France-Algérie : L'affaire des sept moines

Discussion dans 'Info du monde' créé par titegazelle, 26 Février 2014.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Paris, 26 févr. 2014 (MAP)
    - En s'opposant à une visite d'un juge antiterroriste français, l'Algérie fait clairement obstruction à la manifestation de la vérité dans l'affaire des sept moines de Tibhirine assassinés en 1996, après leur enlèvement dans ce village de montagne situé à 90 km au sud d'Alger.


    Le report du séjour convenu de commun accord avec le magistrat Marc Trévidic, qui devait procéder à l'exhumation des restes des victimes, a jeté les familles des religieux dans une profonde affliction, de peur de ne jamais connaître les auteurs et surtout les véritables commanditaires de ce crime qualifié, entouré d'un nombre incalculable de mystères.

    A Paris, on assure que tout était mis au point pour l'exhumation qui requiert une logistique de pointe, la mobilisation d'un nombre important de spécialistes et une organisation méticuleuse, ce qui signifie que les autorités algériennes avaient donné leur accord préalable à une opération d'une telle envergure. D'où les interrogations sur le volte-face d'Alger.

    Le juge Marc Trévidic, qui n'avait jamais pu enquêter sur place depuis sa saisine du dossier en 2007, s'était rendu, en novembre dernier, à Alger dans le sillage d'un accord entre les autorités des deux pays, obtenu grâce à l'intervention personnelle du président François Hollande, qui l'a annoncé aux familles le 30 octobre dernier.


    Même sans pouvoir accéder aux témoins, à cause d'une objection algérienne, M. Trévidic, qui a lancé une commission rogatoire internationale en décembre 2011, croit qu'avec l'autopsie des restes des religieux, il serait en mesure de déterminer si les moines ont trouvé la mort par décapitation ou si celle-ci a eu lieu post-mortem .

    "C'est pour nous une immense déception et un camouflet infligé à la justice française", a commenté mardi l'avocat des proches des sept moines, Me Patrick Baudouin, qui espère que ce déplacement finirait par avoir lieu.

    Qui a peur de la vérité ?


    Refroidi par le revirement algérien après la lueur d'espoir apparue en automne dernier, l'avocat français est, somme toute, sceptique sur l'issue de l'enquête: "Nous sommes menés en bateau depuis si longtemps dans cette affaire".

    Il est persuadé de l'existence d'un rapport entre cette décision et "le climat délétère" à l'approche de la présidentielle algérienne du 17 avril prochain. Il y a trois semaines, le secrétaire général du Front de libération nationale, Amar Saadani, avait ouvertement accusé les omnipotents services secrets algériens (DRS) d'avoir failli "dans la protection" des moines de Tibhirine, d'ailleurs comme dans une série d'autres dossiers sensibles, dont le dernier est la prise d'otage sanglante sur le site gazier d'In Amenas, en janvier 2013.

    Aussi, les déclarations de ce dirigeant politique très proche du clan présidentiel sont-elles venues conforter la démarche du juge Trévidic, qui privilégie la thèse d'une éventuelle bavure de l'armée algérienne, en lieu et place de la version longtemps répandue de la décapitation des religieux par un groupe islamiste durant la guerre civile dans le pays.

    Les faits révélés par le chef du FLN sur les "échecs" du DRS corroborent, en quelque sorte, le témoignage d'un ancien attaché de Défense à l'ambassade de France à Alger au moment des faits. Cette source affirmait que les moines ont été tués dans un raid d'hélicoptères militaires tandis qu'ils se trouvaient dans un camp du Groupe islamique armé (GIA), qui avait revendiqué leur rapt et leur assassinat dans des communiqués.

    Outre la version officielle imputant ce crime au GIA et celle de la bavure de l'armée algérienne déployée par l'ancien attaché militaire, une troisième thèse va éclater au grand jour à partir de 2002 suite aux aveux faits aux médias français par d'anciens agents du DRS ou des islamistes repentis.

    Les nouveaux témoignages expliquent qu'en soignant les maquisards islamistes, les moines exaspéraient les services de sécurité algériens qui "avaient exigé à plusieurs reprises que les moines quittent Tibhirine", mais sans succès. Ce n'est qu'après ces mises en garde que l'enlèvement est intervenu.

    Entre les trois thèses, c'est la vérité qui est la grande perdante dans cette affaire, à moins que le juge Marc Trévidic ne puisse auditionner les témoins et effectuer l'examen médico-légal des têtes des moines retrouvées, le 30 mai 1996, au bord d'une route de montagne près de Médéa, à 80 km de la capitale algérienne.



    RS---BI.

    MAP / 26.02.2014 : 10h15

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