Histoire de l'Économie

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 13 Août 2012.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de l’Économie



    Pour découper l'histoire de l'économie, on peut recourir à une périodisation communément admise en utilisant la notion de révolution économique. On recense essentiellement quatre périodes :
    l'économie préhistorique
    la révolution néolithique et la naissance de l'agriculture
    l'économie antique et la lente évolution médiévale
    la révolution industrielle
    On peut aussi, bien que le phénomène soit très récent (moins de 50 ans) ajouter une cinquième période qui - fondée sur la Révolution informationnelle - fait basculer les économies développées dans l'économie post-industrielle.

    L'économie préhistorique

    Sur une période couvrant des centaines de milliers d'années se mettent en place les éléments fondamentaux de l'économie, caractérisés comme l'économie de la prédation développée par les populations de chasseurs-cueilleurs :
    • transformations des aliments avec le feu
    • premières productions d'outils puis de vêtements, d'objets artistiques et religieux....
    • premiers échanges (don, troc, guerre)
    Adam Smith remarque que durant l'âge de pierre, il y avait une certaine division du travail à l'intérieur des tribus de chasseurs ou de bergers, les uns fabriquant les instruments de chasse et les autres les utilisant.

    La révolution néolithique

    La période néolithique est souvent considérée comme incluant la première révolution économique. Elle se situe à un tournant important de l'histoire et constitue une rupture entre le nomadisme et le sédentarisme. Cette rupture majeure dans l'histoire humaine se situe dans un temps court de 4 000 ans entre -12 000 et -8 000 avant notre ère.

    La révolution néolithique enregistre deux évolutions historiques majeures, d'abord la naissance de l'agriculture et ensuite la création de structures urbaines, villages puis villes. Mais bien d'autres éléments, constitutifs des sociétés humaines, se mettent progressivement en place : la naissance de la propriété, l'émergence de techniques nouvelles y compris la roue et l'écriture, la spécialisation du travail.

    L’expression «révolution néolithique» a été introduite par l’archéologue australien Vere Gordon Childe dans les années 1930 pour caractériser les évènements survenus au Proche-Orient vers 9000 ans avant notre ère. Elle fait référence à un changement radical et rapide, marqué par le passage d’une économie de prédation (chasse, cueillette) à une économie de production (agriculture, élevage). Les recherches les plus récentes conduisent à relativiser cette notion de phénomène brutal. Ainsi, l’adoption de l’agriculture ne s’avère pas aussi rapide qu’on pouvait le croire durant la première moitié du XXe siècle. De plus, elle n’est ni synchrone à l’échelle des différents continents, ni universelle. Les premiers agriculteurs exploitaient encore les ressources naturelles et certains groupes conservent une économie de chasseur-cueilleur jusqu’à nos jours. Il existe également des exemples de groupes de pasteurs nomades. L'adoption d'une économie de production semble être un phénomène progressif, initié selon certains auteurs dès le début du Mésolithique.
    Il n'en reste pas moins que la néolithisation est une des étapes majeures de l'aventure humaine, au même titre que la domestication du feu ou la révolution industrielle.
    - Émergence de l'agriculture
    La domestication animale et la maîtrise de la culture des végétaux sont les deux évolutions majeures qui ont sous-tendu cette révolution économique.
    - Émergence des structures urbaines
    Les hommes se rassemblent d'abord sous forme de groupes nomades en recherche perpétuelle de nouveaux terrains fertiles, puis avec l'agriculture, la sédentarisation devient possible.
    En même temps que la sédentarisation se met en place la spécialisation des tâches (artisanat). On assiste à la naissance de la monnaie et au développement du commerce.

    Une lente évolution

    Au cours de l’Antiquité, puis du Moyen Âge, le développement des communications terrestres et navales, et en parallèle celui de l'écriture et de la comptabilité, l'amélioration des techniques conduit des régions entières à devenir des centres de production de plus en plus spécialisés dans tel ou tel bien de consommation (ou d'apparat) approvisionnant d'autres régions éventuellement très lointaines, du monde connu. Mais les modes de production, tout en se sophistiquant, restent basés sur l'agriculture, l'artisanat et le travail manuel
    - L'économie antique
    Avec les grandes civilisations méditerranéennes de l'Égypte, de la Grèce et de Rome, l'économie se structure et se développe.
    L'un des ressorts fondamentaux de ces économies agricoles consiste dans l'exploitation du travail humain gratuit (esclavage). La croissance économique repose fondamentalement sur la croissance forte des échanges commerciaux et rend nécessaire la continuelle expansion des ressources utiles, ce qui motivent rapines et guerres.
    Mais, ces sociétés butent sur la question du développement technique et de l'absence d'accumulation de capital productif. C'est l'impasse, prélude aux effondrements successifs des empires. La seule époque qui aurait pu éviter cette impasse était l'époque Hellénistique, du fait d'une croissance assez remarquable des échanges.
    - L'économie médiévale
    La notion de marché émerge (Route de la soie en Asie centrale, foires de Champagne attirant des négociants de toute l'Europe du Moyen Age). Les États qui se constituent, mettent en place par réaction, une doctrine comme le mercantilisme (monopoliser les productions pour ne pas être dépendant d'autrui, et accumuler de l'or en approvisionnant les autres).

    Entre 1000 et 1348, la population a encore doublé. On assiste à une augmentation rapide de la population urbaine, ce qui amène l'urbanisation. Aussi de nouvelles techniques de travail sont découvertes, ce qui donne lieu à la révolution agricole médiévale.

    Le développement rapide de l'industrie de la laine rend l'économie un peu moins dépendantes des simples aléas agricoles. L'arrivée des produits coloniaux, de plus en plus importantes, signe la meilleure santé de l'économie médiévale à la fin du Moyen Age qu'à son début.



    Révolution agricole

    L'expression «révolution agricole» peut prêter à confusion, voire à polémique. Dans son livre La deuxième révolution agricole, Claude Laberge qualifie la révolution agricole néolithique, commencée voici dix mille ans, de «première révolution agricole». Et pour lui on n'a encore vu que les prémices de la «deuxième révolution agricole». Il fait référence à Pierre Chaunu : «Pour le moment, les biotechnologies se situent dans le prolongement immédiat de cette révolution industrielle dont Chaunu nous rappelle qu’elle n’est qu’une accélération de la révolution du néolithique.»

    La révolution industrielle
    - Proto-industrie
    Le terme proto-industrie renvoie aux recherches menées dans les années 1970 par l'historien néerlandais Franklin Mendels. L'ambition de ce concept est d'expliquer la transition entre le régime de production féodal et celui de la production capitaliste tels que présentés dans la pensée de Karl Marx. La définition de proto-industrialisation donnée par Mendels est «la croissance rapide de l'industrie surtout rurale conservant une organisation traditionnelle mais orientée vers le marché. Cela était accompagné de changement au niveau de l'organisation spatiale de l'économie rurale.» La proto-industrie fut un phénomène transeuropéen et d'une importance incontournable puisqu'en en France par exemple dès 1789, selon les estimations de Mendels, la production industrielle avait déjà dépassé celle de l'agriculture en portion du PIB.

    La théorie de Mendels part du constat que durant la période moderne les journaliers ne trouvaient guère qu'à s'employer durant les mois d'été pour les moissons et, de fait, le reste de l'année ils constituaient une main d'œuvre à bas prix. Les capitalistes urbains utilisèrent leur force de travail pour le travail textile. Selon Mendels, ce système permis aux entrepreneurs d'accumuler suffisamment de capital pour initier au milieu du XVIIIe siècle la Révolution Industrielle. Qui plus est, les revenus supplémentaires obtenus par les populations rurales grâce à leur travail proto-industriel créèrent une demande pour les biens produits par la proto-industrie elle-même et, à terme, un marché prêt à recevoir les productions de la première Révolution Industrielle. Par ailleurs, Mendels identifie un facteur important par lequel la proto-industrie influença les développements du secteur secondaire au XIXe siècle : ce travail avait habitué les populations rurales au labeur artisanal et à la supervision extérieure, deux traits importants que sauront exploiter les contremaîtres dans les usines du siècle suivant.

    Il est important de ne pas confondre la proto-industrie telle que définie par Mendels et qui prend son envol au XVIe siècle et surtout au XVIIe siècle de l'artisanal rural qui peut se retrouver dès les temps préhistoriques. Les différences sont sensibles :
    la proto-industrie est destinée à un marché bien plus large que la simple demande locale ce qui suppose une spécialisation régionale poussée,
    la croissance démographique de l'époque moderne créa une offre supplémentaire sur le marché du travail qui enclencha le processus,
    la chute du prix du blé força les habitants des régions les moins productives à s'orienter vers le travail artisanal,
    l'intégration de nouvelles régions dans le marché créa une nouvelle demande pour les produits artisanaux, forçant de ce fait les populations rurales à augmenter leurs revenus.
    Quoi qu'il en soit de nombreuses régions rurales devinrent liées fermement à la production proto-industrielle. Il est notable que contrairement au modèle rural habituel, le nombre de mariages était parfois plus corrélé avec le prix des produits artisanaux qu'avec celui des denrées alimentaires. En quelque sorte, les populations rurales étaient rentrées dans l'ère industrielle avant même que celle-ci ne commence. Une différence majeure avec la période suivante cependant tient au fait que la relative simplicité de la machinerie employée ne demandait aux entrepreneurs urbains qu'un investissement fixe assez léger.
    Il faut noter que la théorie de Mendels a ouvert un long débat historiographique et a été en général très critiqué par les historiens récents.
    - Première révolution industrielle
    Premières machines, actionnées par le vent et l'eau. Notion de libre-échange. Machine à vapeur (James Watt).
    - Seconde révolution industrielle
    Mécanisation suite aux avancées dans le domaine de l'énergie ainsi que dans l'automobile et de l'extraction minière. Constitution de centres industriels importants nécessitant de mobiliser des capitaux importants (création des sociétés par actions, des grandes banques...). On passe du capitalisme commercial au capitalisme industriel et financier.
    En 1929 éclata aux États-Unis un krach boursier. Il fut suivi d'une crise économique, la Grande dépression, qui dura plusieurs années. Afin de mesurer le rétablissement de l'économie, Simon Kuznets inventa en 1934 un instrument de mesure de l'activité encore très utilisé de nos jours : le produit intérieur brut.

    Économie post-industrielle mondialisée

    C'est l'économie des pays développés, et vers laquelle s'orientent aussi divers pays émergents, basée sur :
    le savoir comme facteur déterminant de production, au-delà des trois «classiques» (ressources naturelles, travail, capital physique)
    les services, devenus le premier secteur économique dans les pays développées, devant l'agriculture et l'industrie
    la mondialisation des marchés, avec formation d'une économie en réseau (entreprise étendue), dont l'articulation géographique donne un rôle clé aux pôles.

    Évolutions récentes
    - Une nouvelle forme d'économie
    Depuis les années 1970 environ, est apparue une nouvelle forme d'économie, basée sur l'utilisation massive des technologies de l'information et de la communication (l'informatique), et comportant une part importante de services (70% environ du PIB).
    Cette nouvelle forme d'économie est appelée de différentes façons :
    Économie post-industrielle.
    Économie du savoir.
    Économie de l'information.
    Économie de l'immatériel.
    Économie numérique.
    Nouvelle économie.
    Ces termes sont apparus à des moments un peu différents, mais ils correspondent tous à la même réalité : la place très importante prise par l'information sur support électronique, au lieu de l'information sur support papier.
    Dans cette nouvelle forme d'économie, la croissance la plus forte est obtenue dans le secteur des services.





     
  2. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Révolution néolithique

    La révolution néolithique fut la première révolution agricole, c'est-à-dire la transition de tribus et communautés de chasseurs-cueilleurs vers l'agriculture et la sédentarisation (la sédentarisation est actuellement remise en cause). Les données archéologiques indiquent que plusieurs formes de domestication de plantes et animaux surgirent indépendamment dans au moins 7 ou 8 régions séparées à travers le monde, et les plus anciens développements connus eurent lieu au Proche-Orient 14 000 ans av. J.-C. ou plus tôt.

    Néanmoins, la révolution néolithique impliqua bien plus que la simple adoption d'un ensemble limité de techniques de production alimentaire. Au cours des millénaires suivants, elle transformerait les petits groupes, relativement égalitaires, de chasseurs-cueilleurs mobiles qui avaient jusque là dominé l'histoire de l'Homme, en des sociétés habitant des villages et des villes construits qui modifièrent radicalement leur environnement au moyen de techniques spécialisées d'agriculture et de conservation (par exemple l'irrigation) qui permettaient de vastes surplus de production. Ces développements favorisèrent le développement de grandes densités de population, d'une division du travail complexe, des économies de commerce, de structures administratives et politiques centralisées, d'idéologies hiérarchiques et de systèmes de connaissance dépersonnalisés (par exemple des régimes de propriété et de l'écriture). La première manifestation éclatante de toute la période néolithique se produit dans les villes sumériennes du Proche-Orient (vers 3000 av. J.-C.), dont l'émergence inaugure la fin du Néolithique préhistorique et le commencement de l'ère historique.

    La relation des caractéristiques, mentionnées ci-dessus, avec les débuts de l'agriculture au Néolithique, leur ordre d'émergence et leur relation empirique réciproque sur plusieurs sites du Néolithique sont objets de débats entre chercheurs et semble varier selon l'endroit, plutôt qu'être le résultat de lois universelles de l'évolution sociale.

    Transition vers l'agriculture


    C'est Vere Gordon Childe, dans les années 1920, qui créa l'expression révolution néolithique, pour décrire les premières révolutions agricoles de l'histoire du Moyen-Orient. La période est décrite comme une «révolution» pour souligner son importance et l'immense portée et le degré des changements qui affectent les communautés où ces nouvelles pratiques agricoles étaient progressivement adoptées et perfectionnées.

    On a fait remonter le début de ce processus, en différentes régions, à peut-être 10 000 ans av. J.-C. en Mélanésie à 2 500 ans av. J.-C. en Afrique subsaharienne, certains chercheurs considérant que les développements de 9000-7000 av. J.-C. dans le Croissant fertile* sont les plus importants.

    Cette transition semble partout être associée au passage d'une vie de chasse et de cueillette nomade à une vie plus sédentarisée et agricole, avec les débuts de la domestication de diverses espèces végétales et animales, selon les espèces qui était disponibles localement, et aussi selon l'influence de la culture locale.

    Il y a plusieurs théories en concurrence (mais qui ne s'excluent pas mutuellement) quant aux facteurs qui poussèrent les populations à passer à l'agriculture. Les plus importantes sont :
    * La théorie de l'oasis, proposée à l'origine par Raphael Pumpelly en 1908, vulgarisée par Vere Gordon Childe en 1928 et résumée en son ouvrage Man Makes Himself, qui soutient que tandis que le climat se faisait plus sec, les communautés se regroupaient vers les oasis où elles étaient forcées de cohabiter avec les animaux, lesquels furent alors domestiqués en même temps qu'était adopté l'usage de graines. Cette théorie n'est guère soutenue aujourd'hui parce que les données sur le climat de l'époque ne la confirment pas.
    * L'hypothèse des flancs vallonnés, proposée par Robert Braidwood en 1948, suggère que l'agriculture débuta sur les flancs vallonnés des monts Taurus et Zagros, où le climat n'était pas aussi sec que Childe le croyait, mais où les terres fertiles favorisaient une grande variété de plantes et d'animaux domesticables.
    * La théorie du festin de Brian Hayden suggère que l'agriculture était motivée par l'exhibition ostentatoire du pouvoir, comme de donner des festins, en vue de dominer. Cela nécessitait de regrouper de grandes quantités de nourriture, ce qui mena à l'adoption des techniques agricoles.
    * La théorie démographique proposée par Carl Sauer, adaptée ensuite par Lewis Binford et Kent Flannery postule une population de plus en plus sédentaire qui augmenta jusqu'à dépasser les capacités de l'environnement local et qui nécessitait plus de nourriture qu'elle ne pouvait en recueillir. Plusieurs facteurs socio-économiques favorisèrent ce besoin en nourriture.
    * La théorie de l'évolution et de l'intentionnalité, développée par David Rindos avec d'autres, voit l'agriculture comme une adaptation évolutive des plantes et des hommes. Commençant avec la domestication par la protection des plantes sauvages, elle conduisit à la spécialisation de l'habitat et par la suite une domestication pleinement développée.
    * Ronald Wright, en son livre A Short History of Progress et au cours d'une série d'émissions à la radio CBC, étudie la possibilité que l'agriculture se soit développée en coïncidence avec un climat de plus en plus stable. Il étendit son cas d'étude aux problèmes actuels de réchauffement et de changement climatiques suggérant que, peut-être, un effet majeur de l'augmentation des niveaux de CO2 (gaz carbonique) dans l'atmosphère pourrait bien être un passage à un climat moins stable et plus imprévisible. Théorie développée par Ronald Wright.
    * Le Dryas récent, peut-être causé par un impact météorique et qui déboucha sur la fin de la dernière Ère glaciaire, fournit probablement des circonstances qui provoquèrent l'évolution des sociétés agricoles.

    La domestication des plantes

    Une fois que l'agriculture commença son essor, les plantes céréalières (en commençant par le blé amidonnier, le petit épeautre et l'orge) et pas simplement celles qui favorisaient une plus grande prise calorique, mais celles aux plus grandes graines, étaient choisies pour être plantées. Des plantes aux caractéristiques telles que de plus petites graines ou un goût amer étaient considérées indésirables. Des plantes qui répandaient rapidement leurs graines à maturité avaient tendance à ne pas être amassées à la moisson, donc à ne pas être engrangées et à ne pas être plantées à la saison suivante. Les années de moissons, on choisissait les souches qui retenaient leurs graines comestibles plus longtemps. Plusieurs espèces de plantes, les «cultures pionnières» ou récoltes fondatrices du Néolithique, furent les premières plantes manipulées avec succès par les hommes. Certaines de ces premières tentatives échouèrent de prime abord et les récoltes furent abandonnées, parfois pour être de nouveau reprises et domestiquées avec succès des milliers d'années plus tard : la seigle, essayée et abandonnée au Néolithique en Anatolie, fit son chemin en Europe comme mauvaise herbe et y fut domestiquée avec succès, des milliers d'années après la naissance de l'agriculture.

    La lentille sauvage présente une autre difficulté qu'il fallait surmonter : la plupart les graines sauvages ne germent pas la première année. La première trace de domestication des lentilles, brisant la dormance de la première année, fut découverte au début du Néolithique à Jerf el-Ahmar (en Syrie), et se répandit vers le sud jusqu'au site de Netiv HaGdud dans la vallée du Jourdain. Ce processus de domestication permit aux récoltes fondatrices de s'adapter et finalement de devenir plus importantes, d'être plus facilement moissonnées, plus fiables pour le stockage et plus utiles aux humains.

    Les figues, l'orge et très probablement l'avoine étaient cultivées dans la Vallée du Jourdain, représentée par le site Gilgal du Néolithique inférieur, où, en 2006, des archéologues trouvèrent des cachettes de graines de chacune d'elles en quantités trop grandes pour être justifiée même par la culture intensive, en des strates de 11 000 ans environ. Certaines des plantes essayées puis abandonnées pendant le Néolithique au Proche-Orient, sur des sites comme Gilgal, furent domestiquées avec succès plus tard en d'autres parties du monde.

    Une fois que les agriculteurs eurent perfectionné leurs techniques de culture, leurs moissons allaient rendre des surplus qui nécessitaient d'être conservés. Néanmoins, les personnes qui composent les premières populations d'agriculteurs ont une plus petite taille et semblent en moins bonne santé que celle des chasseurs-cueilleurs de la même époque : leur productivité ne devient supérieure à celle des chasseurs-cueilleurs qu'à partir d'un certain seuil (correspondant notamment à l'extension des surfaces cultivées), la production agricole nécessitant avant ce seuil une dépense d'énergie supérieure à la cueillette, contrairement aux travaux des ethnologues qui suggéraient le contraire depuis les années 1950.
    L'adoption de l'agriculture avant que ce seuil soit atteint peut s'expliquer par plusieurs hypothèses : la plupart des chasseurs-cueilleurs ne pouvaient guère facilement conserver leur nourriture longtemps, étant donné qu'ils avaient un mode de vie nomade, alors que ceux qui étaient sédentaires pouvaient mettre en réserve leur surplus de céréales.
    Autres hypothèses : la sédentarisation qui favorisa les soins aux enfants et donc la croissance démographique malgré les maladies infectieuses, des raisons d'organisations sociales, raisons symboliques, rituelles, un changement des modes de relation avec la nature ...
    Finalement, des greniers furent construits qui permettaient aux villages de conserver leurs graines sur des périodes plus longues. Ainsi, avec plus de nourriture, la population augmenta et les communautés développèrent des travailleurs spécialisés ainsi que des outils plus élaborés.

    Le processus ne fut pas aussi linéaire qu'on le pensait, mais ce fut un effort plus complexe, entrepris par des populations humaines différentes de différentes régions en nombreuses et diverses manières.
    - L'agriculture en Asie
    On pense que la révolution néolithique se répandit largement en Asie du Sud-ouest vers 8500 av. J.-C., bien que des sites antérieurs aient été trouvés. Bien que les indices archéologiques fournissent des preuves insuffisantes quant à la répartition des tâches selon les sexes dans les cultures du Néolithique, la comparaison avec les données historiques et les communautés de chasseurs-cueilleurs modernes, amène à supposer généralement que ce sont principalement les hommes qui chassaient, tandis que les femmes jouaient un rôle plus important pour la cueillette. Par extrapolation, on peut théoriser que les femmes étaient principalement responsables des observations et des activités initiales qui amorcèrent la révolution néolithique, dans la mesure où la sélection graduelle et l'amélioration des espèces de plantes comestibles étaient impliquées.

    La nature précise de ces observations initiales, et des activités (postérieures) raisonnées qui donneraient naissance aux changements des méthodes de subsistance apportées par la révolution néolithique, est inconnue ; les indices spécifiques manquent. Néanmoins, plusieurs théories raisonnables ont été avancées. Par exemple, on peut s'attendre que les pratiques habituelles de se débarrasser des déchets alimentaires chez les Sambaqui aient pour résultat la repousse des plantes issues de graines mises au rebut dans les terres enrichies. Selon toute probabilité, il y eut un certain nombre de facteurs qui contribuèrent aux débuts de l'agriculture dans les sociétés humaines.
    - L'agriculture dans le Croissant fertile*
    L'agriculture généralisée survint apparemment dans le Croissant fertile en raison de nombreux facteurs. Le climat méditerranéen comprend une longue saison sèche avec une courte période pluvieuse, ce qui fait qu'il convenait pour les petites plantes aux grandes graines, telles que le blé et l'orge. Ceux-ci convenaient le mieux à la domestication en raison de leur facilité de moisson, de conservation et de leur disponibilité. En outre, les plantes domestiquées avaient des teneurs en protéines particulièrement élevées. Le Croissant fertile s'étendait sur une vaste zone de cadres et altitudes géographiques variées. La variété fournie rendait l'agriculture plus fructueuse pour les anciens chasseurs-cueilleurs. D'autres zones au climat similaire convenaient moins à l'agriculture en raison du manque de variation géographique à l'intérieur de cette zone et du manque de disponibilité de plantes aptes à la domestication.
    - L'agriculture en Afrique
    La révolution néolithique se manifesta en différentes parties du monde et pas seulement dans le Croissant fertile. Sur le continent africain, trois régions ont été identifiées comme ayant développé l'agriculture indépendamment : les plateaux d'Éthiopie, le Sahel et l'Afrique de l'Ouest.

    La plus célèbre culture domestiquée sur les plateaux d'Éthiopie est le café. Qui plus est, le khat, l'ensete, la guizotia abyssinica, le teff et l'éleusine furent également domestiqués. Le sorgho et le millet ont été cultivés d’abord au Sahel. La noix de cola, dont certains extraits se retrouvent le Coca-Cola®, fut domestiquée en premier en Afrique de l'Ouest. Le riz d'Afrique, l'igname et l'huile de palme ont été domestiqué dans cette partie du monde.

    Un certain nombre de cultures développées en Afrique pendant des millénaires ont été domestiquées ailleurs plus tard. L'agriculture dans la vallée du Nil se développa à partir des cultures du Croissant fertile. Les bananes et les bananes plantain furent d'abord domestiquées en Asie du Sud-Est, très probablement en Papouasie-Nouvelle-Guinée, puis «redomestiquées» en Afrique il y a 5000 ans. Les ignames d'Asie et le taro ont également été cultivés en Afrique.

    Le professeur Fred Wendorf et le docteur Romuald Schild, du département d'anthropologie à la Southern Methodist University, pensaient, à l'origine, avoir trouvé des indices d'agriculture primitive au Paléolithique Supérieur à Wadi Kubbaniya, sur le plateau du Kom Ombos, en Égypte, incluant un mortier et un pilon, des pierres à moudre, plusieurs instruments de moisson, du blé noirci et des graines d'orge — qui peuvent provenir d'ailleurs que cette région. Des analyses de datation au spectromètre ont depuis disqualifié leur hypothèse.

    On trouve de nombreuses pierres à moudre semblables dans les cultures sébiliennes et méchiennes de l'ancienne Égypte et des indices d'une économie agricole, datant de 5000 av. J.-C. environ, ont été découverts. Smith écrit : «Avec le recul, nous pouvons à présent voir que de nombreux peuples du Paléolithique supérieur du Vieux Monde étaient tout près de passer à la culture et à l'élevage comme alternative à la vie de chasseurs-cueilleurs. Contrairement au Moyen-Orient, cette évidence apparaît comme une «fausse aube» de l'agriculture, tandis que les sites furent abandonnés plus tard et que l'agriculture permanente fut alors reportée jusqu'à 4500 ans av. J.-C., avec les cultures tasiennes et badariennes et l'arrivée de produits agricoles et d'animaux en provenance du Proche-Orient.»
    - L'agriculture aux Amériques
    Le maïs, le haricot et la courge furent domestiqués en Mésoamérique 3500 ans av. J.-C. environ. Les pommes de terre et le manioc le furent en Amérique du Sud. Dans ce qui constitue de nos jours l'Est des États-Unis, les Indiens domestiquèrent le tournesol, le «sumpweed» et le chénopode vers 2500 av. J.-C.


    La domestication des animaux

    Au Paléolithique, le chien était la seule espèce animale domestiquée pour l'usage de la chasse. Quand la chasse et la cueillette commencèrent à être remplacées par une production alimentaire sédentaire, il devint plus avantageux de garder les anciennes proies de l'homme à proximité des habitations. Dès lors, il devint nécessaire de ramener les animaux en permanence à leur lieu de vie, bien qu'en de nombreux cas il y eût une distinction entre des fermiers sédentaires et des éleveurs nomades. La taille des animaux, leur tempérament, leur régime alimentaire, leurs schémas de reproduction et leur durée de vie furent des facteurs dans le désir et le succès de domestiquer les animaux. Les animaux qui fournissaient du lait, tels que les vaches ou les chèvres, offraient une source de protéines renouvelables, partant assez précieuses. La capacité de l'animal à travailler (par exemple pour le labourage ou comme animal de trait), ainsi qu'à être une source de nourriture, devait aussi être prise en compte. En plus d'être une source directe de nourriture, les animaux pouvaient fournir du cuir, de la laine et de l'engrais. Certains des animaux domestiqués le plus tôt comprennent les moutons, les chèvres, les vaches et les porcs.
    - La domestication des animaux au Moyen-Orient
    Le Moyen-Orient fut la source de nombreux animaux domesticables tels que les chèvres et les cochons. Cette région fut également la première à domestiquer les dromadaires. La présence de ces animaux donna à la région un net avantage pour son développement économique et culturel. Au fur et à mesure que le climat changeait et devenait plus sec, de nombreux fermiers furent obligés de quitter la région, emportant leurs animaux domestiqués avec eux. C'est cette émigration massive du Moyen-Orient qui allait plus tard permettre la diffusion de ces animaux dans le reste de l'Afro-Eurasie. Cette émigration suivait principalement un axe Est-Ouest de climats similaires, puisque les plantes ont un optimum climatique étroit, en dehors duquel elles ne peuvent croître, en raison des changements de pluviométrie et d'ensoleillement. Par exemple, le blé ne pousse normalement pas sous les climats tropicaux, tout comme les espèces tropicales (comme les bananes) ne poussent pas sous un climat plus frais.
    Certains auteurs comme Jared Diamond postulent que cet axe Est-Ouest est la raison principale pour laquelle les plantes et animaux se répandirent si vite à partir du Croissant fertile au reste de l'Eurasie et de l'Afrique du Nord, alors qu'elle ne traversa pas l'axe Nord-Sud de l'Afrique pour atteindre les climats méditerranéens de l'Afrique du Sud, où les plantes des climats tempérés ont été importées avec succès durant les 500 dernières années.
    Le zébu africain est une espèce séparée qui était mieux adaptée aux climats plus chauds de l'Afrique centrale que les espèces bovines domestiquées du Croissant fertile. Semblablement, l'Amérique de Nord et celle du Sud étaient séparées par l'étroit isthme tropical de Panamá, qui empêchait que les lamas des Andes fussent exportés vers les plateaux mexicains.


    Les causes de la révolution néolithique

    Jack Harlan, étudiant les causes de la révolution néolithique, avance six raisons principales que l'on peut regrouper en trois catégories principales :
    1 - Domestication pour des raisons religieuses.
    2 - Domestication par surpopulation et comme conséquence des tensions dues à celle-ci.
    3 - Domestication résultant à partir des découvertes et fondée sur les perceptions des cueilleurs.
    S'agissant de la première explication, Ian Hodder, qui dirige les fouilles à Çatalhöyük (Turquie), a déclaré que les premières communautés sédentaires et la révolution néolithique qu'elles représentent, précèdent, en réalité, le développement de l'agriculture. Il développe les idées exprimées en premier lieu par Jacques Cauvin, l'archéologue du site natoufien de Mureybet, au Nord de la Syrie. Hodder croit que la révolution néolithique fut le résultat d'un changement révolutionnaire dans la psychologie humaine, une «révolution des symboles» qui amena à de nouvelles croyances sur le monde, à des rites communautaires incarnés par des figures féminines corpulentes (voir Vénus de Willendorf) et à la réunion méthodique de cornes d'aurochs.

    L'anthropologue Mark Nathan Cohen avance une autre explication quant aux origines de l'agriculture. Il croit qu'après les extinctions massives de gros mammifères du Paléolithique supérieur, la population humaine s'était développée jusqu'aux limites des territoires disponibles et qu'une explosion démographique provoqua une crise alimentaire. L'agriculture fut le seul moyen de soutenir cette croissance démographique sur les territoires disponibles. Cette idée a subi de nombreuses critiques en raison du problème évident de pouvoir déterminer comment une explosion démographique pouvait se produire sans qu'il eût déjà un surplus de nourriture.

    Les cueilleurs (pas les chasseurs) prenant soin des enfants, maintenant les feux et fouillant aux environs du camp de base, furent en tête du développement du langage et de la culture, dans la connaissance des plantes et des animaux à moitié domestiqués qui voyageaient avec les nomades d'un camp à un autre.

    Les conséquences de la révolution néolithique
    - Changements sociaux
    On prétend fréquemment que l'agriculture apporta aux hommes une maîtrise accrue de leur approvisionnement en nourriture, mais cette idée est battue en brèche depuis qu'on a découvert que la qualité de l'alimentation des populations néolithiques était généralement inférieure à celle des chasseurs-cueilleurs et que l'espérance de vie pourrait avoir été plus brève, en partie à cause des maladies. La taille moyenne, par exemple, baissa de 1,78 m pour les hommes et 1,68 m pour les femmes, à respectivement 1,60 m et 1,55 m, et il a fallu attendre le XXe siècle pour que la taille moyenne humaine revienne à ses niveaux pré-néolithiques.

    En réalité, en réduisant la nécessité de porter les enfants (pendant les déplacements), les sociétés néolithiques eurent un impact majeur sur l'espacement des naissances (porter plus d'un enfant à la fois est impossible pour des chasseurs-cueilleurs, ce qui entraîne un espacement entre deux naissances de quatre ans ou plus). Cet accroissement du taux de natalité était nécessaire pour compenser l'augmentation retardée des taux de mortalité (retardée car la sédentarisation entraîne des contaminations par germes fécaux humains et animaux) ; il requérait une occupation sédentaire des territoires et encourageait l'existence de groupes sociaux plus importants.

    Ces groupes sédentaires étaient capables de se reproduire à un taux plus rapide en raison de la possibilité d'élever les enfants en commun en de telles sociétés. Les enfants étaient une explication à une population plus dense et encourageaient l'introduction de la spécialisation des tâches en fournissant plusieurs formes de travail nouvelles. Le développement de sociétés plus grandes semble avoir conduit au développement de différents moyens de prise de décision et d'organisation gouvernementale. Les surplus alimentaires rendaient possibles le développement d'une élite sociale qui n'était guère impliquée dans l'agriculture, l'industrie ou le commerce, mais dominait ses communautés par d'autres moyens et par un commandement monopolisé.

    Le paléo démographe Jean-Pierre Bocquet-Appel estime que sur cette période, le taux de fécondité est passé de 4-5 enfants à 7 enfants par femme en moyenne, entraînant une transition démographique importante avec un taux d'accroissement naturel de 1%, faisant passer la population mondiale de 7 millions d'individus à 200 millions.
    - Les révolutions qui suivirent
    Andrew Sherratt a avancé que, succédant à la révolution néolithique, il y eut une phase de découverte qu'il nomme la révolution des produits secondaires. Il semble que les animaux aient été d'abord domestiqués seulement pour leur viande. La révolution des produits secondaires survint quand les néolithiques prirent conscience que les animaux pouvaient fournir plusieurs autres produits utiles. Cela inclut notamment :
    * des peaux et du cuir (à partir d'animaux sauvages)
    * du fumier pour les sols (à partir de tous les animaux domestiques)
    * la laine (fournie par les moutons, lamas et chèvres angora)
    * le lait (fourni par les chèvres, vaches, yaks, brebis et chamelles)
    * la force de traction (des bœufs, onagres, ânes, chevaux et chameaux)
    * Sherratt avance que cette phase du développement agricole permit aux hommes d'utiliser des possibilités énergétiques de leurs animaux en de nouvelles manières et favorisa une activité d'élevage et d'agriculture de subsistance intensive et permanente et permit de commencer l'exploitation de terres plus vastes pour l'élevage. Cette phase rendit également possible le pastoralisme dans les zones semi-arides, aux marges des déserts, et mena finalement à la domestication des dromadaires et des chameaux. La surexploitation de ces zones, notamment par les troupeaux de chèvres y broutant excessivement, favorisa grandement l'extension des zones désertiques. Vivre dans une seule zone devait permettre plus facilement d'accumuler les possessions personnelles et l'attachement à certains territoires. De ce point de vue, on pense que les peuples préhistoriques étaient capables de stocker la nourriture pour survivre aux temps de disette et troquer les surplus non nécessaires avec d'autres.
    * Une fois que le commerce et un approvisionnement alimentaire étaient établis, les populations pouvaient croître et la société finissait par se diviser entre producteurs et artisans ; les premiers avaient les moyens de développer leur commerce en raison du temps libre dont ils jouissaient grâce au surplus de nourriture. Les artisans, à leur tour, furent capables de développer certaines techniques comme les armes en métal. Une telle complexité relative devait nécessiter une certaine forme d'organisation sociale pour fonctionner efficacement. Il est donc probable que les populations avec une telle organisation, peut-être fournie par la religion, étaient mieux préparées et avaient plus de réussite. En outre, les populations plus denses pouvaient former et entretenir des légions de soldats professionnels. Aussi, durant cette période, la possession individuelle devint de plus en plus importante pour tout le monde. Enfin, Childea a avancé que cette complexité sociale croissante, ayant entièrement ses racines dans la décision de s'installer, aboutit à une deuxième révolution urbaine qui vit l'édification des premières villes.
    - Maladies
    Partout dans le développement des sociétés sédentaires, la maladie se répandit plus rapidement qu'aux temps des chasseurs-cueilleurs. Des pratiques sanitaires inadéquates et la domestication des animaux peuvent expliquer l'augmentation des morts et des maladies pendant la révolution néolithique, puisque les maladies se transmettaient des animaux aux humains. Quelques exemples de maladies transmises des animaux aux humains sont la grippe, la variole et la rougeole.
    Selon un processus de sélection naturelle, les hommes qui domestiquèrent en premier les grands mammifères se forgèrent rapidement une immunité aux maladies tandis qu'à chaque génération les individus avec la meilleure immunité avaient de plus grandes chances de survivre. Durant leur 10 000 ans (en gros) de vie partagée avec les animaux, les Eurasiens et les Africains devinrent plus résistants à ces maladies en comparaison des populations indigènes rencontrées hors de l'Eurasie et de l'Afrique. Par exemple, les populations de la plupart des Caraïbes et de plusieurs Îles du Pacifique ont été complètement décimées par les maladies. L'histoire démographique des Amérindiens enseigne que 90 % de la population, en certaines régions de l'Amérique du Nord et du sud, fut anéantie bien avant tout contact direct avec les Européens. Certaines civilisations telles que les Incas avaient bien un grand mammifère domestiqué, le lama, mais les Incas n'en buvaient pas le lait ou ne vivaient pas confinés avec leurs troupeaux, réduisant ainsi le risque de contagion

    Le lien de cause à effet entre le type ou l'absence de développement agricole, les maladies et la colonisation n'est pas confirmé par la colonisation en d'autres parties du monde. Les maladies augmentèrent après l'établissement de l'Empire britannique en Afrique et en Inde bien que ces zones eussent des maladies desquelles les Européens n'étaient pas immunisés. En Inde, l'agriculture se développa durant le Néolithique, comprenant une grande variété d'animaux apprivoisés. Pendant la colonisation britannique, on estime que 23 millions de personnes moururent du cholera entre 1865 et 1949, et que des millions d'autres périrent de la peste, de la malaria, de la grippe et de la tuberculose.

    En Afrique, la colonisation européenne s'accompagna de grandes épidémies, incluant la paludisme et la maladie du sommeil, et bien que des parties de l'Afrique colonisée fussent peu ou pas pourvues d'agriculture, les Européens étaient plus sensibles que les Africains. On a attribué l'augmentation des maladies à la mobilité croissante des populations, à une densité de population de plus en plus grande, à l'urbanisation, à la détérioration de l'environnement et à des schémas d'irrigation qui permirent à la malaria de se répandre, plutôt qu'au développement de l'agriculture.
    - Technologies
    Jared Diamond, en son ouvrage Guns, Germs, and Steel (traduit en français sous le nom de De l'inégalité parmi les sociétés), soutient que les Européens et les Africains orientaux bénéficièrent d'une position géographique avantageuse qui leur donna d'entrée l'avantage dans la révolution néolithique. Les deux partageaient un climat tempéré idéal pour les premiers semis ; les deux se trouvaient à proximité d'espèces d'animaux et plantes facilement domesticables et les deux étaient plus à l'abri des attaques d'autres groupes que les civilisations de la partie centrale du continent eurasien. Étant les premiers à adopter l'agriculture et des modes de vie sédentaires, tout en étant voisins d'autres sociétés agricoles primitives avec lesquelles ils pouvaient à la fois être en concurrence et commercer, les Européens et les Africains de l'Est furent aussi parmi les premiers à bénéficier des technologies telles que les armes à feu et les épées en acier. En outre, ils développèrent des résistances aux maladies infectieuses, comme la variole, en raison de leur étroite relation avec des animaux domestiqués. Les peuples n'ayant pas vécu à proximité de gros mammifères, tels que les Aborigènes d'Australie et les Amérindiens étaient plus vulnérables aux infections et furent largement décimés par les maladies.

    Pendant et après l'ère des grandes découvertes, les explorateurs européens, comme les conquistadores espagnols, rencontrèrent d'autres populations qui n'avaient jamais (ou seulement récemment) adopté l'agriculture, comme dans les Îles du Pacifique, ou n'avaient pas de grands mammifères domestiqués, comme par exemple les habitants des régions montagneuses de Papouasie-Nouvelle-Guinée.


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    * Croissant fertile

    Le Croissant fertile est une expression désignant les régions de Mésopotamie et du Levant au Moyen-Orient. Il comprend les territoires des États actuels du Liban, de Chypre, du Koweït, d'Israël, de Palestine (Cisjordanie et Gaza) ainsi que des parties de la Jordanie, de la Syrie, de l'Irak, de l'Iran, de l'Égypte (sur ce point, il ne semble pas y avoir consensus) et le sud-est de la Turquie. Le terme «Croissant fertile» fut donné par l'archéologue James Henry Breasted de l'Université de Chicago car l'arc formé par les différentes zones ressemble à un croissant.

    Description
    Irriguée par le Jourdain, l'Euphrate, le Tigre et le Nil (quatre fleuves du Moyen-Orient), couvrant quelque 400 000 à 500 000 km², et peuplée de 40 à 50 millions d'individus, la région s'étend des plaines alluviales du Nil, continuant sur la rive est de la Méditerranée, autour du nord du Désert syrien et à travers la péninsule Arabique et la Mésopotamie, jusqu'au golfe Persique.

    La zone ouest autour du Jourdain et de la partie supérieure de l'Euphrate donna naissance aux premiers campements agraires connus il y a 11 000 ans. Les campements les plus anciens connus à ce jour sont à Iraq ed-Dubb (Jordanie) et Tell Aswad (Syrie), suivi de près par Jéricho. Les plus anciennes villes, États, et écrits connus apparurent plus tard en Mésopotamie (dont l'étymologie signifie «entre les fleuves», faisant référence aux terres comprises entre l'Euphrate et le Tigre) à l'est. Ces découvertes ont permis de surnommer la région «le berceau de la civilisation.»

    La fertilité naturelle de la région a été grandement augmentée par les travaux d'irrigation, desquels dépend encore aujourd'hui une bonne part de l'agriculture locale. Ces travaux ont connu des cycles de déclin et de réparations au cours des deux derniers millénaires, du fait de la succession incessante des États dans la région. Un autre problème à l'irrigation est la salinisation des sols, c’est-à-dire que les sels minéraux contenus dans l'eau d'irrigation s'accumulent avec le temps dans le sol par effet d'évaporation ce qui va entraîner à plus ou moins longues échéances des niveaux de sels impropres à l'agriculture.

    Les fleuves ne furent pas le seul facteur crucial pour l'apparition de la civilisation dans le Croissant fertile. En effet, le Croissant fertile était l'habitat de quatre des cinq plus importantes espèces d'animaux domestiqués : la vache, la chèvre, le mouton, et le porc, et a probablement été le foyer de leur domestication. La cinquième espèce, le cheval, vivait à proximité. Le Croissant fertile avait un climat qui encourageait l'évolution de nombreuses plantes annuelles, qui produisent plus de graines comestibles que les plantes pérennes, tout comme la variété des niveaux d'élévation de la région favorisait l'exploitation, la culture et la domestication de nombreuses espèces de plantes, dont plusieurs céréales en premier lieu.

    Les eaux des fleuves restent une source de tension dans la région. Le Jourdain est aux frontières d'Israël, du royaume de Jordanie et de la zone administrée par l'Autorité palestinienne. La Turquie et la Syrie contrôlent chacune environ un quart de l'Euphrate, dont l'Irak est encore plus dépendant.

    Le Croissant fertile a vu la naissance de plusieurs grandes religions.

    Selon Bernard Geyer et Paul Sanlaville, le Croissant fertile est une réalité bioclimatique avant tout. Il correspond à la zone de répartition des céréales sauvages, zone où l'indice pluviométrique est supérieur à 200 mm par an et permet une agriculture sèche. C'est d'ailleurs dans cette zone que l'agriculture a vu le jour. Il ne comprend donc ni l'Égypte, ni la Mésopotamie. Il commencerait par la vallée du Jourdain pour finir aux piémonts du Zagros oriental en passant par la Djézireh syro-irakienne.





     
  3. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de l’Économie
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    Histoire de la pensée économique

    L’Histoire de la Pensée économique peut être découpée en plusieurs grandes phases :
    1. Une longue période qui va de la Préhistoire jusqu'aux débuts de l'Antiquité grecque où l'action économique - sauf quelques exemples demeurés épars et localisés - est plus préoccupée de morale et de politique que de rigueur analytique.
    2. De l'Antiquité grecque au XVIIe siècle, période qui -en Occident- correspond à un âge où la pensée économique demeure en tutelle et caractérise une économie où prédomine la notion de Service. Avec cependant deux avancées notables : D'une part la création du terme « Économie politique » sous la plume d'Antoine de Montchrestien, et d'autre part l'émergence de la notion de « politique économique » ( sous une forme pragmatique ) avec la doctrine du « mercantilisme »
    3. Une rupture, avec le XVIIIe siècle, où la pensée économique s'affirme comme discipline indépendante. L'économie politique prend son essor et se développe sous une forme libérale: Elle se pose comme une économie de Liberté, où le capitalisme naissant trouve le régime propre à son rapide développement.
    4. Au XIXe siècle, l'essor du Capitalisme déclenche une période de réaction politique et de doctrine qui amènent l'économie d'Intervention : Réformisme, Socialisme, Protectionnisme et Dirigisme se font jour, plaidant en faveur d'une action étendue de l'État et pour replacer les études économiques dans le contexte historique ou sociologique.
    5. Enfin, la période plus récente (fin du XIXe siècle et XXe siècle), où se déploient les derniers renouvellements théoriques de la pensée économique :
    . Depuis le XIXe siècle jusque vers les années 1930, avec le renouvellement par l'analyse des mécanismes
    . La révolution keynésienne, avec le renouvellement par l'analyse fonctionnelle
    . Après la révolution keynésienne, avec le renouvellement à base d'analyse dynamique.
    Keynes souligne l'importance d'une bonne connaissance de l'Histoire de la pensée en général et de la pensée économique en particulier : "… les idées, justes ou fausses, des philosophes de l’économie et de la politique ont plus d’importance qu’on ne le pense en général. À vrai dire le monde est presque exclusivement mené par elles. Les hommes d’action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste passé. Les illuminés du pouvoir qui se prétendent inspirés par des voies célestes distillent en fait des utopies nées quelques années plus tôt dans le cerveau de quelque écrivailleur de Faculté." (John Maynard Keynes 1936).


    De la Préhistoire
    Jusqu’aux débuts de l'Antiquité Grecque


    Les prémices de la pensée économique peuvent être détectées dans toutes les civilisations : Arabe, Chinoise, Grecque, Indienne, Mésopotamienne, Perse, Romaine, etc.

    En Mésopotamie
    - Les Cités-États de Sumer
    Vers 6000 ans av. J.-C. ces cités développent leur commerce et leur économie à partir des marchés de matières premières. Les Codes de loi de Sumer peuvent être considérés comme les premiers écrits économiques. Les nombreux attributs qu'ils définissent sont encore aujourd'hui en usage dans des domaines comme :
    * Les échanges commerciaux avec la valorisation des prix via des montants codifiés d'échange exprimés en valeur-argent.
    * Le taux d'intérêt, les amendes, les règles d'héritage, les lois concernant la propriété privée (sa transmission, sa division, son imposition...), etc.
    * Le premier système économique développé par les Babyloniens et les Cités-États voisines utilise une métrique de produits divers, tel que le «shekel», mesure basée sur le poids de l'orge et fixée par un code juridique.
    * De nombreuses tablettes trouvées notamment à Kanish, en Anatolie, ou à Assur fournissent les preuves d'une intense activité commerciale : La Correspondance des marchands de Kanish au début du IIe millénaire avant JC, en atteste ainsi que l'existence de nombreux comptoirs d'échanges, pensés et organisés en réseaux ...

    - Les législations mésopotamiennes
    De bonne heure, les souverains sont amenés à légiférer pour maintenir l'ordre et la justice dans le pays: «La solidité de l'État repose sur la personnalité des responsables. Les ressources ne sont pas assurées par un plan d'expansion économique, mais par les contributions, réquisitions, tributs, voire les pillages imposés aux voisins les plus faibles. Ces sociétés sortent de la barbarie par des moyens empiriques constamment réajustés. Et pourtant elles se développent. Elles élaborent une culture, une science qui ne sont pas négligeables. Mais là également le recours à l'énumération, (...) aux listes exhaustives poussées jusqu'à l'absurde sans parvenir à dégager les principes sous-jacents et spontanément appliqués, reflète la même conscience qui se cherche. La difficulté d'abstraire est corrélative de l'incapacité de prévoir.»

    Vers 2600, le prince de Lagash, «Ouroukagina», se livre à une activité législatrice qui est la plus ancienne qui soit connue. Les lois et principes exposés également dans des textes comme le code d'Our-Nammou, de Lipit-Ishtar, les Lois d'Eshnounna, le code d'Hammurabi, les lois assyriennes ou néo-babylonniennes, les législations israélites font écho de préoccupations déjà fort "modernes" :
    . Fixation des salaires indicatifs par l'État, en fonction de la qualité de chaque œuvre et du travail qu'elle nécessite (notion de valeur),
    . Réglementation des emprunts, des locations,
    . Définition et établissement de la responsabilité professionnelle...
    Pour autant ces textes doivent être considérés comme «une série de mesures visant des abus précis, non d'un recueil de lois véritables... Ces documents n'offrent pas une construction doctrinale complète, logique et cohérente. Le code d'Hammourabi lui même n'envisage que les cas exigeant une modification ou une confirmation des dispositions antérieures, et leur énumération est régie par des procédés d'association d'idées. Il est ainsi souvent difficile de déterminer à quel principe général obéit la solution adoptée, car ni les Sumériens, ni les Sémites n'éprouvèrent le besoin de rédiger des traités dogmatiques de droit, comportant des définitions, des classifications et des déductions logiques.»

    En Asie
    - En Chine
    Selon Michel Cartier : Dans la «Discussion entre Mencius et Xu Hang» est décrite une hiérarchie sociale (gouvernants, paysans, artisans et marchands) dépendante de la participation des hommes aux activités productives. Les échanges décrits entre groupes correspondent à des échanges de surplus où les prix sont déterminés en référence au niveau social : les objets destinés à la classe supérieure sont plus chers que les autres.
    Au cours de la dernière période des Royaumes combattants, les Mohistes établissent une distinction entre le profit commun et le profit égoïste: Ils prônent un partage égalitaire des biens et condamnent le gaspillage.
    Des pensées plus structurées sont données en 654 av. J.-C. dans le «Guanzi» , ouvrage encyclopédique et composite attribué à Guan Zhong, chancelier qui fonde la prospérité du royaume de Qi , ainsi que dans divers textes de l'école légiste - comme le «Shangjun Shu» de Shang Yang en 338 av. J.-C. - dont le maître-mot est "Enrichir le pays et renforcer l'armée."
    On trouve dans le Guanzi:
    1. une des premières formulations de la théorie du Marché, assimilé à une pesée
    2. une réflexion sur la monnaie considérée davantage comme une marchandise que comme un étalon
    3. la préconisation que l'État doit assurer lui-même la production et le commerce du sel et du fer, produits indispensables dans la vie des sujets.
    En 81 av. J.-C., sous la Dynastie Han , les confucéens dénoncent comme immorales les idées du «Guanzi», qui sont dès lors tenues pour hétérodoxes.
    Pour autant ces idées ne vont pas cesser d'influencer la pratique des politiciens. On peut citer à titre d'exemple la gestion des émissions monétaires et la réglementation des marchés :
    - Dans ces deux cas, les usages agressifs de la théorie sont remplacés par le maintien des équilibres. Le premier exemple est celui de la régulation du commerce des céréales par des greniers : Les céréales acquises au titre de l'impôt sont stockées dans les greniers et sont- en cas de nécessité - mises sur le marché pour combattre la hausse des prix. De la même manière, les autorités régulent la situation monétaire et mettent en circulation des quantités de monnaie plus ou moins importantes.
    - La mise en pratique des théories du Guanzi suppose une connaissance précise de la conjoncture économique. Les autorités surveillent les fluctuations du prix des denrées et des taux de change interne entre les différents signes monétaires, en particulier -à partir de la Dynastie Ming- le change entre les sapèques (pièces de bronze de la monnaie officielle) et les métaux précieux (argent et or) qui n'ont que le statut de marchandises.

    - En Inde
    Le philosophe indien Chânakya (340-293 avant J.-C.) bénéficie d'une éducation “d'excellence” dispensée à l'époque dans la ville-monastère très renommée de Nalanda, puis enseigne dans la ville de Taxila, où les activités d'enseignement existent déjà depuis plus de 500 ans et attirent des étudiants de provenances aussi diverses que lointaines .

    Également connu sous les noms de Kautilya ou “VishnuGupta”, Chanakya est le précepteur du premier Empereur Indien de l'empire Maurya : Chandragupta (c. 340 -293 av. J.-C.). Ses travaux, perdus à la fin de la dynastie Gupta, ne sont retrouvés qu'en 1915

    Alors que ses travaux précèdent l'auteur de Le Prince de 1 800 ans (traité politique écrit au début du XVIe siècle par Nicolas Machiavel), il est considéré dans le monde occidental comme étant le “Machiavel indien”, en raison des nombreux aspects abordés dans sa pensée et que l'on retrouve plus tard dans l'économie moderne. Auteur prolifique, notamment en économie politique, il produit deux ouvrages majeurs :
    Arthashastra (La Science des richesses et du bien-être) est son magnum opus. Dans cet ouvrage sont abordés en détail des thèmes multiples et très modernes comme la politique monétaire, la politique fiscale, la politique sociale, les relations internationales, ainsi que la Stratégie militaire.

    Neetishastra est un traité sur la “vie idéale”, où l'auteur indique au peuple les “bonnes conduites”, et au souverain les “bonnes pratiques” pour conduire son Royaume
    Un auteur B.S Sihag, le considère comme un précurseur de nombreux concepts modernes et - pour l'époque - comme l'un des penseurs les plus féconds dans les domaines de l'économie et de la Science Politique.
    D'autres pratiques comme l'Hawala,("confiance" ou "échange" en hindi) ou Hundi (dans le sous-continent indien), correspondent à un système traditionnel de paiement informel distribué servant de moyen de financement du commerce sur les grandes routes d'échange (comme la route de la soie) au début du Moyen Âge.

    Cette pratique financière ancienne - elle est mentionnée depuis le VIIIe siècle dans les textes de fiqh (science du droit musulman) - est utilisée comme moyen de paiement et d'échange et consiste en un ordre écrit de paiement de la part d'un créditeur à un débiteur, au bénéfice d'une tierce personne. Le principe de base de tout Hawala est de faire circuler l'argent dans un réseau d'agents de change (les hawaladars) : un client donne une somme d'argent à l'un de ces agents, qui contacte l'agent le plus proche du destinataire de cette somme et lui demande de lui verser cette somme (moins une commission, généralement) en échange de la promesse de la lui rembourser plus tard.
    Ce système fonctionne sans transmission de moyen de paiement (outil de représentation de valeur, comme la monnaie). Il ne dépend pas davantage de l'application légale de contrats : il repose entièrement sur la confiance existant entre les agents du réseau et fonctionne même en l'absence de cadre juridique et légal commun. Il n'y a pas de registre centralisé, et les transactions passant par ce système ne sont généralement pas consignées : la seule information requise pour le fonctionnement est de tenir à jour le montant total de la dette courante entre chaque agent du réseau, dettes qui peuvent être réglées de n'importe quelle façon choisie par les agents. À l'époque des Rois ou du Rajah, le procédé sert les transferts de fonds de longue distance. En Asie du Sud il s'érige en système bancaire complet, et ne sera remplacé progressivement par le système bancaire classique qu'à partir du XXe siècle.





     
  4. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de l’Économie
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    L’Économie de Service :
    de l'Antiquité grecque jusqu'au XVIIe siècle


    L'Économie au service de la Cité : L’Antiquité

    Le Monde grec

    C'est le monde grec qui forge le mot économie : «οἰκονομία». En grec, oikos (οἴκος) signifie la maison (en tant qu’unité sociale et économique), et nomos (νόμος), l’ordre, la loi, la norme.
    Les penseurs grecs qui s'intéressent à l’économie ne sont pas des économistes mais des philosophes : la science politique, qui se rapporte à la cité, est majoritairement considérée comme la première des sciences. Alors que l’économie, considérée comme l’art d’administrer ses biens, est subordonnée à la politique, l'activité économique, pour être essentiellement centrée sur l’individu, est souvent regardée comme une activité servile, sinon suspecte.
    La réflexion est cependant loin d'être absente : le terme Économique figure dans le titre d'au moins deux traités, l'un de Xénophon, l'autre d'Aristote.
    Leur objet est de connaitre et formuler les lois «nomos» propres à optimiser l'utilisation des biens d'une maison, l'oikos, entendue comme unité collective de production d'une famille élargie ou d'un clan. La richesse produite est appréciée du point de vue de l'abondance des biens produits et de leur utilité.
    - La crise sociale et intellectuelle du VIe au IVe siècle av. J.-C.
    La pensée des philosophes grecs ne peut se comprendre sans référence au contexte économique et social de l'époque : l'état athénien se forme par l'union de tribus et de clans vivant en Attique. La propriété individuelle du sol, le commerce et l'usage de la monnaie se développent. L'État est organisé en trois classes : les nobles (eupatrides), les agriculteurs (géomores) et les artisans (démiurges). La plupart des citoyens sont de petits paysans, en situation précaire. Ces paysans pauvres se révoltent à plusieurs reprises : à Mégare, à Samos, à Chio... Au VIe siècle av. J.-C., ils portent au pouvoir Solon qui établit une nouvelle constitution. Une coalition s'établit entre paysans, artisans et marchands pour briser le pouvoir des nobles (Réformes de Clisthène en 508 av. J.-C.).
    Les hommes en surnombre s'exilent et fondent des colonies : le commerce extérieur progresse et pose la question des alliances militaires, notamment avec Sparte (Guerre du Péloponnèse : 431-404) qui finit par l'emporter.
    L'équilibre économique et social de la Cité est bousculé par l'émergence de “nouveaux riches” qui cumulent réussite commerciale et propriété foncière. Les paysans pauvres sont contraints de quitter la terre mais ne trouvent pas de travail en ville car le labeur salarié est réservé aux esclaves : une plèbe de chômeurs se forme et la Cité entre dans une ère de décadence généralisée.
    - Essor du Grand Siècle Grec : le Ve siècle av. J.-C.
    Les débats de cette période - considérée comme “le grand siècle grec” - voient s'introduire de nouvelles idées :
    Le citoyen grec est conscient de posséder une Dignité en tant que membre d'un groupe organisé et gouverné suivants des Lois valables pour tous les hommes libres. Il n'est plus le serviteur d'un chef, mais seulement soumis à la Loi. Dans le même temps, L'usage de l'argent et du commerce qui se développe depuis le VIIe siècle av. J.-C. ébranle cependant les représentations et les pratiques sociales.
    L'accumulation de monnaie par l'usure ou le négoce posent question : Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, les considère comme des activités stériles, voire déshonorantes. Ces procédés font l'objet d'une autre discipline qu'Aristote appelle chrématistique (de khrêma, la richesse).
    L'Économique est toujours explicitement distingué de la Politique, laquelle fait l'objet d'un autre traité d'Aristote, dans lequel l'auteur s'efforce de définir comment fonder l'harmonie et la justice entre les différentes classes de personnes et de familles qui constituent la Cité.
    Les œuvres satiriques de l'époque traduisent bien l'ampleur de ce débat : ainsi, dans le Ploutos d'Aristophane, le dieu de la Richesse (Πλοῦτος, Ploutos), rendu aveugle par Zeus, distribue ses largesses aux hommes mauvais plutôt qu'aux hommes honnêtes. Ceux-ci le conduisent dans un temple dont le dieu lui rend la vue et lui donne à voir le spectacle des troubles qu'il a causés : un sycophante (homme enrichi aux dépens du peuple) vient crier qu'il est ruiné, Hermès (dieu du Commerce) ne reçoit plus de dons des fidèles et doit gagner sa vie comme aide-cuisinier, les prêtres sont privés de leur gagne-pain car l'on n'offre plus de sacrifices aux dieux.

    L'interrogation demeure profonde dans l'opinion publique à propos du lien entre «Bien moral» et Richesse» avec l'apparition du «nouveau riche» :
    Le riche «traditionnel» était vu comme le propriétaire foncier, chef naturel d'un groupe d'agriculteurs, possédant les droits sur la Terre, mais dont la richesse permet de mieux remplir sa fonction sociale.
    Le «nouveau» riche est vu comme celui qui accumule de l'argent pour satisfaire ses caprices personnels et pour s'affranchir des contraintes sociales.

    - Sophistes, Cyniques et Utopistes (fin du Ve siècle av. J.-C.)
    La fin du “grand siècle grec” (Ve siècle av. J.-C., dit aussi siècle de Périclès) provoque une époque de troubles et de bouillonnement des idées. Les sophistes “nouveaux philosophes” tiennent des discours individualistes et cosmopolitistes qui contestent les cadres sociaux traditionnels (critique de l'esclavage par exemple) et militent pour la liberté du commerce.
    Protagoras proclame que :
    1.«L'homme est la mesure de toutes choses».
    Pour lui, il vaut mieux connaitre les choses humaines que le monde inanimé.
    2.«L'homme vit en société».
    Il faut donc s'interroger sur ce qu'est la Société. Celle-ci est censée répondre au besoin des Hommes de se défendre contre les dangers qui les assaillent.
    3.«La société repose sur un contrat passé entre les hommes afin de s'accorder mutuelle protection».
    Ce qui est possible parce que le dieu Zeus a accordé à l'espèce humaine des dons que nulle autre ne possède : le respect ou la pudeur, le droit ou la justice.
    4.«La Loi n'est pas quelque chose de naturel : elle résulte d'une convention».
    Puisqu'il n'y a rien d'absolu, il s'agit de convaincre dans la discussion et les controverses publiques : c'est pourquoi les sophistes enseignent l'art de l'argumentation en vue de “terrasser” l'adversaire dans le débat politique.
    Les Cyniques lancent au contraire des idées plus collectivistes (Antisthène,Diogène).
    Des mouvements utopistes plus orientés vers la politique prétendent reconfigurer la propriété et l'organisation de la société (Phaleas de Chalcédoine, Hippodamos de Milet). Aristophane s'en moque dans l'Assemblée des femmes (392 av. J.-C.).
    - Socrate (470-399 av. J.-C.)
    Socrate, par le témoignage de sa vie faite de détachement et de pauvreté, dénonce l'individualisme extrême des Sophistes et l'exaltation de la richesse qui “attache l'homme à quelque chose d'inférieur à lui-même”. Son enseignement oral (il n'a laissé aucun écrit) s'attache à restaurer la notion de “nature humaine” en tant qu'ensemble de normes raisonnables et morales de nature supérieure, et influencera de manière directe la pensée de Platon et d'Aristote.
    - Xénophon (circa 426 – 355 av. J.-C.)
    Xénophon est, comme Platon, un disciple de Socrate. Il mérite de figurer dans l’histoire de la pensée économique, non seulement parce qu’il est le premier à employer ce terme, mais encore parce qu’il y consacre plusieurs ouvrages.

    L’Économique retrace un dialogue entre Socrate et Ischomaque, autour d’un thème unique, celui de l’administration d’un domaine agricole. On retrouve l'idée selon laquelle la pensée économique antique est intimement liée à l’administration domestique. L'ouvrage comprend aussi des développements sur les stratégies d’accroissement des richesses : ainsi le père d’Ischomaque (un riche propriétaire athénien) dit acheter des terres à bas prix pour les revendre bien plus cher après les avoir défrichées. L’art – ou la science – de l’économie est de facto celui du bon gestionnaire. Tandis que bon père de famille peut ainsi savoir ce qui est bon pour l’administration d’une cité, alors que le rôle revient à la femme d'entretenir la maison (oikos). Identiquement, la politique est vue comme l’affaire des hommes, tandis que le travail, est réservé aux seuls esclaves. Ainsi parle l’Économique : Ischomaque enseigne cet art à sa femme et ce sera le rôle de celle-ci que d'en faire l'application.

    Les Revenus est un ouvrage où Xénophon propose de multiplier les exploitations agricoles et industrielles dans l’Attique, et d’exploiter à plein rendement les mines d’argent du Laurion. À cette occasion, il aborde (mais de façon peu approfondie) des concepts comme ceux de la demande et de la valeur des biens, ainsi que le rapport qu’ils entretiennent entre eux. L'œuvre est un projet politique et économique pour toute une région, et entend défendre un point de vue cohérent.
    En somme, les ouvrages de Xénophon portent sur la manière de bien gérer un domaine agricole, c'est à dire sur l'“économie domestique” (l'expression en grec est une parfaite tautologie), même si Les Revenus (ouvrage de maturité) montre que ces enseignements sont applicables ailleurs et situe l'économie comme l'art de satisfaire les besoins d’une société.
    - Platon ou le socialisme aristocratique
    Platon (428 ou 427 – 347 ou 346 av. J.-C.), qui à travers son dialogue La République expose sa vision de l’utopie, se trouve entraîné à aborder l’économie comme gestion des biens et des personnes de la façon la plus juste possible dans la cité idéale.

    Il défend l’idée d’une société divisée en trois classes (magistrats/philosophes, gardiens et travailleurs/producteurs, en ordre décroissant) où le droit de propriété n’est réservé qu’à la classe inférieure des «producteurs» : les autres classes ne doivent pas être tentées par le lucre (terme péjoratif qui désigne le gain, le bénéfice ou le profit recherché) et l’accumulation des richesses. Le philosophe est convaincu que la cité est supérieure à l’individu : pour préserver l’équilibre de la cité et parvenir au plus haut degré de la vertu politique, il est nécessaire de poser une limitation de la fortune et des biens de chacun, d’autant plus que pour Platon et son époque la quantité totale de richesse est imaginée comme à peu près fixe.

    D'où l'exposé d'une forme d’organisation sociale basée sur la communauté des biens: Il propose même dans Les Lois un partage égalitaire de la terre. L’économie platonicienne entend régir la répartition des ressources dans un but essentiellement politique et philosophique. Moins qu’un art, l’économie pour Platon se rapproche donc plutôt de ces savoir-faire décrits dans Gorgias ; Mais ses tentatives d'organisation en vue de l'instauration d'une cité parfaite impliquent souvent des préoccupations qui rejoignent l'ordre de la science économique telle qu'on la connaît aujourd'hui.

    Platon, le premier, centre sa réflexion sur le problème de la cité et la manière dont elle doit être régie, et ce sur tous les plans. Il propose un modèle social et économique basé sur le collectivisme à plusieurs niveaux (biens, femmes, terres) tout en ne remettant pas en cause le principe de l'État: la cité de Platon n'est donc pas socialiste). Dans d'autres œuvres, il confirme la validité du recours à l'esclavage comme moyen technique, mais critique en revanche de façon générale la volonté de possession, l'appât des richesses, et l'esprit de lucre.
    - Aristote : économie de Nature, économie de Cité
    Aristote (circa «environ» 384 – 322 av. J.-C.) accorde dans sa pensée une place beaucoup plus importante à l’économie : Auteur fondamental de l'Antiquité, il influencera de manière prépondérante toute la période médiévale.

    Dans les Économiques et l'Éthique à Nicomaque, Aristote pointe la différence fondamentale qui sépare à ses yeux l'économique de la chrématistique ( de khréma, la richesse, la possession) qui est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses.
    Selon lui, l'accumulation de la monnaie pour elle-même est une activité contre nature qui déshumanise ceux qui s'y livrent : Avec Platon, il condamne le goût du profit et l'accumulation de richesses.
    Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien.
    La chrématistique lui apparait comme ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique. À ce titre elle doit être condamnée d'un point de vue philosophique.
    Au contraire, il valorise l’agriculture et le «métier» qui fondent une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun. Aristote garde toujours le souci d’agir conformément à la nature. Celle-ci fournit «la terre, la mer et le reste» : l’économique est donc l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles, ce qui s'oppose totalement à l’art d’acquérir et de posséder.

    Aristote inclut dans cette vision l’idée d’un rapport de réciprocité : l'économique ne peut être séparé du social: l’échange est comme un «retour sur équivalence» ; C'est un motif supplémentaire de condamnation de la chrématistique, qui substitue l’objet à la relation sociale et finalement l’argent à l’objet.
    Chez Aristote, de fait, l'échange, même basé sur la monnaie, est toujours envisagé comme permettant de renforcer le lien social : Alors qu'il est absent de la tribu (où seul le troc existe), son apparition dans la cité contribue à faire la société.
    Car s'il n'y avait pas d'échanges, il ne saurait y avoir de vie sociale ; il n'y aurait pas davantage d'échange sans égalité, ni d'égalité sans commune mesure.
    L’apport d’Aristote est donc remarquable à plusieurs niveaux :
    1. C'est tout d’abord la distinction fondamentale qu’il établit entre l'économie naturelle (économique) et l'économie d’argent (chrématistique) ;
    2. C'est une réflexion fine sur le rôle de l'échange dans le lien social.
    3. L'autre résultat original et remarquable de sa réflexion est la différenciation opérée entre valeur subjective et valeur commerciale d’un bien, que l’on peut facilement rapprocher des notions de valeur d'usage et de valeur d'échange qui apparaîtront au XVIIIe siècle.
    4. On trouve aussi dans l'éthique à Nicomaque des concepts éthiques comme les quatre causes (cause matérielle, cause formelle, cause efficiente, et cause finale), qui esquissent les notions de valeur d'échange et de valeur d'usage utilisées par les théories économiques modernes.
    - Les Utopies finales (IVe-Ier siècle av. J.-C.)
    Après Platon et Aristote, un courant multiforme se développe dans un œkoumène en expansion. (L'écoumène est une notion géographique pour désigner l'ensemble des terres anthropisées «habitées ou exploitées par l'Homme»). L'élargissement du monde connu résulte, entre autres, de l'épopée d'Alexandre, qui envahit l'Asie et contribue fortement à étendre le cadre géographique du monde grec.
    Puis, l'empire macédonien est divisé entre les successeurs d'Alexandre, les Diadoques : des monarchies apparaissent dont certaines promeuvent des mesures d'économie dirigée, en particulier le royaume ptolémaïque en Égypte. Le mysticisme oriental introduit alors de nouveaux courants de pensée qui entament l'ordre de la raison propre au génie grec de la période précédente.
    Les tendances au naturalisme conduisent à idéaliser l'état de nature pour en faire une sorte «d'âge d'or» qui aurait été corrompu par la suite. Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l'inégalité, fera référence à l'un de ces auteurs, notamment Dicéarque de Messène, et Marx et Engels n'en sont pas éloignés lorsqu'ils évoquent le Communisme primitif.
    Les tendances au rationalisme font rejeter coutumes religieuses et traditions sociales (Epicure). Evhémère, en tant que premier théoricien de l'athéisme systématique, est l'auteur d'un plan rationnel de cité communiste (l'île de Panchaïe).
    Les tendances à l'universalisme invitent tous les hommes à la communion dans l'humain, et sont à ce titre les premières philosophies de la personne. Ainsi, dans le courant stoïcien, Posidonios (l'un des maîtres de Cicéron) présente une première critique systématique de l'esclavage aux IIe siècle av. J.-C. et Ier siècle av. J.-C., et influence le droit romain dans le sens d'un adoucissement de la condition servile
    .


    Le Monde Romain
    Rome
    Avec l'essor et le développement d'un Empire, les romains font montre d'un intérêt plus orienté vers les questions liées à la gestion et l'organisation pratique. Parmi les éléments notables de cet apport qui va inspirer de façon durable l'Occident on peut citer :
    1. la question de la gestion des espaces et de l'économie rurale avec des réflexions sur les thèmes de la colonisation avec la gestion des territoires et populations conquis; avec la publication de recueils de gestion de l'économie rurale rédigés par des auteurs comme Caton, Columelle Pline l'ancien ou Varron; avec l'institution de la Villa ou du Latifundium. Caton et Varron, assez représentatifs de la mentalité romaine, placent l’agriculture au-dessus du commerce et condamnent le prêt à intérêt, donc le commerce de l’argent, même si dans la pratique (non théorisée), les monetarii (monnayeurs) font le commerce de l’argent et pratiquent le prêt à intérêt, en même temps que les autorités manipulent les monnaies.
    2. la création du Droit avec l'instauration du Droit de propriété ou des règles propres à l'héritage
    3. la réflexion sur les liens constitutifs de la Société : D'une part les Historiens et moralistes contribuent à fonder ou à restaurer un idéal de la Cité et de la citoyenneté qui connait son apogée sous l'Empereur Auguste. D'autres par le lien de Clientèle s'efforcent de s'attacher un ensemble «d'obligés».

    4.au IIIe siècle-Ve siècle ap. J.-C., sous le Bas-Empire, les idées dirigistes qui se font jour pour contrer les difficultés économiques et sociales: Dioclétien met en place une taxation générale des prix. Sont aussi Instaurées des «Collegia» et des Corporations publiques.
    La «Cité de Dieu» et L'«Augustinisme politique»
    Selon Saint Augustin (354-430), les hommes vivent dans le cadre de deux cités : la « cité terrestre » au sein de laquelle les hommes dépendent les uns des autres et mènent une existence pécheresse, et la « cité de Dieu » dans laquelle ils se retrouvent dans la communauté de la foi et ne dépendent plus que de Dieu. Augustin refuse les perspectives utopiques et millénaristes défendues au II° siècle par certains Pères de l'Église. Pour lui, seule la seconde cité est importante pour le quotidien des chrétiens, qui doivent se soumettre et œuvrer dans le cadre imparfait mais réel des institutions existantes. Cette thèse donne naissance par la suite à «l'Augustinisme politique» et à la distinction fondamentale selon laquelle il existe «un partage des tâches entre le pouvoir temporel (l'État) et le pouvoir spirituel (l'Église)».

    La doctrine de Saint Augustin facilite l'intégration de l'Église et de la société féodale dans la première phase du Moyen Âge, caractérisé par une économie pour l'essentiel non marchande. Cependant, avec la reprise économique et la mutation politique qui prend son ampleur aux XII° et XIII° siècles, la pensée de Saint Thomas d'Aquin conduit à une approche nouvelle des problèmes pour répondre au double défi de l'émergence d'une pensée qui se veut plus rationnelle et plus scientifique.




     
  5. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de l’Économie
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    L'économie au service du Bien Commun :
    L'époque médiévale




    Naissance et évolution du système domanial

    Selon Georges Duby :
    «Au VII° siècle l'existence de grands domaines est attestée (...) qui sont l'objet d'une exploitation directe (...) reposant sur l'emploi d'une troupe d'esclaves. Pourtant déjà, et le cas semble de plus en plus fréquent dans les régions les plus évoluées, on découvre des “villae” dont la terre n'est pas toute entière mise en valeur par les serviteurs de la maison : pour une part elle est partagée entre des “tenures”, entre des exploitations satellites concédées à des familles paysannes... Toutefois ces “ manses ” comme on commence à les nommer au VII° siècle dans la région parisienne, ne sont plus seulement peuplées d'hommes libres. Certains sont occupés par des esclaves ... Il semble que les grands propriétaires aient découvert à cette époque qu'il était profitable de marier certains de leurs esclaves, de les caser dans un “manse”, de les charger de cultiver les terres attenantes et de nourrir ainsi leur famille. Le procédé déchargeait le maitre, réduisant les frais d'entretien de la domesticité. Il stimulait l'ardeur au travail de l'équipe servile et en accroissait la productivité. Il assurait aussi son renouvellement puisqu'il confiait aux couples d'esclaves le soin d'élever eux-mêmes leurs enfants jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de travailler. (...) En même temps que se restreignait l'étendue des terres en exploitation directe, se multipliait le nombre des tenanciers... Se met alors en branle une lente mutation de l'esclavage qui le rapproche peu à peu de la condition des tenanciers libres. C'est un des évènements majeurs de l'Histoire du Travail et qui fut certainement un facteur décisif du développement économique.»

    «Nous sommes mal informés sur les devoirs des exploitants à l'égard du maître de leur terre .... Dans les provinces les plus romanisées, il se peut qu'ait survécu l'usage de contrats aux termes desquels la terre était concédée pour un temps déterminé en échange seulement de redevances en nature.(...) Plus au Nord , en revanche, il semble bien que la concession d'une tenure ait astreint le paysan libre , non seulement à livrer des grains, du bétail ou du vin , mais à mettre ses bras ou ses bêtes de trait au service du domaine pour certaines tâches déterminées, réparer les bâtiments seigneuriaux, construire des clôtures, charrier les récoltes, porter les messages et parfois mettre en culture une portion des champs seigneuriaux.»


    Le fonds culturel commun

    Les penseurs économiques du Moyen Âge sont avant tout des théologiens. Joseph Schumpeter a d'abord considéré les scolastiques de la fin du XIVe siècle au XVIIe siècle comme les fondateurs les plus proches de la science économique. Raisonnant dans le cadre du droit naturel ils préfigurent l'économie moderne dans le domaine de la politique monétaire, de l'intérêt, et la théorie de la valeur dans le cadre du droit naturel.
    - Apport judéo-chrétien
    L'Ancien Testament contient de nombreux jugements et prescriptions économiques. Il ordonne l'absence de propriété perpétuelle sur la Terre et instaure une redistribution périodique. Il interdit les prêts à intérêt, et enfin il hiérarchise selon leur honneur les activités économiques, faisant de l'agriculture la première et du commerce la dernière.
    Le Nouveau Testament encourage l'homme à mettre en valeur ses talents, en faisant fructifier des placements (parabole des talents). Si l'homme travaille la terre, c'est un moyen de mettre en valeur ses talents en agriculture, et de même dans tous les domaines de l'activité humaine, dans l'industrie et le commerce par exemple. Mais le Nouveau Testament prévient aussi contre les tentations matérielles liées à l'accumulation et à l'utilisation superflue des richesses. Il insiste sur une répartition équitable des biens (Lazare).
    Au IVe siècle se produit une séparation nette entre christianisme et judaïsme sur les questions économiques : le judaïsme commence à élaborer une codification de l'économie), tandis que le christianisme continue d'interdire le prêt à intérêt. Situation qui aura des conséquences très importantes par la suite sur les relations entre les chrétiens et les juifs : ces derniers vont souvent assurer la fonction de banquier, interdite aux chrétiens. Cela fut sans doute une des causes majeures de l'antijudaïsme au Moyen Âge.
    - Apport oriental
    À l'époque médiévale, des penseurs arabes réfléchissent les questions économiques. Après avoir découvert le Muqaddima, Schumpeter voit en Ibn Khaldoun (1332 - 1406) l'un des plus proches précurseurs de l'économie moderne. La plupart de ses théories économiques ne sont redécouvertes en Europe qu'à une époque relativement récente. Cet auteur décrit une théorie économique et politique dans Prolegomena (Muqaddima) en montrant par exemple, comment la densité de la population est liée à la division du travail, qui conduit à la croissance économique. Cette dernière contribue à accroître en retour la population, formant ainsi un cercle vertueux. Il apporte aussi des premières explications quant à la formation des prix.

    Les théologiens

    Le Moyen Âge voit un renouveau des échanges commerciaux et une multiplication des opportunités de profit.
    Les théologiens de l’époque ne s’attachent pas à décrire les mécanismes économiques mais cherchent plutôt à définir leur moralité, leur caractère licite ou illicite selon la morale chrétienne.
    Les canonistes médiévaux posent la question du bien commun, notamment à travers les travaux de saint Thomas d'Aquin et de ses réflexions sur la propriété privée et la recherche du juste prix dans les échanges. Ils reprennent les conceptions d’Aristote sur la stérilité de la monnaie et interdisent conformément au dogme théologique le prêt à intérêt, interdiction qui entre dans le droit civil pour des siècles. De même le rôle éventuellement spéculatif de la monnaie, déjà entrevu et condamné par Aristote, génère une méfiance séculaire, source de nombreuses interdictions. Le prêt à intérêt ne sera pratiqué pendant longtemps que par les Syriaques (chrétiens d’orient) et plus tard par les Juifs.

    Pour Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), les marchands doivent pratiquer un «juste prix» découlant de la coutume. Ce qui est censé les prévenir d’un enrichissement exagéré. L’activité commerciale doit être légitimée par un apport réel de richesse au produit via sa transformation, son transport ou à la limite par son caractère vital pour la survie du marchand et de sa famille. Il condamne par ailleurs le prêt à intérêt, car selon lui la reconnaissance de l’emprunteur ne doit pas se manifester par une récompense financière, mais par l’estime, la gratitude ou l’amitié.
    À ce propos, Saint Thomas d’Aquin pressent bien le futur argument selon lequel «le temps c'est (aussi) de l'argent (time Is money)»
    , mais pour lui le temps ne peut être une marchandise : il n’appartient qu’à Dieu.

    Nicolas Oresme, évêque de Lisieux, précepteur et conseiller de Charles V, publie en 1366 «de origine natura, jure et mutationibus monétarum» qui est le premier texte de politique monétaire destiné au Prince. Il explique le rôle de la monnaie et l’amoralité de ses altérations. Il donne une première analyse des conditions de fonctionnement d’un système bimétallique.

    L'économie au service du Prince :
    Renaissance et Ancien Régime


    Auteurs de la Renaissance et de la Réforme

    L'époque «moderne» de la Renaissance n’apporte pas véritablement une nouvelle théorie économique. Mais elle marque une période de changement radical des mentalités et de vision du monde, dû -entre autres- à l'apparition de l'imprimerie et aux grandes découvertes. De ce point de vue, le nouveau monde qui s'ouvre offre tout-à-coup des perspectives sur le plan économique.
    Les besoins de réforme se font sentir depuis le XIVe siècle, justement sur ces questions. En effet, certains aspects économiques pervers de cette époque, comme le trafic des indulgences, sont de plus en plus mal ressentis par la population, en particulier dans les pays du nord de l'Europe. Les grandes découvertes, le commerce transatlantique et le traité de Tordesillas -qui partage les sphères d'influence dans le nouveau monde- favorisent un enrichissement rapide des pays du sud de l'Europe tandis que les Pays du Nord de l'Europe se sentent injustement exclus .


    Les guerres de religion à la suite de la Réforme font émerger l'idée du libre-échange qui sera formulée plus tard par Hugo de Groot (Grotius).
    - La Réforme protestante
    La Réforme protestante de Luther se construit ainsi autour d'une réaction contre le système des indulgences.
    Parmi les réformateurs protestants, Jean Calvin défend le prêt à intérêt, en préconisant un taux modéré de 5%. Le crédit peut ainsi se développer dans les villes protestantes.


    La Réforme protestante se développe donc dans ce climat de changement de mentalité, dans lequel le travail prend davantage de valeur par rapport au commerce pur. C’est la célèbre thèse de Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905). Elle explique qu’avec la Réforme, le travail devient une nouvelle vertu : auparavant destiné à la seule survie, il devient l’origine de la richesse et de son accumulation qui, selon la logique protestante de la prédestination, serait un signe d’«élection divine». Le travail et la richesse qu’il produit concourent à la gloire de Dieu ; le temps est précieux et l’épargne devient une vertu. La pensée protestante transmettrait aussi selon lui l’éthique du métier, mais assurerait surtout une rationalité plus grande que celle permise par la pensée catholique. Ce faisant, elle lève de nombreux obstacles moraux à l’activité économique.

    En 1516, Thomas More fait une première critique des conséquences sociales de la naissance de ce nouveau système économique, que marquait le mouvement des enclosures en Angleterre en décrivant dans Utopia une société imaginaire ou règnerait un régime de communautaire, sans aucune monnaie. Les échanges y étaient régis par un système de troc. Toutefois, on ne peut considérer Utopia comme un traité d'économie, et encore moins réduire la pensée de Thomas More à ce seul ouvrage : Thomas More n'était pas un économiste, mais plutôt un juriste, un homme politique, et un théologien (voir l'œuvre complet dans l'article Thomas More). Il est probable que, vu le peu de facilité dans l'impression, la traduction, et la diffusion des ouvrages à l'époque moderne, la postérité ait effectué un biais sur la pensée et l'œuvre de Thomas More, prenant Utopia comme argument pour la satire d'un système de privilèges aux limites, puis pour la construction de pensées uniformisantes, que nos contemporains assimilent vite, sans doute par un effet d'historicisme, au communisme.
    - École de Salamanque
    Parallèlement, en Espagne, l'École de Salamanque, à partir de la théorie des droits naturels, propose une conception subjective de la valeur et justifie la propriété privée et la liberté des échanges. Ses auteurs principaux sont les jésuites Francisco de Vitoria (1483–1546), Martín de Azpilcueta (1493–1586), Domingo de Soto (1494–1560), et Luis de Molina (1535–1600). Cette tradition sera reprise par les classiques français et l'Ecole autrichienne.

    Martín d'Azpilcueta est un précurseur de la théorie quantitative de la monnaie. Ses réflexions économiques portent sur les effets de l'arrivée en grande quantité de métaux précieux des Amériques, et l'inflation européenne qui en découle. Il définit la théorie de la valeur-rareté : tout bien devient plus cher lorsque la demande est plus forte que l'offre. C'est la quantité de métal précieux dans un pays qui détermine le pouvoir d'achat de sa monnaie. Il défend le prêt à intérêt, contre les recommandations alors de l'Église catholique romaine


    Autres Réformateurs précurseurs de l'économie moderne

    Ces précurseurs vont contribuer à émanciper la pensée économique des réflexions scolastiques. Après eux l'économie est désormais une branche distincte de la philosophie et de la théologie. Les penseurs en économie ne sont plus issus de l'Église ni des milieux politiques. Ils ouvrent la voie aux idées d'abord mercantilistes puis physiocratiques qui seront successivement, chacune à leur manière, les principaux contributeurs à l'autonomisation progressive de la discipline «Économie».

    Après eux, la voie sera dégagée pour les fondateurs de la pensée économique moderne et notamment l'École dite Classique.

    * Nicolas Copernic, plus connu pour ses travaux d'astronomie, est un économiste important. Il a publié plusieurs essais économiques.
    * Boisguilbert et Vauban sont partisans de la Réforme fiscale : A leurs yeux, les excès budgétaires et fiscaux du régime - présentés comme cause de la sous-consommation chronique - sont pointés par des auteurs comme :
    Pierre de Boisguilbert qui dénonce la ruine de la consommation : «Pour trouver les causes de la ruine de la France,il ne faut que découvrir celle de la ruine de la consommation : il y en a deux essentielles...la consommation a cessé parce qu'elle est devenue absolument défendue et absolument impossible. Elle est devenue impossible par l'incertitude de la Taille ... enfin la consommation est devenue impossible par les Aides et par les Douanes sur les sorties et passages du royaume»
    Sébastien Le Prestre, Marquis de Vauban (1663-1707) met en avant son «Projet de la Dime Royale» (1707) où est proposé de remplacer - comme le feront plus tard les Physiocrates - toutes les taxes existantes par un impôt unique de 1/10° prélevé sur la terre.

    Richard Cantillon (1680-1704), économiste irlandais vit à Paris. Il annonce la phase scientifique de l'économie politique par la publication en 1755 d'un magistral «Essai sur la nature du commerce en général» dans lequel il est le premier à présenter une vue cohérente des phénomènes économiques et des intuitions remarquables sur le revenu minimum, le rôle de la monnaie et de l'intérêt. Il analyse avec pénétration - avant Jean-Baptiste Say - la fonction de l'entrepreneur : Celui-ci effectue des paiements certains aux facteurs de production et vend à des prix incertains, assumant ainsi les risques de production. Il définit pour la première fois les circuits économiques globaux ; Schumpeter lui attribue la paternité du «Tableau Économique» dont Quesnay va donner une formulation plus précise. Outre François Quesnay, il inspire les physiocrates, ainsi qu'Adam Smith ; Richard Cantillon est en effet l'un des rares auteurs économistes à être cité par ce dernier dans son traité, publié en 1776.
    Les doctrines mercantilistes (1450-1750)

    Jusqu'au Moyen Âge, les questions économiques sont traitées sous l'angle de la religion et les théologiens sont les principaux penseurs des questions économiques.
    À partir des XVe et XVIe siècles un tournant majeur est amorcé par les marchands et les conseillers des princes. Tournant qui va créer la rupture.
    En 1513, celle ci est bien marquée lorsque parait Le Prince de Machiavel où ce dernier ne craint pas d'expliquer que «dans un gouvernement bien organisé, l'État doit être riche et les citoyens pauvres».
    Sur le fond et d'un point de vue plus économique, le premier écrit qui contribue fortement au débat parait en 1615, sous la plume d'Antoine de Montchrestien: Son Traité d'économie politique utilise pour la première fois l'expression d'économie politique.

    Avec lui, le Français Jean Bodin, l'Espagnol Luis de Ortiz et l'Anglais William Petty préparent l'avènement des idées mercantilistes qui vont occuper le devant de la scène durant la période allant de 1450 jusque vers 1750 et qui continue d'influencer - jusqu'à aujourd'hui- sous des formes diverses le débat des idées. Ce mouvement nait dans une période qui se caractérise par la rencontre de deux tendances particulièrement favorables au changement :
    - d'une part l'essor du «capitalisme commercial», encouragé par la multiplication des transports, les grandes découvertes et les monarchies absolues de France et d'Espagne se développe le courant mercantiliste, qui dominera la pensée économique européenne ;
    - d'autre part l'émergence de la notion d'État et de la monarchie absolue en France et en Espagne entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle qui doivent tout faire pour s'imposer sur deux fronts : front extérieur face aux puissances étrangères (pouvoir papal et pouvoirs rivaux en Europe), front intérieur pour unifier la population et le territoire.
    Dans ce contexte, les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant, comme l'avait identifié l'économiste italien Antonio Serra dès 1613.
    L'État tient un rôle primordial dans le développement de la richesse nationale, en adoptant des politiques protectionnistes établissant notamment des barrières tarifaires et encourageant les exportations. Le mercantilisme est protectionniste à l'extérieur mais à l'intérieur, au contraire, il vise à l'unification et au renforcement du marché national. Cette doctrine économique connaît son apogée du XVIe siècle au XVIIIe siècle, propagée par une littérature prolifique de pamphlets de commerçants ou d'États. Elle estime que la richesse d'une nation dépend de l'importance de sa population et de l'accumulation d'or et d'argent. Les nations qui n'ont pas accès aux mines peuvent obtenir l'or et l'argent en favorisant leur outil productif et en stimulant leurs exportations. Pour ce faire ils vont à la fois limiter les importations de produits finis et pousser aux importations de matières premières destinées à être manufacturées et exportées avec profit.


    Au cours de cette période, le mercantilisme est loin d'être un courant de pensée uniforme. Une littérature éclatée apparaît, dans laquelle les hypothèses évoluent et se diversifient, rendant l'idée d'un courant unique assez vague. Il se répand dans la plupart des nations européennes en s'adaptant aux spécificités nationales. On distingue parmi les écoles mercantilistes :
    1. le bullionisme (ou «mercantilisme portugais ou espagnol») qui préconise l'accumulation de métaux précieux ;
    2. le colbertisme (ou «mercantilisme industriel français») qui est tourné pour sa part vers l'industrialisation et dont Jean-Baptiste Colbert est la figure de proue,

    3.le commercialisme (ou «mercantilisme britannique») qui voit dans le commerce extérieur la source de la richesse d'un pays
    4.le caméralisme allemand qui se considère comme une science des choses de l'État.
    En France, les premiers ouvrages notables qui analysent le fonctionnement économique de l'État et proposent des actions au gouvernement pour améliorer son fonctionnement, sont :
    . En 1615, le Traité d’économie politique, d'Antoine de Montchrestien ;
    . En 1695, Le Détail de la France, la cause de la diminution de ses biens et la facilité du remède en fournissant en un mois tout l’argent dont le Roi a besoin et enrichissant tout le monde, de Pierre Le Pesant de Boisguilbert;
    . En 1700, La Dîme royale, de Vauban .
    David Hume et Adam Smith vont plus tard critiquer les mercantilistes pour leur intérêt marqué pour la monnaie et la balance commerciale. Mais en réalité les mercantilistes ne s'intéressent pas uniquement à l'amélioration de la trésorerie de l'État. William Petty par exemple développe les premières réflexions sur des thèmes modernes comme celui de la masse monétaire, de la vitesse de circulation de la monnaie, ou sur l'intérêt du plein emploi pour la richesse de tous.

    Au XXe siècle, beaucoup d'économistes reviennent sur les critiques faites à l'encontre du mercantilisme et reconnaissent l'exactitude de certaines de leurs théories. Entre autres, John Maynard Keynes reprend dans sa «Théorie Générale» les réflexions liant le niveau du taux de l'intérêt avec les variations de quantité de monnaie.
    Au total, la théorie élaborée par les mercantilistes n'est pas le fruit d'un chrysohédonisme simpliste (le fait de placer le bonheur au sein de l'or). Il est exact qu'elle préconise d'une part l'enrichissement de la Nation par l'accumulation de métaux précieux (comme l'or et l'argent sont source de la richesse), ce qui implique la constitution active d'un excédent commercial. Mais d'autre part, elle prend pour objectif le renforcement de la puissance de l'État, personnifié par le monarque absolu.
    La résultante réside dans la conquête des marchés extérieurs (ventes à l'extérieur des produits manufacturés) et la préservation (ou une extension) du marché intérieur (restriction aux importations). D'où une sorte de «guerre commerciale», fondée non seulement sur le protectionnisme interne mais aussi sur l'interventionnisme externe.
    On doit par ailleurs aux mercantilistes (et notamment à William Petty) le développement et l'utilisation des statistiques et des méthodes empiriques en économie. Celles-ci dérivent de leur souci de surveiller la balance commerciale et les flux de métaux précieux, et parfois d'une sorte d'obsession du numéraire.



     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    L’Économie de Liberté : Le Libéralisme

    Ce mouvement marque le tournant dans la pensée économique qui commence avec les travaux des physiocrates et avec la publication du traité d’Adam Smith sur la Richesse des Nations en 1776. Cette pensée est historiquement développée en Grande-Bretagne et en France.
    Karl Marx invente le terme classique pour distinguer les économistes «classiques» des économistes «vulgaires», les économistes «classiques» étant - selon lui - ceux qui cherchent à déterminer l'origine de la valeur. Keynes adopte une vision plus large lorsqu'il fait référence aux «économistes classiques» car il étend cette école jusqu'aux travaux de Pigou (1930). Pour lui, l'ensemble des économistes qui adhèrent à la loi de Say font partie de l'école Classique.


    Prémices philosophiques
    - Bernard de Mandeville (1670-1733)
    Bernard de Mandeville, écrivain anglais publie en 1714, La Fable des abeilles où il tend à opposer la vertu et la prospérité. Selon cet auteur, la richesse économique collective découle des «vices privés», en particulier de la consommation de biens de luxe condamné par les mercantilistes ou les physiocrates comme un gâchis. Cette idée de séparer la morale de l'efficacité montre la nécessité de rompre avec l'influence des valeurs et de refuser les a priori dangereux. En effet, la conclusion provocatrice de cet auteur est que les vices privés se révèlent en fait être profitables à la communauté et sont donc des «vertus collectives». Son analyse fait de la consommation une action tout aussi utile que l'épargne et annonce les thèses futures de John Maynard Keynes. Par d'autres aspects, elle préfigure le libéralisme économique et, selon Friedrich Hayek, «l'ordre spontané».
    - Influence des philosophes des Lumières
    Les philosophes des Lumières développent aussi des analyses économiques :
    Montesquieu est salué par Keynes pour avoir compris le premier le rôle des taux d’intérêt comme instrument de la création monétaire dans De l’esprit des lois (1748), même si, avant lui, Jean-François Melon et surtout, Nicolas Dutot, dans ses Réflexions politiques sur les finances et le commerce (1738), ont en partie déjà fondé leurs analyses sur l'influence monétaire des taux d'intérêt. Dans cette œuvre, Montesquieu voit aussi le commerce comme source d'adoucissement des mœurs et de paix entre les nations au contraire des mercantilistes qui en faisaient le «nerf de la guerre».
    Jean-Jacques Rousseau décrit quant à lui le processus social de l’appropriation des terres, fondement de l’inégalité parmi les hommes et origine du Droit et de la société civile.
    L'écossais David Hume apporte la première contribution majeure à la théorie du libre-échange en tentant de démontrer que les déséquilibres commerciaux sont naturellement corrigés par des mécanismes monétaires.

    Les Fondateurs du Libéralisme Économique

    L'école classique marque vraiment l'avènement de l'économie moderne. La période classique commence avec le traité d’Adam Smith sur la Richesse des Nations en 1776 et se termine avec la publication en 1848 des Principes de John Stuart Mill. Cette pensée est historiquement développée en Grande-Bretagne et en France. C'est Karl Marx qui invente le terme classique en opposant les économistes classiques aux économistes vulgaires. Les classiques étant ceux qui ont cherché à déterminer l'origine de la valeur. Keynes adopte une vision plus large lorsqu'il fait référence aux Classiques car il étend cette école jusqu'aux travaux de Pigou (1930). Pour lui, l'ensemble des économistes qui adhèrent à la loi de Say font partie de l'école Classique.

    Le mouvement physiocratique

    Le terme «Physiocratie» ou «gouvernement par la nature» (issu du grec «phusis» la nature et «kratein» commander) a été forgé par Pierre Samuel du Pont de Nemours. C'est une école de pensée économique et politique née en France vers 1750, qui connait son apogée au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle
    - Le Tableau Économique de François Quesnay
    Le fondateur de cette école est François Quesnay: il en devient le chef de file incontesté après la publication du Tableau économique en 1758, où il représente la circulation des richesses dans l'économie. (Anne Robert Jacques Turgot,1727-1781 publie aussi Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766)

    Le «Tableau économique» de Quesnay s'inspire de la théorie des cycles de François Véron Duverger de Forbonnais et du «zig-zag» élaboré sous la direction de Vincent de Gournay et Richard Cantillon. Ces travaux révolutionnaires pour l'époque anticipent ceux d'Adam Smith : Ils s'intéressant à la création de la richesse, mais aussi et surtout à sa répartition via des diagrammes de flux et de stocks représentant de manière très élaborée le fonctionnement de l'économie.
    Le but de ce groupe de marchands et de grands commis de l'État est de mettre en place les outils qui permettront au Roi de France de mieux mesurer la création de richesse et ainsi pouvoir faire de meilleures lois afin d'éviter les disettes via une production et une répartition optimisées des richesses. Cependant, en prenant pour hypothèse que le travail est la source de toute création de richesse, cette analyse va heurter de plein front les intérêts de l'aristocratie française, pour laquelle le simple fait de travailler était synonyme de dérogeance; si un Noble travaillait et que cela venait à se savoir, il en perdait sa noblesse, et seule une lettre de réhabilitation du Roi pouvait la lui rendre.
    François de Quesnay en habile politique va dans le «Tableau économique» faire reposer la source de la richesse non plus sur le travail, mais sur la capacité «miraculeuse» de la terre à produire de la nourriture à chaque printemps. Il arrivera ainsi à se concilier les bonnes grâces des rentiers terriens tout en proposant un nouveau système prenant en compte autant que se peut les idées nouvelles et permettant de dépasser le mercantilisme (et le colbertisme) sans révolutionner la société.
    Turgot, Catherine II la Grande, le roi Stanislas II font aussi partie de cette école de pensée.
    - La richesse produite par l'Agriculture
    En opposition aux idées mercantilistes, les physiocrates considèrent que la richesse d'un pays consiste en la richesse de tous ses habitants et non pas seulement en celle de l'État. Cette richesse est formée de tous les biens qui satisfont un besoin et non de métaux précieux qu'il faudrait thésauriser. La richesse doit être produite par le travail.

    Pour les physiocrates, la seule activité réellement productive est l'agriculture. La terre multiplie les biens : une graine semée produit plusieurs graines. Au final, la terre laisse un produit net ou surplus. L'industrie et le commerce sont considérés comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture.

    La Physiocratie distingue trois classes d'agents économiques :
    1. La classe des paysans, qui est la seule productive (producteurs terriens),
    2.la classe dite «stérile» composée des «marchands» et «industriels».
    3. la classe des propriétaires.
    Cette vision de l'économie est naturelle à une époque où l'immense majorité de la population est formée d'agriculteurs qui produisent tout juste de quoi assurer leur propre survie. La thèse selon laquelle la terre est la seule source de richesse, qui distingue les Physiocrates de leurs successeurs classiques, est néanmoins secondaire par rapport aux autres apports par lesquels les Physiocrates se distinguent de leurs prédécesseurs, qui ont été repris par les classiques et qui fondent l'économie moderne.

    Vincent de Gournay et Turgot, souvent assimilés à l'école physiocratique, pensent au contraire que les manufactures et le commerce sont générateurs de richesses. Ils ne doivent donc pas être comptés parmi les physiocrates même si ces derniers leur ont fait beaucoup d'emprunts.
    - «Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises»
    Dans la controverse sur le commerce des grains qui marque le milieu du XVIIIe siècle, les Physiocrates prennent parti contre les restrictions gouvernementales au commerce des blés (qui sont à l'époque la base de l'alimentation). Plus généralement, ils affirment que la meilleure façon de maximiser la richesse de tous est de laisser chacun agir à sa guise selon ses moyens et mettent ainsi au premier plan la liberté du commerce comme principe de politique économique.
    Vincent de Gournay a popularisé la fameuse phrase «Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises», probablement due au Marquis d'Argenson, et qui passera à la postérité. Ce programme résumé en une phrase connaîtra un renouveau particulier avec la mise en avant des idées libérales dans le dernier quart du XXe siècle, les partisans du libre-échange reconnaissant les physiocrates comme des précurseurs du libéralisme économique.
    - Promouvoir et défendre l'Ordre naturel
    L'ordre naturel repose sur le droit naturel et se trouve gouverné par des lois qui lui sont propres. Le rôle des économistes est de révéler ces lois de la nature. Et le rôle du pouvoir est de garantir l'application du droit naturel. Ainsi, chaque homme a droit à ce qu'il acquiert librement par le travail et l'échange.
    La liberté et la propriété sont des droits naturels que le souverain doit respecter et protéger en les consacrant dans le droit positif. Les physiocrates ne remettent pas en question la monarchie, mais veulent que le souverain, loin de se comporter en monarque absolu ou en despote arbitraire, se soumette au droit naturel et le fasse respecter. Respect qui impose la mise en œuvre de toute son autorité. C'est le sens de l'expression «despotisme légal» utilisée par Lemercier de la Rivière, qui s'apparente plus au concept libéral d'État minimum qu'à l'acception courante du mot despotisme.

    Adam Smith

    Adam Smith (1723-1790, est considéré par beaucoup comme un des fondateurs de la pensée économique moderne. Son traité «Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations» (1776) connait un immense succès. Marwitz déclare en 1810 : «Il existe un monarque aussi puissant que Napoléon, c'est Adam Smith». L'ouvrage est traduit et diffusé en France par JB Say au début du XIXe siècle.
    1. L'Homme est l'auteur de la Production et le principe de la Richesse. Smith contredit la thèse des physiocrates (seule la terre produit de la richesse) : Dès les premières lignes de son traité il reprend les thèses de Petty et de Condillac pour affirmer que la richesse découle du travail de l'Homme qui n'a de cesse de s'organiser pour devenir plus efficace. Il fournit à titre d'exemple la description d'une Fabrique d'épingles, qu'il semble avoir empruntée à l'Encyclopédie. Dans les sociétés développées, le Travail produit le capital, qui doit être subdivisé en capital fixe et capital circulant, et dont le rôle est de rendre le travail plus productif. L'Epargne -définie comme une consommation différée- doit être encouragée. La prodigalité manifestée à certains égards par les mercantilistes lui semble condamnable : «L'industrie ne peut augmenter que dans la mesure où le capital augmente et le capital ne peut augmenter que dans la mesure où l'épargne s'accroit».

    2. L'Homme cherche son propre intérêt : «Il ne pense qu'à son propre gain». Le Marché est le principe d'Equilibre (La Main Invisible). En recherchant son propre gain, l'homme est conduit par «une main invisible» à servir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions : il travaille nécessairement au plus grand revenu de la Société.” Alors qu'avec les physiocrates les échanges sont conduits par des flux, le marché de Smith résulte du libre jeu des prix.

    3. L'accumulation du capital est le principe du Progrès. Smith distingue trois états de l'économie (Progressif, stationnaire, rétrograde) et affirme qu'une accumulation de capital supérieure à l'accroissement démographique aura pour effet une hausse des salaires et des profits.




     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Les Maitres classiques (XIXe siècle)


    Plusieurs générations d'auteurs appartenant à l'École classique vont se succéder :

    En Grande Bretagne
    - Thomas Malthus (1766 - 1836)
    Dans son ouvrage central - l'«Essai sur le principe de population » (1798) - , il explique que l'humanité est vouée à la misère : Les ressources disponibles augmentent en effet suivant une progression arithmétique (2, 3, 4, ...) alors que la population croit selon une progression géométrique (2, 4, 8, ...). Après avoir suscité une levée de boucliers, son analyse - qui conduit à prôner la restriction des naissances - se diffuse assez largement :
    Elle est en phase avec le courant de dénatalité constaté de manière précoce et significative notamment en France. Elle donne des arguments aux partisans du protectionnisme agraire.
    Malthus rédige également une critique de la «Loi des débouchés» ou «Loi de Say» en pointant le rôle de l'épargne et - en particulier - de l'excès d'épargne. Thèse qui sera remarquée et reprise plus tard par Keynes dans ses analyses de la détermination de la demande effective.
    La teneur générale des idées de Malthus contribue à forger la doctrine dite du Malthusianisme.
    - David Ricardo (1772 - 1823)
    Par rapport à ses prédécesseurs, Ricardo se manifeste sur le plan de la forme par un mode d'énonciation plus abstrait. Son apport théorique donne naissance ou formalise des concepts qui feront date notamment dans les domaines suivants :
    1. Valeur-travail qui devient une notion centrale en économie
    (et sera reprise notamment par l'analyse marxiste)

    2. L’émission monétaire
    3. Le Commerce International
    4. Le Salaire naturel
    5. La théorie de la rente
    Sur le plan du fond Ricardo privilégie l'étude des phénomènes de répartition de la richesse : En 1820, il écrit à Malthus quelques années avant sa mort :
    «L'économie politique est selon vous une enquête sur la nature et les causes de la richesse. J'estime au contraire qu'elle doit être définie : une enquête sur la distribution ... De jour en jour, je suis plus convaincu que la première étude est vaine et décevante et que la seconde constitue l'objet propre de la science».
    - Cobden et le Libre-échange (1838)
    Plutôt méconnue est l'influence de Richard Cobden. Elle est pourtant considérable puisqu'il est l'apôtre inlassable du Libre-échange et qu'à ce titre, il obtient en Angleterre (de 1846 à 1850) l'abolition des lois protectionnistes et douanières. En 1860, à la tête de la délégation anglaise, il négocie avec la France un traité de commerce libéral.

    En France
    - Jean Baptiste Say (1767-1832)
    Jean-Baptiste Say est considéré comme le chef de file des économistes classiques français. Son renom est du à la publication en 1803 de son Traité d'économie politique, mais aussi à la «Loi des débouchés», aussi appelée «Loi de Say». Jean-Baptiste Say a une vision quasi-matérielle de l'économie : Selon la «Loi des débouchés», les produits s'échangent contre des produits et donc l'offre crée sa propre demande.
    «Il est bon de remarquer qu'un produit créé offre dès cet instant un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n'est pas moins empressé de se défaire de l'argent que lui procure sa vente pour que la valeur de l'argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu'en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d'un produit ouvre dès l'instant même un débouché à d'autres produits»
    - (Traité d'économie politique, 1803 , Livre I )
    L'ouverture des débouchés étant quasiment automatique, les causes des crises de production lorsqu'elles existent doivent être recherchées ailleurs que dans le fonctionnement du marché.
    La monnaie n'est qu'un voile neutre qui recouvre les transactions : Elle ne peut donc être recherchée pour elle-même. Cette conception monétaire sera reprise et développée par les tenants de la Théorie quantitative de la monnaie . Elle sera combattue par Keynes qui montre que les agents peuvent thésauriser une partie de leur revenu et ne pas réinjecter cette somme dans le circuit économique, contrairement à ce que prétend la «Loi des débouchés».
    - Frédéric Bastiat (1801-1850)
    Il développe une pensée libérale, caractérisée par la défense du libre-échange ou de la concurrence et l'opposition au socialisme et au colonialisme. Il est considéré comme un précurseur de l'école autrichienne d'économie et de l'école des choix publics.
    Relativement tombé dans l'oubli en France, il bénéficie d'une renommée internationale, en particulier grâce à ses Harmonies économiques. Pascal Salin y voit la conséquence de la trop grande clarté de ses écrits et reprend une citation de Bastiat : «Le public est ainsi fait qu'il se défie autant de ce qui est simple qu'il se lasse de ce qui ne l'est pas».
    La pensée de Bastiat est une pensée fondamentalement individualiste et libérale qui défend de manière constante la liberté de l'individu face à toute autorité :
    «Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l'humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s'occuper d'elle.»
    — Frédéric Bastiat, La Loi (1850)
    Aux États-Unis
    - Henry Charles Carey (1793-1879)
    Dans les Principes de la science sociale (1858-1860), il critique le principe du libre-échange qui tend selon lui à «établir pour le monde entier un atelier unique, auquel doivent être expédiés les produits bruts du globe en subissant les frais de transport les plus coûteux.» Il souhaite l'établissement de nations indépendantes se consacrant à toutes les branches de l'économie, au contraire de Friedrich List, dont la pensée a influencé sa conversion au protectionnisme. Carey prétend cependant qu'il s'est converti après l'observation des résultats respectifs des tarifs protectionnistes et libre-échangistes aux États-Unis. Il défend l'idée d'un système naturel de lois économiques, dont la prospérité générale de l'humanité est le résultat spontané. Cet aspect bénéfique est malheureusement empêché par l'ignorance et la perversité de l'homme.
    Dans ce même livre, il critique l'exportation des produits agricoles, qui, puisqu'ils ne sont pas consommés sur place, destituent le sol national de ses éléments fertilisants. C'est une des raisons pour lesquelles il fait la promotion, à côté de la protection des industries naissantes, d'une protection agricole.

    Au contraire de Ricardo, Carey déclare que les hommes ont d'abord exploité les terres ingrates (les coteaux) avant de descendre progressivement vers les plaines les plus fertiles, de même ils ont d'abord utilisé la force des animaux avant d'utiliser celle du vent ou de l'eau, puis de la machine à vapeur et de l'électricité. C'est pour cette raison que le prix du blé baisse nécessairement, en raison de l'augmentation de la productivité. «La terre la plus riche est la terreur du premier émigrant» (Passé, Présent et Futur).
    Il est aussi l'auteur de l'Harmonie des intérêts (1851), ouvrage faisant la comparaison du système britannique de libre-échange avec le capitalisme protectionniste et interventionniste américain.
    Il a fortement influencé Frédéric Bastiat pour ses Harmonies économiques, que Carey accusera de plagiat.




     
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    École classique


    L’École classique en économie regroupe des économistes du XVIIIe siècle et du XIXe siècle. Ses membres les plus importants sont :
    - en Grande-Bretagne, Adam Smith (1723-1790), David Ricardo (1772-1823), Thomas Malthus (1766-1834), John Stuart Mill (1806-1873),
    - et en France, Étienne Bonnot de Condillac (1715-1780), Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781), Jean-Baptiste Say (1767-1832) et Frédéric Bastiat (1801-1850). Le terme a été employé pour la première fois par Marx dans Le Capital.


    Il est impossible de fixer à cette école de pensée des contours précis, que ce soit en termes de dates, d’auteurs ou de thèses. Les auteurs postérieurs en ont donné des définitions différentes, incluant ou excluant certains auteurs et privilégiant certaines thèses, selon qu’ils souhaitaient présenter leurs propres positions comme en rupture avec les positions présumées « classiques » ou au contraire cohérentes avec elles.

    Par exemple, Marx définit l’école classique par l’adhésion au concept de la valeur travail. Il en exclut donc Say qu’il critique sévèrement, et Bastiat. En se réclamant de Smith et surtout de Ricardo, Karl Marx est considéré par certains historiens de la pensée économique comme le dernier des classiques.

    Carl Menger caractérise lui aussi l’école classique par la notion de valeur travail, mais c’est pour s’en séparer et proposer une théorie subjective de la valeur qui est justement celle des classiques français qu’il semble ignorer.

    Keynes définit l’école classique par l’adhésion à la « loi des débouchés » ou loi de Say dans la version popularisée par James Mill.
    Joseph Schumpeter,* en la définissant comme la période 1790-1870, en exclut Turgot et Smith mais y inclut Marx.
    *«Je fais remarquer une fois pour toutes que j’entends par économie politique classique toute économie qui, à partir de William Petty cherche à pénétrer l’ensemble réel et intime des rapports de production dans la société bourgeoise, par opposition à l’économie vulgaire qui se contente des apparences…et se borne à ériger pédantesquement en système et à proclamer comme vérités éternelles les illusions dont le bourgeois aime à peupler son monde à lui, le meilleur des mondes possibles.» A.Samuelson, Les grands courants de la pensée économique.
    - Joseph Schumpeter, Histoire de l'analyse économique, 1954
    En réalité, on ne peut pas caractériser l’école classique par un ensemble cohérent de thèses partagées par tous les auteurs de cette période. Plutôt que d’une école de pensée à proprement parler, il s’agit plutôt d'une période d’intense réflexion économique qui a donné lieu à une diversité de positions, et à des controverses sur certaines.

    La démarche des économistes classiques

    La pensée économique classique se développe en même temps que naissent la société industrielle et le capitalisme moderne. Ces penseurs sont principalement des philosophes (Condillac, Smith) ou des praticiens (Cantillon, Say, Turgot, Ricardo). Ils cherchent avant tout à expliquer les phénomènes de croissance, de développement et de répartition des richesses entre les différentes classes sociales.

    Les économistes classiques voient tous les phénomènes économiques comme interdépendants et veulent proposer une théorie générale intégrant tous les phénomènes économiques. À la suite des Physiocrates, ils croient à l'existence de lois valables à toutes les époques et dans toutes les régions du monde et cherchent à les identifier.

    Leur analyse est dynamique. Ils s’intéressent aux processus de production, d’échange, de formation des prix, de formation des revenus, et non à d'hypothétiques états d'équilibre. Ils utilisent pour cela l’observation et le raisonnement logique, et ne recourent que très exceptionnellement aux mathématiques.

    Cette conception de la discipline économique est commune à tous les classiques et les distingue de la plupart des écoles de pensée apparues à partir de la fin du XIXe siècle, notamment des néoclassiques qui constituent aujourd'hui la tendance dominante.


    Les deux conceptions de la valeur

    Avant l'école classique, les Physiocrates cherchent à donner un fondement objectif à la valeur des choses, qu’ils placent d’abord dans la terre
    . (Cantillon, Quesnay).

    Puis les économistes classiques placeront la valeur dans le travail (Adam Smith, David Ricardo et plus tard Karl Marx). Pour ces derniers, la valeur des marchandises doit être la valeur d'échange (faculté d'une marchandise à être échangée contre une autre marchandise), dont la mesure va être le coût du travail (plus le coût du travail sera important, plus la valeur d'échange augmentera).

    Après Condillac et Turgot, les classiques français se séparent sur ce point des classiques anglais en adoptant une conception subjective de la valeur, qui repose sur l’utilité espérée des biens («le degré d’estime que l’homme attache aux différents objets de ses désirs» (Turgot)). Ils renoncent ainsi à la notion de «prix naturel» ou «juste prix» et annoncent la position des économistes marginalistes de la fin du XIXe siècle.

    La monnaie

    Pour les Classiques, la monnaie est fondamentalement un instrument d’échange. Ses autres fonctions d'expression de la valeur et de réserve de valeur sont des aspects particuliers de sa fonction primaire. In fine les produits s’échangent toujours contre des produits (définition de Jean Baptiste Say, loi des débouchés).

    La quantité de monnaie en circulation n’a pas d’importance : les prix s’ajustent à la quantité de monnaie disponible. Créer de la monnaie n’augmente pas la masse des richesses réelles disponibles. En ce sens, la monnaie n’est qu’un "voile".

    Il est néanmoins inexact de dire que les classiques considèrent que la monnaie est neutre. L'économie peut fonctionner avec une quantité quelconque de monnaie, mais les variations de cette quantité, ou celles de la valeur de la monnaie, ne sont pas neutres. En effet, la monnaie nouvellement créée se répand dans la société à partir de points précis et de façon progressive, ce qui entraîne des effets différenciés sur les prix et donc sur les comportements des agents économiques. C'est ce qu'on appelle l’effet Cantillon.

    Le rôle central de l'offre

    La problématique des classiques est principalement celle de la formation des richesses. Leur analyse est donc centrée sur la production et l’offre. De plus, puisque leur époque est encore dominée par la pénurie, ils postulent implicitement que tout produit répond à un besoin.

    Jean Baptiste Say pose en principe que tout produit terminé crée des débouchés pour d’autres produits. En d'autres termes, chaque fois qu’un producteur augmente son activité il crée en même temps de nouveaux débouchés pour ses fournisseurs, il crée de nouveaux salaires pour ses employés, il crée un surcroît d’activité pour ses distributeurs.

    Cette «loi de Say» ne veut toutefois pas dire que tout produit trouve nécessairement une demande, ou comme l’a interprété Keynes que «l'offre crée sa propre demande.» Il peut y avoir à chaque instant une surproduction de tel ou tel bien, mais il ne peut pas y avoir de crises de surproduction générales et durables. Si un produit ne trouve pas preneur, ses producteurs cesseront de le produire et s’orienteront vers d’autres productions.

    Il ne peut y avoir que des engorgements sectoriels et momentanés, résultant d'une mauvaise prévision du marché par les entrepreneurs. Dans cette vision de l'économie, les crises ne peuvent être endogènes au système économique, mais sont le fruit de chocs exogènes comme les guerres ou les sécheresses.
    Cette opinion émise par Say a été soutenue par Ricardo et Mill, mais contestée par Malthus et Sismondi.


    La place de l'épargne

    Un objectif important des économistes classiques est d'expliquer les mécanismes du progrès. Celui-ci ne peut résulter que de progrès dans la division du travail et l'utilisation d'outils de plus en plus perfectionnés. Ils confèrent donc un rôle essentiel à l’investissement (augmentation du stock de capital), qui nécessite l’épargne. Pour Adam Smith, «l’industrie de la société ne peut augmenter qu’autant que son capital augmente et ce capital ne peut augmenter qu’a proportion de ce qui peut être épargné».
    En d’autres termes, l’épargne, comprise à la fois comme l’épargne des ménages et comme l’épargne des entreprises, est un préalable nécessaire à l’investissement et au progrès.


    Le rôle de l'État

    Les économistes classiques sont généralement libéraux. D'après eux, les actions et interactions économiques aboutissent à la formation d’un ordre spontané, que Smith illustre par la métaphore de la «main invisible», et l'intervention de l'État dans le fonctionnement de l'économie doit être minimale sinon nulle. Il assure tout de même les fonctions régaliennes (armée, justice, diplomatie) et prend en charge la production des services indispensables à la collectivité, et qui ne serait pas rentable pour la sphère privée. Cet ordre spontané se caractérise par la division du travail, ou spécialisation. Chaque individu, au lieu de fabriquer un objet entièrement, se spécialise dans une tâche particulière de sa fabrication, ce qui permet une augmentation de la production.





     
  9. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Les Néo-classiques :
    des choses aux mécanismes




    L’École néoclassique naît de la «révolution marginaliste» dans les années 1870.

    L'école de Vienne : Calcul différentiel et Utilité marginale

    Cette école est la première à utiliser l'utilité marginale comme déterminant de la valeur des biens et le calcul différentiel comme instrument principal de raisonnement. Elle se caractérise en particulier par une extrême mathématisation. Elle se constitue à partir des travaux de Stanley Jevons (1835-1882), Carl Menger (1840-1921) et Léon Walras (1834-1910). D'où les trois écoles issues du marginalisme : l'École de Lausanne, avec Léon Walras et Vilfredo Pareto; l'École de Vienne, avec Carl Menger (voir ci-dessous) et l'École de Cambridge, avec William Jevons. Fin XIXe siècle, ces auteurs réorientent l'origine de la valeur vers les conceptions avancées autrefois par Condillac (idées qui avaient été éclipsées par la notion classique de cout de production) et définissent la valeur par rapport à l'utilité de la dernière portion ou quantité disponible d'un bien, soit son utilité dite marginale. Le procédé est appliqué à bon nombre de mécanismes de détermination économique : répartition des biens, valeur des biens de production, niveau de l'Intérêt, valeur de la monnaie.

    L'École de Lausanne : l'Equilibre en économie pure
    - Léon Walras (1834-1910)
    Léon Walras s'attache à bâtir un modèle descriptif de l'activité économique :
    1. il reprend la méthodologie des travaux d'Augustin Cournot et Arsène Jules Dupuit (ingénieur des Ponts et Chaussées) qui appliquent les mathématiques à l'étude des prix (concurrence parfaite, duopole, monopole...)

    2. il décrit un modèle idéal, montrant l'interdépendance générale des variables économiques, incluses dans des relations mathématiques.

    3. il fournit une vision globale de l'économie, et le schéma le plus large d'une économie statique: il fait à ce titre l'admiration de J Schumpeter qui le qualifie de plus grand de tous les économistes.
    Bien que Walras ne soit pas libéral, son œuvre contribue à renforcer les tenants du Libéralisme : Le modèle, représentatif d'une économie pure, et fonctionnant sous l'hypothèse de la concurrence parfaite (hypothèse à vrai dire idéale) est fréquemment invoqué par les libéraux pour démontrer et défendre la perfection du régime de concurrence (qui ne peut être en vérité un régime de fait).
    - Vilfredo Pareto (1848-1923)
    Vilfredo Pareto est un sociologue et économiste italien. Il a apporté de nombreuses contributions importantes dans ces deux matières, particulièrement dans l'étude de la distribution du revenu et dans l'analyse des choix individuels. Il introduisit le concept de l'efficacité et aida le développement du champ de la microéconomie avec des idées telles que la courbe d'indifférence. Il succéda à Léon Walras à la Chaire d'économie politique de l'Université de Lausanne.

    Représentant du courant néoclassique, et plus particulièrement avec le français Léon Walras de l’Ecole de Lausanne, Vilfredo Pareto a laissé à la littérature économique plusieurs ouvrages majeurs comme son Cours d’économie politique (1896) et son Manuel d’économie politique (1909).

    Un de ses plus importants apports a été de modifier les principes de la valeur utilité chez les néoclassiques. Auparavant, un des postulats néoclassiques était l'existence d'une fonction d'utilité cardinale : l’individu rationnel est capable de déterminer le niveau absolu d’utilité d’un produit. Pareto lui substitue le principe plus réaliste d'utilité ordinale : l’individu rationnel est en fait capable de hiérarchiser ses préférences, de dire s’il préfère le produit A au produit B ou inversement.
    Ce raisonnement le pousse à l’utilisation des courbes d’indifférence imaginées par Francis Edgeworth. Le principe de la courbe d'indifférence représente l’ensemble des combinaisons de deux produits, permettant d’obtenir une utilité donnée.

    La généralisation de ses raisonnements à l’échelle de la société permet de déterminer la situation où l’utilisation des ressources est optimale. L’optimum de Pareto est la situation dans laquelle l’utilité (le bien-être) d’aucun individu ne peut être augmentée sans que ne soit réduite l’utilité d’un autre individu. Dans une boîte d'Edgeworth, l'ensemble des points de tangence des courbes d'indifférence de deux individus représente un optimum de Pareto.

    La référence à l'optimum de Pareto a permis aux économistes néoclassiques de démontrer mathématiquement la supériorité théorique de la concurrence pure et parfaite sur d'autres modèles économiques alternatifs (le monopole, l'oligopole, etc.), à partir de leurs postulats. S'il y a des effets externes (externalité), la concurrence n'est plus un optimum de Pareto.

    Son apport dans le domaine de la recherche sociologique se situe autour des concepts d'actions logiques étudiées à travers l'économie et des actions non-logiques étudiées par la sociologie. Les actions non-logiques étant constituées de résidus, c'est-à-dire de tous les affects inhérents à l'homme. Tout ce développement se trouve dans son principal ouvrage : Traité de sociologie générale, publié en 1916. Sur le plan économique, il estime que le libéralisme est le système le plus producteur de richesse et par conséquent celui qui enrichit le plus la société tout entière.
    Sur le plan des idées politiques, Pareto semble préférer un régime fort et libéral c'est-à-dire capable de faire respecter les libertés.


    Maurice Allais voit en Pareto un grand libéral qui a cherché à minimiser et dans la mesure du possible la contrainte qu'exerce la collectivité sur l'individu.


    Pareto annonce avec justesse l'interventionnisme croissant des États dans l'économie qui se produira au XXe siècle avec l'avènement de sociétés collectivistes. La bureaucratisation se substitue à la libre initiative. Pareto compare cette évolution à celle de Byzance et à celle du Bas-Empire.

    La synthèse par L’École de Cambridge
    - Alfred Marshall (1842-1924)
    Professeur à Cambridge, il introduit en Grande Bretagne les travaux des Écoles de Lausanne et de Vienne auxquels il apporte nuances et corrections:
    Il perfectionne la vision de la dimension temporelle en proposant la distinction entre courte période et longue période, selon que la quantité de capital, la technique, la population, les goûts des consommateurs ont ou n'ont pas le temps de changer.
    Il enrichit la démarche abstraite par une référence accrue à la réalité individuelle ou sociale et n'hésite pas à recommander des réformes sociales.

    Réaction et contestation du marginalisme
    - L'École autrichienne
    L’École autrichienne d’économie, issue de Carl Menger en 1871, se distingue de l'École néoclassique en ce qu'elle rejette l’application à l’économie des méthodes employées par les sciences naturelles, et qu'elle s’intéresse aux relations causales entre les évènements plutôt qu'aux mécanismes d'équilibres. Outre Carl Menger, ses représentants les plus connus sont Ludwig Von Mises et Friedrich Hayek.
    La tradition autrichienne se rattache aux scolastiques espagnols du XVIe siècle (École de Salamanque), via les économistes classiques français.


    Elle promeut le libéralisme non seulement en matière économique mais aussi et plus généralement dans le cadre politique et social. De ce point de vue Friedrich von Hayek et ses disciples en sont les représentants les plus actifs
    L’École autrichienne est très active dans le débat d'idée puisqu'elle s’est successivement opposée à l’École historique allemande (suite à la Methodenstreit)
    * ; à Léon Walras et aux néoclassiques ; aux théories de la conception objective de la valeur et donc à Karl Marx et au socialisme ; et enfin à Keynes et aux macro-économistes.
    Ces controverses sont encore vivaces et mettent la tradition autrichienne en conflit avec presque toutes les autres écoles de la pensée économique contemporaine.
    * Le Methodenstreit, littéralement «querelle des méthodes», est une controverse épistémologique qui eut lieu à partir de 1883 entre Carl Menger, père de l'école autrichienne d'économie, et les tenants de l'École historique allemande, dite aussi des Kathedersozialisten, menée par Gustav von Schmoller.
    Ces derniers soutenaient qu'il n'existe pas de lois générales des phénomènes économiques qui soient valables en tout temps et en toutes circonstances et que la discipline économique se résume à l'histoire des faits économiques et à leur analyse.
    Les économistes de l'école autrichienne, au contraire, considéraient que les motivations humaines et leur interaction sociale forment un ensemble trop complexe pour se prêter à l'analyse statistique, et qu'il fallait donc partir de la connaissance élémentaire de l'individu et de ses comportements pour développer, par l'application de la logique philosophique, les lois de l'économie. Cette méthode hypothético-déductive ou a priori est celle des mathématiques et de la logique et s’oppose donc à la méthode expérimentale reprise des sciences physiques (le «dualisme méthodologique»).
    Menger publia en 1883 Untersuchungen über die Methode der Sozialwissenschaften, und der politischen Őkonomie insbesondere, c'est-à-dire Recherches sur les méthodes des sciences sociales, en particulier de l’économie politique dont Schmoller fit une critique acerbe, à laquelle Menger répondit en 1884 par un pamphlet intitulé Irrthümer des Historismus in der deutschen Nationalökonomie, (Les erreurs de l'historicisme sur l'économie allemande).

    - L'institutionnalisme
    Thorstein Veblen publie en 1899 «Why is Economics not an Evolutionary Science ?», le document fondateur de l'École institutionnaliste.
    Il rejette de nombreux postulats de l'école néoclassique, comme l'hédonisme individuel justifiant la notion d'utilité marginale, ou l'existence d'un équilibre stable vers lequel l'économie converge naturellement. L'École institutionnaliste comprend des héritages de l'École historique allemande ; elle se développe principalement aux États-Unis, où ses représentants sont : Arthur R. Burns, Simon Kuznets, Robert Heilbroner, Gunnar Myrdal, John Kenneth Galbraith.
    Les idées sont reprises dans les années 1970 par l'école de la Nouvelle économie institutionnelle qui se situent dans la lignée de la pensée introduite par Ronald Coase dans son article de 1937 : «The nature of the firm».





     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    École néoclassique


    L'école néoclassique est un terme générique utilisé pour désigner plusieurs courants économiques qui étudient la formation des prix, de la production et de la distribution des revenus à travers le mécanisme d'offre et de demande sur un marché. L'hypothèse de maximisation de l'utilité qui sous-tend ses calculs économiques la rattachent au courant marginaliste né à la fin du XIXe siècle. Des trois fondateurs du marginalisme à savoir Léon Walras, Carl Menger et William Stanley Jevons, le premier nommé est celui qui a la plus forte influence sur l'école néoclassique actuelle.

    Le mot néoclassique a été introduit à l’origine par Thorstein Veblen en 1900 pour désigner des auteurs qui intègrent la révolution marginaliste initiée par Stanley Jevons et l'école autrichienne (il n'évoque pas Léon Walras). Il classe sous ce vocable notamment Alfred Marshall et les autrichiens. À partir des années trente suite aux travaux de John Hicks le courant walrasien va prendre une place croissante et incorporer une partie de l'apport keynésien à travers la synthèse néoclassique. Cette évolution va conduire les économistes dits «autrichiens» à se considérer de plus en plus comme hors de l'école néoclassique et à approfondir ce qui les différencie des autres courants marginalistes.

    À la question «Qui n'est pas néoclassique ?», il est possible de répondre : l'économie marxiste, le post-keynésianisme, l'école autrichienne et certains courants de la nouvelle économie institutionnelle ou de l'institutionnalisme. Pour E. Roy Weintraub, si l'école néoclassique représente l'orthodoxie et est enseignée dans les grandes universités, elle le doit à sa capacité à «mathématiser» et à «scientifiser» l'économie ainsi qu'à fournir des indications susceptibles de nous éclairer sur les conduites à suivre.

    Historique

    L'École néoclassique naît de la «révolution marginaliste» dans les années 1870. Si elle connait avec Alfred Marshall et Arthur Cecil Pigou une forte influence, dans sa forme actuelle elle deviendra la principale école de pensée au début des années cinquante. Dans la troisième édition de son livre Economics qui a été un des manuels de référence alors, Paul Samuelson écrit en 1955, «ces dernières années, 90% des économistes américains ont cessé d'être des «économistes keynésiens» ou «anti-keynésiens». Ils ont plutôt travaillé à une synthèse de ce qui était valable aussi bien dans l'ancienne économie que dans les théories modernes de détermination du revenu. Le résultat peut être appelé l'économie néo-classique et est accepté dans ses grandes lignes par tous excepté par 5% d'auteurs à l'extrême gauche et à l'extrême droite ». Malgré tout le courant néoclassique reste traversé par une tension entre ceux qui sont davantage keynésiens ou proches du social-libéralisme et ceux qui sont plus proches du libéralisme classique dont l'influence grandira dans les années soixante-dix avec notamment :
    - les néo-walrasiens (Kenneth Arrow, Gérard Debreu), l'École des choix publics (James M. Buchanan, Gordon Tullock),
    - les Nouveaux classiques (Robert Lucas Jr, Finn E. Kydland et Edward C. Prescott), l'École de Chicago (George Stigler, Gary Becker)
    - ou encore les monétaristes (Milton Friedman).
    Les néoclassiques sont parfois appelés «néolibéraux».

    Les œuvres fondatrices du courant néoclassique sont :
    Carl Menger, Principes d’économie (Grundsätze der Volkswirthschaftslehre, Vienne, 1871)
    William Stanley Jevons, Théorie de l’économie politique (The Theory of Political Economy, Manchester, 1871)
    Léon Walras, Éléments d’économie politique pure (Lausanne, 1874).
    Apparemment, ces trois fondateurs du mouvement ne se sont jamais rencontrés et n'ont échangé aucun élément de leurs recherches respectives avant la publication de ces trois ouvrages. Ils ont donné naissance à trois écoles distinctes : l'École de Lausanne, avec Léon Walras et Vilfredo Pareto, l'École de Vienne, avec Carl Menger et l'École de Cambridge, avec William Jevons.

    Il existe néanmoins des différences importantes entre ces trois approches. Carl Menger s'est notamment opposé vigoureusement à Léon Walras quant à la conception même de la discipline économique et en particulier l'usage des mathématiques, à tel point qu'il est quelque peu abusif d'inclure la tradition autrichienne dans l'école néoclassique.

    Le contexte est celui du tournant de la révolution industrielle (on parle parfois de deuxième révolution industrielle) mais aussi du triomphe du scientisme. La théorie est donc compréhensible dans le cadre des crises récurrentes au XIX°. La perspective historique est de construire l’économie politique sur de nouvelles bases.


    La pensée néo-classique cherche à donner une légitimité scientifique à l’économie. Ses partisans préfèrent souvent parler à son propos de la théorie économique, comme on dit «la» physique ou «la» biologie, car pour eux la théorie néoclassique est la seule à avoir un statut scientifique en économie (notamment en raison de l’usage intensif qu’elle fait des mathématiques). Ce formalisme mathématique soulève l’enjeu scientifique et politique des mathématiques en économie.

    Tout d’abord, il s’agit de s’adapter à la réalité économique (Jevons utilise le calcul marginal pour étudier la tarification des chemins de fer). La théorie néoclassique part donc d’une analyse microéconomique et agrège les comportements individuels, à la différence des classiques et de Marx.

    La théorie néoclassique va chercher à renforcer les conclusions libérales des penseurs classiques contestées par d’autres penseurs comme Karl Marx, en remettant en cause ou en reformulant les hypothèses de base de l’analyse économique. Cette nouvelle approche passe par la définition d’une nouvelle théorie de la valeur fondée sur l’utilité. «Le travail, une fois qu’il a été dépensé, n’a pas d’influence sur la valeur future d’un objet : il a disparu et est perdu pour toujours» (Jevons).


    Les classiques anglais avaient fondé leurs analyses sur la théorie de la «valeur travail» ouvrant par la même la voie aux analyses marxistes. Leur analyse reposait sur des constats simples: l’eau par exemple est infiniment utile mais ne vaut rien. C’est pourquoi les néoclassiques introduisent la notion d’utilité marginale: la valeur dépend de l’utilité qu’apporte la dernière unité consommée, utilité qui est elle-même décroissante. Si on reprend l’exemple de l’eau, le premier verre a une valeur supérieure au dixième. Ainsi c’est toute l’analyse néoclassique qui dérive d’une étude à la marge des phénomènes économiques.

    Il y a une remise en cause des théories de la répartition des économies classiques fondées sur l’existence de classes sociales et la position de ces classes les unes par rapport aux autres. Léon Walras veut construire une science capable de distinguer dans l’activité humaine ce qui est le résultat des activités proprement économiques (concurrence) et ce qui relève de la morale. La science économique (considérée comme différente de l'économie politique) ne doit s’occuper que de ce qui permet de comprendre l’activité humaine pour construire une «économie pure» dont l’essence est que la valeur d'échange prend le caractère d’un fait naturel. Elle évacue ainsi les problèmes de justice sociale (objet d’un autre combat).

    L'analyse néoclassique

    Dans l’acception la plus courante du terme, l’économie néoclassique se fonde sur quatre postulats :
    1. Les phénomènes économiques peuvent et doivent être étudiés à l’aide des mêmes méthodes que les phénomènes physiques ;
    2. Les agents sont rationnels, leurs préférences peuvent être identifiées et quantifiées ;
    3. Les agents cherchent à maximiser l'utilité des biens consommés, tandis que les entreprises cherchent à maximiser leur profit ;
    4. Les agents agissent chacun indépendamment, à partir d'une information complète et pertinente. (Ce postulat est récusé par l’école autrichienne, qui est fidèle au dualisme méthodologique et utilise une conception plus faible de la rationalité, et par certains autres courants qui peuvent parfois quand cette hypothèse seule est relâchée être considérés comme néo-classiques).
    5. Le marginalisme redéfinit la valeur d'un bien et modifie l'évaluation de son utilité. Prenons le célèbre exemple du diamant et du verre d'eau. La valeur d'un diamant est bien supérieure à la valeur d'un verre d'eau, bien que son utilité soit discutable. Cependant, si l'on raisonne en matière de valeur marginale, on se rend compte que le dernier diamant vaudra à coup sûr beaucoup moins que le dernier verre d'eau disponible sur Terre. On voit ainsi que le marginalisme permet de mieux appréhender la valeur des biens et services.
    6. Cette innovation méthodologique, selon J. Schumpeter, ne caractérise pas l’essentiel de la démarche néoclassique. Il écrit à propos: «On en vient bientôt à considérer que le marginalisme était le trait distinctif d’une école particulière : mieux encore on lui prétend une connotation politique… En bonne logique, il n’y a rien qui justifie cette interprétation. Le principe marginal est, en soi, un outil d’analyse ; on ne peut éviter de l’utiliser dès lors qu’advient l’époque de l’utiliser. Marx aurait eu recours sans la moindre hésitation s’il était né cinquante ans plus tard. Il ne peut pas plus servir à caractériser une école d’économistes que l’usage du calcul ne permet de caractériser une école ou un groupe des savants en mathématiques ou en physique».
    7. L'idée de «valeur utilité» (la valeur de la marchandise provient de l'utilité subjective propre à chaque individu) est une rupture avec la «valeur travail», inaugurée par les classiques anglais puis reprise par Marx. C'est l'utilité qui détermine la valeur.
    8. À partir de ces postulats, les économistes néoclassiques construisent une théorie de l’allocation des ressources rares à des fins alternatives, ce qu’ils considèrent généralement comme la définition de la discipline économique. Les prix, les quantités produites et la distribution des revenus résultent du fonctionnement du marché selon l’offre et la demande.
    À titre d’exemples :
    . Selon la théorie néoclassique du producteur, les entreprises embauchent tant que la productivité marginale du travail (c’est-à-dire la production du dernier salarié embauché) est supérieure au salaire. Ils ont une attitude similaire face à l’investissement en capital dont les rendements sont d’abord croissants puis décroissants ;
    . Selon la théorie du consommateur, l’individu adopte une attitude rationnelle visant à maximiser son utilité. À chaque dépense, il compare l’utilité marginale des biens afin de hiérarchiser ses préférences et s’oriente vers le plus utile. Cette étude de l’individu, comme producteur ou consommateur rationnel et autonome, rejoint le principe de l’individualisme méthodologique ;
    . Sur un marché de concurrence pure et parfaite, chaque facteur de production reçoit l’égal de ce qu’il apporte, d'où une juste rémunération des facteurs de production. Cette démonstration cherche donc à infirmer la théorie de la plus-value des marxistes. Dans de telles conditions, le profit tend à s'annuler.
    L’économie néoclassique met l’accent sur les situations d’équilibre, considérées comme les solutions aux problèmes de maximisation des agents. Les phénomènes généraux sont déterminés par l’agrégation des comportements individuels des agents, une position appelée individualisme méthodologique. Les institutions, dont on peut penser a priori qu’elles conditionnent les comportements individuels, ne reçoivent que peu d’attention.

    L'analyse néoclassique démontre aussi (à partir des postulats fondateurs) que les mécanismes du marché jouent un rôle régulateur qui conduit à un équilibre optimal du système économique. Pour les néoclassiques, les crises économiques sont liées à des événements extérieurs qui perturbent le bon fonctionnement du marché (interventions publiques, chocs pétroliers…), ces crises se résolvant d'elles-mêmes en situation de concurrence pure et parfaite. La croissance semble acquise, mais il y a une montée de l'insatiabilité d'où la notion d'équilibre. On n'est plus dans un cadre dynamique comme chez les classiques.

    Le rôle de la monnaie est controversé : Les premiers auteurs néoclassiques (à l'exception de Carl Menger) adoptent l'idée de la neutralité de la monnaie (la monnaie n’affecte pas la production, le revenu réel, l’ [investissement], l’épargne ou les prix relatifs). Fisher reconnaît qu’il ne fait «qu’apporter une restauration et une amplification de la vieille théorie quantitative de la monnaie» avec son équation (1911) : MV = PT (M = masse monétaire, V = vitesse de circulation de la monnaie, P = niveau général des prix, T = volume des transactions).


    L'école néoclassique est fréquemment considérée comme essentiellement libérale. Toutefois, son libéralisme est tempéré par une volonté d'encadrer la concurrence pour imposer les conditions de la concurrence dite «pure et parfaite». Certains auteurs comme Oskar Lange ont même utilisé les thèses néoclassiques pour prôner un contrôle étatique de l'économie, où le jeu du marché serait remplacé par la planification centralisée reposant sur un calcul d'optimisation.


    Les mathématiques comme nouvelle approche de l'économie

    Les économistes de l’école néoclassique développent une formalisation mathématique de l’économie. Leurs analyses mathématiques (la microéconomie) reprises par la plupart des économistes depuis cette époque, débouchent dans leur forme la plus aboutie sur la notion d’équilibre économique : une formalisation mathématique abstraite présentant des modèles d’économies idéales et optimales mais reposant sur des hypothèses théoriques imparfaitement vérifiées dans la réalité. À cette époque, la pensée économique tente de s’écarter des sciences humaines pour s’apparenter, par les méthodes de formalisations mathématiques qu’elle utilise, aux sciences exactes. Il s’agit généralement d’une incompréhension. On doit par exemple la notion d’équilibre général (certainement le concept le plus abstrait de la science économique) à l’économiste Léon Walras dans son ouvrage Traité d’économie politique pure (1874).

    L’auteur, comme il l’indique dans le titre, s’attache à développer une formalisation d’une économie idéale dont il sait qu’elle ne peut pas exister (d’où l’usage du mot «pure»). Considérant les différentes imperfections de l’économie réelle par rapport au modèle idéal, il définit un rôle à l’État. De ces considérations découlent une «politique économique appliquée» et une «économie sociale» qui divergent de l’économie pure. Pour Léon Walras, il n’y a aucune supériorité du concept d’équilibre général sur les deux autres dimensions de l’économie. Il explique que «leurs critères respectifs sont le vrai pour l’économie pure, l’utile ou l’intérêt pour l’économie appliquée, le bien ou la justice pour l’économie sociale».

    Les néoclassiques vont introduire dans leurs théories un usage massif de dérivées (utilité marginale, productivité marginale…). Cet usage est fortement critiqué par Carl Menger et les autrichiens, pour qui l'économie ne peut être que qualitative. Au moment où cette démarche rencontre des critiques, Léon Walras écrit dans l'une de ses correspondances : «l’introduction de la mathématique dans l’économie politique est une révolution scientifique…».

    Critiques

    L’hypothèse selon laquelle les humains agissent de façon rationnelle ignore des aspects importants du comportement humain. L’«homme économique» (homo economicus) peut être considéré comme notablement différent des hommes réels dans le monde réel. Même l’hypothèse des anticipations rationnelles introduite dans des modèles néoclassiques plus récents peut être considérée comme non réaliste. De plus, quelle que soit sa définition exacte, l’«homme économique» est-il une première approximation vers un modèle plus réaliste, un modèle dont la validité est limitée à certaines sphères de l’activité humaine, ou un principe méthodologique général applicable à l’économie ? Les premiers économistes néoclassiques penchaient vers les deux premières réponses, mais c’est la troisième qui semble être devenue dominante.

    La théorie néoclassique de la production est critiquée pour ses hypothèses erronées quant aux motivations des producteurs. Elle suppose que les coûts de production croissants sont la raison pour laquelle les producteurs ne dépassent pas un certain niveau de production. Or des arguments empiriques montrent que les producteurs ne font pas reposer leurs décisions de production sur l’hypothèse de coûts croissants. Par exemple, ils peuvent souvent disposer de capacités inutilisées qui pourraient être mobilisées s’il devenait désirable de produire plus. Il en va de même du schéma idéal néoclassique de maximisation du profit, que les entrepreneurs ne jugent pas systématiquement désirable si elle nuit à la résolution de questions sociales plus larges.

    La théorie néoclassique est également critiquée pour son biais normatif, alors que, selon ces critiques, elle ne cherche pas à expliquer le monde réel, mais à décrire une utopie peuplée de zombies ou s’appliquerait le critère irréel de Pareto-optimalité.

    On reproche à l’économie néoclassique de reposer trop lourdement sur des modèles mathématiques complexes comme ceux qu’utilise la théorie de l’équilibre général, sans se demander si ces modèles décrivent bien l’économie réelle. Nombreux sont ceux qui pensent que toute tentative de représenter un système aussi complexe que l’économie moderne par un modèle mathématique est irréaliste et vouée à l’échec. Une réponse à cette critique a été proposée par Milton Friedman, pour qui les théories doivent être jugées d’après leur capacité à prédire les évènements plutôt que par le réalisme de leurs hypothèses. Bien entendu, les critiques rétorquent que l’économie néoclassique (comme d’autres branches de l’économie) n’a pas fait la preuve d’une grande réussite dans ses prédictions.

    Le modèle de l’équilibre général est impuissant par construction à décrire une économie qui évolue dans le temps et où le capital joue un rôle essentiel. Ce fut l’objet dans les années 1960 d’un débat entre des économistes du MIT (Cambridge (Massachusetts)) et de l'Université de Cambridge (Angleterre) connu comme «la guerre des deux Cambridge», où Piero Sraffa et Joan Robinson remettaient en cause les thèses néoclassiques.

    D’autres économistes ont étudié la stabilité et l’unicité de l’équilibre général. Le Théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu* énonce que l'équilibre ne peut être stable qu'au prix d'hypothèses trop restrictives, ce qui tend à montrer que l'équilibre général est une construction inutilisable.

    Ce théorème montre que les fonctions de demande et d’offre issues du modèle de l'équilibre général de Kenneth Arrow et Gérard Debreu peuvent avoir une forme quelconque, ce qui réfute le résultat de l’unicité et de la stabilité de l’équilibre général. Comme le résume un économiste, «le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu montre que l'équilibre général n'est en définitive qu'une construction vide et inutilisable.»

    * Théorème de Sonnenschein
    Le théorème de Sonnenschein, établi entre 1972 et 1974 dans une série d'articles par Hugo F. Sonnenschein, Rolf Ricardo Mantel et Gérard Debreu, d'où le fait qu'on l'appelle aussi théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu, montre que les fonctions de demande et d’offre issues de la théorie de l'équilibre général* de Kenneth Arrow et Gérard Debreu peuvent avoir une forme quelconque, ce qui montre qu'il n'y a, a priori, pas d'équilibre général unique et stable.
    Présentation du résultat
    Le théorème de Sonnenschein affirme que dans le cadre de la concurrence parfaite, il est impossible de déduire des comportements maximisateurs des entreprises et des ménages des conditions sur la forme de leurs fonctions d'offre et de demande.
    Ce résultat résiste à une modification de plusieurs de ces hypothèses. Il est en particulier vrai dans toute situation ou un nombre suffisant d'agents sont preneurs de prix (price-takers), par exemple en présence d'un monopole dans un cadre d'équilibre général, ou si on suppose que tous les consommateurs ont les mêmes goûts.
    Enjeux
    La forme des fonctions d'offre et de demande sont des éléments essentiels de la théorie du producteur et de la théorie du consommateur. Dans un cadre d'équilibre partiel, il est possible de déduire du seul comportement maximisateur et d'hypothèses sur l'utilité ou sur la fonction de production des conditions sur la forme des fonctions d'offre et de demande, par exemple le fait que la demande est une fonction décroissante du prix pour un bien normal.

    Le théorème de Sonnenschein montre que de telles propriétés ne s'étendent pas aux fonctions d'offre et de demande globales issues de agrégation des offres et des demandes dans le cadre de l'équilibre général d'Arrow-Debreu.* Or, la demande nette, définie comme la différence entre la demande globale et l'offre globale, doit respecter certaines conditions de monotonie pour que l'équilibre général existe et soit stable. De ce fait, il n'est pas possible de conclure dans le cadre général que l'équilibre de ce modèle existe ou que le tâtonnement converge.

    Conséquences
    Ce théorème a été réutilisé par un certain nombre d'économistes hétérodoxes pour critiquer la théorie standard. Par exemple, Claude Mouchot affirme que «le Théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu montre que l'équilibre général n'est en définitive qu'une construction vide et inutilisable.»
    Néanmoins, les économistes orthodoxes affirment que ce théorème ne remet nullement en cause la pertinence du modèle d'équilibre général comme cadre d'analyse. Ce théorème indique simplement qu'en l'absence d'hypothèse supplémentaire, ce modèle ne peut être testé empiriquement car il n'aboutit à aucune prédiction sur le comportement des données.

    * La théorie de l'équilibre général est une branche de la macroéconomie. Elle cherche à expliquer comment se fixe le niveau de production et de consommation des biens et les prix dans une économie. Les modèles d'équilibre général sont utilisés pour mesurer l'impact des décisions politiques, comme l'augmentation d'un taux de prélèvement. Le premier résultat d’Arrow et Debreu synthétise le principal argument pour une dérégulation d'une économie, qui aboutirait à un équilibre Pareto-efficace. En revanche, la dépendance directe de cet équilibre à l'allocation initiale des ressources rentre dans la défense d'une politique de redistribution. De même les banques centrales utilisent des modèles stochastiques dynamiques d'équilibre général pour déterminer leur politique de taux...

     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    L'économie d'Intervention



    Prémices du socialisme

    Les classiques et leurs analyses sont rapidement critiqués. En 1818, Jean de Sismondi publie ses Nouveaux principes d’économie politique où il pointe les conséquences sociales de l'industrialisation visibles dans l’Angleterre de son époque : chômage, inégalité, paupérisation… dénonçant un libéralisme qui se construit en procurant des droits aux entrepreneurs et imposant des obligations aux ouvriers. Sismondi montre la possibilité de déséquilibres globaux dans l’économie, notamment sous la forme de crises majeures de surproduction. À ce titre, il introduit la notion de délai entre la production et la consommation (un an dans le cas de l’agriculture par exemple) et réfute la loi de Say selon laquelle « les produits s’échangent contre des produits ». Pour lui le progrès technique n’accroît pas simultanément l’offre et la demande, car son premier effet est de permettre le licenciement des ouvriers qui ne sont réembauchés qu’à moyen terme, à condition qu'entretemps les déséquilibres de court terme ne provoquent pas de crise de surproduction.

    L'époque est aussi celle de l’émergence de la pensée socialiste. Les socialistes utopiques dénoncent l’anarchie industrielle.
    L'un d'eux,Charles Fourier, rêve de mettre en place des phalanstères, communauté de 1620 personnes sélectionnées pour leurs caractères et leurs aptitudes complémentaires afin que la communauté soit au mieux organisée et puisse prospérer. De nombreux phalanstères sont par exemple créés aux États-Unis. Des industriels philanthropes comme Robert Owen théorisent et montent des usines modèles où est recherchée la hausse de la productivité par la réduction du temps de travail, où sont expérimentés les cours du soir, où les familles sont prises en charges et jouissent de nombreux agréments : écoles, jardins d’enfants, etc. À l’image de Fourier, Owen rêve de mettre en place des «villages de coopération».


    En France, Claude Henri de Saint-Simon promeut le progressisme industriel et souhaite mettre en place une intervention technocratique de l’État basée sur la planification industrielle. L’objectif est l’amélioration des conditions de la classe laborieuse. Autour de lui se forme une véritable «secte économique», le saint-simonisme. De son côté, Charles Brook Dupont-White énonce une critique radicale du capitalisme qui annonce celle du marxisme, et propose l'intervention de l'État comme régulateur du système.

    Enfin, en Grande-Bretagne, le dernier des classiques anglais, John Stuart Mill prône que le libéralisme est la meilleure façon de produire des richesses mais indique qu’il n’est pas pour autant la meilleure façon de les répartir…

    Marx et le marxisme

    Au début des années 1840, des universitaires de gauche critiquent les économistes classiques et se font traiter d'«hégéliens de gauche» car ils se réclament de l'analyse critique pensée par Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Les plus célèbres penseurs issus de ce groupe sont Karl Marx et Friedrich Engels, qui écrivent ensemble ou séparément de nombreux ouvrages économiques, le plus célèbre étant Le Capital.
    Le marxisme repose sur une vision philosophique du monde: le (matérialisme historique) qui entend redéfinir les domaines de la philosophie et de la sociologie.

    L'économie occupe une place importante dans cette théorie hétérodoxe: Avec Marx, les termes traditionnels sur lesquels repose l'économie (le travail, la propriété, la consommation, la production, le capital, l'argent...) sont redéfinis, complétés et organisés dans un système analytique se voulant logique et cohérent, mais aussi fidèle aux mouvements de la réalité historique.
    Sont notamment développées des théories de la valeur et de la valeur-travail, reprises aux classiques anglais (en particulier Ricardo), mais aussi des notions originales comme la mise en évidence de l'importance de l'investisseur - apporteur de capital - dans le cycle «Argent ? Marchandise ? Argent», ainsi que le concept de «Plus-value» (mode de production et répartition).

    Ce courant inspire des penseurs du Marxisme économique comme Rosa Luxemburg avec «L'Accumulation du capital» (1913), ou plus récemment Paul Baran ou Paul Sweezy.


    L'école historique

    L'école historique (aussi qualifiée de courant de l'Historicisme) apparaît dans les années 1840 en réaction à l'universalisme des classiques. Elle rejette l'idée de «lois» économiques dissociées de leur contexte historique, social et institutionnel. Wilhelm Roscher déclare que la recherche économique doit être pluridisciplinaire, incorporant en non seulement les méthodes des économistes mais aussi celles des historiens et des sociologues.
    L'Allemagne est le pays où fleurit la pensée historiciste. Celle-ci trouve un large écho et contribue même à rendre ce pays plus ou moins imperméable -pendant la période allant de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle - aux influences exercées par le courant marginaliste en Europe. L'école historique allemande se forme dans les années 1840 avec les écrits de Bruno Hildenbrand (1812-1878), Karl Knies (1821-1898) et surtout de Wilhem Roscher (1817-1894). Par la suite, Gustav von Schmoller, Friedrich List et Max Weber entre autres contribuent à cette école.

    L'école historique anglaise se développe parallèlement et indépendamment de sa consœur germanique. Bien que s'appuyant sur une importante tradition empiriste et inductiviste héritée de Bacon et de Hume, elle n'aura pas la même aura que cette dernière. Il faut néanmoins remarquer que durant la période de transition séparant la domination de l'économie classique ricardienne et l'émergence du marginalisme dans les années 1870, l'école historique anglaise constitue -pour un temps- l'orthodoxie de l'économie politique britannique. Ainsi, W.S. Jevons aura toutes les peines du monde à s'imposer dans le milieu académique.

    Très influencée par les auteurs allemands, la version française de l'historicisme n'a qu'une portée limitée et une unité contestable : Le rejet de l'école de Lausanne et de Léon Walras semblent en constituer le principal élément fédérateur. Ses principaux contributeurs sont Charles Gide (1847-1932) et François Simiand (1873-1935). Par contre, la recherche historique en France est profondément rénovée par l'important mouvement de l'École des Annales. L'un de ses héritiers particulièrement fécond dans le domaine de l'histoire économique sera l'historien Fernand Braudel.


     
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    Analyse et théories contemporaines


    Alors que - selon André Piettre - dans la période précédente, la pensée économique s'était perfectionnée en suivant
    «une voie d'affinement mais aussi de rétrécissement incessant : Depuis la Nature ( Physiocrates) , vers l'Homme ( Condillac et Smith ) puis vers les mécanismes ( marginalisme, Théorie de l'équilibre ), la démarche des théories contemporaines semble consister dans une remontée inverse, curieusement symétrique.»
    Ainsi la démarche des penseurs contemporains va-t-elle :
    1. Repartir d'une analyse révisée des mécanismes fondamentaux (Néo-marginalisme, analyse parétienne, nouvelles théories des prix, du bien être, de la monnaie)
    2. pour retrouver l'homme et ses données psychologiques (les propensions) qui président aux grandes fonctions économiques (telles qu'exposées par la révolution keynésienne)
    3. pour finalement replacer toute l'activité économique dans son milieu historique et sociologique (étude des structures et des systèmes).

    La révision des mécanismes (1800-1930)
    - Mécanismes de la Valeur et des prix
    Les auteurs s'attachent à remédier aux défauts de la théorie classique et néo-classique des prix :
    Les néo-marginalistes : Ils forment la troisième génération de l'École de Vienne : des théoriciens du calcul économique (Hans Mayer, Rosenstein-Rodan, Léo Schonfeld, R. Strigl), l'auteur de la théorie des Jeux (Oskar Morgenstern), des Néo-libéraux ( Ludwig von Mises, R.V Hayek ). Leur objectif est de faire évoluer le raisonnement marginaliste d'une forme trop "psychologisante" (Hédonisme) vers une forme plus théorique et plus fondamentale de “calcul économique”.
    Vilfredo Pareto et les courbes d'indifférence : Empruntant la notion à Edgeworth, Pareto fonde l'évaluation de l'utilité non pas dans l'absolu (un seul bien est envisagé à la fois) mais de façon relative et plus précisément comparative : l'utilité d'un bien est évaluée par comparaison avec celle d'un autre bien. L'utilité - ainsi retraduite via les courbes d'indifférence - donne une base objective et rigoureuse pour l'établissement d'une “économie pure”
    John Hicks, le taux marginal de substitution et l'Effet de Revenu : Plutôt que de raisonner sur la notion “d'utilité totale” à la manière de Pareto, John Hicks préfère raisonner sur le rapport entre les utilités marginales de deux biens considérés (X) et (Y), soit ce qu'il dénomme le “Taux marginal de substitution”. Le taux indique de combien la quantité du bien (X) diminue quand celle de (Y) augmente. «La notion est importante car elle permet de définir le prix comme égal au taux marginal de substitution entre le produit et la monnaie. À partir de là, l'emploi que fait le Consommateur de son revenu va faire intrusion dans le raisonnement. La théorie de la Demande va en être transformée.» John Hicks attire également l'attention sur ce qu'il appelle l'effet de revenu en montrant - contrairement à ce que prévoit la théorie classique- qu'une hausse ou une baisse de revenu n'implique pas nécessairement un mouvement de même amplitude et/ou de même sens dans la demande d'un Bien
    John Morice Clark et le poids des coûts fixes : En 1923, John Morice Clark montre que la structure des coûts d'une entreprise influe fortement sur son mode de calcul des prix : Notamment quand la proportion des couts qu'il appelle “constants” (cad : fixes ) est plus importante, ce qui peut conduire en période d'expansion ou de dépression économique à une détermination du prix fort différente de celle indiquée par ma théorie classique. Plus tard, cet aspect sera complété par la constatation des pratiques dites de Full cost ou Coût complet en Entreprise.
    L'incidence de la structure des Marchés : Le point est perçu en 1838 par Antoine-Augustin Cournot dans sa «Recherche sur les principes mathématiques de la Théorie des Richesses».

    Piero Sraffa le reprend en affirmant que «les forces actives, faisant obstacle à la concurrence» doivent être étudiées.
    Edward Chamberlin en 1927, développe la thèse selon laquelle les imperfections de concurrence pourraient bien être la règle et n'être plus l'exception tant les situations de monopoles sont fréquentes. Chamberlin pense que ces imperfections doivent être repérées et analysées non seulement au niveau de l'entreprise, mais aussi plus finement au niveau des produits.

    L'économiste allemand Heinrich von Stackelberg établit en 1940 un premier tableau inventaire des situations de concurrence (parfaite et imparfaites).

    John Kenneth Galbraith souligne combien le «poids» des entreprises peut influencer l'équilibre de la concurrence. Ce qu'il appelle le «pouvoir compensateur» découle du rapport de forces existant entre les structures.


    Prix administrés et Prix arbitraires : Bien qu'intervenant dans des domaines distincts (public ou privé), l'existence de ces catégories de prix ne manquent pas de jeter le doute sur le réalisme des mécanismes classiques de fixation des prix.
    John Kenneth Galbraith dans son essai «le Nouvel État industriel» paru en 1968 ne craint pas d'affirmer que «le mécanisme de détermination des prix s'est inversé : il ne s'élève plus de la demande vers l'offre, il descend de la production vers la consommation».

    - Mécanismes de la répartition
    L'opposition irréductible entre libéralisme et socialisme fait question :
    Selon le mot d'Auguste Comte, le libéralisme avec son «laisser-faire» apparait comme une «démission solennelle», une «théorie sans politique». Alors que le socialisme se révèle être «une politique sans théorie».
    Des auteurs français et surtout anglais vont tenter d'opérer une synthèse :
    Les marginalistes français comme le socialiste Landry et le réformiste Aftalion laissent à penser que l'intervention - plutôt que le seul laisser-faire - permettrait d'améliorer les mécanismes de répartition. Mais leurs démonstrations n'aboutissent qu'à des conclusions en demi-teinte : «Un régime utile doit décider de sa justice».
    Plus convaincante est la notion d'«économie de bien-être» développée par Arthur C. Pigou qui oppose l'économie de richesse avec l'économie de Bien-être définie comme l'accroissement maximum des utilités des individus. Finalité qui d'après lui n'est possible :
    - qu'en répartissant plus judicieusement les instruments de production (en égalisant les utilités marginales des facteurs de production)
    - qu'en répartissant de façon plus égale, ce qui revient à satisfaire d'abord les besoins de plus forte intensité (à grande échelle l'utilité marginale de la monnaie)
    - qu'en régularisant dans le temps le dividende national en vue de neutraliser les fluctuations et le chômage (maximiser les effets du revenu par une stabilité plus assurée)
    J.A.Hobson, économiste fabien, dénonce la théorie de l'utilité finale comme une «finale futilité» et entend donner une justification plus forte au concept de Bien-être. Pour lui l'«human welfare» a des racines plus profondes que l'«economic welfare» qui minimise le coût humain de la production et oublie le service de l'homme dans la consommation.
    J.R.Hicks en 1934 complète la démarche de l'optimum de Pareto en y ajoutant la dimension de la distribution: Le bien être est la situation où la production et la distribution sont telles qu'elles permettent à chacun d'atteindre le point le plus élevé sur sa carte de préférence.
    Oskar Lange en économie socialiste, et A.P. Lerner à partir de positions keynésiennes s'efforcent de résoudre la question.
    Les approches abstraites des mécanismes de la répartition se révélant décevantes, plusieurs auteurs vont réintroduire de façon plus réaliste :
    - Le salaire et son mode de détermination avec M.Dobb et JR. Hicks
    - Les facteurs psycho-sociologiques qui pour Aftalion affectent l'appréciation de l'utilité et de la désutilité du travail et pour F. de Menthon se manifestent par l'effet de l'opinion générale ou de l'action syndicale.

    - Mécanismes des relations fondamentales
    Alors que le Modèle élaboré par Walras semble représenter la synthèse aboutie et indépassable du fonctionnement du système économique, deux approches ouvrent des perspectives nouvelles :
    Joseph Schumpeter (1883-1950) bouscule les idées en introduisant à différents niveaux de la pensée économique le concept de la dynamique. Ses principaux apports concernent la compréhension :
    - de l'évolution économique avec en particulier ses théories de l'entrepreneur et de l'innovation ( présentés comme les ressorts principaux du progrès) , la théorie du circuit économique ( non point stationnaire mais affecté par l'introduction de l'effet-temps), la théorie de l'évolution ( poussée par l'intérêt et le profit )
    - des cycles économiques, avec un cycle en 4 phases (prospérité, récession, dépression, reprise) calqué sur la dynamique de l'innovation.
    - de l'évolution sociologique du capitalisme avec la constatation de trois phases longues liées à trois familles d'innovation :
    1.La révolution industrielle (1787-1843) avec le coton, l'acier et la vapeur
    2. Le cycle bourgeois (1842-1897) avec les Chemins de fer
    3.Le cycle néo-mercantiliste (1897--...) avec l'électricité, la chimie et l'automobile.
    L’Économétrie qui - par une approche essentiellement quantitative - entend dépasser des méthodes en grande partie fondées sur la déduction abstraite. Les précurseurs sont aux États-Unis Moore et en France Lenoir . Ils entendent utiliser le raisonnement mathématique , mais à la différence des économistes mathématiciens antérieurs (Cournot, Walras, Aupetit), ils veulent le faire reposer sur des fondements concrets et traiter des problématiques sur la base de faits mesurés. Le mouvement est initié en France par des auteurs comme R. Roy, Fr.Divisia, E.Milhau. Puis développé dans les années 30 par le Centre polytechnicien d'études économiques X-Crise et repris à l'échelon international par la «Société internationale d'économétrie» , enfin aux États-Unis par la «Cowles Commission for research in economics» et par la revue «Econometrica».

    Keynes, l'analyse fonctionnelle
    - L'impact des idées keynésiennes
    La crise de 1929 met en exergue la portée limitée des enseignements de la théorie néoclassique : ce courant ne peut en effet appréhender et analyser l'existence dans les années 1930 d'un phénomène de chômage massif. Les théoriciens orthodoxes ne peuvent expliquer que la présence d'un chômage volontaire (au taux de salaire fixé par le marché du travail, certains agents économiques ne préfèrent pas travailler). John Maynard Keynes développe au contraire une «théorie générale» car elle rend compte non seulement des situations d'équilibre de sous-emploi, mais aussi de plein emploi de toutes les forces de travail et de capital, alors que l'existence d'au moins un équilibre général est l'unique résultat démontré par la théorie néoclassique (encore aujourd'hui). Son approche théorique est considérée comme la première théorie macroéconomique, qui remet en question plusieurs des principes néoclassiques : la monnaie n'est pas un voile jeté sur les échanges; le montant de l'épargne n'est pas déterminé sur le marché des capitaux; la détermination du taux d'intérêt est monétaire et non réelle.

    Keynes montre qu'une économie de marché parvient le plus souvent à un «équilibre de sous-emploi» durable des forces de travail et de capital. Il rompt ainsi avec l’analyse néoclassique qui analysait le chômage comme «frictionnel» ou «volontaire», afin de montrer que l’économie peut durablement souffrir d’un chômage de masse que les mécanismes du marché seuls ne peuvent résoudre. Ainsi Keynes décrit une dynamique qui empêche toute reprise spontanée de l’économie. Une offre excédentaire initiale provoque des licenciements. Keynes nie la thèse néoclassique selon laquelle se produit un ajustement par les salaires, entrainant un réajustement des profits, puis un retour de l’investissement et de la croissance et «in fine» un retour de l’emploi. La montée du chômage crée au contraire une réduction de la demande. Cette baisse de la demande effective provoque dans l'économie une réduction des débouchés. D'où le scepticisme des entrepreneurs qui n’investissent plus ou ralentissent leurs investissements, ce qui provoque un effet négatif second d'aggravation de la crise. Il importe de ne pas oublier une autre partie de l'analyse : les taux d'intérêt monétaire déterminent principalement le niveau de l'activité économique (chapitre 17 de la théorie Générale).

    Pour sortir de cette situation non optimale, il est essentiel de stimuler la demande, ce qui vise à redonner confiance aux investisseurs.
    Pour ce faire, l’État dispose de plusieurs moyens d'intervention :
    1. Tout d’abord redistribuer les revenus des plus riches (qui ont une plus forte propension à épargner) aux plus pauvres (qui eux ont une forte propension à consommer).
    2. L’État peut aussi stimuler la création monétaire via une baisse des taux d’intérêt qui encouragera les gens à emprunter pour consommer et surtout rendra rentable des projets d'investissement dont l'Efficacité Marginale du Capital était inférieure au niveau du taux d'intérêt monétaire.
    3. Enfin l’État peut accroître ses dépenses publiques induisant une augmentation de la demande globale en lançant des programmes de grands travaux par exemple.
    Pour ce faire, il peut même recourir au déficit budgétaire dont il peut espérer qu’il sera à moyen terme comblé par la reprise économique. Le financement de cette politique interventionniste s'opère soit par des prélèvements obligatoires supplémentaires, soit une émission de titres sur les marchés des capitaux. Les méthodes de Keynes qui s’appuient sur l’étude des agrégats économiques (entreprises, ménages, État…) et se distinguent de l’étude néoclassique des comportements individualistes, fondent la macroéconomie.
    - L'État-providence Beveridgien
    Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de succèder à la crise, un économiste et parlementaire britannique, William Beveridge, fait de nombreuses propositions visant à redéfinir le rôle de l’État d’après-guerre. Celles-ci vont profondément changer la conception du rôle de l'État dans l'économie en militant pour le renforcement de ce que l'on appelle «l'État-providence»
    En 1942, dans un premier rapport «Social Insurance and Allied Services», il propose la mise en place d’un système totalement généralisé, uniforme et centralisé dont la mission et l'organisation sont détaillées . Le régime préconisé de sécurité sociale vise à «libérer l’homme du besoin» en garantissant la sécurité du revenu, face aux aléas de la vie : maternité, maladie, décès, chômage, accident du travail…
    En 1994, dans un second rapport «Full Employment in a Free Society», Beveridge considère le chômage comme le «risque majeur dans nos sociétés», et comme l’aboutissement définitif de tous les autres risques (maladie, maternité…). Pour lui les fonctions régaliennes dévolues à l'État lui font le devoir de garantir le plein emploi : «Ce doit être une fonction de l’État que de protéger ses citoyens contre le chômage de masse, aussi définitivement que c’est maintenant la fonction de l’État que de protéger ses citoyens contre les attaques du dehors, contre les vols et les violences du dedans».
    - Les disciples de Keynes
    Les disciples de Keynes lui restent fidèles mais vont projeter son analyse hors de son contexte original (celui d'une crise économique), pour en faire une méthode de régulation permanente des marchés. Les prolongements sont nombreux qui donnent naissance à plusieurs courants :
    -- Les Néo-keynésiens et la théorie du déséquilibre
    Le mouvement Néo-keynésien ne doit pas être confondu avec celui des post-keynésiens ou des nouveaux keynésiens.
    Le courant néo-keynésien (appelé aussi «école du déséquilibre» ou des «équilibres à prix fixes») est une synthèse des théories keynésiennes et néoclassiques. Le courant est initié par John Hicks dans les années 1930 : Son modèle IS/LM est la conversion d'un modèle succinct de la Théorie générale en termes néoclassiques. Les principaux auteurs néo-keynésiens sont : Franco Modigliani, Paul Samuelson, Robert Mundell, Robert Solow ou encore Edmond Malinvaud en France. Ces économistes s'intéressent aux fondements microéconomiques de la macroéconomie :
    Sur certains points, tel celui de la rationalité, les néo-keynésiens sont plus proches des conceptions de Friedman que de celles de Keynes. Adeptes des systèmes de marché des néoclassiques, ils reconnaissent cependant le caractère non volontaire du chômage ainsi que les imperfections du marché du travail comme causes de non-réalisation du plein emploi (asymétrie d'information, aléa moral, Théorie des insiders-outsiders...).
    -- Le courant post-keynesien
    Le courant dit «post-keynesien» est représenté par Michal Kalecki, Nicholas Kaldor, Joan Robinson, Roy Forbes Harrod, Evsey Domar
    -- l'École de la Régulation
    L'école de la régulation regroupe des auteurs comme Michel Aglietta, Robert Boyer, Alain Lipietz...


    Après Keynes, L'analyse dynamique
    - La dynamique des flux
    Les travaux vont mettre en avant l'analyse des flux pour caractériser des phénomènes d’amplification, d'anticipation ou d'expansion.
    d'amplification , avec le «multiplicateur», initié par Kahn puis repris et développé par Keynes; l'«accélérateur», initié par John Morice Clark puis repris et développé par Roy Forbes Harrod, Simon Kuznets et Paul Samuelson ; L'oscillateur qui combine les 2 mécanismes précédents (travaux de Hansen et Paul Samuelson)
    d'anticipation : Myrdal introduit la distinction entre la vision “ex ante” et “ex post” ; Erik Lindahl montre que les agents économiques (individus ou États) agissent en fonction de leurs plans économiques ; John Hicks définit le concept «d'élasticité des anticipations» ; Nicholas Kaldor,Michal Kalecki ou Angel mettent en évidence des modèles explicatifs des «variations cycliques»
    d'expansion : E.Lundberg, Metzler, Tinbergen, Roy Forbes Harrod, John Hicks, E.D.Domar présentent des modèles abstraits qui reposent sur une approche par les relations comptables ou les fonctions économétriques et illustrent le rôle de l'expansion monétaire
    - La dynamique des forces
    L'étude du progrès technique et de ses conséquences constitue un thème central d'analyse chez des auteurs comme Colin Clark, Jean Fourastié et Cobb-Douglas
    La pression démographique comme dynamique d'évolution inspire les travaux d'Adolphe Landry, Alfred Sauvy, Albert Hirschman et Walt Whitman Rostow
    Les mobiles psychosociologiques sont convoqués pour compléter l'analyse des comportements des agents économiques : comportement des Entrepreneurs ou des Consommateurs, comportement réputé commun dans le cadre d'une Économie généralisée.
    L'effet de puissance et de domination est l'objet des travaux de François Perroux : Effet de Domination et de l'économie dominante avec la déclinaison du concept depuis la firme jusqu'aux macrodécisions et à l'espace économique global. La perspective étant d'offrir une théorie générale du Progrès et de «l'Économie progressive».
    - La dynamique des structures, systèmes et régimes
    Sous l'influence de plusieurs auteurs, la définition du concept de structure économique et son rôle dans l'évolution économique se précisent ; L'économiste allemand Eugen Wagemann - Directeur de l'Institut für Konjoncturforschung de Berlin - publie «La Stratégie économique» dans lequel est formalisée la distinction entre conjoncture (ce qui se transforme : le fonctionnement) et structure (ce qui est plus permanent : les organes).
    Le sociologue allemand Walter Eucken introduit la distinction entre les économies dirigées à partir d'un centre et les économies d'échange dirigées par le marché ou l'usage de la monnaie.




     
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    Diversification actuelle
    de la pensée économique




    On note une grande diversification des courants de pensée économiques de nos jours, notamment par l'application de nouvelles approches techniques :
    économie quantitative, l'un des supports de l'économétrie, utilisant des techniques de modélisation dérivées des sciences physiques,
    économie expérimentale appliquée notamment à la microéconomie,
    économie comportementale, née notamment de l'étude des anomalies des marchés financiers,
    neuroéconomie étude du processus mental de décision économique,
    théorie des jeux, liée aux problèmes de coordination des agents économiques,
    éconophysique, ou quand des physiciens s'intéressent de nouveau à l'économie.

    Par ailleurs, l'essor des sciences de gestion (management, marketing, organisation, relations humaines, technologies de l'information) a perfusé en économie, aboutissant en particulier à la reconnaissance du savoir, de la compétence et de l'information comme facteur essentiel (économie de la connaissance) de production et de développement, en plus des trois «classiques» : ressources naturelles, travail et capital.

    Le courant Néolibéral anglo-saxon et français

    Avant et après la seconde guerre mondiale, certains libéraux (en France : Jacques Rueff et Louis Baudin, aux États-Unis : Walter Lippmann, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises) se réunissent et mettent en avant des idées qui font éclore
    l'École du Néo-libéralisme
    L'économie de marché est décrite comme la référence unique souhaitable, devant être “garantie et construite” par :
    un cadre juridique clair (libre entreprise et propriété privée...)
    la stabilité financière et monétaire et l'équilibre budgétaire
    un mécanisme de libre détermination des prix.
    un État luttant contre les excès et organisateur -s'il le faut- de la concurrence, en promouvant des “marchés institutionnels”
    L'école autrichienne

    L'école autrichienne, d'abord assimilée à l'école néoclassique, a toujours soutenu des positions très différentes de celles de Walras et Jevons et est maintenant considère comme hétérodoxe.

    Ordoliberalisme ou école de Fribourg

    L'Ordolibéralisme est un courant du libéralisme, apparu en Allemagne dès les années 1930. L'état est chargé de garantir un cadre politique, mais doit s'abstenir d'interventions sur les marchés. Walter Eucken l'avait exprimé ainsi : "Oui à la planification des structures par l'État - non à la planification et au dirigisme du circuit économique par l'État." D'autres représentants sont Franz Böhm (comme Eucken professeur à Fribourg), Wilhelm Röpke, Alexander Rüstow ou Müller-Armack. Le miracle économique allemand (Wirtschaftswunder) est attribué à l'adoption de ces idées dans le système d'une économie sociale de marché par le ministre des finances Ludwig Erhard.

    Les Néo-walrasiens

    (Kenneth Arrow, Gérard Debreu) Ce courant qui entend démontrer comment l'équilibre est non seulement possible mais automatique peut être qualifié de théorique et d'a-historique. En partant d'un modèle représentant le fonctionnement de l'économie en situation de concurrence, la recherche porte dur les mécanismes de l'équilibre. Dans cette ligne de pensée, on peut inclure les modèles de croissance, dont l'un des plus connus est celui de Solow

    L’École des Choix publics

    La théorie des choix publics s'est imposée comme une discipline de l'économie qui décrit le rôle de l'État et le comportement des électeurs, hommes politiques et fonctionnaires. Elle entend ainsi appliquer la théorie économique à la science politique. Le texte fondateur de ce courant est The Calculus of Consent publié en 1962 par James M. Buchanan («Prix Nobel» d'économie 1986) et Gordon Tullock.
    La politique y est expliquée à l'aide des outils développés par la microéconomie. Les hommes politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs de la théorie économique, dans un contexte institutionnel différent : entre autres différences, l'argent en cause n'est généralement pas le leur. La motivation du personnel politique est de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l'intérêt collectif (du moins, tel qu'ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques souhaitent maximiser leurs chances d'être élus ou réélus, et les fonctionnaires souhaitent maximiser leur utilité (revenu, pouvoir, etc.)
    Par ailleurs les biais cognitifs et émotionnels propres à l'économie comportementale que l'on constate au niveau du marché se retrouvent aussi au niveau des décisions publiques, alors qu'ils y sont moins soumis à des mécanismes auto-correcteurs naturels.


    La Nouvelle économie classique

    La Nouvelle économie classique ou Nouvelle macroéconomie classique est un courant de pensée économique qui s'est développé à partir des années 1970. Elle rejette le keynésianisme et se fonde entièrement sur des principes néoclassiques. Sa particularité est de reposer sur des fondations micro-économiques rigoureuses, et de déduire des modèles macroéconomiques à partir des actions des agents eux-mêmes modélisés par la micro-économie.
    Les nouveaux classiques comprennent Robert Lucas Jr, Paul Romer, Finn E. Kydland, Edward C. Prescott, Robert Barro, Neil Wallace (en), Thomas Sargent.

    L’École de Chicago

    L'École de Chicago est un groupe informel d'économistes libéraux. Ils sont généralement associés à la théorie néoclassique des prix, au libre marché libertarien et au monétarisme ainsi qu'à une opposition au keynésianisme. Leur nom vient du département d'économie de l'Université de Chicago dont la majorité des professeurs étaient membres de cette école de pensée. Dans la famille du libéralisme économique, elle s'oppose à l'école autrichienne héritère de Tocqueville et de Bastiat, et symbolisée par la figure de Friedrich Hayek.
    Y sont rattachés :
    • Milton Friedman, «Prix Nobel» d'économie 1976
    • George Stigler, «Prix Nobel» d'économie 1982
    • Frank Knight
    • Thomas Sowell
    • Richard Posner
    • Gary Stanley Becker, «Prix Nobel» d'économie 1992
    • Ronald Coase, «Prix Nobel» d'économie 1991
    • Robert E. Lucas, «Prix Nobel» d'économie 1995
    On limite souvent l'école de Chicago aux économistes monétaristes. En fait, elle couvre aussi l'application du Calcul stochastique aux marchés financiers.

    Les théories de l'école de Chicago sont à l'origine des politiques économiques de la Banque mondiale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, pendant lesquelles de nombreuses entreprises publiques des pays en voie de développement furent privatisées.

    Le département économique de l'Université de Chicago a formé de nombreux technocrates latino-américains, dont les plus célèbres, les Chicago Boys, qui avaient mis en place les politiques économiques chiliennes pendant la dictature d'Augusto Pinochet.

    L’École monétariste

    Le monétarisme est un courant de pensée économique pour lequel l'action de l'État en matière monétaire est inutile voire nuisible. La réflexion sur ce thème est ancienne (cf. les écrits de Jean Bodin, David Hume, ou plus récemment Irving Fisher). Mais le rénovateur de ce courant est sans conteste l'économiste Milton Friedman (chef de file de l'École de Chicago), qui a contribué à réhabiliter et à relancer la théorie quantitative de la monnaie contre le paradigme dominant de l'époque, le keynésianisme. Ainsi la politique monétaire est réapparue sur le devant de la scène pour figurer depuis quelques années parmi les instruments essentiels de la politique économique.

    Au début des années 1960, plusieurs économistes menés par Milton Friedman (chef de file de l'école de Chicago) tentent de relancer la théorie quantitative de la monnaie mise à mal par les analyses keynésiennes. Étudiant le cas américain (M. Friedman et Anna Schwartz, Une histoire monétaire des États-Unis) il remarque que toute évolution brutale de la masse monétaire (aussi bien son augmentation préconisée par les keynésiens dans le cadre des politiques interventionnistes, que sa diminution dans le cadre de politique de rigueur) est synonyme de déséquilibres économiques. Renouant avec la théorie quantitative de la monnaie, ils recommandent une politique monétaire restrictive où l'émission de monnaie serait limitée à une proportion fixe de la croissance du PIB, assurant une expansion parallèle à celle de l’activité. Les monétaristes prônent également la mise en place d'un change flottant permettant le rééquilibrage automatique de la balance extérieure. Ces conclusions remettent en cause la base des politiques keynésiennes et suscitent de nombreux débats depuis.

    La théorie des cycles

    À l'évidence, l'activité économique ne se déroule pas de manière régulière et continue. Dans le court terme ( on parle de conjoncture) ou à plus longue échéance ( on évoque la croissance économique ), elle connait tantôt des phases d'accroissement plus ou moins rapide, tantôt des périodes de stagnation, voire des temps de décroissance momentanée, sinon d'effondrement.
    Il est important tant pour les analystes que pour les décideurs de pouvoir comprendre l'importance et la portée de phénomènes selon qu'ils sont censés caractériser :
    1. la conjoncture économique, c'est-à-dire l'évolution de l'activité économique, avec des hauts et bas relativement rapprochés sur des périodes plutôt courtes (typiquement sur quelques années).
    2. La Croissance et le développement économique et social, avec des phases d'amplification, de stagnation, ou de déclin remarquables seulement sur des observations faites en longue période (soit plusieurs générations humaines).
    Théorie de l'Offre

    La théorie de l'offre ou supply-side, est un courant développé à partir des années 1970 aux États-Unis qui vise à démontrer que la déréglementation ainsi que la diminution de la fiscalité agissent sur l'offre favorablement et permettent d'agir en profondeur sur l'économie. Ce courant, basé en particulier sur la courbe de Laffer, a eu une influence certaine sur la politique économique de Ronald Reagan, les reaganeconomics ainsi que sur celle de Margaret Thatcher. L'école des choix publics est relativement proche de ce courant, les principaux représentants en sont Arthur Laffer, Robert Mundell, sans en faire partie s'inscrit par certains aspects dans ce mouvement.

    La Théorie du capital humain

    La théorie du capital humain est une théorie/concept économique introduit par Theodore W. Schultz, puis précisé par Gary Becker - dans Human Capital, 1964 - visant à rendre compte des conséquences économiques de l'accumulation de connaissances et d'aptitudes par un individu ou une société. Il comprend donc non seulement le savoir, l'expérience et les talents (capital-savoir), mais aussi sa santé physique ou sa résistance aux maladies.
    La prise en compte du capital humain dans l'analyse économique a constitue une avancée importante. L'accumulation de capital humain est un facteur essentiel de croissance économique: la diffusion des connaissances permet des rendements croissants et génère des externalités positives. De ce fait, il s'agit d'un concept central de l'économie du développement, de l'économie de l'éducation et plus largement de l'Économie du savoir (capital-savoir). Cette théorie a également permis de réhabiliter l'idée d'une hétérogénéité du facteur travail, et ainsi de rendre compte de la structure des salaires et des formes de rigidités sur le marche du travail. L'analyse fondatrice dans le domaine du capital humain est celle de l'économiste Gary Becker.


    La Théorie des contrats implicites

    La théorie des contrats implicites cherche à expliquer la défaillance du marché suivante : les salaires ne varient pas en fonction de la productivité marginale des travailleurs. Les observations empiriques montrent une progression constante des salaires au cours de la carrière. Cela s'explique par l'aversion au risque des travailleurs et par la peur de manquer de personnel de la part des employeurs. Cela conduit à l'établissement d'un contrat implicite passé entre ces deux agents où le salarié accepte un salaire inférieur au marché en période de plein-emploi/haute conjoncture et un maintien de son salaire en période de sous-emploi/basse conjoncture (Azariadis, Implicit contracts and unemployment equilibria, 1975).

    Selon Bernard Salanié, «l'objet de la théorie des contrats est d'appréhender les relations d'échange entre des parties en tenant compte des contraintes institutionnelles et informationnelles dans lesquelles elles évoluent».


     
  14. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Éconophysique

    L'éconophysique est un domaine de recherche scientifique multidisciplinaire qui se propose de résoudre des problèmes économiques en appliquant des méthodes et théories développées pour expliquer des phénomènes physiques complexes relevant notamment de la physique statistique. Les banques centrales avec des modèles stochastiques dynamiques d'équilibre général ou les sociétés d'investissement comme Capital Fund Management sont les premières à tirer parti des avancées de cette discipline.

    Historique
    Le terme éconophysique est mentionné pour la première fois à Calcutta en 1995 lors d'une conférence de physique statistique par H. Eugene Stanley pour désigner l'ensemble des articles écrits par des physiciens et ayant pour objet l'économie ou la finance. Cet intérêt est soutenu par l'explosion des données financières et économiques qui permettent de confronter les modèles à la réalité.
    L'intérêt des physiciens et mathématiciens pour l'économie et les sciences sociales n'est pas nouveau. Daniel Bernoulli avec la publication de son article Specimen theoriae novae de mensura sortis portant sur le paradoxe de Saint-Petersbourg est un des premiers scientifiques à appliquer les statistiques aux comportements humains. Il est à l'origine de la formalisation des concepts économiques d'utilité, de risque et de prime de risque.

    Alors que les modèles économiques ont toujours été dans une vision classique d'équilibre statique (équation linéaire, équilibre statique), à la fin du XXe siècle des physiciens non satisfaits par les approches et les explications traditionnelles de l'économie et forts des succès de la physique statistique proposèrent d'appliquer les méthodes et les outils de la physique. Très tôt ils étudient les informations contenues dans les données financières et se proposent d'expliquer des phénomènes économiques généraux.

    En 1983 Emmanuel Farjoun et Moshe Machover remarquèrent que les sciences physiques sont capables de faire des prévisions utiles sur le comportement macroscopique d'ensembles (du mouvement brownien aux lois de la thermodynamique), qui vu localement apparaissent aléatoires et chaotiques. Selon eux les économistes qu'ils soient marxistes, néo-classiques ou keynésiens étaient alors englués dans une vision de causalité datant de Adam Smith à la recherche d'un équilibre hypothétique. Partant du constat que le postula de cet équilibre étaient centrales dans les théories proposés jusqu'alors en économie politique et que les modèles associés sont inefficaces confrontés aux multiples crises économiques, ces auteurs se propose de changer radicalement les hypothèses de base et jettent les bases d'une approche probabiliste de l'économie politique. Ils reprennent la problématique de formation des prix et du profit mais en conceptualisant diverses quantités sous la forme de variables aléatoires. En particulier, s'ils se positionnent dans la tradition des économistes classiques et marxistes insistant sur le rôle du travail dans la création de richesse, ils rejettent l'hypothèse, simplificatrice mais irréelle, d'un taux de profit uniforme. Selon eux, la compétition d'un marché libre ne peut engendrer au mieux qu'un équilibre statistique. De même ils contestent la dimension déterministe d'un prix. Il suffit d'aller sur un marché acheter des légumes pour voir que le prix du kilogramme de tomate n'est pas une variable déterministe: il n'est pas constant ni sur un jour ni sur un même marché. Aussi les prix doivent être considérés comme des variables aléatoires. Law of Chaos ne définit pas un modèle économique probabiliste rigoureux mais suggère des pistes pour une telle modélisation.

    Dans "Classical Econophysics" les auteurs explorent la voie entrouverte par Emmanuel Farjoun et Moshe Machover en s'appuyant en particulier sur la théorie de l'information et les simulations multi-agents. Ce livre part des concepts développés par les auteurs classiques Smith, Ricardo et Marx. Ainsi la première partie est une analyse de la création de valeur par le travail. La seconde partie est une étude des échanges des biens, la monnaie et la formation du capital. La troisième partie décrit un modèle multi-agents qui bien que simple atteint un équilibre statistique qui reproduit la distribution des revenus observés dans les pays développés. Enfin la dernière partie est une critique de la théorie développée par Friedrich Hayek basée selon eux sur une mauvaise compréhension de la théorie de l'information. Ces auteurs démontrent dans le cadre de la théorie algorithmique de l'information que l'argument principal de Hayek se retourne contre lui. Si l'efficacité d'une économie repose sur l'utilisation d'informations distribuées sur un grand nombre d'agent, alors une planification est possible et est plus efficace.

    Un équilibre statistique simple: La monnaie comme quantité conservative
    Des physiciens comme Victor M. Yakovenko ont remarquée que la quantité de monnaie est conservée lors d'un échange économique à l'exception de la création d'une dette (voir aussi Atomicité (économie)). Or les sciences physiques, en particulier la physique statistique, ont développé le formalisme nécessaire pour étudier des processus complexes similaires, notamment la notion d'énergie et d'entropie. La conservation de la monnaie lors des échanges économiques implique que la monnaie tend à se répartir entre les agents économiques suivant une distribution exponentielle. En l’absence de dette, cette distribution ne dépend que de la quantité de monnaie moyenne par agent. Il est remarquable que la distribution annuelle des revenus aux États-Unis suive une telle loi en première approximation.


    Formalisation mathématique - Un modèle stochastique et multi-agents reproduisant la structure d'une économie capitaliste - Détail des règles - Résultats de simulation
    Veuillez, s'il vous plait, lire sur place car ces quatre parties comportent des formules mathématiques en macros que je ne peux me permettre de poster ici : par mesure de sécurité pour le Forum.
    Voilà le lien
    :
    [FONT=&quot]Éconophysique


    Conclusion
    Si certaines valeurs résultant de la simulation peuvent s'écarter sensiblement de valeurs observées, ce modèle malgré sa simplicité reproduit des distributions observées pour l'économie réelle sur des grandeurs telles que les revenus, la croissance, les taux de profit, les récessions et le chômage. Le cœur de ce modèle étant la division sociale entre employé, employeur et sans-emploi, les auteurs concluent que les phénomènes de l'économie réelle qui causent des conflits politiques tels que le chômage, les inégalités de revenu et les récessions, ne sont pas des accidents ou des phénomènes transitoires mais sont la conséquence directe de l'organisation sociale de la production.
    "A final and important implication is that the computational deduction outlined in this paper implies that some of the features of economic reality that cause political conflict, such as extreme income inequality and recessions, are necessary consequences of the social relations of production and hence enduring and essential properties of capitalism, rather than accidental, exogenous or transitory."

    Application à la finance

    Jean-Philippe Bouchaud et Marc Mézard ont calculé que l'augmentation des échanges et la diminution du risque financier des investissements font conjointement baisser les inégalités. L'impact sur la distribution de richesse par les impôts est mesuré : l'impôt sur le revenu tend d'autant plus à baisser les inégalités qu'il est redistribué vers le plus grand nombre ; si une partie insuffisante de l'impôt sur le revenu est redistribuée, l'impôt sur le capital ne remplit plus son rôle social, mais augmente les inégalités de répartition de la richesse.

    Dès 1969, Konrad Lorenz observait que la sélection avantage les plus grandes super-familles qui s'assistent mutuellement pour combattre les étrangers. À l'université hébraïque de Jérusalem, Moshe Lévy et Sorin Salomon ont également montré que le coefficient de Pareto dépend de la taille moyenne des familles dans la population.

    Suite à la crise financière de 2008, Jean-Philippe Bouchaud souligne :
    la primauté des données de magnitude sur les axiomes et théorèmes ;
    le risque endogène dynamique que génère le marché ;
    les modèles métaphoriques observés en physique sur les interactions et l'hétérogénéité ;
    la nécessité d'identifier les cercles vicieux pour éviter l'instabilité rétroactive.


     
  15. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Théorie des choix publics


    La théorie des choix publics est un courant économique qui décrit le rôle de l'État et le comportement des électeurs, hommes politiques et fonctionnaires. Elle entend ainsi appliquer la théorie économique à la science politique. Le texte fondateur de ce courant est The Calculus of Consent publié en 1962 par James M. Buchanan («Prix Nobel» d'économie 1986) et Gordon Tullock.


    La politique y est expliquée à l'aide des outils développés par la microéconomie. Les hommes politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs de la théorie économique, dans un contexte institutionnel différent : entre autres différences, l'argent en cause n'est généralement pas le leur. La motivation du personnel politique est de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l'intérêt collectif (du moins, tel qu'ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques souhaitent maximiser leurs chances d'être élus ou réélus, et les fonctionnaires souhaitent maximiser leur utilité (revenu, pouvoir, etc.)

    Par ailleurs les biais cognitifs et émotionnels propres à l'économie comportementale que l'on constate au niveau du marché se retrouvent aussi au niveau des décisions publiques, alors qu'ils y sont moins soumis à des mécanismes auto-correcteurs naturels.

    Une vision libérale du rôle de l'État

    Avant l'émergence de l'école des choix publics, la plupart des économistes représentaient l'État comme un être idéalisé, que la théorie économique ne pourrait pas décrire, parce que ses choix ne dépendraient pas des mêmes raisons d'agir que les agents économiques (une exception notable étant Vilfredo Pareto).

    Partant du principe que les hommes politiques et les fonctionnaires sont motivés par la même recherche de l'intérêt personnel qui fonde l'analyse néoclassique, la théorie des choix publics suppose qu'ils cherchent alors à maximiser leur utilité personnelle (utilité qui peut contenir des composantes plus complexe que simplement leur revenu : l'intérêt collectif, l'altruisme, la recherche du pouvoir, etc.). Elle utilise ensuite les outils de l'analyse néo-classique pour expliquer le processus de prise de décision politique, afin d'exposer les dérives systématiques en faveur de politiques gaspilleuses.

    Par contraste avec la théorie économique classique, qui cherche à savoir quelles politiques seraient les plus efficaces si elles étaient mises en place, la théorie des choix publics traite la question de savoir quelles décisions ont le plus de chances d'être prises étant donné le contexte politique. À partir de là, et dans un second temps, elle traite la question de comment faire en sorte que les politiques les plus efficaces gagnent les meilleures chances d'être mises en œuvre (comment bien choisir les politiciens et les fonctionnaires, quel système de sanction et récompenses prévoir, etc.).


    Défaillance de l'État


    Une des conclusions de la théorie des choix publics est que les démocraties produisent moins de «bonnes» décisions que l'optimum, en raison de l'ignorance et de l'indifférence rationnelles des électeurs. En effet, aucun électeur singulier ne peut s'attendre à ce que sa voix ait un poids sensible sur le résultat des élections, tandis que l'effort nécessaire pour s'informer afin de voter en toute connaissance est, lui, considérable. Ainsi, le choix rationnel de l'électeur est de rester dans l'ignorance, voire de s'abstenir (les experts parlent de l'irrationalité du vote). La théorie explique ainsi l'ignorance massive du corps électoral, a fortiori le taux d'abstention généralement constaté.

    Les bonnes décisions politiques peuvent être considérées comme un bien public pour la plupart des électeurs, puisqu'ils en bénéficient quoiqu'ils fassent, et qu'ils n'en privent personne d'autre. Cependant, il existe un grand nombre de factions ou d'intérêts particuliers qui pourraient tirer un avantage en obligeant le gouvernement à adopter des décisions généralement nuisibles, mais profitables pour eux. Par exemple, les industriels du textile peuvent avoir intérêt à faire interdire les importations à bas prix, ce qui leur permettrait d'obtenir une rente. Le coût d'une telle mesure protectionniste se retrouve diffusé dans l'ensemble de la population, et le préjudice subi par chaque électeur est invisible tellement il est minime. Les bénéfices, eux, sont partagés par une petite minorité, dont la préoccupation majeure devient alors de faire perdurer ce type de décision.

    De même, une théorie de l'illusion fiscale peut expliquer les écarts entre ce que la théorie économique peut connaître des effets réels des politiques économiques et l'idée, presque toujours fausse, qu'en présente le débat public. À sa base : la violence essentielle de la redistribution politique, qui fausse la perception de sa nature et de ses effets, tant pour les décideurs que pour leurs victimes.

    La théorie des choix publics explique ainsi que de nombreuses décisions nuisibles à la majorité seront prises quand même. Elle parle de «défaillance de l'État», comme miroir de l'expression «défaillance du marché» couramment employée en économie publique.

    Explication des politiques de conjoncture

    Dans le contexte des années 1970 (arbitrage inflation-chômage), l'économiste américain William D. Nordhaus cherche à prévoir quel type de politiques conjoncturelles seront choisies dans un système démocratique stylisé, en fonction du cycle électoral : à l'approche des élections, les gouvernements sont tentés de créer de l'inflation (pour faire baisser le niveau du chômage à court terme, et remporter ainsi les élections) qu'ils combattent ensuite.

    Nordhaus conclut que les systèmes démocratiques vont choisir à long terme une politique de moindre chômage et de plus grande inflation que le niveau optimal, liée au cycle électoral.

    Ce modèle pourrait aussi s'appliquer directement à d'autres problèmes de choix, comme l'investissement public, ou des politiques de balance des paiements.
    - Hypothèses
    1. L'électeur a des préférences politiques (base idéologique, impacts de questions non économiques, etc.), mais il module son vote en fonction des résultats des politiques économiques, spécialement en matière de chômage et d'inflation. Graphiquement, sur un espace à deux axes (horizontalement le chômage, verticalement l'inflation), cela permet de tracer des courbes d'isovote, chacune représentant la combinaison politique apportant un même résultat au parti de gouvernement. Si on suppose, comme il semble raisonnable, que l'électeur préfère peu de chômage et peu d'inflation, on obtient une série de courbes isovote monotones décroissantes, et plus une courbe est proche de l'origine (inflation et chômage bas), plus le parti recueille de suffrages.
    2. L'électeur ne dispose que d'informations insuffisantes sur l'état de l'économie, sur les options ouvertes aux décideurs publics et leurs conséquences, etc. Il ignore, en particulier, au prix de quelles conséquences fâcheuses dans le futur a pu être obtenu un résultat qui semble bon aujourd'hui.
    3. Les partis ne cherchent pour leur part qu'à engranger le plus grand nombre possible de voix pour battre leurs rivaux lors des prochaines élections. Pour cela, ils essaient d'atteindre la courbe d'iso-vote la plus proche possible de zéro, mais ils sont contraints par les possibilités d'arbitrage dictées par l'économie.
    4. Ces possibilités économiques sont représentées dans le même plan (chômage, inflation : le même que pour les courbes d'isovote), par des courbes de Phillips de court terme (Si) et de long terme (LL). Ces courbes sont des constructions théoriques : à chaque période, on ne peut mesurer que la situation réelle du chômage et de l'inflation, ce qui complique le débat : la forme de la courbe (voire son existence !) reste contestable.
    - Conséquences : équilibres de court terme et de long terme
    La courbe économique de long terme sera d'autant plus éloignée de l'origine (donc électoralement mauvaise) qu'on aura baissé artificiellement la courbe de court terme (donc électoralement bonne) ; mais, à l'inverse, il est électoralement rentable de déformer la courbe de court terme pour se rapprocher d'une courbe d'isovote qui permet d'être élu, même si cela a pour effet de dégrader la courbe de long terme.
    - Cycle politique
    Si on ajoute une autre hypothèse, selon laquelle les électeurs se rappellent de moins en moins les événements passés, et que l'Etat dispose de moyens pour déplacer, dans une certaine mesure, les bonnes et les mauvaises périodes, alors le programme de maximisation montre que le cycle politique va présenter la forme suivante :
    «Immédiatement après l'élection, le gagnant augmentera le chômage jusqu'à un niveau assez élevé afin de combattre l'inflation. A l'approche des élections, le niveau de chômage sera abaissé jusqu'à atteindre un taux qui ne tiendra aucun compte des conséquences inflationnistes à venir.»
    Ce comportement de maximisation conduit à une évolution en dents de scie des taux de chômage et d'inflation. Dans tous les cas, les parties cherchent à s'attribuer les mérites de ce qui va bien et à se défausser des ennuis sur d'autres (étrangers, partie de la population qui ne vote/votera pas pour lui, secteur privé, gouvernement précédent, etc.)


     
  16. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Théorie Économique


    Selon l'Économiste français Raymond Barre, la théorie économique est l'une des composantes de la Science Économique. Elle correspond à la seconde étape de la mise en œuvre de cette discipline.
    La science économique implique en effet une démarche rigoureuse qui s'organise en 4 stades successifs :
    * «L'observation économique se propose en premier lieu de décrire les faits et les méthodes relatifs à l'administration des ressources rares et qui se manifestent dans le temps et dans l'espace: il s'agit là d'observer et de classer les enseignements de l'expérience .»
    * «En second lieu, il s'agit d'organiser les faits de manière à faire paraitre les uniformités et les régularités qui caractérisent les comportements humains. Il appartient à la théorie ou à l'analyse économique d'élaborer des concepts, de rechercher les déterminants, les effets des phénomènes, de mettre à jour les relations générales et stables qui s'établissent entre eux, d'abstraire de la réalité une explication simplifiée du fonctionnement de l'économie. La théorie économique élabore des systèmes logiques qui constituent des schémas explicatifs de la réalité économique».
    * «En troisième lieu, la science économique contribue à l'orientation de la politique économique. Elle ne propose pas les objectifs politiques ou sociaux. MAIS, pour des objectifs politiques et sociaux donnés, elle définit la cohérence de la politique économique. On entend par là qu'elle indique :
    . d'une part si les objectifs à atteindre sont compatibles entre eux et économiquement réalisables
    . d'autre part si les moyens choisis pour réaliser ces objectifs sont convenablement adaptés aux objectifs et s'ils constituent la meilleure manière de les atteindre. Ainsi la science économique met en relief les implications diverses d'une politique. Elle en marque les limites ou le prix qu'il faut payer pour les franchir.»
    * «La science économique élabore enfin en fonction de certains objectifs et pour des conditions empiriques données, les règles d'utilisation optimales des ressources économiques et les modalités de réalisation du Bien-être ( Welfare ).»

    Définition de la Théorie économique

    Raymond Barre, fait mention de ce qu'il appelle une heureuse expression de Keynes :
    «La théorie économique ne fournit aucun ensemble constitué des conclusions immédiatement utilisables pour définir les politiques.
    Il s’agit d’une méthode plutôt que d’une doctrine, d’une série d’outils intellectuels qui aident leurs détenteurs à tirer des conclusions correctes» (Citation rapportée également dans l'épilogue de l'ouvrage de Gregory Mankiw).
    La Théorie économique est définie comme «une boite à outils» .
    «Elle ne fournit pas de conclusions toutes faites, mais elle est une méthode, une technique permettant de tirer des faits des conclusions correctes».

    Théorie et «Loi économique»
    - La controverse à propos des «Lois économiques»
    La théorie économique s'efforce de parvenir à des uniformités de caractère général, définissant des relations de succession et de similitude entre phénomènes économiques, que certains présentent - à l'instar des disciplines scientifiques - comme ayant valeur de «Loi économique».
    * Le XVIIIe siècle consacre la notion de «Loi» en économie.
    Pour les physiocrates, c'est la Loi naturelle.
    L'économiste classique JB Say affirme dans son cours d’Économie Politique :«C'est la connaissance de ces lois naturelles et constantes, sans lesquelles les sociétés humaines ne sauraient subsister, qui constitue cette nouvelle science que l'on a désignée sous le nom d'économie politique»
    * Les économistes de l’École Historique allemande (après 1870) sont plus sceptiques : Si loi économique il y a, celle-ci ne saurait être considérée que provisoire et contingente, à l'intérieur d'une limite de temps.
    * Alfred Marshall ne voit dans l'économie politique que «des lois assez floues qui sont sans rapport avec les lois de la gravitation ou les lois de la conservation de l'énergie en physique.»
    * Des auteurs comme Louis Baudin soutiennent au contraire que les lois économiques ont «un degré de permanence et de certitude » qui n'est pas différent de celui des Lois physiques.
    - Pour une définition précise et nuancée (cette partie est vide).

    Domaines

    Il existe deux grands domaines d'étude pour la théorie économique
    * l'une microéconomique se concentre sur les agents économiques
    Elle s'intéresse par exemple aux mécanismes de formation des prix : quel est le juste prix du billet de train entre A et B ?
    * l'autre macroéconomique se focalise sur l'ensemble du système économique.
    À ce titre, elle tente de trouver des réponses à des phénomènes plus globaux comme par exemple les crises économiques : comment faire reculer la pauvreté ?
    Une théorie économique peut porter sur de très nombreux champs. Par exemple il existe l'économie du travail, l'économie d'entreprise, l'économie sociale, l'économie publique, l'économie internationale, l'économie environnementale, l'économie de la drogue, etc. Il est également possible de bâtir des théories en matière d'intelligence économique.

    Les diverses théories économiques

    Les théories économiques ont été très nombreuses, et sont aujourd'hui incluses dans un mode épistémologique de sélection : elles se cumulent entre elles, et les moins explicatives sont délaissées. L'idée selon laquelle les théories économiques sont souvent opposées entre elles relève plus du champ normatif que du champ positif des théories économiques. En effet, le volet normatif des théories économiques amène à des propositions, et ce sont ces propositions qui font débat (et engendrent de fréquentes oppositions). Le champ positif de la théorie économique est lui soumis aux débat scientifiques, courant en sciences.

    Les chercheurs d'autres disciplines reprochent aux économistes en général d'être la discipline «scientifique» qui publie le plus tout en vérifiant le moins (source: en:Scientific American). Le développement de l'économie expérimentale pallie en partie cette critique, sans résoudre complètement le fait que le in vitro ne peut refléter qu'imparfaitement le in vivo. L'économie, même très mathématisée, reste largement, comme d'autres sciences sociales, basée sur des historiques ou des photographies de situation résultant d'évolutions passées, alors que le futur ne colle jamais entièrement au passé. Mais il n'est pas certain :
    - que les résultats des théories positives économiques soient nécessairement faux ;
    - que la science économique cherche systématiquement à prédire l'avenir.

    Son objectif est plutôt une sorte d'anticipation au jour le jour, réactualisée dès que le besoin s'en fait sentir.

    Par ailleurs, sauf exception, la plupart des courants de pensée estiment que l'économie est liée à la question politique, par le biais du champ normatif. Ainsi, de nombreux débats politiques, comme la controverse récurrente sur le poids que doivent ou non prendre les pouvoirs publics dans l'économie, et sur l'efficacité respective des marchés et de l'appareil d'État en ce domaine (notions d'économie politique, théorie du choix public, etc.), sont fournis en arguments par la théorie économique. En soi, la théorie elle-même ne développe pas d'avis, mais le fait que les économistes, en tant qu'êtres humains, en ont, peut faire tendre à un amalgame entre les recommandations de l'économie normative et les prises de positions politiques de certains économistes (comme Joseph Stiglitz ou Fredriech von Hayek).

    Finalement, l'économie normative ne fait que proposer pour le champ politique, mais ne dit pas quelles propositions doivent être préférées à d'autres. L'arbitrage est politique, non économique.

    Finance

    Dans un marché complet du prix d'un bien - il existe un unique prix pour chaque bien - de plus le retour sur investissement est le même pour tous les produits (voir Risk-neutral measure (en)).

    Modèles issus d'autres disciplines scientifiques

    La monnaie et les agents économiques comme propriété d'un système de physique statistique.
    Le pouvoir et les entreprises comme nœuds et flux d'un réseau.



     
  17. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Cycle économique

    Dans la théorie économique, un «cycle économique» est une période hypothétique, d'une durée déterminée, qui correspond plus ou moins exactement au retour d'un même phénomène économique. L'économiste français Clément Juglar est l'un des premiers (1862) à mettre le concept en évidence au terme d'une étude comparative de l'évolution des «affaires» sur plusieurs pays (France, Angleterre, États-Unis).
    Les théories économiques dominantes évoquent fréquemment quatre cycles, plus ou moins coexistant selon les théories, et chacun d'une récurrence différente :
    * le cycle Kitchin (3 à 4 ans),
    * le cycle Juglar (8 à 10 ans),
    * le cycle Kuznets (15 à 25 ans),
    * le cycle Kondratieff (40 à 60 ans).
    L'hypothèse et l'étude de ces cycles répond à une volonté prospective de comprendre et prévenir les crises économiques ou d'en minimiser les effets ou de se prémunir de certains effets.
    Au XIXe siècle, la répétition de telles crises (entraînant à grande échelle faillites et licenciements, chute de l'investissement, blocage du crédit et des échanges internationaux, et privant les États de ressources fiscales) ainsi que la proximité de leur scénario conduisent à des études systématiques, comme celle de Clément Juglar. La crise de 1929, brutale et durable, conduira à une explosion des recherches sur les causes de ces phénomènes répétitifs.


    Les économistes travaillant sur les cycles n'ont pas tous considéré qu'ils mettaient à jour des phénomènes relevant d'un déterminisme de type mécanique (tels par exemple les marées liées au mouvement de la lune), mais ils pensaient que des effets similaires pouvaient découler de causes similaires : ils émirent l'hypothèse que les crises générales pouvaient être dues à des mécanismes sous-jacents endogènes. L'objectif était notamment d'isoler les mécanismes pro-cycliques ou contra-cycliques dans les attitudes, règlements et politiques menées.

    Après la Seconde Guerre mondiale, le succès des thèses de John Maynard Keynes - qui privilégie la réflexion et l'intervention active - fait passer au second rang l'étude analytique des cycles. Celle-ci est revenue sur le devant de la scène dans les années 1970, notamment avec la théorie des cycles réels développée par les nouveaux économistes classiques.

    Le cycle court d'une dizaine d'années (ou de Juglar)

    La survenue régulière de crises générales tous les huit à dix ans est observée depuis environ 200 ans. Les auteurs de ces théories postulent qu'elles auraient été déjà présentes bien avant, mais le caractère presque totalement agricole des économies en rendait l'explication différente.

    Pour la France la séquence est la suivante :
    1810, 1818, 1825, 1830, 1837, 1847, 1857, 1867, 1882, 1891, 1907, guerre de 1914, 1921, 1931-32, guerre de 1940, 1952, 1963, 1974, 1983, 1993, 2002, 2008.


    Pour les États-Unis, Hansen dans Business cycles and national income évoque les pics de dépression suivants : 1876, 1885, 1896 1908, 1921, 1932, 1938.
    Pour l'après-guerre les grands creux sont aux États-Unis : 1952, 1958, 1972, 1982, 1992, 2001, 2008-2010.
    À partir du début du XXe siècle, la périodicité est ajustée avec celle de l'Europe. En général la crise commence aux États-Unis et se propage dans les 18 mois suivants à l'Europe.

    On trouve des références innombrables au cycle dans les textes du XIXe siècle. Willard Philips écrivait, en 1828 : «Comme les affaires vont connaître flux et reflux, le plus rapidement une crise qui s'approche pourra être détectée, moindres seront les souffrances de la population». Dans «le Manifeste Communiste de Marx et Engels, on évoque le retour périodique des crises commerciales qui met en cause à chaque fois de façon plus menaçante l'ensemble de la société bourgeoise». John Stuart Mill dans ses Principes d'économie politique de 1848 parle aussi des «crises commerciales» et leur caractère «presque périodique».

    Clément Juglar postule le premier l'existence d'un cycle court, en répondant à une question mise au concours public par l'Académie des sciences morales et politiques. Son livre, Les crises commerciales et leur retour périodique en France en Angleterre et aux États-Unis (1862) fait date. Il a étudié en détail les premières crises du XIXe siècle et notamment celles de 1810, 1818, 1825, 1830, 1837, 1847, 1857, 1867, 1882, 1891. Exploitant les courbes des prix et l'évolution du crédit, l'auteur montre que la crise décennale est due principalement aux dérèglements périodiques du crédit. Il met les banques au centre de l'explication des crises dites alors «commerciales». Pour lui, la spéculation et le crédit tendent les ressorts économiques à l'extrême. La période d'euphorie finale provoque des anticipations excessives qui ne trouvent pas de réalité. Le renversement commence. Le crédit s'arrête. L'investissement également. Les entreprises se retrouvent avec des capitaux sans rentabilité et des excès de stocks. La production ralentit. Le chômage augmente. Les prix baissent, entraînant des anticipations négatives qui aggravent la crise. Certaines banques trop engagées font faillite. Puis la situation est assainie. La reprise se produit progressivement. L'optimisme revient et l'investissement reprend puis s'accélère.

    L'analyse de C. Juglar se fait dans un contexte de grande flexibilité des prix et dans un cadre monétaire d'étalon bimétallique or et argent, ce qui explique que ses deux principaux indicateurs étaient la courbe des prix et celle des taux d'intérêt. Appliquant une grande rigueur formelle à ses analyses, il pensait pouvoir prévoir les crises de façon presque certaine.

    Un autre économiste, l'anglais W. Stanley Jevons a aussi cherché à expliquer cette périodicité décennale. Contrairement à Juglar, en 1866, il pensait que les récessions étaient corrélées à l'apparition des tâches solaires. Cette constatation a laissé perplexes les économistes qui ne l'ont pas reprise. Un économiste comme Costas Azariadis est ainsi célèbre pour avoir construit des modèles de prophéties auto-réalisatrices, dont l'équilibre est ironiquement désigné par l'expression "équilibre à tâches solaires". Dans ces modèles, la croyance de tous les agents en une causalité d'un phénomène externe à l'économie conduit à sa réalisation effective du simple fait de la coordination des anticipations des agents.

    Clément Juglar a ensuite été confronté à des prévisions ratées, qui ont porté atteinte à son crédit. L'orthodoxie financière dominante à la fin du XIXe siècle n'était pas prête à admettre que la profession bancaire, en pleine expansion, puisse être soupçonnée le moins du monde d'une responsabilité dans l'horreur des récessions !

    La crise de 1921 remet d'actualité l'étude du «cycle de dix ans», car précédée en 1907 d'une crise bancaire et boursière particulièrement dure. Wesley Mitchell en 1927 publie : Business Cycles the problem and its setting. Il définit le cycle comme une fluctuation de l’agrégat global d'activité économique (on dirait le PIB aujourd'hui). En 1927, A.C Pigou, le père du fameux effet Pigou, voit plus les variations économiques comme des réponses à des chocs qui ébranlent l'économie et provoquent son déséquilibre. Toute la question est la récurrence de ces chocs : sont-ils exogènes ou en partie endogènes ?

    Après la crise de 1929, l'analyse des forces cycliques reprend avec vigueur. J. A. Schumpeter publie en 1939 Business Cycles, une étude du cycle simplifiée en quatre phases ; «prosperity, recession, depression, recovery». Son idée est que l'investissement commande le cycle et qu'il est largement dépendant de facteurs d'entraînement psychologiques qui peuvent pousser à l'euphorie pendant les périodes de succès et inversement à la morosité lors d'un retournement. La récession serait le fruit naturel de l'expansion rapide qui la précède. Il reprend une part notable de l'apport du Russe Togan-Baranowsky qui déjà avait lié les phases d'expansion et de repli aux mouvements de l'investissement.

    C'est le livre majeur de J.M. Keynes qui renouvelle toute la théorie de la crise économique, analysé comme une rupture de la demande globale. L'étude du cycle proprement dit sera après guerre le fait des économistes keynésien qui partent des fluctuations de la demande globale et des moyens de la contrôler, notamment Alvin Hansen.

    On entre ensuite dans une période économétrique, qui est aussi celle de la réflexion économique et la production de modèles macro-économiques et prospectifs.
    . Puisque l'activité peut être pilotée et la demande globale contrôlée, le cycle peut être atténué. Il est vrai que les grandes récessions quasi-décennales qui voyaient l'activité se contracter de 20 à 30 % disparaissent après guerre au profit de ralentissements de bien moindre envergure. Les théories du cycle quittent progressivement les préoccupations de la recherche économique.
    . Le FMI par la voix de son économiste en chef, Kenneth Rogoff, annonce même en 1999 la quasi fin des crises. Elles seraient de moins en moins graves. Peu après la bourse s'effondrait et la crise de 2001-2002 commençait.
    . En vérité, la crise de 1974 a été sévère dans le monde entier, celle de 1982, sévère aux États-Unis et en Grande Bretagne, celle de 1992-1993 sévère partout et celle de 2001-2002 fut significative. Elles débouchent aujourd'hui (2008-2010) sur une crise encore plus sévère dont on craint qu'elle soit de la même magnitude que celle dite «de 1929».
    Le cycle court de 8-10 ans s'impose à nouveau en haut des préoccupations et n'a pas encore livré tous ses secrets.

    Les cycles longs (ou de Kondratieff)

    L'existence de crises économiques plus dures et plus longues que d'autres a fait évoquer un possible cycle long de l'économie, c'est-à-dire de mécanismes répétitifs reproduisant les mêmes effets. Comme pour les crises périodiques de 6-10 ans, ce n'est pas tant le fait qu'il y ait des récessions qui est contesté mais leur caractère réellement cyclique qui pourrait permettre via des dispositifs statistiques et prospectifs avancés d'en prévoir la survenue. Le problème est compliqué par le fait qu'un cycle de 40-60 ans offre historiquement moins de séquences à observer et que la transformation des économies rend précaires la comparabilité des artefacts. Une tentation est de s'attaquer aux chiffres qu'on connaît bien et de leur donner une importance phénoménologique peut être excessive. Ce fut par exemple le cas des prix dont l'évolution est connue depuis longtemps, pour Juglar. Ce sera également le cas pour le statisticien Kondratieff. Ce dernier aura un destin tragique : il sera fusillé par ordre de Staline pour avoir laissé croire que la crise du capitalisme n'était pas «finale» et qu'après la crise pouvait naître une nouvelle période de prospérité. La postérité des travaux de Kondratieff sera également difficile. Tous ceux qui ont cherché à prévoir l'avenir avec des modèles dérivés de ses idées seront démentis par la réalité. On retrouve l'échec statistique de Clément Juglar.

    L'intérêt pour les forces à long terme déterminant la prospérité, dans la foulée de Schumpeter, qui s'était développé dans les années soixante (institut Rand aux États-Unis, Futuribles en France) s'est aussi beaucoup émoussé dans l'esprit «court-termiste» qui s'est emparé des économies à partir de 1971 et de l'instauration des changes flottants. Il est vrai que la durée de vie d'un produit est de quelques années seulement et que l'accélération des technologies rend la prévision à moyen et long terme particulièrement difficile et spéculative. La mondialisation rend le champ statistique également beaucoup plus complexe.

    Les cycles mineurs (ou de Kitchin)

    Kitchin a repris les travaux de Juglar et a cru discerner un cycle intermédiaire dont la cause serait le cycle des stocks ; on déstocke trop en période de crise et on surstocke en période d'optimisme. Le mouvement des stocks interagit avec celui des taux d'intérêt et des prix. Souvent repris sous forme de l' «analyse de la chaudière» ou des décalages de temps («time lags»), on retrouve ce mécanisme dans de nombreux cours d'économie qui sans aller jusqu'à justifier la rigueur cyclique postulée par Juglar et Kitchin admettent des phénomènes récurrents. Une métaphore est la circulation sur autoroute qui montre qu'un coup de frein en aval et quelques réactions en chaine peuvent provoquer un fort ralentissement, voire un arrêt, en amont, donnant son profil de «stop and go» à la circulation routière dès qu'il y a un peu de trafic. L'analogie de la chaudière est également expressive ; on met du bois dans la chaudière tant qu'il ne fait pas chaud. On dépasse la température visée. Du coup on cesse d'alimenter la chaudière. Au bout d'un moment le froid revient et le cycle se réamorce.

    À la fin des années 1990, la montée de l'économie de service, de l'Économie de l'immatériel puis d'une économie largement immatérielle a conduit certains à annoncer «la fin du cycle» et l'avènement d'une «croissance perpétuelle» pendant le boom des valeurs informatiques et télématiques : il n'y avait plus de stock, donc plus de cycle...

    Les cycles de Kuznets

    Simon Kuznets a commencé sa carrière d'économiste avec sa thèse (universitaire) sur le cycle, publiée en 1930. Il considérait qu'une véritable observation économique implique un appareil statistique et des indicateurs fiables. Il a défini des cycles de 14-20 ans, qui ne convaincront pas réellement. Il travaillera avec Arthur Burns au sein du National Bureau of Economic Research pour affiner la comptabilité nationale. Il obtiendra un prix Nobel d'économie. Ses travaux sur le cycle de moyenne durée n'ont été ni confirmés par les faits ni repris par les économistes.

    Autres explications aux théories du cycle
    - Le cycle des saisons
    C'est un cycle astronomique qui, combiné aux aléas météorologiques a un effet direct sur l'élevage, les moissons, les vendanges et autres récoltes depuis toujours, ainsi que sur les activités dites saisonnières, comme le tourisme, depuis qu'elles se sont développées. L'interprétation correcte des séries mensuelles implique leur «dessaisonalisation».
    - Les cycles sectoriels
    Les grandes industries reconnaissent pratiquement toutes un caractère cyclique à leur production.
    L'industrie aéronautique reconnaît un cycle propre. L'emballement de la demande de vols aériens conduit à la construction massive d'avion avec un certain retard. Il y a trop d'avions au moment où la demande faiblit. Les commandes s'arrêtent ou freinent brutalement.
    Les ventes automobiles dépendent notamment du lancement des nouveaux modèles. Le rythme de vie d'un modèle rythme les rentrées d'argent. La tendance à relancer les modèles tous en même temps provoque un cycle récurrent. Depuis peu, les «Balladurettes» et autres «Juppettes», ou primes à la casse des voitures anciennes, jouent un rôle majeur dans le cycle français de la fabrication automobile.
    Le bâtiment est également une activité cyclique. Les poussées de construction succèdent à des phases de ralentissement plus ou moins prolongées, les spéculations immobilières, foncières et bancaires y ayant leur part.
    La composition des cycles sectoriels donnerait le cycle global avec, de temps à autre, une «vague scélérate», la dépression, qui serait le fruit de l'amplification de multiples récessions simultanées.
    - Les cycles socio-psychologiques
    Maurice Allais a théorisé le cycle du crédit et de la spéculation comme notamment corrélés à un «cycle de l'oubli».
    La capacité d'oubli des humains les rend à nouveau crédules et prêts à une confiance exagérée ; un exemple de mathématiques extrêmes appliquées à un domaine particulièrement incertain.
    - Les grands cycles historiques
    Fernand Braudel a cru détecter l'existence de grands cycles historiques de prospérité et de dépression, dans l'ensemble de l'histoire du Moyen Âge. Il s'agit plus d'une analyse factuelle qu'une réelle tentative de trouver des ressorts périodiques répétitifs communs aux phases d'expansion et de récession.
    - Les cycles politiques et fiscaux
    Le caractère périodique des changements politiques auraient des conséquences économiques. Par exemple, en France les collectivités (dont les régions et les municipalités) tendraient à augmenter les impôts les deux premières années des mandats pour ensuite les stabiliser.
    Quand les affaires vont bien, le caractère progressif des impôts génèrent des ressources fiscales plus que proportionnelles qui sont aussitôt dépensées, confortant la phase d'expansion. Lorsque les affaires vont moins bien les recettes se replient mais pas les dépenses. Les déficits s'accroissent, qu'il faut bien ensuite résorber. La mini-récession de 1996 en France est généralement associée au choc fiscal des impositions massives d'Alain Juppé.
    - Le caractère plus ou moins pro-cyclique de la législation
    La question a pris une importance nouvelle avec la mise en cause de la législation comptable des opérations bancaires et financières. Les normes IAS et les règles de Bâle II, en forçant les institutions financières à valoriser leurs actifs à leur valeur quotidienne estimée, sont mis en cause dans le déclenchement de la crise des CDO puis du blocage du marché inter bancaire. Lorsque les enchères sur les CDO se sont bloquées il a fallu les déprécier quasi totalement provoquant des conséquences en chaîne dans les bilans des banques. Mettre en place une comptabilité qui ne serait pas violemment «pro-cyclique» est une des tâches que s'est donné le G20.

    Auparavant de nombreux cycles fiscaux ont été détectés. Le plus amusant est le «cycle de l'esquimau glacé» provoqué par le contrôle des prix. Ne pouvant pas faire croître le prix du produit à leur guise, les fabricants changeaient le produit : une taille plus grande avec un prix augmenté plus que proportionnellement permettait de contourner les blocages. La limite était évidemment la taille de la bouche du client. On repassait alors à un modèle plus petit et «moins cher», etc.
    - Les cycles boursiers
    Le caractère particulièrement oscillant de la bourse a de tout temps fait surgir une littérature de qualité inégale sur les méthodes permettant d'en prévoir les hauts et les bas. Les chartistes et les «quantitativistes» offrent les derniers exemples de recherche statistique prétendant détecter des inflexions significatives et le trend boursier d'un titre ou d'un département de la cote ou même du cours des monnaies. En fait les quelques succès rencontrés l'ont été lorsque la tendance était bien établie. Les renversements de tendance sont en général mal prévus.

    Périodiquement les journaux montrent que des portefeuilles établis dans des conditions saugrenues (choisis par des singes, tirés au hasard ou en fonction d'une martingale amusante) «préforment» aussi bien que ceux proposés par les gourous à la mode.


     
  18. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Économie de l'offre



    L’«économie de l'offre» (on parle aussi de la «politique économique de l'offre») est une école de pensée associée aux changements de la politique économique américaine sous la présidence de Ronald Reagan au point qu'on la désigne souvent par le terme «reaganomics». Selon les tenants de cette conception, la manière la plus efficace d’obtenir une croissance économique élevée sur le moyen et le long terme est d’aider les entreprises à produire davantage de biens et services, de les inciter à entrer sur de nouveaux marchés.

    Selon les partisans de «l'économie de l'offre», l'Objectif de croissance ne peut être atteint qu'en levant le plus possible les freins fiscaux et règlementaires qui entravent leur développement. Il s'agit donc de lever les freins à l'initiative privée en diminuant l'impôt pesant
    sur l'activité des entreprises (impôt sur les sociétés, taxe professionnelle, etc.)
    sur les revenus des travailleurs (comme les cotisations sociales).
    Inversement, des subventions peuvent et doivent le cas échéant être accordées aux entreprises dans certains secteurs économiques, si les objectifs attendus le justifient.
    Le courant de l'économie de l'offre se rattache à la pensée libérale. Il combat activement les écoles de pensée majeures à savoir :
    l'économie de la demande (le keynésianisme), qui voit la dynamique économique dans le principe de demande effective. Au point de stimuler celle-ci ou d'y suppléer le cas échéant par la dépense publique.
    l'école monétariste, qui voit la dynamique économique à travers le prisme de la théorie quantitative de la monnaie. Au point de privilégier la gestion de la masse monétaire.
    Cette école de pensée voit le jour dans les années 1970, alors que les politiques sont hésitants (la politique de la demande keynésienne ne semble plus être efficace dans les pays développés) et ne savent quelle ligne de conduite adopter pour faire face aux chocs pétroliers et pour remédier à la situation de stagflation ( situation de stagnation combinée avec une poussée de l'inflation ).
    Cette école de pensée a contribué à développer et à alimenter un vaste mouvement d'opinion (inspiré par une philosophie plutôt conservatrice) mais dans lequel on trouve des mouvements comme les Libertariens (parfois appelés «anarcho-capitalistes».


    Historique

    La réflexion économique avait déjà pointé l'importance de l'offre dans le jeu économique : Ricardo et Jean-Baptiste Say avaient largement exploré ce thème. Ainsi la Loi de Say (dite aussi «Loi des débouchés») pose le principe selon lequel «l’offre crée sa propre demande». Dit autrement, «c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits».

    Cependant, ce que l'on appelle «l'économie de l'offre» désigne un mouvement de pensée tout à fait contemporain, né dans un contexte particulier :
    Le terme «Économie de l'offre» fut forgé par le journaliste américain Jude Wanniski en 1975. Alors que Ronald Reagan était gouverneur de Californie, des groupes de pression réussissent à faire voter en 1978 par cet État une réduction de taxes. L'année suivante Arthur Laffer et Jp Seymour publient «The Economics of the tax revolt».
    La courbe de Laffer.
    [​IMG]
    Ce fichier et sa description proviennent de Wikimedia Commons
    Courbe créée par User : MaCRoEco et placée sous licence GFDL.
    Le 20 mai 2007 à 18:35

    Alors que le mouvement d'opinion se diffuse progressivement sur l'ensemble des États-Unis, cette école de pensée se formalise et se structure pour dénoncer les effets négatifs d'un prélèvement fiscal «excessif».
    .. Une forte imposition décourage les opérateurs économiques en abaissant l'attractivité du travail vis-à-vis du loisir.
    .. Pourquoi travailler davantage si, du fait de l'imposition, l'utilité marginale du travail décroit ?

    Selon Arthur Laffer (voir courbe de Laffer), un niveau d'imposition trop élevé risque à terme de diminuer les recettes totales de l'État.
    .. Suite à une hausse de l'impôt, les recettes fiscales augmentent à court terme. Mais dans le même temps, les opérateurs se démotivent.
    .. Puis, l'activité se réduit, et les recettes fiscales diminuent.
    .. Il convient donc -a contrario- de diminuer le taux marginal d'imposition, pour favoriser l'activité, et par suite constater la hausse des recettes fiscales.

    George Gilder dans son Ouvrage «Richesse et Pauvreté» va même plus loin : «les politiques sociales constituent l'obstacle principal à la croissance économique. (...) l'aide aux chômeurs, aux divorcés, aux déviants et aux prodigues ne peut que les inciter à se multiplier et constitue une menace pour la société».
    Les Libertariens (dont David Friedman, le fils de Milton Friedman, qui reproche à son père et à Hayek «n'être pas assez radicaux dans leur antiétatisme») vont encore plus loin :«ils vont jusqu'à retirer à l'État des fonctions qu'Adam Smith et ses successeurs libéraux lui reconnaissaient : armée, police, justice, éducation, et production de certaines infrastructures essentielles, telles que le système de transport» .
     
  19. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    École monétariste


    Le monétarisme est un courant de pensée économique pour lequel l'action de l'État en matière monétaire est inutile voire nuisible. La réflexion sur ce thème est ancienne (cf. les écrits de Jean Bodin, David Hume, ou plus récemment Irving Fisher). Mais le rénovateur de ce courant est sans conteste l'économiste Milton Friedman (chef de file de l'École de Chicago), qui a contribué à réhabiliter et à relancer la théorie quantitative de la monnaie contre le paradigme dominant de l'époque, le keynésianisme. Ainsi la politique monétaire est réapparue sur le devant de la scène pour figurer depuis quelques années parmi les instruments essentiels de la politique économique.

    Description

    Selon la théorie monétariste :
    * l'offre de monnaie est exogène (déterminée par la banque centrale) ;
    * la demande de monnaie est stable ;
    * l'inflation est «partout et toujours un phénomène monétaire», due à l'augmentation trop rapide de la masse monétaire (moyens de paiement mis en circulation) ;
    * les agents font des anticipations adaptatives qui diminuent à long terme l'effet des politiques conjoncturelles ;
    * il existe un taux de chômage naturel en dessous duquel l'économie ne peut pas descendre durablement.
    Taux de chômage naturel

    La courbe de Phillips est une constatation empirique d'une corrélation entre le chômage et l'inflation à court terme uniquement. Le taux de chômage est en abscisse et l'inflation en ordonnée, cette courbe est monotone convexe décroissante. Friedman va modifier la lecture de cette courbe de la manière suivante : «en augmentant la masse monétaire, les autorités font croire aux travailleurs que leur salaire réel a augmenté, ce qui les conduit à augmenter leur offre de travail. À court terme on a donc une diminution du chômage, mais rapidement les travailleurs s'aperçoivent que les prix ont augmenté en même temps, ils diminuent donc leur offre de travail.»

    Deux conséquences :
    - Premièrement, le niveau de chômage revient à son niveau «naturel», mais les prix ont augmenté ! La courbe de Phillips se déplace donc «vers le haut».
    - Deuxièmement, Friedman en déduit que la courbe de Phillips de long terme est une droite verticale avec comme abscisse le taux de chômage naturel, elle démontrerait alors l'inefficacité des politiques économiques sur le long terme.
    Politique monétaire

    Au début des années 1960, plusieurs économistes menés par Milton Friedman (chef de file de l'école de Chicago) tentent de relancer la théorie quantitative de la monnaie mise à mal par les analyses keynésiennes. Étudiant le cas américain (M. Friedman et Anna Schwartz, Une histoire monétaire des États-Unis) il remarque que toute évolution brutale de la masse monétaire (aussi bien son augmentation préconisée par les keynésiens dans le cadre des politiques interventionnistes, que sa diminution dans le cadre de politique de rigueur) est synonyme de déséquilibres économiques. Renouant avec la théorie quantitative de la monnaie, ils recommandent une politique monétaire restrictive où l'émission de monnaie serait limitée à une proportion fixe de la croissance du PIB, assurant une expansion parallèle à celle de l’activité. Les monétaristes prônent également la mise en place d'un change flottant permettant le rééquilibrage automatique de la balance extérieure. Ces conclusions remettent en cause la base des politiques keynésiennes et suscitent de nombreux débats depuis.

    M. Friedman préconise l'abandon des politiques monétaires discrétionnaires pour mettre en place des règles fixes. Il suggère d'inscrire dans la constitution un taux de croissance fixe pour la masse monétaire correspondant au taux de croissance moyen de la production à long terme (par exemple 5 %), les taux d'intérêt étant fixés par la loi de l'offre et de la demande. Si la croissance économique ralentit, l'offre de monnaie sera excédentaire et les taux d'intérêt diminueront, permettant une reprise de la croissance. Si la croissance accélère au delà du rythme prévu (surchauffe), l'offre de monnaie sera insuffisante et les taux d'intérêt augmenteront, ce qui freinera la croissance. Ainsi les politiques conjoncturelles (politique de relance ou de rigueur) sont inutiles, et les risques d'inflation ou de récession sont éliminés.

    Les suites du monétarisme

    Le monétarisme a été à son tour contesté par d'autres libéraux. Les nouveaux classiques se sont opposés à Friedman en défendant des hypothèses comportementales sensiblement différentes. Les monétaristes supposent des anticipations adaptatives, les agents s'adaptent en fonction de la situation présente. Ils peuvent être trompés par une politique économique qui sera alors efficace à court terme mais néfaste à long terme quand les agents se rendront compte de leurs erreurs. Pour les nouveaux classiques, les anticipations sont rationnelles. Les agents raisonnent en termes réels et ne peuvent être leurrés par une politique monétaire, qui sera donc inefficace à court terme comme à long terme.



     
  20. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    [SIZE=2][COLOR=Black][SIZE=2][COLOR=Black][SIZE=2][COLOR=Black][SIZE=2][COLOR=Black][SIZE=2][COLOR=Black][SIZE=2][COLOR=Black][SIZE=2][COLOR=silver]Histoire de l’Économie
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    Économie politique

    L'expression Économie politique est créée au début du XVII° siècle et employée à l'origine selon Charles Gide pour décrire «l'étude de la production économique, l'offre et la demande de biens et services et leurs relations avec les lois et coutumes ; le gouvernement, la distribution des richesses et la richesse des nations incluant le budget».

    Si, traditionnellement Antoine de Montchrestien, dans son «Traité de l'Economie Politique» paru en 1615, est considéré comme l'un des premiers à employer ce vocable dans le sens précité, King, historien de l'économie, indique pour sa part que le premier à utiliser l'expression «économie politique» serait Mayenne-Turquet en 1611 dans son livre «La Monarchie Aristo-démocratique ; ou le gouvernement composé et mêlé des trois formes de légitimes républiques»

    Dans la seconde partie du 19° siècle, le mot «économie» - jugé plus court - remplace progressivement le terme «d'économie politique». Si William Stanley Jevons, un tenant de l'emploi de méthodes mathématiques - a dès 1879 plaidé pour l'adoption du terme «économie» qu'il trouve à la fois plus bref et dont il espère la reconnaissance en tant que science - la Science économique - malgré tout, il intitule encore son livre publié en 1879 The Theory of Political Economy, Ce n'est qu'en 1890 que le mot d'économie s'impose avec la publication par Alfred Marshall des Principles of Economics. Dans l'esprit de Marshall, le fait d'éviter l'emploi du terme «politique» affranchit l'économie de ses liens avec les partis politiques.

    Jusqu'à la crise financière mondiale débutant en 2007, le terme d'économie politique peut référer : à l'analyse marxiste ; à la théorie des choix publics ; à des approches émanant de l'école de Chicago (économie), ou à l'école de Virginie, ou simplement aux conseils donnés par les économistes aux gouvernement concernant les politiques économiques globales ou des sujets plus restreints. «Ces écoles ont étendu depuis les années 1970 le champ de l'économie politique bien au-delà du seul domaine où des planistes maximisent l'utilité d'une population, pour prendre en compte la façon dont les forces politiques affectent les choix des politiques économiques notamment dans la distribution des revenus et les politiques de redistribution, ainsi que sur les institutions économiques».

    Depuis la crise, le terme «économie politique» revient sur le devant de la scène, notamment en France
    .

    L'économie politique selon Antoine de Montchrestien

    Antoine de Montchrestien forge le terme d'Économie politique pour «renverser la thèse aristotélicienne de l'indépendance et de la supériorité de la vie proprement politique sur cette partie de la vie qui est consacrée à la production et dont traite l'économique ou science de la famille».
    «On peut fort à propos maintenir contre l'opinion d'Aristote et de Xénophon, que l'on ne saurait diviser l'économie de la politique sans démembrer la partie principale du Tout, et que la science d'acquérir des biens, qu'ils nomment ainsi, est commune aux républiques aussi bien qu'aux familles».

    «L'homme est né pour vivre en continuel exercice et occupation» ou encore «le bonheur des hommes, pour en parler à notre mode, consiste principalement en la richesse , et la richesse dans le travail».

    Antoine de Montchrestien fait valoir :
    1. que l'enrichissement du peuple est au moins aussi efficace que de recourir à la guerre (comme le prône Machiavel) ou de se livrer à la contemplation (comme le préconise Aristote)
    2. qu'il faut célébrer le travail de l'agriculture, faire l'éloge de l'industrie et de la manufacture
    3. qu'il faut mettre dans la société au-dessous de tout le rôle du marchand. Dans le corps social il est semblable au cerveau dans le corps de l'individu.

    «D'où l'on peut conclure, que les marchands sont plus utiles en l'État, et que leur souci de profit , qui s'exerce dans le travail et l'industrie, fait et cause une bonne part du bien public. Que pour cette raison, on leur doive permettre l'amour et quête du profit, je crois que tout le monde l'accordera».
    Premières évolutions du concept

    La signification du terme va fluctuer selon les périodes en fonction des situations économiques rencontrées par les sociétés globales :
    L'«économie politique» selon les mercantilistes
    . Les thèses développées par Antoine de Montchrestien font entendre un son nouveau et préfigurent les idées mercantilistes.

    «Nous ne sommes plus au temps où l'on se nourrissait du gland tombé des chênes secoués, où les fruits que la terre produisait et l'eau pure étaient de grands délices... C'est pourquoi ces belles contemplations des philosophes ne sont qu'en idée, et pour une république où l'on aurait que faire de labourer, ni d'agir».
    . Le mercantilisme, qui domine la pensée économique entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, modifie le sens du terme «économie politique» en ne s'intéressant - avec l'émergence des monarques absolus - d'abord qu'à la richesse du Prince, censée être équivalente à la prospérité du royaume et de ses sujets. Les mouvements les plus avancés dans cette perspective sont fournis par le Colbertisme français ou le Caméralisme allemand.
    . Adam Smith avait conscience de ce que la définition de Montchrestien comporte d'arrière-fonds mercantiliste, aussi, il insiste dans la Richesse des nations sur l'aspect enquête sur la nature et la cause de la richesse des Nations.
    L'«économique politique » selon les Physiocrates
    À la suite de Pierre de Boisguilbert et Richard Cantillon, François Quesnay fonde l'école des Physiocrates :
    Ceux-ci professent que la richesse d'une nation consiste en la richesse de tous ses habitants. En étudiant la formation de cette richesse, la réponse des Physiocrates à la question de la politique économique des États est en substance qu'ils ne doivent pas en avoir ou que le pouvoir d'État doit intervenir aussi peu que possible dans la vie économique.
    Ils contribuent ainsi à la création de la tradition libérale qui domine la pensée économique jusqu'à la fin du XIXe siècle : L'économie qu'ils appellent de leur vœux est une économie plus « entrepreneuriale et individualiste » que «politique».

    Ils rejoignent aussi la tradition libérale de philosophie politique inaugurée par John Locke et diffusée notamment par Frédéric Bastiat (1801-1850).

    L'école d'économie politique anglaise
    Les membres :
    En général on distingue trois générations.
    1. La première celle des fondateurs couvre la période de 1798 à 1830 et comprend notamment : James Mill, David Ricardo qui a écrit en 1817 ses Principes d'économie politique, Thomas Malthus qui a écrit en 1798 son Essays on Population, Robert Torrens, Thomas Tooke]. À ces économistes on peut ajouter Jean-Baptiste Say qui fut élu en 1822 membre étranger honoraire du Political Economy Club de Londres fondé en 1821 et dont furent membres l'essentiel des économistes politiques anglais de l'époque ainsi qu'une vulgarisatrice influente Mrs Marcet qui a écrit en 1817 Conversations on Political Economy.
    2. La seconde génération qui va de 1830 à 1860 regroupe des auteurs comme Richard Whately, Nassau Senior le premier professeur d'économie politique à Oxford (1826) , McCulloch qui écrivit en 1847 Literature of Political Economy et John Stuart Mill qui a publié en 1848 ses Principles of Political economy un livre qui fut utilisé dans le monde anglophone jusque dans les années 1930.
    3. La troisième génération inclut notamment : Bagehot, Stanley Jevons, Henry Sidgwick qui a écrit un livre intitulé Political economy en 1883 et qui joua un rôle important dans la mutation de l'économie politique anglaise à une vision cambridgienne de l'économie, John Neville Keynes (le père de John Maynard Keynes) qui a écrit Scope and Method of Political economy (1891).

    Art, science et politique
    Les nuances pour ne pas dire les différences entre membres de cette école sont notables. Ainsi Ricardo écrit à Malthus en 1820 :
    «L'économie politique est selon vous une enquête sur la nature et les causes de la richesse. J'estime au contraire, qu'elle doit être définie : une enquête sur la distribution... De jour en jour, je suis plus convaincu que la première étude est vaine et décevante et que la seconde constitue l'objet propre de la science.»
    Mais, ce qui fait la spécificité de l'école d'économie politique anglaise, c'est qu'elle distingue nettement l'art de gouverner de la «science de l'économie politique» dont le but pour Nassau Senior est d'établir «les principes généraux qu'il est fatal de négliger». Au contraire les économistes politiques des autres pays ne faisaient pas cette différence et chez eux l'économie politique était à la fois un art et une science. Toutefois, si la distinction entre l'art du politique et la science de l'économie politique est forte dans cette école, il n'en demeure pas moins que le lien entre l'économie politique et la politique est dans le fait complexe.

    En effet, il y a une volonté de propager notamment par le biais du «Political Economy Club» les vrais principes de l'économie politique. Les membres de ce club furent hautement impliqués dans la vie politique anglaise puisque 52 des 151 membres de ce club élus entre 1821 et 1870 furent parlementaires. Parmi eux certains furent des hommes politiques de premier plan tel William Ewart Gladstone, un des grands premiers ministres anglais de 19° siècle.

    Il y eut entre eux une très forte controverse vers 1820 entre le courant dit du "radicalisme philosophique" ou utilitarisme, laïques, et ceux, qui pensaient qu'il fallait réconcilier l'économie politique et la théologie qui voulaient monter que «la nouvelle science pouvait être cooptée comme une théodicée ; et même mieux être utilisée pour démontrer le "dessein bienveillant" du créateur». Finalement un accord fut trouvé entre les deux parties en séparant l'économie politique de la théologie. Mais, en réalité le débat ne cessa réellement jamais car il sous-tend le problème du laissez-faire et reparaitra très fortement sous cette forme à la fin du 19° siècle et au début du vingtième siècle.
    Les principaux axes analytiques
    Les principaux axes sont :
    . La loi de la population de Malthus
    . la théorie des rendements décroissants
    . la théorie de la valeur travail de Ricardo
    . La Loi de Say qui dans sa version forte conduit au principe de neutralité de la monnaie c'est-à-dire que la monnaie ne peut pas créer de l'activité.
    . La théorie des avantages comparatifs de David Ricardo complétée par John Stuart Mill qui introduit la demande réciproque.

    L'économie politique allemande
    dite école historique allemande (1848-1918)


    Présentation
    L'école historique allemande a été pour Heath Pearson «l'hétérodoxie la plus influente de l'économie politique du 19° siècle». Elle compte trois générations d'économistes qui ont été très influents dans leur pays en particulier dans l'instauration de lois sociales raison pour laquelle ils ont parfois été appelés Kathedersozialisten (socialistes de la chaire (au sens de chaire universitaire)).

    La première génération est composée de Wilhelm Roscher (1817-1894) qui écrivit en 1843 Outline of Lectures on Political Economy according to the Historical Method, Bruno Hildebrand (1812-1878), Karl Knies (1821-1898). La seconde génération compte Gustav Schmoller (1838-1917), Lujo Brentano notamment tandis que dans la dernière génération on peut citer Werner Sombart (1863-1941), ainsi que des auteurs souvent asociés à eux : Max Weber et Adolph Wagner. D'une manière, ils sont plus interventionnistes que les membres de l'école d'économie politique anglaise. Si Gustav Schmoller était en faveur d'une monarchie sociale, d'autres étaient en faveur d'un gouvernement plus démocratique et d'autres (Robert Wagner et le jeune Werner Sombart) pour un socialisme d'État. D'une façon générale ils réinterprètent le caméralisme et seront les conseillers du Prince dont ils "légitimeront les réformes."

    La méthode
    Entre eux et l'école anglaise les différences culturelles et d'axes de recherche sont fortes : les uns sont fils des lumières et cosmopolites les autres sont plus nationalistes (ils parlent de national ökonomie) et romantiques :
    - les uns veulent comprendre les ressorts de la société commerciale, les autres l'évolution qui y a conduit,
    - les uns cherchent une théorie générale, les autres veulent comprendre les cas concrets,
    - les uns veulent défendre l'entreprise privée, les autres sont plus tournés vers l'intervention de l'État.
    Dans ces conditions il n'est pas surprenant que l'école historique allemande tienne l'école d'économique politique anglaise pour trop déductive et ne pensait pas que les lois économiques étaient aussi universelles que ce que soutenaient leurs homologues anglais. Pour Pearson, chez eux il y avait moins de constantes et plus de variables telles que les institutions, l'environnement, l'esprit etc. Ils avaient aussi tendance à voir le développement économique comme suivant des stades d'évolution ce qui tend à les faire passer pour des holistes. Pour Pearson ce jugement est exagéré et, Roscher par exemple écrivait que l'économie reste «un produit naturel des facultés et conduites que font l'homme en étant homme». Par ailleurs, ils utilisaient beaucoup les statistiques notamment Karl Knies Bruno Hildebrand, Robert Wagner et d'autres Alfred Marshall dans son livre Principle of Economics a plutôt une bonne opinion d'eux. Au contraire Carl Menger, le fondateur de l'école autrichienne s'opposera à eux dans ce qui est connu comme la querelle de la Methodenstreit.
    Enfin chez eux le droit particulièrement : celui de l'école historique du droit de Friedrich Carl von Savigny


    Influence
    L'école fonde en 1872 le Verein fûr Socialpolitik (union pour la politique sociale). Sur ce modèle sont créées l'American Economic Association en 1885 et The American Academy of Political and Social Science. En effet, l'université allemande était alors très réputée et 20 des 26 premiers présidents de l'American Economic Association ont étudiés en Allemagne notamment les leaders de l'institutionnalisme americain. Mais, ils ont été aussi influents en Inde et au Japon ainsi que de nombreux économistes ont également subi leur influence tel Joseph Schumpeter ou dans le domaine de l'anthropologie économique Bronislaw Malinowski ou Karl Polanyi. En France ils ont influencé les premiers travaux d'Emile Durkheim. L'école elle-même entre en déclin après la première guerre mondiale et disparaît après la seconde guerre mondiale.

    La relance de L'économie politique

    Ultérieurement, - compte tenu de l'émergence de la question sociale - la notion d'Économie «politique» est relancée :
    Relance par les penseurs Allemands
    . L'économiste allemand Adolph Wagner ( 1835-1917) critique les doctrines des physiocrates et des libéraux : «La théorie de Smith , l'individualisme et le libéralisme économique ont fait leur temps dans la science et dans la vie, en théorie et en pratique (...) Le rôle prépondérant que l'économie politique anglaise attribue à l'individu, sa tendance à prendre l'essence de l'individu , ou si l'on veut ses instincts naturels, ses désirs, ses tendances comme le point de départ et comme le but de toute vie sociale - conséquences logiques de l'individualisme- sont minés par l'idée opposée, celle de la collectivité et de ses conditions d'existence, qui ne sont autres que celles de l'individu , en tant que membre de la collectivité... C'est du point de vue social, socialiste, et non plus individualiste qu'on étudie désormais la vie économique, les problèmes économiques.»
    Il entend promouvoir l'économie politique comme «la science des phénomènes économiques considérés comme les éléments du phénomène composé que constitue l'économie nationale». L'économie nationale étant un tout, un système fondé sur la division du travail et la circulation entre les exploitations particulières. ce tout devant être «regardé en lui-même, à un certain de gré de son évolution, et étant données certaines hypothèses juridiques».

    . Karl Marx réclame l'interventionnisme de l'État dans l'économie, dans le cadre de la lutte des classes avec la Socialisation des biens et des moyens de production.
    Relance par les partisans d'une économie politique «pure»
    Dans les années 1874-1877, Léon Walras met en avant le concept de «modèle central» de l'économie politique «pure» («Éléments d'économie politique pure ou théorie de la richesse sociale»).
    . «L'économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de libre concurrence absolue. L'ensemble de toutes les choses matérielles ou immatérielles, qui sont susceptibles d'avoir un prix parce qu'elles sont rares, c'est-à-dire à la fois utiles et limitées en quantité, forme la richesse sociale. C'est pourquoi l'économie politique pure est aussi la théorie de la richesse sociale ».
    . Léon Walras veut faire de l'économie une science : «Affirmer une théorie est une chose, la démontrer en est une autre. Je sais qu'en économie politique on donne et on reçoit tous les jours de prétendues démonstrations qui ne sont rien d'autre que des affirmations gratuites. Mais, précisément, je pense que l'économie politique ne sera une science que le jour où elle s'astreindra à démontrer ce qu'elle s'est à peu près bornée jusqu'ici à affirmer gratuitement.»
    . En 1878, l'enseignement de l'économie politique prend place officiellement en France dans les programmes des cours et des examens dans les Facultés de Droit.
    Relance par l'école Keynésienne
    Plus modéré, le keynésianisme (inspiré par John Maynard Keynes dans les années 1930) pointe à certaines périodes l'insuffisance de la demande effective et revendique un rôle actif de l'État lorsqu'il s'agit de faire face aux crises de sous-production par une politique de relance. Les résultats très contrastés du New Deal, puis l'échec relatif des plans de relance dans les années 1970 marquent la fin de la dominance du courant keynésien.

    L'économie politique dans la culture anglo-saxonne

    L'expression «Économie politique» revêt une connotation particulière dans la culture et la pensée économiques anglo-saxonne. Ainsi en anglais, et pour les économistes anglo-saxons, l'expression économie politique a deux traductions précises et distinctes :
    1. L'économie politique (en anglais Political economy) peut désigner une branche de la science économique qui décrit et analyse l'activité économique par rapport aux données politiques, en essayant d'expliquer le fonctionnement et de trouver les lois qui régissent l'activité économique par rapport à l'action des pouvoirs publics.
    2. L'économie politique (en anglais Public choice) désigne également la branche de la science économique qui applique à un système politique donné les outils de l'analyse économique afin d'expliquer le choix des politiques publiques en fonction des préférences des agents et des objectifs propres des dirigeants.
    Dans le sens analyse économique des choix publics, l'économie politique nait dès Adam Smith avec son ouvrage la Richesse des Nations, dans lequel il développe implicitement le concept de bien public, biens pour lesquels l'intervention de l'État s'avère nécessaire. Toutefois, l'analyse économique des choix publics apparait véritablement dans les années 1930 avec notamment les travaux de Paul Samuelson sur les biens collectifs et la fonction de bien-être social. Samuelson est le premier à distinguer les biens collectifs purs des biens collectifs mixtes (dans ces derniers, l'exclusion des "free-riders" est aisée). Dans une perspective différente, Ronald Coase apporte une contribution majeure avec son article The Problem of Social Cost (1960) où il émet l'idée que l'intervention de l'État est justifiable en cas d'existence de coûts de transaction.

    Dans une perspective relevant autant de l'économie que de la philosophie politique, mention doit être faite des travaux de John Harsanyi et de John Rawls. Le premier a développé une approche utilitariste de l'action publique. Dans la lignée de J. Bentham et de Paul Samuelson, Harsanyi établit une fonction de bien-être social à partir de laquelle il tente de définir le critère de répartition du revenu qui serait adopté par des individus rationnels et impartiaux. À l'opposé, la démarche de Rawls est dite contractualiste et déontologique : à partir de la situation fictive du voile d'ignorance, Rawls montre quels seraient les critères de justice adoptés par des individus rationnels.

    Dans le domaine plus restreint de l'analyse du choix des agents publics et du fonctionnement des régimes démocratiques, il faut noter la contribution fondamentale de l'économiste Anthony Downs avec son ouvrage An Economic Theory of Democracy (1957) puisqu'il s'agit de la première tentative d'application systématique de la méthode d'analyse économique aux phénomènes politiques. Downs transpose à la sphère politique l'ensemble des outils d'analyse de l'économie : les hommes politiques sont considérés comme des entrepreneurs en concurrence pour satisfaire une demande provenant des électeurs, les agents étant supposés rationnels et maximisateurs et l'univers certain. Dans le même ouvrage, Downs procédera à une analyse des stratégies mises en place par les gouvernements et les partis politiques. Il montre notamment que, dans un régime démocratique, le gouvernement n'est pas incité à adopter les politiques optimales pour plusieurs raisons (la configuration des préférences individuelles et l'existence d'externalité ; l'incertitude pesant sur les préférences des citoyens et sur l'effet des mesures politiques ; les stratégies du gouvernement afin de maximiser le nombre de votes en sa faveur).

    Downs a ainsi ouvert la voie à de très nombreux travaux portant sur l'efficacité du système démocratique. Dans cette optique, Kenneth Arrow démontre à travers son théorème d'impossibilité l'incapacité d'un régime démocratique à faire émerger des choix stables et cohérents. Dans la même lignée, et en adoptant pourtant des hypothèses beaucoup moins restrictives, Amartya Sen montrera l'incompatibilité, dans un régime démocratique, entre l'efficacité parétienne et la liberté individuelle. Par ailleurs, le courant du Public Choice, également dans la lignée de Downs, étudiera avec les outils de l'analyse économique les comportements des agents politiques.

    Enfin, les travaux de Mancur Olson (La logique de l'action collective, 1971) doivent également être mentionnés. Ce dernier s'intéressera au rôle joué par les groupes d'intérêts dans les processus de décisions publiques.

    L'Économie politique aujourd'hui
    Pensée pluridimensionnelle
    Pour beaucoup de ses fondateurs, l'économie politique est une pensée pluridimensionnelle qui assume la triple dimension humaine, sociale et historique : C'est une science «morale et politique» de deux manières :
    - «Pensée du marché et des processus productifs, de l'acteur individuel et de la société, du choix rationnel et du mouvement historique»
    - «Essai de compréhension des processus observables, effort de conceptualisation et de formalisation, guide pour les décisions du prince, réflexion sur les finalités»
    «Cette tradition, née avec Petty, Turgot, Smith, Malthus et Ricardo serait-elle morte avec Keynes, Frisch, Myrdal, Perroux, Tinbergen et Hayek ? On peut le craindre .... »

    «Non que parmi les économistes tous aient renoncé à l'ambition d'une pensée pluridimensionnelle. Mais avec l'énorme production écrite des dernières décennies, l'analyse, la théorie, la recherche et avec elles la pensée ont éclaté en de multiples domaines : le marché, l’entreprise, le choix public, le consommateur, l'économie nationale, le travail, l'emploi, le bien-être, l'économie internationale, la firme multinationale, le processus de mondialisation, le capitalisme, la technologie, l'innovation, l'information et bien d'autres qu'on n'en finirait pas d'énumérer ; avec pour chacun des sous-domaines de spécialisation, le tout étant sur-cloisonné par le jeu des écoles et traditions théoriques et des langues.»

    «La discussion sur la méthodologie de l'économie connait un regain avec des auteurs comme Blaug, Boland, Caldwell, Hausman, Hutchison, Kolm, Latouche, Mayer, Pheby, etc...»
    «Les plaidoyers ne manquent pas pour la reconstruction de l'économie politique, une économie politique élargie, prenant en compte la dimension éthique, conçue comme une science morale et politique, bref une économie multidimensionnelle.(...) Aujourd'hui (...) la pensée économique laisse face aux grands problèmes de notre temps l'économiste désarmé , avec ses savoirs fragmentés, ses regards parcellaires et ce fascinant abîme entre un édifice théorique en quête de cohérence et un monde en quête de solutions et de réponses.»

    [​IMG]

    Source : Tableau de P. Davidson dans «The crisis in economic theory» de Daniel Bell (sociologue) et Irving Kristol


    Économie politique




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