François Baroin : "Le débat sur l'identité nationale ne peut que servir le FN"

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par TALICE, 19 Décembre 2009.

  1. TALICE

    TALICE Bannis

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    Resté proche de l'ancien président Jacques Chirac, François Baroin est député (UMP) de l'Aube et maire de Troyes. Il est favorable à une loi d'interdiction générale de la burqa, mais réclame la suspension du débat sur l'identité nationale.

    Pourquoi le groupe UMP a-t-il mis en place un groupe de travail sur la burqa, en marge de la mission parlementaire qui se consacre à ce sujet ?

    Parce qu'il est indispensable d'affirmer l'identité politique du groupe UMP sur un tel sujet. En disant que la burqa n'a pas sa place sur le sol français, on arrive à la conclusion logique qu'une loi est indispensable. La réponse législative - on circule à visage découvert - pourrait prendre une forme assez simple. Il y aura à la fois une résolution, qui rappellera les principes républicains, et la rédaction d'un texte qui aboutira à une contravention de 5e classe. En cas de récidive, l'amende (d'un montant maximal de 1 500 euros) sera doublée.

    Dans l'intervalle, dans la mesure où ces cas auront été signalés, des contacts seront établis pour engager un processus de dialogue afin d'aboutir à la levée de ce voile intégral. Mais je suis absolument convaincu qu'à partir du moment où la loi sera votée et les décrets parus, le nombre des burqas diminuera rapidement.

    Une telle loi est-elle proportionnée à un phénomène aussi minoritaire ?

    C'est une question de principe. Une seule burqa justifierait une loi.

    N'est-ce pas une façon supplémentaire de stigmatiser l'islam ?

    Non, car la burqa n'est pas une prescription religieuse mais une dérive sectaire, qui doit être condamnée et combattue. En le faisant, nous rendrons service à tous, aussi bien aux musulmans qu'à l'ensemble de la société française.

    N'y a-t-il pas un risque d'amalgame dans un contexte marqué par le débat sur l'identité nationale ?


    Le débat sur la burqa était engagé avant ce débat sur l'identité nationale. C'est notre responsabilité de bien souligner que ce sont deux débats totalement distincts, même si certains veulent exploiter la burqa dans le cadre de l'identité nationale. Cela étant, c'est l'une des raisons pour lesquelles j'étais très tôt réservé, pour ne pas dire franchement hostile, à un débat qui ne définit pas d'objectifs politiques clairs. On a ouvert la boîte de Pandore, l'ensemble des bas instincts s'est développé et a couru dans la société.

    Que certains aient des problèmes d'identité avec la nation, du fait notamment de leurs origines, de leurs conditions de logement ou d'accès à l'emploi, c'est certain. Mais la nation dans sa globalité n'a pas de problème d'identité. Toutes les réponses sont dans la Constitution, car nous sommes un vieux pays avec une histoire. Chacun d'entre nous doit comprendre la Constitution dans sa construction historique et dans sa maturité, la respecter et l'accepter.

    Quel peut être l'impact de ce débat pendant la campagne des élections régionales ?

    Il est très facile de prendre en otage un débat comme celui-ci en période électorale. Ce contexte favorise la participation d'agitateurs à certaines réunions organisées sous l'autorité des préfets. C'est pour ces agitateurs une tribune supplémentaire qui leur permet de cristalliser des sentiments négatifs, pour ne pas dire franchement hostiles. C'est un débat qui va davantage diviser qu'il ne va rassembler, qui va exclure plus vite qu'il ne va intégrer.

    C'est pourquoi je suis convaincu qu'il est indispensable de suspendre le débat au moins pendant le temps de cette campagne.

    Ce débat n'est-il pas dans la droite ligne de la campagne présidentielle de 2007 et de la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale ?

    L'élection présidentielle est effectivement là pour trancher ces questions. On choisit un homme qui incarne la nation, qui porte les intérêts du pays et qui est garant de nos institutions. Si nous devons avoir un débat sur l'identité de notre pays, c'est au moment de la campagne présidentielle. Dans l'intervalle, on doit agir pour corriger, améliorer, accompagner et rassembler.

    Je n'ai jamais été favorable à la constitution d'un ministère de l'identité nationale, qui est un élément de référence historique sujet à caution. La nation existe, l'histoire a tranché : nous ne sommes pas des nationalistes. Le nationalisme, comme le dit Jacques Chirac dans ses Mémoires, c'est la haine des autres. Nous sommes des patriotes. Le patriotisme, c'est l'amour des siens.

    L'identité d'une nation, la façon de vivre ensemble, se décline dans toutes les politiques publiques. Elle s'incarne au plus haut sommet de l'Etat et ne saurait se confondre ou s'adjoindre à un ministère de l'immigration, qui, dès le départ, déforme le regard sur cette question.

    C'est parce que ce débat sur l'identité nationale vient du ministère de l'immigration et de l'identité nationale qu'il est par définition biaisé. On peut prendre le problème dans tous les sens, on reviendra toujours au point de départ : confondre identité nationale et immigration revient à présenter l'étranger comme la cause de toutes nos difficultés aujourd'hui.

    Reprendre ce thème peut-il permettre à la majorité de conserver les électeurs du FN qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy en 2007 ?

    On ne doit pas s'adresser à des électeurs du FN en particulier, mais à tous les Français, en essayant de leur offrir des politiques publiques. La crise est majeure, la seule priorité aujourd'hui n'est pas de se regarder le nombril mais de créer les conditions de la relance, de la croissance et de la création d'emplois. Ce contexte de crise doit, de mon point de vue, mobiliser toute la puissance publique autour de la priorité économique et de l'accompagnement social de la réalité du chômage, qui a quand même vu près de 700 000 personnes perdre leur emploi dans le courant de l'année.

    J'ajoute que, d'un point de vue strictement électoral, la ficelle est trop grosse, et les gens ne s'y trompent pas. Ce que j'observe sur le terrain, c'est que c'est compris et vu comme tel. Il y a désormais un risque de remontée du Front national favorisé par la crise, d'une part, et par ce débat qui, au fond, ne peut que le servir. Comme nous n'avons pas insisté sur les réponses dont nous disposons déjà, on n'en retiendra que la part obscure.

    Comment la majorité va-t-elle aborder les élections régionales ?

    Il est évident qu'une partie des électeurs se mobilisera autour de la politique du gouvernement. Dans la mesure où nous sommes en pleine crise, ce sera évidemment un scrutin difficile. L'UMP a raison d'assumer la dimension nationale de cette élection. Mais, localement, nous devrons régionaliser la campagne pour remporter quelques victoires.

    Y aura-t-il un espace à droite pour une autre candidature en 2012 ?

    On est encore loin de l'obstacle. Mais, compte tenu de son âge et de son énergie, beaucoup dépendra de la volonté personnelle de Nicolas Sarkozy. S'il se sent encore porteur d'un projet pour le pays, au fond, s'il en a encore envie, ce sera naturellement très difficile pour un autre candidat de son propre camp de trouver un espace.

    Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon

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