vers le pouvoir- entre deux catégories différentes, à savoir l’élu et le propriétaire, sans que cela change quelque chose en cette volonté d’exploiter le village, comme quoi la corruption est question de mentalité et non pas de personnes. Il pointe également du doigt le mutisme coupable de la population et, par la, toute cette mentalité qu’il faut changer.

    Il aborde également la question de l’immigration illégale dans la dernière partie du film, une sorte de "supplément" sommairement attaché à l’histoire principale par la rencontre de personnages de part et d’autre qui se croisent dans des sortes d'"espaces communs". On en déduit que le réalisateur aborde un fléau (corruption politique) et un de ses résultats (l’immigration), sans le dire clairement.

    En tout cas c’est une démarche artistique qui use de l’expression abstraite que Tijani Chrigui a choisi pour traiter une question censée susciter l’intérêt de tout citoyen. Un choix qui reste à défendre.

    En lever de rideau, a été projeté le court métrage "Aziz Requiem tangérois" de Mehdi Souissi, dans le cadre de la compétition officielle. Il raconte le dernier jour d'un vieux Tangérois rongé par la douleur de la perte de sa femme bien-aimée et qui, après plusieurs années à vivre comme un fantôme avec comme seul compagnon sa pipe, décide ou sent qu’il était temps de la rejoindre.



    Crédit image : Image tirée du film "Ecoute tes os"
    MAP / Ali Refouh - 13.02.2014 : 12h12

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