Histoire de la Géographie

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 6 Septembre 2012.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Géographie
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    GÉOGRAPHIE

    La géographie (du grec ancien γεωγραφία – geographia, composé de "η γη" (hê gê) la Terre et "γραφειν" (graphein) décrire) est l'étude de la planète, ses terres, ses caractéristiques, ses habitants, et ses phénomènes. Une traduction littérale serait «décrire ou à écrire sur la Terre». La première personne à utiliser le mot «géographie» était Ératosthène (276-194 avant J.-C.) pour un ouvrage aujourd'hui perdu mais l'arrivée de la géographie est attribuée à Hérodote (484-420 avant J.-C); aussi considéré comme étant le premier historien. Pour les Grecs, c'est la description rationnelle de la Terre. Il s'agit d'une science qui répond à une curiosité nouvelle, et qui va déterminer la géopolitique en définissant les territoires à conquérir et à tenir. Pour Strabon, c'est la base de la formation de celui qui voulait décider.

    Quatre traditions historiques dans la recherche géographique sont l'analyse spatiale des phénomènes naturels et humains (la géographie comme une étude de la répartition des êtres vivants), des études territoriales (lieux et régions), l'étude des relations entre l'Homme et son environnement, et la recherche en sciences de la terre.

    Néanmoins, la géographie moderne est une discipline englobante qui cherche avant tout à mieux comprendre notre planète et toutes ses complexités humaines et naturelles, non seulement où les objets sont, mais comment ils ont changé et viennent à l'être. Longtemps les géographes ont perçu leur discipline comme une discipline carrefour (Jacqueline Bonnamour), «pont entre les sciences humaines et physiques». Une division de la géographie en deux branches principales s'est imposée à l'usage, la géographie humaine et la géographie physique. Cependant la géographie reste par excellence une discipline de synthèse qui interroge à la fois «les traces» laissées par les sociétés (mise en valeur des espaces) ou la nature (orogenèse des montagnes, impact du climat…) et les dynamiques en œuvre aussi bien dans les sociétés (émergence socio-économique de la façade asiatique pacifique, désindustrialisation progressive des pays développés à économie de marché) qu'au sein de l'environnement physique («Global Change», montée du niveau marin…). La géographie s'intéresse donc à la fois aux héritages (physiques ou humains) et aux dynamiques (démographiques, socio économiques, culturelles, climatiques, etc.) présents dans les espaces. Par ailleurs cette discipline intègre de plus en plus divers champs culturels tels que la peinture paysagiste, le roman ou encore le cinéma.


    INTRODUCTION

    Longtemps les géographes se sont posé quatre questions majeures lorsqu'ils regardaient la Terre, s'inscrivant en cela dans une démarche descriptive et analytique :
    1. Qui : Les individus et les sociétés produisent leur espace avec leurs valeurs et leurs modes de vie ;
    2. Quoi : L'impact de ces hommes, qu'il soit économique, social, ou environnemental, produit de leurs institutions, de la recherche, des techniques, des échanges ou encore de l'exploitation des ressources naturelles ;
    3. : Le lieu de ces activités humaines ; plus généralement la raison des localisations ;
    4. Quand : La période historique où les individus ou les sociétés produisent des espaces qui s'ajoutent ou concurrencent les précédents.

    La géographie a beaucoup changé depuis le début du XXe siècle, à présent, c'est la science qui étudie avant tout les dimensions spatiales du social. Elle analyse donc la manière dont les sociétés jouent de l'espace pour s'organiser et se structurer.

    L'approche géographique d'un phénomène ne se limite pas uniquement à l'utilisation de la cartographie - l'étude des cartes. La grille de questionnement, associée à la cartographie, permet d'ajuster l'analyse de l'objet - l'espace - et d'expliquer pourquoi on trouve tel ou tel phénomène ici et pas ailleurs. La géographie s'applique donc à déterminer les causes, aussi bien naturelles qu'humaines ; et lorsqu'ils observent des différences, leurs conséquences.

    La question fondamentale de la géographie contemporaine est la suivante : «Y a-t-il de la distance ?» Si, pour une problématique donnée (emploi, logement, accès aux ressources naturelles, tourisme…), la réponse est positive, alors cela signifie que l'approche géographique est à ce sujet pertinente. Dès lors, il convient de s'interroger dans cette perspective que la place faite aux grandes forces qui travaillent la société : l'individu, les communautés, les pouvoirs, la technique, la Nature. Des questions complexes se font alors jour, combinant les dimensions de la société sous l'angle géographique (pourquoi ? - Les objectifs des individus/des sociétés ; comment ? - Les relations du pouvoir dans l'espace ; Jusqu'où ? - Les limites, les discontinuités, les seuils...).


    BRANCHES
    Géographie physique
    La géographie physique s'organise en plusieurs branches : la géomorphologie (structurale et dynamique), la climatologie, l'hydrologie et la biogéographie. Ces disciplines concourent à l'analyse du milieu naturel, on dit plus communément aujourd'hui, des paysages, qui est un géosystème : ensemble géographique doté d'une structure et d'un fonctionnement propres, qui s'inscrit dans l'espace et dans le temps (échelles spatio-temporelles). Le géosystème comporte des composants abiotiques, biotiques et anthropiques qui sont en interaction :
    * les composants abiotiques («sans vie», les facteurs du milieu autres que ceux du vivant) relèvent :
    . de la lithosphère (les roches) ;
    . et de l'atmosphère, déterminant le climat. Le climat se manifeste dans le déplacement des masses d'air mais aussi au niveau des milieux rocheux via des agents météoriques qui participent au climat du sol, aux processus de météorisation (modifications intervenant dans les roches sous l'effet des phénomènes atmosphériques) ;
    . et enfin, de l'hydrosphère (les eaux) dont l'étude générale est le domaine de l'hydrologie qui se subdivise en hydrologie continentale et en hydrologie marine (ou océanographie). L'hydrographie concerne l'étude de la répartition des eaux (Cf. réseau hydrographique). Dans le milieu naturel, l'eau ne concerne pas seulement l'eau atmosphérique, les rivières, les lacs, les mers et océans et, les glaciers - l'eau doit être envisagée sous ses trois formes - mais aussi l'eau contenue dans la lithosphère.
    * les composants biotiques (bios, la vie) représentés par la biosphère (végétaux et animaux y compris la faune du sol, la pédofaune) ;
    * les composants anthropiques (anthrôpos, l'homme). L'étude actuelle des géosystèmes est caractérisée par une prise en compte plus grande de l'anthropisation, de même que l'accent est mis sur l'évolution dans le temps.
    Ainsi par exemple, la géomorphologie analyse l'une des composantes du milieu naturel, en relation étroite avec les autres disciplines de la géographie physique et des sciences de la Terre (géologie). On distingue une géomorphologie structurale qui correspond dans le relief à l’expression directe de la structure, d’une géomorphologie dynamique (voire climatique) dont les formes sont liées à l’action d’un climat particulier. Cette discipline s'associe également à l'analyse du milieu dans son ensemble dans le cadre de projets d'aménagements ou de conservation des milieux naturels

    La géographie physique a initialement pour objet principal le milieu. C'est la branche de la géographie qui a dominé jusque dans les années 1950-1970 par le biais de la géomorphologie, en particulier structurale, et donc l'ensemble de la discipline. L'étude de géographie physique et du paysage était la base de l'étude de la géographie pour le père de la géographie française, Paul Vidal de la Blache. Pour comprendre l'organisation des sociétés humaines, il fallait analyser le milieu dans lequel vivaient les hommes. L'historien Lucien Febvre a qualifié cette démarche possibiliste, «la nature distribue les cartes, l'homme joue la partie» (J.-P. Alix, L'Espace humain) (possibilisme). Les évolutions épistémologiques des années 1960 ont fortement affaibli la géographie physique, des géographes tel qu’Yves Lacoste ont fortement critiqué une emprise trop forte de la géographie physique comme élément explicatif de l'organisation des sociétés humaines (déterminisme).

    La géographie physique a aujourd'hui profondément changé. Elle s'intéresse de plus en plus au rôle de l'homme dans la transformation de son environnement physique. Parmi les concepts les plus utilisés, on trouve l'anthropisation (voir par exemple les atouts et les contraintes dans les travaux de J.-P. Marchand, université de Bretagne, sur le climat de l'Irlande).

    La place de la géographie physique fait débat au sein même de la géographie. Certains voient en la géographie physique une science de la nature, d'autres comme J.-P. Marchand affirme : "géographie physique, science sociale". L'unité de la discipline est souvent remise en question pour deux raisons. Certains géographes physiciens se sont fortement rapprochés des unités de recherches des sciences de l'environnement. Certains géographes humanistes rejettent au nom du déterminisme une explication physique de l'organisation des espaces humains.

    Certains géographes physiciens intègrent les concepts de la géographie humaine et des sciences sociales. Ils plaident pour un renouveau de la géographie physique parfois appelée, géographie de l'environnement. Les études en termes de développement durable en sont des exemples. Yvette Veyret en géomorphologie, Martine Tabaud en climatologie ou encore Paul Arnoud en biogéographie tentent de réconcilier géographie physique et géographie humaine en alliant études environnementales, prise en compte des acteurs géopolitiques et des aménagements.
    Géographie humaine
    La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme. L'analyse de géographie humaine se fait à cette époque par le prisme de densités qui montre la capacité des hommes à s'adapter à leur milieu de vie. La géographie universitaire du début du XXe siècle insiste sur le poids de l'histoire. Dans cette approche, l'interaction entre les hommes et la nature au moyen de leurs connaissances et de leur histoire propre conduit à distinguer les sociétés et les régions en fonction de leur genre de vie.

    La géographie humaine était au début du XXe siècle le parent pauvre de la discipline. Comme la géographie physique, c'était avant tout une discipline très descriptive et peu analytique. Dans les années 1920-1930, une approche économique de la géographie humaine se développe autour d'Albert Demangeon proche de l'école des Annales. Mais, c'est toujours la géographie régionale qui domine lors de cette période.

    La géographie humaine est relancée à la fin des années 1970 par Yves Lacoste, créateur et fondateur de la revue Hérodote en 1976 (intitulée d'abord Stratégies géographies idéologies, puis en 1983 Revue de géographie et de géopolitique) et auteur de l'essai La Géographie, cela sert d'abord à faire la guerre. Il réhabilite alors une approche politique de la géographie.

    Une certaine partie des géographes rejettent entièrement la géographie physique en affirmant la géographie comme une science sociale, cette vision est notamment relayée dans la revue Espace-Temps fondée en 1975 par Jacques Lévy et Christian Grataloup

    Aujourd'hui, la géopolitique tend à analyser les conséquences de la mondialisation (géoéconomie) et la gestion des ressources naturelles (l'or ; l'or bleu : l'eau ; l'or noir : le pétrole ; l'or vert : la forêt) sont les objets les plus étudiés par la géographie humaine. La géographie humaine s'est aussi enrichie d'une approche culturelle (la géographie culturelle étudie les pratiques et les modes de vie des populations. La géographie du Genre héritière du postmodernisme et sous branche de la géographie culturelle se développe en France depuis la fin des années 1990. Elle souhaite nuancer la géographie «masculine» en intégrant la vision d'autres groupes appartenant à la société, comme les minorités sexuelles, mais aussi sociales et raciales.
    Géographie régionale
    La géographie régionale est une véritable sous-discipline idiographique, axée sur la recherche de l'unique. Un territoire de prédilection : la région.

    Depuis les années 1970 et 1980, la géographie a vu se développer de nouvelles branches de sa discipline en accord avec une approche pluridisciplinaire (notamment l'utilisation des outils en provenance des disciplines économiques, mathématiques, sciences politiques, sociologiques et informatiques), inspirée par les géographies scandinave, nord-américaine et anglaise, notamment à travers les approches variées de :
    Géographie mathématique
    La géographie mathématique, se concentre sur la surface de la Terre, l'étude de sa représentation mathématique et sa relation à la Lune et du Soleil. La géographie mathématique comprend :
    . cartographie : La cartographie désigne la réalisation et l'étude des cartes. Le principe majeur de la cartographie est la représentation de données sur un support réduit représentant un espace réel.
    . photogrammétrie
    . topographie
    . géomatique : développée récemment, cette branche de la géographie se distingue des précédentes par le recours à l'outil l'informatique, pour analyser le territoire. Elle complète les systèmes d'information développés par ailleurs dans d'autres disciplines par une référence spatiale : la localisation géographique, couramment définie par un système de coordonnées géographiques (X, Y, Z). On distingue ainsi les systèmes d'information géographiques (SIG) et la télédétection satellite.
    . l'analyse spatiale recouvre un ensemble d'outils mais aussi de concepts permettant de modéliser les structures spatiales et d'analyser les dimensions spatiales de la vie en société.
    Champs relatifs
    L'économie spatiale est un domaine aux confins de la géographie économique et de la microéconomie qui étudie les questions de localisation économique, et les relations économiques entre le mondial (mondialisation) et le local (aménagement du territoire, pôle de compétence, délocalisation...).

    La notion d'échelle – ou approche multiscalaire* – est essentielle en géographie : suivant que le géographe étudie toute la planète (petite échelle) ou seulement une partie de celle-ci (grande échelle), on parle de géographie générale ou de géographie régionale. De nos jours, on préfère toutefois parler de géographie thématique à la place de géographie générale et de géographie des territoires à la place de géographie régionale.
    (*Une démarche multiscalaire a pour but de comprendre l'organisation et l'aménagement d'un territoire en l'étudiant à différentes échelles : mondiale, continentale, nationale, régionale, locale par exemple).


    TECHNIQUES

    La géographie nécessite d'être capable de situer les différentes parties de la Terre les unes par rapport aux autres. Pour ce faire, de nombreuses techniques ont été développées à travers l'histoire.
    Systèmes d'information géographique
    Un système d'information géographique (SIG) est un système d'information capable d'organiser et de présenter des données alphanumériques spatialement référencées, ainsi que de produire des plans et des cartes. Ses usages couvrent les activités géomatiques de traitement et diffusion de l'information géographique. La représentation est généralement en deux dimensions, mais un rendu 3D ou une animation présentant des variations temporelles sur un territoire sont possibles, incluant le matériel, l’immatériel et l’idéel, les acteurs, les objets et l’environnement, l’espace et la spatialité.

    L'usage courant du système d'information géographique est la représentation plus ou moins réaliste de l'environnement spatial en se basant sur des primitives géométriques : points, des vecteurs (arcs), des polygones ou des maillages (raster). À ces primitives sont associées des informations attributaires telles que la nature (route, voie ferrée, forêt, etc.) ou toute autre information contextuelle (nombre d'habitants, type ou superficie d'une commune par ex.).Le domaine d'appartenance de ces types de systèmes d'information est celui des sciences de l'information géographique.
    Télédétection
    La télédétection désigne, dans son acception la plus large, la mesure ou l'acquisition d'informations sur un objet ou un phénomène, par l'intermédiaire d'un instrument de mesure n'ayant pas de contact avec l'objet étudié. C'est l'utilisation à distance de n'importe quel type d'instrument (par exemple, d'un avion, d'un engin spatial, d'un satellite ou encore d'un bateau) permettant l'acquisition d'informations sur l'environnement. On fait souvent appel à des instruments tels qu'appareils photographiques, lasers, radars, sonars, sismographes ou gravimètres. La télédétection moderne intègre normalement des traitements numériques mais peut tout aussi bien utiliser des méthodes non numériques.
    Méthodes de géographie quantitative
    La géostatistique est une discipline à la frontière entre les mathématiques et les sciences de la Terre. Son principal domaine d'utilisation a historiquement été l'estimation des gisements miniers, mais son domaine d'application actuel est beaucoup plus large et tout phénomène spatialisé peut être étudié en utilisant la géostatistique.

    L'analyse des données géographiques : Géographes, urbanistes et aménageurs utilisent de plus en plus de vastes tables de données fournies par les recensements ou par des enquêtes. Ces tables contiennent tant de données détaillées qu'une méthode est nécessaire pour en extraire les principales informations. C'est le rôle de l'analyse multivariée (appelée aussi, sous ses diverses formes : analyse des données, analyse factorielle ou analyse des correspondances). Il s'agit de transformer la table des données en matrice des corrélations des variables pour en extraire les vecteurs propres (ou facteurs ou composantes principales) et produire un changement de variables.

    Premier avantage : certaines variables du recensement (prix du sol, revenus, loyers, etc) seront remplacées par un facteur unique qui les résumera en opposant ménages riches/ménages pauvres dans la ville. Au lieu de dessiner plusieurs cartes redondantes, une carte du facteur représentant la structure sociale apportera une information synthétique.

    Deuxième avantage : l'expérience montre que l'opposition riches/pauvres constitue l'information fondamentale fournie par les recensements dans toutes les grandes villes analysées dans le monde. Toutes les cartes représentant des données socio-économiques répéteront cette structure. Mais il existe d'ordinaire d'autres phénomènes intéressants (opposition jeunes/vieux, retraités/actifs, quartiers récents/quartiers de peuplement ancien, quartiers ethniques, etc.) qui seront cachés par ce phénomène dominant. L'analyse multivariée produit de nouvelles variables orthogonales par construction, c'est-à-dire, indépendantes. Ainsi, chaque facteur représentera un phénomène social différent. L'analyse permettra de reconnaître la structure cachée qui sous-tend les variables.

    Ces méthodes sont très puissantes, indispensables mais offrent aussi de nombreux pièges. Différentes formes d'analyse multivariées sont utilisées, selon la métrique choisie (en général, métrique euclidienne usuelle ou Chi-deux), selon la présence ou absence de rotations, selon l'utilisation de «communalités», etc... Aujourd'hui, l'utilisation d'ordinateurs puissants et de logiciels statistiques largement répandus rend ce type d'analyse tout à fait banal, ce qui multiplie les risques d'erreur.

    L’ethnographie est la science de l'anthropologie dont l'objet est l'étude descriptive et analytique, sur le terrain, des mœurs et des coutumes de populations déterminées. Cette étude était autrefois cantonnée aux populations dites alors «primitives».

    Histoire

    Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline. Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.

    Ces premiers «géographes» développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance :
    . découvrir et explorer les continents ;
    . mesurer l'espace terrestre (géodésie) ;
    . situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ;
    . représenter l'espace terrestre (cartographie).
    Après la Renaissance et les grandes découvertes, la géographie s'impose comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique.

    Entre le XIXe et le XXe siècle, plusieurs courants se développent tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche :
    . le courant déterministe, emmené par le géographe allemand Carl Ritter. Le déterminisme considère qu'une cause naturelle produit une conséquence sociale.
    . le courant environnementaliste, développé par le géographe allemand Friedrich Ratzel. Tout être vivant est le produit du milieu dans lequel il vit.
    . le courant possibiliste de Vidal de La Blache qui cherche à nuancer les approches précédentes. Il n'y a pas de déterminants géographiques, mais des possibilités que l'homme choisit, ou non, d'utiliser. La nature propose, l'homme dispose. L'École française de géographie, créée par Paul Vidal de La Blache, développe aussi une spécificité : la géographie régionale. Il s'agit de traiter de l'unique, de la région («idiographie» ou travail sur les spécificités), évitant ainsi les dérives nomothétiques, mais tombant dans une connaissance encyclopédique.
    La nouvelle géographie se développe à partir des années 1960 aux États-Unis et gagne la France, la Suisse et surtout l'Allemagne dans les années 1970. Elle est directement influencée par les géographies anglo-saxonnes, plus précisément scandinaves et américaines. Inspirée par les mathématiques (statistiques) et les règles de l'économie, cette géographie tente d'établir des «lois» universelles (science nomothétique).

    Enseignement

    L'enseignement de la géographie a fait l'objet de plusieurs études, notamment de la part de Jacques Scheibling ou d'Isabelle Lefort, montrant, depuis son apparition en tant que véritable discipline scolaire en France dans les années 1870 jusqu'à nos jours, son évolution en parallèle avec celle de la géographie savante, son utilisation à des fins politiques et idéologiques («idéologie chauvine, colonialiste et raciste» selon Jacques Scheibling), surtout après la défaite contre la Prusse en 1870 (il s'agissait alors de faire prendre conscience aux élèves de l'unité de leur pays, de leur identité nationale et de les préparer à la Revanche) et pendant les conquêtes coloniales, et ses tentatives pour se sortir du rôle d'auxiliaire de la discipline historique. De 1870 à nos jours, de nombreuses réformes ont été mises en place faisant évoluer la discipline géographie dans l'enseignement secondaire et aussi à l'université. Ces réformes portent autant sur le contenu des programmes, qui évoluent en fonction des avancées de la géographie savante et du contexte social et historique (avec par exemple une domination de l'enseignement de la géographie régionale au début du XXe siècle, sous l'ère vidalienne), que sur les méthodes d'enseignement, l'aspect pédagogique, comme l'introduction dans les années 1960-1970 de manuels plus lisibles, avec de nombreuses photographies en couleurs. Aujourd'hui, l'enseignement de la géographie se définit plus en fonction de contraintes matérielles, comme les classes surchargées, la diminution du nombre d'heures, etc.





     
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    Histoire de la géographie


    L'histoire de la géographie débute à l'Antiquité. Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline. Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.

    Les premiers «géographes» développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance :
    - découvrir et explorer les continents ;
    - mesurer l'espace terrestre (géodésie) ;
    - situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ;
    - représenter l'espace terrestre (cartographie).
    Après la Renaissance et les grandes découvertes, la géographie s'impose comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique. Entre le XIXe et le XXe siècle, plusieurs courants se développent tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche.

    Géographie antique

    L'environnement des grecs anciens a influé sur la façon dont les gens répondent à leurs besoins et sur la façon dont leur culture se développe. Les grecs considéraient le poète Homère comme le fondateur de la géographie. Ses œuvres, l'Iliade et l'Odyssée sont des œuvres de littérature, mais tous deux contiennent un grand nombre d'informations géographiques. Homère décrit un monde circulaire entouré d'un énorme océan. Les travaux montrent que les Grecs au XVIIIe siècle av. J.-C. avaient une grande connaissance de la géographie de la Méditerranée orientale. Les poèmes d'Homère contenaient un grand nombre de noms de lieux et de descriptions, mais pour beaucoup d'entre eux, il n'est pas certain que leur situation géographique réelle, si elle existe, soit correctement identifiée.
    - Grèce archaïque et classique
    Thalès de Milet est l'un des premiers philosophes à s'être interrogé sur la forme du monde. Il a proposé que le monde soit basé sur l'eau, et que toutes choses soient nées de celle-ci. Il a également prévu un grand nombre de règles mathématiques et astronomiques qui permettrait d'étudier la géographie scientifique. Son successeur, Anaximandre, est la première personne connue pour avoir tenté de créer une carte à l'échelle du monde connu et avoir introduit le gnomon en Grèce antique.
    Hécatée de Milet a lancé une forme différente de la géographie, en évitant les calculs mathématiques de Thalès et d'Anaximandre. Il a conçu le monde en rassemblant des travaux antérieurs et en parlant aux marins qui sont venus par l'intermédiaire du port de Milet. À partir de ces récits, il a écrit une prose sur ce qui était connu du monde.

    Un travail similaire, et qui survit surtout aujourd'hui, est l'Enquête (ou Histoires) de Hérodote. D'abord un travail d'histoire, le livre contient en fait une multitude de descriptions géographiques couvrant une grande partie du monde connu. L'Égypte, la Scythie, la Perse, et l'Asie Mineure sont décrites en détail. On sait alors peu de choses sur les autres zones, et la description des zones telles que l'Inde sont presque totalement fantaisistes. Hérodote a également fait des observations importantes sur la géographie. Il est le premier à avoir noté le processus par lequel les grands fleuves, tels que le Nil, donnent naissance à des deltas, et est aussi le premier à observer que les vents ont tendance à souffler à partir de régions plus froides vers les plus chaudes.

    Pythagore a peut-être été le premier à proposer un monde sphérique, en faisant valoir que la sphère est la forme la plus parfaite. Cette idée est parfois attribuée à Parménide. Quoi qu'il en soit, elle fut adoptée par Platon et Aristote, qui ont présenté des données empiriques pour vérifier cela. Il a noté que l'ombre de la Terre pendant une éclipse de lune était courbée, et aussi que les étoiles sont plus hautes quand on se déplace vers le nord. Eudoxe de Cnide a utilisé l'idée de la sphère pour expliquer l'existence de différentes zones climatiques basées sur la latitude, à cause du Soleil. Cela a conduit les Grecs à croire en une division du monde en cinq régions, chacun des pôles étant une région froide. Avec l'extrapolation de la chaleur du Sahara, il a été déduit que la zone autour de l'équateur est insupportablement chaude. Entre ces deux régions extrêmes, les hémisphères Nord et Sud ont des températures convenables à l'habitation.
    - Période alexandrine
    Ératosthène (276 à 194 av. J.-C.) est l'auteur d'un travail considérable. Ses études portaient sur la répartition des océans et des continents, les vents, les zones climatiques et les altitudes des montagnes. On lui attribue la création du terme géographie. Il laissa une carte générale de l'écoumène qui fut longtemps l'unique base de la géographie : il y donnait la valeur de 47° 42' à l'arc du méridien compris entre les deux tropiques, valeur correcte à quelques minutes près.

    C'est cependant l'étude de la circonférence de la Terre qui marque le plus les travaux d'Ératosthène. Il observa l'ombre de deux objets situés en deux lieux, Syène (aujourd'hui Assouan) et Alexandrie, le 21 juin (solstice d'été) au midi solaire local. Il en déduisit que l'angle entre les rayons solaires en ces lieux était de 7,2 degrés. Il évalua ensuite la distance entre Syène et Alexandrie : la distance obtenue était de 5 000 stades, soit 787,5 km, mesure très proche de la réalité, s'il a bien utilisé un stade (mesure de longueur) valant 157,5 m. Par la théorie géométrique des angles alternes-internes congrus, il calcula que la circonférence de la Terre était de 39 375 km, mesure extraordinairement précise pour l'époque (les mesures actuelles donnent 40 075,02 km).

    À la suite d'Héraclide du Pont, Aristarque de Samos suggère que l'axe de la Terre effectue une précession quotidienne par rapport à la sphère des fixes.

    Le grand astronome Hipparque, auteur d'une Critique de la Géographie d'Ératosthène, met au point ou perfectionne des méthodes permettant de déterminer les positions des lieux géographiques en longitude et latitude. Il consacre la projection stéréographique pour l'établissement de cartes à grande échelle. Son contemporain gréco-chaldéen Séleucos de Séleucie étudie les marées et les met en relation avec les mouvements de la Lune et du Soleil. Se fondant sur ses observations, Hipparque défend l'idée qu'il existe un continent entre les océans Atlantique et Indien.
    - Période romaine
    Le premier géographe dont l'œuvre nous soit parvenue presque intégralement est Strabon. Grec né à Amasée (actuelle Amasya en Turquie) vers 57 av. J.-C., mort vers 25 ap. J.-C., il écrivit une géographie, description détaillée du monde connu. Strabon relate notamment l'exploration de Pythéas de Marseille au-delà des Colonnes d'Hercule (Gibraltar) jusqu'à Thulé (le Groenland ?) et la mer gelée.

    Mais à cette période, comme à la précédente, le centre scientifique est Alexandrie, ville hellénisée d'Egypte. Ptolémée (vers 90 après J.-C. à 165) s'appuie sur les travaux de Marinus de Tyr et prolonge les travaux d'Hipparque. Il rédige à son tour une Géographieεωγραφικὴ Ὑφήγηδις), œuvre qui a exercé par la suite une très grande influence sur les sciences islamiques et européennes. Il s'agit d'un exposé approfondi sur les connaissances géographiques du monde gréco-romain, avec des cartes établies selon des méthodes de projections remarquables.

    En Chine
    Les Chinois sont à l'origine de la cartographie quantitative... [FONT=&quot](Cette partie est vide)

    Moyen Âge

    Au cours du Moyen Âge, juste après les invasions barbares au VIe siècle, l'intérêt pour la géographie diminua en Occident.

    Dans le haut Moyen Âge, cette discipline fut le parent pauvre de l'éducation, qui se déclinait à travers les arts libéraux. Le quadrivium incluait bien l'astronomie, mais pas la géographie.


    Isidore de Séville contribua à conserver un certain patrimoine de connaissances. Néanmoins, la représentation du monde connu était très sommaire : on imaginait que les continents étaient placés à l'intérieur d'un rond et autour un T renversé vers la droite, l'Europe étant au-dessus de la barre horizontale, l'Afrique en dessous, et l'Asie à droite. La barre horizontale représentait la Méditerranée, la barre verticale séparant l'Asie (à l'est), de l'Europe et de l'Afrique (à l'ouest) était constituée par le Danube et le Nil, que l'on supposait reliés (représentation O/T). Au centre, point d'intersection des deux barres, Jérusalem, la ville religieuse, considérée comme le centre du monde.

    Néanmoins, le capital d'informations géographiques et scientifiques de l'Antiquité (Euclide, Aristote, Ptolémée, ...) fut recueilli dans les centres intellectuels de la civilisation arabo-musulmane. Le monde musulman était en effet mieux placé géographiquement, au carrefour des civilisations grecques, mésopotamienne, indienne, égyptienne, pour recueillir le savoir de l'Antiquité. Bagdad fut créée sur un emplacement proche du lieu où mourut Alexandre le Grand (Babylone). D'autre part, les exigences de la prière musulmane (cinq prières par jour, le fidèle étant orienté vers la Mecque), nécessitaient des connaissances géographiques dont l'Occident n'avait pas besoin.

    Les géographes arabes, tels qu'Idrissi (auquel on doit la première grande géographie de l'Occident, vers 1150), Ibn Battuta (1304-1370), et Ibn Khaldun ont donc conservé et enrichi l'héritage gréco-romain.

    En Occident, l'encyclopédie de Vincent de Beauvais (speculum naturale, somme des connaissances de l'Occident au XIIIe siècle) contenait des informations géographiques connues en 1250.

    Il y eut au XIIIe siècle plusieurs voyages de missionnaires franciscains en Asie :
    - Jean de Plan Carpin en Mongolie (1245-1247)
    - Guillaume de Rubrouck alla dans l'empire mongol (1253-1257), et consigna son récit de voyage dans une œuvre en latin qui était une mine d'informations géographiques, historiques et ethnographiques sur l'empire mongol.
    Ces informations furent très utiles pour la préparation du voyage de Marco Polo entre 1271 et 1295. Ce voyage permit lui-même de préciser les informations géographiques sur l'Asie (Devisement du monde).

    D'autres missionnaires franciscains partirent vers l'Asie :
    - Jean de Montecorvino partit vers la Chine (Cathay) en 1289-1328,
    - Odoric de Pordenone partit entre 1316 et 1330 en Perse, Inde, Malabar, Ceylan, Sumatra, Bornéo, Chine, Tibet.
    L'ensemble de ces voyages avait déjà beaucoup enrichi les informations sur l'Asie avant les voyages de Marco Polo.

    L'intérêt pour la géographie s'est considérablement accru en Occident à partir de cette époque, et la représentation du monde a fortement évolué, engendrant un renouvellement de la cartographie.

    En 1410, le cardinal Pierre d'Ailly écrivit l'Imago mundi, qui sera imprimé en 1478. Christophe Colomb en avait un exemplaire.

    La Renaissance

    Aux XVe siècle et XVIe siècle, de grandes expéditions maritimes ont immensément accru la connaissance de la planète. Ces expéditions ont été accompagnées d'une activité scrupuleuse d'observation astronomique et géographique. Le portulan est la carte type de cette époque. On peut citer, parmi beaucoup d'autres, les expéditions de Vasco de Gama (Afrique et Inde), Christophe Colomb (Amérique centrale et espace caraïbe), Magellan (Amérique du sud et océan pacifique), Jacques Cartier (Canada, 1534). Au milieu du XVIe siècle, François Xavier entame le début de l'évangélisation du Japon.

    La cartographie progresse, à la fois par la quantité de nouvelles connaissances apportées par les explorations, la diffusion des documents par l'imprimerie, et par de nouvelles méthodes et des fondations théoriques solides (projection de Mercator au XVIe siècle). Les cartes du monde de la Geographica Generalis de Bernard Varenius et celles de Gerardus Mercator en témoignent.

    En Italie, Giovanni Botero publie à Rome, de 1591 à 1592, les trois volumes des Relazioni Universali qui marquent la naissance de la statistique ou science descriptive de l'État. Il s'agit d'une géographie appliquée aux besoins des nouvelles administrations.

    Débuts de l'époque moderne

    Après les voyages de Marco Polo, l'intérêt pour la géographie s'accroît dans toute l'Europe. Vers 1400, les écrits de Ptolémée et de ses successeurs islamiques ont fourni un plan systématique pour organiser et représenter l'information géographique. Les grands voyages d'exploration du XVIe siècle et du XVIIe siècle ont ravivé le désir d'une plus grande précision des détails géographiques précis et de fondements théoriques plus solides. L'ouvrage Geographia Generalis de Bernhard Varenius et la carte du monde de Gerardus Mercator sont d'excellents exemples de la nouvelle génération de géographes.
    Le cartographe ottoman Piri Reis a créé des cartes de navigation qu'il a exposées dans Kitab-ı Bahriye. Le travail comprend un atlas de cartes de petites parties de la Méditerranée, accompagné d'informations portant sur la mer.
    Dans la deuxième version de l'œuvre, il a inclus une carte des Amériques.
    - XVIIIe siècle
    Au XVIIIe siècle, James Cook et La Pérouse explorent la zone du Pacifique.
    Au XVIIIe siècle, la géographie commence à émerger en tant que discipline scientifique. Mais il faut attendre le XIXe siècle pour qu'elle prenne une place réelle dans l'enseignement en France. Suite à la défaite de la France en 1870 contre la Prusse, elle est enseignée dans le primaire, en particulier à travers un livre de lecture, Le Tour de France par deux enfants. Son enseignement dans le supérieur est initié à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, par Vidal de la Blache, le géographe français marquant de la fin du XIXe siècle.
    - XIXe siècle
    Au XVIIIe siècle, la géographie fut reconnue comme une discipline à part entière et a fait partie d'un programme d'études universitaires typiques en Europe (notamment à Paris et Berlin), mais pas au Royaume-Uni, où la géographie est généralement enseignée comme une sous-discipline d'autres domaines. L'une des grandes œuvres de cette époque est Kosmos: a sketch of a physical description of the Universe, par Alexander von Humboldt, dont le premier volume a été publié en allemand en 1845.

    Au XIXe siècle, Thomas Henry Huxley a adopté la philosophie de l'universalité comme une approche intégrée dans l'étude de l'environnement naturel. La philosophie de l'universalité dans la géographie n'est pas nouvelle, mais elle peut être considérée comme l'évolution des travaux d'Alexander Von Humboldt et d'Emmanuel Kant. Une des publications de Huxley a présenté une nouvelle forme de la géographie qui a analysé et classé les causes et les effets au niveau micro-économique et a ensuite appliqué ces mesures à la macro-échelle (en raison de l'avis que le micro fait partie de la macro, et donc qu'une compréhension de toutes les micro-échelles est nécessaire pour comprendre le niveau macro). Cette approche a insisté sur la collecte de données empiriques sur le plan théorique. La même approche a été également utilisée par Halford John Mackinder en 1887.

    Au cours des deux derniers siècles, la quantité de connaissances et le nombre d'outils a explosé. Il existe des liens étroits entre la géographie et les sciences de la géologie et de botanique, ainsi que de l'économie, la sociologie et la démographie.

    La Royal Geographical Society a été fondée en Angleterre en 1830. Le premier véritable esprit géographique à émerger au Royaume-Uni a été Halford John Mackinder, nommé à l'Université d'Oxford en 1887. La National Geographic Society a été fondée aux Etats-Unis en 1888 et a commencé la publication du magazine National Geographic, qui est devenu et continue d'être un grand vulgarisateur de l'information géographique. La société a longtemps soutenu la recherche et l'éducation géographique.

    XXe siècle

    Dans l'Ouest, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle et le XXe siècle, la discipline de la géographie a connu quatre grandes phases : le déterminisme environnemental, la géographie régionale, la révolution quantitative, et la géographie critique.
    - Déterminisme environnemental
    Le déterminisme environnemental est la théorie que de l'état physique, mental et moral, ainsi que les habitudes d'un peuple sont dues à l'influence de leur environnement naturel. On peut citer comme parmi les théoriciens du déterminisme environnemental les plus célèbres Carl Ritter, Ellen Churchill Semple, et Ellsworth Huntington. On rencontre des croyances populaires comme «la chaleur rend les habitants des tropiques paresseux» et «de fréquents changements de pression barométrique rendent les habitants des latitudes tempérées plus agiles intellectuellement.». Les géographes liés au déterminisme environnemental ont tenté de faire l'étude scientifique de ces influences. Vers les années 1930, cette façon de penser a été largement dénoncée comme dépourvue de tout fondement et susceptible de généralisations. Le déterminisme environnemental reste un embarras pour bien des géographes, et conduit à beaucoup de scepticisme parmi les revendications de l'influence de l'environnement sur la culture (telles que les théories de Jared Diamond).
    - Géographie régionale
    La géographie régionale représente une réaffirmation sur le fait que le véritable sujet de la géographie était l'étude des lieux (régions). Les géographes régionaux se sont concentrés sur la collecte d'informations descriptives sur des lieux, ainsi que sur les bonnes méthodes pour diviser la Terre en régions. Un des géographies biens connus de cette période est Paul Vidal de La Blache. Le fondement philosophique de ce domaine a été posé aux États-Unis par Richard Hartshorne qui a défini la géographie comme l'étude de la différenciation territoriale, ce qui a conduit plus tard à la critique de cette approche, jugée trop descriptive et non scientifique.
    - La révolution quantitative
    La révolution quantitative était une tentative pour redéfinir la géographie en tant que science, dans le sillage de la relance de l'intérêt pour la science après le lancement de Spoutnik. Les révolutionnaires quantitatifs, souvent appelés «cadets de l'espace», ont déclaré que l'objectif de la géographie était de tester les lois générales sur l'organisation spatiale des phénomènes. Ils ont adopté la philosophie du positivisme des sciences naturelles et se sont tournés vers les mathématiques, notamment les statistiques, pour trouver un moyen de prouver les hypothèses. La révolution quantitative a jeté les bases pour le développement des systèmes d'information géographique. Des géographes bien connus de cette période sont Waldo Tobler, William Garrison, Peter Hagget, William Bunge ou Torsten Hägerstrand.
    - Géographie critique
    Alors que les approches positiviste et post-positiviste restent importantes dans la géographie, la géographie critique se pose comme une critique du positivisme. La première souche de la géographie critique à émerger est la géographie humaniste. S'appuyant sur la philosophie de l'existentialisme et la phénoménologie, les géographes humanistes (tels que Yi-Fu Tuan) se sont concentrés sur le sentiment des peuples et leur relation avec les lieux. Plus influente fut la géographie marxiste, qui a appliqué les théories sociales de Karl Marx et de ses successeurs aux phénomènes géographiques. David Harvey et Richard Peet sont des géographes marxistes assez célèbres. La géographie du genre est l'utilisation des idées du féminisme dans des contextes géographiques. La souche la plus récente critique de la géographie est la géographie post-moderniste, qui utilise les idées des théoriciens post-modernes et post-sructurels pour explorer la construction sociale des relations spatiales.
    - Autres approches
    . La Nouvelle Géographie
    La nouvelle géographie se développe à partir des années 1960 aux États-Unis et gagne la France, la Suisse et surtout l'Allemagne dans les années 1970. Elle est directement influencée par les géographies anglo-saxonnes, plus précisément scandinaves et américaines.

    Inspirée par les mathématiques (statistiques) et les règles de l'économie, cette géographie tente d'établir des «lois» universelles (science nomothétique).

    La géographie devient la discipline visant à mettre en lumière les régularités, les ressemblances entre les espaces, afin d’énoncer les lois générales explicatives. On passe donc du particulier au général, du descriptif à l’explicatif et de l’inductif à l’hypothético-déductif. La démarche classique (description de chaque industrie régionale, typologie, cartographie, explications de la présence spécifique de certaines industries dans certains lieux privilégiant les facteurs naturels, les particularités locales et la dimension historique) est remplacée par une démarche «nouvelle».

    Celle-ci simplifie la réalité en partant d’hypothèses de base, pose des hypothèses de recherche et un mécanisme à tester. Une collecte de données, une analyse statistique et la production d’une carte «théorique» permet ensuite d’accepter ou de rejeter l’hypothèse, qui peut par la suite éventuellement être modifiée. À la fin du processus, on dispose d’une série de propositions, dont on peut rendre compte par un modèle (représentation simplifiée et symbolique). Le modèle peut être une relation mathématique, une série de propositions ou une représentation cartographique. On change ainsi de méthodes et d’échelle de travail, on s’allie à d’autres sciences, et on pose d’autres hypothèses sous-jacentes.

    La Nouvelle Géographie émerge dans un contexte spécifique : le prestige de la science, les besoins de la croissance, la situation de la géographie traditionnelle, les problèmes sociaux et ceux des minorités ainsi que le nouveau rôle de l’État modifie les attentes quant à la géographie, tout comme les besoins de la reconstruction en Europe. C’est à cette époque que se développe la production de masse (fordisme, etc.). Les problèmes sociaux de l’époque concernent surtout la transformation de l’économie (de la guerre à la paix) et les emplois et logements. Les petits agriculteurs vivent mal, on affronte des problèmes syndicaux et des difficultés avec les minorités. Pour les jeunes géographes, ce renouveau de la géographie est un défi et une question de survie. On assiste donc à une modification du rôle de la géographie, qui doit permettre aux gouvernements de comprendre, prédire e diriger les phénomènes sociaux dans l’espace. Ses conséquences sont la double alliance de la géographie avec les sciences et la planification, son renouveau orienté vers l’économie (localisations, croissance régionale, urbanisation, flux et interactions), l’obtention de fonds, la reconnaissance symbolique et l’essor de la géographie appliquée.

    Les modèles de localisation sont typiques de ce paradigme. Ils se basent sur deux grands principes d’explications : l’hétérogénéité de l’espace, qui renvoie au fait que l’espace est différencié et que certains lieux sont plus favorables à certaines activités, et son opacité, qui renvoie au fait qu’il est difficile à franchir en raison de la friction de la distance (l’éloignement ayant donc un coût). Voir les théories de localisation agricole (Von Thünen), industrielles (Launhardt et Weber) et tertiaire (places centrales) de G. Fisher.

    Les points forts de l’analyse spatiale sont son cadre théorique cohérent et sa démarche rigoureuse, le processus cumulatif de connaissances qu’elle met en place, mais aussi les succès tangibles qu’elle remporte et le fait qu’elle s’accommode de phénomènes complexes. Cependant, on peut lui adresser plusieurs critiques : l’oubli du contenu, la disparition de l’homme, la simplification de la réalité, le manque d’esprit critique, l’oubli des rapports de pouvoir, et le côté faussement objectif de sa démarche. Le paradigme s’essouffle : les troubles sociaux persistent, la Guerre du Vietnam et la contestation sociale bouleversent la société, le prestige de la science diminue. 
    . La géographie comportementale
    La géographie comportementale s’attache à analyser les individus, leurs comportements individuels et collectifs à travers le rapport qu’ils entretiennent avec leur territoire. Les comportementalistes se penchent donc aussi sur la psychologie de l’être humain, son rapport au groupe et à l’espace, son fonctionnement mental. Il s'agit avant tout de se poser la question «qui fait quoi ?» et «pourquoi ?» (Ou : «qui dit quoi ?» et «pourquoi ?»)
    . La géographie radicale
    Appelée aussi géographie marxiste ou critique, cette géographie est fortement influencée par les autres sciences sociales. Antoine Bailly définit ainsi la problématique radicale : «Une vision de la géographie qui privilégie la problématique du matérialisme historique et la démarche dialectique dans l'analyse socio-économique des pratiques sociales» (2001)
    Elle s'inscrit dans un contexte de troubles sociaux et de contestation sociale durant la guerre du Vietnam au moment où le prestige de la science est en baisse.


    On retrouve des géographes comme Yves Lacoste et l'équipe de la revue Hérodote, Guy Di Méo (L'Homme, la société, l'espace, 1991) ou l'anglais David Harvey (Directions in Geography, 1973 et Social justice and The City, 1977)

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    Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « History of geography » (voir la liste des auteurs)


     
  3. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Géographie
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    Géographie (Ptolémée)

    La Géographie ou Manuel de géographie (en grec ancien Γεωγραφικὴ Ὑφήγησις, latinisé en Geographike Hyphegesis, en latin Geographia ou anciennement Cosmographia) est un traité rédigé par Ptolémée vers l'an 150. Cette Introduction géographique à la cartographie est une compilation des connaissances sur la géographie du monde à l’époque de l’empire romain, et dont la redécouverte en Europe au XVe siècle permit de relancer l'étude de la géographie mathématique et de la cartographie.

    Cet ouvrage est divisé en huit livres. Le premier de ceux-ci expose les bases théoriques du sujet. Les six livres suivants sont consacrés aux diverses parties du monde connu, et contiennent entre autres les coordonnées d'environ 8 000 localités. Le huitième et dernier livre, après une brève introduction, utilise les informations contenues dans les livres précédents pour atteindre l'objectif final : dessiner des cartes géographiques de tout le monde habité. Il en contient 27, une carte générale et 26 régions détaillées.


    Fondements

    Des cartes géographiques basées sur des principes scientifiques et en particulier sur l'utilisation d'une grille de méridiens et de parallèles (c'est-à-dire un système de coordonnées) avaient déjà été réalisées depuis l'époque d'Ératosthène au IIIe siècle av. J.-C.. Au siècle suivant, la géographie mathématique accomplit de grands progrès grâce à Hipparque. À l'époque de l'Empire romain, Marinus de Tyr continue d'approfondir le sujet, et Ptolémée le citera amplement. Tous les ouvrages antérieurs ayant été perdus, il n'est pas facile de juger jusqu'à quel point les méthodes présentées par Ptolémée sont originales, mais il est généralement admis que les principales projections cartographiques décrites dans la Géographie sont de lui. Pour les données relatives aux régions examinées plus en détails, Ptolémée a certainement utilisé, en plus de celles d'Hipparque et de Marinus, les descriptions d'itinéraires et de périples disponibles à son époque.

    L'écoumène* de Ptolémée

    Ptolémée n'avait pas l'intention de représenter le globe entier, mais uniquement les régions habitées, c'est-à-dire l'écoumène. Celui-ci s'étendait entre la latitude 63° Nord (pour Ptolémée, il s'agit du parallèle de Thulé) et celle de 16° 25’ Sud (le parallèle d’Anti-Meroe, la côte orientale de l'Afrique). Ptolémée croyait que l'écoumène couvrait 180° en longitude. La localité le plus à l'ouest, où il avait placé le méridien de référence, se trouvait sur les îles «Fortunata» (îles des Bienheureux), qui correspondent sans doute aux îles du Cap-Vert, et non aux îles Canaries, comme on l'a souvent affirmé. Du côté Est, l'endroit le plus éloigné appartient à la péninsule indochinoise.

    La théorie présentée dans le premier et le huitième livre
    Latitudes et longitudes
    Le premier livre de la Géographie présente une analyse des obstacles rencontrés et des méthodes utilisées par Ptolémée. Pour dessiner des cartes géographiques, le premier problème à résoudre était celui du choix des coordonnées, c'est-à-dire les latitudes et les longitudes des lieux à représenter. La latitude, en principe, ne posait pas de difficultés majeures. Diverses méthodes pour la calculer existaient déjà. Ptolémée avait une préférence pour celle utilisant le nombre d'heures maximum de luminosité dans une journée. La longitude était beaucoup plus difficile à mesurer. La seule méthode suffisamment précise disponible à cette époque est celle où l'on calcule la différence entre les heures locales d'observation d'une éclipse de Lune. C'est cette méthode, recommandée par Hipparque, qu'a reprise Ptolémée. Ce dernier regrettait cependant d'avoir à sa disposition bien trop peu de chiffres obtenus de cette façon. La plupart du temps, Ptolémée a été contraint de calculer les différences de longitude en se basant, d'une part, sur des estimations des distances linéaires - elles-mêmes tirées d'itinéraires existants - et, d'autre part, sur la longueur du parallèle correspondant. Il avait toutefois remarqué que la différence longitudinale entre deux points placés sur des parallèles différents peut aussi être évaluée si on connait la différence de latitude et l'angle selon lequel elle croise le méridien.
    Projections cartographiques
    Même en connaissant les coordonnées d'un endroit, le second problème, caractéristique de la cartographie, est de représenter une portion de superficie sphérique sur une surface plane. De toute évidence, il est impossible de le faire sans distorsion. Il faut donc choisir quelles sont les caractéristiques que l'on souhaite conserver intactes lors de la transcription.

    Ptolémée décrit deux projections pouvant être utilisées pour réaliser une carte générale de l'écoumène. La première, plus simple, est essentiellement une projection conique dans laquelle les parallèles sont représentés avec des cercles concentriques et les méridiens avec des droites qui convergent vers un même point unique. Ce système tend cependant à représenter les parallèles avec des arcs dont la longueur va en grandissant vers le sud, alors qu'à partir de l'équateur, la longueur réelle diminue. Considérant cette différence inacceptable, Ptolémée a modifié la projection du faisceau placé au sud de l'équateur de la façon suivante : il a attribué à l'arc qui représente le parallèle le plus au sud (c'est-à-dire le parallèle d'Anti-Meroe, à la latitude 16° 25' S) la même longueur que son symétrique respectif à l'équateur (à la latitude 16° 25' N). Il trace ensuite des méridiens au sud de l'équateur avec des segments qui connectent les points de l'équateur avec ceux du parallèle d'Anti-Meroe placés sur la même longitude.


    La deuxième projection, que Ptolémée préférait, est plus complexe. Elle représente les méridiens non pas avec des segments de droite, mais avec des arcs. Le segment du méridien central faisant partie de l'écoumène (90° à l'est des Îles des Bienheureux) est représenté par une ligne verticale sur laquelle les distances sont proportionnelles à la réalité. Sur la prolongation de ce segment, vers le haut, Ptolémée choisit un point C comme centre des parallèles. Il mesure ensuite la circonférence du centre C qui passe par les extrémités du segment et par le point du milieu. À partir de ces trois circonférences, il trace des arcs symétriques au méridien central. Ceux-ci représentent trois parallèles : deux aux extrémités pour marquer les limites de l'écoumène (le parallèle de Thulé au nord, et celui de l'Anti-Meroe au sud) et un troisième à mi-chemin entre les deux. La longueur des arcs est choisie de façon à reproduire les parallèles selon la même échelle que celle utilisée pour le méridien central. Chacun des trois parallèles est divisé en arc égaux pour permettre d'inscrire les longitudes à intervalles de 5 degrés. Les méridiens (tracés tous les 5 degrés) sont ensuite dessinés en forme d'arcs qui passent par les trois points de même longitude sur les trois parallèles spéciaux. Les autres parallèles sont tracés avec des arcs concentriques basés sur les trois précédents, mais les distances représentés par ces nouveaux parallèles ne sont pas proportionnelles à la réalité.

    Pour les cartes régionales, Ptolémée, comme il l'explique au début du huitième livre, utilise une troisième projection : la projection cylindrique simple, déjà utilisée par Marinus de Tyr, dans laquelle les méridiens et les parallèles sont représentés par une grille de lignes droites qui se croisent orthogonalement. Ptolémée considérait que les distorsions induites par cette projection la rendaient inutilisable pour une carte générale, mais qu'elles étaient suffisamment limitées dans le cas des cartes régionales.

    Les cartes originales de Ptolémée ont été perdues. Il n'est cependant pas difficile de redessiner la plupart d'entre elles, grâce aux instructions détaillées de Ptolémée sur les projections utilisées et à la quantité de coordonnées disponibles dans ses manuscrits.

    Coordonnées géographiques et erreurs

    Six des livres de la Géographie (du deuxième au septième) contiennent des données sur les caractéristiques géographiques du monde connu : on y trouve les emplacements de différents peuples, cours d'eau, montagnes, villes, îles, etc. Des longitudes et latitudes sont attribuées à environ 8 000 localités. Ces données contiennent différents types d'erreurs. La plupart des latitudes sont erronées dans des proportions bien plus importantes que la simple erreur de mesure à laquelle on aurait pu s'attendre avec les moyens disponibles à l'époque. Dans certains cas, comme celui de la ville de Babylone, on remarque que la valeur utilisée par Ptolémée est beaucoup moins précise que celle calculée longtemps auparavant par Hipparque.

    Outre les erreurs individuelles causées par le manque de sources fiables (en particulier dans le cas des régions éloignées de l'Empire romain), les données de Ptolémée sont également affectées par deux erreurs récurrentes. La première concerne les dimensions de la Terre. Alors qu'Ératosthène avait mesuré avec une précision remarquable la longueur du méridien et qu'Hipparque en avait accepté la valeur, Ptolémée a préféré utiliser une valeur inférieure (environ 5/7 du résultat d'Érastosthène), celle utilisée par Marinus de Tyr. L'origine de l'erreur de Marinus est obscure et sujette à diverses interprétations. La deuxième erreur concerne la surévaluation des longitudes.


    Influence, traductions et éditions

    Au cours de l'Antiquité tardive, l'œuvre de Ptolémée est connue tant dans le monde grec que dans le monde latin. Elle sert de base à la description du monde habité compilée par Pappus d'Alexandrie vers l'an 300, et elle est citée par Ammien Marcellin à la même époque, ainsi que par Cassiodore au VIe siècle. Mais par la suite, on en perd la trace en Europe occidentale.

    Le monde musulman prend connaissance de l'œuvre de Ptolémée dès 825, date à laquelle un groupe d'astronomes traduit en arabe son astronomie, l'Almageste (d'après al Majesti, la Très grande œuvre). En 1174, une version arabe de ce texte sera d'ailleurs traduite vers le latin à Tolède, par Gérard de Crémone. À la Maison de la sagesse de Bagdad la Géographie est traduite plusieurs fois, peut-être du syriaque, par Al-Kindi puis par Thābit ibn Qurra. Aujourd'hui, il nous reste les Tables d'Al-Khuwârizmî réalisée avant 847, ainsi que les travaux d'Al-Battani et de Yaqout, tous faits en référence à ceux de Batlamiyus (Ptolémée). Ces données, en même temps que celles des ouvrages indiens et persans, seront abondamment commentées au Proche-Orient jusqu'au-delà du XIIIe siècle.

    À la fin du XIIe siècle, dans l'Empire byzantin, on trouve encore une mention de la Géographie (une transposition en vers de quelques passages), dans l'ouvrage de Jean Tzétzès, Chiliades. Mais ce sera tout jusque vers 1300, où des versions grecques de Ptolémée sont retrouvées par l'érudit byzantin Maximus Planudes. Il dessinera les cartes perdues en se basant sur ces textes. Après la traduction en latin de la Cosmographie (c'est alors sont nom) par Manuel Chrysoloras, achevée par son élève Jacopo d'Angelo da Scarperia en 1406, plusieurs cartes sont à nouveau dessinées (voir illustration ci-contre). Cette traduction est imprimée pour une première fois en 1475, et les cartes le seront encore régulièrement. Les sciences cartographiques prennent à ce moment-là de l'ampleur, dans un contexte de développement des explorations territoriales par le monde occidental.


    Le texte grec de la Géographie est imprimé pour la première fois en 1533, dans une publication préparée par Érasme de Rotterdam. Longtemps la seule édition complète était celle de Nobbe (1843-1845), mais sans notes critiques. Celle de Müller (1883-1901), pourtant considérée comme une édition de référence, ne contient que les livres 1 à 5. Mais en 2006, une version intégrale en grec et allemand, éditée sous la direction d'Alfred Stückelberger et de Gerd Grasshoff, a été publiée à Bâle. Ces éditions sont mentionnées dans la bibliographie ci-dessous. La traduction anglaise de Stevenson contient de nombreuses erreurs.


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    *Écoumène
    L'écoumène est une notion géographique pour désigner l'ensemble des terres anthropisées (habitées ou exploitées par l'Homme). L'acception moderne du mot concerne généralement l'humanité entière mais il a eu des significations plus ciblées, notamment à des périodes plus lointaines depuis la terre grecque antique (Terra cognita, terre connue).

    Le terme est réintroduit de nos jours, notamment par le géographe Augustin Berque, pour désigner la relation de l'humain à son milieu : sensible et concrète, symbolique et technique.


    Grèce antique
    Par des observations et des mesures astronomiques, Ératosthène parvint à mesurer partiellement le globe terrestre et à dresser la carte de sa partie habitée connue à l'époque. Pour Ératosthène, et comme le pensait avant lui Aristote, l'écoumène était une île gigantesque, entourée par un océan unique, à la surface d'une Terre sphérique. Ptolémée tenta de cartographier l'écoumène dans son ouvrage intitulé Géographie.

    Le tracé de la carte plane du monde, lointaine ancêtre de notre géographie, se faisait selon deux axes orthogonaux : la description métrique (correspondant à notre latitude moderne) et la description périégétique (la longitude). La description métrique, relativement précise, consistait à tracer le méridien de Méroé à Thulé, sur une longueur de 30 000 stades. La description périégétique était beaucoup moins précise, s'appuyant uniquement sur des matériaux hétéroclites (témoignages de périples). La carte d'Ératosthène était complétée par une description topographique et des remarques sur l'activité humaine et l'économie.

    L'écoumène n'occupait qu'un quart de la surface du globe terrestre, s'étendant des colonnes d'Hercule à l'ouest aux colonnes d'Alexandre à l'est, sur une distance d'environ 120 à 180 °.

    Vers 220 av. J.-C., Ératosthène décrivait le globe terrestre en cinq zones parallèles : la canicule, bande centrée sur l'équateur, deux calottes polaires, une à chacun des pôles, et deux zones tempérées, comprises entre la canicule et les calottes polaires.


    Usage philosophique
    L'écoumène possède une réalité plus vaste que le simple ensemble des terres habitées, le terme comprend aussi la relation de l'homme à l'espace habité, une sorte d'englobant à la Karl Jaspers qui s'attaquerait à la géographie. Car la notion d'écoumène ne peut se détacher d'une réflexion ontologique, si l'être humain se crée avec sa temporalité comme Bergson l'a montré, il se crée aussi avec sa spatialité, sa vision personnelle de l'espace qu'il s'approprie. Ainsi l'écoumène se détache de la simple géographie pour entrer de plain-pied dans la philosophie de l'être, comme s'est attaché à le montrer Augustin Berque dans son ouvrage.

    L'écoumène désignant le monde civilisé, il est envisageable que longtemps l'Occident ait découpé l'écoumène de la philosophie en en excluant la philosophie indienne, la philosophie chinoise et la philosophie japonaise. On retrouve cet usage du concept chez Bernard Stevens, qui le reprend pour sa part à Augustin Berque.

    Dans la littérature
    Dans son œuvre en cinq volumes La Geste des Princes-Démons, l'écrivain américain de science-fiction Jack Vance nomme Œcumène la portion civilisée et policée de notre galaxie, dont une large partie a été colonisée par l'espèce humaine dans ce lointain futur.


     
  4. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géographie humaine

    La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme.

    Cette branche de la géographie est donc par définition une science humaine.

    Ses domaines sont très variés et font appel aussi bien à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'histoire, au droit ou encore à la politique.

    Comme tous les phénomènes géographiques, les faits étudiés par la géographie humaine sont cartographiés.
    Les cartes ainsi produites constituent un des matériaux sur lesquels s'appuie le géographe pour son analyse, de même que les statistiques, la législation, les enquêtes d'opinion.

    La géographie humaine comprend elle-même de nombreuses spécialités :

    La géographie de la population - la géographie rurale - la géographie urbaine - la géographie sociale - la géographie économique - la géographie politique - la géographie culturelle et la géographie religieuse.
     
  5. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géographie politique

    Ne pas confondre avec Géopolitique


    La géographie politique est l'étude de la relation entre l'espace et le pouvoir, notamment les processus de fabrication des espaces par le pouvoir. La notion de géographie politique a été formulée pour la première fois, en tant que savoir scientifique, au XIXe siècle, par Friedrich Ratzel (1844-1904), géographe allemand marqué par les recherches du géographe Alexandre de Humboldt (1769-1859), du naturaliste Darwin (1809-1882) et du philosophe Hegel (1770-1831).

    Par la suite, elle se développe surtout dans les pays anglo-saxons, et s'intéresse à tous les types de territoires (États, organisations régionales, entités administratives: du local au global) mais aussi aux frontières, ou encore au lien entre les habitants et leur territoire (ou territorialité).


    Définition et champ théorique

    À la différence de la géographie physique (qui étudie l'espace naturel physique), la géographie humaine étudie les relations entre les sociétés humaines et leurs environnements naturels.

    La géographie politique est une sous-discipline parmi d'autres de la géographie humaine. D'ailleurs l'expression «géographie politique» fut au départ employée comme synonyme de l'actuelle expression «géographie humaine» (expression qui n'existait pas à l'époque).

    «Contrairement à une opinion répandue la géographie politique fait bel et bien partie intégrante de la géographie car elle aussi est centrée sur espace et est en cela elle se différencie de la science politique cette dernière étant axée sur étude des institutions de gouvernement.»
    Mais la difficulté de définir l'objet et le champ de la géographie politique subsiste encore actuellement et fait l'objet de débats parmi les chercheurs.
    «II n'a pas été sans inconvénients pour la géographie politique de s'être développée antérieurement aux autres branches de la géographie. Elle se ressent des tâtonnements par lesquels elle a passé. Privée de l'appui qu'elle aurait trouvé autour d'elle, elle a marché le plus souvent au hasard, sans autre guide que le désir de satisfaire cette curiosité légitime, mais générale, que nous éprouvons pour les contrées et les peuples. »
    Différence entre géographie politique et géopolitique

    La distinction entre la géographie politique et la géopolitique n’est pas évidente, et est sujette à débat voire à controverse entre les différents auteurs. La géographie politique, apparue au XIXe siècle déjà, a été élaborée par des savants des pays du Nord de l'Europe comme l'allemand Friedrich Ratzel et le suédois Rudolf Kjellén.

    Puis quelques dizaines d'années plus tard, la critique de la géographie politique a généré, après la Seconde Guerre Mondiale, de nouvelles approches dont la géopolitique, d'abord développée par Karl Haushofer (1869-1946) en Allemagne dans les années 1920, mais aussi Alfred Mahan (1840-1914), Halford John Mackinder (1861-1947) ou Nicholas Spykman (1893-1943).

    Stéphane Rosière a proposé une distinction originale entre les deux disciplines, considérant la géographie politique comme "l'étude du cadre politique" (celui-ci étant constitué de territoires, de lignes politiques (préférées au terme de frontières), réseaux, pôles et lieux symboliques) et la géopolitique comme "l'étude de l'espace considéré comme un enjeu" (et impliquant des acteurs, opposés ou alliés). D'autres distinctions ont été proposées et ce champ épistémologique est loin d'être clos. Certains pensent aussi que la géographie politique peut être considérée comme une sous-discipline de la géopolitique. Plus que la géopolitique, la géographie politique se préoccupe de tous les types de territoires, des maillages, et des subdivisions administratives.

    Enfin, pour Albert Demangeon, "la géopolitique n'est pas autre chose que la géographie politique appliquée, nécessaire à la formation des hommes d'État et des diplomates ; elle vise 'les intérêts, non pas généraux et humains, mais proprement allemands [...]. Nous devons constater que la géopolitique allemande renonce délibérément à tout esprit scientifique. Depuis Ratzel, elle n'a pas progressé ; elle a dévié sur le terrain des controverses et des haines nationales.

    Les auteurs de géographie politique ont développé des approches systémiques (par types et classes de phénomènes), alors que ceux de la géopolitique se sont plus souvent concentrés sur des théories mondiales. Ils cherchent souvent (de Mackinder à Huntington) à offrir une grille de lecture du monde, et à influencer les hommes politiques.


    Les origines de la géographie politique

    La géographie politique trouve ses fondements dans les réflexions des relations entre le sol et l'État.
    Avant Ratzel, l'étude de la géographie politique n'avait jamais formé une discipline systématique. Elle avait souvent retenu l'attention de quelques grands esprits, curieux d'expliquer les États, ces grands faits de l'histoire. À la fin du XVI siècle, Jean Bodin avait déjà recherché les liens qui unissent l'État à la terre qui le supporte ; selon lui, les conditions naturelles exercent une influence puissante sur les modes de vie et sur la mentalité des peuples et, par suite, sur leurs formations politiques".

    A sa suite, les philosophes des Lumières (philosophie) (XVIIIe siècle), tel le Comte de Montesquieu par exemple, ont poussé plus en avant cette théorie. Les institutions reposent sur la géographie, l'Histoire, l'économie et le climat : la différence des besoins sous les différentes latitudes a amené la différence des modes de vie, et celle-ci, la différence des lois.

    Avec le XIXe siècle apparaissent plusieurs évolutions scientifiques, à la fois dans les techniques et les courants de pensées. La géographie n'échappe pas à ces avancées, notamment avec les travaux d'Alexander von Humboldt. Naturaliste, géographe et explorateur, il est un des premiers, à être à la fois un intellectuel qui, à la suite des Lumières, s'intéresse à tous les domaines et un scientifique spécialisé dans certains domaines particuliers. Son œuvre est caractérisée par une démarche scientifique originale, qui repose sur des mesures précises des phénomènes, une mise en rapport des domaines les uns avec les autres, l'observation des sociétés humaines, mais surtout une grande partie d'autoréflexion permanente sur la pratique scientifique.

    D'autres grands penseurs ont influencé les courants de pensées du XIXe siècle qui ont menés à la création de la géographie politique. Parmi ceux-ci, le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), notamment par ses apports théoriques et conceptuels (la phénoménologie de l'esprit, la dialectique, le "sens commun"...).

    C'est également le cas avec Charles Darwin (1809-1882), un naturaliste anglais, dont les travaux portaient essentiellement sur l'évolution des espèces vivantes, qui explique de façon théorique et unifiée, explique de façon logique et unifiée la diversité de la vie.

    Friedrich Ratzel (1844-1904
    Friedrich Ratzel est un pharmacien, zoologiste puis géographe allemand du XIXe siècle. Ayant commencé par voyager et publier des comptes-rendus de voyages, il enseigne ensuite la géographie à l'université de Leipzig.
    C'est à cette période qu'il rédige son œuvre majeure, l'Anthropogéographie (ouvrage en deux volumes en 1882 et 1891), qui constitue la toute première géographie humaine.
    L'apport de Ratzel à la géographie politique est majeur. "Il cherche à grouper des faits et à dégager des lois, afin de mettre à la disposition de la géographie politique un fond d'idées sur lequel elle puisse vivre."

    - L'Anthropogéographie
    Dans ce travail, Ratzel établit une distinction entre les peuples primitifs, ou Naturvölker, et les peuples plus évolués, ou Kulturvölker. Il soulignait que ces derniers possèdent en propre une forme d’organisation essentielle : l’État.
    Son approche révolutionne la géographie, car il relie l'Homme et la Terre par une vision systématique, avec l'idée que l'objectif de la géographie consiste à mettre en rapport la diversité des sociétés humaines pour lui faire correspondre une diversité égale de milieux naturels.

    Dans cette optique, l'emploi du mot géographie s'applique aux caractéristiques physiques. De ce point de vue, les facteurs géographiques sont donc exclusivement les conditions naturelles mais Ratzel qui éprouve la nécessité de créer un nouveau terme pour qualifier sa spécialité - il parle d'anthropogéographie - dépasse l'ancienne acception du concept dans ses travaux.

    - Politische Geographie
    Ratzel a donc poursuivi son travail taxinomique en publiant, en 1897, la Politische Geographie (géographie politique) qui fonde cette discipline.
    «Sous le titre de Géographie politique, une nouvelle publication, dans laquelle l'auteur cherche, par une application spéciale à l'étude des États, à concentrer, à préciser sa doctrine»
    Paul Vidal de la Blache, La Géographie politique

    Pour Ratzel, la géographie politique est «la géographie des États, du commerce et de la guerre».
    Pour la guerre, Ratzel analyse l'évolution entre le simple anéantissement de l'ennemi par les peuples "primitifs", puis la prise de conscience de l'exploitation du sol qui devient une "lutte pour le sol". À partir de ce moment la conduite d'une armée devient géographique car elle doit suivre la topologie et les frontières naturelles (montagnes, fleuves...).
    Le commerce également est très lié à la guerre pour Ratzel : l'attractivité commerciale est encore une forme de l'"expansion humaine", du "mouvement historique".

    Paul Vidal de la Blache
    Influencé par la pensée allemande, en particulier par Friedrich Ratzel qu'il a rencontré en Allemagne, Vidal est à l'origine du terme de possibilisme qu'il n'a certes jamais prononcé mais qui résume de manière commode son opposition au déterminisme de la nature défendue par certains géographes du XIXe siècle.

    Son approche est souvent qualifiée "d'idiographique" car découlant d'une observation, sans doute magistrale mais unique, cette approche empêche une évolution "nomothétique" de la discipline qui serait le fruit d'une expérimentation permettant de dégager des lois ou des démonstrations scientifiques.

    Il a notamment publié en 1910 un article visionnaire sur «les Régions françaises», et a proposé un découpage de la France en régions organisées par une métropole. Les réalités économiques du monde moderne, avec la concurrence mondiale et le rétrécissement de la Terre imputables à une circulation accélérée, lui font pressentir que des modes d’organisation moins centralisés et moins étatiques doivent être promus.


    Épistémologie, débats et grandes questions

    Après la disparition de Vidal de la Blache, la géographie politique fût accaparée par certains chercheurs de langue allemande qui créèrent la geopolitik', qui fût souvent confondue avec la géographie politique, dans une utilisation pseudo-scientifique devant servit les intérêts allemands (pan-germanisme), lui faisant perdre pratiquement toute légitimité.

    "Pourtant depuis cette date
    (N.B. 1945) la géographie politique connaît une évolution, un renouveau et une ampleur insoupçonnés. [..] Après avoir pris naissance en Allemagne elle trouve aujourd'hui sa plus grande expansion chez les écoles anglo-saxonnes si bien qu’on pu dire parfois que la géographie politique contemporaine était un domaine monopolisé par les géographes de langue anglaise Cette situation explique essentiellement par les conséquences et les traumatismes laissés par la geopolitik allemande en Europe".

    Elle s'intéresse désormais à tous les types de territoires (États, organisations régionales, entités administratives; du local au global) mais aussi aux frontières, ou aux habitants. "Le lien entre les habitants et leur territoire (ou territorialité) est une dimension nouvelle de cette discipline plus que centenaire.

    Jean Gottmann (1915-1994)
    Géographe français né en Ukraine, il a d'abord étudié à la Sorbonne, puis devient membre de l'Institut for Advances Studies de Université de Princeton, avant d'aller occuper le siège de Directeur de l'Ecole de Géographie de l'Université d'Oxford. Son œuvre porte principalement sur les nouvelles formes d'urbanisation (on lui doit notamment le terme Megalopolis), mais il a aussi beaucoup travaillé en géographie politique et en géographie régionale.

    Pour lui la politique des États et la géographie veut témoigner d’une pensée parmi les plus originales de la géographie moderne, en démontrant que la vie des peuples est, en grande partie, fonction de la configuration de l’espace qu’ils occupent.

    En 1952, il publie "La politique des États et leur géographie". Écrit aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, le texte expose une interprétation d’une étonnante actualité pour saisir un monde en pleine recomposition. Et surtout, il propose un appareil conceptuel pour lire le monde qui fait souvent défaut à la géographie politique.


    Gottmann propose une lecture de l’espace géographique selon une dialectique entre le mouvement de cloisonnement du monde et celui de la circulation. Le monde est pour lui composé d'unités différenciées, qu'il appelle "le cloisonnement du monde", et qui relève de l’ordre du donné. La recherche de la stabilité pour organiser politiquement ces espaces se combine avec le principe de la circulation, fluidité qui affecte aussi bien l’organisation interne des États que leurs limites dans l’histoire.
    La situation de ces espaces - J. Gottmann reprend le terme ratzélien de position – se comprend alors comme la résultante des multiples mouvements qui traversent le monde et du type de limites qui le cloisonnent. Il ébauche alors une théorie de l’émergence des unités politiques (ce qu’il appelle régionalisme) fondée sur la relation entre la circulation, comme facteur de changement spatial, et l’iconographie comme système de résistance à la circulation.

    Yves Lacoste (1929)
    Géographe et géopoliticien né au Maroc en 1929, Yves Lacoste se spécialise :
    En 1976, il créé la revue Hérodote, "revue de géographie et de géopolitique".

    La même année paraît un livre qui fait sensation au sein de la géographie française : La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre (Editions Maspero). Ce livre, qui a eu beaucoup d'échos au sein des milieux universitaires, a contribué à la refondation épistémologique de la géographie, comme science s'intéressant au politique, mais son auteur ne prétendait pas faire œuvre de géographie politique.

    Il y distingue trois géographies : la géographie scolaire et universitaire, la géographie «spectacle» et la géographie comme «instrument de pouvoir», les deux premières dissimulant la dernière. Le grand mérite de cet ouvrage fut en premier lieu d'avoir encouragé les géographes à s'intéresser aux problèmes épistémologiques de leur discipline ainsi que de relancer une «géographie active» qui s'engage dans l'organisation de l'espace.

    Il ajoute à la géographie les concepts de territorialité et représentation (idées, perceptions, imaginaires collectifs). Pour lui, la géopolitique n'est pas uniquement un «produit» de la géographie et on ne peut privilégier les seuls facteurs géographiques en dehors du contexte politique. La géopolitique recherche les intentions collectives, et permet la mise en évidence de rapports de force.

    Paul Claval (1932)
    Géographe français né en 1932, Paul Claval est professeur à l'Université Paris IV-Sorbonne, et un des premiers géographes à mener dans les années 1960 une épistémologie de la science géographique.

    Il a notamment publié quelques ouvrages remarqués en géographie culturelle et en géographie politique, comme "Espace et pouvoir" (1978), "Géographie historique des villes d’Europe occidentale" (1981), ou encore "Epistémologie de la géographie" (2001).

    Ouvert aux courants nouveaux (modélisation et géographie quantitative) qui viennent des pays anglo-saxons, il est le premier représentant en France de la nouvelle géographie (La Nouvelle Géographie, 1977).

    Enfin, il publie "Les espaces de la politique", dans lequel il synthétise 30 années de réflexion renouvelant la géographie politique. Il y présente les processus avec lesquels le pouvoir mobilise la force et la menace qu'elle fait peser, en se reposant sur la légitimité ou s'appuie sur la domination économique et l'influence idéologique. Ainsi, les jeux du pouvoir, d'abord diffus, se sont concentrés dans un système politique qui coiffe, contrôle et dirige la société civile. C'est à partir de la Renaissance que l'État souverain s'est structuré en s'appuyant sur le territoire, sur la frontière et sur la capitale. Aujourd'hui, le monde est remodelé par la mondialisation de l'économie, la facilité accrue des déplacements et des communications, et le désir de pacifier la vie internationale. L’État national perd ses prérogatives, les instances de décision se multiplient, et les citoyens pèsent davantage sur la politique intérieure et étrangère : la gouvernance.

    Claude Raffestin (1936)
    Claude Raffestin est un géographe français né à Paris en 1936. Professeur de géographie humaine à l'Université de Genève, il a aussi été directeur du département de Géographie et du Centre Universitaire d'Ecologie humaine

    Il a contribué à l'avancée des sciences humaines en décloisonnant les disciplines et est considéré comme l'un des acteurs importants de la "nouvelle géographie", qu'il abandonna rapidement par la suite sans nier l'apport essentiel en termes de scientificité (légitimation de la démarche hypothético-déductive) dont cette tentative a pu être porteuse.

    Il s'est intéressé notamment à la géographie du pouvoir, en particulier à travers les rapports de territorialité, à partir desquels il a forgé une théorie géographique pertinente de la réalité sociale, susceptible d'offrir de nouvelles prises aux populations, vis-à-vis des enjeux de pouvoir qui les traversent.

    Il insiste aussi de façon récurrente sur la distinction paradigmatique à opérer, dans la recherche en géographie, entre une géographie du pouvoir d'inspiration foucaldienne et deleuzienne qu'il défend, et une géopolitique historiquement trop marquée et rattachée à une compréhension du pouvoir centré sur l'État.

    Saskia Sassen (1949)
    Sociologue et économiste américaine (mais née aux Pays-bas), elle se spécialise en sociologie urbaine dans la fameuse Université de Chicago. Son apport à la géographie politique s'est fait surtout par son approche originale de la problématique de la mondialisation, à travers ce qu'elle appelle la Ville mondiale (Global Citiy).
    Elle est connue pour ses analyses sur la globalisation et sur les migrations internationales.

    Jacques Lévy (1952)
    Jacques Lévy est un géographe français, qui a notamment enseigné à l'Université de Reims, à l'Institut des hautes études d’aménagement et de développement du territoire, à l'Institut d'études politique de Paris, puis à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (CH).
    Depuis 1975, il est cofondateur et coordinateur de la rédaction de la revue Espaces-Temps.
    En 1991, il publie "Géographies du politique", puis en 1994 "L'Espace légitime", en 2001 "From Geopolitics to Global Politics", mais surtout en 2003 "Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés", codirigé avec Michel Lussault.

    Depuis octobre 2004 il est professeur ordinaire de géographie et d’aménagement de l’espace à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Il est aussi directeur du laboratoire Chôros.

    Spécialiste de géographie politique, il s'est avant tout intéressé à la géographie "du" politique. Il a «mené de nombreuses missions de recherche sur l'urbanité dans des villes du Nord et du Sud, et il participe activement au débat sur les villes, l'aménagement du territoire, les relations entre espace et politique, l'Europe et la mondialisation».



     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géopolitique


    Ne pas être confondre avec Géographie politique ni Géostratégie.


    Du grec γη (« terre ») et πολιτική («politique»), la géopolitique «désigne tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d’influence sur des territoires et les populations qui y vivent», c'est-à-dire l'étude des rapports de forces entre divers acteurs sur un espace plus ou moins défini. La géopolitique repose alors sur l'analyse des objectifs visés par les acteurs et leurs moyens mis en œuvre pour y arriver. Les acteurs sont variés : ils peuvent être des États, mais également des «mouvements politiques ou des groupes armés plus ou moins clandestins». Les espaces sont tout autant variés de par leurs variations de tailles : les plus petits peuvent être analysés à une petite échelle (ville, commune, rue…), ou à une plus grande échelle (région, État, espaces inter- étatiques, planète).

    Originellement, c'est en Allemagne que la notion de géopolitique a été construite, principalement par Friedrich Ratzel. Cependant cette dernière servait à légitimer la puissance et l'expansionnisme allemand. L'utilisation de cette dernière par l'idéologie nazie a proscrit un temps cette discipline dans l'après guerre, notamment en France, car largement connotée. Pourtant la nécessité pour les décideurs politiques et les citoyens de mieux comprendre les conflits qui les entourent et ainsi d'en comprendre les enjeux a contribué, depuis les années 1980, au renouveau de cette discipline. À ce titre c'est au cours de la guerre du Vietnam puis du conflit qui opposa les Khmers rouges aux Nord-Vietnamiens, que la géopolitique recommença à être utilisée.

    Genèse de la géopolitique contemporaine

    Depuis sa naissance à la fin du XIXe siècle, la géopolitique contemporaine a subi des évolutions, qu'il est possible d'étudier sous un angle épistémologique.

    Fondateurs

    Le terme apparaît sous la plume du professeur de science politique/géographie suédois Rudolf Kjellén dans un article de journal, en 1889, qui évoque les frontières suédoises, puis dans un ouvrage, Stormakterna. Pour son auteur, la géopolitique est «la science de l'État comme organisme géographique ou comme entité dans l'espace : c'est-à-dire l'État comme pays, territoire, domaine ou, plus caractéristique, comme règne. Comme science politique, elle observe fermement l'unité étatique et veut contribuer à la compréhension de la nature de l'État».

    Il reprend en réalité les éléments de géographie politique énoncés par le géographe allemand Friedrich Ratzel, que l'on considère comme le père de la Geopolitik allemande. Ratzel analyse l'État en rapport avec sa géographie, son espace, son milieu, les deux sont en interactions. Dans son ouvrage Politische Geographie oder die Geographie der Staaten, des Verkehrs und des Krieges, Ratzel perçoit l'État comme un être vivant.


    Écoles de pensée

    À la suite des analyses de Friedrich Ratzel, puis de Kjellén, nombre d'universitaires et de membres des États-majors tentent de mettre au point des analyses géopolitiques au service de leur pays. On peut ainsi distinguer quatre grandes écoles :
    L'École allemande : die Geopolitik
    La géopolitique allemande – ou Geopolitik – repose sur les approches théoriques de Ratzel (1844-1904), qui donnera naissance à l'École de Berlin. Cette Geopolitik émerge avec la naissance du IIe Reich, dans la deuxième partie du XIXe siècle, qui cherche à se donner une légitimité territoriale et renforcer sa puissance. Elle est fortement influencée par des approches naturalistes ou environnementales comme celle du géographe Carl Ritter, de la pensée hégélienne notamment diffusée par son disciple Ernst Gapp, ou encore le darwinisme social passé entre les mains du biologiste philosophe Ernst Haeckel, le père du terme «écologie».

    L'approche géographique de Ratzel, interprétée comme géopolitique, s'applique à démontrer que l'État, thème principal des travaux géopolitiques, est «comme un être vivant qui naît, grandit, atteint son plein développement, puis se dégrade et meurt». L'État, pour vivre (ou survivre), doit s'étendre et fortifier son territoire. À travers ce prisme, Ratzel défend l'idée que l'Allemagne pour vivre doit devenir un véritable empire et donc posséder un territoire à sa mesure. Pour cela, il faut que le politique mette en place une politique volontariste afin d'accroître la puissance de l'État. Ce dernier a donc besoin pour se développer de territoires, d'un espace, l'espace nourricier, le Lebensraum (terme inventé par Ratzel), l'espace de vie (souvent traduit par espace vital).

    Les successeurs de Ratzel mettent cette nouvelle discipline au service du Prince et elle sera appliquée sous le IIIe Reich. Ils proposent au régime nazi une approche cartographique du monde où les «Grands Peuples» (grandes puissances) se partagent la planète en fonction d'alliances et d'une hiérarchie raciale des peuples. Cette Geopolitik active s'inscrit contre l'idée du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes émise par la SDN. Parmi les disciples de Ratzel, il faut citer le général bavarois Karl Haushofer (1869-1946) qui affine la notion d'espace de vie et la perception de l'espace dans un but hégémonique. Après la défaite de 1918, il devient l'un des chantres de la puissance allemande. Haushofer prévoit un partage du monde en quatre zones :
    1. une zone paneuropéenne recouvrant l'Afrique et dominant le Moyen-Orient dominée par l'Allemagne,
    2. une zone panaméricaine dominée par les États-Unis,
    3. une zone panrusse incluant l'Asie centrale et l'Asie du Sud dominée par la Russie,
    4. une zone pan asiatique dominée par le Japon, alliée de l'Allemagne, recouvrant l'Extrême-Orient (Chine), l'Asie du Sud-est et le Pacifique Nord. Cette partition du monde permet de contrer l'encerclement anglo-saxon.
    Cette application par le politique d'une discipline percevant l'État comme un organisme et à but hégémonique est appliquée au cours de la Seconde Guerre mondiale.

    À la suite de ses dérives, au sortir de la guerre, la géopolitique tant en Allemagne qu'ailleurs dans le monde est bannie des milieux universitaires et des États-majors, au profit d'autres approches du monde. D'ailleurs, les disciplines géographiques ont renoncé à réutiliser ces approches jusqu'aux années 1970-1980.
    L'École anglo-américaine : Heartland, Rimland et Sea power
    On doit à l'historien hongrois Emil Reich l'apparition du terme en anglais dès 1902, puis plus tard en 1904 dans son ouvrage Foundations of Modern Europe.
    . Alfred Thayer Mahan et le sea power
    Cette École définit la puissance d'un État (en l'espèce le Royaume-Uni) par la domination des mers ou océans (théorie de l'empire maritime). Alfred Thayer Mahan, commentateur de la stratégie navale mondiale et des relations internationales pensait que le leadership international était étroitement liée à la mer tant dans une optique commerciale en temps de paix que du contrôle de cette dernière en temps de guerre. Son travail consiste donc dans l'étude des principes stratégiques historiques régissant le contrôle des mers. Ce dernier s'inspire du travail de Jomini, en se focalisant sur la question des positionnements stratégiques.
    . Mackinder et le Heartland
    Principal contributeur, Halford Mackinder (1861-1947) conçoit la planète comme un ensemble composé par un océan mondial (9/12e), une île mondiale (2/12e - Afrique, Asie, Europe) et de grandes îles périphériques ou Outlyings Islands (1/12e - Amérique, Australie).
    Pour Mackinder, afin de dominer le monde, il faut dominer l'île mondiale et principalement le cœur de cette île, le heartland, véritable pivot géographique du monde (allant de la plaine de l'Europe centrale à la Sibérie occidentale et en direction de la Méditerranée, du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud). Ainsi, l'Empire britannique, qui s'est construit sur la domination des océans, doit désormais, pour rester une grande puissance mondiale, s'attacher à se positionner sur terre en maîtrisant les moyens de transport par voie de chemin de fer. L'approche géopoliticienne anglaise renvoie à cette volonté de domination du monde via le commerce, en contrôlant les mers, puis désormais les terres, se faisant l'héritière directe, non seulement de la géopolitique allemande, mais aussi des premiers navigateurs anglais, comme Walter Raleigh : «Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même».
    La géopolitique de Mackinder est à replacer dans une perspective de concurrence entre la puissance maritime britannique et la puissance allemande qui, à travers son contrôle de la Mitteleuropa, tend vers le contrôle du heartland.
    . Nicholas Spykman et le Rimland
    Nicholas Spykman peut être considéré comme un disciple critique d'Alfred Mahan et Halford Mackinder. Son travail se fonde sur les mêmes postulats que ceux de Mackinder: L'unité de la politique globale et des mers. Ce dernier étend en outre cette théorie à la dimension aérienne. Spykman tout en adoptant les divisions géographiques de Mackinder renomme certaines :
    - Le Heartland ;
    - Le Rimland ; Les coastlands de Mackinder - qu'il appelle "bord des terres" ou "anneau des terres". Ce territoire périphérique serait coincé entre le cœur européen (Allemagne, Russie) et les mers contrôlés par les Anglais.

    Spykman pense que les États-Unis doivent contrôler les États de ce rimland afin de s'imposer comme puissance entre ces empires européens et ainsi dominer le monde

    L'École américaine a aussi expliqué comment les grands empires d'Asie avaient réussi à se stabiliser dans le temps en se basant seulement sur l'administration très hiérarchisée de l'irrigation dans les territoires ou l'Asie des moussons. C'est la théorie des despotismes orientaux, grande thèse de géopolitique. L'École américaine – ou École de Berkeley - s'est toujours intéressée à la dimension culturelle qui marque l'espace terrestre.

    Le retour de la géopolitique américaine se poursuit au XXe siècle avec les thèses de Samuel Huntington dans Le Choc des civilisations.
    L'École française
    . Montesquieu et la théorie des climats
    Montesquieu (1689-1755) dote la théorie des climats d'une force retentissante en l'appliquant au seul domaine politique. Il l'esquisse d'abord dans les Lettres persanes, puis lui donne une place considérable dans De l'esprit des lois :
    «Ce sont les différents besoins dans les différents climats, qui ont formé les différentes manières de vivre ; et ces différentes manières de vivre ont formé les diverses sortes de lois»
    Montesquieu, L’Esprit des lois, 3e partie, Livre XIV, chap. X.
    Montesquieu évoque l'idée selon laquelle l'Homme est influencé par son climat. Pour lui, le climat tempéré de la France est idéal pour le développement d'un système politique.
    . Élisée Reclus
    D'inspiration anarchiste, Élisée Reclus (1830 – 1905) est considéré comme l'un des précurseurs de la pensée géopolitique française notamment par son ouvrage, Nouvelle Géographie universelle.
    Comme Ratzel, il envisage la géographie dans une vision globale, toutefois ce dernier s'oppose à Ratzel car il considère que la géographie n'est pas immuable, elle évolue en fonction de sa dimension sociale. L’École française de géopolitique s'est développée en réponse à la conception allemande de la géopolitique. D'après Yves Lacoste, l'un des ouvrages de Paul Vidal de la Blache (1845-1918), père de l'École française de géographie, La France de l'Est (1917) doit être analysé comme un ouvrage géopolitique dans la mesure où Vidal de la Blache explique les raisons de l'appartenance de l'Alsace et la Lorraine à la France.
    . Fernand Braudel, Vidal de la Blache et les temps longs
    Fernand Braudel en s'inspirant des travaux de Paul Vidal de la Blache (1845-1918) s'emploie à développer une méthode d'analyse historico-géographique. Cette Méthode est incarnée par ses ouvrages La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, Grammaire des civilisations, et plus tard par une série d’articles méthodologiques qu’il publie en 1969 dans Écrits sur l'Histoire.
    Ses travaux consistant à s'intéresser à des zones particulières sur de longues périodes en se détachant d événements particuliers considérés comme non pertinents sont à rapprocher des échelles multiscalaires (diachronie) développées par Yves Lacoste.
    .Jacques Ancel
    Citons aussi le géographe Jacques Ancel (1882-1943), auteur d'ouvrages sur la question des nationalités dans l'Empire austro-hongrois, qui s'intéresse aux questions des frontières définies comme des «isobare(s) politique(s), qui fixe(nt), pour un temps, l'équilibre entre deux pressions ; équilibre de masses, équilibre de force», reprenant les travaux d'André Chéradame.

    S'il existe une géopolitique française, c'est surtout dans la contestation de l'approche géopolitique allemande et de ses légitimations déterministes. Chéradame, dès 1916, condamne les dérives de la Geopolitik allemande dans son ouvrage Le plan pangermaniste démasqué. Le redoutable piège berlinois de la partie nulle. Dans l'entre-deux guerre, l'amiral Raoul Castex (1878-1968) synthétise la stratégie navale dans son ouvrage à portée géopolitique Théories stratégiques(1929).

    Il semble toutefois que ces trois directions ne soient pas aussi éloignées les unes des autres. En effet, toutes trois proposent une géopolitique dynamique, active, percevant l'État comme un organisme qui doit vivre ou survivre face à la concurrence d'autres États.
    . Fin de la géopolitique avec la Seconde Guerre mondiale ?
    Après la Seconde Guerre mondiale, la notion de géopolitique, traduisant mal une répartition de plus en plus complexe des pouvoirs institutionnels dans le monde, recule au profit de quatre disciplines de sciences humaines :
    - les relations internationales, appuyées sur la théorie du droit international ;
    - la sociologie politique, sociologie des relations internationales. Sur ce point, l'évolution reste limitée, puisque la notion d'international reflète la division du monde en nations souveraines, ce qui se traduit en pratique par l'intergouvernemental plutôt que par une mondialisation institutionnelle ;
    - la géographie politique qui étudie :
    ° l'organisation du pouvoir et des territoires à la surface de la Terre,
    ° le découpage social de l'espace dans les relations de pouvoir,
    ° la cartographie électorale ;
    - La géostratégie, étude des intérêts des États et des acteurs politiques dans l'espace surtout international.
    C'est un espace du droit international, des alliances, des conflits, des positions parce que la stratégie consiste à projeter les intérêts d'un État dans le monde (et par extension pour les entreprises).
    Le géostratège envisage les conséquences d'un conflit localisé.

    . Yves Lacoste
    Depuis la fin des années soixante, cette école de pensée a été réactualisée à travers les différents ouvrages de Lacoste et l'Institut français de géopolitique (IFG) de Saint-Denis (Université Paris 8), dirigé par Béatrice Giblin-Delvallet. Disciple de Lacoste, Pascal Lorot travaille sur les relations entre géopolitique et économie et fonde la géoéconomie.

    L'analyse géopolitique aujourd'hui
    . Retour de la géopolitique en France
    La géopolitique, après avoir été bannie comme savoir scientifique, a retrouvé une nouvelle légitimité d'approche à la suite des différents conflits qui ont émergé dans les années 1970. Dans son essai, le géographe Yves Lacoste dénonce la mainmise des différents États-majors (politique, militaire, financier, économique) sur les savoirs cartographiques et géographiques limités à des perspectives stratégiques. Il souhaite une vulgarisation de l'approche géographique. À la même période, autour d'un cénacle d'enseignants de divers horizons, il lance la Revue Hérodote qui se veut une revue de stratégie et de géopolitique. Lacoste définit la nouvelle géopolitique comme «l'étude des interactions entre le politique et le territoire, les rivalités ou les tensions qui trouvent leur origine ou leur développement sur le territoire».

    La géopolitique, afin d'éviter de retomber dans les travers du passé, se doit d'utiliser l'ensemble des connaissances liées à la géographie (géographie physique, mais aussi la géographie humaine dans toutes ses composantes (sociales, économiques, culturelles, sanitaires), les matières premières et les flux de ressources), mais aussi utiliser l'histoire, la science politique, etc.
    La mondialisation pourra peut-être conforter la légitimité de nouvelles approches géopolitiques.
    . Représentation, Diachronie, Diatopie, Horogénèse
    Dans ses nombreux ouvrages, Yves Lacoste développe trois concepts clefs permettant de conduire une analyse géopolitique : L’étude des représentations, la diachronie et la diatopie.

    Le concept représentation en géopolitique réside dans l'analyse des conceptions que peut avoir un individu ou un groupe d'individus par rapport à un sujet. Ainsi on peut étudier la façon dont il se perçoit par rapport à un groupe auquel il appartient ou pas (imaginons la façon dont se perçoit un corse par rapport aux autres français, comment les autres français le perçoivent...).
    L'étude de la diachronie et la diatopie résident l'étude d'une situation à différentes échelles cartographique (analyse multiscalaire) sur des temps longs (plusieurs époques).

    Par ailleurs le Professeur Michel Foucher développe le concept d'horogenèse, néologisme qui se définit comme une discipline s'intéressant à la genèse des frontières.
    . Les axes d'analyses
    Le terme de géopolitique revêt une connotation stratégique, voire militaire, tandis que le terme de géographie politique fait plutôt référence à l'organisation des États, des régions, des entités administratives, des frontières, et des habitants. On constate que de nos jours la mondialisation et l'effondrement d'un monde bipolaire ont multiplié et complexifié les liens entre toutes les populations de la planète. Depuis une dizaine d'années, les centres universitaires multiplient les sections géopolitiques afin de répondre à une demande croissante d'analyse dite géopolitique.

    Par sa recherche des interactions entre les grandes zones du monde (énergie et matières premières, flux de ressources, passages à risques), la géopolitique s'intéresse naturellement à la politique internationale et à ses aspects diplomatiques. Certains auteurs Béatrice Giblin se sont toutefois penchés sur des questions de géopolitique interne.


    Dès le début des années 1980 étaient entrevus des risques de marginalisation géopolitique de l'Europe, qui pourraient s'accentuer aujourd'hui si la réaction n'est pas adaptée :
    - liaisons sur l'océan Pacifique prenant le pas sur celles de l'océan Atlantique ;
    - impact de la fonte de la banquise dans l'Arctique sous l'effet du changement climatique, et évolutions structurelles du transport maritime et aérien.
    Accès aux champs pétrolifères du Moyen-Orient, construction d'oléoducs et de gazoducs, transport pétrolier, pic pétrolier, montée de la consommation de pétrole de la Chine
    - Retour du charbon (propre) : Australie, Chine, Canada, etc.
    . Les enjeux
    Les enjeux ne manquent pas :
    - enjeux démographiques liés à la surpopulation mondiale ;
    - enjeux humains liés aux flux désordonnés de populations, aux migrations non contrôlées, etc. ;
    - dans ce contexte, la pérennité des langues dans le monde est un enjeu très important ;
    - enjeux culturels associés à l'utilisation d'une langue ;
    - recrudescence des menaces terroristes ;
    - risques de prolifération nucléaire (Iran, Corée du Nord) ;
    - recherche de la maîtrise du cycle fermé de l'uranium, et partenariats mondiaux ;
    - accès à l'eau potable et à l'assainissement (Turquie, Syrie, Israël, Asie, Afrique, etc.) ;
    - ressources halieutiques et zones de pêche ;
    - agroressources au Brésil, usines biochimiques ;
    - accès aux ressources naturelles en Afrique, au Moyen-Orient, etc. ;
    - polarisation et maillages mondiaux: villes à stature mondiale, pôles de compétence économique et technologiques, imbrications économiques, fracture numérique ;
    - gisements éoliens ou hydroliens ;
    - risques sur les tunnels transfrontaliers ;
    - remises en cause internes de l'État (régionalisme, autonomie, séparatisme, indépendantisme) : au Canada (Québécois) ; Europe (Bretons, Catalans, Flamands, Ligue du Nord, Savoie, Wallons D.O.M [voir les états généraux de l'outre-mer]) ; Afrique... ;
    . Les facteurs décisifs dans les alliances
    La géopolitique s'attache à étudier les différents facteurs qui aboutissent à la constitution des alliances.
    La géopolitique s'intéresse aux différents facteurs qui influencent les stratégies :
    - maîtrise globale des mers et/ou de la terre (peuples de la mer, peuples de la terre) : on assiste souvent à des différences de stratégie entre une puissance ou une alliance entre puissances maritimes et une puissance ou une alliance entre puissances continentales, ce facteur influence les autres ;
    - contrôle des points de passage et des moyens de transport : détroits, cols, tunnels, aéroports, ports, gares ;
    - facteurs financiers (impôts, taxes...) ;
    - accès aux ressources naturelles et aux matières premières ;
    - maîtrise des techniques (navigation, aéronautique et espace…) ;
    - types de régimes politiques (démocratie, etc.) ;
    - facteurs culturels, sociologiques et philosophiques ;
    . Aspects militaires et énergétiques
    Les États-Unis ont mis en place depuis la fin des années 1980 une stratégie globale visant à assurer la suprématie de l'armée américaine et des entreprises américaines sur le monde. Elle est structurée autour d'un consortium de grandes entreprises des secteurs de l'informatique et de l'aéronautique, qui a permis de projeter les forces américaines en Irak, lors des deux guerres du Golfe en 1991 et en 2003. Cette stratégie globale concerne maintenant presque tous les secteurs d'activité, et s'appuie sur une utilisation très structurée des technologies de l'information (Internet, réseaux).
    L'accès aux ressources pétrolières conduit à définir des stratégies spécifiques (géopolitique du pétrole).

    On constate ses effets également dans l'alliance que les États-Unis ont réalisée, en réponse au protocole de Kyoto, avec la Chine, l'Inde, le Japon, et l'Australie, visant à développer le charbon propre, et les nouvelles générations de réacteurs nucléaires (réacteurs de génération IV, Integral Fast Reactor.
    . Aspects linguistiques
    La langue est un facteur essentiel de la communication entre les peuples. Ainsi, la précision du langage peut-elle jouer un rôle décisif dans des négociations internationales.

    C'est sans doute l'un des facteurs qui a fait que la langue française était la langue parlée dans les cours européennes au siècle des Lumières (XVIIIe siècle). En effet, le français a été normalisé et «défendu» dès 1635 par l'Académie française.

    Il en a résulté des règles strictes de droit international public, reconnues dans le statut des langues officielles retenues par l'Organisation des Nations unies. Le français est ainsi l'une des six langues officielles reconnues par l'ONU pour les négociations internationales. Le français joue donc un rôle important dans la diplomatie.


    Les gentilés (noms d'habitants d'un continent, d'un pays, d'une région, par exemple) sont un aspect relativement invariable de la géographie linguistique.
    Exemples :
    - un Français (avec une majuscule = le gentilé) ;
    - un Européen.
    Le français, glottonyme qui désigne la langue française. Dans un contexte de mondialisation, où l'utilisation de l'Internet se répand de plus en plus de par le monde, on peut s'interroger sur la pérennité des langues. L'attribution d'un nom à une langue est un «enjeu géopolitique» essentiel.

    Quelques grands mouvements géopolitiques dans l'Histoire

    Avec le recul de l'Histoire, on perçoit plus facilement les grandes tendances, et les motivations qui ont conduit les États à adopter une stratégie :
    - la politique de glacis (Cyrénaïque, Chypre, Palestine) développée par l'Égypte ptolémaïque.
    - le contrôle des cols alpins, qui fut un enjeu majeur de l'époque préromaine (péages celtes) et de l'époque romaine (péages imposés par Rome),
    - l'effondrement de l'empire carolingien au IXesiècle, sous l'effet des invasions des Vikings (remontée des fleuves par les knörrs), des Sarrasins et des Hongrois,
    - le développement de l'empire chinois sous la dynastie des Song du Xe au XIIe siècle ;
    - le développement de la civilisation islamique du VIIIe au XVe siècle ;
    - le développement des Républiques de Venise et de Gênes, qui s'est effectué par le commerce dans la Méditerranée, consécutif aux croisades ;
    - le développement du commerce maritime au XVe siècle entre Londres, Bruges, les Villes hanséatiques du nord, Gênes et Venise, qui a ruiné les voies de commerce continentales qui passaient par les foires de Champagne (Provins, Troyes...) ;
    - le contournement de l'Afrique par les grands navires marchands européens, faisant suite à la chute de Constantinople, dont la conséquence fut que le commerce caravanier s'en ressentit : déclin inexorable de villes commerciales puissantes comme Tombouctou, Gao ou Samarcande, et celui des empires associés à leur prospérité ;
    - la consolidation politique de la France sous Louis XIII et Louis XIV, contre la puissance espagnole ;
    - la fin du Premier Empire en 1814/1815, sous l'effet des différentes coalitions entre l'Angleterre et des puissances continentales ;
    - la victoire de l'alliance France/Angleterre/États-Unis… contre l'alliance continentale autour de l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale ;
    - l'écroulement du IIIe Reich sous l'effet du débarquement des forces américaines, anglaises, françaises (débarquement en Provence, libération de Paris), canadiennes, et de l'avancée soviétique ;
    - le contrôle des lieux de passage maritimes ou terrestres, et les conflits autour du Bosphore ou de Gibraltar ;
    - la construction de tunnels ferroviaires et routiers, de péages, à travers les Alpes, etc.
     
  7. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Géographie
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    Géostratégie

    Ne doit pas confondre avec Géopolitique.


    La géostratégie est l'étude de la fabrication des espaces par la guerre.

    Elle implique la géographie de chaque État et sa situation historique et politique en regard de ses voisins examinées par le biais d'études stratégiques. Son étude relève de la géopolitique, bien que son point de vue se réduise aux aspects militaires et leurs conséquences sur l'enjeu des ressources naturelles, fréquemment objet de conflits d'intérêts.

    Caractéristiques
    * Le gouvernement d'un État et la définition de sa politique dépend de manière permanente de la considération de sa situation géostratégique. C'est alors qu'est invoquée la raison d'État.
    «La politique d'un État est dans sa géographie » Napoléon Bonaparte.
    * La géographie politique des pays voisins et ses éléments sont pris obligatoirement en considération par les stratèges.
    .Citation et livre de Yves Lacoste : La Géographie ça sert d'abord à faire la guerre.
    . pour le stratège terrestre : la géographie militaire influe sur le déroulement potentiel des plans de guerre, par l'intermédiaire des cours d'eau, du relief et la présence de cols pour passer les barrières montagneuses ; il faut veiller sur ses frontières.
    . pour l'amiral : la géographie permet de révéler les détroits stratégiques, points névralgiques de contention des routes navales ; leur contrôle permet de réguler le trafic marchand naval. Les îles sont également des prises de choix, pour y construire un port fortifié, revendiquer des zones maritimes économiques ou empêcher que la piraterie ne s'y développe.
    * Les aspects militaires entrent en considération au moment de définir les objectifs, tels qu'évaluer le potentiel militaire de la puissance adverse. Tant en quantité, par le contenu de ses arsenaux, qu'en qualité, en tentant d'obtenir la suprématie par la technologie militaire, ces informations obtenues notamment par les services secrets permettent de jauger, et décider du passage à l'action guerrière dans les salles d'opérations, ou à l'action diplomatique.
    Rappels sur la géographie militaire

    La géographie militaire est une discipline antique, nécessaire aux stratèges comme à l’infanterie, tant pour préparer le renseignement et la défense que les fortifications ou pour la conduite de la guerre (attaque, repli, infiltration ou exfiltration). Les intérêts guerriers ou de protection étaient dans un premier temps ciblés sur les lieux stratégiques (richesses, hydrographie et relief, villes et fortifications, routes, carrefours, ports, défilés, détroits, gués, sols (meubles ou portants), grottes, mines, forêts, bocage, sources et puits dans les zones ou périodes sèches, etc.), mais les facteurs sociaux économiques et de ressources naturelles (eau, pétrole, gaz, bois, charbon, terres cultivables, métaux, dont uranium, etc.) prennent une importance croissante, car les crises environnementales sont de plus en plus sources de risques des menaces de guerres ou conflit.

    La géographie militaire commence depuis peu à intégrer l’analyse a posteriori des risques et dangers des séquelles de guerre (polémosylvofacies, cartographie des zones rouges, étude des forêts de guerre, des munitions immergées, champs de mines, etc.) par exemple pour protéger les soldats, des populations civiles, et pour sécuriser la reconstruction après les conflits.

    La géographie militaire dont on a des traces dès les civilisations gréco-romaines (romaine surtout) par des textes et quelques cartes recopiées, a plusieurs fois été renouvelée ; d’abord avec le développement de la cartographie géoréférencée (grâce à la boussole, au sextant et aux systèmes de projection géographique), puis grâce à l’image aérienne et l’imagerie satellitaire.
    Les guerres mondiales, fixées par les tranchées ont encore mis en évidence l’intérêt d’une connaissance fine de la nature des sols et sous-sols. Les guerres «coloniales» ont dû affronter des contextes nouveaux, y compris du point de vue sanitaire et écoépidémiologique. Le GPS ayant encore augmenté la réactivité des cartographes et des utilisateurs de carte et permis des frappes plus «chirurgicales» réputées limiter les «dommage collatéraux» (ce qui est discuté dans le cas de l’usage des munitions à uranium ou de destruction d’usines chimiques ou d’industries pétrolières).. La cartographie militaire s’est aussi étendue au XXe siècle aux espaces sous-marins et aux espaces aériens et circum-planétaire (Cf. «guerre des étoiles»).


    La carte de base (ancienne carte d’état-major) correspond toujours à celle qui peut être appréhendée par un fantassin en une journée (l’infanterie est souvent dite l’arme de 300 derniers mètres), mais différentes échelles correspondent aux besoins des systèmes d’armes (tir courts, moyens ou à longue distance) et moyens de transport (hélicoptère, avion, navire, sous-marin..). Les indications des cartes varient selon l’usage (le pilote a besoin d’indications précises sur le relief et les obstacles élevés (câbles, lignes électriques.), la donnée géographique et paysagère pouvant aussi être utilisée en simulateurs (image 3xD, de synthèse ou semi-reconstituée) ou adaptée (infrarouge, etc).

    L'environnement physique, agricole, naturel, humain et socioéconomique, religieux, et même l’écologie du paysage intéresse les armées qui cherchent à comprendre comment les gens vivent et se déplacent dans l’espace, normalement ou en situation de crise ou conflit. Des domaines nouveaux sont explorés, dont l’urbain et périurbain, qui modifient les notions de blocus, frontière, guérilla, guerre civile... Le rôle ancien des ports et capitales s’est déplacé vers les aéroports et réseaux de communication.

    L’IPB (Intelligence Preparation of Battlefield) appuyé sur le SIG (système d’information géographique) est une méthode d’analyse du terrain susceptible de devenir champ de bataille, s’intéresse de plus en plus aux dimensions non environnementales et physiques, tels que les marqueurs sociaux, culturels, économiques ou de conflits. Les outils prospectifs et d’élaboration de scenarii se développent également.

    La discipline a connu un essor à la fin du XIXe siècle. Suite à la défaite française de 1870-1871, les militaires ont constaté leur manque de culture géographique : Philippe Boulanger, auteur de La géographie militaire française (1871-1939) a ainsi démontré combien l'absence de cartes à disposition des militaires français avait été une des causes de la défaite. Une école de géographie française a ainsi été créée, profitant du renouveau de la pensée géographique universitaire, sous l'impulsion de Paul Vidal de la Blache. Il s'agit donc d'une géographie militaire résolument moderne, qui connaît une renommée internationale et devient un modèle pour de nombreux pays.

    Suite à la Seconde Guerre mondiale, la géographie militaire entre dans une période de déclin durable, les universitaires comme les militaires lui préférant des disciplines analysant la planète dans son ensemble telles que la géostratégie, la géopolitique ou la géographie politique.

    Aujourd'hui, cette discipline connaît un véritable renouveau. Les pays anglo-saxons sont très en avance sur ce point, comme le soulignent Philippe Boulanger et Paul-David Régnier lors du Festival de géographie 2008. En France, le renouveau est récent, encore timide, mais intéresse de près les militaires et quelques universitaires. Le contexte géostratégique mondial a, en effet, été profondément modifié par la fin de la Guerre froide et la disparition du monde bipolaire. La tactique prend un tournant fondamental dans la réussite des opérations militaires, et la compréhension des enjeux réels d'un pays est une nécessité pour toute opération de maintien de la paix. Ainsi, les travaux de Philippe Boulanger (Philippe Boulanger, 2006, Géographie militaire, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers) et de Paul-David Régnier (Paul-David Régnier, 2008, Dictionnaire de géographie militaire, CNRS Éditions) montrent l'intérêt de ce lien entre une géographie universitaire et une géographie appliquée dans le fait militaire.

    Remarque : Ces approches de la complexité des territoires et de la diversité des lieux ont influencé d’autres secteurs de la gestion de crise (lutte contre les pollutions, plans de secours, lutte anti-drogue, anti-terrorisme, préparation à une pandémie, gestion des espaces aériens ou de certains espaces maritimes, de plus en plus encombrés...

    Paul David Régnier rappelle que l’espace géographique est un «acteur des conflits» plus qu’un décor.


    Situations géostratégiques de par le passé
    Marasme de l'Occident chrétien : suite à l'échec des croisades en Terre Sainte, sa stratégie doit être repensée.
    Assiégé par l'Est avec la présence de l'Empire ottoman, l'Occident chrétien avait déjà connu la conquête musulmane qui avait fondé une terre d'Occident islamique dans la péninsule ibérique : al-Andalus.
    Exemple de planification stratégique utilisant abondamment la géographie et la cartographie : le Generalplan Ost concocté par les nazis (2e G.M.), jamais menée à son terme.
    Géostratégie contemporaine
    Fin de l'échiquier américano-soviétique
    - La redéfinition de la géopolitique de la Russie contemporaine la place comme une puissance régionale avec des buts redéfinis.
    Moyen-Orient
    - Outre les États-Unis de manière directe, les pays du monde arabo-musulman notamment, ont dû repenser leur géostratégie locale à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Alexandre Adler en trace un aspect pour chacun d'eux, au travers de deux livres, après avoir rappelé chaque problématique historique.
    - L'influence controversée de Samuel Huntington sur la pensée géostratégique américaine concernant cette zone du monde peut également être citée.
    - En 2011 : point sur la situation de l'Afghanistan à l'avant-veille du départ annoncé des troupes américaines (2014), par le géostratège Gérard Chaliand (France inter, le 13h, 15/08/2011).
    États-Unis (Advocacy policy)
    - Depuis la fin des années 1980, les États-Unis développent une stratégie globale visant à conserver l'hégémonie des armées et des entreprises américaines sur le monde. La période historique antérieure a permis de pérenniser un réseau de bases militaires permettant d'activer une projection militaire dans un délai de six mois (ce qui est le scénario de la libération du Koweït).
    - Cette stratégie s'appuie sur un consortium d'entreprises des secteurs de l'informatique et de l'aéronautique. Elle s'applique à la plupart des secteurs de l'économie, le secteur militaire bien sûr, mais aussi le secteur de l'énergie, et plusieurs autres secteurs économiques.
    - Aujourd'hui, elle vise également à contrer le Protocole de Kyoto, par l'alliance avec la Chine, l'Inde, le Japon, et l'Australie.
    - Il existe des scénarios sur la fonte de la banquise de l'Arctique, en vue de développer le commerce par l'océan Arctique.
    La maîtrise des risques de prolifération nucléaire, vues les menaces terroristes, est directement en relation avec la géostratégie.
    Géostratégies prospectives
    Accès à l'espace proche de la Terre
    Dans un contexte projeté où la ressource serait l'accès sécurisé à l'espace, l’Air Force Space Command américain aurait développé un projet de construction de base lunaire permanente pour verrouiller à toute autre nation l'accès à la banlieue spatiale proche de la Terre.
    Ceci relève de géostratégie prospective appliquée non plus à la géographie terrestre, mais à l'échelon de la planète elle-même ; cette vision se rapporte à celle d'un détroit névralgique sur le plan naval.
    Continent central et continent périphérique
    Une autre théorie a été développée par Zbigniew Brzezinski, conseiller de Jimmy Carter et membre du Conseil national de sécurité des États-Unis : Dans le grand échiquier, ce stratège américain développe l'idée que la domination mondiale s'acquiert avec le contrôle de l'Eurasie, la région la plus prospère et la plus riche du monde, aussi bien par sa démographie que par ses ressources. L'enjeu géopolitique pour les États-Unis serait d'empêcher toute suprématie d'un de ses concurrents directs et équilibrer les puissances que sont l'Union européenne, la Russie et la Chine. On peut citer en exemple le plus grand Empire en termes d'extension territoriale jamais constitué à ce jour, l'empire mongol de Gengis Khan.
    Pérennisation des accès au pétrole
    …. Sur la géopolitique du pétrole : (Article à part).

    Simulations de géostratégie
    grand public :
    - le jeu informatique Europa Universalis invoque pour le joueur des décisions de type géostratégique et géopolitique pour assurer le devenir d'une nation, à partir de la Renaissance. Il doit de plus tenir compte des évènements historiques et religieux qui viennent modifier les données du jeu selon l'époque à laquelle il accède.
    - les séries des jeux Civilization et Freeciv amènent le joueur à considérer les éléments géostratégiques, en projetant sur une carte du monde fictive ses possibilités d'expansion face à ses adversaires.
    professionnelle :
    Le Centre d'études et de recherches de l'enseignement militaire supérieur (CEREM) est un centre de recherche en stratégie militaire du ministère français de la Défense qui a pour mission de concourir au développement et à la reconnaissance de la pensée stratégique de défense et de sécurité française en contribuant à la diffusion de nouvelles idées. Le Centre est placé sous l'autorité du général directeur de l'enseignement militaire supérieur et de l'IHEDN. Il est organisé en trois départements :
    - "analyse du monde conflictuel contemporain",
    - "traitement des conflits"
    - "aspects diplomatiques et juridiques".
    Ce centre a disparu du paysage stratégique français en octobre 2010, lors de la création de l'IRSEM , qui a bénéficié dans les années ayant suivi sa création, du concours d'une part de l'ancien personnel du CEREM.


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    Géostratégie
    Géographie militaire




    A SUIVRE/
    Géopolitique du Pétrole
     
  8. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Géographie
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    Géopolitique du pétrole

    PREMIÈRE PARTIE


    La géopolitique du pétrole décrit l'impact de la demande et de l'offre en pétrole sur la politique des pays consommateurs et producteurs de cette matière première essentielle au mode de vie économique actuel.

    Les gisements de pétrole étant limités et leur emplacement géographique ne coïncidant généralement pas avec celui des pays consommateurs, l'exploitation des ressources pétrolifères est source de tension. Les pays consommateurs, généralement de grandes puissances militaires, sont alors tentés d'employer des moyens de pression puissants (militaires ou économiques) pour avoir accès à ces ressources. Le pétrole, matière hautement stratégique, est fréquemment associé aux affrontements internationaux depuis le début du XXe siècle.


    Les enjeux

    Importance économique

    En 2008, sur les 20 premières entreprises privées mondiales, 12 sont des compagnies pétrolières ou des constructeurs d'automobiles. Sans pétrole, la majorité des actifs des pays développés ne seraient plus en mesure de se rendre à leur poste de travail quotidiennement. De nombreux pays en développement en sont encore plus dépendants du fait qu'ils en importent la presque totalité. Beaucoup de pays exportateurs de ce produit en sont tout aussi tributaires pour leurs recettes par manque de diversification économique. Le pétrole a ainsi envahi toutes les strates du fonctionnement de nos sociétés, en à peine plus d'un siècle. Son importance stratégique est reconnue depuis la Première Guerre mondiale.

    Le pétrole est une matière première essentielle vendue en quantités telles que son commerce est organisé à l'échelle mondiale depuis 1928. En 2009, le seul commerce du pétrole (donc sans compter les activités en aval) représente des échanges de l'ordre de 6 milliards de dollars par jour; l'Europe et les États-Unis en importent chaque jour 1,5 million de tonnes (ou 10 millions de barils) chacun. Ainsi, le commerce du pétrole suscite des convoitises considérables ; il exige des gouvernements, responsables du fonctionnement de leurs États, une surveillance permanente et les conduit à des comportements parfois extrêmes pour s'assurer de son approvisionnement régulier.

    Le contrôle des gisements

    En 1900, la capacité de projection des États était réduite à la portée de leurs armes. Pour s'assurer de l'approvisionnement en pétrole, ils n'avaient d'autre possibilité que d'occuper le terrain : c'est la diplomatie de la canonnière. Plus tard, il fut moins coûteux d'entretenir, ou d'installer, des régimes favorables à ces États dans les pays producteurs. L'opération Ajax, en Iran (1953), en est un exemple typique et bien documenté.

    À partir de 1979 environ, les effets de la mondialisation, la volonté croissante d'autonomie des pays producteurs, le recours aux règles du commerce international, la crainte des conséquences d'interventions trop musclées, et l'obsession de la sécurité d'approvisionnement génèrent l'émergence de méthodes plus fines dont la «diplomatie du pipeline» («pipeline diplomacy»). En 2009, les États et leurs représentants ont recours à un mélange de ces diverses méthodes. Enfin, le prix reste une composante fondamentale.


    Cet ensemble de méthodes a permis aux pays consommateurs de ne jamais souffrir de pénurie de pétrole, en dehors de périodes très limitées telles que les périodes de guerre ou de choc pétrolier.

    Le contrôle des détroits

    La géostratégie des détroits par lesquels passent les pétroliers constitue le second enjeu : celui du transport pétrolier. Près de 20 % du commerce mondial dont 40 % des exportations du pétrole emprunte le détroit d'Ormuz. Aujourd'hui, il est inconcevable que ce dernier soit fermé ou même menacé. Les pays limitrophes — Iran, Oman, Émirats arabes unis et Arabie saoudite — sont au cœur de l'une des régions les plus convoitées de la planète. La Cinquième flotte américaine y mouille d'ailleurs en permanence.

    Les approvisionnements européens dépendent quant à eux, très largement du canal de Suez. Fermé de 1967 à 1973, suite à sa nationalisation par le président égyptien Nasser, les pétroliers n'ont d'autres choix que de rallonger leur route pour contourner le Cap de Bonne-Espérance, ce qui pousse les armateurs à construire des pétroliers de taille considérable (VLCC et ULCC). Cette interruption, à l'origine de la crise du canal de Suez, n'a néanmoins pas suffi à bloquer l'approvisionnement européen. Par la suite, le canal est doublé par un oléoduc (Sumed pipeline) d'une capacité de 2,5 Mbl/j. Une occupation physique des lieux reste cependant une menace.

    Enfin, ceux du Japon et de la Chine passent par le détroit de Malacca, toujours affecté par des actes de piraterie. La Chine cherchait en 2006 à passer contrat avec la Thaïlande pour faire passer son pétrole par voie de terre et doubler ainsi l'alimentation par le détroit ; la réactivation du pipeline qui double le Canal de Panamá est en cours (2009).

    Les menaces qui s'exercent sur les détroits peuvent être de nature militaire, mais aussi terroriste ou même la piraterie, qui connait des regains périodiques.


    La tentation du cartel

    Comme toutes les matières premières, le commerce du pétrole est en butte aux aléas du cycle pénurie-surproduction. Suite à une demande en hausse, le cours du pétrole monte, poussant les compagnies pétrolières à investir pour découvrir de nouveaux gisements. Lorsqu'une telle situation se produit, ce nouveau gisement est tellement abondant que le cours du pétrole s'effondre. Cela était particulièrement vrai dans la première moitié du XXe siècle, quand les grands gisements du Moyen-Orient, qui excédaient largement la demande, ont été découverts. Ces perturbations, qui pouvaient mener à la faillite des compagnies, étaient bien connues, et particulièrement craintes de deux personnages qui ont beaucoup influencé le commerce du pétrole, John D. Rockefeller et Henri Deterding, président de Shell. Ils ont été les acteurs principaux de la cartellisation du domaine pétrolier au début du XXe siècle. En 2008, les ententes illicites existent toujours dans l'industrie.

    Monnaie unique et mouvements de capitaux

    Le pétrole se paie en dollars, hormis la période pendant laquelle les États-Unis fondaient des pièces d'or pour les livrer à l'Arabie saoudite. Cette exclusivité accroît le poids déjà considérable de cette monnaie dans les échanges internationaux. Les États-Unis useront de cette position de force pour menacer le Royaume-Uni, pendant la crise du canal de Suez, de faire chuter la livre sterling. Mais elle génère, dans les périodes de hausse de cours, des quantités excessives de pétrodollars qui aboutissent, au moins en partie, sur les bourses occidentales, provoquant des bulles financières aux effets non souhaités. De plus, quand le dollar fléchit, les revenus des États producteurs fléchissent d'autant, ce qui a provoqué leur colère en 1971, et une exigence de majoration équivalente à la baisse des revenus ; un mouvement identique s'est produit dans la décennie 2000. Cette exclusivité, qui contribue à assujettir les pays producteurs, est périodiquement remise en cause, avec des succès nuls pour l'instant.

    Saddam Hussein avait ainsi annoncé qu'il souhaitait être payé en euros en 2000. L'Iran a, quant à lui, prétendu ouvrir une bourse du pétrole en euros mais les transactions s'effectuent en monnaie iranienne. Le projet de monnaie unique pour les États du Golfe reste un projet.


    Intégration et constellation

    L'industrie du pétrole implique beaucoup de valeur ajoutée : frais d'exploration/production, transport et raffinage. Ceux-ci bénéficient souvent de l'économie d'échelle ; une grosse raffinerie coûte moins cher que deux petites si bien que très tôt, les compagnies pétrolières se sont lancées dans une course à la taille.

    Mais ce marché est également cyclique, avec des revenus très variables. L'industrie s'est donc adaptée à ces contraintes en jouant l'intégration verticale, afin de bénéficier de la valeur ajoutée jusqu'au client final, et sur l'intégration horizontale, pour bénéficier de l'effet de masse — et absorber les concurrents — tout en s'entourant d'une constellation de sociétés de service, avec des contrats ponctuels, que l'on arrête de souscrire pendant les années maigres.

    Au fil des décennies, ces sociétés de service ont développé et conservé une haute technologie dans une multitude de domaines qu'elles sont seules à maîtriser : gravimétrie, sismique, diagraphie, outils et fluides de forage, PVT, etc. Sans ces technologies, il est rapidement devenu impossible de produire du pétrole dans des conditions compétitives. Quand les pays producteurs voudront se libérer du joug politique et commercial des compagnies pétrolières, ils se retrouveront face à la dépendance technologique. La société Schlumberger, née en France, est la plus importante de ces sociétés de service. Halliburton a récemment fait l'objet d'une agitation médiatique.


     
  9. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géopolitique du pétrole
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    DEUXIÈME PARTIE


    XXe siècle : excès et excédents

    À la fin du XIXe siècle, les grandes puissances se réduisent à un petit nombre d'acteurs : l'Empire britannique règne sur les mers en jouant le Grand Jeu avec la Russie, la France est toujours une grande puissance militaire et coloniale, l'Allemagne est sur une formidable pente ascendante, et tous lorgnent sur l'Empire ottoman, surnommé «l'homme malade de l'Europe». Les États-Unis ne sont encore qu'un lointain intervenant, le Japon vient à peine de s'ouvrir au monde tandis que la Chine connaît une de ses pires périodes de désunion.

    L'avènement de l'industrialisation et de nouvelles technologies donne à ces puissances de nouvelles armes et de nouveaux appétits qui, liés à des idéologies délirantes, autoriseront à ce siècle tous les excès. Chacun est prêt, voire parfois désireux, à affronter l'autre, considérant le reste du monde comme un simple théâtre d'opérations.

    Le pétrole, sous sa forme affleurante (bitume ou naphte), est employé depuis des millénaires. Au cœur du XIXe siècle, sa distillation est perfectionnée pour produire du kérosène, qui rapidement éclaire les villes (Bucarest, 1857), puis du fioul, qui remplace avantageusement le charbon comme source d'énergie, et particulièrement pour la propulsion navale. On se met alors à en chercher activement, à commencer par les endroits où l'on trouvait du bitume affleurant tels que Bakou, et on se met à forer. Des sociétés aux noms historiques se créent à toute vitesse : Standard Oil (1863), Royal Dutch (1890), Branobel (1876), BNITO (1886), Burmah Oil (1886), etc. Le gaz naturel est un épiphénomène du pétrole : longtemps considéré comme une nuisance, il fut fréquemment mis à la torche jusque dans les années 1970. À partir de cette date, il commence à s'inclure dans la géopolitique du pétrole.


    Du monopole au cartel, 1900-1928

    Dès la fin du XIXe siècle, le pétrole était identifié comme ressource stratégique. La décision de l'amirauté britannique, vers 1910, de construire des navires qui consommeraient du fioul et non plus du charbon fut un moment important : la nation la plus puissante du monde, avec la flotte la plus puissante du monde, avait à l'époque beaucoup de charbon et pas une goutte de pétrole. Cette décision a posé la problématique européenne pour le reste du siècle.

    Alors qu'en 1899, la Deutsche Bank signe avec le gouvernement ottoman un accord provisoire pour la construction de la ligne Berlin-Bagdad, qui devait être poursuivie jusqu'à Bassorah, épicentre du pétrole mésopotamien, William Knox D'Arcy fait des recherches en Perse, obtient une concession pétrolière de 60 ans au profit de la Grande-Bretagne, et fonde la Anglo-Persian Oil Company, qui deviendra la British Petroleum.

    En 1904, la Standard Oil, fondée par John D. Rockefeller contrôle 91 % de la production pétrolière américaine, dont elle exporte la moitié sous forme de kérosène. À cause de ses méthodes tellement choquantes, l'État fédéral lui intente un procès et la condamne en 1911 à se partager en 34 sociétés séparées. La fin d'un géant ? Sans doute, mais le début d'une domination qui s'exercera jusqu'à la fin du siècle. Les rejetons se mangeront entre eux et constitueront, avec Shell et BP, un cartel au succès économique spectaculaire ; les Sept Sœurs.


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    Le tableau ci-dessus montre les sociétés américaines en bleu, les britanniques en rose (Shell étant anglo-hollandaise) et les sociétés absorbées en gris. L'histoire des fusions et acquisitions est sans fin, ce tableau n'est qu'un résumé ; de plus, derrière ces sept sociétés, on trouve une multitude de sociétés «indépendantes», qui ont éventuellement participé à certains accords tels que l'accord d'Achnacarry. Nombre d'entre elles ont été absorbées par d'autres au cours du XXe siècle ; aucune société extérieure au pétrole n'a réussi à se glisser parmi celles-ci.

    - Accords et désaccords
    Le 31 août 1907, l'entente anglo-russe pose un jalon dans le Grand Jeu, en définissant les sphères d'influence respectives ; à ce titre, les deux puissances se partagent la Perse. Rapidement, le Royaume-Uni se rend compte que les zones pétrolifères sont hors de la sienne. Le 11 juillet 1913, le Royaume-Uni, sur recommandation de Churchill, acquiert 51 % de l'Anglo Persian, mais pas avant une visite complète des champs en exploitation. En 1915, Londres fait donc une proposition aux Russes, aux termes de laquelle elle prend le contrôle de la zone neutre, en échange de quoi les Russes «peuvent» conserver Constantinople (quand ils l'auront).

    En 1916, pendant que les agents britanniques Lawrence et Philby font des promesses aux dirigeants locaux pour les pousser à s'opposer aux Ottomans, la France et le Royaume-Uni se partagent la dépouille de l'Empire Ottoman, mettant ainsi en pratique la phrase de Churchill : «En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu'elle devrait être sans cesse protégée par une garde de mensonges». Aux termes des Accords Sykes-Picot, Mark Sykes, mieux au fait des données pétrolières locales, se taille la part du lion en se réservant le sud de l'Irak, laissant à la France la Syrie bien moins prometteuse. Le Royaume-Uni s'empresse ensuite d'écorner l'accord en installant des troupes à Mossoul en octobre 1918, s'emparant ainsi du reste des zones pétrolifères du futur Irak. En 1919, Londres parvient à faire voter une sorte de protectorat par la chambre iranienne ; l'accord est léonin et ne tient pas. Mais en 1925, le jeune Reza Pahlavi qui monte sur le trône du Paon est favorable aux intérêts britanniques.

    En 1920, les accords de San Remo confirment la révocation de Sykes-Picot, et en échange, sur l'insistance de Clemenceau, accordent à la France un magnifique «détail» : la propriété des 25 % que la Deutsche Bank détenait dans la Turkish Petroleum, que le Royaume-Uni avait saisie au premier jour de la guerre. La France crée en hâte la Française des pétroles pour gérer ces parts ; l'Italie crée l'Agip en 1926. En Europe, l'État s'identifie à sa compagnie pétrolière.

    En mai 1927, la Couronne britannique signe le Traité de Djeddah avec le jeune et victorieux Ibn Seoud, pacte de non-agression aux termes duquel celui-ci «s'engage à maintenir des rapports amicaux et pacifiques avec les territoires de Koweït et de Bahreïn, ainsi qu'avec les cheiks de El-Kattar et de la côte d'Oman, avec lesquels le Gouvernement de Sa Majesté britannique entretient des relations spécialement déterminées par traité». Mais dès 1933, ce sont les États-Unis qui obtiennent une concession au profit de la Standard Oil of California (SoCal), avec l'aide de St. John Philby.


    En 1927, le pétrole coule enfin à Baba Gurgur («le père des flammes» en Kurde), à côté de Kirkouk. Les États-Unis protestent devant le monopole européen en arguant de l'«Open Door Policy», et la surproduction menace. L'accord de la ligne rouge, signé en 1928, fige les relations territoriales et commerciales entre les partenaires présents dans la Turkish Petroleum, en y faisant une place aux compagnies américaines, aux dépens de l'État irakien. À ce titre, les partenaires présents s'interdisaient toute initiative personnelle sur l'ensemble du territoire concerné. Constitué de l'ex-empire ottoman, il incluait l'Arabie saoudite, et excluait le Koweït. Chaque partenaire reçut 23,75 % des parts : Anglo-Persian Oil Company, qui devient plus tard BP, Royal Dutch/Shell, la CFP, et la Near East Development Corporation, consortium de cinq compagnies américaines. Le reste des parts fut conservé par Calouste Gulbenkian, «Monsieur 5 %». La France devient productrice de pétrole.

    La même année, Anglo Persian, Standard Oil et Shell, à l'instar du Portugal et de l'Espagne se partageant le monde, en font autant lors de la réunion d'Achnacarry. En peu de temps, Gulf, Socony, Texaco et Atlantic les rejoignent. Cet accord signé suite à une réunion secrète au château écossais d'Achnacarry le 28 août 1928, prévoit la répartition des bénéfices des compagnies concernées, ainsi que le calcul du prix du pétrole («Gulf Plus») en tout point du globe. Le cartel, essentiellement anglo-saxon, est né, et règne sans grande opposition sur le pétrole mondial jusqu'en 1971.

    Il marque la survenance d'un nouveau type d'acteurs dans la scène politique internationale : les compagnies internationales («IOC»), qui présentent le double intérêt de financer leur propre développement, sans apport des États, et de pouvoir être accusées de tous les maux dès que la morale est en jeu. Ainsi, quand le processus de décolonisation est lancé après la Seconde Guerre mondiale, les États disposent d'un relais presque aussi puissant qu'eux-mêmes.

    En 1940, la France capitule ; le Royaume-Uni coule la flotte française à Mers el-Kébir et saisit les parts de CFP dans l'Iraq Petroleum Company (IPC, ex Turkish Petroleum Company). La France se trouve ipso facto éjectée de l'accord de la Ligne Rouge, et donc du Moyen-Orient, laissant (enfin) le terrain libre aux compagnies américaines. En 1944, le partage est confirmé par les termes de l'Anglo-American Petroleum Agreement. Mais en 1945 la France intente un procès, et finit par obtenir gain de cause : elle est réintégrée dans IPC, mais avec une part de 6 %.


    De la tutelle européenne à la tutelle américaine, 1928-1971
    - Deux guerres mondiales
    En 1914, les États-Unis occupent Veracruz, grand port et région pétrolifère mexicaine. Le fameux Lawrence d'Arabie intervient en manipulant le nationalisme arabe afin de déstabiliser la tutelle ottomane au profit de l'Empire britannique. En 1917, l'Allemagne commet la bévue du télégramme Zimmermann, par lequel elle demande sa coopération au Mexique (deuxième producteur de pétrole à l'époque), et lui demande d'envahir le Texas. Le télégramme, intercepté par les Britanniques qui le divulguent, contribuera à décider les États-Unis à entrer en guerre contre l'Allemagne. La même année, Clemenceau, à court de carburant, en réclame à Wilson de façon pressante (Il faut que la France combattante, à l’heure du suprême choc germanique, possède l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain). En juin 1918, l'Allemagne, au bord de la défaite, et alertée par la divulgation prématurée de l'accord Sykes-Picot par les Izvestia en novembre 1917, dépêche une expédition vers Bakou, sans succès. Simultanément, les Britanniques envoient Dunsterville occuper Bakou, qui ne pourra s'y maintenir. Bakou, bien identifiée comme gisement pétrolier de classe mondiale, changera de mains quatre fois en quatre ans.

    Entre les deux guerres, les chimistes allemands Fischer et Tropsch mettent au point le procédé permettant de produire de l'essence synthétique à partir du charbon, abondant en Allemagne.

    La Seconde Guerre mondiale fut marquée par la blitzkrieg, stratégie très exigeante en carburants pour les transports de troupes, les chars et les avions ; l'Allemagne manque toujours cruellement d'accès au pétrole. Au début des années 1930, Henri Deterding (Shell), rêvant de Bakou, rencontre Adolf Hitler, avec lequel il étudie un plan d'approvisionnement de l'Allemagne en pétrole ; mais en 1936, il est contraint à la démission. Torkild Rieber (Texaco) prend immédiatement le relais. L'Allemagne n'a pas d'argent ; qu'importe, il se fera payer en pétroliers, et alimentera l'Allemagne jusqu'en 1940. Lui aussi sera écarté par son conseil d'administration en août 1940. À cette date, l'Allemagne n'a plus que les champs de son nouvel allié roumain : les Alliés bombarderont les raffineries de Ploiesti de multiples fois à partir de 1943, mais aussi les sites d'essence synthétique.

    Le pétrole devient l'affaire de tous les belligérants : le Royaume-Uni instaure le Petroleum Warfare Department pour gérer l'approvisionnement, alors que les sous-marins allemands ont coupé les îles britanniques de ses points de production coloniaux.

    En 1941, Rachid Ali, favorable aux Allemands, tente de prendre le pouvoir en Irak, et coupe l'oléoduc d'Haïfa. Les Britanniques réagissent rapidement, prennent le contrôle de l'Irak, puis de la Syrie contre l'armée de Vichy. L'opération Contenance conjointe entre l'Armée rouge et l'armée britannique sécurise le corridor Perse pour le transport de matériel, mais également le pétrole iranien et la raffinerie d'Abadan. Cette opération est vécue comme une invasion, avec de nombreux morts côté iranien. En septembre 1941, Hitler n'a plus aucun espoir d'accès au pétrole du Moyen-Orient. Alors c'est la course vers le Caucase et les champs de Bakou. Les Allemands prendront la raffinerie de Maikop, mais Stalingrad est la clé de la Caspienne ; la Wehrmacht et l'Armée rouge y perdront près d'un million de soldats, et en dépit de ce film frappant où ses généraux offrent la Caspienne à Hitler en gâteau, celui-ci ne mettra jamais la main sur le pétrole de Bakou. Cet échec marquera le tournant de la guerre, et la pénurie de carburant contribuera à la défaite allemande.

    En juillet 1940, les États-Unis, qui contrôlaient 80 % du pétrole consommé par le Japon, décrètent un embargo pétrolier partiel, puis total en juillet 1941 à l'encontre de l’Empire du Japon ; celui-ci avait prévu cette éventualité en stockant l'équivalent de deux années de consommation. Le Japon attaquera à Pearl Harbor le 7 décembre suivant. Le 17, les forces japonaises occupent Miri, un champ pétrolifère dans le nord du Sarawak, et rapidement la totalité des sites pétroliers de Bornéo, avec le massacre de Tarakan le 11 janvier 1942. Un scénario similaire se reproduit en avril 1942 à la raffinerie de Yenangyaung, cette fois-ci les saboteurs s'échapperont.

    Le développement industriel des États-Unis pour toutes les armes est gigantesque. Pendant la période de guerre, ils construisent 500 pétroliers T2, de tonnage inégalé par les autres nations. L'approvisionnement en carburant des divisions déployées pour la conquête de l'Europe après le Jour J fut assuré par l'opération PLUTO, consistant au déploiement de plusieurs pipelines trans-manche.
    - Après-guerre
    L'après-guerre commence à Yalta, le 11 février 1945 : les États-Unis sortent leader du monde libre, les vieilles puissances coloniales sont en cendres et l'ours russe sous Staline est clairement menaçant. Roosevelt occupe le terrain, comblant la carence des puissances continentales trop faibles pour le faire. À peine sorti de la conférence, Roosevelt convoque Ibn Saoud sur le Quincy et lui offre une coopération permettant l'exploitation des champs pétrolifères par les «majors» américaines, en application du tout récent accord anglo-américain. Cette coopération est assortie d'une protection militaire ; ce pacte dit "du Quincy" durera jusqu'à la fin du siècle, et sera le socle de la politique pétrolière américaine au Moyen-Orient. La société commune s'appellera dorénavant l'Arabian American Oil Company (Aramco, aujourd'hui Saudi Aramco).

    Les plans Marshall évitent la terrible erreur de 1919 : les États-Unis avaient déjà à l'époque souligné que les conditions léonines imposées à l'Allemagne conduiraient à une nouvelle guerre. Mais deux choses resteront interdites aux perdants : une armée, et une compagnie pétrolière. 60 ans plus tard, le Japon et l'Allemagne, géants économiques, sont toujours des nains pétroliers. Les États-Unis inventent la théorie de l'endiguement, puis celle du rollback qui l'entraîneront dans la guerre du Viêt Nam.

    La décolonisation est en route à marche forcée : pratiquement tout le continent africain retrouve sa liberté entre 1945 et 1980, dans des conditions paisibles ou sanglantes. À chaque fois, la puissance partante cherche à maintenir les relations commerciales comme aux accords d'Évian ; les régimes mis en place sont fréquemment favorables aux intérêts des Européens. Le Royaume-Uni avait inventé le Commonwealth en 1920, la France invente la Françafrique, plus critiquée. Fréquemment, les frontières artificielles des pays telles que la Ligne Durand, mises en place par des diplomates européens qui ignoraient ou écartaient les réalités locales, posent problème. Le Kurdistan, pays partagé entre trois puissances régionales, et très riche en pétrole, n'aura pas le droit d'exister. En Angola, le Cabinda riche en pétrole réclame son indépendance pendant des années, sans succès ; la guerre civile en Angola durera de 1975 à 1991. Au Nigéria, futur premier producteur africain de pétrole, la guerre du Biafra fait un million de morts ; les Français inventent les «French doctors», mais aussi le «droit d'ingérence». Dans tous ces pays, l'exploitation du pétrole est parfois ralentie par les guerres, mais elle continue, essentiellement pour le compte de l'OCDE. On invente la «malédiction pétrolière» et la «maladie hollandaise».

    En 1952, la Federal Trade Commission procède à une enquête complète sur les pratiques commerciales des compagnies pétrolières ; l'enquête révèle entre autres les multiples participations croisées entre les majors, qui font échec à la règlementation anti-trust. Un courrier de J. Edgar Hoover signale que l'exploitation de ce dossier serait favorable à la propagande soviétique ; le président Harry S. Truman demande alors l'interruption de l'enquête criminelle, de sorte que les compagnies pétrolières ne subissent finalement aucune conséquence.
    - Le poids de l'or
    Aramco paye, dès 1944, des redevances en or à l'État saoudien. Les différences de cours importantes de l'or entre Londres et Djeddah ont incité l'État saoudien à exiger des paiements en métal précieux. Ces paiements, de l'ordre de 35 dollars l'once, au fur et à mesure de l'augmentation de la production saoudienne, contribuent à vider les réserves américaines, et participent à la faiblesse du dollar. À partir de 1950, le gouvernement saoudien exige une amélioration des conditions commerciales ; les partenaires trouvent le moyen d'imposer Aramco en Arabie saoudite, et non plus aux États-Unis : entre 1950 et 1951, les paiements d'Aramco au gouvernement saoudien passent de 46 à 110 millions de dollars, tandis que les impôts payés aux États-Unis passent de 50 à 6 millions. Le pays le plus capitaliste du monde subventionne son industrie la plus riche.
    - Ghawar, le géant
    En 1948, on découvre Ghawar — ou plutôt, on commence à le découvrir, il faudra attendre 1959 pour percevoir la véritable étendue de ce gisement. Long de 270 km, c'est une «mer» de pétrole, de très loin le plus grand gisement du monde, qui à cette date aurait suffi à fournir la moitié de la consommation de la planète. L'Arabie saoudite n'est plus un pays, c'est un trésor stratégique. À partir de 1949, la production intérieure des États-Unis ne suffit plus à sa consommation ; l'Arabie saoudite devient l'État le plus nécessaire à sa sécurité énergétique, et à sa richesse, en dehors de son territoire. La découverte de ce gisement géant, qui pendant plusieurs décennies fournira à lui seul de 5 à 10 % de la consommation mondiale (c'est toujours le cas en 2008), convaincra à nouveau les compagnies pétrolières que la surproduction est leur problème majeur, justifiant le cartel.
    - La CIA, arme à double tranchant
    La démarche anticolonialiste des États-Unis favorise le démembrement des vieux empires. À l'opposé, la CIA, créée en 1947, aura une influence sur le maintien, et parfois l'installation au pouvoir, de régimes favorables aux États-Unis. La création, puis le soutien de l'État d'Israël, le comportement des compagnies pétrolières, les actions de la CIA sont mal vécus par les dirigeants et les populations des pays producteurs, au Moyen-Orient et ailleurs. Après «indépendance», le mot d'ordre devient vite «nationalisation», qui fait violemment réagir les États-Unis. Ils inventent la «dénégation plausible». L'Iran, qui conserve un mauvais souvenir du corridor perse, nationalise ses gisements, et c'est l'affaire Mossadegh, déposé grâce à l'opération Ajax en 1953, et l'embargo sur le pétrole iranien ; on retrouve Torkild Rieber, nommé aux côtés de Mossadegh juste avant l'opération. Elle sera niée par les États-Unis pendant des décennies, et finalement confirmée par le président Obama en 2009. Le Shah, déjà installé de force par les Alliés en 1941, sera à nouveau imposé de force à son propre pays, et les conditions de fonctionnement seront imposées au Shah. Au nombre des déboires de la CIA, on peut citer la surprise d'octobre et son corollaire, l'affaire Iran-Contra ; dans l'affaire Plame-Wilson, Lewis Libby sera condamné à 30 mois de prison. L'incapacité à prévoir et empêcher les attentats du 11-Septembre a été considérée comme un échec de la CIA.
    - L'opposition
    La crise du canal de Suez en 1956 manifeste la faiblesse diplomatique de la France et du Royaume-Uni et consacre les deux Grands en pleine coopération comme maîtres du jeu. Les carburants seront rationnés en France de novembre 1956 à juillet 1957. La crise révèle aussi l'émergence d'une capacité politique au Moyen-Orient. En 1960, Iran, Irak, Koweït, Arabie saoudite et Venezuela créent l’OPEP, Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole. Plusieurs pays du Moyen-Orient se rapprochent de l'URSS, qui leur vend des armes. Malgré une première tentative d'embargo pétrolier en 1967 lors de la guerre des Six Jours et la résolution de Khartoum, l'action de l'OPEP restera sans résultat jusqu'en 1971. En 1953, l'Agip, privée d'accès aux gisements, est sauvée de la fermeture par la découverte d'un gisement gazier dans la plaine du Pô. Devenue l'ENI, elle survit en proposant aux pays exportateurs des conditions meilleures que le Cartel. Son président Enrico Mattei disparaîtra prématurément en octobre 1962, dans un accident d'avion resté mystérieux.
    - Des individualités puissantes
    La géopolitique est souvent le fait d'un tout petit nombre d'individus, que l'histoire retient ou pas selon leur flamboyance. On ne peut nier l'impact profond et durable de John D. Rockefeller (Exxon) et Henri Deterding (Shell), avec des côtés clairs, sombres ou dissimulés. Calouste Gulbenkian, qui connaissait Alexandre Mantashev, fut un artisan central de la politique mondiale. Plus tard, Mouammar Kadhafi et Enrico Mattei, dans deux genres très différents, seront les déclencheurs de la révolte des pays producteurs ; si l'un échappe à la mort jusqu'en 2011, l'autre périt prématurément dans un accident d'avion. Sheikh Yamani personnalise aussi bien la pondération que le terrorisme, selon les observateurs ; enfin il est possible que le nom de Dick Cheney reste associé à l'histoire du pétrole, mais l'histoire se lit à distance.


    1971-2001 : chocs et guerres

    Fin 1970, Mouammar Kadhafi, qui vient de prendre le pouvoir en Libye, contraint les compagnies à accepter une augmentation du prix du baril. Cette nouvelle choque les gros producteurs, qui ont surtout subi des baisses de tarif depuis 1960. En 1971, les États-Unis, déjà importateurs nets de pétrole depuis 1949, voient leur production domestique décliner pour la première fois (pour ne jamais remonter), et se trouvent contraints d'importer des quantités inhabituelles de pétrole. Depuis plusieurs années, le dollar est mis sous pression, et le 15 août, c'est le «Nixon Shock», la révocation des Accords de Bretton Woods : l'équivalence or-dollar disparaît, et la valeur du dollar faiblit immédiatement. Ces trois effets se conjuguent pour que les pays producteurs, toujours payés en dollars, se sentent floués trois fois, et ne cherchent plus qu'une bonne occasion pour augmenter les prix et réduire leurs productions. La guerre du Kippour leur donnera cette occasion. L'influence de l'économie sur le pétrole, et particulièrement le cours du dollar, était masquée jusque là par l'équivalence or-dollar ; à partir du Nixon Shock, le cours du baril ne pourra s'analyser sans analyser le cours du dollar. Les pays du Sud parlent de la dégradation des termes de l'échange.

    La réserve stratégique de pétrole américaine est instaurée dès 1975. À l'issue des deux chocs pétroliers, la majorité des pays de l'OCDE instaureront des réserves de pétrole stratégiques ; sous diverses formes, elles représentent fréquemment 3 mois d'importation d'un pays donné. En Europe, où les dégâts économiques dus à la faiblesse du dollar s'ajoutent au poids accru de la facture énergétique, on commence à se préoccuper d'économies d'énergie plus que de géopolitique ; la France imposera sa première limitation de vitesse sur autoroute (120 km/h) en décembre 1973. Les États-Unis vont plus loin, avec une limitation de vitesse à 55 milles à l'heure (environ 88 km/h, toujours en vigueur en 2009) introduite en 1974, et la règlementation Corporate Average Fuel Economy (CAFE) en 1975.
    - 1979-1980, l'année de toutes les erreurs
    Le Shah d'Iran, qui a annoncé en 1973 ne pas reconduire les accords pétroliers en 1979, et qui commerce de façon croissante avec d'autres partenaires que les États-Unis, n'est plus leur favori ; ceux-ci commencent à envisager de soutenir une révolte religieuse au sein des républiques du sud de l'URSS ; la solution islamique paraît envisageable, et quand le Shah est renversé, les États-Unis ne réagissent pas. La révolution iranienne porte l'ayatollah Khomeini au pouvoir le 11 février 1979, entraînant une cascade d'événements graves.

    Le 20 novembre 1979, des fondamentalistes s'emparent de la Grande Mosquée de La Mecque en prenant des otages ; la répression de cette insurrection, qui fera des centaines de morts, aura un énorme retentissement dans le monde musulman. Le gouvernement saoudien, déjà critiqué pour ses liens avec les États-Unis et le non-respect de la loi coranique, sera contraint de porter une attention accrue au fondamentalisme.

    Le 27 décembre 1979, les Russes, toujours à la recherche d'une ouverture vers le sud, et profitant de l'embarras des Américains occupés par la prise de leur ambassade, entrent en Afghanistan. Cette occupation militaire fera des milliers de morts, et contribuera à l'effondrement de l'URSS.

    Le 22 septembre 1980, Saddam Hussein, inquiet des appels à la révolution islamique lancés par Khomeyni, envahit l'Iran. Cette guerre fera un million de victimes, sans aucun gain pour l'agresseur, si ce n'est des ennuis ultérieurs.

    L'ensemble de ces événements, auquel s'ajoutera une gestion parfois incohérente de la crise (le président Carter décrètera un embargo sur le pétrole iranien, Opération Eagle Claw, inflation délibérée), conduira au deuxième choc pétrolier. L'augmentation en flèche du prix du baril accompagnée d'un fléchissement du PIB mondial suscite énormément de préoccupations à l'échelle internationale. Dans la pagaille, le Canada coupera même sa fourniture de pétrole à son puissant voisin. Pour la première fois de son histoire, l'OCDE craint de manquer de pétrole. Et pour la première fois, les pays producteurs ont l'impression de contrôler le marché. Toujours en 1980, l'Arabie saoudite achève le rachat des actions d'Aramco.
    Pendant deux ans, la production de l'OPEP reste faible et le pétrole cher ; l'URSS devient le premier producteur mondial, et les États-Unis se rendent compte qu'ils contribuent à enrichir leur principal ennemi. Le manche a-t-il changé de mains ?


    Certainement pas : à partir de 1983, les États-Unis reprennent l'initiative, et parviennent à convaincre l'Arabie saoudite et le Koweït de réaugmenter leur production pétrolière. Immédiatement, d'autres pays producteurs, craignant de voir leur part de marché disparaître, lui emboîtent le pas, et se produit le cauchemar que les compagnies pétrolières avaient tant peiné à éviter pendant un siècle, la surproduction à l'échelon mondial, avec le «contre-choc pétrolier» de 1986. Les robinets grands ouverts, rien ne fera remonter le cours du baril pendant 20 ans. Sur le plan militaire, à partir de 1984 les États-Unis apportent tout leur support à l'Irak, et poussent l'Arabie saoudite à en faire autant. Ils fournissent également de l'argent et des armes (dont les fameux stingers) aux Moudjahidins afghans.
    L'Iran et l'Irak, qui s'asphyxient l'un l'autre avec la guerre des tankers, ruinés par l'effondrement des cours, sont contraints à l'armistice en août 1988. Février 1989 voit les troupes russes quitter l'Afghanistan, en novembre le mur de Berlin tombe, préfigurant l'effondrement de l'Union Soviétique (1991).
    - 1989, nouvel ordre mondial
    Au sommet de Malte en décembre 1989, Gorbatchev et Bush échangent de pieux sentiments, on y parle d'échange, de coopération et de règlement des problèmes, le Nouvel ordre mondial a un arrière-goût de Société des Nations. Mais il n'en est rien, les États-Unis sortent de la guerre froide en hyperpuissance unique, et cela change tout.

    Saddam Hussein ne l'a pas compris. En 1990, il envahit le Koweït, ce qui donne une excellente occasion aux États-Unis de retrouver au Moyen-Orient le «deuxième pied» qui leur manquait depuis l'échec iranien. Ils feront d'une pierre deux coups, leur réplique ne sera pas une guerre, mais une démonstration de puissance politique, logistique et militaire. Les États-Unis rassemblent 33 pays, déplacent 500 000 hommes, inventent la guerre télévisée, et ne perdent «que» 240 soldats. Début 1991, les choses n'ont jamais été aussi claires

    La disparition de l'URSS laisse un énorme vide dans la conception même de la défense américaine ; Paul Wolfowitz et Dick Cheney occupent ce vide en proposant une nouvelle politique de défense pour les États-Unis, qui comprend 7 scénarios d'intervention militaire ; en premier lieu, une nouvelle invasion de l'Irak ; ils accompagnent une nouvelle doctrine prônant d'empêcher l'émergence de concurrents en capacité de défier l'autorité des États-Unis ; les Européens emploient souvent le terme «Unilatéralisme», qui traduit mal la gravité des propositions qui seront avancées par le Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC).

    La prise de la mosquée n'a peut-être pas été suffisamment prise en compte par les États-Unis ; à l'issue de la guerre d'Irak, de nombreuses troupes restent sur le sol saoudien, ce qui choque les fondamentalistes ; l'attentat des tours de Khobar, réalisé essentiellement par des citoyens saoudiens, fait 19 morts et matérialise ce rejet des troupes américaines.


    À partir de 1973, la convergence des intérêts des pays de l'OCDE perdra son acuité ; d'un côté, on trouvera les pays européens et le Japon, qui tenteront de respecter une certaine neutralité au Moyen-Orient ; de l'autre, les États-Unis, qui continuent de supporter Israël, et plus favorables aux actions directes. À partir de 1986, cette différence va se creuser, les Européens se lançant dans une véritable politique de réduction de leur dépendance au pétrole, basée sur l'augmentation graduelle mais continue des taxes sur les carburants, et des contraintes s'appliquant aux fabricants d'automobiles pour diminuer la consommation moyenne du parc de véhicules ; cette politique est efficace, puisque la consommation de pétrole en Europe va stagner jusqu'à nos jours (2010). Cette politique pourrait être résumée par la phrase de Fatih Birol, directeur de l'AIE : «Nous devons abandonner le pétrole avant qu'il ne nous abandonne». Au contraire, les États-Unis ne feront plus d'efforts pour améliorer les valeurs «CAFE» ; les véhicules utilitaires sport («SUV» en anglais) bénéficient même d'une dérogation.

    Sur d'autres terrains, l'évanouissement de l'URSS ouvre le jeu, et des territoires entiers qui étaient interdits avant 1989 font à nouveau l'objet de convoitises - y compris de vieilles connaissances.
    - Le pétrole de la Caspienne refait surface
    L'Occident avait quitté Bakou en 1918, et sa jeune étoile avait vite faibli devant les découvertes immenses du Moyen-Orient. La débauche d'hydrocarbures avait de quoi faire rêver : à Bakou, le sous-sol est tellement riche que les mouvements de sol génèrent des «volcans de boue», étranges éruptions d'une boue mélangée d'hydrocarbures qui s'enflamment spontanément. Ces «volcans» ont toujours existé dans cette région, comme l'atteste Dunsterville en 1918. D'autres régions du monde connaissent également ce phénomène, avec la catastrophe de Sidoarjo en Indonésie. Géologiquement, l'Asie Centrale, de Bakou à Samarcande, est prometteuse, comme l'attestent aussi bien des phénomènes comme Darvaza, que les exploitations en cours. 70 ans plus tard, le potentiel de la Caspienne est à peine exploité.

    Contrairement au Moyen-Orient, où le pétrole est fréquemment proche d'un port, la Caspienne est très éloignée à la fois des ports, et des centres de consommation. Le seul moyen de commercialiser de grandes quantités de pétrole, c'est de l'évacuer par oléoducs. Déjà en 1906, le premier pipeline Bakou-Batoumi, long de 800 km, transportait du kérosène vers la mer Noire et les marchés de l'ouest. En 1991, le trafic maritime à travers le Bosphore est déjà saturé, et on cherche d'autres tracés. Les États-Unis se dépêchent de faire des propositions pour évacuer ce pétrole vers l'occident, afin de découpler les pays producteurs de l'Asie centrale d'un nouvel assujettissement à la Russie. Bill Clinton lui-même se charge de la promotion du projet Oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), qui connaîtra une médiatisation étonnante : Elektra King (Sophie Marceau) en explique le tracé caucasien à James Bond (Pierce Brosnan) dans le film Le monde ne suffit pas (le tracé présenté est authentique). Le BTC entrera en exploitation 6 ans plus tard. Le Silk Road Strategy Act, qui autorise le gouvernement américain à supporter les pays du «corridor est-ouest» qui leur sont favorables, et cite explicitement les pipelines, passe en 1999.

    Simultanément, Centgas, un autre consortium mené par Unocal, avec l'appui de la CIA et de Zalmay Khalilzad, noue des relations avec les talibans, après une tentative similaire de la part d'Enron. Plusieurs délégations de talibans se rendent aux États-Unis, et un accord est trouvé pour la construction d'un gazoduc, de Daulatabad au Turkménistan à Karachi, en passant par Herat, Kandahar, et Quetta (projet TAP). Mais les talibans exigent d'être reconnus par les États-Unis ; la guerre civile, puis les frappes américaines sur le pays interdisent tout financement privé, et Unocal abandonne le projet fin 1998, après avoir instamment réclamé au Congrès américain d'appuyer le processus de paix mené par les Nations Unies en Afghanistan.

    Au nord de la Caspienne, le Caspian Pipeline Consortium (CPC) est en 2001 un succès de Texaco malgré de grandes difficultés initiales ; il transporte le pétrole turkmène de Tengiz jusqu'à la mer Noire. Négocié au plus fort de la crise russe, il fait par la suite l'objet de pressions de la part d'un partenaire redevenu puissant. Cette pression s'est traduite par l'éviction de BP en décembre 2009, conduit à céder sa part dans le CPC à Lukoil. Cette transaction élimine également BP du champ de Tengiz.

    Pour évacuer le gaz turkmène, on envisage également un gazoduc transcaspien (TC). La situation des eaux territoriales en mer Caspienne est tellement complexe que l'Iran et la Russie sont en mesure de retarder ce projet, qui les désavantage tous deux.

    La Chine a installé en 2006 un oléoduc entre le Kazakhstan (Atashu) et Karamay (Dushanzi) d'une capacité faible pour le moment ; cependant les chiffres de consommation chinoise pour 2009 (9 Mbbl/j) laissent supposer qu'une augmentation du débit serait bienvenue de part et d'autre.
    - Géopolitique du pipeline
    On parle aussi de «diplomatie du pipeline» (pipeline diplomacy). Tout lien fixe structure l'environnement, implique des conséquences économiques et traduit des volontés politiques. Un pipeline exige en plus un client et un fournisseur, qui s'engagent sur le très long terme d'une façon fiable, sur les volumes et sur le prix. Le premier pipeline de kérosène Bakou-Batoumi permettait d'atteindre les marchés d'Europe de l'Ouest, et conservait à Bakou la valeur ajoutée de l'extraction du kérosène par distillation du brut. Aujourd'hui on ne compte plus les milliers de kilomètres de pipeline en exploitation ; le tracé des pipelines récents de grande taille est révélateur.

    Évoqué dès le début des années 1990, le BTC est conçu pour alimenter l'Europe de l'Ouest à partir de Bakou, en évitant le territoire russe, en contournant l'Arménie (qui avait de mauvaises relations avec la Turquie à cette époque) et en favorisant la Turquie par le trafic supplémentaire au port de Ceyhan. Il concurrence donc l'influence russe dans cette région au profit de partenaires favorables à l'OTAN. Mais le BTC transporte 1 Mbbl/j, alors qu'il est prévu que la Caspienne en produise 5 en 2015. Il faut donc trouver des trajets supplémentaires. Vers le sud, il paraît difficile de traverser l'Iran, qui n'a aucun intérêt à désenclaver un pétrole qui concurrencera le sien. Au nord, on retombe sur la Russie ; il ne reste donc que l'Afghanistan - et c'est le projet TAP (Turkestan, Afghanistan, Pakistan). Devenu le TAPI (avec l'Inde), on en ignore toujours le devenir en 2009.


    L'Iran possède, en commun avec le Qatar, le plus grand gisement de gaz naturel du monde (South Pars-North Dome). Alors que le Qatar a beaucoup investi pour le commercialiser, l'Iran n'a pas vraiment de débouché aujourd'hui. La solution est le gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Ce gazoduc, s'il se réalise, sera un concurrent direct du TAP, qui n'aurait plus guère de chances de se réaliser. Les États-Unis font donc de gros efforts pour empêcher la construction de l'IPI85, et relancent régulièrement le sujet. Le Canada, quant à lui, semble vouloir renoncer à sa présence armée en échange de la construction de ce pipeline.

    L'Union européenne absorbe 88 % des exportations russes de gaz (2006) ; 80 % du volume dépend d'un gazoduc unique passant par l'Ukraine. Pour éviter les multiples conflits gaziers russo-ukrainiens, Nord Stream dont la construction commencera en 2010, reliera directement la Russie et l’Allemagne. Il symbolise la relation amicale entre ces deux pays ainsi que la résistance à la pression des États-Unis, qui affirment que la Russie est incapable de fournir les quantités de gaz promises. Nord Stream, dont le président est Gerhard Schröder, devrait aussi permettre le développement du gisement Chtokman.

    Le Canada est devenu le premier fournisseur des États-Unis grâce à l'exploitation des sables bitumineux d'Alberta. Cette exploitation exige de grandes quantités de gaz naturel pour fonctionner, et produit un pétrole synthétique trop visqueux pour être pompé ; il est donc mélangé à du brut ordinaire pour être livré. Cette exploitation exige donc des pipelines pour acheminer le gaz, pour acheminer le diluant, et pour évacuer le produit fini. En 2008, tous les pipelines de produit fini parviennent aux États-Unis, enrichissant le Canada, mais rendant ce pays de plus en plus dépendant de son puissant voisin. Cette exploitation à elle seule empêche le Canada de ratifier le protocole de Kyoto. Le Canada revient donc sur ses engagements pris à l'échelle internationale, ce qui provoque un grand malaise au sein du pays. Pourtant, les États-Unis interdisent à leurs agences d'acheter des hydrocarbures de cette nature par l'article 526 de l'Energy Independence and Security Act (EISA), justement pour des raisons environnementales.



     
  10. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géopolitique du pétrole
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    TROISIÈME PARTIE


    2001-2009, passés et futurs


    Le 20 janvier 2001, entre en fonction George W. Bush, qui appelle auprès de lui plusieurs sympathisants du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC) : Jeb Bush, Dick Cheney, Zalmay Khalilzad, Lewis Libby, Dan Quayle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz ; ainsi que Condoleezza Rice, ex-collaboratrice de Chevron (Texaco), qui donnera le nom de la future Secrétaire d'État à l'un de ses pétroliers. Plusieurs d'entre eux sont signataires de la lettre que le PNAC envoya à Bill Clinton en 1998, qui stipulait que «la seule stratégie acceptable est celle qui élimine la possibilité que l'Irak puisse ou menace d'employer des armes de destruction massive. À court terme, cela signifie la volonté d'entreprendre une action militaire» Le 11 septembre, la chute des tours du World Trade Center choque les États-Unis, et le monde entier. Le 14 septembre, Oussama Ben Laden, déjà poursuivi par les États-Unis et les Nations Unies pour d'autres attentats préalables, est cité comme responsable des attentats, et son pays d'accueil, l'Afghanistan, est sommé de l'extrader. Les talibans, pour obtempérer, exigent que des preuves de la culpabilité de Ben Laden leur soient fournies, ce qui ne sera jamais fait. Le 7 octobre, les forces anglo-américaines attaquent l'Afghanistan. Les Britanniques ont déjà mené trois guerres dans ce pays, toutes perdues. Dès 2002, les négociations sur le pipeline trans-Afghan reprennent. Fin 2009, son avenir n'est toujours pas certain.

    La nouvelle équipe au pouvoir applique ensuite à la lettre la position du PNAC, en soutenant dans un premier temps que l'Irak dispose d'armes de destruction massive ; rapidement, d'autres disent que ce n'est sans doute pas le cas, la France (suivie par l'Allemagne, la Russie et la Chine) signifie sa désapprobation avec le discours prononcé à l'ONU par Villepin le 14 février 2003. Les États-Unis passent outre, réunissent des alliés en petit nombre et attaquent l'Irak le 19 mars 2003. Fin 2009, les États-Unis ont toujours une présence militaire en Irak. Alors que la première guerre en Irak avait coûté environ 60 milliards de dollars américains, dont l'essentiel avait été réglé par des alliés des États-Unis (Arabie saoudite, Koweit), le coût de la deuxième guerre en Irak est évalué à plus de 1300 milliards en 2009. On n'a jamais trouvé d'armes de destruction massive en Irak, et certains Britanniques reconnaissent rapidement que le pétrole est bien au sommet des priorités.

    Selon certaines sources, Condoleezza Rice recommande de «punir la France, ignorer l'Allemagne, pardonner à la Russie», manifestant ainsi à quel point l'opinion des alliés des États-Unis leur est devenue indifférente. Alors que les années 1990 avaient montré les États-Unis en hyperpuissante sûre de ses moyens, les années 2000 semblent un retour vers le passé, avec l'utilisation de la force sans victoire, et l'incapacité à fédérer la puissance de l'OCDE derrière un projet commun ; cette incapacité va entre autres conduire les États-Unis à payer la totalité du coût de la guerre d'Irak. La CIA invente le «transfert exceptionnel » (Extraordinary rendition) et le «waterboarding». La Russie profite des baisses concertées de l'OPEP pour occuper le marché, et devient à nouveau le premier producteur mondial en franchissant la barre des 10 millions de barils par jour en août 2009.

    Côté consommation, la majorité de l'OCDE est fidèle à une politique de décroissance lente, en opposition avec la Chine, dont le secteur des transports continue de tirer la consommation vers le haut. La Chine manque d'infrastructures, particulièrement ferroviaires, et une partie importante du transport est assurée par la route : la consommation de fioul accompagne sa performance industrielle. À force de courir sur de fausses pistes, comme celle de l'hydrogène, les États-Unis n'ont en fait aucun objectif clair en termes de consommation énergétique.

    Autrefois, les compagnies internationales avaient un sourire condescendant à l'égard de leurs homologues nationaux, qui se contentaient de comptabiliser leur production («compter les barils»). Tout cela a bien changé, et Aramco fait partie des géants non seulement sur le plan des réserves, mais aussi sur le plan technologique et logistique. Petrobras vient de faire une série de découvertes impressionnantes au large du Brésil, dans des conditions de forage extrêmes pour notre époque. Ainsi, même la technologie n'est plus l'apanage des anciennes puissances.


    Anciens et nouveaux acteurs

    En 2008, les trois principaux importateurs mondiaux de pétrole sont les États-Unis, la Chine (importateur net depuis 1996 et deuxième consommateur mondial depuis le deuxième trimestre 2003) et le Japon (deuxième consommateur jusqu'en 2003). La Chine notamment voit ses importations croître de 9 % par an, et consomme déjà 20 % de l'énergie des pays de l'OCDE. Pratiquement jamais citée dans le domaine pétrolier au cours du XXe siècle, elle est en 2009 loin devant tous les autres pays du monde en termes d'accélération de sa demande pétrolière.

    Le tableau ci-dessous montre les consommations et productions pétrolières (millions de barils par jour, 2008) des pays classés par dépenses militaires (milliards de dollars, 2009, [ ]=valeurs estimées).

    [​IMG]

    Sous cet angle, la puissance des États-Unis paraît écrasante : avec des dépenses militaires supérieures à la somme des six suivants, qui eux-mêmes appartiennent à des familles géopolitiques très distinctes, ce pays a les moyens de ses ambitions, quelles qu'elles soient.

    Les réserves et capacités de production ont changé de camp. Suite à la nationalisation progressive ou brutale des ressources, les compagnies pétrolières nationales ont pris le devant de la scène, et éjecté les compagnies internationales des dix premières places. Le tableau ci-dessous classe les compagnies pétrolières par réserves prouvées et par production : les compagnies internationales n'y figurent plus ; valeurs en milliards de barils (reserves) et millions de barils par jour (production), année 2006.

    [​IMG]


    L'hyperpuissance sur la défensive

    Quand il apparut que 15 des 19 terroristes ayant perpétré les attentats du 11 septembre 2001, ainsi que leur instigateur présumé, étaient des citoyens saoudiens, il fut clair que la longue et fructueuse relation entre l'Arabie saoudite et les États-Unis prenait une tournure bien différente. Avec retard, les États-Unis prennent la décision d'évacuer leurs bases d'Arabie saoudite. C'est également avec retard que les États-Unis tentent de s'opposer à l'irruption de la Chine sur le théâtre africain, avec la création de l'Africom en 2007. Ils peinent à mettre fin efficacement aux occupations coûteuses en Afghanistan et en Irak. Sur au moins deux fronts, les relations avec la Chine, et la maîtrise de l'économie, l'hyperpuissance manifeste un embarras inhabituel.

    En mai 2005, Chinese national off-shore oil company (CNOOC) fait une offre de rachat sur Unocal, supérieure à celle de Texaco. Les États-Unis prennent toutes sortes de mesures dilatoires, et en font adopter une qui prévoit un délai de quatre mois pour autoriser la prise de décision. En août, CNOOC abandonne et Texaco s'empare d'Unocal, pour un prix inférieur à la dernière offre de CNOOC. Bien que cette affaire soit un échec pour l'entreprise, elle illustre la montée en puissance économique et politique de la Chine, et force les États-Unis à appliquer des méthodes éloignées du libéralisme traditionnel.


    L'emprise de la Finance

    Le XXe siècle s'était beaucoup préoccupé de production. À partir de 1980, la titrisation devient le maître mot, et le pétrole n'y échappe pas, qui se voit affecté de son contrat de futures (eng) (contrats à terme) comme d'autres matières premières. À la fin de la décennie 2000, l'emballement des transactions boursières, précurseur de la crise économique, va affecter l'ensemble des matières premières, mais aussi le pétrole, dont le prix atteindra des sommets, en dépit d'une consommation sans surprise, et même stagnante en 2008. Dans ce processus, le prix du baril échappe totalement aux opérateurs physiques, et les compagnies pétrolières, qui ne contrôlaient déjà plus les volumes produits, se trouvent maintenant incapables d'agir sur le prix : le domaine financier vient de mettre la main sur le prix du baril.

    Ce pic de tarification augmente momentanément les chiffres d'affaires de toutes les parties prenantes ; mais on sait depuis 1973 qu'il provoque également des réactions négatives de la part du consommateur final, qui tente de se tourner durablement vers des solutions plus économes, telles que des moteurs moins gourmands, ou tout simplement vers une autre solution que le pétrole. C'est ainsi que le chauffage au fuel diminue régulièrement au profit du gaz ou même de l'électricité. Ces variations brutales, provoquant une
    destruction de la demande, sont donc un inconvénient grave pour les producteurs. Plus généralement, le secteur des services financiers et immobiliers représente couramment 30 % du PIB dans les pays développés, alors que la totalité de l'industrie représente moins de 20 % : le poids du secteur pétrolier, qui n'est qu'une fraction de cette dernière valeur, se marginalise.

    La crise économique en 2008 a provoqué de nombreuses difficultés ; la plupart des pays développés la combattent par des plans de relance accroissant brutalement les déficits publics. Les États-Unis sont caractéristiques de cette évolution, avec un déficit de l'ordre de 60 %, en ligne avec beaucoup de pays de l'OCDE, mais qui paraît évidemment monumental en valeur absolue. Les États-Unis présentent également un déficit de leur balance de paiements, on parle de déficits jumeaux ; le dollar semble se maintenir de façon durable dans des valeurs historiquement faibles, ce qui pourrait entraîner des réactions de certains pays. Les États-Unis se trouvent ainsi confrontés à des déficits durables, et le coût de la guerre en Irak et en Afghanistan paraît exagéré dans ces conditions.

    La Chine au rendez-vous de l'histoire

    Alors qu'elle exportait du pétrole, la Chine est devenue depuis 1992 importatrice nette, et sa consommation augmente de 15 % l'an depuis 2001. Elle est devenue le deuxième consommateur mondial, son PIB croît en moyenne de 10 % par an depuis l'an 1980. Elle est également le premier marché mondial pour l'automobile. La Chine, dernière venue sur le théâtre d'opérations, et privée de moyens militaires bruts, agit essentiellement par la diplomatie et les relations bilatérales, avec des succès de plus en plus visibles : les rachats de certaines sociétés de pétrole kazakhes sont des réussites à potentiel évident.

    L'affrontement au Soudan entre les États-Unis et la Chine est indicatif : la Chine s'y installe dans des conditions difficiles, et les États-Unis ne peuvent que lancer une campagne médiatique sans pouvoir s'y opposer sur le terrain. Fin 2009, la Chine porte le fer au Nigéria ; le sujet est bien plus grave, car le Nigéria est le premier producteur africain et le troisième fournisseur des États-Unis. L'offre chinoise commence à 30 milliards de dollars pour 49 % de champs actuellement exploités par Shell, Chevron et ExxonMobil. La Chine a signé en 2009 une série d'accords commerciaux avec la Birmanie ; elle va construire un oléoduc et un gazoduc qui relieront le Yunnan à la côte occidentale de la Birmanie. Le gazoduc sera alimenté par le nouveau champ birman de Shwe, et l'oléoduc par le pétrole du Moyen-Orient, ce qui court-circuite le détroit de Malacca et désenclave le Yunnan. L'appétit de la Chine ne se limite pas au pétrole : considérée comme «l'usine du monde», son besoin de matières premières de toutes sortes est généralisé.


    La Chine dispose de la plus grande réserve en dollars de l'histoire, plus de 2 000 milliards de dollars en 2009. Avec un dollar historiquement faible, ce stock devient une arme à double tranchant. La Chine, de plus en plus considérée comme un partenaire industriel et financier viable, envisage de diversifier l'usage de ses devises, avec la création d'un fonds souverain, mais aussi l'utilisation d'autres monnaies de réserve.


    L'affrontement Chine-USA, que l'on annonce depuis des décennies, se dessine en ce moment même, avec une opposition frappante entre le déficit régulier des États-Unis, et le surplus quasi structurel de la Chine qui le finance en grande partie. Le PIB de la Chine croît beaucoup plus vite que le reste du monde, il représentait 13 % du PIB américain en 2000, pour 28 % en 2009. Alors que le poids économique s'est depuis longtemps déplacé vers l'hémisphère Est, ce dernier commence à exister sur le plan géopolitique, avec la création de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) en 2001 - son seul nom est (doublement) indicatif. La Chine profite des relations houleuses que les États-Unis entretiennent avec certains pays, et l'Iran a annoncé son souhait d'entrer dans ce cercle.


    En 2010, la Chine profite des inquiétudes légitimes éprouvées par les sociétés occidentales vis-à-vis de la lourde empreinte écologique liée à l'exploitation des sables bitumineux du Canada, pour s'installer en Amérique du Nord. Le gouvernement canadien approuve deux projets d'un montant de 1,9 milliard de dollars canadiens, dans lesquels PetroChina prend la majorité, et annonce que d'autres projets sont en cours. Le Canada est en 2010 l'un des deux premiers fournisseurs de pétrole des États-Unis.


    D'autres découplages

    Jusqu'en 1971, ce qui était bon pour les compagnies pétrolières était bon pour les États-Unis et ce qui était bon pour les États-Unis était bon pour l'OCDE. À partir de 1973, l'OCDE commence à se démarquer, à la fois sur un plan politique (neutralité au Moyen-Orient) et sociétal (recherche d'une moindre consommation de pétrole). À partir de 2001, les États-Unis payent un prix de plus en plus élevé pour leur domination pétrolière, et même George W. Bush se plaint de la dépendance de son pays au pétrole («The USA is addicted to oil»). Enfin la volonté récente de certains fabricants d'automobiles de promouvoir les véhicules électriques laisse envisager également le découplage entre les compagnies pétrolières et les constructeurs. Ces multiples modifications des anciens équilibres donnent plus de profondeur à la phrase de Sheikh Yamani : «L'âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierres. L'âge du pétrole ne s'achèvera pas avec le manque de pétrole».


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    Géopolitique du pétrole
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    Source : Article Géopolitique du pétrole de Wikipédia en français (auteurs)
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  11. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géographie des télécommunications


    La géographie des télécommunications est une branche de la géographie étudiée depuis la fin du XXe siècle. Elle a réussi à s'imposer comme une étude reconnue dans ce domaine, malgré le scepticisme de la plupart des géographes dans les années 1980, période à laquelle cette branche a fait son apparition. Cette discipline est née en grande partie sous l'impulsion de géographes français.

    Histoire des télécommunications
    - L'embryon (fin du XIXe siècle)
    La première étude proche de la géographie des télécommunications fut à l'initiative de Friedrich Ratzel, géographe allemand de la fin du XIXe siècle. Né en 1844 et décédé en 1904, il est un véritable penseur de l'espace ; fondateur de la géographie américaine, il perçoit l'enjeu de l'institutionnalisation de la géographie dans les universités et tente de définir et d'asseoir la légitimité de la discipline afin qu'elle ne soit pas mise à l'écart des autres sciences.

    Ratzel est parmi les premiers géographes à lier l'espace et la distance. Il met en évidence cette liaison à partir des migrations qui se font dans l'espace nécessitant des distances à parcourir. Il écrit alors à ce propos : «Une théorie des distances (lehre) s'impose comme première nécessité pour la géographie si celle-ci veut être une science des dispositions (anordnungen) spatiales sur la surface terrestre (1882)». Selon lui, la circulation joue un rôle central dans la formation des villes et des nations, cette idée est inhérente dans trois travaux successifs (entre 1882 et 1903). Il définit alors la circulation comme le mouvement dans l'espace des personnes et des biens dans le but d'équilibrer par les échanges les ressources de la terre et des hommes. Il écrit dans ce sens, Politische Géographie (1897) «la signification géographique la plus importante de la circulation est la transmission de l'information».

    Il défend de cette manière, l'idée que les tendances spatiales modernes poussent à l'intégration d'étendues de plus en plus vastes dans un système. Pour Ratzel, l'Europe doit créer un grand espace commun pour garder son influence mondiale.
    - Distinction des télécommunications (première moitié du XXe siècle)
    Après le semis de Ratzel, aucune théorie n'éclos dans la discipline géographique et cela pendant près de 35 années. Cependant, les télécommunications n'ont jusqu'ici cessé de croître, et sont devenues le moyen de communication le plus répandu et le plus rapide. En effet, il faut attendre la théorie «des lieux centraux» de Walter Christaller en 1935, pour que les télécommunications retrouvent la dimension géographique évoquée par Ratzel. Certains chercheurs vont alors prendre en compte dans leur recherches la circulation des informations comme Eugène Van Cleef, géographe américain, qui en 1937 dans son ouvrage majeur Trade centers and trade routes, où il met en évidence le rôle des télécommunications dans les relations centres/périphéries. Citons aussi, Henri Cavailles en 1940 ; puis Max Sorre en 1948 qui dans son ouvrage Les fondements de la géographie humaine distingue les communications de la pensée des autres formes de circulation, soit les transports de biens et personnes ; et écrit dans ce sens «nous voilà devant l'aspect le plus proprement anthropogéographique de la circulation, puisque la pensée est la marque de l'homme et sa communication le fait social par excellence» (chapitre transport de la pensée). Enfin, Harold Innis publie Empires and communications en 1950. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à Walter Christaller, car si les études de Ratzel n'ont pas eu de suites, la théorie des lieux-centraux engendre le début d'un certain intérêt pour les télécommunications dans l'organisation de l'espace.
    - La production de chercheurs isolés (années 50-60)
    Après la théorie de Walter Christaller, on pouvait s'attendre à un intérêt croissant lié à la forte demande des politiques dans le domaine de la communication, durant la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, le milieu universitaire reste dans les clivages de la géographie humaine traditionnelle. Et au lieu d'assister à la véritable naissance d'un mouvement géographique, c'est la production de chercheurs isolés qui est prépondérante.

    Jean Labasse cherche à travers ses études, d'élargir l'approche de la vie de relations, par l'intermédiaire d'une géographie globale et synthétique. C'est ainsi, géographe rigoureux qu'il est, il relève l'importance du trafic téléphonique dans la vie de relations des villes. Dans sa recherche, il écrit : «on a cru la trouver dans l'orientation du trafic téléphonique au départ des centres urbains. Celui-ci, en effet, couvre l'intégralité des relations humaines et répond pleinement aux exigences objectives et quantitative d'une analyse en profondeur». Six ans plus tard, en 1961, dans Essai de hiérarchisation des centres urbains français actuels, ministère de la construction (30 mai 1961), Étienne Juillard écrit que l'intensité du trafic téléphonique : «varie non seulement avec les besoins propres de la ville, mais avec ceux de sa zone d'influence dans tous les secteurs d'activités». À travers ces deux ouvrages respectifs, les deux géographes mettent en évidence l'intérêt qu'il y aurait à fonder une géographie des télécommunications. Si aujourd'hui, le terme téléphone semble désuet par l'explosion des moyens de communications, durant ces dernières décennies (minitel, Internet, vision-conférences, etc.) Il faut donc apporter au terme de téléphone, une vision plus générale sous l'expression télécommunication qui prend en compte toutes les communications technologiques mais aussi les communications physiques.

    François Cusey va lui aussi apporter à sa manière, son savoir à l'émergence d'une géographie des télécommunications. Dans Essai de délimitation régionale : l'exemple lorrain, Nancy, CREDES, éditions : Istra et Berger-Levrault, 1959 ; où il présente une cartographie de trois comptages annuels successifs (1957, 1958, 1959), il conclut que : «la grande similitude de ces trois cartes, qui se superposent presque parfaitement, ne peut être le fait du hasard». Cette étude, révèle donc la permanence dans les flux de trafic téléphonique, et confirme l'existence d'une constance dans la communication téléphonique qui permet d'étudier les caractéristiques de cet espace par la communication téléphonique. De plus, cette étude autorise aux chercheurs de réaliser leurs analyses sur des petits nombres de comptages. En effet, les méthodes d'analyses des communications téléphoniques vont faire appel à des outils jusqu'ici peut utilisés, tel les graphes et les méthodes d'analyses factorielles ; car outre l'intensité de la vie de relations, les flux de télécommunications permettent de mieux comprendre la hiérarchie des pôles et l'articulation entre espaces. De surcroît, cette réflexion sur l'articulation des espaces via les flux de circulation des communications permet de mettre en évidence des relations entre des espaces et des sous-espaces. Cette méthode, qu'utilisent les trafics téléphoniques fut confirmée par Roland Schwab, qui dans le réseau urbain de l'Alsace d'après les statistiques téléphoniques, revue géographique de l'Est, 1968, numéro 2, où il écrit «les résultats que nous avons obtenus sont conformes à ce que Michel Rochefort avait trouvé par sa méthode ». «Les statistiques téléphoniques constituent un critère global permettant de saisir le réseau urbain dans sa totalité : centralité urbaine et influence exercée par les centres sur leurs environnements». Pour illustrer ce raisonnement, Roland Schwab utilise l'indice de centralité mis au point par Walter Christaller, qui défini la centralité d'une ville par le nombre d'abonnés au téléphone de cette ville (Walter Christaller, Rapports fonctionnels entre les agglomérations urbaines et les campagnes, Congrès international de Géographie, Amsterdam, 1938, et Die Zentralen Orte in Suddeutschlan, Jena, 1933). Il en sort la formule suivante :

    Cc = tcPc x TR / PR (où :
    tc = nombre d'abonnés au téléphone du centre étudié ;
    Pc = population du centre étudié ;
    TR = nombre de téléphones de la région ;
    PR = population de la région ;
    Cc : indice de centralité de la ville étudiée).

    Roland Schwab utilise cette formule pour l'Alsace dans sa Contribution à l'étude des réseaux urbains par le critère des statistiques téléphoniques (DES, Strasbourg, juin 1966, p. 58) pour définir l'indice de centralité des villes de Sélestat et de Drulingen. Cet indice est controversé puisque le nombre de téléphones est un critère peu fiable, de plus la centralité des centres à fonctions industrielles peut être sous-estimée. C'est ainsi que Roland Schwab modifie les variables tc et TR. Au lieu, d'utiliser les téléphones du centre, il propose une nouvelle variable, celle tu trafic téléphonique total du centre ou de la région. Concernant la critique vis-à-vis de la sous-estimation de la centralité des centres à fonction industrielle, Michel Rochefort dans le réseau urbain de l'Alsace, thèse 1971, p. 351 et chap. 2, souligne que les indices de centralité téléphonique peuvent-être très différents selon la fonction du centre qui peut concentrer des activités tertiaires ou bien des activités industrielles alors que leur capacité à organiser l'espace local est semblable. En effet, les activités de services utilisent beaucoup plus le téléphone que les activités industrielles. C'est ainsi que Rochefort utilise l'exemple des centres de Bischwiller et de Wissembourg en Alsace pour illustrer ces propos. Pour des fonctions tertiaires semblables, Bischwiller a des fonctions industrielles plus importantes que Wissembourg ; alors que sa population est plus importante le trafic y est proportionnellement plus faible. Il est nécessaire d'utiliser la formule de Christaller lorsque l'on étudie des centres avec des activités socio-économiques comparables. Quant à Giacomo Corna-Pellegrini, il relève une autre limite de l'indice de centralité de Christaller dans Actualité de l'indice de centralité téléphonique, in l'Espace Géographique, 1978. Et écrit dans ce sens «on peut admettre que ce qui apparaissait, en 1933, comme un signe caractéristique de l'importance d'un lieu habité, l'Allemagne méridionale, ne peut certainement plus être considéré comme tel, dans le même territoire, après presque un demi siècle de fort développement économique et technique; dont le niveau actuel de développement serait semblable à celui de l'Allemagne à l'époque considérée ; mais cette affirmation doit être aussi démontrée. L'hypothèse doit donc être examinée avec prudence parce que l'introduction de nouvelles technologies de communications ou l'évolution plus générale des modes de vie pourrait avoir modifié le rôle de l'instrument téléphonique, et lui avoir donné une signification tout à fait différente». L'indice de centralité de Christaller apparaît donc aujourd'hui comme désuet car il semble nécessaire de changer certains éléments de la formule afin qu'ils soient plus pertinents comme, élargir le calcul de l'indice en ouvrant de manière plus conséquente le réseau des télécommunications, comme l'utilisation du réseau Internet.

    De plus, les flux téléphoniques vont être utilisés pour définir l'influence urbaine, mais il est difficile de faire le lien car si les limites révèlent une notion précise, une zone d'influence est plus floue car cela fait appel à l'attraction qui s’estompe progressivement. On retrouve cette dichotomie chez les géographes puisque si Georges Chabot mène des études sur les grandes villes françaises à la fin des années 50, il s’intéresse surtout à la précision des limites ; Roger Brunet dans une note de présentation de l'article de Marie-Claire Berthe, l'ère d'influence de Toulouse, in Revue de Géographie des Pyrénées du Sud-Ouest, Toulouse, 1962, p. 245-263 ; écrit «fixer une limite spatiale au rayonnement d'une ville, en une région qu'elle domine incomplètement...conduit évidemment à déformer un peu la réalité. On ne peut pas manquer d'évoquer à la fois les chevauchements d'influences, la rivalité entre grandes villes en certains lieux; la concurrence des villes plus petites, qui ne sont pas seulement des satellites, et qui ont, de longues dates, parfois de plus en plus nettement, une certaine autonomie; la profondeur enfin, de l'influence de la ville sur sa région».

    Face à cet intérêt croissant de certains géographes envers la géographie des télécommunications, les principaux milieux géographiques internationaux vont s’intéresser à ce mouvement. En 1965, Louis-Marc Battesti et Gérard Galibert, font un article sur le service Télex du département de l'Hérault ; ils publient aussi une thèse sur les télécommunications. En 1966, Albert Le Bars, soutient un diplôme d'études supérieures sur les flux téléphoniques en Bretagne. Ces recherches sont prolongées en 1967 par Roland Schwab, qui soutient un article sur les statistiques téléphoniques et les réseaux urbains.

    Nous pouvons citer, des travaux anglo-saxons, ceux de :
    A.M BROOKS, G.L GREENBUG, R.F ABLER et H. PORTER.
    Ainsi que des travaux scandinaves de : B. THORNGREN, ILLERIS et P. PETERSEN.
    - Années 70, établissement du courant «Géographie des télécommunications»
    Les années 70, vont donner une tout autre dimension à la géographie des télécommunications. Si Pierre George dans le dictionnaire de la Géographie (1970) note peu d'informations sur la géographie des télécommunications, il y a une explosion des analyses de celle-ci que ce soit en France ou à l'étranger, où de nombreuses thèses universitaires émanent sur la discipline. Mais cette explosion prend son essor à partir du choc pétrolier de 1973 où les télécommunications sont aperçues comme un moyen de réduire les déplacements et de structurer l'espace. A tel point qu'elle devient un enjeu politique à des fins socio-économiques. Jean Lecanuet, homme politique incontournable des années 70 exprimera sont engouement envers le rôle des communications en ces termes «les communications de tout ordre sont l'une des conditions indispensables de l'aménagement du territoire et l'un des moyens efficaces pour lutter structurellement contre l'inflation (1978)». La DATAR prend en considération le rôle des télécommunications dans l'aménagement du territoire (la «Lettre de la DATAR» évoque même la mise "à égalité de fait" des différentes parties du territoire en sept. 1976). Autre aspect, dit précédemment, qui engendre l'engouement pour la géographie des télécommunications, c'est son utilisation pour réduire les coups énergétiques dans une société frappée par le choc pétrolier. À cet égard, dans un article du monde du 22 février 1974, intitulé : les télécommunications, un substitut à l'énergie ?, Jacques Attali déclare : «un voyage d'affaire intercontinental consomme 10 fois plus d'énergie qu'une conversation de la même durée avec vidéo-téléphone». De la même manière, il fait remarquer qu'avec 5 litres d'essence, on propulse une voiture pendant 50 kilomètres alors que la même quantité assure une vidéoconférence de 60 heures.

    Ces nouvelles considérations vont entraîner la naissance d'un courant d'études lié à la télécommunication dans les milieux géographiques. Les télécommunications deviennent au niveau tertiaire administratif, une transformation géographique urbaine. On assiste à l'ouverture d'une rubrique : «Télécommunications. Moyens d'informations» (la bibliographie géographique internationale). Malgré la faible évocation du sujet, dans un manuel de Paul Claval, la tendance est à une prise de conscience plus large de l'intérêt de ce type d'études, que ce soit dans le milieu universitaire, les instituts, les centres de recherches ou bien des services d'administrations nationales. Des articles commencent à paraître dans les revues géographiques tels ceux de : Christian Verlaque (sur le téléphone en Languedoc-Roussillon, Bull. de l'IDATE, 1979), de Henry Bakis (Téléinformatique et disparités régionales en France, L'Espace Géographique, 1975- 2 ; Éléments pour une géographie des télécommunications Annales de Géographie, 1980).

    Les années 70, sont une période charnière, est la publication de Pierre Huet, Télématique et aménagement du territoire : Rapport à M.A Chadeau, délégué à l'Aménagement du territoire, Paris, la Documentation française, 1981, 95 p. Nous pouvons aussi citer, la remarque de Jean Gottmann dans Mégalopolis and Antipolis : the telephone and the structure of the city datant de 1977 : «le rôle du téléphone dans l'évolution du mode de vie urbain a été important et peut encore augmenter». Deux écoles s'affrontent en ce qui concerne l'interprétation du rôle joué par le téléphone sur l'organisation urbaine. La première, affirme que le téléphone encourage et aide la formation de mégalopoles, tandis qu’à l'inverse, la deuxième affirme que ce dernier favorise la dispersion géographique des lieux de travail et d'habitat.
    - Années 80 – 90 : affirmation et reconnaissance
    Dans les années 80, dans le cadre de la mondialisation, les télécommunications deviennent un outil majeur de la compétitivité des entreprises. L'accès rapide à l'information devient stratégique. Les télécommunications vont avoir alors un impact important sur la géographie des entreprises. En effet, les entreprises vont réorganiser spatialement leurs activités qui vont être de plus en plus externalisées, c'est ainsi que des milliers de kilomètres vont séparer les sièges sociaux situés la plupart du temps dans les pays développés et les entreprises de fabrications situées dans les pays émergents. L'augmentation du secteur tertiaire est un facteur important dans l'établissement dans la société du rôle prépondérant des télécommunications où la gestion des entreprises fait abondamment appel à cet outil. Et l'on assiste à l'informatisation massive des entreprises. Cela réduit densément les distances temporelles et nouvelles habitudes de communications vont émerger.
    C'est dans ce cadre que Henry Bakis soutient une Thèse d’État et publie des synthèses sur ces sujets sous forme de Que sais-je ? Comme l’a indiqué cet auteur "la géographie se conjugue aujourd'hui à la fois sur l'espace des kilomètres, de l’effort physique, du temps et des coûts et sur le géocyberespace (l'espace des réseaux de la communication électronique)"(1997). Les activités sont alors influencées non plus par la seule proximité géographique, mais par des interactions fréquentes et massives entre des espaces interconnectés. Les inégalités spatiales entre des espaces très équipés (technopôles, réseaux et nouvelles technologies, offre de services, concentration de personnels qualifiés voir très qualifiés) et les autres (ne disposant pas des réseaux les plus avancés) se creusent : on parle de fracture numérique.

    Sur cette question, il est nécessaire de citer Gabriel Dupuy, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre de l’Institut Géographique, et directeur du Centre de Recherche sur l’Industrie et l’Aménagement (C.R.I.A). Promoteur de l'étude des réseaux, il consacre une partie de ses recherches à la problématique de la fracture numérique, en étudiant le cas clinique de Saint-Pierre et Miquelon, en mettant en avant des comparaisons internationales, afin de définir des politiques adaptées. C’est également autour des questions de politiques que travaille Philippe Vidal qui s’intéresse notamment à la capacité des exécutifs locaux à intégrer la question des TIC dans leurs stratégies de développement économique et social. Face à cette prépondérance des télécommunications dans la société, il faut attendre 1987 pour assister à la création d'une revue géographique propre aux télécommunications par Henry Bakis, d'abord dans le cadre du Centre National des Télécommunications (Issy-les-Moulineaux)et du Comité National Français de Géographie (CNFG), puis à l'Université de Montpellier III où il est élu professeur en 1995. Cette revue publie notamment les travaux de la Commission spécialisée de l'Union Géographique internationale (UGI) créée dès 1984 et de la commission spécialisée du CNFG (association fondée en 1920 par l'Académie des sciences, France). Netcom, revue inscrite sur la liste de référence de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) publie en français et en anglais des articles traitant de dimensions situées à l'articulation entre les réseaux de communication et les territoires, et fait appel à des auteurs de plusieurs disciplines (géographie, aménagement, sociologie, Information et communication, etc.).

    Les géographes asiatiques de la télécommunication

    - Quelques géographes de la télécommunication
    Beaucoup de géographes on étudiés le développement et l'importance des TIC en Asie. Pour des raisons pratiques, les citer tous ne serait pas possible, il est donc pertinent de s'intéresser à quelques géographes principaux. Il y a notamment beaucoup de géographes français qui s'intéressent à la question des TIC en Asie comme Clarisse Didelon et sa thèse «Une nouvelle route de la soie ? Utilisation des moyens de télécommunications dans les entreprises de filière de la soie en Inde.» Son étude, axée sur le rapport entre les TIC et développement de l'industrie en Inde permet un certain développement social, mais aussi urbain en fonction de la disposition des axes de communication sur la route de la soie. On peut également citer le géographe allemand Karl Heinz Hottes pour ses travaux sur les télécommunications en Malaisie et Singapour (Netcom, 1991). Le géographe Laurent Carroué, géographe spécialiste de la mondialisation s'intéresse brièvement au développement des TIC en Asie. Comme autre géographe français, citons Gilles Puel, maître de conférences en géographie et aménagement de Toulouse a dirigé une étude sur les TIC en Chine dont un article a été paru dans la revue L'Espace Géographique, dans le numéro de janvier 2009. Cet article analyse comme une construction sociale la régulation publique des cybercafés en Chine et ses dynamiques spatiales. Trois études empiriques sur cinq métropoles dont Shanghai, Hong Kong, ou encore Pékin montrent comment l’articulation des politiques de régulation avec le jeu des acteurs locaux modèle le marché des cybercafés en concourant à sa segmentation. Ces jeux d’acteurs ont une traduction socio-spatiale qui produit la géographie urbaine des cybercafés ; ils soulignent le grand rôle des usagers dans la construction de cet écosystème. Il y a donc aussi le thème de Géographie spatiale à prendre en compte avec la diffusion des TIC sur Internet. On signalera deux numéros de la revue Netcom consacrés à la Chine (2002) et à l'Inde (2009).
    - Influence de la géographie critique dans l'étude des TIC en Asie
    L'influence de la géographie critique dans cette étude est très pertinente, tout d'abord due au caractère assez humaniste des études menées. Le géographe chinois Yi-Fu Tuan s'était intéressé au sentiment et au relations des peuples entre eux et avec leur milieu. On peut donc dire que les possibilités des TIC de rapprocher les hommes mais aussi de mieux connaître leur milieu est une donnée qui complète le travail de Yi-Fu Tuan. Enfin de par la conception politique de certains pays, comme la Chine, l'étude des TIC en Asie doit prendre en compte le facteur idéologique, c'est pour cela que l'influence, par exemple de l'idéologie marxiste est un facteur déterminant quand on aborde ce thème.
    - L'existence d'autres géographes sur cette études
    mais également des chercheurs possédant d'autres compétences
    Bien qu'il existe un certain nombre de géographes asiatiques et étrangers, il est impossible de tous les citer. Cependant les géographes ne sont pas les seuls à s’intéresser à la question des TIC en Asie. Par exemple, Mme Tian Belawati, économiste et éducatrice indonésienne, est l'une des chefs de file de l'étude et de la révolution des TIC et du téléapprentissage en Asie. Mme Belawati possède un diplôme en économie agricole du Bogor Agricultural Institute, en Indonésie, une maîtrise en éducation (notamment en Géographie) de l'Université Simon Fraser et un doctorat en éducation de l'Université de la Colombie-Britannique. Elle occupe maintenant le poste de vice-rectrice des études à l'Université Terbuka (UT), une université indonésienne chargée d'assurer le téléapprentissage dans cet immense pays. Depuis près de dix ans, elle dirige la recherche sur les TIC et leurs applications pour le téléapprentissage en vue de développer une interface de meilleure qualité pour les étudiants indonésiens et d'améliorer les résultats en matière d'apprentissage. Elle affirme que sa seule motivation est d'aider les étudiants à mieux utiliser les médias disponibles. Mme Belawati considère le rapide développement de logiciels libres pour l'éducation au cours de la dernière décennie comme l'une des plus importantes évolutions dans le domaine des TIC au service du développement. «Cela nous a permis d'explorer, d'expérimenter et de mettre en place des environnements propices à l'apprentissage axés sur les TIC sans avoir recours à de trop gros investissements financiers». La part de l'éducation est donc intimement liée au développement des TIC en Asie du Sud-est, ce qui implique donc une démarche de géographie critique et radicale en sus d'une géographie purement économique et statistique.


    Liste des thèses et des HDR (Habilitation à Diriger des Recherches) français concernant les télécommunications


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    Géographie des télécommunications
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    A SUIVRE/

    Système d'information géographique

    en

    français (auteurs)
     
  12. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Système d'Information Géographique
    - SIG -

    Un système d'information géographique (SIG) est un système d'information permettant de créer, d'organiser et de présenter des données alphanumériques spatialement référencées, autrement dit géoréférencées, ainsi que de produire des plans et des cartes. Ses usages couvrent les activités géomatiques de traitement, de partage et de diffusion de l'information géographique. La représentation est généralement en deux dimensions, mais un rendu 3D ou une animation présentant des variations temporelles sur un territoire sont possibles.

    Beaucoup de personnes assimilent (à tort) un SIG comme un logiciel alors que ce n'est que l'une des composantes d'un SIG (qui est un ensemble).

    Incluant le matériel, l’immatériel et l’idéal, les acteurs, les objets et l’environnement, l’espace et la spatialité, le logiciel offre les fonctions utiles à l'exploitation d'un système d'information géographique, SIG.
    L'usage courant du système d'information géographique est la représentation plus ou moins réaliste de l'environnement spatial en se basant sur des primitives géométriques : points, des vecteurs (arcs), des polygones ou des maillages (raster). À ces primitives sont associées des informations attributaires telles que la nature (route, voie ferrée, forêt, etc.) ou toute autre information contextuelle (nombre d'habitants, type ou superficie d'une commune par ex.). Le domaine d'appartenance de ce type de systèmes d'information est celui des sciences de l'information géographique.

    L'information géographique peut être définie comme l'ensemble de la description d'un objet et de sa position géographique à la surface de la Terre.

    En France, où il existe un Conseil national de l'information géographique, dans son acception courante, le terme fait référence aux outils logiciels. Cependant, le concept englobe : logiciels, données, matériel et les savoir-faire liés à l'utilisation de ces derniers. On peut aussi parler de système d'information à référence spatiale (SIRS) pour les données et leur structuration. L'acronyme SIT (système d'information sur le territoire) est aussi utilisé dans quelques pays francophones. Enfin, les sigles BDU (banque de données urbaine), voire BDT (banque de données sur le territoire), plus anciens, peuvent se rencontrer ici et là.


    Historique

    Une des premières applications de l’analyse spatiale en épidémiologie est le «rapport sur la marche et les effets du choléra dans Paris et le département de la Seine» Année 1832 publié en 1834. Le Géographe français Charles Picquet représente les 48 quartiers de la ville de Paris tramés par gradient de couleur suivant le pourcentage de décès pour 1000 habitants. Cette nouvelle carte créée d’après des données numériques montre l’intensité des ravages du choléra dans Paris. Ce type d’analyse spatiale est repris et amélioré par le docteur John Snow pendant l'épidémie de choléra dans le quartier de Soho à Londres en 1854 : ayant représenté sur un plan la localisation des malades et l'endroit où ils puisaient leur eau, il détermina que c'était l'eau d'un certain puits qui était le foyer de contamination.
    Dans les années 1960, les cartes de l'Afrique de l'Est trop nombreuses pour permettre de localiser les meilleurs endroits pour créer de nouvelles implantations forestières font naître l'idée d'utiliser l'informatique pour traiter les données géographiques.

    L'usage accru de ces techniques et méthodes dans la science et l’aménagement du territoire et pour le suivi, la gestion et protection de la biodiversité a été permis par l'avancée de l'informatique, et encouragé par la prise de conscience environnementale. Cette évolution des applications a permis de nouvelles approches scientifiques transdisciplinaires et collaboratives. Et ce depuis les années 1970.


    Maguire et al. (1991) distinguent trois périodes principales dans l'évolution des SIG :
    * fin des années 1950 – milieu des années 1970 : début de l’informatique, premières cartographies automatiques et naissance de l'éditeur de logiciels SIG ESRI (en 1969) ;
    * milieu des années 1970 - début des années 1980 : diffusion des outils de cartographie automatique/SIG dans les organismes d’État (armée, cadastre, services topographiques...) ;
    * depuis les années 1980 : croissance du marché des logiciels, développements des applications sur PC, mise en réseau (bases de données distribuées, avec depuis les années 1990, des applications sur Internet) et une banalisation de l'usage de l'information géographique (cartographie sur Internet, calcul d'itinéraires routiers, utilisation d'outils embarqués liés au GPS...), apparition de logiciels libres ou d'outils dédiés aux pratiques coopératives, etc.
    Quelques concepts
    Les composantes du SIG
    Un système d'information géographique est constitué de cinq composants majeurs.
    - Les logiciels
    Ils assurent l es six fonctions suivantes (parfois regroupées sous le terme des « 6A ») :
    - saisie des informations géographiques sous forme numérique (Acquisition)
    - gestion de base de données (Archivage)
    - manipulation et interrogation des données géographiques (Analyse)
    - mise en forme et visualisation (Affichage)
    - représentation du monde réel (Abstraction)
    - la prospective (Anticipation).
    - Les données
    Les données géographiques sont importées à partir de fichiers ou saisies par un opérateur.
    - Les matériels informatiques
    Le traitement des données se fait à l'aide des logiciels sur un ordinateur de bureau ou sur un ordinateur durci directement sur le terrain. L'ordinateur de terrain avec GPS et laser télémètre permet la cartographie et la collecte des données. La construction de la carte en temps réel et la visualisation de la carte sur le terrain augmente la productivité et la qualité du résultat.
    Des systèmes client-serveur en intranet, extranet voire via Internet facilitent ensuite, et de plus en plus, la diffusion des résultats.
    - Les savoir-faire
    Un système d'information géographique fait appel à une connaissance technique et à divers savoir-faire, et donc divers métiers, qui peuvent être effectués par une ou plusieurs personnes. Le spécialiste doit mobiliser des compétences en géodésie (connaissance des concepts de système de référence et de système de projection), en analyse des données, des processus et de modélisation (analyse Merise, langage UML par exemple), en traitement statistique, en sémiologie graphique et cartographique, en traitement graphique. Il doit savoir traduire en requêtes informatiques les questions qu'on lui pose.
    - Les utilisateurs
    Comme tous les utilisateurs de systèmes d'information géographique ne sont pas forcément des spécialistes, un tel système propose une série de boîtes à outils que l’utilisateur assemble pour réaliser son projet. N’importe qui peut, un jour ou l’autre, être amené à utiliser un SIG. Le niveau de compétences requis pour la conduite des opérations les plus basiques «voir géomatique», est généralement celui de technicien supérieur. Mais afin d'assurer une bonne qualité d'interprétation des résultats de l'analyse des données et des opérations avancées, celles-ci sont généralement confiées à un ingénieur disposant d'une bonne connaissance des données manipulées et de la nature des traitements effectués par les logiciels. Enfin, des spécialistes sont parfois amenés à intervenir sur des aspects techniques précis.

    Questions auxquelles peuvent répondre les systèmes d'information géographique, et limites
    Un système d'information géographique doit répondre à cinq questions, quel que soit le domaine d’application :
    . : où se situe le domaine d’étude et quelle est son étendue géographique ?
    . Quoi : quels objets peut-on trouver sur l’espace étudié ?
    . Comment : comment les objets sont-ils répartis dans l’espace étudié, et quelles sont leurs relations ? C’est l’analyse spatiale.
    . Quand : quel est l’âge d’un objet ou d’un phénomène ? C’est l’analyse temporelle.
    . Et si : que se passerait-il s’il se produisait tel événement ?

    Les systèmes d'information géographique ont comme limites la pertinence, la richesse, et l'occurrence de mise à jour de leurs bases de données, mais aussi parfois les restrictions d'accessibilité ainsi que les droits d'auteurs sur certaines données et informations qui peuvent empêcher la diffusion de cartes, ou empêcher leur réalisation pour les travaux partageant les données de plusieurs systèmes disparates. L'accessibilité peut également souffrir de mesures prises pour protéger des entités particulières lorsque la taille de l'échantillon est trop petite (secret statistique), ou par la présence sur une couche de données d'informations stratégiques et/ou protégées. Enfin certaines requêtes demandent un temps ou une puissance de calcul non disponible.

    Une autre limite est la lisibilité : pour ne pas trop charger la carte, les croisements d’informations ne peuvent guère dépasser trois ou quatre variables par carte. Au-delà, il faut faire plusieurs cartes, ou, si les variables sont nombreuses, et pour ne pas être submergé par une multitude de cartes, s’orienter vers des techniques de représentation sur un graphe unique comme l'iconographie des corrélations.

    Les données du système d'information géographique

    Les données géographiques possèdent quatre composantes :
    - les données géométriques renvoient à la forme et à la localisation des objets ou phénomènes ;
    - les données descriptives (qui font partie des données attributaires) renvoient à l'ensemble des attributs descriptifs des objets et phénomènes à l'exception de la forme et de la localisation ;
    - les données graphiques renvoient aux paramètres d'affichage des objets (type de trait, couleur...) ;
    - les métadonnées associées, c’est-à-dire les données sur les données (date d'acquisition, nom du propriétaire, méthodes d'acquisition...).

    Les données attributaires
    Il s'agit de données associées à un objet ou une localisation géographique, soit pour décrire un objet géographique, soit pour localiser des informations : nom d'une route, type d'un bâtiment localisé par son adresse, nombre d'habitants d'un immeuble localisé par ses coordonnées Lambert, débit d'un cours d'eau, tension d'une ligne de transport d'énergie, type d'arbres dans un verger localisé par sa parcelle, etc. Les données attributaires sont reliées à la géométrie de l'objet.
    Les objets géographiques
    Trois types d’entités géographiques peuvent être représentés :
    - le point (x,y) ou ponctuel ;
    - la ligne ((x1,y1), ..., (xn, yn)) ou linéaire ;
    - le polygone ou surfacique.
    À l'heure actuelle, aucun système d'information géographique ne gère complètement les polyèdres, ou volumiques. Dans le meilleur des cas, celui des logiciels dits 2D½, un point (x,y) peut être associé une cote (z) et une seule.

    Deux modes de représentations sont possibles :
    - vectoriel (format vecteur) : les objets sont représentés par des points, des lignes, des polygones ou des polygones à trous ;
    - matriciel (format raster) : il s’agit d’une image, d’un plan ou d’une photo numérisée et affichée dans le SIG en tant qu’image.
    Un système de coordonnées terrestres (sphérique ou projectif) permet de référencer les objets dans l'espace et de positionner l'ensemble des objets les uns par rapport aux autres. Les objets sont généralement organisés en couches, chaque couche rassemblant l'ensemble des objets homogènes (bâti, rivières, voirie, parcelles, etc.).

    Exemples de données «raster» :
    - Une orthophotographie est une image obtenue par redressement d’un cliché aérien (photo argentique scannée ou photo numérique) pour corriger des déformations dues :
    . au relief du terrain photographié,
    . à la distorsion de l’appareil photographique,
    . à l’inclinaison de la prise de vue.
    - Un scan est une image scannée à partir d'une carte papier, telle la carte géologique du BRGM ou l'OS MasterMap de l'Ordnance Survey.

    Topologie

    Un des avantages des systèmes d'information géographique est que les relations entre les objets peuvent être calculées et donner naissance à des points d'intersection. C'est la topologie. Ceci permet d'éviter la répétition d'objets superposés. Une parcelle bordant une route aura les mêmes sommets que ceux définis pour la route.
    Relation objets/données attributaires
    Le géo-référencement est la technique de mise en relation organisée des objets géographiques et des données attributaires. Il suppose la mise en place dans le système d'information géographique d'un système de repérants normés, dont le rôle est l'équivalent des dépendances fonctionnelles dans les bases de données relationnelles. Ainsi des données alphanumériques, issues de fichiers externes au système d'information géographique lui-même, pourront être croisées avec les informations géographiques du système d'information géographique, donnant lieu à des usages de géoanalyse.
    Les métadonnées
    Les données manipulées par un SIG viennent de sources et bases de données diverses. Une organisation qui se dote d'un tel système doit avoir à cœur de maîtriser ces sources, de façon à s'assurer :
    • qu'elle est bien au fait de l'ensemble des couches de données disponibles dans l'organisation,
    • qu'elle peut se fier aux résultats obtenus lors de leur utilisation,
    • qu'elle en maîtrise la gestion interne,
    • qu'elle en maîtrise les coûts d'acquisition et de mise à jour,
    • qu'elle est en mesure, le cas échéant, de fournir tout ou partie de ses données à des tiers, en donnant une visibilité suffisante sur la qualité de la fourniture.
    C'est pourquoi toute source de données géographiques ne se limite pas à son contenu attributaire et géographique, mais est accompagnée d'informations caractérisant la source elle-même, c'est-à-dire de données sur les données (on les appelle métadonnées).

    Quelques exemples de métadonnées (parmi beaucoup d'autres) :
    Description générale
    o description et nature des données
    o système de projection et étendue géographique
    o organisme producteur
    Qualité des données :
    o date de saisie ou de validité - si une donnée est ancienne par rapport aux évolutions des entités qu'elle représente, on peut toujours la faire intervenir dans des calculs, mais les résultats seront à interpréter avec prudence ;
    o précision de la saisie - croiser des données de qualité centimétrique avec des données de qualité hectométrique ne donne jamais que des résultats d'une précision hectométrique !
    Gestion interne
    o Responsable et localisation
    o date d'acquisition
    o Fréquence de mise à jour
    o date de dernière mise à jour
    L'ensemble de ces informations doit pouvoir être facilement accessible et partageable par tous les acteurs intervenant à quelque niveau que ce soit dans le cycle de vie des données au sein de l'organisation. La définition d'un porte-feuille de métadonnées (registre de métadonnées) reste un enjeu pour toute organisation qui fait de son SIG une pièce importante de son activité, et ce qu'elle soit fournisseur de données ou simple utilisatrice.

    Afin de faciliter les échanges de métadonnées, elles peuvent être structurées en fonction de la norme ISO 19115. Ce travail de normalisation devrait permettre la constitution de grands annuaires de données géographiques, qui permettront une utilisation optimale de ces dernières.

    Logiciels

    Liste des logiciels SIG.


    Exemples de bases de données / référentiels
    • Corine Land Cover, base de données européenne d'occupation du sol, financée par la communauté européenne
    • Urban Atlas, base de données d'occupation du sol, plus précise que Corine Land Cover
    • Plan cadastral informatisé, maintenu par la DGFiP-direction générale des finances publiques)
    • Cartes géologiques au 1/50 000 produites par le BRGM
    • Cartographie multi-couches du Cap-Vert
    • BD RHF : Référentiel hydrogéologique français produit par le BRGM
    • BD CARTHAGE : Référentiel des données sur l'eau de surface produit à l'origine par l'IGN pour le compte du Ministère de l'Ecologie, administré par chaque agence de l'eau.
    • le Référentiel à grande échelle (RGE) français, constitué par l'IGN.

    Utilisations
    Applications des systèmes d'information géographique.

    Les SIG sont utilisés essentiellement pour :
    l'analyse spatiale ;
    l'aide à la décision, notamment pour l'aménagement du territoire ;
    les définitions de zones de chalandise, implantations de points de vente, aides au mediaplanning notamment en affichage, optimisation de la distribution d'ISA (imprimés sans adresses) ;
    la cartographie ;
    la cartographie réglementaire, destinée à représenter et à rendre opposables les droits à construire sur un terrain particulier. En France, elle permet d’élaborer graphiquement les plan locaux d'urbanisme (PLU) et de les éditer sous forme de documents papiers ou informatiques. La cartographie réglementaire doit permettre de faire le lien entre les différents acteurs de l’immobilier en partant des collectivités publiques compétentes en matière d’urbanisme en passant par les professionnels de la construction (promoteurs immobiliers et maîtres d’œuvres) sans oublier le public non professionnel.

    Perspectives

    Le monde des systèmes d'information géographique est en pleine évolution depuis les années 1970. Leur utilisation ne cesse de s'accroître tout comme le nombre de personnes qu'il emploie.

    Même s'il manque encore une composante temporelle au SIG ; le «temps», encore difficile à gérer et représenter dynamiquement, les applications SIG / SIRS se développent et s'améliorent rapidement. Les SIG tendent à une meilleure interopérabilité et accessibilité via le Web avec :
    Serveurs cartographiques,
    SIRS partagés sur le Web.
    des outils SIG/SIRS nomades qui apparaissent grâce au PDA et tablette PC dans le monde de l'agriculture de précision ou de la sylviculture et de l'écosociocertification forestière.
    une meilleure interopérabilité. Par exemple, l'Union européenne, avec la directive INSPIRE aide à harmoniser les informations géographiques entre les États membres, notamment par l'emploi de métadonnées.
    Ceci devrait permettre des utilisations interdisciplinaires améliorées, par exemple dans le domaine santé-environnement et écoépidémiologie, ou du développement durable ou de la prospective.


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    Système d'information géographique


    A SUIVRE/
    GÉOLOCALISATION

     
  13. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Géolocalisation
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    Description : Principe de géolocalisation par GPS.
    Données transmises en temps réel par le réseau de satellite de télécommunication ou le réseau GPS/GSM.
    Date : 31 décembre 2009 à 19:48
    Source : Travail personnel
    Auteur : Éric Chassaing
    Ce fichier et sa description proviennent de Wikimedia Commons​
    Ce fichier est sous licence Creative Commons



    La géolocalisation ou géoréférencement est un procédé permettant de positionner un objet (une personne, etc) sur un plan ou une carte à l'aide de ses coordonnées géographiques.

    Cette opération est réalisée à l'aide d'un terminal capable d'être localisé (grâce à un système de positionnement par satellites (et un récepteur GPS par exemple) ou à d'autres techniques) et de publier (en temps réel ou de façon différée) ses coordonnées géographiques (latitude/longitude). Les positions enregistrées peuvent être stockées au sein du terminal et être extraites postérieurement, ou être transmises en temps réel vers une plateforme logicielle de géolocalisation. La transmission temps réel nécessite un terminal équipé d'un moyen de télécommunication de type GSM, GPRS, UMTS, radio ou satellite lui permettant d'envoyer les positions à des intervalles réguliers. Ceci permet de visualiser la position du terminal au sein d'une carte à travers une plateforme de géolocalisation le plus souvent accessible depuis internet.

    Techniques de géolocalisation
    Géolocalisation par géocodeur
    Les logiciels de géocodage permettent de calculer et d'attribuer à une adresse ou à un objet référencé dans une carte vecteur des positions X,Y avec une précision de quelques dizaines de mètres en moyenne.
    Géolocalisation par satellite
    La géolocalisation par satellite consiste à calculer, grâce aux signaux émis par une constellation de satellites prévue à cet effet, la position actuelle sur la face terrestre d'un terminal équipé d'une puce compatible. Cette position est alors traduite en termes de latitude, longitude et parfois altitude (ex : 43° 5494 N - 1° 48472 E) et peut alors être représentée physiquement sur une carte. Le réseau satellite de positionnement le plus connu est le GPS (Global Positionning System), bien que l'alternative européenne nommée Galileo soit en cours de déploiement. Dans le cas du GPS, pour que le repérage spatial fonctionne, un immense réseau constitué de 27 satellites (dont 3 de secours) tournant autour de la Terre (2 tours en 24 heures) à une altitude de 20 200 km et répartis sur 6 orbites (4 par orbite) différentes est nécessaire. Ces satellites constituent un maillage du ciel et servent de repères aux navigateurs GPS dans leur processus de calcul de position. Ce système de satellites est conçu de façon à ce qu’il y en ait toujours au moins quatre «visibles» par les navigateurs GPS, sans quoi la position ne peut pas être déterminée.
    Pour qu'un terminal soit capable de se géolocaliser grâce au réseau GPS, celui-ci doit être équipé d'une puce électronique GPS.
    Le GPS offre une précision allant de 15 à 100 mètres pour les applications civiles.
    Géolocalisation par GSM
    Cette technique permet le positionnement d'un terminal GSM en se basant sur certaines informations relatives aux antennes GSM auxquelles le terminal est connecté.
    La précision du positionnement par GSM peut aller de 200 mètres à plusieurs kilomètres, selon que le terminal se trouve en milieu urbain (où la densité d'antennes est supérieure), ou en milieu rural.


    Plusieurs techniques existent :
    - Différence de temps observée ou EOTD (enhanced-observed timed difference) : le terminal calcule le temps écoulé entre l'émission et la réception de la requête envoyée à l'antenne, il peut alors calculer sa distance par rapport à celle-ci.
    - Temps d'arrivée (time of arrival)
    - Angle d'arrivée (angle of arrival)
    - Cell ID (identifiant de cellule)
    Aujourd'hui, la méthode GSM la plus utilisée est celle du Cell ID (identification de la cellule radio). Cette méthode consiste à récupérer les identifiants des antennes GSM auxquelles le terminal est connecté. Par la suite, grâce à une base de données faisant le lien entre les identifiants des cellules et les positions géographiques des antennes, le terminal est capable de déterminer sa position et d'émettre une estimation.

    Ces bases de données peuvent être mises à disposition par les opérateurs pour leurs abonnés, ou par des sociétés privées qui recensent les antennes GSM ou ayant des partenariats avec les opérateurs. Des bases de données communautaires existent et sont le plus souvent alimentées par les utilisateurs eux-mêmes.

    Étant donné que les bases de données Cell ID ne sont pas stockées localement dans le terminal, une connexion internet de type GPRS/EDGE ou 3G peut être nécessaire afin d'émettre une requête pour obtenir la correspondance Cell ID / longitude latitude.
    Géolocalisation par WiFi
    De la même façon qu'un terminal GSM peut se localiser par la méthode du Cell ID sur un réseau GSM, un terminal WiFi peut utiliser la même méthode en se basant sur les identifiants des bornes WiFi (adresses MAC) qu'il détecte. Il existe des bases de données recensant une multitude de bornes d'accès WiFi ainsi que leur position géographique. Ces bases peuvent appartenir à des entreprises privées ou à des communautés qui les publient gratuitement. Ces bases de données sont construites en utilisant la méthode appelée War Driving, qui consiste à parcourir les rues des villes en voiture avec un ordinateur portable équipé du WiFi et relié à un récepteur GPS, afin de recenser un maximum de points d'accès WiFi
    Géolocalisation par adresse IP (sur internet)
    Cette méthode permet de déterminer la position géographique d'un ordinateur ou de n'importe quel terminal connecté à internet en se basant sur son adresse IP. Les adresses IP sont gérées par l'IANA, une organisation qui s'occupe de découper les blocs d'adresses IP disponibles et de les distribuer de façon très contrôlée aux pays qui en demandent. Toutes ces attributions étant très bien documentées, il est possible de savoir dans quel pays se trouve un terminal connecté à internet grâce à son adresse IP. On peut même obtenir un niveau de précision de l'ordre de la ville en se basant sur la distribution des adresses IP faite par les fournisseurs d'accès à internet.
    Géolocalisation par RFID
    La technologie RFID peut être utilisée pour la géolocalisation en intérieur. Pour ce faire, une série de lecteurs RFID équipés de différents types d'antennes sont positionnés de façon à couvrir l'ensemble de la zone souhaitée. La zone est alors découpée en cases dont la surface varie en fonction du nombre de lecteurs déployés et de leur puissance. Lorsqu'une personne équipée d'un tag RFID actif sera dans ces zones là, le système sera capable de calculer sa position en se basant sur le nombre de lecteurs qui détectent le tag et de déduire la position approximative de l'individu en se référant au schéma de découpage établi. En temps réel, cette technique reste néanmoins très approximative et sa précision permettra uniquement de déterminer la pièce ou le couloir dans lequel se trouve la personne géolocalisée.

    La précision de la géolocalisation par RFID peut grandement être améliorée si celle-ci s'effectue de façon différée. En effet, une fois tous les déplacements enregistrés, des systèmes informatiques peuvent réaliser toute une série de calculs probabilistes en se basant sur les lecteurs RFID, la puissance de réception et la cohérence des positions d'une personne au sein d'une structure connue. Ceci permet, dans les meilleurs des cas, d'obtenir une précision de l'ordre du mètre en indoor.

    Les difficultés des localisations indoor en temps réel proviennent de l'environnement en constante évolution (portes fermées ou ouvertes, déplacement de meubles etc). Ces structures altèrent la puissance et la portée des signaux (effet guide d'onde par exemple) et rendent très difficiles l'utilisation de la triangularisation avec la technologie RFID, c'est pourquoi une méthode de pré-découpage en grilles est généralement utilisée.


    Cette technique de géolocalisation ne doit pas être confondue avec la localisation indoor d'une personne en se basant sur la dernière détection de son tag lors d'une entrée ou sortie de zone. Cette technique est notamment utilisée dans les hôpitaux grâce à des lecteurs RFID faible puissance positionnés dans certaines portes du bâtiment et qui permettent de dire si une personne équipée d'un tag les traverse.
    Combinaison de différentes techniques
    Il existe plusieurs inconvénients à l'utilisation d'une seule technique de géolocalisation :
    - La dépendance au réseau GPS : l'incapacité de l'utiliser en intérieur et le temps de réponse à l'allumage ;
    - La dépendance au réseau GSM : sa couverture géographique, l'accès au réseau GPRS pour exploiter l'information ;
    - La dépendance à la présence de bornes d'accès WiFi : en zone rurale par exemple ;
    Des dispositifs qui combinent ces trois techniques et qui sont capables de géolocaliser le terminal dans n'importe quelle situation existent. La précision de ce positionnement va varier en fonction des technologies disponibles, mais le temps de réponse à l'allumage et l'adaptabilité s'en verront améliorées. Ceci permet par exemple de géolocaliser un personne à l'extérieur en utilisant le GPS, et de garder sa trace à l'intérieur des bâtiments ou des tunnels en utilisant la technologie GSM couplée au WiFi pour plus de précision.
    L'iPhone d'Apple est un exemple de terminal capable d'utiliser une méthode hybride de géolocalisation grâce à ses interfaces GSM/UMTS, WiFi et à son récepteur GPS. Cette fonction est fournie par la société Skyhookwireless, qui en l'occurrence met à disposition les bases de données appropriées pour transformer les identifiants des cellules GSM et des points d'accès WiFi en latitude/longitude et rayon de précision.

    Télérelève d'information

    La télérelève d'information consiste à récupérer à distance une série d'informations issues de capteurs ou de systèmes informatiques, électroniques ou électriques. La géolocalisation est très souvent couplée à des systèmes de télérelève via des boîtiers télématiques, ce qui permet de combiner la position géographique d'un terminal ou d'un véhicule à une série d'informations annexes relatives à l'objet géolocalisé. Dans un véhicule par exemple, ces boîtiers peuvent se connecter au chronotachygraphe (pour le transport routier) ou à divers capteurs ou voyants, ce qui permet de relever des informations telles que :
    - la vitesse du véhicule
    - les kilomètres parcourus
    - l'état d'une porte (ouverte/fermée)
    - l'état d'une remorque (accrochée/décrochée)
    - la température (pour les camions frigorifiques)
    Plateformes logicielles de géolocalisation
    Composants
    Les composants essentiels d'une plateforme de géolocalisation sont les suivants :
    - Terminal communicant : C'est le terminal qui reçoit ses coordonnées géographiques (via GPS ou tout autre moyen) et qui les envoie via un réseau de télécommunications à la plateforme;
    - Système informatique capable de recevoir, stocker et traiter les informations : il s'agit des serveurs informatiques qui hébergent l'infrastructure et qui reçoivent et traitent les données envoyées par les terminaux. Ce sont les mêmes serveurs qui mettront à disposition l'information aux utilisateurs (via une interface web par exemple);
    - Module cartographique : c'est le module intégré au système informatique qui va permettre d'afficher la position des terminaux sur un fond cartographique adapté. Ce module prend en charge les calculs de distances, d'itinéraires, détecte l'interaction avec les zones et permet d'avoir accès à des informations terrain (sens interdits, restrictions pour les poids lourds, vitesses autorisées...).
    Architecture temps réel
    La position géographique d'un terminal géolocalisé reste néanmoins une information brute qui peut être exploitée et couplée à d'autres données afin de créer une vaste quantité de services à forte valeur ajoutée.

    Afin d'exploiter cette information, la donnée (position) générée par un terminal qui se trouve sur le terrain doit être transmise à une plateforme logicielle qui va la traiter, la présenter graphiquement à l'utilisateur et l'associer à d'autres données afin d'enrichir les informations relatives à l'état du terminal ou de la flotte de terminaux.

    Voici les étapes de la chaîne de traitement :
    1. Le terminal détermine sa position géographique grâce à une des techniques de géolocalisation citées précédemment (de préférence GPS, GSM et/ou WiFi);
    2. Il envoie ces données vers une plateforme logicielle soit par le réseau GSM/GPRS soit par un réseau satellitaire de type Inmarsat;
    3. La plateforme logicielle de géolocalisation traite la donnée et positionne le terminal géographiquement sur une carte moyennant la précision offerte par la technique de géolocalisation utilisée. De plus, en combinant plusieurs informations, notamment récupérées via un système de télérelève (trafic routier, autonomie du véhicule, points à visiter etc...), des calculs d'itinéraires ou de tournées peuvent par exemple être générés.
    4. Cette carte ainsi que tous les traitements effectués sont mis à disposition de l'utilisateur à travers un portail web hébergé sur un serveur accessible depuis internet, ou à travers une application métier installée sur le poste de travail.
    Pour transmettre les différentes informations récupérées par le terminal (position géographique ou données provenant de capteurs) nous recensons deux principaux moyens de transmission : le réseau GSM/GPRS et le réseau satellitaire. Pour visualiser les architectures types illustrant ces deux modes de transmission veuillez consulter les schémas ci-contre :

    Architectures d'un système de géolocalisation temps réel

    http://upload.wikimedia.org/wikiped...S_GPRS.png/800px-Geolocalisation_GPS_GPRS.png
    Architecture d'un système de géolocalisation par GPS avec remontée des données via le réseau GSM/GPRS

    http://upload.wikimedia.org/wikiped...GPS_SAT.png/800px-Geolocalisation_GPS_SAT.png
    Architecture d'un système de géolocalisation par GPS avec remontée des données via le réseau satellite

    Aperçu et Fonctionnalités
    http://upload.wikimedia.org/wikiped..._vehicules.png/193px-Vue_flotte_vehicules.png
    Vue d'ensemble du parc automobile équipé de boîtiers de géolocalisation sur un fond cartographique.

    Historique des derniers déplacements d'un véhicule sur fond cartographique Webraska.
    Notez la remontée de diverses informations telles que la vitesse du véhicule,
    la proximité d'un point d'intérêt ainsi que le nom de la rue par géocodage inverse.

    Visualisation des données sociales remontées via un boîtier télématique connecté au chronotachygraphe.
    Ces informations peuvent être projetées sur fond cartographique grâce aux données de géolocalisation.


    Voici une liste de fonctions typiquement offertes par les plateformes de géolocalisation professionnelles :
    - Visualisation de la position de l'ensemble du parc géolocalisé
    - Suivi en temps réel de terminaux
    - Affichage d'un historique de déplacements
    - Création de points d'intérêt
    - Création de zones géographiques (pour le geofencing) et de routes (corridoring)
    - Configuration d'alertes automatiques par courriel ou SMS sur des événements
    - Paramétrage d'événements (entrée/sortie de zone, dépassement de vitesse, temps d'arrêt...)
    - Guidage sur tournée
    - Génération de rapports périodiques (temps de conduite, arrêts, vitesses moyennes, zones couvertes...)
    - Localisation des terminaux les plus proches d'un point
    - Détermination du nom et numéro d'une rue à partir de la position (reverse geocoding)
    - Envoi de commandes vers le terminal et configuration à distance (notamment pour changer la fréquence d'émission de positions)
    - Fonds cartographiques variables (cartes classiques, cartographie photographique, cartes de fonds marins, cartes provenant d'un SIG etc)
    - Configuration d'alertes sur capteurs distants (via télérelève)
    - Détection de mouvement
    Types de terminaux existants
    Modes de fonctionnement
    Typiquement, les terminaux de géolocalisation existants peuvent être classés dans une de ces 3 catégories, même si certains peuvent être configurés pour fonctionner dans un mode au choix :
    . Data loggers : Ces terminaux stockent les positions localement et celles-ci doivent ensuite être extraites ;
    . Data pullers : Ces terminaux envoient leur position à la demande ;
    . Data pushers : Ces terminaux effectuent des envois fréquents de leur position.
    Data loggers
    Ces terminaux sont généralement équipés de récepteurs GPS et se limitent à stocker dans leur mémoire interne leur position à des intervalles réguliers. Certains loggeurs GPS disposent de slots pour carte mémoire et/ou d'une mémoire interne ainsi qu'un port USB (le terminal est vu comme une clé USB). Ceci permet, postérieurement, de télécharger les données sur un ordinateur pour les traiter.

    Ce genre de terminaux est surtout utilisé par des sportifs (joggers, amateurs de VTT...) qui téléchargent ensuite les données sur leur ordinateur personnel afin de calculer la durée du parcours ou d'afficher les points sur une carte à l'aide d'un logiciel SIG. Pour des parcours longs et non contrôlés, ce genre de dispositif peut permettre de déterminer le gagnant d'une épreuve et de déterminer si celui-ci est bien passé par des points de contrôle.


    Ces terminaux peuvent aussi être combinés à des appareils numériques afin de géotagger les photos en se basant sur l'heure de la prise. Ces terminaux peuvent aussi être utilisés dans le cadre de surveillances ou de suivi de véhicules où l'émission de données serait impossible ou repérable.
    Data pullers
    Contrairement aux dispositifs de type "push", les data pullers se limitent à envoyer l'information uniquement sur demande. Ces dispositifs sont suffisants dans les cas où la position de l'objet ou la personne n'a pas besoin d'être connue en continu. Par exemple, la position du véhicule ne sera nécessaire que si celui-ci est volé.

    De plus, cette méthode permet aux opérateurs de télécommunications de commercialiser un service de géolocalisation à travers des terminaux mobiles dépourvus de récepteurs GPS et de forfaits data. Il suffit d'avoir le numéro de téléphone du mobile et d'y être autorisé pour envoyer une requête de demande de position. L'opérateur localise alors la position du terminal grâce à la technique du Cell ID et vous envoie la position de celui-ci. La facturation se fera typiquement à la position.
    Data pushers
    Ce sont les terminaux les plus utilisés pour des applications professionnelles. Ces terminaux envoient leur position à intervalles réguliers et programmables vers une plateforme de géolocalisation qui traite la donnée en temps réel.

    Parmi les terminaux capables d'être géolocalisés et de transmettre l'information en temps réel, nous distinguons :
    . Les terminaux mobiles de type PDA ou smartphones équipés d'un GPS et/ou d'un modem GSM/GPRS ;
    . Les boîtiers de géolocalisation dédiés embarquant un récepteur GPS, un dispositif de télécommunications (GSM/GPRS ou satellite) et avec une capacité optionnelle de télérelève ;
    . Les dispositifs de poche destinés aux personnes et embarquant un récepteur GPS et un modem GSM/GPRS ou satellite.
    Ces dispositifs peuvent nécessiter le branchement à une source électrique ou être autonomes grâce à une batterie interne. En fonction de l'utilisation du terminal, celui-ci pourra être connecté à la batterie d'un véhicule ou disposer d'une grande autonomie (ex : suivi d'objets sans sources électriques comme des conteneurs, colis, animaux, remorques...).
    Modes de communication
    Voici les différents types de terminaux disponibles selon leur mode de transmission des données.
    Terminaux GSM/GPRS
    Ce moyen de transmission nécessite un terminal disposant d'un modem GSM/GPRS ou 3G/UMTS, ainsi que d'une carte SIM de n'importe quel opérateur avec un forfait "données" (Data) adapté. Le terminal nécessite d'être sous couverture GSM/GPRS pour pouvoir envoyer les données vers la plateforme de traitement. Ce type de terminal est utilisé lorsque l'objet ou la personne à géolocaliser reste dans une zone bien couverte par les réseaux GSM/GPRS.

    Si le forfait alloué à la carte SIM le permet, le terminal peut continuer à envoyer des informations même lorsqu'il se déplace à l'international ou qu'il entre dans une zone couverte par un autre opérateur. Il enverra alors les données en roaming.

    Les forfaits GSM/GPRS sont économiquement plus avantageux que les forfaits satellite lorsque l'on souhaite remonter les positions à une fréquence élevée. Ils sont donc à privilégier si les zones où l'équipement se déplace restent bien couvertes par les réseaux GSM/GPRS.

    Terminaux GSM/GPRS
    Mouvbox, terminal équipé d'un récepteur GPS et d'un modem GSM/GPRS avec emplacement pour carte SIM. Le modèle peut être relié à une source électrique et possède une bonne autonomie en cas de coupure de l'alimentation grâce à sa batterie. Utilisation type : suivi de remorques, wagons, containers, véhicules légers, colis et marchandises de valeur, antivol pour le matériel roulant et stocké.

    Intellitrac X8, terminal équipé d'un récepteur GPS et d'un modem GSM/GPRS avec emplacement pour carte SIM. Ce modèle possède de nombreuses entrées/sorties analogiques et numériques permettant sa connexion à de nombreux capteurs dans le but d'effectuer de la télérelève de données.

    NS100 Personal Tracker, terminal équipé d'un récepteur GPS et d'un modem GSM/GPRS avec emplacement pour carte SIM. Ce modèle est destiné au suivi de personnes grâce à sa dimension réduite et à sa légèreté. Permet d'effectuer des fonctions avancées telles que la levée de doute par appel téléphonique ou l'envoi d'un message d'alerte à travers son bouton SOS.
    Terminaux satellite
    Ce type de terminaux envoi les données à travers un réseau de satellites de télécommunications comme Inmarsat. Même si ces types de canaux sont plus restrictifs au niveau de la quantité de données envoyées, ils peuvent offrir par ailleurs une couverture mondiale sans frais supplémentaires en fonction des satellites et protocoles utilisés. Cela en fait des terminaux idéaux pour la géolocalisation de conteneurs, navires ou véhicules circulant en plein désert.

    Des terminaux similaires sont utilisés dans le cadre du système Argos, destiné à l'étude et à la protection de l'environnement à l'échelle planétaire, même si celui-ci utilise le même réseau satellitaire pour se positionner et pour transmettre les données.


    Lorsque le terminal satellite est autonome grâce à une batterie interne, il peut fonctionner jusqu'à 7 ans sans nécessite d'en remplacer la batterie. Son autonomie varie alors en fonction de la fréquence d'actualisation souhaitée.


    Pour des parcours longue distance ou des remontées d’information peu fréquentes, les solutions satellites sont plus économiques que les solutions GSM/GPRS.


    Terminaux Satellite
    Le SAT 202, fabriqué par Satamatics est un terminal satellite équipé d'un récepteur GPS et utilisant le satellite Inmarsat D+ pour l'envoi et la réception de données. La couverture de ce terminal est mondiale. Utilisation type : suivi de remorques, wagons, containers, véhicules légers, colis et marchandises de valeur, antivol pour le matériel roulant et stocké.

    MT 3550 fabriqué par Transcore, terminal équipé d'un récepteur GPS et utilisant le protocole Globalwave à travers le satellite Inmarsat AOR pour la transmission de données. Autonomie de 1 à 7 ans sur pile lithium interne selon la fréquence d'envoi de positions. Dispose de plusieurs entrées/sorties pour de la télérelève. Ce terminal dispose d'une couverture en Europe et dans une partie de l'Afrique du Nord et du Moyen Orient.

    Notez que certains dispositifs peuvent combiner les deux modes de transmission de données (GSM/GPRS et Satellite) et basculer d'un mode à l'autre en fonction de la couverture ou du besoin.

    Applications pratiques de la géolocalisation

    Les applications de la géolocalisation sont en plein développement, tant au niveau privé qu'au niveau professionnel. De plus, couplées à des systèmes de télérelève intégrés et sur mesure, de vraies applications métier ont rapidement vu le jour.
    Applications professionnelles
    La géolocalisation dans le milieu professionnel est presque toujours synonyme de gain de productivité, économies de carburant, économies de communications et sécurité accrue. De plus, ces solutions offrent aux responsables de l'exploitation du parc une vision globale et un meilleur temps de réactivité en cas d'incident. Ceci permet à l'entreprise utilisant un système de géolocalisation d'améliorer son service client et de réduire ses coûts afin d'accroître sa compétitivité.

    Quelques domaines dans lesquels la géolocalisation est communément utilisée sont listés ci-dessous :
    Transport de marchandises et logistique
    Type de véhicules géolocalisés :
    Semi-remorques
    Remorques
    Citernes
    Camions frigorifiques
    Conteneurs
    Convoyeurs de fonds
    Transport de matériaux dangereux

    Possibilités fonctionnelles :
    Suivi en temps réel et historique
    Trajets détaillés sur carte
    Détection de mouvement
    Détection d'états : ouverture et fermeture de portes, décrochage de remorques, détection des températures, comptabilisation d'heures de conduite et de pause, protection des conducteurs, consommation des véhicules, vitesses moyennes sur tronçon, etc...
    Repérage des arrêts
    Calcul des temps de conduite et de pause
    Génération des surveillances sur les présences en zones (entrées et/ou sorties de zones)
    Propreté urbaine et assainissement
    Type de véhicules géolocalisés :
    Camions benne
    Bennes à ordures ménagères (BOM)
    Bornes d'apport volontaire (BAV)
    Véhicules d'entretien de parcs

    Possibilités fonctionnelles :
    Suivi en temps réel et historique
    Gestion et optimisation des tournées de collecte
    Recalcul du trajet en cas d'imprévu sur la base des points de passage obligatoires
    Navigation embarquée couplée aux points de collecte
    Saisie d'anomalies en cours de tournée
    Comptage de bacs
    Pesée sur châssis
    Traçabilité des opérations
    Lecteur de puces dans le cadre de la redevance incitative
    Rapports de gestion
    Paramétrage de surveillances (dépassement de charges autorisées, sortie de zones...)
    Fond cartographique adapté au métier
    Facilitation des réponses aux réclamations et traçabilité en cas de litige
    Détection de changement de cap (map matching)
    Transport de passagers
    Type de véhicules géolocalisés :
    Autobus
    Navettes
    Bateaux mouche
    Taxis

    Possibilités fonctionnelles :
    Suivi en temps réel et historique
    Calcul du temps avant passage
    Localisation du véhicule le plus proche ou dans une zone spécifique
    Génération de statistiques (temps d'arrêt moyen, temps de chargement de passagers, calcul du temps de parcours en fonction des plages horaires...)
    Optimisation des horaires et des trajets
    Détection de retard de sortie de zone
    Suivi et protection de personnes
    Type de personnes géolocalisées :
    Travailleurs isolés
    Exploitants agricoles
    Techniciens de maintenance
    Commerciaux
    Agents de sécurité
    Journalistes, reporters

    Possibilités fonctionnelles :
    Suivi en temps réel et historique
    Localisation exacte de lieu d'incident
    Calcul de proximité
    Envoi d'ordres de mission
    Navigation vers les lieux d'intervention
    Détection de verticalité
    Bouton SOS avec envoi de message
    Fonction levée de doute
    Alarme par arrachement (via cordon jack)
    Protection de marchandises, véhicules et antivol
    Type de biens géolocalisés :
    Véhicules en tout genre
    Remorques
    Matériel de BTP
    Colis à haute valeur
    Conteneurs
    Engins

    Possibilités fonctionnelles :
    Suivi en temps réel et historique
    Détection de mouvement
    Détection d'effraction
    Sortie de zone
    Désactivation moteur
    Détection de décrochage de remorque, d'ouverture des portes...
    Autres applications
    Suivi de rallyes en désert
    Suivi et protection des convois humanitaires
    Suivi de pièces (ex : suivi de pièces d'Airbus A380 provenant de plusieurs pays)
    Études comportementales (ex : comprendre la diffusion d'une maladie localisée en observant les mouvements d'une population restreinte)
    Opérations événementielles
    Suivi des véhicules par les assureurs. Cela permet de calculer les facteurs de risque de l'utilisateur ou de facturer l'utilisateur en fonction du nombre de kilomètres parcourus (Pay As You Drive).
    Étude de l'habitat et des déplacements de mammifères difficilement observables, dont les individus sont équipés de colliers émetteurs, en écologie ou biologie des populations (exemple : suivi de la population d'ours brun dans les Pyrénées).
    Repérage d'arbres précieux en forêt

    Applications personnelles
    Suivi et sécurité des personnes
    Type de personnes géolocalisées :
    Randonneurs, skieurs, sportifs extrêmes
    Personnes dépendantes
    Enfants
    Personnes âgées
    Personnes avec troubles de la mémoire

    Possibilités fonctionnelles :
    Localisation et suivi en temps réel
    Détection de sortie de zone (ex : école et trajet de retour)
    Détection d'immobilité prolongée (en cas d'accident ou perte de connaissance d'une personne isolée)
    Bouton SOS avec envoi d'un message
    Levée de doute (un appel est émis vers le terminal géolocalisé qui décroche automatiquement)
    Sécurité des animaux
    Type de personnes géolocalisées :
    Animaux de compagnie
    Chevaux
    Bétail
    Sécurité des biens personnels (voitures, plaisance...)
    Des boîtiers de géolocalisation sont souvent installés au sein de véhicules personnels (voitures, bateaux de plaisance...) pour faciliter leur récupération en cas de vol.

    Dispositions légales concernant la géolocalisation en France
    Recommandations de la CNIL
    La CNIL, autorité administrative indépendante française chargée de veiller à la protection des données à caractère personnel et de la vie privée, a émis certaines recommandations aux entreprises souhaitant mettre en place un système de géolocalisation de leurs employés.
    Les finalités du traitement
    La loi "informatique et libertés" subordonne la mise en œuvre d’un traitement à l’existence d’une finalité légitime. C’est pourquoi, compte tenu du caractère intrusif des dispositifs traitant la donnée de géolocalisation des véhicules / individus et des informations qui peuvent y être associées, la Commission estime que la mise en œuvre de tels dispositifs n’est admissible que dans le cadre des finalités suivantes :
    - La sûreté ou la sécurité de l’employé lui-même ou des marchandises ou véhicules dont il a la charge (travailleurs isolés, transports de fonds et de valeurs, etc.) ;
    - Une meilleure allocation des moyens pour des prestations à accomplir en des lieux dispersés, (interventions d’urgence, chauffeurs de taxis, flottes de dépannage, etc.) ;
    - Le suivi et la facturation d’une prestation de transport de personnes ou de marchandises ou d’une prestation de services directement liée à l’utilisation du véhicule (ramassage scolaire, nettoyage des accotements, déneigement routier, patrouilles de service sur le réseau routier, etc.);
    - Le suivi du temps de travail, lorsque ce suivi ne peut être réalisé par d’autres moyens.
    En revanche, l’utilisation d’un système de géolocalisation ne saurait être justifiée lorsqu’un employé dispose d’une liberté dans l’organisation de ses déplacements (visiteurs médicaux, VRP, etc.). La Commission rappelle que l’utilisation d’un dispositif de géolocalisation ne doit pas conduire à un contrôle permanent de l’employé concerné.

    À cet égard, la déclaration auprès de la CNIL doit prévoir l'ensemble des finalités du traitement, ainsi une entreprise qui déclarerait que le système a pour seule finalité la localisation des véhicules les plus proches des clients, ne pourrait pas utiliser les informations issues du système pour démontrer une faute commise par un salarié. S'il le faisait, l'employeur commettrait un délit de détournement de finalité passible de 5 ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende.
    Frontière entre le travail et la vie privée
    Les outils de géolocalisation présentent des risques certains au regard des droits collectifs (droit syndical, droit de grève) et des libertés individuelles (liberté d’aller et venir anonymement, droit à la vie privée) qui doivent être respectés dans le cadre professionnel. La géolocalisation soulève donc deux questions :
    - Celle de la frontière entre travail et vie privée,
    - Celle du niveau de contrôle permanent qu’il est admissible de faire peser sur un employé.
    La Commission considère ainsi que le responsable du traitement ne doit pas collecter des données relatives à la localisation d’un employé en dehors des horaires de travail de ce dernier. C’est pourquoi, la Commission recommande que les employés aient la possibilité de désactiver la fonction de géolocalisation des véhicules à l’issue de leur temps de travail lorsque ces véhicules/dispositifs peuvent être utilisés à des fins privées. Les employés investis d’un mandat électif ou syndical ne doivent pas être l’objet d’une opération de géolocalisation lorsqu’ils agissent dans le cadre de l’exercice de leur mandat.
    Information et Droits du salarié
    L'entreprise doit obtenir de la part des salariés concernés la signature d'un document spécifiant qu'ils peuvent être à tout moment localisés pendant leurs heures de travail. D'autre part, elle est tenue de mettre en place une procédure leur permettant de couper le service. Les employés doivent être clairement informés de la façon dont ils pourront la mettre en œuvre.

    Le responsable du traitement doit procéder, conformément aux dispositions du code du travail et à la législation applicable aux trois fonctions publiques, à l’information et à la consultation des instances représentatives du personnel avant la mise en œuvre d’un dispositif de géolocalisation des employés. Conformément à l’article 32 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée en août 2004 et à l’article 34-1 IV du code des postes et des communications électroniques, les employés doivent être informés individuellement, préalablement à la mise en œuvre du traitement :
    - de la finalité ou des finalités poursuivie(s) par le traitement de géolocalisation ;
    - des catégories de données de localisation traitées ;
    - de la durée de conservation des données de géolocalisation les concernant ;
    - des destinataires ou catégories de destinataires des données ;
    - de l’existence d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition et de leurs modalités d’exercice ;
    - le cas échéant, des transferts de données à caractère personnel envisagés à destination d’un État non membre de la Communauté européenne.
    La Commission rappelle que chaque employé doit pouvoir avoir accès aux données issues du dispositif de géolocalisation le concernant en s’adressant au service ou à la personne qui lui aura été préalablement indiqué.
    Durée de conservation
    Les données relatives à la localisation d’un employé ne peuvent être conservées que pour une durée pertinente au regard de la finalité du traitement qui a justifié cette géolocalisation. La Commission estime, au regard des finalités pouvant justifier la mise en œuvre d’un dispositif de géolocalisation, qu’une durée de conservation de deux mois paraît proportionnée. Les données de localisation peuvent être conservées pour une période supérieure à deux mois si une telle conservation est rendue nécessaire soit dans un objectif d’historique des déplacements à des fins d’optimisation des tournées, soit à des fins de preuve des interventions effectuées lorsqu’il n’est pas possible de rapporter la preuve de cette intervention par un autre moyen. Dans ces cas, une durée de conservation d’un an paraît proportionnée, cette durée ne faisant pas obstacle à une conservation plus longue en cas de contestation, dans ce délai d’un an, des prestations effectuées. Dans le cadre du suivi du temps de travail, seules les données relatives aux horaires effectués peuvent être conservés pour une durée de cinq ans.

    Par ailleurs, les atteintes aux données de géolocalisation peuvent aller au-delà de la simple conservation des données. Les différents services, tels que Foursquare, Plyce, Dis-moi Où?, Ootay, Facebook Places, etc. ont des conditions générales d'utilisation qui ne s'accordent pas forcément avec les dispositifs de retrait de l'information liés aux articles 39 et suivants de la loi "Informatique et Libertés". Les utilisateurs partagent généralement leur localisation avec leurs contacts sur des réseaux sociaux numérique. Ils perdent alors le contrôle sur leurs données. Difficile ensuite d'appliquer le droit à l'oubli ou de demander l'effacement des données.
    Personnes ayant accès au suivi
    L’accès aux données de géolocalisation doit être limité aux seules personnes qui, dans le cadre de leur fonction, peuvent légitimement en avoir connaissance au regard de la finalité du dispositif (telles que les personnes chargées de coordonner, de planifier ou de suivre les interventions, personnes chargées de la sécurité des biens transportés ou des personnes ou le responsable des ressources humaines). Le responsable du traitement doit dès lors prendre toutes précautions utiles pour préserver la sécurité de ces données et empêcher, notamment en mettant en place des mesures de contrôle et d’identification, que des employés non autorisés y aient accès.
    Jurisprudence
    Dans un arrêt, il a été jugé qu’une filature organisée par l’employeur afin de contrôler et de surveiller l’activité d’un salarié constitue un moyen de preuve illicite, qui ne peut donc être invoqué en justice, même lorsque le salarié avait été informé de la possibilité de ce contrôle (Cass.soc., 26 novembre 2002 n°00-42.401 Meret c/ Sté Wyeth-Lederle).

    De surcroît, dans un arrêt de la CA d’Agen en date du 3 août 2005, la Cour énonce, à juste titre, que :


    «la géolocalisation d’un véhicule doit être proportionnée au but recherché et que la mise sous surveillance permanente des déplacements des salariés est disproportionnée lorsque des vérifications peuvent être faites par d’autres moyens, comme c’est le cas en l’espèce, puisque l’employeur pouvait mener des enquêtes auprès des clients que le salarié était censé visiter (…) qu’il résulte de ces éléments que la mise en œuvre du GPS était illégale comme disproportionnée au but recherché et ne peut être admise en preuve».

    De ce fait, la surveillance systématique des déplacements des salariés pourrait être assimilée par les juridictions à une véritable «filature électronique» et constituer ainsi une atteinte à la vie privée de ces derniers, susceptible de ne pouvoir être justifiée par les intérêts légitimes de l’employeur, eu égard à son caractère disproportionné (Dossier thématique de la CNIL).

    La commission rappelle que le détournement de finalité est sanctionné par l’article 226-21 du Code pénal, qui prévoit une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 Euros d’amende.


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    Géolocalisation
    Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0.
    [FONT=&quot]Source :[FONT=&quot] Article Géolocalisation de Wikipédia en français (auteurs

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  14. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Salam, Wladbladi

    Je m'arrête ici pour l'Histoire de la Géographie.
    Comme d'habitude, j'ai essayé de récolter le maximum d'informations.
    J'ouvre une nouvelle discussion pour aborder La Cartographie - qui lui est relative - parce que ce sujet est long aussi.
    Je vous souhaite une bonne lecture :)
     
  15. RedEye

    RedEye - أبو عبدالرحمن - Membre du personnel

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    allah ykhallik lina bent 3ommi [20h]
     
  16. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Amine wi khallik lina 7ta nta o jami3 Wladbladi
    Merci :)
    [20h]
     
  17. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Géographie
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    Al Idrissi


    Al Idrissi ou Al-Idrīsī ou encore Charif Al Idrissi, de son nom complet Abu Abdallah Muhammad Ibn Muhammad Ibn Abdallah Ibn Idriss al-Qurtubi al-Hassani (arabe :أبو عبد الله محمد ابن محمد ابن عبد الله ابن ادريس القرطبي الحسني), connu aussi sous le nom latin de Dreses, est un géographe et botaniste, né à Ceuta vers 1100. Il a grandi à Cordoue sous l'empire Almoravide, et serait mort vers 1165 en Sicile. Il doit sa renommée à la rédaction d'un ouvrage de géographie descriptive intitulé Kitâb Nuzhat al Mushtâq ou Kitâb Rudjâr ou Le Livre de Roger. Ce livre fut rédigé à la demande de Roger II, roi normand de Sicile, pour illustrer et commenter un grand planisphère en argent construit par Al-Idrīsī, qui est probablement mort en Sicile, à cause d'une probable interdiction de revenir dans sa ville natale où il était considéré comme un renégat au service d'un roi chrétien comme Roger II.

    Biographie


    On connaît peu de choses sur la vie d'Al-Idrīsī. Il serait né à Ceuta, qui faisait à l'époque partie de l'empire des Almoravides, vers 1100, dans une famille noble d'Al-Andalous, pays où il semble avoir étudié à Cordoue, ville califale, (d'où le nom Qurtubi). Sa famille provenait certainement de Malaga, dominée par la dynastie des Driss. Il aurait voyagé au Maghreb, en péninsule Ibérique, et peut-être même en Asie mineure, rapportant de ses voyages des notes sur la géographie et la flore des régions visitées. On connaît mal les circonstances de sa venue en Sicile où il arrive à Palerme en 1138. Le roi normand Roger II de Sicile l'aurait appelé à sa cour pour y réaliser un grand planisphère en argent et surtout pour écrire le commentaire géographique correspondant, le «Livre du divertissement de celui qui désire parcourir le monde». Ce travail lui prendra 18 années de sa vie. On perd sa trace en 1158, après qu'il eut effectué ce travail. Les historiens situent la date de sa mort entre 1164 et 1180. Le peu de renseignements sur ce savant du Moyen Âge, réside peut-être, d'après l'historien F. Pons Boigues, dans le fait que les biographes arabes ont considéré Al-Idrīsī comme un renégat, au service d'un roi chrétien.

    Son nom complet tel que rapporté par la littérature arabe, Abu Abdallah Muhammad ibn Muhammad ibn Abdallah ibn Idriss ibn Yahya ibn Ali ibn Hammud ibn Maymun ibn Ahmad ibn Ali ibn Obeid-Allah ibn Omar ibn Idriss ibn Idriss ibn Abdallah ibn Hassan ibn Hassan ibn Ali ibn Abi-Talib, indique une ascendance chérifienne par le biais des Idrissides et des Hammudites. Le laqab al-Qurtubi désigne une origine cordouane.

    Le géographe
    L'inspiration principale d'Al-Idrisi est venue de deux géographes de l'ère préislamique: Orose, un voyageur espagnol dont l’«Histoire», écrite au V[SUP]e[/SUP] siècle, comprend un volume de géographie descriptive, et Ptolémée, le plus grand des géographes classiques, dont la «Géographie», écrite au II[SUP]e[/SUP] siècle, a été complètement perdue pour l'Europe, mais a été préservée dans le monde musulman dans une traduction en arabe. Il semble aussi avoir subi l'influence de son compatriote, l'astronome hispano-musulman Azarchel, qui a corrigé les données géographiques de Ptolémée concernant la région ouest de la Méditerranée.

    Lorsqu'il arriva à Palerme en 1139, il se lança sous l'égide de "Roger II de Sicile" dans la constitution d'un planisphère et d'un commentaire associé - le Livre du divertissement de celui qui désire découvrir le monde (Kitāb nuzhat al-mushtāq fī ikhtirāq al-āfāq) - plus communément connu sous l'appellation de Livre de Roger, qui constitue l'un des meilleurs ouvrages de cartographie médiévale. Il a profité de la situation de la Sicile comme île stratégique de la Méditerranée, interrogeant les équipages de tous les navires touchant les ports du royaume sicilien.

    Le Livre de Roger comprend une description de la Sicile, de l'Italie, de sa patrie l'Espagne, de l'Europe du Nord et de l'Afrique, ainsi que de Byzance : c'est une description résolument universaliste qui comprend aussi bien la géographie physique que les activités humaines. Sa connaissance du Niger, du Soudan et du Nil est remarquable pour son époque. L'ouvrage a bénéficié de la situation particulière du royaume normand de Sicile au XII[SUP]e[/SUP] siècle et du syncrétisme entre civilisations byzantine, normande et arabe qui le caractérisait.

    Pour réaliser cet ouvrage, al-Idrīsī s'est appuyé sur les résultats de ses propres voyages mais aussi sur les observations qu'il commandait à d'autres voyageurs. Les cours d'eau et lacs d'eau douce sont représentés en vert, tandis que les mers sont en bleu.
    Il semble que la première version de l'ouvrage date de 1157. On n'en possédait qu'un abrégé, publié pour la première fois en arabe à Rome en 1592, et traduit en latin sous le titre de Geographia Nubiensis, par Gabriel Sionite, Paris, 1619. Pierre Amédée Jaubert, Interprète militaire, en retrouva en 1829 un manuscrit complet à la Bibliothèque nationale de France et en publia la traduction en français, Paris, 1837-1839, 2 volumes in-4, avec notes. C'est la seule traduction complète du Livre de Roger : elle est considérée comme peu fiable en raison des manuscrits de seconde main qu'elle utilise. Une nouvelle édition ne corrige que partiellement ces erreurs.

    Plus tard, al-Idrīsī a mis au point une autre encyclopédie géographique, plus complète encore, que l'auteur a intitulée Rawd-Unnas wa-Nuzhat al-Nafs (Plaisir des hommes et joie de l'âme), livre également connu comme Kitab al-Mamalik wa al-Masalik (Livre des royaumes et des routes).

    Al-Idrisi a soutenu la théorie de la sphéricité de la Terre et bien que ses cartes aient la forme d'un disque, il a expliqué que le disque symbolisait uniquement la manière du monde : "La terre est ronde comme une sphère, et l'eau s'y tient et y reste par le biais de l'équilibre naturel qui ne subit pas de changement". Comme il l'a suggéré par ses observations, al-Idrisi pense que le monde est rond, n'étant pas le seul à insister sur ce fait : contrairement à l'idée fausse selon laquelle tout le monde croyait jusqu'à Christophe Colomb, que la Terre était plate, de nombreux chercheurs et astronomes pensaient que la Terre était une planète au moins depuis le V[SUP]e[/SUP] siècle av. J.-C..


    Le botaniste
    En matière de plantes médicinales, son Kitab al-Jami-li-Sifat Ashtat al-Nabatat (Livre rassemblant les descriptions fragmentaires des plantes) témoigne de ses connaissances approfondies en botanique. Il a étudié et a examiné la littérature disponible en son temps sur le sujet des plantes médicinales et a fait progresser les connaissances en la matière depuis les Grecs anciens. Un grand nombre de nouvelles plantes, des drogues avec leur évaluation médicale, a ainsi été donné aux médecins. Il a donné les noms des drogues dans six langues : syriaque, grec, persan, hindi, latin et berbère.

    À côté de la botanique et la géographie, al-Idrīsī a aussi écrit sur la faune, la zoologie et les aspects thérapeutiques. Son œuvre écrite en arabe a été traduite rapidement en latin. Ses livres sur la géographie sont restés populaires plusieurs siècles en Orient et en Occident, et sont considérés comme la base de la géographie moderne.


     

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