France-Maroc-Colonisation: Faut-il tourner la page ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 15 Février 2006.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Les Marocains ont vite tourné la page de la période coloniale, au point qu'il ne s'est trouvé personne, au lendemain de l'indépendance, pour réclamer des comptes aux ex-puissances colonisatrices : France et Espagne. Pourtant, les exactions, voire des génocides n'ont pas manqué lors des opérations dites de «pacification» ou de lutte contre la résistance. Timidement, quelques voix se sont élevées pour demander que soient revisités certains épisodes de l'ère coloniale. En particulier au Rif où des armes de destruction massive auraient été utilisées par l'occupant espagnol contre les populations civiles. Une instance comme l'IER servirait pour élucider certains aspects de ce passé. En même temps, il est utile que les élites marocaines prennent part au débat ouvert sur la colonisation française pour savoir si celle-ci était bénéfique ou pas pour le Royaume. Curieusement, les adeptes de la polémique permanente, à l'affût de tout ce qui peut gêner les légitimités historiques, n'ont pas soufflé mot sur le sujet et se sont considérés non concernés par le débat qui anime et alimente, par médias interposés, les divergences hexagonales. C'est d'ailleurs en France que tout a commencé, et c'est toujours en France que le débat bat son plein. Depuis on a cherché à conforter le caractère pluriel de la société française, dans l'enseignement en particulier, où on a opéré au niveau des manuels un effort énorme pour ouvrir l'histoire de France. Mais cela a été axé davantage sur l'Europe beaucoup plus qu’en direction de l'Afrique et de l'Asie.

    Débattre du passé pour mieux le conjurer

    Comme si on avait voulu tourner la page de la colonisation. Alors que cette page a bel et bien existé dans notre passé commun. Mais, pourquoi tout ce malaise à l'évocation de cette histoire coloniale française ? Tout a commencé au tournant des années 70 avec l'émergence, au sein de la société française, de toutes sortes d'identités sur fond de crise du modèle français d'intégration républicaine. Celui-ci s'exprimait dans l'espace public où il n'y a que des individus libres et égaux en droit en même temps qu’une identité collective qui s’acquiert à travers la nation. Dès la fin des années 60, la France est secouée à l'intérieur par des mouvements bretons, occitans… On commençait à poser des questions nouvelles : le monde juif de France est devenu plus visible et plus audible en mettant en cause la parenthèse de Vichy. Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor se font les chantres de la négritude, tandis que les anciennes possessions de l'Afrique du nord manifestaient un intérêt particulier pour l'ensemble culturel moyen-oriental, dit arabomusulman. Et nous assistons, aujourd'hui, non pas à la poussée de l'histoire, mais à un transport des mémoires dans la mesure où la colonisation qui s'est déroulée en dehors de l'Hexagone s'est, entre temps, déplacée à l'intérieur même de la société française grâce à des groupes porteurs d'une mémoire blessée et traumatisée qui a parfois un rapport enrichissant pour l'Histoire.

    Aujourd'hui, tout cela se télescope. Et parce que la France est républicaine, elle a beaucoup plus de peine, qu'un pays plus communautariste et plus multi-culturaliste, de gérer la bousculade que provoquent ces discours. Au Royaume-Uni, il est plus facile de débattre de ces questions parce que nous avons affaire à des gens reconnus dans une identité collective sur le plan local ou national. En France, en débattre risquait, pour certains, de mettre en cause l'image de la République. D'où les retards enregistrés au niveau du travail en relation avec la mémoire.

    Au Maroc, les questions relatives à la colonisation française s'invitent occasionnellement aux débats entre Marocains. Elles on fait le lit au début de l'indépendance à certaines mouvances nationalistes pour s'accaparer le pouvoir et prendre des distances par rapport aux exigences démocratiques. Ainsi, au nom de la lutte contre le colonialisme, le parti de l'Istiqlal était tenté par le régime du parti unique, le syndicat UMT par l'unicité de la centrale syndicale et l'armée de libération nationale par le pouvoir au bout du fusil. La présence de ce passé de colonisé a justifié aussi l'improvisation d'une politique bancale de l'enseignement qui a arabisé à tout va, à partir des années 70, pour aboutir à ce qu'on peut qualifier un secteur éducatif complètement sinistré.

    Au niveau de l'agriculture, elle est devenue une activité peu valorisante en raison de la dégradation continuelle du statut économico-social de ses adeptes. Cependant son sujet invite, de temps à autre, à la conversation sur la période coloniale qui a connu son âge d'or au Royaume. De même que l'héritage industriel, qui fit du Maroc un pays au même potentiel de développement que la Corée du sud, est souvent évoqué à propos de ce passé en même temps que les conditions - la marocanisation de 73 - dans lesquelles cet espoir avait sombré. Alors, pourquoi les Marocains, élite en tête, s'abstiennent de verser dans le débat en cours en France ce dont ils débattent souvent entre eux ?

    «Assimilationisme» post-colonial

    En fait, le legs de cette période a toujours suscité controverses et divergences - entre élites modernes et traditionnelles - et c’est en cela qu’il a été porteur d'une diversité et d'une modernité culturelles que le Maroc profond a du mal à accepter. Ne bénéficiant guère d'un exutoire, cette modernité s'est appropriée la scène politique où ses hérauts la défendent bec et ongles contre les intégrismes qui prônent son rejet au nom de l'authenticité et autres fadaises pseudo-religieuses. De son côté, la France est rattrapée par une espèce de bousculade culturelle et identitaire de ses anciennes possessions maghrébines. Les événements de novembre dernier ont constitué le catalyseur d’un malaise profond. Les générations issues, notemment de l’immigration maghrébine ont exprimé, avec violence, leur ras-le-bol. La France croyait pourtant ces dernières assimilées. Pour comprendre les termes de cette problématique, il faut revenir en arrière pour rappeler que la formation de l'empire colonial français est une aventure qui a commencé il y a maintenant quatre siècles et qui a connu son apogée au milieu des années 30. Elle débute au 16ème siècle sous l'ancien régime. Cette expansion était plus mercantile que politique. La clé de voûte de cette première phase de l'histoire coloniale est l'esclavage. Dans une seconde période, il s'est engagée entre la France et ses rivales européennes, une véritable course aux drapeaux pour s'assurer le plus de terres, avec l'ambition, pour les Français, d'apporter les lumières de la République dans ces contrées lointaines, donc une mission civilisatrice doublée d'une volonté d'assimilation, emportée par une mythologie coloniale. En métropole, le mythe fonctionne à plein régime : en 1931 par exemple, l'exposition coloniale attirera tente trois millions de visiteurs. D'où la question : pourquoi cette spécificité française ? pourquoi cette volonté effrénée d'assimilation ? C’est parce qu’il y avait plusieurs périodes de colonisations. Il n'y a pas eu de fracture globale : l'ancien empire colonial, celui de l'esclavage et des plantations a laissé des traces, le nouvel empire colonial du 19ème siècle a été fondé au nom d'un idéal qui s'est insurgé contre l'ancien système, au nom de l'abolition de l'esclavage et des valeurs de droits de l'Homme et de la République. Les politiques françaises dans ces territoires étaient sous-tendues par des idéologies assimilatrices. Dans les actuels DOM-TOM du moins, il n'y avait aucun mystère sur l'intention d'aller jusqu'au bout : jusqu'à réfléchir sur l'éventualité de faire changer la couleur des peaux. Ce qui n'était pas le cas avec des pays comme le Maroc où Lyautey veillait à la conservation du patrimoine marocain et sa valorisation. Ce qui vole en éclats aujourd'hui en France, dans les banlieues notamment, c’est bien cette volonté d'assimilation qui est aux antipodes de la devise «égalité, fraternité, liberté». Ces termes n'ont plus de sens, parce que la France n'a pas mis les moyens pour assurer l'intégration et non l'assimilation dont la greffe n'a jamais pu prendre sur ces terreaux.

    Décalage entre discours et réalité

    Cet échec de l'Etat français rappelle celui qu'il s'est infligé en Algérie : dans ce pays qui, en principe, devait être le territoire phare de la mise en ½uvre des valeurs de la République, la France a pratiqué une politique pour le moins suicidaire. Que se passait-il ? Si vous étiez colon et chrétien vous deveniez Français, si vous étiez juif et colon vous étiez français grâce au Décret de 1870. Mais, si vous étiez musulman, vous n'étiez pas pleinement dans la République. Le dramatique dans cette situation c'est le décalage entre le discours, les valeurs affichées, les bonnes intentions et l'ordre des réalités. Exactement comme cela se reproduit, aujourd'hui, à l'égard des enfants de l'émigration maghrébine. Pourquoi tant de violence, de révolte et de sentiments d'injustice ? Parce que ceux qui, en France, fréquentent des services qui rappellent au fronton de leurs établissements les principes de la République, fondés sur la liberté, l'égalité et la fraternité, savent que malheureusement, dans la pratique, ce n'est pas pour tout le monde la même fraternité ou la même égalité.

    Il y a une survivance inconsciente du code de l'indigénat. Ce dernier illustrait une discrimination statutaire qui considérait le «matériel» humain colonisé comme des gens spécifiquement déficients et dont le retard ne sera comblé que très tardivement. On admettait que ceux pour lesquels on développe le progrès ne seront pas aptes à le prendre en main avant longtemps. Et c'est ce mépris fondamental qui qualifie la colonisation. L’évocation de ces tristes séquences de l’histoire est d'autant plus déplorable que les territoires colonisés vont servir de base arrière à la France libre pendant la deuxième guerre mondiale et les colonisés vont se révéler de valeureux soldats pour la défense de la République. La grande contradiction de la France coloniale apparaîtra ainsi au lendemain de la défaite des forces nazies et fascistes. La France n'a pu décoloniser sans guerre. En Indochine et en Algérie, les hommes épris de liberté et de paix, de par le monde, ont assisté médusés à la France des droits de l'Homme s'accrocher au statu-quo en faisant recours aux moyens les plus atroces et les plus inhumains. A la métropole, l'opinion publique était victime de désinformation et ignorait pratiquement tout de l'enfer colonial dans ces contrées. Aujourd'hui, grâce aux moyens performants d'information, les Français sont au courant de la moindre nouvelle intéressant leur pays. C'est pourquoi, les gouvernements réfléchissent à deux fois avant d'entreprendre une action touchant l'intérêt historique de la nation. C'est à l'aune de ces nouvelles contraintes qu'il faut juger la sensibilisation accrue de l'opinion qui a conduit à l'abrogation de la loi magnifiant l'aspect positif de la colonisation.


    Abdallah El Amrani

    Paru sur L'Observateur
    www.lobservateur.ma/

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    propose par aghilasse

     
  2. sa3doune

    sa3doune Visiteur

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    Re : France-Maroc-Colonisation: Faut-il tourner la page ?

    le sahara est marocain oui dialna bghaou oula karhou [:Z] les enemis de l'integralité territoriale du maroc vont :-(
     
  3. mestouni

    mestouni Visiteur

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    Re : France-Maroc-Colonisation: Faut-il tourner la page ?

    le sahara marocain et reste tjs marocaine on va faire tous pour la garder incha allah !!!
    mais il afut que chaque marocain garde ça ds le coeur et merci
     
  4. zugui

    zugui Visiteur

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    Re : France-Maroc-Colonisation: Faut-il tourner la page ?

    Pour l'histoire, pour la memoire faut que la france aie le courage de demander pardon aux pays ''ex-colonialises''.
    Et pourquoi pas indeminises les familles victime.
    Je parle des milliers d'enfants orphelins de femmes veuves.
    Des proprietaires qui ont vus leurs terre voler par des colonialistes ....
    je ne peu en citer autant ...


    N'OUBLI PAS QUE LA FRANCE ETAIT VICTIME DE LA COLONIASATION NAZI ...devinez l'apres reaction des francais a cela ....
     

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