Grippe aviaire: Certitudes, doutes et grosses rumeurs

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 7 Février 2006.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    · Le film d’un week-end chaud

    La grippe aviaire aurait-elle touché le Maroc? En tout cas, les informations telles que livrées par le Haut-Commissariat aux eaux et forêts, le vendredi 3 février, laissaient largement le champ libre aux interprétations. En effet, celui-ci a annoncé que «quelque 336 garde-b½ufs (hérons) ont été trouvés morts à proximité du lac Daït Roumi (province de Khemisset) suite «probablement à une intoxication». A saluer, tout de même, la rapidité de la réaction des autorités qui prouve qu’au moins, elles sont sur le qui-vive.

    Pour Abdeladim El Hafi, Haut-Commissaire, il s’agirait «d’une intoxication collective», car ces oiseaux ont été découverts «dans une zone agricole», a-t-il précisé, rappelant que «c’est la période d’usage d’herbicides et de produits phytosanitaires». Tout le monde avait bien relevé le conditionnel du communiqué. Parmi les garde-boeufs morts, 173 ont été trouvés dans une décharge publique à 5 km du lac, a-t-il ajouté. «Des prélèvements ont été effectués sur ces oiseaux», a-t-il indiqué, soulignant que les analyses étaient en cours et que les résultats seraient connus dans les prochains jours. Le ministère de l’Agriculture a insisté cependant sur le fait que seule l’espèce des garde-boeufs a été touchée. Contactés à plusieurs reprises par L’Economiste, ce même jour, les responsables, qui étaient pratiquement «tous en réunion» (certainement une cellule de crise, ndlr), n’ont pu répondre à certaines interrogations. Il fallait se contenter du communiqué.

    Pour rappel, ce département dispose de trois laboratoires équipés pour déterminer avec précision l’existence du virus de l’influenza aviaire, si toutefois il était soupçonné.

    · Migrateur partiel


    Nouveau rebondissement, le soir même, mais cette fois-ci par l’entremise de Hamid Benazzou, le directeur de l’élevage au ministère de l’Agriculture. Selon lui, les éléments de l’enquête épidémiologique indiquent l’absence de l’influenza aviaire affirmant que ces mortalités seraient en relation avec la vague de froid au Maroc. Il a, lui aussi, bien précisé «que ces investigations concernent uniquement le garde-b½uf, un oiseau sauvage non-migrateur». Selon les définitions, cet oiseau est un migrateur partiel. Certains individus vivant en France se déplacent vers le sud-ouest, dans la péninsule ibérique et occasionnellement dans le reste de l’Europe. Pourquoi pas au Maroc? Pour les autorités sanitaires marocaines, le héron garde-b½uf du Maroc n’est pas migrateur.

    Ratissant large, les autorités ont même effectué des prélèvements dans les élevages avoisinants sur «des cadavres d’oiseaux morts et de poulets beldi vivants qui ont été envoyés à des laboratoires vétérinaires spécialisés nationaux pour analyse et d’autres investigations plus fines sont en cours». Interrogés, certains vétérinaires privés n’abondent pas dans le sens des autorités. Ils estiment très difficile d’abord de diagnostiquer l’influenza aviaire aussi rapidement, et précisent que, dans les régions, il est déjà difficile de diagnostiquer la rage qui est plus courante et qui fait des morts tant parmi les animaux que les humains. De plus, ils tiennent à mettre l’accent sur la difficulté du contrôle réglementaire vétérinaire de la viande de poulet en raison des conditions d’abattage, souvent clandestines.

    Dans ce cas, il est difficile de mettre le doigt sur cette grippe aviaire qui terrifie le monde. Mais le plus difficile à contenir, ce sont les rumeurs. Certaines circulent à propos d’une éventuelle incinération de poulets atteints du virus de la grippe aviaire à Temara, vers la mi-janvier, en provenance d’un élevage voisin. D’autres, non-fondées, indiquent que le fameux H5N1 serait arrivé à Oujda (probablement en raison du cas de l’éleveur de volailles décédé en Algérie, non-confirmé par le gouvernement). A Khemisset, les habitants sont en émoi. La plupart d’entre eux ont déjà cessé d’acheter du poulet.

    Le Maroc se trouve de toutes les façons sur la route des oiseaux migrateurs.

    Radia LAHLOU
    L'Economiste
     

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