Grippe aviaire: Les oiseaux migrateurs seuls responsables?

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 30 Octobre 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    · Le Maroc, lieu de prédilection pour plusieurs espèces

    · Il existe 144 types de grippe aviaire dont certains très dangereux


    Ils sont les premiers suspects dans cette affaire de contamination mondiale. Les oiseaux migrateurs porteurs sains d’un virus aux souches mortelles sont diabolisés en raison de leurs flux migratoires et leur propension à disséminer la maladie, entre volatiles, sur les continents. Le Maroc d’ailleurs constitue un des grands points d’hivernage pour de nombreuses espèces dont les pélicans et les flamants roses. Les oiseaux d’eau ont plusieurs points de prédilection dans le Royaume. Ils établissent leurs quartiers pour l’hiver en général sur les côtes Atlantique. Ils choisissent ainsi le marais du bas du Loukos, Merja Zerga et le lac Sidi Boughaba vers le nord-ouest du pays, ou encore les lagunes de Sidi Moussa et Oualidia quand ils s’arrêtent dans le centre-Atlantique. Côté Sud, les oiseaux se dirigent vers les embouchures Souss et Massa, la lagune de Khnifiss ainsi que la Baie de Dakhla. Bien entendu, d’autres espèces préfèrent s’installer un peu plus à l’intérieur des terres. Au niveau des flux migratoires Europe-Afrique, l’on peut remarquer une très forte densité sur les côtes marocaines et à travers le Maghreb en général. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Maroc, qui vient d’appliquer son plan de lutte contre la grippe aviaire, vient aussi d’interdire toute importation de volaille des pays touchés.

    Pourtant, la propagation présumée de la grippe aviaire chez les humains, en Indonésie par exemple, constitue une énigme pour les experts, car certaines victimes habitaient loin de zones peuplées de volailles. Toutefois, la migration des volatiles demeure la piste la plus plausible actuellement même si le raisonnement comporte quelques failles. La majorité des experts avaient des réticences à imputer la propagation du virus aux oiseaux sauvages. La souche du virus H5N1 est pourtant presque aussi mortelle pour les canards et les oies sauvages ou autres volatiles que pour les gallinacés. Comment un animal mourant peut propager l’épizootie? De plus, ces épidémies sporadiques n’étaient sur aucune route des oiseaux migrateurs. Sur de telles distances intercontinentales, les hommes semblaient en cause dans l’infection des élevages.
    Rien n’empêche cependant le monde de se mettre en branle, d’appliquer des mesures de prévention et de rechercher activement des antiviraux.

    Pour Jean-Luc Angot, directeur adjoint de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale), la grippe aviaire, en soi parfaitement banale, “circule classiquement dans le monde animal, et notamment chez les oiseaux sauvages, tout comme on a la grippe saisonnière chez l’homme”. Il existe 144 types de grippe aviaire dans le monde: certains font plus de ravages que d’autres parmi les oiseaux, tout particulièrement chez les poules et les dindes, et “c’est souvent dans les types H5 et H7 qu’on trouve les types hautement pathogènes” de grippe aviaire. C’est le cas tout particulièrement du fameux virus H5N1 qui a provoqué la mort de millions de volailles et d’une soixantaine d’humains en Asie depuis 2003.

    Ce virus en soi n’a pourtant rien d’exceptionnel. Il n’est “pas spécialement” plus à même de muter et de se transmettre d’homme à homme que la vingtaine de virus de grippe aviaire hautement pathogènes identifiés depuis une vingtaine d’années, estime Angot. Après tout, “cela fait deux ans que ce virus circule en Asie du Sud-Est avec une forte promiscuité entre volailles, hommes et porcs, qui sont souvent des hôtes intermédiaires, et le virus n’a toujours pas muté ni recombiné”. Le virus H5N1 asiatique “est simplement un candidat plus important que les autres parce qu’il a acquis une diffusion plus importante, surtout dans des pays où il est endémique (Laos, Vietnam, Cambodge Thaïlande, Indonésie). Et plus il y a de doses virales qui circulent, plus il y a de risques de mutation et de passage à l’homme”, poursuit l’expert. Encore faut-il bien parler de H5N1 de souche asiatique, car il existe d’autres virus H5N1, aux codes génétiques distincts. “La nouveauté, c’est ce H5N1 de souche asiatique hautement pathogène” pour les oiseaux, souligne le responsable de l’OIE. En tentant de s’adapter à leur nouvel hôte, les virus peuvent alors acquérir la propriété d’infecter toutes les cellules de l’organisme et causer alors des épidémies mortelles dans les élevages comme cela s’est produit au moins dix-neuf fois depuis 1959.

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    Infection humaine

    L’infection d’un être humain par le virus H5N1 de la grippe aviaire “suppose une exposition forte de l’individu à la source de contamination”, explique une spécialiste de la grippe à l’Institut Pasteur. En Asie, “on a noté plusieurs cas d’infection de personnes ayant plumé des poulets infectés, mais passer à une dizaine de mètres d’oiseaux infectés n’est pas infectieux”. Le virus “n’est pas adapté à l’homme” et donc “la concentration de virus est importante” pour la transmission de l’infection. Les virus grippaux sont des virus d’oiseaux et généralement, ils restent chez les oiseaux. Le virus H5N1 est “sensible” à l’action d’antiviraux inhibiteurs de la neuraminidase (la protéine N1 du virus) comme le Tamiflu et le Relenza, et les virus résistants à ces médicaments ont “une vitalité moindre que les virus sensibles à ces antiviraux”. Donc, les “virus résistants pourraient être rapidement éliminés s’ils étaient mis en compétition avec des virus non résistants”. Le Tamiflu ne pourrait avoir aucun effet s’il est administré d’une manière hâtive sans l’adapter au cas des patients.


    Nouaïm SQALLI
    L'Economiste
     

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