Histoire de la Médecine

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 12 Juillet 2012.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Histoire de la Médecine


    Toutes les sociétés humaines avaient recours à des croyances médicales relevant du mythe ou de la superstition pour expliquer la naissance, la mort et la maladie. Au cours de l'histoire, la maladie a été attribuée à la sorcellerie, aux démons, aux influences astrales contraires, ou à la volonté des dieux. Ces idées restent encore répandues, avec la foi en la guérison par la prière et le recours à des sanctuaires dans certains endroits, bien que la montée en puissance de la médecine scientifique au cours du dernier millénaire a éclipsé et rendu caduques bon nombre de croyances anciennes.




    Médecine dans la préhistoire et de la Protohistoire

    On ne dispose pas de données fiables pour savoir quand a débuté l'usage des plantes à des fins médicinales (phytothérapie). Avec le temps et l’accumulation d’essais et d’erreurs, une petite base de connaissances s’est constituée au sein des premières communautés tribales. Comme ces connaissances se sont développées au fil des générations, la culture tribale s’est transmise à des initiés. Ces « initiés » sont devenus ceux qu’on désigne aujourd'hui sous le nom de guérisseurs ou de shamans.

    Deux disciplines scientifiques permettent d'acquérir des données sur la médecine préhistorique :
    * la paléopathologie, étude des symptômes présentés par les dépouilles
    * l'ethnologie, étude des civilisations ; il existe de nos jours des civilisations pré-historiques ou proto-historiques qui peuvent servir de sujet d'étude.

    Paléopathologie
    Les os fossiles sont la principale source d’information à la disposition des chercheurs. L’analyse des os permet de connaître les maladies dont étaient atteints les hommes préhistoriques. Par exemple, les métastases osseuses sont facilement observables ; la tuberculose et la syphilis ont également des effets caractéristiques sur les os. Il est aussi possible de détecter une réduction de fracture par la forme de son cal osseux de consolidation : le cal ne se forme pas si le mouvement n’est pas restreint, son absence peut donc être interprétée comme une absence d’acte médical. Une difficulté provient du fait que certaines fractures peuvent guérir parfaitement sans avoir recours à un appareil d’immobilisation.
    Les interventions chirurgicales, comme la trépanation ou les amputations, permettent aussi de tirer des conclusions sur les pratiques médicales.


    L'ethnologie
    Il est possible d’observer certains groupes ethniques, en particulier dans l’ouest de l’Afrique, et de tenter d’en tirer des conclusions sur les pratiques médicales préhistoriques. Cette approche présente plusieurs difficultés, comme la différence de climat, et les grandes différences de pratiques entre ethnies. De Laet prévient : « une similitude technologique n’implique pas nécessairement des institutions sociales ou religieuses identiques ». Enfin, certaines survivances du folklore permettent de remonter à des origines préhistoriques.


    Médecine, religion et folklore

    La médecine précède probablement la religion, le besoin de survivre étant plus impérieux, plus primal, que le besoin d’explication du monde. La relation de la médecine avec la religion, définie comme le système de croyances, est étroite, et seule la médecine moderne s’affranchit de cette relation, incomplètement d’ailleurs. D’ailleurs, les pratiques magiques se définissent comme la tentative de l’homme d'influencer la nature, ce qui est aussi une définition de la médecine ! À titre d’illustration, le chaman ou guérisseur d’une tribu peut administrer de la cinchona, source de quinine, à une personne atteinte de malaria, et nous jugerons cet acte comme médical car nous savons que la quinine est un médicament qui tue le Plasmodium, l'agent de cette maladie. Par contre, lorsqu’il effectue une danse d’exorcisme pour chasser les « mauvais esprits », nous aurions tendance à rejeter cet acte comme non médical. Pourtant, pour cette tribu, les deux sont indissociables. Il est donc nécessaire de considérer que la danse chamanique, dans ce cas, est un acte médical car il est perçu comme tel par la tribu en question. D’ailleurs, l’effet psychosomatique de la danse est réel, mesurable, et cet effet n’a pas disparu avec l’avènement de médecine scientifique (voir effet placebo). Par exemple, les enfants de la région de Calabre portent autour du cou des colliers de dents animales pour « prévenir les complications » de la pousse des dents. Des colliers similaires ont été retrouvés dans des excavations du Paléolithique et une utilisation medico-religieuse a été avancée. Les réminiscences des pratiques magiques peuvent apparaître beaucoup plus tard dans l’histoire. L’exemple suivant est remarquable à cet égard.


    Pierres de foudre

    Les outils en pierres taillées, s’ils ont été supplantés par les outils en métal n’ont pas disparus pour autant, devenant souvent des outils « rituels ». Les « pierres de foudre » (Thunderstone (en)) sont souvent des haches de pierre polie investies de propriétés magiques, dont l’une est une propriété de guérison. Accolée aux reins, la pierre de foudre est considérée comme un remède contre les calculs rénaux : en 1600, le Comte de Lorraine souffrant de cette maladie se voit prescrire ce remède. Non seulement l’outil, mais aussi celui qui manie l’outil est investi de pouvoirs de guérisons. En Belgique, ces pierres de foudre, de tonnerre ou de lumière, ont été retrouvées encastrées dans le ciment d’une nouvelle construction. En Angleterre, jusqu’au début du XXe siècle, une personne sur le point de mourir peut demander à ce que son crâne soit fracassé par une hache en pierre, appelée pour cette occasion marteau béni, et l’un de ces spécimens est exposé au musée de Miln. Paul A. Janssens y voit un rapprochement avec la coutume catholique de donner trois coups sur la tête d’un pape décédé à l’aide d’un marteau en argent. Un chêne dans la commune belge de Herchies (Hainaut) est destiné à recevoir des clous plantés par une hachette dans le but de se débarrasser d’un furoncle (les wallons utilisent le terme clou pour furoncle). Herchies est situé à proximité de Spiennes, connu pour ses mines de silex néolithiques.


    Estimations de l'espérance de vie moyenne des hommes préhistoriques

    On ne dispose que d'une vision très partielle des populations préhistoriques et protohistoriques, dépendante des conditions de conservation mais aussi des rites funéraires variant au cours du temps (sépulture, crémation, traitements post-mortem différents en fonction du sexe, de l'âge, de la classe sociale, etc.). Plusieurs études utilisent l’analyse des squelettes trouvés en un site et établissent des statistiques sur l’âge de la mort, et par extrapolation donnent une espérance de vie. La plupart de ces études montrent que les squelettes les plus représentés sont ceux des personnes ayant environ 15 ans, les femmes étant plus représentées que les hommes.

    Voici la compilation que W. Krogman publie en 1940 :
    Homme de Néanderthal : 80 % des personnes meurent avant l’âge de 30 ans, 95 % avant l’âge de 40 ans ;
    Homme de Cro-magnon : 62 % des personnes meurent avant l’âge de 30 ans, 88 % avant l’âge de 40 ans ;
    Homme du Mésolithique : 86 % des personnes meurent avant l’âge de 30 ans, 95 % avant l’âge de 40 ans.
    À titre de co
    mparaison, 70 % des sinanthropes meurent à l’âge de 15 ans.

    La grégarisation de la société humaine qui se sédentarise et voit apparaître l’agriculture, associée à un réchauffement climatique, explique probablement l’augmentation de la mortalité au Mésolithique. Il faut aussi noter que la population a considérablement augmenté à cette période. Il est établi par ailleurs que des épidémies ont fait totalement disparaître des groupes humains entiers. Plusieurs chercheurs donnent des estimations de la densité de population au cours de la Préhistoire. Le préhistorien André Leroi-Gourhan, en se basant sur la quantité de nourriture disponible estime ce nombre à 30 personnes par km² durant les phases glaciaires. Au début du réchauffement climatique, ce nombre augmente considérablement.



    Notion de soins médicaux et naissance de la médecine

    La question de la définition de l’acte médical est cruciale. Doit-on considérer que la section du cordon ombilical est un acte médical, auquel cas la médecine serait aussi ancienne que l’homme et dans une certaine mesure commune avec les animaux ? La notion de soins « médicaux » comportera nécessairement une part d’arbitraire. Un acte médical peut être défini comme l’opération menée pour soulager la souffrance ou la maladie : que se soit par le biais d'un acte chamanique ou grâce à un savoir acquis par l'observation, c’est cette volonté de soulager qui importe. De même en cas de décès, l’existence d'une cérémonie funéraire de mise en terre ou de crémation implique une volonté d’aider son prochain, dans son passage vers l’au-delà comme de son vivant. Une telle cérémonie est la preuve d’un lien mental entre les vivants et les morts. On peut donc avancer que la médecine apparaît au moment où l’homme honore ses morts, au lieu d'abandonner les cadavres de ses semblables aux charognards.
    L’Homo heidelbergensis d'Atapuerca semble être le premier hominidé à avoir pratiqué des cérémonies mortuaires, au Pléistocène. Les premières véritables sépultures sont le fait de l'Homme de Néanderthal, il y a environ 100 000 ans (Shanidar, La Chapelle-aux-Saints, Le Moustier). L'existence d'un « culte des crânes » chez les Néandertaliens, voire chez leurs prédécesseurs, a été avancée anciennement avant d'être remise en question. Un cas moins sujet à interprétation est celui de deux puits néolithiques remplis de crânes (27 dans le premier, 6 dans le second, 9 femmes, 20 enfants et seulement 4 hommes) des grottes d’Ofnet, à Nördlingen, en Bavière. Ces puits sont richement décorés et contiennent des offrandes et des outils. Le fait que tous les crânes soient tournés vers l’Ouest élimine tout doute quant à la signification de ce site. La faible proportion de crânes masculins a permis d’avancer l’hypothèse d’un massacre par une tribu rivale alors que les hommes étaient probablement à une partie de chasse.



    Les premiers actes chirurgicaux

    Les actes chirurgicaux sont plus faciles à étudier, les os conservant parfois la trace de ces opérations.
    Les plus anciennes traces de trépanation, opération consistant à perforer le crâne, remontent à la fin du Néolithique, voire au Mésolithique. Le premier crâne trépané est mis au jour en 1685, par Montfaucon, à Cocherel, mais ce n’est qu’en 1816 que Jean-Denis Barbié du Bocage présente un crâne trouvé à Nogent-les-Vierges « présentant un traumatisme qui avait fait perdre une partie du crâne, ce qui n’empêcha pas son possesseur de vivre encore de longues années » (12 ans d’après l’estimation de Frédéric Cuvier).

    En 1873, un morceau d’os pariétal ayant probablement servi comme amulette est trouvé dans un dolmen de Lozère par M. Prunières, qui est le premier à utiliser le terme de « trépanation », terme ensuite fixé et mieux défini par Paul Broca. En 1878, Just Lucas-Championnière est le premier à considèrer que la trépanation n’est pas simplement utilisée comme un rituel, mais est bien une mesure chirurgicale destinée à faire diminuer la pression intra-crânienne. Les analyses ultérieures ont montré que tous les crânes fossiles troués n’ont pas nécessairement été trépanés, car plusieurs affections (cancer, maladies infectieuses,…) ou blessures de guerre érodées par le temps peuvent créer une perforation similaire. Des tests menés par des paléontologues, par exemple Paul Broca, ont permis de montrer qu’il est possible de réaliser une trépanation sur des chiens à l’aide d’outils en silex taillés sans tuer l’animal ni endommager la dure-mère. La poudre d’os obtenue était peut-être recueillie pour ses propriétés magiques et comme remède. La forme régulière de certaines trépanations ont permis de dire que des compas ont été utilisés.

    Deux types de trépanations doivent aussi être distinguées : celles faites sur l’individu vivant et celles faites après sa mort, donc pour raisons non médicales mais plutôt pour réaliser une « rondelle », telle que celle trouvée par M. Prunières. Cette distinction est aisée lorsque le temps nécessaire à un début de cicatrisation existe. Autrement, une trépanation entraînant la mort de l’individu est difficile à distinguer de celle faite post-mortem. Elles sont en général pratiquées sur l’os pariétal gauche ou l’os occipital, plus rarement sur l’os temporal ou l’os frontal. Elles ont souvent la forme d’un ovale de 3 à 4 cm x 4 à 5 cm, mais plusieurs tailles existent, et certaines trépanations sont carrées. Une trépanation observée aussi grande que 14 cm x 11 cm avec survie du patient a été rapportée. La présence de sutures atteste de l’habileté technique, puisqu'une rupture du sinus venosus serait fatale. Par ailleurs, sur un crâne précolombien comportant cinq trépanations, McCurdy décrit l’absence de signe d’infection après l'opération quatre fois sur cinq. Il en conclut que des méthodes pour combattre les infections existaient. Dans la mesure où les techniques de momification précolombienne ont montré l’usage de Baume du Pérou, de menthol, de sels, de tanins, d’alcaloïdes, de saponines ainsi que d’un certain nombre de résines non identifiées, substances dont certaines sont riches en acide cinnamique, un excellent antiseptique, il n’est pas exclu que les crânes trépanés aient été enduits de ces substances pour aider à la guérison. McCurdy rapporte que sur 45 crânes étudiés, 26 ont survécu à l’opération, 11 montrent des signes de guérison partielle et seulement 8 sont morts durant l’opération, ces chiffres traduisant des résultats étonnamment bons. Ce type d’étude permet aussi de conclure qu’il devait exister une vie sociale forte, où les faibles et les blessés étaient pris en charge par le reste du groupe.

    Pour quelles raisons l’homme préhistorique opérait-il des trépanations, qu’elles soient pré- ou post-mortem ? En ce qui concerne les trépanations post-mortem, il est possible que ce soit pour une raison pratique, pour suspendre le crâne, comme il est observé chez les Dayak de Bornéo pratiquant un culte du crâne. Il est aussi possible que le crâne puisse servir de verre, probablement pour un usage rituel : « boire dans le crâne d’un ennemi est la volupté suprême du barbare », écrit Broca, d’après un texte de Tite-Live (Livre XXIII, chapitre xxiv). La trépanation peut aussi, selon Lehmann-Nietsche, permettre d’extirper le cerveau pour ensuite y couler une résine de conservation. De fait, un tel crâne a été retrouvé et se trouve au musée de la Plata. Les Aïnous du Japon effectuaient, semble-t-il, une trépanation pour soigner la syphilis. Enfin, la trépanation pouvait simplement avoir pour objet de récupérer un fragment de crâne servant comme remède. Cette hypothèse repose sur le fait que les chimistes du XIXe siècle pouvaient se procurer de l’« ossa wormiana », des pièces triangulaires découpées dans un crâne et servant de remède contre l’épilepsie.
    En ce qui concerne les trépanations faites du vivant de l’individu, deux classes ont été proposées par Le Double : les trépanations à but chirurgical et les trépanations à but médical. Le premier cas concerne les cas d’ostéite et de nécrose des os du crâne, de hernies de l’encéphale, dans les cas de concussion du crâne (pour enlever les fragments d’os) et des cas d’hydrocéphalie. Les trépanations à but médical concernent les cas d’épilepsie, d’hystérie, de delirium, de convulsions et de folie, sur les enfants en particulier, précise Broca. Là encore, la trépanation permet « aux mauvais esprits » de s’échapper par le trou réalisé. Les convulsions sont un symptôme fréquent des avitaminoses D, une affection fréquente au Néolithique, mais aussi dans les cas d’hyperthermie, auquel cas la trépanation conduit bien à la disparition des symptômes.


    Au-delà du Néolithique, les trépanations deviennent plus rares, mais sont encore rencontrées chez les Gaulois, les Francs et les Mérovingiens ainsi qu’au Ve siècle en Allemagne centrale.
    Une autre forme d’opération chirurgicale pratiquée sur le crâne, plus rare, est appelé « marque sincipitale en T ». La raison de cette opération, non fatale, n’est pas connue avec certitude. Elle est exclusivement rencontrée sur des crânes d’enfants et de femmes. Il pourrait s’agir d’une forme de punition, d’une pratique magique ou d’initiation, voire d'une forme de tatouage.


    Amputations des doigts


    Plusieurs représentations en image positive ou négative de mains auxquelles il manque des doigts sont présentes dans les peintures pariétales gravettiennes (notamment dans les grottes de Gargas, de Pech Merle ou de Cosquer). La signification de ces amputations n’est pas consensuelle et, à l'heure actuelle, la majorité des chercheurs privilégie une signification symbolique, les différentes images étant obtenues en repliant un ou plusieurs doigts. Il faut pourtant signaler qu’il pourrait s’agir d’amputations à caractère médical, pour traiter un panaris ou une autre infection digitale par exemple. Cette possibilité d’acte médical est appuyée par le fait que le pouce est statistiquement autant amputé que les autres doigts, et qu’aucune mutilation rituelle n’implique le pouce (on peut penser aux amputations observées chez les yakusas, mafieux japonais, par exemple. Toutefois, la perte de ces doigts pourrait être spontanée et être due à la gangrène ou à la morsure du froid en période glaciaire.





     
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    Médecine dans l’Antiquité


    Les premières traces écrites ayant trait à la médecine remontent au code d'Hammurabi au XVIIIe siècle av. J.-C. Il s'agissait d'un code réglementant l'activité du médecin notamment ses honoraires et les risques qu'il encourait en cas de faute professionnelle. La constitution d'une bibliothèque médicale à Assurbanipal au VIIe siècle av. J.-C. marque le début de la formation médicale.
    En la dissociant de la magie, les savants de l'Antiquité grecque sont les fondateurs de la médecine occidentale. Les précurseurs sont Pythagore, Thalès de Milet, Empédocle d'Agrigente ou encore Démocrite qui bien que plus connus aujourd'hui pour leurs écrits en mathématiques ou en philosophie exercèrent également la profession de médecin.
    Le premier savant grec connu avant tout pour ses travaux en médecine est probablement Hippocrate au Ve siècle av. J.-C.. Il est traditionnellement reconnu comme l'auteur du serment qui porte son nom et son œuvre est au programme des études de médecine jusqu'au XVIIIe siècle. En 320 av. J.-C. l'école d'Alexandrie produit des enseignements considérables en anatomie humaine. Ces enseignements sont malheureusement ignorés pendant des siècles par les médecins qui ont préféré se baser sur les extrapolations de dissections d'animaux d'Aristote. Les Grecs ont transmis leur art dans l'empire romain. Au IIe siècle, Galien rédige des manuscrits qui feront autorité jusqu'à la Renaissance : il y reprend la théorie des Quatre éléments décrite par Hippocrate mais la systématise avec des organes producteurs.



    Médecine en Mésopotamie

    La médecine mésopotamienne est un sujet sur lequel on débat encore. Le problème est comme souvent en histoire ancienne celui d’une opposition entre postures « modernistes » ou « primitivistes ». On a notamment cherché à dégager les éléments proprement scientifiques de cette médecine, et écarté tout ce qui s’apparente à de la superstition, à de la magie. On l’a également considérée comme une science ayant fini par se pervertir et devenir une superstition, ou à l’inverse une pratique magique devenue progressivement plus scientifique. Pour autant, la division entre ce qui est du point de vue actuel « rationnel » et « irrationnel » n’a pas de raison d’être pour les anciens Mésopotamiens, et les textes médicaux mélangent allègrement les deux choses. Il ne s’agit pas de procéder à des distinctions artificielles, ni de chercher à condamner ou excuser les Mésopotamiens pour la médecine qu’ils ont (ou n’ont pas) pratiquée. La médecine mésopotamienne est à resituer dans son propre contexte, celui d’une pratique complexe, ayant recours à différents spécialistes sans doute plus complémentaires que concurrents, et ayant sa propre rationalité, même s’il ne faut pas y chercher une pratique « scientifique » au sens moderne du terme, en éliminant ce qui ne relève pas du champ de la médecine moderne.

    Sources

    Des sources sur la médecine mésopotamienne remontent jusqu’à la période de la Troisième Dynastie d'Ur, à la fin du IIIe millénaire. Un plus grand corpus date de la première moitié du IIe millénaire (période paléo-babylonienne), mais la plus importante part de textes médicaux, et de très loin, provient des grandes cités de la période néo-assyrienne (911-609), où sont conservés les savoirs accumulés au cours des périodes précédentes. La seconde moitié du IIe millénaire est très peu documentée.
    La plus massive de nos sources sur la médecine mésopotamienne est le Traité de diagnostics et pronostics, qui est comme son nom (moderne) l’indique une liste de diagnostics et pronostics de maladies, avant tout destiné au spécialiste appelé āšipu. Ce texte se présente comme ceux destinés à la divination. Sa version complète devait comporter quarante tablettes, et près de trois mille entrées. Il s’agit de la compilation de textes plus anciens, remontant au moins au début du IIe millénaire pour les plus anciens, effectuée au XIe siècle par Esagil-kîn-apli, un lettré de Borsippa. Des tablettes de diagnostics et pronostics ont été retrouvées en divers endroits. Le traité débute par la série Enûma ana bīt marsi āšipu illaku (« quand l’āšipu va à la maison du malade »), qui présente ce qui peut se passer quand l’āšipu se rend chez son patient, et dans quoi il peut deviner le sort de ce dernier avant même de l’avoir ausculté. Par exemple, s’il croise un cochon noir, alors le patient mourra ; mais si c’est un cochon blanc, il guérira. La suite concerne les maux touchant le patient, progressant par organe, de la tête jusqu’aux pieds. Puis une autre partie s’intéresse au nombre de jours de maladie du patient. La suite concerne la neurologie. Deux autres tablettes concernent les maladies intestines et les lésions de la peau, et la dernière partie traite des problèmes gynécologiques et infantiles. Les descriptions des maladies ne nous permettent pas tout le temps de bien les identifier.


    Les textes thérapeutiques, destinés concrètement à la guérison du patient, comportent des prescriptions. Il s’agit là encore de listes de remèdes, commençant généralement par donner le nom de la maladie, puis les ingrédients du traitement et sa recette, avant de dire comment l’administrer. On utilise des éléments végétaux, minéraux, ou animaux, pas toujours bien compris par les traducteurs contemporains. Les quantités nécessaires pour élaborer le « médicament » ne sont pas souvent précisées ; il arrive que l’on dise combien de jour le traitement doit durer ou combien de fois par jour il doit être administré. Pour aider les spécialistes dans l’élaboration des remèdes pharmaceutiques, il existait une liste, URU.AN.NA, un glossaire de plantes. Les prescriptions thérapeutiques mélangent remèdes « rationnels » et « irrationnels », puisqu’on y trouve des incantations et rituels à côté de procédés d’élaboration de remèdes pharmaceutiques. Certains textes médicaux, sont des formes abrégées de textes thérapeutiques, beaucoup plus concis que las habituels, servant sans doute de sorte d’index.
    Certains textes de la vie courante nous informent également sur les activités des spécialistes de la médecine mésopotamienne. Les deux plus importants corpus proviennent des palais royaux de Mari, au XVIIIe siècle, et de Ninive, aux VIIIe-VIIe siècles. On peut y ajouter deux textes humoristiques dans lesquels on trouve des personnages de médecins, dont Le pauvre homme de Nippur.
    Les sources ostéologiques sont quant à elles absentes du répertoire de documents utilisables pour mieux comprendre la médecine mésopotamienne, quasiment aucun squelette d’ancien Mésopotamien n’ayant fait l’objet d’étude paléopathologique.

    L’origine des maladies

    On présente généralement les Mésopotamiens comme percevant les maladies comme des punitions envoyées par les dieux, du fait d’un « pêché » commis par la victime. Celui-ci aurait fait une faute, morale aussi bien que rituelle (irrespect de l’ordre social, manque de dévotion aux dieux, transgression d’un tabou), et ceux-ci le rendent malade en punition. On est donc puni pour s’être mal comporté. Les maladies sont d’ailleurs souvent nommées «main de (tel dieu) » ; par exemple, l’épilepsie est la «main de Shamash» (qāt Šamaš). Pour autant, il ne faut pas forcément chercher derrière cette dénomination une attribution d’une origine non naturelle ; et ces noms n’empêchent pas non plus de bien connaître la maladie et de savoir la traiter. Parmi les causes des maladies, les « démons » et fantômes, ou encore la sorcellerie sont aussi d’origine « surnaturelle » (selon nos propres critères, cette notion étant étrangère aux Mésopotamiens). Pour s’en prévenir, on pouvait se munir d’amulettes. On trouve également des cas où il est fait explicitement référence à une cause naturelle de la maladie (morsure de bête, contact avec un malade dans le cas d’une épidémie), même si ses modalités ne sont pas comprises ni forcément intellectualisées. En réalité, la façon dont les anciens Mésopotamiens concevaient l’origine de la maladie reste mal connue. Il est clair que le médecin se base sur les symptômes de la maladie pour la guérir, parce qu’il ignore son fonctionnement.

    Asû et āšipu

    À partir de la première moitié du IIe millénaire, la médecine mésopotamienne est exercée avant tout par deux spécialistes : l’asû(m) et l’āšipu(m) . La distinction entre les deux prête à débat.
    La vision traditionnelle, depuis les travaux de F. Köcher puis E. K. Ritter fait de l’asû un « physicien », qui serait celui qui pratiquerait ce qui s’approche le plus de la médecine moderne, donc aurait une approche pragmatique, rationnelle pour guérir ses patients. L’āšipu, à l’inverse, est un « expert magique », qui se charge de l’approche « surnaturelle » de la maladie, et qui est donc une sorte de sorcier, chargé de composer avec les dieux et démons qui causent la maladie. Selon cette vision des choses, il y a donc clairement une opposition entre une pratique médicale digne de ce nom, et une autre qui est basée sur les superstitions. Cependant, cette coupure est assez artificielle, et peu de cas avérés la recoupent exactement. On remarque par ailleurs que les bibliothèques d’āšipu qui sont connues ont tous les types de textes techniques médicaux, « rationnels » et « irrationnels », et par ailleurs ces deux éléments se mélangent souvent dans des mesures pour guérir, qui combinent des remèdes médicaux et d’autres qui pour nous relèvent de la superstition.


    Concrètement, un asû se charge plutôt des traitements à base d’herbes médicales et de pharmacopée qu’il compose lui-même, soigne les os cassés, les blessures, et peut également exercer quelques opérations chirurgicales. Le Code de Hammurabi montre que l’asû peut être tenu responsable de la mort d’un de ses patients ou de la perte de l’œil de celui-ci au cours de ces opérations ; le code légifère aussi sur ses honoraires (il s’agit probablement plus d’une indication du « juste prix » que d’un salaire forcé). Les outils utilisés au cours de ces opérations sont mal connus : on a réussi à identifier des spatules, une sorte de lancette servant à inciser, ainsi que des tubes métalliques. Un récit satirique, Le pauvre homme de Nippur, montre son héros se faisant passer pour un asû, et nous informe sur l’apparence physique des gens de ce métier, puisqu’il se rase les cheveux avant de rentrer dans le personnage, et procède à d’autres modifications de son apparence hélas inintelligibles ; il se prétend également originaire d’Isin, ville de la déesse guérisseuse Gula, ce qui montre l’importance de cette cité dans l'exercice de la médecine en Mésopotamie.
    L’āšipu est un prêtre officiant dans les temples. Il doit avant tout faire des diagnostics, donc déterminer le mal qui touche le patient. Parfois cette tâche est même exercée par un devin (bārû), et plus rarement un personnage féminin mal connu (šā’iltu). Les textes le montrent en train de déterminer la cause du mal, et s’il est possible ou non de le soigner. Il effectue également des rituels, au cours desquels il prononce des incantations, souvent dans un langage obscur, seul compréhensible par les démons (une sorte d’abracadabra). Mais les textes de diagnostics comportent quand même de nombreux traitements « rationnels » : l’ašipu a un rôle dans l’établissement du diagnostic et du pronostic, mais il peut également guérir, ce qui le différencie du devin. Les āšipu qui nous sont connus se succèdent généralement de père en fils, formant des sortes de dynasties. Leur carrière semble commencer par des études de scribe, avant de se spécialiser dans leur fonction.


    Contre la vision de l’opposition que l’on effectue souvent entre une médecine rationnelle et une autre irrationnelle, effectuée par les Modernes mais absente de la façon de penser des Anciens, J. A. Scurlock a proposé de revoir les rôles entre asû et āšipu, en proposant une nouvelle interprétation des textes médicaux. Elle divise ceux-ci en deux catégories : une constituée de textes de diagnostics, décrivant les symptômes puis le traitement ; et une autre dont les indications commencent par la description des plantes médicinales, avec ensuite les cas durant lesquels on doit les utiliser. Cette dernière serait destinée à l’asû, qui serait une sorte de pharmacien, chargé de connaître, récolter et conserver les plantes médicinales, ce qui ne l’empêcherait pas d’avoir des bases en chirurgie. Les textes à son intention sont des sortes de « prescriptions » : le malade sait déjà, d’une manière ou d’une autre, quelle maladie il a, et appelle l’asû pour le guérir. L’āšipu serait bien le spécialiste du diagnostic (les textes ne laissent aucune ambiguïté là-dessus), celui qui produit les textes médicaux. Il détermine la cause de la maladie, à charge au malade d’aller voir le « pharmacien » pour recevoir son traitement.

    Quoi qu’il en soit, la séparation entre asû et āšipu ne doit pas occulter le fait qu’il s’agit apparemment de deux activités qui sont complémentaires ; il ne faut donc pas trop les opposer. Un asû et un āšipu devaient travailler de concert, voire leurs fonctions pouvaient se confondre, s’entremêler : le premier pouvait par exemple avoir recours à des incantations. Un texte de Mari montre comment un bâru et un asû doivent travailler ensemble : le premier fait une consultation oraculaire pour déterminer la maladie, alors que le second doit « faire les pansements », donc guérir. La question se pose aussi de savoir qu’elle était l’attitude des malades devant leur maladie, et les recours possibles, tout en prenant en compte le fait que celle-ci variait selon les individus. Et sur ce point notre documentation est lacunaire. Concrètement, on pouvait très bien ne faire appel à aucun spécialiste (en laissant la maladie passer si elle est bénigne, ou en ayant recours à une sorte d’automédication), ou aller voir l’un des deux, ou encore les deux ensemble. Il ne faut de plus pas oublier le recours possible à la prière et aux offrandes aux dieux.

    Les divinités liées à la médecine

    Certains dieux avaient un rôle particulier sur la santé. Leurs faveurs étaient obtenues par des prières, des pénitences, ou des présents. On les invoquait couramment dans les incantations accompagnant le traitement médical, coup de pouce non négligeable pour faire en sorte que le patient guérisse.
    Parmi eux, Gula, était la déesse guérisseuse la plus importante dont les temples pouvaient servir de lieux de traitement. Elle patronnait les asû aussi bien que les āšipu. Sa cité, Isin, était un centre de formation de médecins réputé. Pour avoir ses faveurs ou la remercier, on lui dédicaçait notamment des ex-voto en forme de chien, son animal-symbole. Il y avait aussi Ninib, le fils d'Enlil, et Ningishzida, deux autres dieux guérisseurs, ainsi qu'Ea, le dieu des eaux douces, qui avaient une rôle purificateur et éloignaient les démons responsables de la maladie, ce qui faisait que l'on avait pris l'habitude de soigner les malades près des rivières. Ea, avait transmis le savoir médical aux humains par l’intermédiaire de son fils Asalluhi, divinité qui fut plus tard identifiée Marduk, autre fils d'Ea. On trouvait aussi Nabû, fils de Marduk, dieu des sciences et de la médecine. Shamash, dieu du soleil et de la justice, et très présent dans la divination, était lui aussi important et invoqué dans incantations des traitements.


    Pharmaceutiques

    Les médicaments mis au point pour les traitements sont avant tout faits à base de plantes. Ces dernières ne sont pas tout le temps identifiables, mais bien souvent on est parvenu à les identifier, leur utilisation pour un traitement précis se retrouvant dans les médecines « traditionnelles » encore pratiquées récemment en Iraq. Les prescriptions mentionnent généralement des parties de celles-ci (feuilles, racines, graines), que l’on prépare suivant divers procédés (broyage, séchage, cuisson), et qui peuvent être ensuite mélangées dans une autre substance pour l’administrer. On employait également des éléments minéraux (sel et salpêtre) et animaux (lait, écailles de tortue), ou d'autres préparations (bière, vin, moutarde, huile). Les voies d’administration sont elles aussi variées : lotions et potions, inhalations, fumigations, instillations, pommades, liniments, cataplasmes, lavements, et parfois par des suppositoires pour les problèmes gastriques.

    La place de la magie

    La magie occupe la place finale des traitements médicaux, après la préparation du médicament, et pendant ou après son administration, en complément de celle-ci, pour renforcer son efficacité. L’intervention de la magie dans le traitement de la maladie ne doit pas forcément être tenue comme négligeable dans le processus de guérison du patient, cela ayant pu avoir eu un effet placebo.
    Concrètement, la procédure magique consiste en l’exécution d’un rituel (comme on l’a vu précédemment pour le cas d’anxiété), faisant souvent intervenir des objets ou figurines symbolisant le mal, des plantes et autres ingrédients, mais allant rarement jusqu’au sacrifice sanglant d’un animal. À la fin, on procède à une prière à un dieu (Shamash, Ea, Asalluhi, Gula). Celle-ci est d’ailleurs couramment le seul apport magique à un traitement, les rituels complexes et élaborés étant minoritaires dans les textes thérapeutiques. L’appui divin est nécessaire à la guérison du patient, ce qui est logique vu que les dieux sont également une cause des maladies.



    Les traitements

    Ophtamologie
    De nombreux textes médicaux concernent les maladies liées à la vue. Certaines causes « rationnelles » des maux étaient identifiés, telles que le sable ou le pollen par exemple. On connaissait ainsi les simples conjonctivites, mais aussi des problèmes de vision, comme la cécité passagère, la vue trouble, les éblouissements. Mais les chirurgiens ne savaient probablement pas procéder à des opérations ophtalmologiques comme la cataracte, malgré ce que certains ont cru voir dans un article du Code de Hammurabi.

    Problèmes des oreilles
    Pour ce qui est des oreilles, on cherchait à guérir les divers maux qui affectaient cet organe, les problèmes de bourdonnement, et de perte de l’ouïe. Un remède courant pour ces traitements est le jus de grenade.

    Les dents
    Les problèmes bucco-dentaires, surtout les maux de dents, sont documentés par plusieurs textes, mais la pratique odontologique n’est pas identifiée en tant que telle, et on ne sait rien sur l’éventuelle existence de spécialistes dans ce domaine. Une incantation dite du « ver dentaire » contient un passage contenant des instructions pour une opération sur une dent, soignée avec un mélange de bière, malt et huile. On y voit qu'on attribue certains maux de dents comme les caries à des vers, comme dans d'autres civilisations antiques et jusqu'à l'époque moderne en Occident.

    Problèmes cutanés
    De nombreux textes relatent les problèmes liés à la peau : les lésions par exemple. La Mésopotamie étant un pays où le soleil frappe fort, et où le climat peut être très sec, ce genre de maladies devait être courant.

    Problèmes gastriques
    Les maladies gastriques étaient répandues en Mésopotamie, et font l’objet de beaucoup de passages dans les textes de traitements : flatulences, constipation, fuites de sang, etc. Le rôle de la vésicule biliaire dans le déclenchement de la jaunisse (amurriqānu) semble avoir été compris. D’autres textes mentionnent des problèmes rénaux (calculs), et urinaires ; le médicament pouvait être administré jusque dans l’urètre par le biais d’un tube en bronze.

    Gynécologie
    Les problèmes gynécologiques et infantiles sont une autre catégorie très bien documentée. L’accouchement semble assisté par une sage-femme, et par aucun spécialiste médical. Les complications pouvant arriver suite à la mise au monde d’un enfant sont en revanche traitées par ce dernier : ainsi en cas d’atonie utérine, on traite la malade en la faisant s’asseoir au-dessus d’un bol dans lequel on fait brûler une décoction servant à produire de la fumée curative. Les maladies infantiles sont bien attestées par les textes de diagnostics, mais on ne dispose d’aucune information sur eux dans les textes thérapeutiques.


    Chirurgie
    Les connaissances chirurgicales de Mésopotamiens sont mal documentées, et ont fait l’objet de débats, notamment à partir de quelques articles du Code de Hammurabi relatifs à l’asû, à vrai dire assez obscurs quant aux opérations pratiquées. Les textes thérapeutiques sont peu prolixes en informations sur la chirurgie. Pour autant que l’on sache, les spécialistes de l’époque savaient guérir les fractures, les luxations, mais aussi pratiquer certaines interventions chirurgicales, sur la plèvre, pour drainer du pus par exemple, mais aussi pour extraire des abcès ; la trépanation n’est pas attestée. La césarienne était peut-être pratiquée. À la fin des opérations, le patient était apparemment suivi, et on savait faire face aux risques d'infections grâce à l'utilisation d'huiles qui faisaient office d'agents anti-bactériens. L’hygiène devait cependant rester rudimentaire, et on ne sait rien du taux de réussite de ces opérations. Les connaissances physiologiques des Mésopotamiens étaient assez rudimentaires, ce qui limite l’étendue de leurs pratiques chirurgicales.

    Épidémies
    Les épidémies étaient appelées ukultu (« manducations »). Les dieux étaient supposés en être les instigateurs, notamment Nergal, le dieu des Enfers. C'était donc une malédiction qu'il ne fallait pas répandre dans la population. C'est pour cette raison que les malades étaient isolés, et ainsi que l'on évitait une propagation de la maladie, comme on l’apprend dans une lettre de Mari.


    Maladies mentales
    Les troubles mentaux sont également documentés par quelques textes. Ils sont traités par des moyens magiques. Par exemple, pour ce qui a été compris comme une situation d’anxiété chronique, on élabore deux figurines (une masculine et une féminine) censées porter les maux accablant le malade, et on procède à un rituel culminant dans une incantation au dieu Shamash.

    Quand on sait que la maladie est incurable
    Enfin, dans le cas des maladies les plus graves, et pour lesquelles aucun traitement médical n’est connu à l’époque, il est clairement dit dans les textes de diagnostics et pronostics que le malade va mourir, et qu’il est donc inutile d’essayer de le soigner. On n’avait donc pas recours à une méthode « magique » quand aucune méthode « rationnelle » ne fonctionnait : les asû aussi bien que les āšipu savaient reconnaître leurs limites.





     
  3. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine dans l'Égypte antique



    La médecine dans l'Égypte antique se réfère à la pratique courante de la médecine dans l’Égypte du XXXIIIe siècle avant notre ère jusqu'à l’invasion perse de -525.

    Cette médecine très avancée pour l'époque, était le fait d'un système de soins particulier, avec des médecins spécifiquement formés et aux pratiques contrôlées, exerçant en clientèle ou dans des lieux réservés, établissant des conclusions diagnostiques, usant de moyens thérapeutiques multiples, et toujours en relation avec le divin. Le concept de maladie était différent de la définition moderne :
    • en Égypte antique, on ne meurt pas en bonne santé,
    • la maladie est la manifestation corporelle de la « prise de possession » du corps du patient, œuvre d'agents surnaturels (ennemi disposant d'une puissance magique, défunt mécontent, divinité fâchée, etc.),
    • l'enveloppe corporelle est un élément nécessaire pour accéder à la vie éternelle, et sa destruction interdirait de l'espérer (la pire situation pour un ancien égyptien était d'avoir son corps brulé, car le corps était alors perdu).
    Il existe une hypothèse sur l'origine des connaissances de la médecine égyptienne de l'Antiquité, qui voudrait qu’elle soit une « copie » de la médecine mésopotamienne, ce à quoi il est fait réponse que le développement de la civilisation mésopotamienne est postérieur à celui de l'Égypte. Cette polémique est hors sujet et ne peut pas participer à l'objet de cet article encyclopédique.

    Les médecins égyptiens pratiquaient une petite chirurgie, non invasive, la réduction des fractures, disposaient d'une riche pharmacopée et se servaient de formules magiques. Bien que les remèdes de l'Égypte antique soient souvent considérés dans la culture moderne comme des incantations magiques et des ingrédients douteux, les recherches en égyptologie biomédicale montrent qu'ils étaient souvent efficaces et que soixante-sept pour cent des formules connues respectent les règles du codex pharmaceutique britannique de 1973, en dehors des règles de stérilisation. Les textes médicaux précisent les étapes de l’examen clinique, du diagnostic, du pronostic et les traitements qui étaient souvent rationnels et appropriés.

    Les connaissances sur la médecine en Égypte antique proviennent de papyri, de récits de savants grecs et romains, de bas reliefs, d'ostraca.
    Les données médicales contenues dans le Papyrus Edwin Smith peuvent être datée du XXXe siècle av. J.-C. Les premiers exemples connus d’interventions chirurgicales ont été réalisés en Égypte aux alentours du XXVIIIe siècle av. J.-C. (voir chirurgie). Imhotep sous la troisième dynastie est parfois considéré comme le fondateur de la médecine en Égypte antique et comme l'auteur originel du papyrus d’Edwin Smith qui énumère des médicaments, des maladies et des observations anatomiques. Le papyrus Edwin Smith est considéré comme une copie de plusieurs œuvres antérieures et a été écrit vers 1600 av. J.-C. Il s’agit d’un ancien manuel de chirurgie presque complètement exempt de références à la magie et qui décrit minutieusement l'examen, le diagnostic, le traitement et le pronostic de nombreuses maladies. Inversement, le papyrus Ebers (c. XVIe siècle av. J.-C.) est rempli d’incantations et de rituels destinés à exorciser les démons responsables des maladies, ainsi que de superstitions diverses. Le papyrus Ebers est également le premier document décrivant des tumeurs, mais l’ancienne terminologie médicale est difficile à interpréter, les cas 546 et 547 du papyrus Ebers peuvent par exemple désigner de simples œdèmes.

    Le papyrus gynécologique Kahun traite des maladies des femmes et des problèmes de conception. Nous sont parvenus trente-quatre observations détaillées avec le diagnostic et le traitement, certains d'entre eux étant fragmentaires. Datant de 1800 avant J.-C., il s’agit du plus ancien texte médical, toutes catégories confondues. On sait que des établissements médicaux, désignés par l’expression Maisons de vie ont été fondés dans l’Égypte antique dès la première dynastie. Sous la 19e dynastie certains travailleurs bénéficient de divers avantages comme une assurance maladie, des pensions de retraite et l’arrêt maladie.

    Le premier médecin connu était également un Égyptien : Hesyre, chef des dentistes et des médecins du roi Djéser au XXVIIe siècle av. J.-C. Ainsi que la première femme médecin connue, Peseshet, qui a exercé en Égypte sous la quatrième dynastie. Son titre était responsable des femmes médecins. En plus de son rôle de supervision, Peseshet délivrait les diplômes aux sages-femmes à l’école de médecine égyptienne de Sais.

    Sources historiques

    Sources écrites
    Jusqu'au XIXe siècle, les principales sources d'information sur la médecine égyptienne antique ont été les écrits de l'Antiquité tardive. Homère en -800 remarquait dans l’Odyssée : « En Égypte, les hommes sont plus qualifiés en médecine que tous les autres hommes » et « les Égyptiens avaient dans le domaine de la médecine davantage de compétence qu’en tout autre art. ». L'historien grec Hérodote s'est rendu en Égypte aux environs de -440 et en a rapporté des descriptions détaillées, de leurs pratiques médicales. Pline l'Ancien a également dit grand bien d’eux dans son œuvre historique. Hippocrate (le père de la médecine), Hérophile, Érasistrate et plus tard Galien ont étudié au temple d’Amenhotep et ont reconnu la contribution de l'Égypte antique à la médecine grecque.

    En 1822, la découverte de la pierre de Rosette a finalement permis la traduction des inscriptions hiéroglyphiques et des papyrus de l'Égypte antique, dont de nombreux textes consacrés à des thèmes médicaux. L'intérêt pour l’égyptologie qui s’en est résulté au cours du XIXe siècle a conduit à la découverte de documents médicaux écrits :


    Les papyri médicaux : papyrus Ebers, papyrus Edwin Smith, papyrus Hearst et d'autres encore qui remontent à 3000 ans avant notre ère. Un papyrus médical égyptien du Nouvel Empire vient de rejoindre les collections du Louvre (2007) :
    - le papyrus Edwin Smith est un manuel de chirurgie et d’observations anatomiques détaillées traitant de l’examen, du diagnostic, du traitement et du pronostic pour de nombreuses affections. Il a probablement été écrit vers -1600, mais est considéré comme une copie de plusieurs textes antérieurs. Les connaissances médicales qu’il contient remontent à 3000 ans avant notre ère. Imhotep pendant la IIIe dynastie est considéré comme l'auteur du texte du papyrus original et le fondateur de la médecine égyptienne antique. Les premières interventions chirurgicales connues ont été réalisées en Égypte aux environs de -2750.
    - le papyrus Ebers (v. -1550) est rempli d'incantations et d’imprécations épouvantables destinées à chasser les démons responsables des maladies et comprend également 877 prescriptions. Il contient peut être également la plus ancienne référence documentée à des tumeurs, si le peu qu’on ait compris de la terminologie médicale de l’antiquité a été correctement interprété. D'autres informations proviennent des peintures qui ornent souvent les murs des tombes égyptiennes et de la traduction des inscriptions qui les accompagnent. Le tombeau d’Ânkh-ma-hor de la VIe dynastie (vers -2200) représente ce qui ressemble au déroulement d'une cérémonie de circoncision.
    - Les ostraca médicaux : en Égypte antique, ce terme est appliqué à des éclats de calcaire ou des fragments de poterie sur lesquels le scribe, ou l'apprenti scribe, inscrivait un texte ou faisait un dessin rapide. Le coût du papyrus ne permettait pas d'utiliser ce support pour des notes écrites non officielles, des dessins explicatifs ou satyriques, et encore moins pour apprendre l'écriture hiéroglyphique.
    - les stèles (votives ou funéraires) et les représentations figurées (parois de tombe, murs ou colonne de temple).

    Les sources archéologiques
    Les progrès de la technologie médicale moderne ont également contribué à la compréhension de la médecine égyptienne antique. Les paléopathologistes ont été en mesure d'utiliser les rayons X et plus tard le scanner pour visualiser les os et les organes des momies. La microscopie électronique, la spectrométrie de masse et diverses techniques médico-légales ont permis aux scientifiques d’avoir un aperçu unique de l'état de santé en Égypte il y a 4000 ans.

    Le système de soins

    La vision du monde du XXe siècle incite à évoquer la médecine en Égypte antique en comparaison des services que nous connaissons. Il semble plus légitime, sans que cela soit péjoratif pour les anciens Égyptiens, de présenter ce que nous en connaissons comme un «système de soins» dépendant de l'institution du temple.

    Le système de soins des anciens égyptiens est un service public :
    1. gratuit, c'est-à-dire accessible à tous, quelle que soit la situation de fortune ;
    2. disponible dans tout le pays ;
    3. disponible à tout moment.
    4. Il fait partie d'un service public plus général qui gère les canaux d'irrigation, l'éducation, la justice et les réserves de grains, tout cela pour la population de l'Égypte antique.
    5. Les établissements médicaux, aussi appelées Maisons de vie, sont connus pour avoir été mis en place dans l'Égypte antique dès la Ire dynastie. À l’époque de la XIXe dynastie, leurs employés jouissent d’avantages que l'on peut assimiler à l’assurance maladie, la retraite et les congés de maladie.
    6. Il est placé sous l'autorité de l'institution du temple. Dans la maison de vie, l'institution du temple gère, entre autres, l'école des scribes, ouverte à tous, qui forme les futurs scribes, mais ne conserve que les meilleurs. La maison de vie assure la formation des futurs médecins et des futurs prêtres. Cette institution gère également les lieux de soins à l'intérieur du temple, et plus particulièrement un espace de soins, nommé « sanatorium » a posteriori :
    7. ce ne sont pas des maisons de santé « climatologiques » avec balnéothérapie,
    8. ce sont des espaces sacerdotaux, contenant des cuves et des baignoires remplies d'eau sacrée, et la partie malade est immergée dans un but d'espérance de guérison divine.
    Dans certains temples, des bâtiments portent le nom de «mammisi», quelquefois hâtivement traduit en «maternité». Cette dérive est abusive : le «mammisi» est l'endroit où s'effectue la naissance divine et mythique du futur pharaon, issu de l'union de la grande épouse royale avec le dieu au cours de la théogamie.

    ««Dans la mythologie égyptienne, la théogamie est le principe qui permet au dieu de prendre la place physique du pharaon afin de pouvoir s’unir avec la reine et concevoir ainsi le futur héritier du trône. Cette rencontre entre le monde des dieux et celui des hommes exprime la double nature de pharaon : dieu vivant sur terre. Ce principe fut utilisé à l'origine pour justifier ou légitimer une accession au trône.
    La théogamie devint ensuite une formule polico-religieuse que certains souverains des XVIIIe et XIXe dynasties adoptèrent pour leur propre légitimité, par l'intermédiaire de la filiation divine, pour affermir leur pouvoir.»»

    D'autre part, en Égypte antique l'accouchement s'effectue à domicile et appartient à la vie quotidienne.

    La formation des médecins

    Le mot pour médecin en égyptien ancien est swnw. Il existe une longue histoire des swnw dans l'Égypte antique. Le premier médecin du monde dont on ait gardé trace de son existence est également attribué à l'Égypte antique : Hesyre, chef des dentistes et des médecins du roi Djéser au XXVIIe siècle. Peseshet (-2400) a peut été le premier médecin de sexe féminin : elle est peut-être la mère de Akhethotep, et sur une stèle qui lui est dédiée dans sa tombe, elle est désignée comme imy-r swnwt, ce qui a été traduit comme la «surveillante des femmes médecins» (swnwt étant le féminin de swnw).

    Il y avait beaucoup de catégories et de spécialisation parmi les médecins. Les rois avaient leur propre swnw et même leurs propres spécialistes. Il existait des médecins inspecteurs, superviseurs et des médecins en chef. Les spécialistes connus des égyptiens étaient les ophtalmologistes, les gastro-entérologues, les proctologues, les dentistes, le médecin qui supervisait les bouchers et un inspecteur des liquides dont le rôle n’est pas précisé. L'ancien terme égyptien pour proctologue est neru phuyt.

    La formation des médecins, en Égypte antique, se fait dans la structure dépendante du temple, appelée «maison de vie». Le recrutement à cette formation s'effectue après une période d'observation pour les jeunes élèves, et également, plus tard, pour les médecins grecs qui viendront compléter leurs connaissances en Égypte. Ce complément de formation pouvait durer dix ans. Les méthodes ne sont pas connues, mais reposent sur le couple maître-apprenti.

    Les lieux et modes d'exercice

    Les lieux d'exercices dépendent de la relation du soignant avec la religion :
    • les médecins sounou exercent en dehors du temple. Ils exercent de façon « laïque », mais selon les préceptes du temple. Leur dieu tutélaire est Thot. Ils débutent leur pratique en étant médecins itinérants : le soignant va vers le malade, et en ne soignant qu'une seule catégorie de malade. Seul le médecin de grande expérience reconnue est « généraliste ». Après une période itinérante, le sounou peut postuler pour entrer dans un centre de soins, ou exercer à son domicile ;
    • les médecins ouabou-sekhmet exercent uniquement dans le temple. Leur pratique est fortement imprégnée de religion, voire de magie. Ce sont les médecins purs de la déesse Sekhmet, la déesse de la guérison. Ce sont les médecins de Pharaon, le représentant du divin sur terre ;
    • les médecins exorcistes agissant par des paroles magiques incantatoires et des amulettes.
    Les modes d'exercices sont variés : il existe des médecins pour toutes les parties du corps, pour l'esprit, pour les femmes, les hommes, les enfants, et même des médecins officiant de façon différente selon les saisons. La postérité a retenu le cas des «médecins de l'œil», qui opéraient de la cataracte, et celui des «médecins des femmes» qui faisaient réaliser des tests diagnostiques de grossesse avec pronostic du sexe de l'enfant à venir.

    L'organisation de la médecine est réglementée depuis Imhotep, comme l'atteste une inscription sur un mur à Saqqarah, avec des règles éthiques bien définies réglementant la profession : lieu d'installation des centres de soins, surveillance de ces centres, contrôle de l'activité des sounous, estimation du service rendu, action disciplinaire

    Les conclusions diagnostiques

    La démarche diagnostique est décrite dans le papyrus Ebers. Le déroulement en est le suivant
    1. Poser des questions au patient, par étape, calmement ;
    2. Faire une enquête d'entourage ;
    3. Trouver l'origine directe et indirecte de la souffrance ;
    4. Chercher l'existence d'antécédents familiaux ;
    5. En cas de rechute, vérifier si le traitement est convenablement pris ;
    6. Préparer un plan de soins, à court et moyen terme.
    À ce niveau le diagnostic se confond avec la prescription : il s'agit plus d'un rapport détaillé comportant une suite de signes cliniques suivie d'une liste de médications. La première chose à faire est de calmer la souffrance, ensuite de stopper l'évolution et enfin de trouver une solution définitive.

    Les moyens thérapeutiques

    Les connaissances médicales dans l'Égypte antique bénéficiaient d’une excellente réputation, et les dirigeants des autres empires demandaient régulièrement au pharaon d’Égypte de leur envoyer son meilleur médecin pour soigner leurs proches. Les Égyptiens avaient une certaine connaissance de l’anatomie humaine, même s’ils n'avaient jamais disséqué de corps humain. Par exemple, au cours du procédé classique de la momification, ils savaient comment introduire un long crochet par une narine, pour briser les os minces de la boîte crânienne et extraire le cerveau. Les médecins égyptiens connaissaient également l'importance des pulsations, et savaient qu’il existait un lien entre le pouls et le cœur. L'auteur du papyrus Smith avait même une vague idée du système cardiaque, mais il ignorait la circulation sanguine et il a été incapable, à moins qu’il ait jugé cela sans importance, de faire la distinction entre les vaisseaux sanguins, les tendons et les nerfs. Ils avaient élaboré une théorie se référant à des « canaux » qui, selon cette hypothèse, transportaient l'air, l'eau et le sang de l'organisme en faisant une analogie avec le Nil, s’il est bloqué, les cultures périclitent et ils ont appliqué cette théorie à l'organisme. Si une personne était malade, ils utilisaient des laxatifs afin de débloquer les « canaux ».

    Les moyens thérapeutiques utilisés par les anciens Égyptiens sont simples, multiples et variés, surprenants pour un public du XXIe siècle. Ils appartiennent à différentes catégories :

    Hygiène et diététique
    Un certain nombre de pratiques médicales étaient efficaces, comme bon nombre de méthodes chirurgicales mentionnées dans le papyrus Edwin Smith. La plupart du temps, les conseils des médecins pour rester en bonne santé étaient de se laver et de se raser le corps, y compris les aisselles et cela pouvait éviter des infections. Ils ont également conseillé à leurs patients de veiller à leur alimentation et d’éviter les aliments tels que le poisson cru ou d'autres animaux considérés comme impurs.

    Des substances à action thérapeutique supposée
    Tirées des trois règnes : minéral, végétal et animal.
    Minéraux : sel du nord (natron), parcelles de cuivre, pierre de Memphis en poudre (anesthésique local ?), ocre jaune sur les brûlures,
    Végétaux : la pharmacopée apparaît comme très riche, et ce d'autant plus qu'elle a conservé un caractère secret du fait des difficultés à reconnaître les plantes utilisées à l'époque dans celles de la flore actuelle (l'évolution climatique vers le réchauffement depuis plus de 3 000 ans a modifiée la faune et la flore de la région et la traduction des noms reste incertaine).
    Certaines substances ne sont pas identifiées, et alors que d'autres sont sources de polémique (nicotine en Égypte antique alors que le tabac sera ramené des Amériques par Nicot8).
    Sont identifiés, par exemple, la coriandre, la caroube, le pavot, l'ail, l'oignon, la résine d'acacia, l'orge grillée, etc.
    Produits animaux : la viande (cicatrisation des plaies), le miel (antiseptique local), la cire, les toiles d'araignées (désinfectant car contiendraient naturellement une substance à action de type antibiotique faible), la graisse de bœuf, le lait d'ânesse, les viscères de porc, etc.

    La préparation du médicament est le fait du prescripteur, selon des protocoles rigoureux.
    L'utilisation se fait sous forme d'emplâtres, pommades et onguents, préparations locales, préparations à absorber macérées dans la bière, fumigations.

    La croyance générale dans la magie et la religion peut avoir contribué à un puissant effet placebo ce qui, avec la perception de la réussite du traitement peut avoir contribué à son efficacité. L'impact de l'accent mis sur la magie est apparent dans le choix des remèdes ou des ingrédients qui les constituent. Apparemment, les ingrédients sont parfois choisis parce qu'ils dérivent d'une substance, d’une plante ou d’un animal qui présente des caractéristiques qui, en quelque sorte, correspondent aux symptômes du patient. C'est ce qu'on appelle le principe du simila similibus («traitement par les semblables») qu’on retrouve tout au long de l'histoire de la médecine jusqu’à la pratique moderne de l'homéopathie. Ainsi, l’œuf d’autruche est utilisé pour le traitement de la fracture du crâne, et une amulette représentant un hérisson pouvait être prescrite contre la chute des cheveux.

    Les remèdes repoussants
    Il s'agit de moyens mixtes, faisant appel à des remèdes excrémentiels et à la magie, pour fournir une alimentation répugnante à l'esprit qui a envahi le corps, et ainsi le chasser.
    Ces excréments sont empruntés à l'âne, au crocodile, à l'hippopotame, au lézard, au pélican, au petit bétail, aux mouches et même à l'homme.

    Certaines de ces pratiques se sont avérées inefficaces ou nocives. Michael D. Parkins affirme que 72 % des 260 ordonnances médicales du papyrus Hearst ne comportaient aucune substance active sur le plan pharmacologique et beaucoup de remèdes préparés à base de déjections animales contenaient des produits de fermentation et des moisissures, dont certaines ayant des propriétés curatives mais aussi des bactéries qui exposaient à une grave menace d'infection. N’étant pas en mesure de faire la distinction entre l'infection originelle et les effets nocifs du traitement par des matières fécales, ils peuvent avoir été impressionnés par les quelques cas où l’on constatait une amélioration de l'état du patient.

    La chirurgie
    Quelques interventions sont attestées, et l'usage des antalgiques et des anesthésiques vraisemblables.

    Les soins dentaires
    Ils ne sont pas attestés, le mauvais état dentaire est connu et expliqué par la présence de grains minuscules de sable dans les farines (sable provenant des meules en grès) et responsables d'une usure dentaire importante.
    Grâce à un certain nombre de textes anciens, on sait que l’hygiène dentaire était connue et certains papyrus contiennent des énumérations de remèdes pour les maux de dents. On sait aussi qu’il y avait des « médecins des dents », mentionnés par Hérodote.
    L’examen des momies est de même très instructif. On a, ainsi, pu apprendre qu’Amenhotep III fut un martyr des maux de dents.

    La thérapeutique conservatrice utilisait des obturations à base de terre de Nubie, de silicate de cuivre hydraté, d’éclats de pierre ou de blocs d’or massif.

    Les accidents de la dentition des enfants étaient traités par l’ingestion de souris écorchées et cuites. Des restes de souris ont été ainsi retrouvés dans des momies d’enfants. Ce remède sera, plus tard, adopté par les Grecs, les Romains, les Coptes et les Arabes.

    On pense, par contre, que l’extraction dentaire était inconnue.

    Aucun texte d’époque ne parle de prothèses dentaires ou de leur réalisation. Pourtant en 1914, on a découvert, pour la première fois, dans un tombeau, deux dents reliées entre elles par un fil d’or. Ce travail daterait de la fin de la IVe ou du début de la Ve dynastie. Il existe un exemple de prothèse dentaire (deux molaires réunies par un fil d'or) qui ressemble plus à un travail d'embaumeur résolvant un souci esthétique. Après étude, on a conclu que la ligature avait été faite in vivo.

    En 1948, on a retrouvé dans une tombe du -IIIe siècle, un bridge de trois dents mandibulaires reliées par un fil d’or et on a décrit, dans la bouche de certaines momies, des dents artificielles en bois de sycomore, maintenues par des crochets en or.



     
  4. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine dans l'Égypte antique
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    Ophtalmologie


    Les connaissances de l'ophtalmologie en Égypte antique se limitaient à la prunelle, la sclérotique, et aux aspects externes, paupières, cils et sourcils ; les Égyptiens ignoraient presque tout de la structure interne de l'œil : corps vitré, rétine et nerf optique.
    • les paupières sont nommées le « dos de l'œil » ;
    • le blanc de l'œil était déjà appelé sclérotique ;
    • l'iris était observé, certains textes indiquent que son examen permettait de découvrir le sexe du fœtus ;
    • la pupille était nommée « la jeune fille (qui) est dans l'œil », du fait de l'image de personnes se reflétant sur la cornée au niveau du fond noir de la pupille.
    Malgré l'habileté des artisans-émailleurs de l'Ancien Empire, qui fabriquaient à la perfection des yeux de verre et d'émail pour les statues, rien ne permet de dire que ces objets aient été utilisés dans la prothèse oculaire.

    Depuis la 1ère dynastie, des textes mentionnent les soins donnés aux yeux, mêlés de pratiques magiques : Thot, dieu de la science et de la médecine est l'ancêtre des ophtalmologistes ; d'après la mythologie il aurait remis en place l'œil d'Horus arraché lors de son combat contre Seth, et déclare «Je suis Thot, le médecin de l'œil d'Horus».

    Plus tard, sous Pépi Ier (VIe dynastie), sur une stèle funéraire, un homme est représenté tantôt assis, tantôt marchant, avec cette inscription dédicatoire : «Pépi-ânkh-iri, directeur et doyen des médecins royaux, médecin des yeux du palais, gardien de l'orifice intestinal, celui qui prépare le bon, celui qui maîtrise les scorpions».

    Le papyrus Ebers et le papyrus de Londres contiennent plusieurs incantations magiques, à répéter plusieurs fois lors de l'application d'un collyre. La même qui sauvait l'œil d'Horus dans sa lutte contre Seth, était censé pouvoir rendre la lumière aux malades des yeux.

    Obstétrique


    Chaque médecin de l'Égypte antique avait une spécialité. L'historien grec Hérodote rapporte d'un voyage en Égypte :
    «Chaque médecin soigne une maladie, non plusieurs ; les uns sont médecins pour les yeux, d'autres pour la tête, pour les dents, pour la région abdominale, pour la gynécologie, ou pour les maladies de localisation incertaine.»
    Origine de l'obstétrique
    Min est le dieu de la fertilité. Taouret, déesse au corps hybride, mi-hippopotame, mi-crocodile, aux pattes de lion, protège la mère et l'enfant lors des accouchements. Elle est censée effaroucher les esprits qui auraient pu nuire à l'enfant. Elle est souvent accompagnée du dieu nain Bès, qui a la même fonction.

    On fait appel à la déesse Hathor, déesse de la maternité et de la fertilité pour venir en aide à l'enfant et à la mère, par des incantations :
    «Placer de l'orge et du blé dans deux sacs de toile avec du sable et des dattes ; uriner dessus chaque jour ; si l'orge et le blé germent, elle enfantera ; si c'est l'orge qui germe en premier, ce sera un garçon ; si c'est le blé ce sera une fille ; s'ils ne germent pas, elle n'enfantera pas.»
    En sorte, un test de grossesse antique.
    Mais, pour qu’un raisonnement médical puisse être élaboré, il fallait que les médecins se débarrassent de l’idée que la grossesse est due à l’intervention de puissances surnaturelles, dieux ou démons. Dans des papyrus égyptiens on trouve, au milieu de formules conjuratoires, de conceptions mythiques et de superstitions, une tentative de rationalisation :
    • un des papyri Kahun, datés de la XIIe dynastie, est un précis de gynécologie et mentionne une maladie qui dévore les tissus (le cancer) ;
    • les médecins égyptiens avaient remarqué l'action bénéfique du miel en gynécologie ;
    • au -XIVe siècle, on fabriquait des condoms avec des vessies d'animaux comme moyen de contrôle des naissances.
    Pour accoucher, les femmes s'accroupissent sur quatre briques rituelles, les Meskhenet et laissent les sages femmes procéder à l'accouchement. Le placenta est conservé pour fabriquer des remèdes médicaux. Les femmes sont ensuite éloignées quatorze jours pour se purifier, car elles sont souillées de leur sang et donc impures. Elles reviendront ensuite voir leur enfant.

    Contraception

    Au sein de la société égyptienne, la famille constitue la véritable cellule sociale de base, et son importance est confirmée par les innombrables représentations de couples accompagnés de leur progéniture ; la plus célèbre est celle du pharaon Akhénaton, de sa femme Néfertiti et de leurs filles. Le rôle principal de la femme était celui d'épouse et de mère. Pourtant, les papyri médicaux prouvent que la contraception était pratiquée dans l'ancienne Égypte.


    Raisons du recours à la contraception
    Certaines raisons poussaient une petite minorité de femmes à recourir à des méthodes contraceptives. Ainsi, les prostituées étaient les utilisatrices les plus assidues de ce type de médecine, une grossesse pouvant être une entrave à leur activité professionnelle. De même pour les filles non mariées, ce pouvait être un sujet de médisance, surtout si elles ne désiraient pas épouser le père de l'enfant.
    Des motifs plus médicaux pouvaient également jouer, les accouchements représentant toujours un danger important pour les femmes les plus fragiles et celles dont la constitution (bassin trop étroit) ou l'hérédité laissaient présager des complications susceptibles d'être fatales. Il semble également que le recours aux pratiques contraceptives était recommandé dans le cas de problèmes psychiatriques.


    La médecine
    Les papyri médicaux traitant de procédés contraceptifs témoignent non seulement d'une observation empirique efficace, mais aussi de réelles connaissances pharmacologiques. L'ensemble des remèdes proposés associe des produits d'origine végétale, minérale ou animale, prescrits soit par voie orale, soit plus généralement, en application locale. Parmi les ingrédients prescrits, certains possèdent de réelles vertus contraceptives, comme les dattes qui ont un effet spermicide reconnu, tout comme la gomme d'acacia, le miel ou encore le natron.

    Exemples de préparation contraceptive

    Dans le Papyrus Kahun, on retrouve la préparation suivante :
    «Des épines d'acacia finement broyées, mélangées à des dattes et du miel et étendues sur un tampon de fibre est profondément introduit»

    La recherche biologique a montré que les épines d'acacia renferment une sorte de latex (gomme arabique) qui s'enrichit en acide lactique au fur et à mesure du processus de fermentation. Cet acide entre dans la composition de certains spermicides modernes.

    Le Papyrus Ebers, dans l'ordonnance 783, prescrit :
    «Début des préparations qui doivent être préparées pour les femmes.
    Faire qu'une femme cesse d'être enceinte pendant un, deux ou trois ans.
    Extrait d'acacia (fruit non mûr d'acacia ou partie de l'acacia), caroube, dattes.
    Ce sera finement broyé dans un vase hnw de miel …»

    L'héritage égyptien dans la médecine moderne

    Les découvertes et traités de la médecine
    Certains traités médicaux ont été conservés (papyrus Ebers, Edwin Smith…) et permettent de constater très clairement que les Égyptiens avaient été les premiers à observer que le cœur était «l'organe essentiel de la vie» et que ce dernier se manifestait «en parlant», ce qui signifie qu'ils ont compris qu'il battait selon un rythme régulier défini par le pouls. Il n'est pas certain qu'ils avaient, dès la découverte de la clepsydre, eu l'idée de compter les pulsations du cœur avec cette sorte de montre à eau. Cependant certains indices portent à le croire. La clepsydre ne fut utilisée que bien plus tard par Hérophile, un médecin grec de l'école d'Alexandrie, sa ville natale, qui fut le premier à s'en servir dans l'exercice de son art, au IIIe siècle avant notre ère. Il a quelque peu amélioré le procédé afin de mesurer le pouls des patients avec un peu plus d'exactitude.

    Le vocabulaire
    La médecine égyptienne ne nous a pas seulement légué des techniques mais aussi bon nombre de termes médicaux dont nous retrouvons l'étymologie au quotidien.
    Un premier exemple serait le terme «migraine» qui vient de l'égyptien ges-tep signifiant moitié (du) crâne. Ce terme sera repris par les grecs devenant hemicrania.

    Autre exemple révélateur, le mot «cataracte» qui provient quant à lui directement du terme akhet-net-mou qui signifie littéralement «rassemblement d'eau». En égyptien, la pupille de l'œil de disait tout net iret ce qui signifie «image de l'œil», ou bien hounet imyt iret, à savoir : «la jeune fille dans l'œil». Il est intéressant de constater l'évolution étymologique de ce mot à travers diverses langues, car en grec, la jeune fille était une coré, en latin une pupilla et en espagnol une niña de los ojos.


    La relation permanente avec le divin

    Médecine et magie sont intimement liées en Égypte antique, la maladie résultant de l'intervention de mauvais génies, d'humains mal intentionnés ou de divinités. Ce sont principalement les émissaires de Sekhmet, déesse à tète de lionne, qui propagent la maladie et la mort. Cependant, ayant également le pouvoir d'apporter la guérison, cette divinité est la patronne des médecins, qui sont souvent ses prêtres.

    La magie et les incantations divines
    La magie a une résonance particulière du fait du mythe d'Osiris : Isis «la grande magicienne», après avoir reconstitué le cadavre de son divin époux, sera fécondée «magiquement» et donnera naissance à Horus.

    La magie et la religion faisaient partie de la vie quotidienne dans l’Égypte antique. Les Dieux et les démons étaient jugés responsables de nombreuses maladies, aussi le traitement faisait souvent appel à un élément surnaturel. Souvent, le premier recours consistait à faire appel à une divinité. Souvent, les prêtres et les magiciens étaient invités à traiter la maladie, en plus du médecin ou à sa place. Les médecins eux-mêmes utilisaient souvent les incantations et la magie dans le cadre du traitement, et de nombreux médicaments n'ont, semble-t-il, aucun ingrédient actif.

    Les incantations
    Elles sont souvent associées aux autres moyens ; il s'agit le plus souvent d'une incantation qu'un dieu du panthéon avait prononcée dans des conditions (mythiques) analogues, récitée pour assurer l'efficacité du remède.
    À chaque affection correspond une formule à réciter.
    Régulièrement utilisées dans les soins contre les piqûres de scorpion, reconnues comme redoutables.


    Les actions prophylactiques
    • Les amulettes.
    • Les stèles prophylactiques : les stèles représentant Horus sur un crocodile sont censées protéger contre les morsures et les piqûres d'animaux venimeux.
    • Les statues guérisseuses.
    Les amulettes en général étaient très populaires et portées à des fins magiques pour de nombreuses raisons. Les amulettes destinées à jouer un rôle sur la santé sont classées en amulettes homéopoétiques, prophylactiques et théophores. Les amulettes homeopoétiques représentaient un animal ou une partie d’un animal dont l'utilisateur souhaitait assimiler certains attributs positifs comme la force ou la vitesse. Les amulettes prophylactiques protégeaient contre les dieux et les démons. Le célèbre Œil Oudjat a été souvent utilisé sur une amulette prophylactique. Les amulettes théophores représentaient les dieux égyptiens, celle qui représentait le pagne d’Isis était destinée à endiguer l’hémorragie de la fausse couche.

    Les sanctuaires des dieux guérisseurs
    À la Basse Époque de nombreux malades visitent les sanctuaires des dieux guérisseurs tels qu'Imhotep et Amenhotep fils de Hapou (tous deux des mortels divinisés) dans l'espoir d'obtenir la guérison. D'autres tentent de l'obtenir dans les sanatoria, attestés dans le temple d'Hathor à Dendérah et dans le temple d'Hatchepsout.

    Les dieux
    • Isis déesse de la santé et de la fécondité, inventrice des remèdes,
    • Horus souvent invoqué dans les cas de morsures d'animaux,
    • Hathor déesse de l'amour, protectrice des femmes,
    • Thot dieu des scribes et patron des oculistes,
    • Sekhmet déesse guérisseuse,
    • Bès protège le sommeil des dormeurs et est le bon génie des femmes enceintes,
    • Serket protège les hommes des morsures, guérisseuse des morsures et des piqûres d'insectes
    Les hommes élevés au rang des dieux :
    • Imhotep, vizir et grand architecte du pharaon Djéser - IIIe dynastie ;
    • Amenhotep fils de Hapou, architecte du pharaon Amenhotep III - XVIIIe dynastie.

    Imhotep, Asclépios, Esculape : une filiation ?

    Imhotep est connu par ses multiples activités, et ses titres officiels nombreux : grand prêtre de Ptah, haut fonctionnaire, architecte du complexe de Djéser à Saqqarah, poète rédacteur du premier recueil connu de sagesses égyptiennes, et médecin de renom.
    C'est le premier personnage connu décrit comme médecin en exercice — ce qui a fait de lui, le père de la médecine. Le temps passant, son aura grandit : il devient le patron des scribes. À la Basse Époque il est divinisé en tant que fils de Ptah et devient divin-guérisseur avec un sanctuaire. Sous les Ptolémées, son nom est hellénisé en Imoúthês, et son image divinisée confondue (fondue ?) avec celle d'Asclépios : les Grecs apprennent la médecine à Alexandrie.

    Autres médecins connus
    • Méryt-Ptah, première femme identifiée en tant que médecin (IIIe dynastie) ;
    • Qar qui était prêtre-médecin sous Pépi Ier (VIe dynastie) ;
    • Pentjou, médecin d'Akhénaton (XVIIIe dynastie).



     
  5. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    LE PAPYRUS

    [​IMG]
    Description : Antique papyrus, showing the god Osiris and the weighing of the heart. Egyptian Museum, Cairo, Egypt
    Photo taken by Hajor, Dec.2002. Released under cc.by.sa and/or GFDL.
    Date : 2011-06-19 02:07 (UTC)
    Source : Egypt.Papyrus.01.jpg
    Author : Egypt.Papyrus.01.jpg: Hajor



    Le papier de papyrus ou simplement papyrus fut probablement inventé il y a 5 000 ans, en utilisant la tige de la plante Cyperus papyrus. Il fut largement utilisé en Égypte et dans d'autres régions voisines pour fabriquer les rouleaux manuscrits. Plus tard, lors de l'invention du codex et du livre, on a commencé à en faire des feuilles de papier.


    Fabrication et conservation

    Le principe de fabrication du papier de papyrus réside dans la superposition de fines tranches de la tige de la plante, humidifiées, placées en couches et positionnées perpendiculairement les unes sur les autres et compressées. Normalement, seul un côté du papier était utilisé, sur lequel un traitement à base de colle était appliqué afin d'éviter que l'encre ne coule. Chaque morceau ne dépassait pas un demi-mètre de longueur, mais on pouvait assembler de nombreuses feuilles les unes aux autres, pour former de longs rouleaux (comme le papyrus Harris, qui mesure 40 mètres).

    Monopole d'État dès l'Ancien Empire, les papyrus étaient exportés dans tout le bassin méditerranéen. En raison de leur prix élevé, ils étaient souvent grattés pour pouvoir être réutilisés, formant alors ce que l'on appelle des palimpsestes. Pour la même raison, ils furent parfois remplacés par les ostraca, pierre calcaire ou morceaux de poterie, pour les écrits de moindre importance (brouillons d'apprentis, notes non-officielles...)

    Dans les climats secs, comme en Égypte, le papyrus se conserve convenablement, mais dès lors qu'il est humidifié, la structure se désagrège et l'encre va se diffuser dans les fibres végétales, comme ce fut le cas des manuscrits importés en Grèce et en Italie. Certains exemplaires extraordinaires ont été retrouvés en Égypte, comme les papyrus d'Éléphantine, et les découvertes d'Oxyrhynque ou de Nag Hammadi. À Herculanum, la «Villa des Papyri» qui contient la bibliothèque du beau-père de Jules César fut préservée de l'éruption du Vésuve, et possède de nombreux papyrus intéressants, dont tous n'ont pas encore été récupérés.

    Papyrus médicaux

    Les papyrus médicaux sont d'anciens textes égyptiens écrits sur des rouleaux de papyrus (papier) qui nous donnent des informations précieuses sur les connaissances et les pratiques médicales de l'Égypte antique. Ces papyrus donnent des détails sur les maladies, le diagnostic et les remèdes préconisés contre les maladies qui comprennent des préparations à base de plantes, des méthodes chirurgicales, et des pratiques rituelles plus archaïques comme les sorts.
    On pense qu'il y avait beaucoup de papyrus médicaux, mais nombre d'entre eux ont été perdus en raison du pillage des tombes. La plus grande étude réalisée à ce jour sur les papyrus médicaux a été menée par l'université de Berlin, elle s'intitule Medizin der alten Ägypter (médecine de l'Égypte ancienne). Actuellement, seuls douze papyrus concernent directement la pratique médicale, datant de -1820 à +250, un seul étant en hiéroglyphes, les autres étant en écriture hiératique.

    Au début, la médecine égyptienne était fondée principalement sur des pratiques religieuses faisant largement appel à la magie. Les maladies étaient censées être causées par un comportement ou des actions malveillantes et l'on pensait qu'elles pouvaient être guéries par l'utilisation de sorts ou d'amulettes. Ensuite les médecins ont utilisé, en cas de nécessité, différentes méthodes de traitement. Les instructions pour le déroulement des rituels ont par la suite été inscrites sur rouleaux de papyrus par les prêtres accomplissant le cérémonial.


    Principaux papyrus

    Edwin Smith
    On pense que le papyrus Edwin Smith est parmi les plus anciens textes médicaux connus à ce jour, il est le livre de médecine le plus détaillé et le plus sophistiqué existant sur papyrus. Le papyrus tire son nom de l'archéologue égyptien Edwin Smith qui l'a acheté dans les années 1860. Le papyrus comporte dix-sept pages et traite principalement des questions liées aux traumatismes, au diagnostic et au traitement. Ce texte démontre que les Égyptiens connaissaient le cœur, le foie, la rate, les reins, les uretères, la vessie et qu'ils savaient que les vaisseaux sanguins étaient reliés au cœur.

    Le papyrus Edwin Smith a été découvert par Edwin Smith à Thèbes en 1862. C’est le plus ancien document connu au monde traitant de la chirurgie (et peut-être aussi de littérature médicale en général, une place qui pourrait être contestée par des documents de la littérature chinoise dont ne subsistent que des copies, la datation des sources originales de ces documents étant imprécise).

    Écrit en caractères hiératiques pendant le Nouvel Empire de l’Égypte antique, vers le XVIIe siècle avant notre ère, ce traité décrit avec force détails les observations anatomiques et cliniques, les traumatismes et les traitements appliqués pour 48 affections médicales relevées sur un grand nombre de cas, ainsi que les pronostics associés à ces traitements.
    Presque exempt de toute magie, il mentionne différents actes chirurgicaux, la fermeture avec les premières descriptions connues des sutures des plaies thoraciques, des méninges, des os du crâne, de la surface externe du cortex cérébral, du liquide céphalo-rachidien et de la pulsation intracrânienne.
    Des traitements préventifs ou curatifs avec ainsi que des pharmacopées antibiotiques sont également proposés pour lutter contre les infections avec le miel et le pain moisi (la pénicilline a été employée déjà, sans qu’ils sachent l’isoler, par les médecins égyptiens et probablement d’autres civilisations ultérieures, des millénaires avant que Fleming la redécouvre par hasard), l’arrêt des hémorragies avec de la viande crue, et l’immobilisation des blessures à la tête et à la moelle épinière.

    Autre fait marquant, ce papyrus médical est l'une des toutes premières traces d'une association entre l'intégrité du cerveau ou du moins de la tête et les fonctions cognitives. Il est ainsi fait mention des cas de complications oculaires, de tétraplégie et d’incontinence urinaire consécutifs à des traumatismes crâniens.
    Sont également décrits les autres organes vitaux du système circulatoire comme le cœur et ses liaisons avec les vaisseaux sanguins, ceux du système digestif comme la rate et le foie, ou ceux du système diurétique tel que les reins, les uretères et la vessie.
    Conservé à New York, le papyrus Edwin Smith a d’abord été traduit par James Henry Breasted qui l’a publié en 1930, le document révèle la sophistication et la praticité de la médecine de l’ancienne Égypte.

    Ebers
    Le papyrus Ebers a également été découvert par Edwin Smith en 1862. Il tire son nom de l'égyptologue allemand Georg Moritz Ebers qui l'a acheté en 1872. Le papyrus date d'environ -1830 et comporte cent-dix pages, ce qui en fait le plus long papyrus médical. Il aborde différents sujets, notamment, la dermatologie, les maladies digestives, les traumatismes, les affections gynécologiques et les soins dentaires. Il fait de nombreuses références au traitement des maladies par les sorts ou les rituels religieux. Ce papyrus fait également référence aux migraines.
    Le papyrus Ebers est l'un des plus anciens traités médicaux qui nous soit parvenu : il aurait été rédigé au XVIe siècle avant notre ère, pendant le règne d'Amenhotep Ier. D'autres égyptologues donnent des dates plus récentes et citent plutôt le règne d'Amenhotep III au XIVe siècle ou XVe siècle avant notre ère (date variable selon les égyptologues).
    Découvert par Edwin Smith à Louxor en 1862, il fut acheté ensuite par l'égyptologue allemand Georg Moritz Ebers, à qui il doit son nom et sa traduction. En 2008, il est conservé à la bibliothèque universitaire de Leipzig. C'est aussi un des plus longs documents écrits retrouvés de l'Égypte antique : il mesure plus de vingt mètres de long sur trente centimètres de large et contient 877 paragraphes, qui décrivent de nombreuses maladies dans plusieurs branches de la médecine (ophtalmologie, gastro-entérologie, gynécologie...) et les prescriptions correspondantes. Ce papyrus représente un des premiers documents humains faisant référence au cancer.
    La pharmacopée égyptienne de l'époque faisait appel à plus de 700 substances, tirées pour la plupart du règne végétal : safran, myrrhe, aloès, feuilles de ricin, lotus bleu, extrait de lys, suc du pavot somnifère, huile de baumier, résine, encens, jusquiame, chanvre, etc. Parmi les autres substances citées, on trouve aussi : de la poussière de statue, des carapaces de scarabée, des queues de souris, du poil de chat, des yeux de porc, des orteils de chien, du lait mammaire, de la semence humaine, des yeux d’anguille et des entrailles d’oie7, etc.

    Connaissance médicale
    Le papyrus Ebers est écrit en égyptien hiératique et représente la plus volumineuse compilation de connaissances médicales de cette époque connues à ce jour. Le parchemin de 110 pages, qui est long de 20 mètres, contient plus de 700 formules magiques et remèdes. Il contient d'innombrables incantations ayant pour but de détourner les démons qui causent les maladies, mais il démontre aussi une longue tradition de connaissances empiriques et d'observations.
    Le papyrus contient un «traité sur le cœur». Il y est noté que le cœur est le centre d'irrigation du sang, avec des vaisseaux attachés à tous les membres du corps. Les Égyptiens semblaient avoir quelques connaissances sur les reins et faisaient du cœur le point de rendez-vous d'un certains nombres de vaisseaux, transportant tous les fluides du corps - sang, pleurs, urine et sperme.

    Les désordres mentaux sont détaillés dans un chapitre du papyrus appelé le «livre des cœurs». Des pathologies telles que la dépression et la démence y sont décrites. Ces descriptions suggèrent que les égyptiens ne faisaient pas de distinction de principe entre les maladies mentales et les maladies physiques.

    Le papyrus contient aussi des chapitres sur la contraception, le diagnostic de grossesse, et d'autres sujets de gynécologie, de troubles intestinaux, de parasites, de problèmes oculaires, de peau et de dentition, ainsi que des traitements chirurgicaux pour les abcès et les tumeurs, les fractures osseuses et les brûlures.

    Exemples de remèdes

    Exemples de remèdes issus du papyrus Ebers :
    • Asthme : une mixture d'herbes chauffée sur une brique de sorte que le patient puisse en respirer les vapeurs.
    • Ventre : pour les troubles gastriques : du lait de vache, des grains et du miel, réduit en purée, tamisé et cuit, puis pris en quatre portions.
    • Intestins : pour l'évacuation des intestins : mélilot, dattes, l'ensemble réduit en huile, puis oins sur les parties malades.
    • Cancer : face à une « tumeur contre le dieu Xenus », il recommande « tu ne feras rien contre ça ».
    • Les habits : les habits peuvent être protégés des souris et des rats en y appliquant des matières grasses des chats.
    • Les échardes : appliqué sur les échardes, un baume fait de sang de vers et de fumier d’âne. Le fumier étant chargé des spores [du bacille Clostridium tetani], une simple écharde avait souvent pour résultat une mort horrible des suites du tétanos.
    • La mort : la moitié d'un oignon et la mousse d'une bière était considéré comme un remède délicieux contre la mort.
    • La dracunculose (ver de Guinée) : enrouler l'extrémité émergentes du ver autour d'un bâton et l'extraire lentement (3500 ans plus tard, cela reste le traitement standard).

    Kahun
    Les papyrus Kahun ont été retrouvés par Flinders Petrie en 1889. Ces papyrus traitent des maladies des femmes, en particulier des affections gynécologiques. Ils sont datés d'environ -1825. Ils contiennent trente-cinq paragraphes distincts. Les centres d'intérêt majeurs qui apparaissent à la lecture de ces papyrus sont les troubles de la reproduction et plus spécifiquement les maladies survenant pendant la grossesse.
    Les papyrus de Kahun auraient été écrits vers la fin de la XIIe dynastie égyptienne. Ils reproduisent des traités plus anciens et comprennent, entre autres, un traité de gynécologie et un traité de mathématiques.

    Hearst

    Le papyrus Hearst est daté d'environ -2000, bien que des doutes subsistent quant à son authenticité. Il détaille plus particulièrement le traitement des maladies du système urinaire, du sang, des cheveux, ainsi que celui des morsures. Il a été largement étudié depuis sa publication en 1905.
    Le papyrus Hearst est un papyrus médical datant de la XVIIIe dynastie, aux alentours des règnes de Thoutmôsis III ou Amenhotep II mais il aurait été composé plus tôt, au cours du Moyen Empire, vers -2000.

    Lors de sa découverte au printemps 1901 par George Andrew Reisner qui dirigeait à Deir el-Ballas une expédition pour le compte d'université américaine, il a été nommé plus tard d'après le nom de la mère du magnat de la presse William Randolph Hearst. D'une longueur de 3,50 mètres, il est conservé à la bibliothèque Bancroft de l'université de Californie à Berkeley.

    Le papyrus Hearst relate probablement les notes d’un docteur en exercice sous la XVIIIe dynastie qui emprunta des remèdes à des œuvres diverses dont le papyrus Ebers.
    Il comporte 260 paragraphes, sur 18 colonnes ; il est écrit en hiératique. Les thèmes vont de «une dent qui tombe» à «recours pour le traitement du poumon», mais se concentre sur les traitements pour les problèmes concernant le système urinaire, le sang, les cheveux et les morsures (par des êtres humains, porcs, et des hippopotames).

    Si le contenu du papyrus a été largement étudié à partir de la publication faite en 1905 par Reisner, le papyrus d'origine n'a jamais été examiné avec soin ; au cours des années, certains doutes ont été soulevés au sujet de son authenticité.

    Autres papyrus

    D'autres papyrus médicaux ont été retrouvés mais ils ont fait l'objet de recherches moins approfondies, parmi ceux-ci citons notamment :
    Le papyrus médical Chester Beatty, dont le nom vient de Sir Alfred Chester Beatty qui a fait don de dix-neuf papyrus au British Museum. Les remèdes cités dans ces textes sont généralement inspirés par la magie et concernent surtout les affections qui se manifestent par des maux de tête et des douleurs anales ou rectales.
    Le papyrus médical de Londres qui se trouve au British Museum et date de Toutânkhamon. Bien qu'il soit en piteux état, son étude a permis de constater qu'il décrivait principalement les sorts utilisés comme remèdes contre la maladie.
    Les papyrus du Ramesseum qui traitent notamment, pour les numéros III et IV, de gynécologie. La majorité de ces documents sont toutefois des textes magiques de protection.
    Le papyrus Carlsberg, propriété de la Fondation Carlsberg. Le papyrus décrit les maladies des yeux et les troubles de la grossesse.
    Le papyrus Berlin 6619, acquis par Giuseppe Passalacqua, se compose de vingt-quatre pages et est très similaire au papyrus Ebers. Vendu plus tard à Friedrich Wilhelm IV de Prusse avec d'autres objets en 1827 pour l'Ägyptisches Museum de Berlin, ce papyrus a été traduit en allemand en 1909.
    Le papyrus de Brooklyn, est consacré principalement aux morsures de serpent, il parle d'antidotes pour les venins de serpents, de scorpions et de mygales. Le papyrus de Brooklyn est actuellement au Brooklyn Museum


     
  6. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Chirurgie dans l'Égypte antique


    La chirurgie dans l'Égypte antique était pratiquée par des médecins mettant en œuvre un art chirurgical bien compris et codifié selon les possibilités du moment, indiquées dans les papyrus médicaux. Cette chirurgie était journellement pratiquée par des médecins religieux, civils ou militaires déjà très au fait des connaissances anatomiques, physiologiques et cliniques de cette époque. L’exercice de cet art était également conditionné par les moyens techniques disponibles dans ce domaine, notamment en ce qui concerne la pharmacopée et les instruments chirurgicaux.


    Connaissances anatomiques et physiologiques

    Les connaissances anatomiques et physiologiques des anciens Égyptiens étaient déjà certaines. Ces notions résultaient d’observations effectuées dans plusieurs situations différentes, comme par exemple l’examen attentif des patients vivants, les constatations faites sur des cadavres, et encore comme aujourd’hui, relevées sur des animaux.

    En effet, un certain nombre d’éléments sont réputés accessibles sur les blessés de guerre, après des « accidents du travail » ou domestiques graves. D’autres éléments anatomiques ont pu être repérés pendant l’invention de la momification des défunts. Cette procédure mortuaire était probablement inspirée par la dessiccation naturelle des corps retrouvés pratiquement intacts dans le désert, mais nécessairement reproduite artificiellement et d’une façon assez sophistiquée. Nous savons aussi que plusieurs organes étaient prélevés pour être conservés dans des vases ou des paquets canopes spéciaux. Quant au cœur, il était prélevé, traité à part, puis, normalement replacé dans le thorax du mort.
    Ainsi, des «listes anatomiques» humaines sont bien relevées depuis l’Ancien Empire, par exemple, elles figurent dans les textes des pyramides et d’autres écrits religieux postérieurs. Des notions intéressantes figurent bien entendu dans les textes médicaux et chirurgicaux pharaoniques qui nous sont parvenus. Puis, des dissections humaines sont attestées à Alexandrie. Il faut noter que ces recherches resteront ensuite longtemps interdites.


    Abord clinique

    La médecine de ce temps était sûrement mêlée de magie, cependant, la prise en charge subjective du patient n’excluait pas la recherche des signes objectifs de la maladie ou du traumatisme. À la lecture des textes médicaux égyptiens, il est surprenant de constater une certaine modernité du sens clinique de cette science pharaonique, eu égard aux moyens de ce temps. Regroupés dans des papyri qui leur sont dédiés, les observations constituent de véritables unités littéraires décrivant des cas pathologiques et leurs traitements. Ces rouleaux étaient souvent surchargés de commentaires rédigés par les praticiens expérimentateurs. Les écrits chirurgicaux qui ne sont pas disparus sont surtout contenus pour nous dans le papyrus Edwin Smith et le papyrus Ebers.

    Les auteurs déclinent les notions : d’examen physique ; de diagnostic ; de diagnostic différentiel ; de pronostic favorable, réservé, ou franchement mauvais ; d’un suivi de l’évolution ; tout cela dans la perspective de «guérir».

    Ensuite, les thérapeutiques proposées sont graduées en fonction de la gravité de la pathologie chirurgicale et adaptées suivant l’évolution. Comme aujourd’hui, après le premier « coup d’œil », les premiers éléments symptomatiques sont rassemblés à partir de l’interrogatoire. Les signes subjectifs retenus et les signes objectifs sont isolés au cours de l’examen général suivi d’une inspection et d’une exploration locales. Pour les blessures, on notait assez précisément la localisation, l’aspect des téguments, les rétractions, on explorait la profondeur à l’aide d’une sonde et d’un écarteur, les esquilles et les corps étrangers étaient repérés. Selon les descriptifs, les états successifs des plaies étaient assez finement observés.


    Pratique chirurgicale

    Après étude, il s’avère que le geste pragmatique du chirurgien égyptien est issu d’une indication réfléchie et codifiée.
    Ainsi,
    les instruments sont choisis et adaptés pour une intervention donnée.
    ils sont utilisés consécutivement au cours des différents temps opératoires.

    Par exemple dans le cadre de la cure chirurgicale d’un abcès,
    il faut bien mentionner les actes consistant à «inciser» et à «débrider»,
    il peut être utile de «cautériser» avec une «lame-cautère»,
    ensuite il faut parfois mettre en place un drainage, par exemple à l’aide d’un segment de roseau, et encore signaler l’utilisation de mèches faites de «charpie d’étoffe»,
    le dispositif était complété de «tampons fibreux secs».

    Autres exemples

    Contentions :
    Les pansements étaient soigneusement confectionnés. Ils pouvaient être occlusifs.
    Les bandages simples ou complexes étaient bien posés.
    Dans la pratique la plus courante, il faut encore citer l’utilisation des compresses froides ou des compresses chaudes.
    On devait aussi appliquer des argiles tiédies et de la graisse enrichie d’extraits de plantes dont il nous reste des compositions efficaces.
    Extraction des épines,
    Les soins des morsures (chien, singe, crocodile, lion, hippopotame, cheval, etc.)
    Sutures :
    Les sutures de plaies cutanées non contuses se faisaient avec une « aiguille à coudre » et du « fil » de « lin ».
    La pose de sortes de sutures cutanées en petites bandelettes de toile adhésive est également connue.
    Le parage des blessures de guerre,
    Les amputations :
    post traumatiques,
    punitives : nez, langue, oreilles, main, etc.
    La cautérisation hémostatique se faisait avec une lame chauffée au feu.
    Des prothèses d’orteils ont été réalisées.
    Les réductions :

    Les réductions de luxations comme par exemple celle de l’articulation de l'épaule, ou encore la réduction de la subluxation de la mandibule,
    Les réductions et contentions de fractures des membres (pose d'attelles).
    Les fractures nasales étaient maintenues par des rouleaux de toile grasse dans les narines. Deux petites attelles externes protégées pouvaient compléter le dispositif.
    L’entorse cervicale ; la luxation cervicale grave et la fracture tassement du corps vertébral avec quadriplégie sont assez bien décrites dans les textes.
    Les textes parlent aussi des brûlures. Elles bénéficiaient de traitements particuliers.
    La circoncision est représentée sur au moins deux bas reliefs (dont celui du tombeau du médecin Ânkh-ma-hor de la VIe dynastie). Plusieurs techniques ont été employées selon les époques.


    Ophtalmologie :
    Ablation des corps étrangers oculaires.
    L'opération de la cataracte est attestée sous les Ptolémée.
    Différentes infections locales et générales sont bien décrites.
    Dans tous les cas, les suites opératoires étaient surveillées.
    Des traitements pouvaient être arrêtés pendant une phase critique, et ensuite, repris.


    Les textes nous indiquent que les médecins égyptiens connaissaient leurs limites. Par exemple, contrairement à ce que l’on peut lire dans beaucoup d’ouvrages, bien des interventions n’étaient pas pratiquées dans les périodes anciennes. C’est le cas par exemple de la trépanation (seulement «peut-être» une ou deux, – sur plus de trois mille ans – dans un pays où les recherches anthropologiques s’avèrent nombreuses).


    Pharmacopée

    Les médications employées en chirurgie par les praticiens de l’époque pourraient nous surprendre. Nombre d’entre elles ont été qualifiées de «repoussantes». Elles sont en effet issues des «produits de la nature». On trouve parmi les composants énumérés dans les textes médicaux, différents minéraux, végétaux et extraits animaux, tous prélevés dans le milieu environnemental.

    Cependant, des études historiques et pharmacologiques nous montrent que ces prescriptions pouvaient parfois être utiles.

    C’est notamment le cas en chirurgie de certaines procédures calmantes utilisant des minéraux et des plantes. Il en est de même pour diminuer les risques d’infection et pour favoriser la cicatrisation.

    Instruments chirurgicaux

    Pour pratiquer ces gestes, le médecin devait disposer de quelques instruments. D’abord en métal cuivreux, plusieurs tailles d’objets existaient afin d’être employés à des stades opératoires différents.

    Par exemple, on reconnaît vite les pinces et les pincettes. Diverses sondes, des stylets élaborés, et encore par exemple des curettes presque semblables sont encore utilisées aujourd’hui. Nous avons différentes sortes de couteaux. À une époque ancienne, un bistouri particulier est bien différencié ; il rappelle bien par l’aspect de sa lame notre bistouri à lame fixe. Il nous reste également plusieurs sortes d’écarteurs. Ils pouvaient être multifonctions. De plus, des ustensiles « à usage unique » pouvaient également utilisés.

    Nous trouvons dans les musées un certain nombre de ces petits objets métalliques dont l’usage est compatible avec l’exercice de cet art. Beaucoup d’entre eux peuvent être comparés avec des instruments modernes. L’effet est saisissant. Les formes rencontrées préludent bien le matériel de plus en plus sophistiqué que seront amenés à créer les chirurgiens eux-mêmes. Elles seront dès ces moments affinées et leurs utilisations consacrées. Pourtant, l’histoire de la chirurgie montre que plusieurs de ces éléments disparaîtront pour revenir bien plus tard. Ainsi la trousse du médecin commence sérieusement à se constituer … depuis la période pharaonique !

    Un bas-relief tardif mais célèbre du temple de Kôm-Ombo représente une table sur laquelle sont disposés des instruments dont certains sont reconnaissables, avec d’autres objets comme une balance, des sachets de médicaments, une éponge et des bandages. Une vasque de purification est disposée à proximité.

    Nous assistons véritablement en Égypte à la naissance de la chirurgie.




     
  7. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine babylonienne


    Médecine babylonienne



    Les plus anciens textes Babyloniens sur la médecine remontent à l’époque de l’ancien empire babylonien dans la première moitié du IIe millénaire av. J.-C. Cependant, le texte babylonien le plus complet dans le domaine de la médecine est le Manuel de diagnostic écrit par Esagil-kin-apli le médecin de Borsippa sous le règne du roi babylonien Adad-ALPA-iddina (1069-1046 avant JC).

    Comme les médecins égyptiens de la même époque, les Babyloniens ont introduit les concepts de diagnostic, de pronostic, d’examen physique et de prescription. En outre, le Manuel de diagnostic a introduit des méthodes de traitement et de diagnostic étiologique et le recours à l’empirisme, à la logique et à la rationalité dans le diagnostic, le pronostic et le traitement. Le texte contient une liste de symptômes médicaux et des observations empiriques minutieuses combinant les symptômes observés sur le patient avec un raisonnement logique pour aboutir au diagnostic et au pronostic.

    Le Manuel de diagnostic est fondé sur une association logique d’axiomes et d’hypothèses, préfigurant la conception moderne selon laquelle par l'examen et l’observation des symptômes d'un patient, il est possible de déterminer la maladie du patient, son étiologie, son évolution probable et les chances de guérison du patient. Les symptômes et les maladies étaient traités par des méthodes thérapeutiques diverses, telles que le bandage, les pommades et les pilules.






     
  8. titegazelle

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    Médecine dans l’Inde antique


    La médecine indienne a une longue histoire. Ses premiers concepts sont énoncés dans les textes sacrés qu’on appelle les Vedas, en particulier dans les passages en vers de l’Atharva-Veda qui daterait peut-être du IInd millénaire av. J.-C. Selon un écrivain d’une époque plus récente, le système de médecine appelé āyurveda a été révélé à un certain Dhanvantari par Brahmâ et Dhanvantari a été déifié comme dieu de la médecine. Plus tard son statut a été progressivement jugé moins important, jusqu'à ce qu'il soit considéré comme un simple roi terrestre mort d’une morsure de serpent. - Underwood & Rhodes (2008) -

    À Mehrgarh, au Pakistan, les archéologues ont découvert que le peuple de la civilisation de la vallée de l'Indus, dès les premières périodes de Harappan (c. XXXIIIe siècle av. J.-C.) avait des connaissances en médecine et en dentisterie. Le professeur Andrea Cucina de l'université du Missouri-Columbia, spécialiste en anthropologie physique qui a réalisé les fouilles, a fait cette découverte en nettoyant les dents d'un des squelettes exhumés. Des recherches ultérieures dans la même région ont retrouvé des dents portant des traces de soins, datant de 9000 ans. L’Ayurveda (la science de la vie), est un système de médecine savante et ésotérique originaire d’Asie du Sud dont les prémices remontent à plus de 2000 ans. Ses deux textes plus célèbres relèvent de l'école de Charaka et Sushruta. Bien que ces écrits présentent un certain nombre de similitudes avec les très anciennes doctrines médicales mentionnées dans la littérature religieuse des vedas, les historiens ont pu apporter la preuve directe de liens historiques entre la naissance de l’Ayurveda et celle des littératures bouddhistes et jaïns. Il semble que les premiers fondements de l’Ayurveda ont été bâtis sur une synthèse entre différentes pratiques anciennes de phytothérapie datant du début du deuxième millénaire avant J.-C., avec un apport massif de concepts plus théoriques, de nouvelles classifications nosologiques et de nouvelles méthodes thérapeutiques datant d'environ 400 avant J.-C. et issues de familles de pensée incluant le Bouddhisme et d'autres inspirations.


    Selon le traité de Charaka, le Charakasamhitā, la santé et la maladie ne sont pas déterminées à l'avance et la vie peut être prolongée par l’effort des hommes. Le traité de Sushruta, le Suśrutasamhitā définit l'objet de la médecine comme étant celui de guérir les maladies, de protéger la santé et de prolonger la vie. Ces deux anciens traités décrivent minutieusement l'examen du malade, le diagnostic, le traitement et le pronostic de nombreuses maladies. Le Suśrutasamhitā est remarquable pour sa description des procédures des différents types d’interventions chirurgicales, dont la rhinoplastie, la réparation des lobes d’oreille déchirés, la lithotomie périnéale, la chirurgie de la cataracte et plusieurs autres interventions chirurgicales.

    Les classiques āyurvediques divisent la médecine en huit branches : kāyācikitsā (la médecine interne), śalyacikitsā (la chirurgie, comprenant l’anatomie), śālākyacikitsā (maladies des yeux, des oreilles, du nez et de la gorge), kaumārabhṛtya (pédiatrie), bhūtavidyā (médecine de l’esprit) et tantra agada (toxicologie), rasāyana (la science de rajeunissement), et vājīkaraṇa (aphrodisiaques, principalement pour les hommes). En dehors de ce programme, l'élève de l’Āyurveda devait connaître les dix arts indispensables à l'élaboration et à la mise en œuvre des médicaments : la distillation, la technique, la cuisine, l'horticulture, la métallurgie, la fabrication du sucre, la pharmacie, l'analyse et la séparation des minéraux, la formulation des métaux et la préparation d'alcalis. L'enseignement des différentes matières était prodigué au cours de l'étude des cas cliniques. Par exemple, l'enseignement de l'anatomie faisait partie de l'enseignement de la chirurgie, l’embryologie faisait partie de la formation en pédiatrie et en obstétrique, l’apprentissage de la physiologie et de la pathologie était imbriqué avec l'enseignement de toutes les disciplines cliniques. À la fin de leur formation, le gourou prononçait un discours solennel adressé aux étudiants où il les exhortait à une vie de chasteté, d'honnêteté et d’alimentation végétarienne. L'étudiant devra s'efforcer de tout son être de bien soigner les malades. Il lui était interdit de trahir ses patients pour en tirer un avantage personnel. Il devait d'habiller modestement et éviter les boissons fortes. Il devait être discret et calme, mesurer ses paroles à tout moment. Il était tenu d’améliorer constamment ses connaissances et ses compétences techniques. Au domicile du patient, il devait être courtois et modeste et porter toute son attention au bien-être du patient. Il était tenu de ne rien divulguer de ce qu’il savait du patient et de sa famille. Si le patient était incurable, il devait garder cette information pour lui si elle était susceptible de nuire au patient ou à d'autres personnes.

    La durée normale de formation d’un étudiant semble avoir été de sept ans. Avant l'obtention du diplôme, l'étudiant devait passer un examen. Mais le médecin devait continuer à apprendre par la lecture des livres, l'observation directe (pratyaksha) et par la déduction (anumāna). En outre, le vaidyas assistait à des réunions où l’on échangeait des connaissances. Les médecins ont également été invités à prendre connaissance des remèdes atypiques des anciens, éleveurs, forestiers et paysans. L’Ayurvéda a également influencé la médecine tibétaine.



    Ayurveda

    L'āyurveda ou ayurvéda ou encore médecine ayurvédique (en écriture devanāgarī : la «connaissance de la vie», āyurveda est une association des mots : āyur signifiant «vie» et veda qui signifie «connaissance») est une médecine traditionnelle originaire de l’Inde, également pratiquée dans d'autres parties du monde. C'est une médecine non conventionnelle. L'ayurveda puise ses sources dans le Véda, ensemble de textes sacrés de l'Inde antique. En l'occurrence, il s'agit d'une approche dite holistique de la culture védique, dont l'hindouisme s'est librement inspiré. L'āyurveda demeure une forme de médecine traditionnelle encore vivace en Asie du Sud.

    La littérature la plus ancienne sur l'āyurveda est apparue en Inde au cours de la période védique. Les deux traités les plus anciens et les plus connus sont la Caraka-Saṃhitā et la Sushruta-Saṃhitā qui datent du début de l'ère chrétienne. Avec le Aṣṭāṅga-Hṛdaya, "Coeur de la médecine" et le Aṣṭāṅga-Saṃgraha, "Compendium de la médecine" de Vāgbhaṭa, l'ensemble forme la bṛhattrayī, «les trois majeur» de l'āyurveda. Trois autres traités plus récents le Mādhava-Nidāna (début du VIII° s.), la Śārṅgadhara-Saṃhitā (fin du XIII° s.) et le Bhāva-Prakāśa (XVI° s.) forment "les trois mineurs".

    Les praticiens ayurvédiques ont également mis au point un certain nombre de préparations médicinales et de procédures chirurgicales pour guérir diverses maladies et affections. L'āyurveda est devenue une forme de médecine alternative en Occident, bien que les brevets concernant ses médicaments aient été contestés par des institutions officielles des pays occidentaux et de l’Inde. L'Organisation mondiale de la santé l'a reconnu comme un système de médecine traditionnel.


    Les origines de l'āyurveda

    Les origines de l’āyurveda remontent aux Vedas — à l'Atharva-Védas en particulier — hymnes sacrés de l'Inde. L'āyurveda est une branche de l'Atharva-Veda. Il est donc Upavéda, Veda subordonné. À l'origine, les principes de guérison exposés dans l'Atharva-Véda reposaient essentiellement sur le son ou la parole. Les hymnes étaient alors des moyens de guérison et leur simple récitation avait, selon le texte, le pouvoir de soigner toute chose. Les médicaments, tels qu'on les connaît aujourd'hui, n'étaient pas encore développés. Par la suite, deux traités médicaux, le Charaka Samhita et le Sushruta Samhita, sont venus détailler et "matérialiser" l'ayurveda. Dans les universités indiennes, les étudiants utilisent l'Astanga Hrdayam de Vagbhata, un résumé simplifié des deux premières compilations, surtout dans le sud de l'Inde. Le Sushruta Samhita de Sushruta date au du Ier millénaire avant notre ère. Dans Dwivedi & Dwivedi (2007) - Sur le travail du chirurgien - Sushruta écrit :
    «La principale voie de transmission du savoir au cours de cette période a été la tradition orale. La langue utilisée était le sanskrit - le sanskrit védique de cette période (2000-500 avant J.-C.). La plus authentique compilation de ses enseignements et de ses travaux est actuellement disponible dans un traité appelé Sushruta Samhita. Il contient 184 chapitres et la description de 1120 maladies, 700 plantes médicinales, 64 préparations de substances minérales et 57 préparations à base de substances animales.»

    Underwood & Rhodes en 2008 soutiennent que cette première phase de la médecine traditionnelle indienne a identifié la fièvre (takman), la toux, la consomption, la diarrhée, l’œdème, l’abcès, les convulsions, les tumeurs et les maladies de peau (y compris la lèpre). Le traitement des affections complexes — y compris l’angine de poitrine, le diabète, l’hypertension artérielle et les calculs — ont également été pratiqués au cours de cette période, la chirurgie plastique, la chirurgie de la cataracte, la ponction pour l’évacuation des fluides contenus dans l’abdomen (ascite), l'extraction des corps étrangers, le traitement des fistules anales, le traitement des fractures, l’amputation, la césarienne et la suture des plaies étaient connus. L'usage des herbes et des instruments chirurgicaux se sont généralisé.

    Parmi les autres ouvrages anciens sur l'āyurveda, on compte le Charaka Samhita, attribué à Charaka. Le plus ancien document écrit exhumé rapportant les travaux de Sushruta est le Manuscript Bower— daté du IVe siècle. Le manuscrit Bower cite directement Sushruta et est d'un intérêt particulier pour les historiens en raison de l’importance de la médecine indienne et de ses concepts en Asie centrale. Vagbhata, — le fils d'un ancien médecin du nom de Simhagupta — a également compilé ses travaux sur la médecine traditionnelle. Dans les débuts, l'āyurveda comportait une école de médecine et une école de chirurgie. La tradition rapporte que le texte Agnivesh tantra — écrit par le sage légendaire Agnivesh, un étudiant de la saga mythologique Bharadwaja — a influencé les écrits de l'āyurveda.

    Le pèlerin chinois Fa Hsien (vers 337-422) a écrit sur le système de soins de santé de l’Empire des Gupta (320-550) et — au passage — a décrit le processus de l'approche institutionnelle de la médecine indienne qui apparaît aussi dans les œuvres de Caraka, qui mentionne une clinique et décrit son équipement. Madhava (700), Sarngadhara (1300), et Bhavamisra (1500) ont compilé les travaux sur la médecine indienne. Les ouvrages médicaux de Sushruta et de Charaka ont tous les deux été traduits en arabe au cours du califat des Abbassides (750). Ces travaux arabes ont fait leur chemin en Europe par leur intermédiaire. En Italie, la famille Branca de Sicile et Gaspare Tagliacozzi de Bologne se sont familiarisés avec les techniques de Sushruta.

    L'āyurveda est dit nityam et apurusheyam (littéralement : «éternel et non-créé par l'humain»). Il a été conservé dans ses grands principes malgré les influences étrangères (grecques, chinoises, perses, tibétaines). Ce système est tombé en désuétude pendant plusieurs siècles à la suite des invasions musulmanes au nord de l'Inde à partir du VIIIe siècle. Parallèlement à la Renaissance en Europe, l'āyurveda est réapparu. Avec les différentes colonisations européennes, surtout britannique, cette médecine a subi de nombreuses pressions, et fut interdite par les Anglais. C'est seulement avec l'Indépendance en 1947, sous l'influence du Mahatma Gandhi, que l'āyurveda a de nouveau été reconnu.

    Aujourd'hui, l'āyurveda semble susciter plus d'intérêt pour son approche du bien-être holistique que pour son aspect médical (ce dernier se développe de plus en plus et la recherche médicale est en cours.



    Principes de base

    Principes généraux

    Les éléments
    L’āyurveda croit en l’existence de cinq grands éléments (la terre, l’eau, le feu, l’air et l’espace), formant l'univers, y compris le corps humain. Le sang, la chair, le gras, l'os, la moelle, le chyle et le sperme sont les sept principaux éléments constitutifs de l'organisme.

    Les Doshas

    L’āyurveda croit en l’équilibre de trois "humeurs" ou dosha :
    • Vata (vent/esprit/air),
    • Pitta (feu/bile),
    • Kapha (terre/eau/mucus).

    Ces éléments sont présents à des degrés différents chez chaque individu. Cette doctrine des trois dosha, est primordiale. Le(s) dosha(s) dominant chez l'individu détermine(nt) ses tendances, ses faiblesses et conseille un style de vie, notamment un régime qui lui est bénéfique, en l'harmonisant avec l'univers. Dans l'āyurveda, le corps humain présente 20 guṇa (qualités). La chirurgie et les instruments chirurgicaux sont utilisés. La construction d'un métabolisme sain, le bon déroulement de la digestion et de l’excrétion apportent la vitalité. L’āyurveda met également l’accent sur l'exercice, le yoga, la méditation et les massages.

    Panchakarma
    Le concept de Panchakarma - du sanskrit Pancha : cinq et Karma : action - est un des soins ayurvédiques dont l'objectif est de purifier le corps en provoquant l’élimination des éléments toxiques de l'organisme. Il comprend les méthodes suivantes :
    Vamana : le vomissement thérapeutique,
    Virechana : la purgation,
    Basti : le lavement,
    Nasya : l'élimination des toxines par le nez,
    Raktamoksha : la saignée.
    Huit disciplines
    Dans l’ayurveda, il existe huit disciplines thérapeutiques, appelées Ashtanga :
    • La chirurgie (Shalya-chkitsa ou Salya Tantra).
    • Le traitement des maladies siégeant au-dessus de la clavicule (Salakyam).
    • La médecine interne (Kaya-chikitsa).
    • La possession démoniaque (Bhuta Vidya) : L’ayurveda croit en l'intervention démoniaque et, - comme dans toutes les formes de médecine traditionnelle - identifie un certain nombre de moyens pour lutter contre l'effet supposé de ces influences mais ces explications des pathologies mentales ne sont pas les seules et sont loin d'être prédominantes. Bhuta Vidya ou Bhuta Tantra désigne la psychiatrie.
    • La pédiatrie (Kaumarabhrtyam).
    • La toxicologie (Agadatantram).
    • La prévention et la construction de l’immunité (Rasayanam).
    • Les aphrodisiaques (Vajikaranam).

    Conceptions des maladies mentales

    Pour la médecine ayurvédique, il n’y a pas d’opposition entre les phénomènes somatiques et les phénomènes psychologiques. On trouve dans le Veda de l’Ayur des pratiques médicales, les conditions de la santé physique et psychique, les explications sur l’origine des maladies.

    Corps / esprit
    La Charaka Samhita évoque l'influence de l'esprit, des actions passées, des incarnations précédentes, sur le corps. Selon cette tradition, tout au long du cycle des réincarnations, l'être demeure. Le corps physique disparaît avec la mort mais la vie est perçue comme un continuum. Le karma affecte le corps subtil. Au cours des différentes vies, les actions de l’homme laissent dans son psychisme des sa?skara (des traces ou empreintes), qui déterminent les tendances de chaque individu (vasana) qui s'expriment sous forme de désirs dans la vie présente.
    Pour l’ayurveda, l’esprit a quatre principales fonctions :
    Indriya Bhigraha qui correspond à l’intégration des fonctions sensorielles,
    Svasya Nigraha qui correspond au contrôle du moi,
    Uha qui correspond au raisonnement,
    Vicara qui correspond au jugement et à la délibération.
    Quelques sources rares, telle que celle de Gananath Obeyesekere, pensent que le fonctionnement psychique est assez semblable dans l’ayurveda à celui que décrivent les théories psychanalytiques.

    Origines des maladies mentales
    La pathologie est considérée comme une perturbation de l’équilibre des doshas. En ce qui concerne les maladies mentales (unmada : la folie), il y a deux dosa spécifiques du psychisme (rajas et tamas). Le rajas représente le principe à l’origine des passions et des désirs. Le tamas représente l’ignorance et l’inertie. Les pathologies mentales sont expliquées comme le reste des pathologies par un déséquilibre des principes. Dans l’ayurveda classique, on parlait aussi de « possession » par des entités maléfiques.


    Pratiques

    Le bouddhisme a pu avoir une influence sur le développement d'un grand nombre d’idées centrales de l'ayurveda, notamment sa fascination pour l'équilibre, connu dans le bouddhisme sous le nom de madhyamaka. L'accent est mis sur l’équilibre et la répression des pulsions naturelles considérées comme malsaines et pouvant conduire, presque avec certitude, à la maladie. Il est recommandé de rester dans les limites du raisonnable et de la mesure. L’ayurveda met l'accent sur la modération dans l'alimentation, le sommeil, les rapports sexuels, et la prise de médicaments.

    Le diagnostic
    Pour arriver au diagnostic, le médecin ayurvédique, le Vaidya, examine le patient au moyen d'un ensemble de techniques telles que l'observation, l'interrogation, la palpation (dont la prise du pouls, nadipariksha) par lesquelles il déduit les déséquilibres présents, avant de prescrire les soins ou les remèdes (Rasayana). Le Charaka Samhita recommande d’examiner dix fois le patient. Les qualités qui doivent être évaluées sont : la constitution, les anomalies, l’essence, la stabilité, les mensurations corporelles, l’alimentation, la force psychique, la digestion, les capacités physiques et l’âge. L'audition permet d’évaluer la fonction respiratoire et la parole. L'étude des points vitaux de Marma a une importance particulière.
    Ananda S. Chopra (2003) identifie cinq critères importants pour le diagnostic : l’origine de la maladie, les symptômes prodromiques (précurseurs), les symptômes typiques de la maladie déclarée, l’observation de l'effet des procédures thérapeutiques et l’évolution du processus pathologique.


    La diététique ayurvédique
    L’ayurveda intègre tout un système de recommandations nutritionnelles. Ananda S. Chopra (2003), sur le thème de la diététique ayurvédique, écrit :
    « La diététique ayurvédique comprend une série de recommandations, allant de la préparation et de la consommation des aliments, à de bonnes habitudes de santé pour le jour et la nuit, la vie sexuelle et les règles de conduite morale. Contrairement aux praticiens contemporains du nouvel Age ayurvédique, les anciens auteurs ayurvédiques avaient tendance à être religieusement neutres. Même les auteurs bouddhistes se sont abstenus de tenter de convertir le patient à leur pratique religieuse. »
    Le régime ayurvédique est établi selon le dosha majoritaire de chacun (Vata, Pitta ou Kapha) et tient compte des rythmes naturels (les 6 saisons indiennes, les différentes heures du jour), eux mêmes sous influence des doshas. Les aliments sont classifiés selon leurs caractéristiques (amer, acide, piquant, sucré, salé et astringent) et leur impact positif ou négatif sur le dosha afin d’être combinés au mieux et assurer ainsi le bien-être de chacun. Ainsi le dosha Vata est plus enclin aux goûts salés, acides et sucrés, Pitta préfère les goûts sucrés, amers, astringents et Kapha les goûts piquant, amer et astringent.
    Il est également recommandé de ne prendre que deux repas par jour. À l'issue du repas l'estomac doit être au tiers vide, au tiers rempli par des liquides et le dernier tiers par des solides.

    L’ayurveda met l’accent sur l’utilisation des légumes. Les matières grasses sont utilisées tant pour la consommation que pour l'usage externe. Des centaines de drogues végétales sont employées, y compris la cardamome et la cannelle. Certains produits d'origine animale peuvent également être utilisés, par exemple le lait, les os et les calculs biliaires ; des minéraux, notamment le soufre, l’arsenic, le plomb, le sulfate de cuivre, l’or sont aussi consommés suivant les prescriptions.

    L’alcool est utilisé comme narcotique pour le patient au cours de certaines interventions. L'avènement de l’Islam a introduit l’opium comme narcotique2. Le pétrole et le goudron sont utilisés pour arrêter les saignements. Les huiles peuvent être utilisées de différentes manières allant de l’ingestion régulière dans le cadre de l'alimentation, à l’onction, à la lubrification, au massage de la tête et à l'application sur les zones infectées.

    L'hygiène
    L’hygiène - également une vertu à composante religieuse pour de nombreux Indiens - est une recommandation forte. L'hygiène de la vie courante, le bain, le lavage des dents, les soins de la peau et le nettoyage des yeux. Il est également recommandé d’oindre occasionnellement le corps avec de l'huile.

    La sudation
    Le bon fonctionnement des canaux – des tubes qui existeraient dans l'organisme pour le transport de fluides d'un point à un autre - est considéré comme vital et le manque de canaux peut conduire à la maladie et à la folie. Sushruta indique que le blocage de ces canaux peut conduire aux rhumatismes, à l’épilepsie, à la paralysie et aux convulsions lorsque les fluides et les canaux sont détournés de leur emplacement idéal. La sudation est encouragée comme un moyen d’ouvrir les canaux et de diluer les Doshas responsables des blocages et de la souffrance – de nombreuses façons de prendre des bains de vapeur sont recommandées comme thérapeutique pour éliminer les toxines.

    Le massage
    Le massage sous forme d'oléation, abhyanga, est donné au corps préalablement à ces thérapies spécifiques. Il est destiné à drainer les toxines vers le système digestif et donc à favoriser l'élimination pour préparer aux autres méthodes du Panchakarma. Charaka, considéré comme le père de l'ayurveda, déclare que le massage est akarma (a : privatif, karma : action) et n'a pas d'action " thérapeutique" dans le sens du Pancha "karma". Ce sera principalement l'usage des huiles médicinales (phytothérapie par voie externe) qui déterminera l'effet thérapeutique de l'abhyanga.
    Le massage et les soins ayurvédiques n’ont, à l’origine, pas une vocation relaxante mais curative. À l’instar des plantes, ils visent à rééquilibrer un terrain, à nourrir ou à désaturer, à ôter des tensions, à relâcher le mental…
    Aucune formation d'État en massothérapie clinique, aucun diplôme d’État de massothérapeute ayurvédique n’est délivré par les Universités ayurvédiques d’État, en Inde. Il n'y a aucun chapitre sur une massothérapie clinique dans aucun traité ayurvédique. Il existe de nombreux «centres de cures ayurvédiques» non reconnus par l'Ordre des Médecins. Il est recommandé de se référer à des autorités légales et compétentes du Ministère indien de la Santé. L'ayurveda est, comme toute médecine, définie et protégée par des lois.

    La matière première
    Tous les soins ayurvédiques fonctionnent sur le principe de l’absorption cutanée des matières premières appliquées sur le corps. Un massage ou un soin ayurvédique, c’est avant tout une matière 1re adaptée au profil, pathologie et symptômes du patient. Elle doit absolument être de qualité pour donner de réels bénéfices. Ces matières premières peuvent être :
    Huiles - sésame, ricin, noix de coco, moutarde, neem, amande douce, noyaux d’abricot ou médicalisées avec des plantes telles que Chandanbala lakshadi (au bois de santal), Dashamoula tail ou Mahanarayan.
    Ghee (beurre clarifié) - pur ou médicalisé tel que triphala, dadima, mahatikta ghrouta.
    Poudres (chourna) - épices ou plantes, sel, farine de pois chiches
    Préparations - lait médicalisé, riz cuit dans du lait, butter-milk
    Tampons chauds (Pinda Svéda)- contenant des plantes, épices

    Partie ou totalité d’un traitement
    Les massages et soins corporels viennent généralement en soutien à une prise en charge plus large (plantes, diététique…). Leur importance devient de premier ordre lorsque le déséquilibre touche en particulier la peau, les muscles, le tissu graisseux, le squelette et les articulations. Dans certains cas, ils peuvent être utilisés en traitement simple tels que sciatique, hernie discale, spondylite, fatigue oculaire, spasmes / contractures / crampes, hyperactivité, sécheresse cutanée, rashes…

    Action globale ou locale
    • Concerne l’ensemble du corps : massages abhyanga et udvartana, pinda svéda
    • La tête : shirodhara, shiropitchou, shirobasti, shiroabhyanga
    • Le système nerveux central : shirodhara, nasya
    • Les yeux : nétrabasti
    • Le cœur : hroudbasti
    • Les genoux : janudhara, janubasti
    • Le dos : katibasti

    Statut actuel

    En Asie du Sud
    En 1970, l’Indian Medical Central Council Act a été adopté par le Parlement de l'Inde, pour normaliser les qualifications requises pour pratiquer l'ayurveda et fonder des institutions accréditées pour son étude et la recherche dans ce domaine. En Inde, plus de 100 collèges offrent des diplômes en médecine ayurvédique traditionnelle. Le gouvernement indien appuie la recherche et l'enseignement de l'ayurveda à travers de nombreux canaux, tant au niveau national qu’au niveau des États, ce qui a permis d'institutionnaliser la médecine traditionnelle afin qu'elle puisse être étudiée dans les grandes villes. Le parrainage par l'État du Central Council for Research in ayurveda and Siddha (CCRAS) est le point culminant de l’institution pour la promotion de la médecine traditionnelle en Inde. Les études menées par cette institution englobent la clinique, les médicaments, les œuvres littéraires et la recherche dans le domaine de la protection de la famille.
    De nombreuses cliniques réputées sont gérées par des professionnels qui bénéficient de l’aide de ces instituts à la fois dans les zones urbaines et les zones rurales. Mukherjee et Wahile citent les statistiques de l’organisation mondiale de la santé pour démontrer la popularité de la médecine traditionnelle, sur laquelle une partie importante de la population mondiale s’appuie pour bénéficier de soins de santé primaires. Au Sri Lanka le nombre de praticiens de médecine traditionnelle Ayurvédique est plus élevé que celui des professionnels formés à la médecine moderne. La fabrication et le marketing des médicaments ayurvédiques a permis leur commercialisation avec succès par plusieurs entreprises pharmaceutiques.


    En dehors de l’Inde
    Les praticiens en médecine ayurvédique ont besoin d'un diplôme dans un autre courant de soins de santé aux États-Unis d'Amérique. Les institutions académiques liées à la médecine traditionnelle en Inde ont contribué à donner à l'ayurveda une visibilité internationale. Kurup (2003) commente ainsi le rôle de l’Université ayurvédique du Gujarat :
    « L’université ayurvédique du Gujarat a signé un protocole d'accord avec neuf instituts ayurvédiques fonctionnant au Japon, en Australie, aux Pays-Bas, en Italie, Argentine et Allemagne pour coordonner et faciliter la mondialisation de l'ayurveda par le biais de la collaboration universitaire. Auparavant, l'Institut de médecine de Russie avait signé le protocole d'accord avec le gouvernement indien, dans lequel l'Université Ayurvédique du Gujarat était aussi l'une des autorités chargée de la mise en œuvre. »
    Kurup
    L’ayurveda a acquis une reconnaissance dans le monde occidental lorsque des recherches médicales universitaires ont étudié ses divers postulats. Aux États-Unis, le NIH NCCAM dépense une partie de son budget de 123 millions de $ pour la recherche en médecine ayurvédique. En outre, l'Institut national de médecine ayurvédique, fondé par le Dr Scott Gerson, est l’exemple d'un institut de recherches qui a effectué des recherches sur les pratiques ayurvédiques. Gerson a publié une partie de son travail sur l’activité antifongique de certaines plantes ayurvédiques dans des revues universitaires. Les postulats et l'histoire de l'ayurveda ont également été évoqués par des chercheurs étrangers, tels que Dominik Wujastyk au Royaume-Uni.

    Licences
    En décembre 1993, le centre médical de l’Université du Mississippi a déposé un brevet auprès de l’United States Patent and Trademark Office sur l'emploi du curcuma en thérapeutique. Le brevet a été contesté par le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle de l’Inde, au motif que les praticiens traditionnels ayurvédiques connaissaient déjà les propriétés thérapeutiques de la substance depuis des siècles, ce qui faisait de ce brevet un cas de biopiraterie. Le Gouvernement indien s’est impliqué dans la promotion de la médecine traditionnelle en 1997. Le rapport Sharma et Bodeker sur les différentes activités du gouvernement en relation avec l'ayurveda note ainsi :
    «En Inde, le gouvernement s'est impliqué dans la production de remèdes traditionnels lorsque le Central Drug Research Institute a breveté deux nouveaux médicaments préparés à partir d’anciennes formules ayurvédiques. L’un, un mélange de poivrier noir, de poivrier long et de gingembre, permet de réduire de moitié le dosage d’un antibiotique, la rifampicine, dans le traitement de la tuberculose et d'autres infections mycobactériennes. L'autre est un stimulant de la mémoire produit à partir d’une plante traditionnelle appelée brahmi. D'autres produits brevetables à base de curcuma et d’un arbuste, le margousier, ont suscité des controverses en Inde et dans d'autres pays. En août, le US Patent and Trademark Office a annulé un brevet américain sur les propriétés de guérison des plaies du curcuma lorsque le gouvernement indien a révélé qu’il existait des preuves de l’utilisation de cette substance dans cette indication depuis des siècles.» — Rapport Sharma et Bodeker

    Études scientifiques

    S’agissant d’une médecine traditionnelle, de nombreux produits ayurvédiques n'ont pas été testés au cours d’études scientifiques rigoureuses et d’essais cliniques. Le National Center for Complementary and Alternative Medicine indique que « la plupart des essais cliniques sur les remèdes ayurvédiques montrent des insuffisances, qu’ils sont menés suivant des protocoles de recherche critiquables, parce qu’il n’existe pas de groupe de contrôle, ou qu’ils présentent d'autres biais susceptibles d’affecter de manière significative les résultats ». En Inde, la recherche en médecine ayurvédique est contrôlée en grande partie par les institutions émanant du gouvernement indien, le Central Council for Research in Ayurveda and Siddha (CCRAS), par l'intermédiaire d'un réseau national d'instituts de recherche. Toutefois, l’extrait d’un article de Nanda (2006) se lit comme suit : « les études cliniques qui satisfont aux critères de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) ont été peu encourageant en Inde, en dépit de la surpopulation des patients dans les hôpitaux ayurvédiques. ».
    Un examen systématique des traitements ayurvédiques de la polyarthrite rhumatoïde (arthrite) a conclu que les preuves étaient insuffisantes, car la plupart des essais n'ont pas été réalisés correctement, et qu’un essai de qualité élevée ne montrait aucun bénéfice.

    La Charaka samhita, texte fondateur

    La Charaka samhita est un texte fondateur de l’ayurveda rédigé par Chakrapanidatta au XIe siècle.
    Ce texte est un «samhita», c’est-à-dire une «collection qui forme un ensemble». La datation de l’ouvrage est incertaine ; il s’agit d’un texte ancien (entre 175 av. J.-C. et 120 apr. J.-C.), maintes fois remanié et affiné.

    La forme du texte
    Le texte est principalement rédigé en vers (sloka) de 32 syllabes. Cette versification est courante, elle est également celle d’autres textes traditionnels comme le Mahabharata et le Ramayana.
    Tous les textes en sanscrit qui font autorité sont insérés dans une tradition, plus ou moins objective mais dont le rappel introduit le corps de chaque ouvrage. Du dieu jusqu’à l’humain qui a transcrit le texte, toute la lignée est traditionnellement listée en avant-propos. Il s’agit du mangala ou «paragraphe de bon augure» jugé indispensable pour que l’œuvre puisse être menée à son terme sans obstacle et pour qu’elle soit dite complète.
    Le mangala contient le nom de l’auteur, le sujet de l’ouvrage (visaya), la motivation de l’ouvrage (prayojana), la méthode d’exposition (samgati) et le public ciblé (adhikarin).
    Dans le cas de la Charaka samhita, la lignée commence avec Brahma, le créateur et se termine par l’auteur Chakrapanidatta. Ce dernier ne se considérant pas véritablement comme « auteur » mais comme « rapporteur » d’une connaissance qui existe depuis toujours. Même les grands philosophes, comme Shankara, ne se présentaient jamais comme des novateurs, mais comme des commentateurs d’une connaissance éternelle.
    Le cadre du texte est une sorte de colloque de sages (Rishi) sur un flanc de l’Himalaya.

    Le propos du texte
    À l’origine de l’ayurveda, la science médicale, on trouve l’Atharva-Véda, texte plus ancien, dans lequel sont réunis des hymnes curatifs. La médecine était alors « vocale », c’était par la voix que l’on soignait.
    La Charaka samhita offre, elle, un second type de médecine, plus récente et plus proche de ce que nous entendons par ce terme aujourd’hui (même si cette médecine était associée à la quête du bonheur et de la délivrance spirituelle, ce qui est absent de la médecine moderne occidentale).

    Les principes
    Quelques axes principaux évoqués par la Charaka samhita et que l’on retrouve plus ou moins dans l’ayurveda tel qu’il est compris aujourd’hui :
    • La vie vécue normalement est un état de bonheur.
    • L’hygiène de vie permet de restaurer l’harmonie de l’homme avec son environnement.
    • L’alimentation, la digestion et l’assimilation sont des questions essentielles pour la santé.
    • Les médicaments sont de nature végétale (341 recensés dans l’ouvrage), animale (177 recensés) ou minérale (64 recensés).
    • La parole comme méthode de soin, présente dans l’Atharva-Véda, est associée à ces médicaments (Rasayana).
    • La médecine est plus préventive que curative.
    • La maladie est considérée comme la conséquence d’une erreur alimentaire et d’une mauvaise compréhension de l’univers, ainsi que d’une mauvaise harmonie entre le corps et l’esprit.

    Le yoga tel qu’on le connaît en Occident, c’est-à-dire le yoga des postures, était également mentionné comme un médicament.
    Le diagnostic médical par la prise du pouls (nadipariksha) est un autre élément important de la médecine (bien que plus tardif) décrit dans la Charaka Samhita. On y mesure l’équilibre ou le déséquilibre des trois doshas dans le corps (vata, pitta et kapha, parfois traduits par «humeurs») qui sont associés aux trois divinités (Shiva, Vishnu et Brahma respectivement).

    L’homme, l’univers et le Soi
    Selon la Charaka Samhita et la philosophie védique en général, l'homme est comme l’univers, il est structuré comme lui et constitué des mêmes éléments («Je suis fait de l’univers et l’univers est fait de moi»). On parle par exemple du feu en l’homme, comme on le fait aujourd’hui, par l’inflammation, la fièvre brûlante, ou le feu digestif. Ce dernier étant le plus important dans la perspective de la santé. Mais de manière plus fondamentale encore, le corps est considéré comme un ensemble d’éléments matériels périssables qui constituent un vêtement provisoire pour l’atman (le Soi) qui, lui, est éternel.

    Controverses

    Certains chercheurs ont constaté que des échantillons de médicaments ayurvédiques préparés par des méthodes modernes, à cause de matières premières contaminées et du manque de professionnels formés à la médecine traditionnelle, contenaient des métaux lourds toxiques.
    Il est prouvé que certains remèdes de médecine ayurvédique, en particulier ceux qui utilisent les herbes, les métaux et les minéraux, exposaient à des risques potentiellement graves, y compris des risques de toxicité.
    Une étude réalisée par Saper et coll, publiée en 2004 dans le Journal of the American Medical Association, a étudié la chimie des composés ayurvédiques et a trouvé des niveaux élevés de substances métalliques toxiques comme le plomb, le mercure et l’arsenic dans un cinquième des préparations ayurvédiques fabriquées en Asie du Sud et proposées à la vente autour de Boston, et les données ont été extrapolées à l'Amérique entière. Le Journal a constaté qu’en cas de prises à des dosages conformes aux instructions des fabricants, ce taux de 20 % des remèdes défectueux «pourrait se traduire par des apports de métaux lourds au-dessus des normes réglementaires admises». Des études similaires ont été réalisées en Inde, et ont confirmé la présence de métaux lourds. Le principal risque lié à la toxicité des métaux résultant d’un mauvais usage des médicaments ayurvédiques est maintenant bien connu.
    En 2005, l'Office central Santé Canada a dressé une liste de médicaments ayurvédiques, fabriqués en Inde et distribués au Canada, et contenant plusieurs métaux lourds.
    Il existe une technique de désintoxication appliquée aux métaux lourds et aux herbes toxiques appelée samskârâs, qui est semblable à la méthode chinoise pao zhi, bien que la technique ayurvédique soit plus complexe et comporte des prières ainsi que des techniques pharmaceutiques.
    Après l'étude menée par Saper et coll, le gouvernement de l'Inde a imposé que les médicaments ayurvédiques précisent leur teneur en métaux directement sur l'étiquette du produit. Les effets nocifs de l'ayurveda sont attribués en partie aux matières premières frelatées et au manque de formation des professionnels à la médecine traditionnelle. Dans une lettre adressée à l’Indian Academy of Sciences, Patwardhan Bhushan-directeur de l'école interdisciplinaire des sciences de la santé, de l’Université de Pune cite Saper et indique que la contamination et la négligence au cours des procédés de fabrication modernes, plus rapides et plus sûrs que les méthodes traditionnelles de préparation, sont à l'origine des plaintes sur le niveau de toxicité des remèdes traditionnels. L'irrégularité de qualité de la production a entraîné le déclin de l'ayurveda en Inde comme à l'étranger.





     
  9. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    LA MÉDECINE TIBÉTAINE TRADITIONNELLE


    La médecine tibétaine traditionnelle est une médecine traditionnelle dont certains aspects empruntés à la médecine indienne, chinoise et perse remonteraient à près de 2500 ans et qui fut codifiée plus tardivement au travers des «Quatre Tantras Médicaux» de Yutok Yonten Gonpo au VIIIe siècle.

    Histoire


    Les origines ancestrales

    Le Tibet avant le Ve siècle était principalement marqué par la culture chamanique correspondant à la tradition bön. La médecine y aurait été alors basée sur la magie, l'exorcisme et des pratiques chamaniques.

    Origine indienne et influence bouddhiste

    C'est au Ve siècle que deux sages médecins, Vidjaya (Vijay) et Vimala (Belha), originaires d'Inde se rendirent au Tibet. Ils y restèrent plus d'une décennie, s'employant à soigner et transmettre leur savoir. Le roi du Tibet de l'époque, Lha Thothori Nyantsen, fut très touché par leur bonté et offrit une de ses filles en mariage à Vidjaya. Ils eurent un enfant, Dounggui Tor-tcho (Dungi Thorchog), qui devint un médecin célèbre. Il fonda la première lignée médicale dont le plus éminent représentant est Yutok Yonten Gonpo le jeune au XIIe siècle.

    Chandranandana, disciple de Vagbhata, écrivit en sanscrit dans la continuité de l'ayurveda classique, enrichi par les siddhas indiens bouddhistes le texte du rGyud-bZhi qu'il donna au traducteur tibétain Vairotsana.

    Une des premières personnalités dans le développement de cette médecine fut Yutok Yonten Gonpo l'ancien (708-833), médecin renommé qui reçut de Vairotsana les « Quatre Tantras Médicaux », ouvrage connu sous le nom tibétain de rGyud-bZhi et à la base de la médecine tibétaine, intégrant différents éléments des médecines d'Asie, en particulier celles de Perse, de l'Inde et de la Chine. Cet ouvrage comprend un total de 156 chapitres sous la forme de 80 peintures ou thangkas. Il fut modifié et complété par les générations suivantes.

    En 1126, naît le 13e descendant de Yutok Yonten Gonpo, Yuthok Sarma Yonten Gonpo. Considéré comme l'un des plus grands médecins après son ancêtre, il étudia longuement la médecine, notamment en Inde et au Népal, et modifia et compléta le rGyud-bZhi. Il fit un tableau décrivant la réparation d'une fracture osseuse et compila une série d'images anatomiques d'organes internes.


    Les institutions d'enseignement

    Au XVIIe siècle, l'école médicale tibétaine de Chakpori est fondée par le 5e dalaï-lama et son régent Sangyé Gyatso. Construite sur la colline de Chakpori près de Lhassa, elle vit l'installation de quelques canons par les Tibétains lors du soulèvement tibétain de 1959 et fut détruite par l'artillerie de l’armée populaire de libération.
    Le Men-Tsee-Khang fut fondé en 1916 par le 13e dalaï-lama.
    Cette même année, il nomma Khyenrab Norbu directeur du Collège médical de Chakpori, et du Men-Tsee-Khang.
    Il serait issu de la transformation du monastère de Tengyeling par le 13e dalaï lama. Le gouvernement tibétain finança les cours aux étudiants et fournit une médecine gratuite aux personnes pauvres.


    Les médecins tibétains furent persécutés à partir de 1959. La pratique de la médecine tibétaine fut interdite, et des médecins renommés comme Tenzin Choedrak furent emprisonnés. Détenu à partir de 1959 et pendant près de 22 ans, ce dernier s'enfuit à Dharamsala en 1980, où il rejoignit le 14e dalaï-lama. Le Men-Tsee-Khang a survécu à cette période, permettant à la médecine tibétaine d'être de nouveau enseignée et pratiquée aujourd'hui. Le Gouvernement de la région autonome du Tibet l'a fusionné avec le collège Chagpori pour former l'Hôpital de médecine tibétaine de la région autonome du Tibet.

    Durant la révolution culturelle

    Selon Craig R. Janes, durant la révolution culturelle, de nombreux médecins tibétains étaient qualifiés d’ennemis de classe, ils subirent des traitements particulièrement sévères, envoyés dans des camps de travail, il leur était interdit de pratiquer la médecine. En 1973, la médecine tibétaine a presque totalement disparu.


    Les principes de la médecine tibétaine

    La médecine tibétaine est un système médical traditionnel qui repose sur une méthode complexe de diagnostic, incorporant des techniques telles que l'examen du pouls et de l'urine. Le médecin tibétain (amchi) donne des conseils de modification de comportement et d'alimentation. Des médicaments confectionnés à partir de plantes médicinales et de minéraux ; des thérapies physiques comme l'acupuncture tibétaine ou la moxibustion sont utilisées pour traiter le malade.
    Le système médical tibétain est basé sur une synthèse des savoirs indien (ayurveda), persan, grec, indigène tibétain, et les systèmes médicaux chinois. Il continue à être pratiqué au Tibet, en Inde, au Népal, au Sikkim, au Bhoutan, au Ladakh, en Sibérie, en Chine, en Mongolie et en Bouriatie, de même que plus récemment dans des parties de l'Europe et d'Amérique du Nord. Il est lié à la tradition bouddhiste selon laquelle toute maladie résulte en définitive de «trois poisons» de l'esprit : le désir excessif, la haine et l'ignorance.


    La médecine tibétaine met en avant une définition spécifique de la santé dans ses textes théoriques. Pour être en bonne santé il est nécessaire de maintenir un équilibre entre trois éléments ou «humeurs» : rLüng (pron. loong, le vent), mKhris pa (pron. tri-pa, la bile), et bad-kan (pron. paie-gen, le phlegme).
    rLüng est la source permettant à notre corps de faire circuler des substances physiques (par ex. le sang), l'énergie (par ex. les impulsions du système nerveux), et ce qui n'est pas physique (par ex. les pensées).
    Il y a cinq catégories distinctes de rLung, chacune avec un emplacement et une fonction spécifique : srog-'dzin rLung, gyen-rGyu rLung, khyab-byed rLung, me-mNyam rLung, thur-sel rLung.

    mKhris-pa est relié au feu et à la chaleur, c'est la source de fonctions telles que la thermorégulation, le métabolisme, la fonction du foie et l'intelligence discriminative.
    Il y a cinq catégories distinctes de mKhris-pa, chacune avec des emplacements et les fonctions spécifiques : 'ju-byed mKhris-pa, sGrub-byed mKhris-pa, mDangs-sGyur mKhris-pa, mThong-byed mKhris-pa, mDog-sel mKhris-pa.

    Bad-kan est relié à la fois à l'eau et à la terre. Il est de nature froide, et est la source de fonctions telles que la digestion, l'entretien de notre structure physique, la santé de nos articulations et notre stabilité mentale.
    Il y a cinq catégories distinctes de Bad-kan, chacune avec son emplacement et sa fonction spécifique : rTen-byed bad-kan, myag-byed bad-kan, myong-byed bad-kan, tsim-byed bad-kan, 'byor-byed bad-kan.
    Les traitements

    La médecine tibétaine comporte 3 types principaux de traitements :
    des conseils alimentaires
    des conseils comportementaux
    des pilules à base de plantes
    Cette médecine traditionnelle utilise jusqu'à deux mille types de plantes et cinquante minéraux

    La médecine tibétaine en Chine

    Fin 2007, il y avait 14 instituts de médecine tibétaine ainsi que plus de 60 départements de médecine tibétaine dans les hôpitaux des comtés.
    Créé en 1977, l'Institut de médecine tibétaine de Lhassa a un service de consultation externe et un service d'hospitalisation, un centre d'enseignement d'astrologie médicale, un atelier de préparations médicales, un musée abritant des tankas médicaux.
    En 2007, a vu le jour la revue China's Tibetan Medicine («Médecine tibétaine de la Chine»). Les thèmes abordés sont l'histoire de la médecine, de l'astronomie et du calendrier tibétains, les fondements théoriques et la pratique de cette médecine.
    La même année, un Institut de recherche sur la médecine tibétaine a été établi dans la Région autonome du Tibet. Il est chargé de mener à bien 17 projets de recherche.
    L'administration d'État de la médecine tibétaine a publié un «Nouvel Abrégé de médecine tibétaine» et un «Dictionnaire de la médecine tibétaine».


    La médecine tibétaine en Inde

    Institut Chakpori de médecine tibétaine
    L'Institut Chakpori de médecine tibétaine était une école de médecine tibétaine fondée au Tibet au XVIIe siècle, détruite en 1959 puis refondée par des Tibétains réfugiés en Inde.

    L'ancienne école médicale tibétaine de Chakpori du Tibet
    L'ancienne école médicale tibétaine de Chakpori avait été fondée par le 5e Dalaï Lama et son régent Sangyé Gyatso1. Construite sur la colline de Chakpori près de Lhassa, elle vit, selon le site travelintibet.com, l'installation de quelques canons par les Tibétains lors du soulèvement tibétain de 1959 et fut détruite par l'artillerie de l’armée populaire de libération. Selon Lobsang Gyatso, un moine tibétain, le gouvernement tibétain ne disposait que d’un ou deux canons sur le Chakpori. Selon Roger E. McCarthy, lors du soulèvement, sur la colline situé derrière le collège de médecine, les Tibétains résistèrent vaillamment, bien que ne disposant comme armes que de fusils et d'épées, et qu'ils tentèrent d'utiliser les canons qui s'y trouvaient. La répression qui s'ensuivit fit 15 000 morts. Pourtant, selon des sources chinoises, le 10 mars le gouvernement tibétain avait fait ouvrir le dépôt d'armes et distribuer armes et munitions aux insurgés...

    Refondation en Inde
    Après l'annexion du Tibet par la Chine en 1959 et l'exil de 150 000 Tibétains, principalement en Inde, une somme importante du savoir médical tibétain a pu être sauvegardée, notamment à Dharamsala et à Darjeeling. Refondé à Darjeeling en Inde, l'Institut Chakpori de médecine tibétaine forme des médecins tibétains. On y enseigne et développe aujourd'hui la médecine tibétaine en exil8.
    Dès 1961, le 14e Dalaï Lama, Tenzin Gyatso fonda à Dharamsala l'Institut de médecine et d'astrologie tibétaine (tibétain men-tsee-khang), premier institut de médecine tibétaine en exil.


    Institut de médecine et d'astrologie tibétaine
    Après l'intervention militaire de la Chine en 1950 et l'exil de 80 000 Tibétains en 1959 en Inde, une bonne part du savoir médical tibétain a pu être sauvegardée, notamment à Dharamsala. En 1961, le 14e dalaï-lama, fonda à Dharamsala, en Inde, un Institut de médecine tibétaine, le «Tibetan Medical and Astrological Institute» ou TMAI (tibétain : Men-Tsee-Khang). Le Dr Yeshi Dhonden fut le premier directeur de l'institut. On y enseigne et développe aujourd'hui la médecine tibétaine en exil.
    Des recherches y sont menées, notamment sur le traitement du cancer, des rhumatismes et du diabète. L'institut abrite également un centre pharmaceutique produisant les médicaments de la pharmacopée traditionnelle. Quarante-sept antennes de l'institut sont réparties sur l'ensemble du territoire indien.


    Rapports avec la médecine mongole

    La médecine mongole traditionnelle s’est développée en remplaçant ses aspects chamaniques par des théories et pratiques de la médecine tibétaine traditionnelle. La médecine tibétaine commença à être connue des Mongols au XVIe siècle, au moment où le lamaïsme est devenu la religion principale des Mongols. Durant les siècles, le bouddhisme tibétain influença non seulement la vie quotidienne et la pratique religieuse des Mongols, mais aussi la formation médicale des médecins mongols.
    Selon Terry Clifford, l'ayurveda mongol est en fait la médecine tibétaine bouddhique, et il a survécu en URSS. Aujourd’hui, selon Xi Haiming, originaire de Mongolie-Intérieure, diplômé en histoire de l’Inner Mongolia University et président du Parti du peuple de Mongolie intérieure - un parti indépendantiste -, «il n'y a pas vraiment de différence entre la médecine tibétaine et la médecine mongole».


    Témoignages et démentis de l'existence de traitements
    à base de reliques et de déjections de lamas

    Divers auteurs, entre le XIXe siècle et le début du XXe siècle évoquent un usage religieux ou curatif des excréments ou des urines des Dalaï Lama :
    • Selon Jean-François de La Harpe (1820), «d'après tous les voyageurs», « les prêtres tibétains, mongols et kalmouks s'accordent à dire que les excréments et l'urine du Dalaï Lama sont regardés comme des choses sacrées ; les excréments, réduits en poudre, se portent au cou dans des reliquaires (…) et sont même employés comme remèdes internes par les dévots. (...) Les lamas tirent un profit considérable de ces déjections sacrées ».

    • La pratique est confirmée par l'ethnologue John Gregory Bourke qui parle de «l’attention particulière dont faisait autrefois l’objet les produits des défécations du grand Lama du Tibet (...) (qui) servaient à la confection d’amulettes après avoir été séchées». Il rapporte également «que son urine était ingérée comme une médecine efficace».

    • Robert W. Ford, un opérateur radio britannique qui séjourna 5 ans au Tibet à la fin des années 1940, écrit dans Tibet Rouge. Capturé par l’armée chinoise au Kham que «les seuls médecins professionnels au Tibet étaient des moines médecins» et que «le traitement le plus prisé était l'urine du Dalaï Lama » .

    • De même, Heinrich Harrer, un alpiniste autrichien qui séjourna au Tibet dans la 2e moitié des années 1940, écrit que des lamas administrent aux malades un gruau mélangeant tsampa, beurre et « urine de saint homme ». Il ajoute que les nobles qu'ils fréquentaient lui exhibaient avec fierté des reliques du 13e dalaï-lama qu'ils conservaient précieusement dans de petits sachets de soie.

    • Dans son livre, Lord of the Dance (2001), le spécialiste du bouddhisme tibétain Richard J. Kohn (1948-2000) confirme cet usage médical des urines et excréments des grands lamas, ajoutant que les habitants du village au pied du Potala32 étaient connus pour faire autrefois des affaires florissantes avec les excréments du dalaï-lama sous la forme de granules brun-foncé, du nom d'ambroisie.

    • Dans son ouvrage The Making of Modern Tibet, A. Tom Grunfeld évoque la croyance répandue que ce qui avait été en contact avec un saint homme avait le pouvoir de guérir.

    • Premen Addy, un journaliste indien basé à Londres et auteur de Tibet on the imperial chessboard, affirme que les connaissances médicales étaient quasiment inexistantes, que les remèdes à base d'herbe étaient moins en vogue que les amulettes et un large assortiment de remèdes superstitieux. Empruntant à David Macdonald, il ajoute que parfois un lama des plus saints crachait sur la partie malade, ce qui passait pour un remède efficace.

    • Mais le père Évariste Huc, missionnaire catholique au Tibet de 1844 à 1846, affirmait pour sa part, après son enquête à Lhassa, qu'il s'agit d'une légende ridicule qui ne fait pas honneur à la géographie européenne. Jean Dif commentant un extrait de "China Illustrata" d'Athanasius Kircher décrivant le voyage au Tibet, en 1661, du jésuite autrichien Johann Grueber, accompagné du missionnaire belge, Albert Dorville et évoquant l'usage des excréments, considère également qu'« il est inutile d'insister sur le caractère fantaisiste du témoignage »


     
  10. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine dans la Perse antique


    La pratique et l'étude de la médecine en Perse a une histoire longue et prolifique. La médecine iranienne de l’antiquité a subi l’influence de différentes traditions médicales venues de Grèce, d’Égypte, d’Inde et de Chine pendant plus de 4000 ans et en a fait la synthèse pour former un noyau de connaissances qui a permis d’établir les fondements de la médecine dans l’Europe du XIIIe siècle. Les écoles iraniennes comme l’Académie de Gundishapur (IIIe siècle après JC) ont été un terrain fertile pour rapprocher les scientifiques de différentes civilisations. Ces pôles ont prolongé avec succès les théories de leurs prédécesseurs et considérablement développé leurs recherches scientifiques pendant cette période de l'histoire.

    La position de la Perse au carrefour de l'Orient et de l'Occident, l’a souvent placée au centre de l'évolution de la médecine en Grèce et en Inde pendant l’antiquité. De nombreuses contributions ont été ajoutées à cet ensemble de connaissances à la fois dans la période pré-islamique de l’Iran et dans la période post-islamique.

    La première génération de médecins perses a été formée à l’Académie de Gundishapur où l’on a parfois affirmé que l'enseignement hospitalier avait été inventé. Rhazes, par exemple, a été le premier médecin à utiliser systématiquement l'alcool dans sa pratique médicale.

    Le Kitab al-Hawi fi al-Tibb (grand traité de médecine, Hawi, Al-Hawi, Kitab Al-Hawi ou Liber Continens ) a été écrit par le chimiste iranien Rhazes (également appelé Razi), le grand traité est la plus recherchée de toutes ses œuvres. Dans ce document, Rhazes a compilé des cas cliniques tirés de sa propre expérience et de très utiles observations de diverses maladies.

    Le Kitab fi al-jadari wa-al-hasbah (Al-Judari wal Hassaba, Traité sur la variole et la rougeole, De variolis et morbilis, Liber de pestilentia) de Rhazes, avec son introduction sur la rougeole et la variole a eu également beaucoup d’influence en Europe.

    Le philosophe et médecin Mutazilite Ibn Sina (également connu sous le nom d’Avicenne dans le monde occidental) est une autre figure influente. Son Canon de la médecine , parfois considéré comme le livre le plus célèbre de l'histoire de la médecine, est resté un texte de référence en Europe jusqu'au siècle des Lumières.

    Au cours des dernières années, certaines études expérimentales ont en effet évalué les remèdes de la médecine iranienne médiévale en utilisant les méthodes scientifiques modernes. Ces études ont évoqué la possibilité de relancer des traitements traditionnels sur la base de la médecine fondée sur des preuves.

    Contexte historique
    * Époque pré-islamique
    L’histoire de la médecine de l'antiquité Perse peut être divisée en trois périodes distinctes. Le sixième livre du Zend-Avesta contient les premiers témoignages sur l'histoire de la médecine de l’Iran antique. Le Vendidad consacre en fait la plupart de ses derniers chapitres à la médecine.

    Dans un passage du Vendidad, l'un des textes encore disponible de la Zandavesta, on distinguait trois types de traitements : la médecine par le couteau (chirurgie), la médecine par les herbes, la médecine par les paroles divines et le meilleur traitement était, selon le Vendidad, la guérison par la parole divine :
    ''De tous les guérisseurs O Spitama Zarathustra, à savoir celui qui guérit avec le couteau, avec des herbes ou avec des incantations sacrées, le dernier cité est le plus puissant car il s’attaque à la source même des maladies." (Ardibesht Yasht)
    Bien que l'Avesta mentionne plusieurs médecins réputés, les praticiens les plus remarquables de la Perse antique ont été les médecins de l’époque la plus tardive, à savoir: Mani, Roozbeh et Bozorgmehr.

    La deuxième époque couvre l'ère qui est connue comme celle de la littérature pahlavi qui a systématiquement traité le thème de la médecine dans un intéressant ouvrage incorporé à l’encyclopédie de Dinkart, qui a répertorié, en comptant les différentes formes et variantes, quelque 4333 maladies.


    La troisième ère commence avec la dynastie Achéménides et couvre la période de Darius I, dont l'intérêt pour la médecine était si grand qu'il a reconstruit l'école de médecine de Sais, en Égypte qui avait été détruite auparavant, restaurant ses livres et son matériel.


    Le premier hôpital dédié à l’enseignement où les étudiants en médecine apprenaient méthodiquement leur métier sur des patients sous la supervision de médecins a été l’Académie de Gundishapur dans l’Empire perse. Certains experts vont même jusqu'à prétendre que : dans une très large mesure, le mérite d’avoir inventé le système hospitalier revient à la Perse.

    Selon le Vendidad les médecins devaient apporter la preuve de leur compétence en guérissant trois patients adeptes du Divyasnan et s’ils échouaient ils n’avaient pas le droit de pratiquer la médecine. À première vue, cette règle peut paraître discriminatoire et fondée sur l'expérimentation humaine. Mais certains auteurs considèrent que, dès le début, les médecins ont appris à refuser les préjugés et à soigner leurs adversaires aussi bien que leurs amis. Fait intéressant, les honoraires du médecin étaient calculés en fonction des revenus du patient.
    L'Avesta (du pahlavi abestāg) est l'ensemble des textes sacrés de la religion mazdéenne et forme le livre sacré, le code sacerdotal des zoroastriens. Il est parfois connu en Occident sous l'appellation erronée de Zend Avesta. Il est rédigé en plusieurs états de l'iranien ancien, désignés sous le nom d'avestique. Les parties les plus anciennes, celles des gathas, sont dans une langue aussi archaïque que celle du Rig Veda (sanskrit védique), le « gathique », les autres en avestique tardif. Le tout est écrit dans l'alphabet avestique.
    Du texte initial qui comptait 21 livres ou gathas (en avestique gāϑā), des hymnes étant à la fois des traités et des poèmes, seul le quart, ce qui représente un millier de pages, a été transmis jusqu'à nous : les autres livres ont disparu ou ont été détruits à l'époque des conquêtes d'Alexandre lors de l'incendie de la bibliothèque de Persépolis et lors des invasions arabo-musulmanes au VIIe siècle.

    Le Vendidad ou Videvdat est un recueil de textes faisant partie de l’Avesta.
    Son nom vient de la contraction de Vî-Daêvô-Dāta, signifiant en avestique « donné contre les démons ». Ainsi que le suggère ce nom, le Vendidad est une énumération des différentes manifestations des esprits démoniaques, et des manières de les écarter.

    Xénogreffe
    L'idée de la Xénogreffe remonterait à l'époque de l’Empire achéménide (dynastie Achéménides), comme pourraient le suggérer de nombreuses gravures de chimères mythologiques encore présentes à Persépolis.
    La xénogreffe désigne la transplantation d'un greffon (organe par exemple) où le donneur est d'une espèce biologique différente de celle du receveur. Elle s’oppose ainsi à l'allogreffe où le greffon vient de la même espèce que le receveur.
    Le porc est l'un des meilleurs animaux donneurs d'organes pour l'humain, en raison notamment de sa disponibilité.
    Cette technique est encore expérimentale pour les organes et les cellules. Elle est appelée à se développer en raison de la pénurie d'organes humains pour les allogreffes. Elle est en concurrence avec d'autres voies de recherche qui sont la substitution mécanique des organes défaillants (« cœur artificiel ») et les cellules souches.

    En 1905, un chirurgien lyonnais, Mathieu Jaboulay, a tenté la première xénogreffe en essayant de transplanter un rein de chèvre sur une femme ayant accouché. Toutes les tentatives de xénogreffes se sont soldées par un échec du fait du rejet aigu de l'organe. Aux États-Unis, le docteur Keith Reemtsma a procédé à une douzaine de greffes de rein à partir d'un rein de chimpanzé en 1963. La survie la plus longue fut celle d'une jeune fille de 23 ans, qui survécut 9 mois, et put reprendre son travail d'institutrice durant cette période. On peut citer également les interventions du professeur Jules Traeger à Lyon.

    Cette technique est utilisée pour greffer des valves cardiaques de porcs chez l'être humain. Le tissu animal est cependant traité chimiquement pour lui ôter tout facteur immunogène et ne contient plus aucune cellule vivante, permettant ainsi une utilisation prolongée, sans traitement complémentaire. De même des tendons de porc, traités par la même technique, sont utilisés en orthopédie.
    Le stade n'est, pour l'instant, qu'expérimental (chez les primates non humains). Le principal obstacle reste le rejet de greffe. L'un des gènes posant problème est le galactose-α-1,3-galactose, n'existant pas dans l'espèce humaine. Un porc génétiquement modifié et déficient en cet antigène a pu être élevé, permettant une meilleure tolérance des organes greffés. Le problème immunologique n'est cependant pas maîtrisé, avec des troubles importants de la coagulation, un syndrome inflammatoire, un rejet chronique malgré un traitement immunosuppresseur.

    L'injection de cellules pancréatiques sécrétrices d'insuline pourrait théoriquement traiter le diabète. L'encapsulation de ces cellules permet théoriquement d'éviter le contact du système immunitaire de l'hôte. Un premier essai a été fait chez l'être humain à la fin des années 1990 avec un recul de 10 ans montrant la persistance de l'activité cellulaire greffée.
    Il existe un risque de transmission de maladies infectieuses animales à l'homme, qui peut être minimisé par le contrôle du donneur mais qui ne peut être aboli.


    * Après l’arrivée de l’Islam
    La science iranienne a reçu un coup d’arrêt au moment de l’invasion arabe (630 AD). Beaucoup d'écoles, d’universités et de bibliothèques ont été détruites, des livres ont été brûlés et des chercheurs tués. Néanmoins, les scientifiques iraniens ont continué leur activité et la science Perse a refait surface au cours de la période islamique. Pour sauver les livres de la destruction par les arabes, de nombreux textes pahlavi ont été traduits en arabe et l’Iran a produit des médecins et des scientifiques comme Avicenne, Razi et des mathématiciens comme Kharazmi et Khayyam. Ils ont recueilli et développé systématiquement l’héritage médical de l’antiquité grecque, indienne, perse et réalisé de nouvelles découvertes.

    L'un des principaux rôles joués par les savants iraniens médiévaux dans le domaine scientifique a été la conservation, la consolidation, la coordination et le développement des idées et des connaissances des anciennes civilisations. Certains haakim (praticiens) iraniens, tels que Razi connu en Occident sous le nom de Rhazes et Ibn Sina davantage connu sous le nom d’Avicenne ne se sont pas seulement contentés de compiler tout le savoir de la médecine de l'époque, mais ont également développé ces connaissances en apportant leurs compétences, ainsi que des observations personnelles pertinentes et les données de l'expérimentation. Le Qanoon fel teb d'Avicenne (Le Canon) et le Kitab Al-Hawi de Razi (Continens) ont été parmi les textes de référence utilises en Occident pour l'enseignement de la médecine du XVIIIe au XVIIIe siècle.

    Les médecins perses ont mis au point les premières méthodes scientifiques applicables au domaine de la médecine. Il s'agit notamment de la mise en place de l’expérimentation, de la quantification, des essais cliniques, de la dissection, de l’expérimentation animale, de l’expérimentation sur l’homme et de l’autopsie, par des médecins musulmans, tandis que les hôpitaux du monde islamique mettaient l’accent sur les premières règles de pureté des médicaments et les premières évaluation des compétences des médecins.

    Au Xe siècle, Rhazes a été le premier à introduire les expérimentations scientifiquement contrôlées et les observations cliniques dans le domaine médical et le premier à rejeter les théories non vérifiées par l’expérimentation médicale. La première expérience médicale a été réalisée par Razi, en vue de trouver le lieu le plus hygiénique pour construire un hôpital. Au Xe siècle à Bagdad, il avait accroché des morceaux de viande dans différents endroit de la ville et répertorié les lieux où la viande se décomposait moins rapidement pour y construire l'hôpital. Dans son traité de médecine, Razi rapportait des cas cliniques tiré de sa propre expérience et de très utiles observations sur diverses maladies. Dans ses doutes sur Galien, Razi a également été le premier à prouver que la théorie des quatre éléments d’Aristote et la théorie des humeurs de Galien étaient toutes les deux fausses en utilisant la méthode expérimentale.

    Avicenne (Ibn Sina) est considéré comme le père de la médecine moderne, pour son introduction systématique de l’expérimentation et de la quantification dans l'étude de la physiologie, l'introduction des essais cliniques, de l'expérimentation sur les médicaments, et un guide méthodologique d'expérimentation précis pour le processus qui consistait à découvrir de nouvelles substances chimiques actives sur le plan pharmacologique et à prouver leur efficacité thérapeutique, dans son encyclopédie médicale, le Canon de la médecine (c. 1020).

    Neurologie et Neurochirurgie
    On peut faire remonter l'histoire des neurosciences en Iran au IIIe siècle avant JC, lorsque fut réalisée la première intervention de chirurgie crânienne à Shahr-e-Sukhteh (Burnt City) dans le sud-est de l'Iran. Les études des archéologues sur le crâne d'une jeune fille âgée de 13 ans et souffrant d'hydrocéphalie ont indiqué qu'elle avait subi une intervention sur les os du crâne et qu’elle avait survécu au moins 6 mois après l’opération.

    À partir de plusieurs documents encore disponibles, on peut établir les définitions et les traitements des céphalées en Perse médiévale. Ces documents donnent des informations cliniques détaillées et précises sur les différents types de maux de tête. Les médecins médiévaux inventoriaient divers signes et symptômes, les causes apparentes et donnaient des règles d'hygiène alimentaire pour la prévention des maux de tête. Les écrits médiévaux sont à la fois précis et vivants, et ils fournissent de longues listes de substances utilisées dans le traitement des maux de tête. Bon nombre des approches des médecins de la Perse médiévale sont acceptés aujourd'hui, mais davantage d’autres encore pourraient être utiles à la médecine moderne.

    Le traitement médicamenteux de l’épilepsie dans la médecine médiévale iranienne est individualisé, il comporte différentes substances prescrites seules ou en association avec un dosage différent pour chacune d’entre elles. Les médecins soulignent l'importance de la dose, de la voie d'administration et de la définition d’horaires pour l'administration du médicament. Des récentes expériences sur les animaux confirment l’effet anticonvulsivant de certains des composés recommandés par les praticiens iranien médiévaux pour le traitement de l'épilepsie.

    Obstétrique et Gynécologie
    Au Xe siècle un ouvrage de Shâh Nâmeh et Ferdowsi décrit une césarienne effectuée sur la princesse Rudaba, fille du roi de Kaboul Mehrab Kaboli, au cours de laquelle un vin avait été préparé par un prêtre zoroastrien et utilisé comme anesthésique pour provoquer la perte de conscience pendant l'intervention. Bien que largement mythique dans son contenu, ce passage illustre la connaissance de l’Anesthésie dans l'Antiquité Perse.

    Qanûn (Avicenne)
    Le Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb, connu plus simplement en Occident sous le nom de Qanûn ou Canon, est un ouvrage encyclopédique de médecine médiévale rédigé en arabe par Avicenne médecin et scientifique iranien au Xe siècle. Cet ouvrage est considéré comme l'un des plus importants ouvrages écrits en médecine. Il servira de livre de base de l'enseignement de la médecine en Europe jusqu'au XVIIe siècle. Il a été traduit en latin par Gérard de Crémone (1150 et 1187) sous le titre Canon medicinae et il ne sera plus connu par la suite que par le nom de Canon. La traduction est entièrement refaite au début du XVIe siècle par Andrea Alpago. Il est l'un des premiers livres à être imprimé en langue arabe, en 1593, à Rome, par Giambattista Raimondi. Certains enseignements contenus dans le Qanûn ne seront remis en cause que tardivement, par Léonard de Vinci d'abord, qui rejette l'anatomie d'Avicenne à la suite de ses propres observations, et à Bâle, où Paracelse brûle l'ouvrage. La découverte de la circulation générale par William Harvey en 1628 termine de mettre définitivement certains enseignements du Qanûn au rang de la science ancienne.
    - Circonstances de la rédaction
    Avicenne (Ibnou Sina en arabe) souhaite en entamant la rédaction de cet ouvrage, consigner en un ouvrage unique les théories de Galien et d'Hippocrate, jusqu'alors auteurs de référence en médecine. Il inclut aussi les écrits de ses prédécesseurs plus proches, ainsi que le relate son secrétaire et biographe Al-Juzjani. Parmi ceux-ci, le médecin perse juif de la fin du IXe siècle Masarjawayh de Bassorah en Mésopotamie qui fut le premier à traduire en arabe les 30 volumes des pandectae medicinae de l'archidiacre d'Alexandrie Ahron à partir du syriaque. Il reprend aussi les écrits de Rhazes, en particulier son Kitab el-Ḥawi fi al-Tibb.
    Avicenne consignera aussi son expérience personnelle des patients et de leurs maladies dans le Qanûn.
    La composition du Qanûn prit beaucoup de temps et fut menée de front avec les autres travaux philosophiques d'Avicenne. Débuté à Gorgan (nord de l'Iran), continué à Rayy, il est achevé à Hamadan.
    - Contenu du Qanûn
    Le Quanûn est divisé en cinq livres homogènes, totalisant environ un million de mots. Ces livres se divisent en funûn ou fen (chapitres), tractatus, summa, et caput.
    - Livre I
    Ce livre appelé al-kulliyat contient des généralités sur l'anatomie du corps humain, la santé, la maladie ainsi que sur les traitements généraux, le style de vie à adopter, le régime alimentaire...
    - Livre II
    Ce livre traite de la pharmacologie des médicaments simples, minéraux, végétaux et animaux. On peut y trouver environ 800 monographies. Ce livre contient en outre la description de méthodes d'analyse qui sont habituellement considérées comme de la science "moderne".
    - Livre III
    Ce livre traite des pathologies, qui sont regroupées par organes et/ou systèmes.
    - Livre IV
    Ce livre contient le traité sur les fièvres, suivi du traité sur les symptômes, diagnostics et pronostics, la petite chirurgie, les tumeurs, blessures, fractures, morsures ainsi qu'une partie traitant des poisons.
    - Le livre V
    Il est nommé Aqrabadin, c’est-à-dire pharmacopée. Il traite des médicaments composés, pommades, onguents, suppositoires, cataplasmes, sirops.... On y trouve environ 600 formules réparties en deux volumes.


    Influence du Qanûn sur la médecine

    Œuvre monumentale de par son exhaustivité et sa vision alors nouvelle de la médecine, le Qanûn d'Avicenne est toujours enseigné au XXIe siècle dans le cadre de l'histoire de la médecine. Il sera enseigné dans les facultés de médecine de Montpellier et de Louvain jusqu'en 1650. La découverte de l'anatomie et le début des dissections de cadavres vont permettre à la médecine de prendre le nouvel essor qui deviendra la médecine contemporaine.

    Paradoxalement, les travaux d'Avicenne auront plus d'impact en Europe chrétienne qu'en Andalousie musulmane, où l'influence d'Averroès, critique d'Avicenne, est déterminante.


     
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    Illuminated opening of the first book of the Kitāb al-Qānūn fī al-ṭibb (The Canon on Medicine) by ibn Sīnā (en:Avicenna). Undated; probably Iran, beginning of 15th century. Image appartenant à Moez, le 30 novembre 2006 à 3 H 01.
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    Qanûn d'Avicenne en Arabe :
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    Médecine traditionnelle chinoise


    La médecine chinoise traditionnelle est fondée sur une théorie du fonctionnement de l'être humain en bonne santé, d'un point de vue physiologique, psychologique, anatomique, etc. Elle tente également d'expliquer les causes des maladies et les mécanismes biologiques et psychiques qui en sont les conséquences. La médecine chinoise cherche à comprendre l'être humain dans son ensemble, aussi bien sain que malade, tant du point de vue des symptômes visibles qu'invisibles, par une gestion de l'équilibre de l'énergie interne appelée Qi ou Tchi.

    C'est une médecine dont l'élaboration est généralement datée de 3000 ans avant J-C. Dans le premier traité de médecine chinoise connu (le Huangdi Nei Jing), on trouve par exemple la description de cinq organes (nommés Wu Zang) et des six entrailles (nommées Liu Fu) accompagnée de schémas.

    La Chine a également développé un vaste système de médecine traditionnelle. Une grande partie de la philosophie de la médecine traditionnelle chinoise provient d'observations empiriques de la maladie par les médecins taoïstes et reflète la conviction des chinois de l’époque classique, selon laquelle les expériences humaines expriment des principes causals provenant de l'environnement à toutes les échelles. Ces principes causals, qu’ils soient matériels, essentiels ou mystiques, sont en corrélation avec l'expression de l'ordre naturel de l'univers.

    Pendant l'âge d'or de son règne entre 2696 et 2598 avant J.-C., à la suite d'un dialogue avec son ministre Ch'i Pai, l’empereur Jaune aurait, selon la tradition chinoise, composé son Neijing Suwen ou Canon interne de l'Empereur Jaune : questions et réponses.

    Au cours de la dynastie Han, Zhang Zhongjing qui a été maire de Changsha, à la fin du IIe siècle de notre ère, a écrit un Traité de la fièvre typhoïde, qui contient la première référence connue au Neijing Suwen. Sous la dynastie Jin, le praticien et défenseur de l’acupuncture et des moxa, Huang-fu Mi (215-282 AD), cite également l’empereur Jaune dans son Jia Yijing, ca. 265 AD. Sous la dynastie Tang, Wang Ping affirme avoir trouvé une copie des originaux du Neijing Suwen, qu'il a édité et sensiblement augmenté. Ce travail a été réexaminé par une commission impériale au cours du XIe siècle de notre ère et le résultat constitue la meilleure description existante des racines fondatrices de la médecine traditionnelle chinoise.

    Histoire

    Les ouvrages de médecine chinoise

    Des systèmes de décompte du temps précis sont apparus très tôt en Chine, visibles sur les écrits oraculaires de la dynastie Shang, premiers exemples d’écriture chinoise. Néanmoins, l’utilisation exclusive de systèmes cycliques (cycle sexagésimal ou ères impériales) fait que la notion d’évolution linéaire n’est pas très présente. En ce qui concerne les livres de médecine, très souvent chaque époque ajoute son commentaire au texte d’origine sans procéder à une refonte. On retrouve donc dans le même ouvrage des chapitres d’âge et d’origine fort différents, et c’est ainsi que pour les Chinois, le Nei Jing Su Wen a autant de valeur qu’un livre moderne. Au début du Ling Shu, Huang Di demande à son ministre et instructeur Qi Bo non pas d’inventer une médecine, mais de restituer une ancienne doctrine.

    La médecine antique

    Nous en savons peu de chose. Elle est essentiellement marquée par trois figures légendaires, trois empereurs mythiques :
    Fuxi : on lui attribue la rédaction du Yi Jing (Livre des Mutations), généralement considéré comme le plus ancien livre chinois
    Shennong : père de l’agriculture et de la phytothérapie. Il est appelé le « divin laboureur ». On lui attribue le premier Bencao 本草(Traité des Matières Médicinales)
    Huang Di : l’Empereur Jaune, créateur des rites et de la médecine. On lui attribue la rédaction du Nei Jing (Huang Di Nei Jing 黃帝內經 ou Classique de la Tradition ésotérique de l’Empereur Jaune) qui traversera les siècles.

    Les plus anciens fragments du Nei Jing Su Wen remontent au Ve   IIIe siècles avant J-C, et il semble avoir été divisé en deux vers la fin de cette période, sous les Qin :
    • le Su Wen (素問) «Simples Questions» en 9 chapitres, présenté sous forme de discussion entre l’empereur Huang Di et son conseiller Qi Bo 岐伯, discutant essentiellement de théorie.
    • le Ling Shu (靈樞) « Pivot Spirituel », en 9 chapitres également, axé sur la pratique.

    On peut y adjoindre le Nan Jing (難經), Classique des Difficultés, traité en deux volumes constitué des commentaires de 81 passages difficiles du Nei Jing. Il contient en outre le premier exposé sur la théorie du pouls. Non mentionné dans les Annales des Han, il passe néanmoins pour antérieur à la période des Trois Royaumes (220-280).

    Comme il a été dit plus haut, des commentaires sont rajoutés aux textes anciens considérés comme canoniques (Jing). Les auteurs de ces ajouts se retranchent derrière le nom et les idées des Anciens. En fait, les fascicules du Nei Jing ont subi de nombreux dommages et ont souvent été remaniés au cours des siècles, les parties manquantes étant remplacées par d’autres textes. Tout cela nous laisse un ensemble assez confus et désordonné comportant des contradictions. Il en existe plusieurs traductions en langue française, dont celles de Chamfrault et de Husson.

    En dehors de ces figures légendaires, on considère que les premiers écrits médicaux attestés, datant d’entre 580 et 320 avant Jésus-Christ, apparaissent dans le Zuo Zhuan composé au début du Ve siècle av. J.-C.. Ils seraient donc contemporains des textes grecs hippocratiques. Cela ne signifie pas, bien entendu, que la médecine chinoise date de cette époque, car avant d’être écrite, elle se transmettait oralement de façon ésotérique. À cette époque où s’organisent les rites et l’administration, les médecins (Yin) constituent pour la première fois une corporation indépendante des prêtres et des magiciens. Le premier personnage « historique » cité est Bian Que 扁鵲 ( 430?-350 ? av. J.-C.), qui est peut-être un nom générique désignant plusieurs personnages différents. On dit qu’il connaissait la technique de la prise du pouls (Mo Fa 摸法) et certains historiens lui attribuent le Nan Jing

    Zou Yan 鄒衍 (vers 305-240 av. J.-C.) introduit en Chine la théorie des Cinq éléments qui va se développer sous les Han et imprégner tous les systèmes de connaissance, dont la médecine et l’alchimie, associant, par exemple, un organe à un point cardinal, une saison, un goût etc. Il semble qu’il y ait à cette époque des échanges importants entre la Chine, l’Inde et la Perse. À la même période, la médecine chinoise se tourne vers l’étude des poisons, des remèdes végétaux et minéraux, la diététique, la recherche des drogues d’immortalité, la pratique des techniques respiratoires, de la culture physique et la sexologie.

    Les remèdes d’immortalité

    Les remèdes d’immortalité (《长生不老药》, chángshēng bù lǎo yào ou « médicaments de longue vie et de jouvence ») ont alimenté les recherches de la médecine chinoise et du taoïsme, notamment lors du règne de Qin Shihuangdi (Qin Shihuang). Ces remèdes étaient basés essentiellement sur les « cinq substances canoniques » (五石散 wǔ shísàn) également nommées « substances froides » (寒石散 hán shísàn), le réalgar, le soufre, l’ovre, la turquoise et l’améthyste. Certaines étant toxiques, un entraînement progressif d’immunisation était nécessaire.
    L'empereur Qin Shihuang parcourut les côtes de Chine orientale afin de trouver ces remèdes, et envoya vers les mythiques îles des immortels une vaste expédition menée par Xu Fu accompagné de 3000 filles et garçons vierges, de gardes et de vivres.


    Des Han aux Sui (206 av. J.-C. - 589)

    Peu après la mort de Qin Shihuang, la dynastie Han (206 av. J.-C. - 220) remplace celle des Qin. Après une période de splendeur, l’empire se morcelle en Trois Royaumes (220-280). Malgré une restauration éphémère opérée par la dynastie des Jin occidentaux (265-316), la Chine ne résiste pas aux invasions barbares. Ainsi s’ouvre une période confuse caractérisée par des luttes incessantes entre les dynasties barbares du nord et les dynasties nationales du sud. Contemporain de l’empire romain et de l’empire sassanide, l’empire des Han constitue la première émergence de la civilisation chinoise sur le plan mondial. C’est alors que s’ouvre la « route de la soie » (122 av. J.-C.) ainsi que la « route de la Birmanie » (115 av. J.-C.), que s’établissent de nombreux contacts maritimes, commerciaux et culturels entre la Chine, la Perse, l’Inde, l’Asie du Sud-Est et la Méditerranée.

    Grâce à la paix qui règne sous les Han, de nombreux ouvrages sont rédigés. Ils sont mentionnés dans les Annales des Han (Han Shu) sous les catégories suivantes :
    Yijing 醫經: Classiques de la Médecine
    Jin fang 金方 : Recueils de Recettes
    Fangzhong 房中 : Traités de la Chambre à Coucher
    Shenxian 神仙: Méthode et Recettes pour Devenir Immortel

    Seul le Nei Jing, classé parmi les "Classiques de la Médecine" et attribué à l’Empereur Jaune, nous est parvenu.
    Du côté des spécialistes, trois grandes figures marquent cette époque :
    Chúnyú yì 淳于意 ( 215 av. J.-C. ou 216 av. J.-C. –167 av. J.-C.)
    Pendant 10 ans, il fut à la fois médecin et fonctionnaire (chef des greniers publics). Il a laissé une liste des maladies qu’il était capable de soigner, le nom de ses maîtres, de ses malades et de ses livres, ainsi que ses diagnostics et les traitements prescrits. À travers ses observations (anamnèse, examen clinique, diagnostic, pronostic, traitement, pathogénie, discussion des symptômes et justification de traitements), on reconnaît diverses maladies telles que la cirrhose du foie, l’hernie étranglée, le lumbago traumatique, l’abcès péritonéal, l’angine infantile, la pyélonéphrite, la congestion pulmonaire, la goutte, paralysie progressive, l’hémoptysie, etc. Il possédait une bibliothèque importante dont le Nei Jing, encore une fois, est le seul rescapé.
    Zhāng Zhòngjǐng 張仲景/张仲景 (158-166)
    On l’appelle l’ «Inventeur de la symptomatologie et de la thérapeutique chinoise». il est considéré comme l’Hippocrate chinois. Il est le premier à avoir nettement différencié les symptômes Yang des symptômes Yin. C’est lui qui rédigea le Shānghán zá bìng lùn 傷寒雜病論/simplifié :
    伤寒杂病 (Traité de la fièvre typhoïde et des diverses maladies ou Shānghán zú bìng lùn
    (傷寒卒病論/伤寒卒病论, Traité de la fièvre typhoïde et des maladies subites).
    Par la suite, on a scindé cet ouvrage en Shang han lun proprement dit et Jīn kuì yào lüè (金匮要略 Bréviaire du coffre d’or).
    Zhāng Zhòngjǐng y analyse diverses sortes de fièvres, distingue entre maladies aiguës et maladies chroniques, et recherche la cause de nombreuses maladies.

    Huá Tuó 華佗/华佗 (110-207)
    C’est le grand chirurgien de l’époque. On lui attribue la découverte de la narcose (Májué fǎ 痲覺法/痲觉法) et l’« Art des ouvertures abdominales » (Kāifù shù 開腹術/开腹术). Les chroniques de l’époque relatent ses opérations fameuses (laparotomie, lithotomie, greffes d’organes, résections intestinales, etc.) faites sous anesthésie générale au chanvre indien (canabis sativa). Il aurait encore inventé la suture, des onguents contre les inflammations, des traitements contre les ascaris. Il aurait été le premier à choisir la phalange comme unité de mesure. Il préconisait la balnéothérapie et l’hydrothérapie.
    Huá Tuó est également connu dans l’histoire de l’obstétrique. Il diagnostique la mort intra-utérine d’un jumeau aux hémorragies consécutives à la naissance d’un premier enfant. Il soulage la parturiente par acupuncture, avant de retirer l’enfant mort-né dont le corps était déjà noir.
    Il note aussi que la culture physique facilite la digestion et la circulation, et qu’elle fortifie le corps. Il invente l’exercice de gymnastique dit «Jeu des cinq animaux» (五禽之戲/五禽之戏 Wǔ qín zhī xì), comprenant tigre, cerf, ours, singe et grue.


    Autres

    À ce trio médical célèbre, il faut encore ajouter :
    Huáng Fǔmì 皇甫謐/皇甫谧 (215-282) auteur d’un classique sur l’acupuncture, le Zhēnjiǔ jiǎyǐ jīng 針灸甲乙經/针灸甲乙经, premier ouvrage de «vulgarisation» de la médecine chinoise.
    Wáng Shūhé 王叔和 (210-280) auteur du Mài jīng 脈經/脉经, «Traité des vaisseaux sanguins/pouls». Cet ouvrage sera traduit en tibétain, arabe et persan pendant le Moyen Âge. Il influencera encore, par ses traductions en latin et en langues vulgaires occidentales, les pulsologues des XVIIe et XVIIIe siècles.

    C’est également sous la dynastie Han que commence la grande période du taoïsme qui s’étend du IIe siècle avant Jésus-Christ au VIIe siècle après Jésus-Christ. L’alchimie et les recherches en matière de pharmacopée et de médecine font partie des activités de nombreux maîtres taoïstes. Dans la préface du Commentaire du Traîté des matières médicinales de Shennong, Tao Hongjing précise que cet ouvrage s’adresse autant aux pratiquants de la Voie qu’à ceux qui cherchent un remède. Son Rapport sur l’entretien du principe vital pour prolonger la vie (養性延命錄/养性延命録录 yǎngxìng yánmìng lù, littéralement «Inscription/enregistrement sur la nutrition de l'humeur pour la longévité») est d’ailleurs inclus dans le canon taoïste.
    Gě Hóng 葛洪 (283–343)
    L’un des taoïstes les plus connus de la période qui s’étend de la fin des Han aux Sui est Gě Hóng. Il rédige un traité d’alchimie, de diététique et de magie, le Bàopǔzi nèipiān 抱朴子內篇/抱朴子内篇 (vers 326) et deux traités de médecine : les Médications du Coffre d’Or (Jīnkuì yàofāng 金匱藥方/金匮药方) et les Prescriptions d’Urgence [après la prise du pouls] (Zhǒu hòu bèi jífāng 肘後備急方/肘后备急方). Dans ces livres, sont donnés des conseils de médecine préventive pour prolonger la vie et éviter les maladies.
    Gě Hóng développe deux techniques de longévité : Dáo yǐn 導引/导引 : renforcer le Qi par des pratiques respiratoires visant à rejeter le «vieux» Qi pour accueillir le «nouveau» Fú qì 服氣/服气 : accroître le sang par des aliments et drogues.

    En pathologie, on lui doit la description de la variole (500 ans avant Rhazès, 864-925), introduite dans l’empire par les Huns, mais aussi de la phtisie, le béribéri, la peste bubonique.
    Ge Hong a voulu mettre à la portée de tous des remèdes bon marché et faciles à trouver. Il donne le traitement de l’ictère épidémique par l’armoise, la rhubarbe et le gardénia ; le traitement de l’asthme par l’éphédra, la cannelle, la réglisse et l’amande d’abricot ; de l’ascite par le draba, l’euphorbe et le daphné. Il livre aussi sa propre expérience de l’utilisation de la jusquiame dans les démences ; des badigeons au soufre et à l’ail dans la prévention des morsures de tiques ; des bouillottes d’eau chaude sur le ventre dans les gastro-entérites.
    Alchimiste, il donne également la formule d’une pilule d’immortalité à base d’or, de mercure, de jade, de soufre, de cinabre et d’orpiment, le tout dissout ou mélangé dans des préparations végétales.
    Táo Hóngjǐng 陶弘景 (456-536)
    Un autre personnage important est Táo Hóngjǐng, qui n’était d’ailleurs pas le premier de sa famille à rassembler et annoter des textes de pharmacopée car son grand-père et son père l’avaient fait avant lui. Son principal travail est le Commentaire du Traité des matières médicinales (本草集注, běncǎo jízhù) (494~ 500), nouvelle version du plus ancien ouvrage de référence pharmaceutique connu, qu’il corrige et complète d’après ses propres recherches. Il rajoute ainsi 365 nouvelles espèces aux 365 d’origine, invente une nouvelle classification selon la catégorie naturelle (plante, insecte...) au lieu des trois niveaux d’utilité du premier texte, qui sera reprise par la suite. Il classe les remèdes selon les symptômes qu’ils soignent, précise les relations entre le lieu de production, la récolte, le temps d’infusion et l’efficacité, ainsi que la forme sous laquelle ils doivent être utilisés (pilule, poudre...). Perdu, cet ouvrage a été reconstitué d’après les larges extraits cités dans des traités ultérieurs, en particulier le Zhenglei bencao 證類本草 et le běncǎo gāngmù 本草綱目/本草纲目. Un manuscrit de la préface a été retrouvé à Dunhuang. Táo Hóngjǐng a aussi complété les Prescriptions d’urgence de Gě Hóng pour produire Cent une prescriptions (肘後百一方/肘后百一方, zhǒu hòu bǎiyī fāng).


    Les Sui et les Tang : la médecine classique

    Une réunification de la Chine a lieu sous les Sui (581 ou 589 - 618) et les Tang (618-907).
    La médecine chinoise atteint son apogée entre le VIIe et le VIIIe siècle. En 624 est créé le Grand Service médical qui supervise les études de médecine et organise la recherche. On décrit systématiquement et précisément de nombreuses maladies : lèpre, variole, rougeole, gale, dysenterie aiguë et chronique, choléra, hydropisie, maladies carentielles (béribéri, héméralopie, rachitisme, goitre), maladies vénériennes, tuberculose pulmonaire et osseuse, adénopathie cervicale, diabète, tumeurs.
    La thérapeutique chirurgicale connaît déjà le traitement de la cataracte, le traitement orthopédique des fractures, l’extraction des séquestres osseux.
    La carie dentaire est traitée par obstruction et plombage (amalgame mercuriel).

    L’un des médecins les plus célèbres de l’époque est le moine-médecin Sun Simiao 孫思邈 (581-682), dont les principaux ouvrages sont :
    Qian Jin Fang 千金方 : Mille Recettes de Valeur (30 chapitres)
    Fu Lu Lun福祿論 : Traité du Bonheur (3 chapitres)
    She Sheng Zhen Lu 攝生真錄 : Recueil sur l’hygiène (1 chapitre)
    Zhen zhong Su Shu 枕中素書 : Au sein de l’oreiller (1 chapitre)
    Yin Hai Jing Wei 銀海經緯 : Connaissance exhaustive de la Mer d’argent (traité d’ophtalmologie)
    San Jiao Lun 三教論 : Traité des Trois Religions (1 chapitre)

    De la fin des Tang à l’avènement des Ming

    À l’époque de la dynastie Song (960-1279) on assiste à d’importants progrès techniques (imprimerie, boussole, poudre à canon) et scientifiques (mathématiques, biologie). C’est l’époque des grands savants polyvalents tels que Chen Kua (1031-1095) qui était à la fois architecte, agronome, médecin, historiographe et ambassadeur.
    Qian Yi 錢乙 (1035-1117) est le plus grand des pédiatres chinois. Il distingue, le premier, la varicelle, la rougeole, la scarlatine et la variole.

    La médecine légale fait sa première apparition avec le Xi Yuan Ji Lu 洗冤集錄 Recueil pour laver les injustices (1247) de Song Ci 宋慈 (1188-1249). Ceci coïncide avec un renouveau de l’anatomie. Une dissection est datée de 1106.
    La matière médicale est extrêmement développée et s’enrichit de nombreux médicaments exotiques (mandragore, myrrhe, thériaque, fenugrec, opium).


    Wang Wei Yi 王惟一 (vers 1026), à la fois médecin et sculpteur, rédige un compendium d’acupuncture et fond deux « hommes de bronze » (statuettes) bien souvent reproduits depuis. Ils permettent le repérage aisé des points d’acupuncture.

    La conquête mongole s’accompagne d’une série de dévastations et de destructions qui viennent s’ajouter aux grandes famines. Toutefois, c’est un État florissant que nous décrit un peu plus tard Marco Polo, un État qui atteint les extrêmes limites de son expansion territoriale, de la Corée au Vietnam, de la mer de Chine à l’Adriatique.


    Durant cette période, quelques noms dominent le monde de la médecine :
    Hu Zheng Qi Huei (en exercice vers 1314-1330), mongol, nom chinois Hu Sihui (忽思慧, 和斯輝 ou 忽斯慧). Diététicien impérial, il décrit les maladies carentielles et leur traitement par une diététique rationnelle, à l’exclusion de toute autre médication. Il est l’auteur du Yinshanzhengyao 飲膳正要 Précis d’alimentation qui contient des recettes intégrant des ingrédients aux vertus thérapeutiques, dont beaucoup font partie de l’alimentation des peuples du Nord et du Nord-Ouest (94 plats, 35 soupes, 29 recettes contre le vieillissement).

    Hua Shou 滑壽 (vers 1341), encore appelé Bowen 伯仁, découvre les taches d’un blanc bleuâtre qui, sur la muqueuse de la bouche, caractérisent les prodromes de la rougeole, mais il est surtout célèbre pour ses commentaires des classiques (Nan Jing notamment).

    Le texte définitif du Nan Jing aurait été achevé par Hua Cheu vers 1361, et la version gravée pour impression en 1366

    La médecine à l'époque moderne

    Poussée au pouvoir par une révolution populaire paysanne, la Dynastie Ming (1368-1644) s’intercale entre deux dynasties de conquête, celle des Mongols et celle des Mandchous. Elle libère Beijing et y établit sa capitale.
    La Chine connaît alors un nouvel âge d’or. Zheng He se rend, en bateau et à plusieurs reprises, jusqu’en Afrique occidentale (1405-1433). Le R.P. Matteo Ricci arrive à Beijing en 1601. Les Jésuites apportent avec eux la médecine occidentale, mais elle restera réservée au seul empereur. On traduit en chinois les textes consacrés à l’anatomie et à la circulation du sang. L’empereur Kangxi les juge très intéressants pour lui mais très dangereux pour le peuple.


    La Chine produit à cette époque un chef-d’œuvre de la médecine : le Grand Traité de Matière Médicale 本草綱目 de Li Shizhen 李時珍 (1518-1593), résultat de presque 30 ans de travail. Il s’agit non seulement d’un grand traité de pathologie et de thérapeutique, mais encore d’un traité d’histoire naturelle donnant une classification des produits minéraux, végétaux et animaux. Cette encyclopédie est complétée par des chapitres de technologie chimique et industrielle, des données géographiques, historiques, diététiques, culinaires, cosmologiques, philosophiques et philologiques. Elle a été traduite dans toutes les langues de l’Extrême-Orient et dans les principales langues occidentales. Elle mentionne la syphilis qui apparaît en Chine vers 1505-1506, à peu près au même moment où elle est signalée par les médecins occidentaux, arabes et indiens.

    Le plus grand acupuncteur de la dynastie des Ming est Yang Jizhou 楊繼洲. C’est lui qui rédige les 10 chapitres du Zhen Jiu Da Cheng 針灸大成 (gravé en 1601). Il s’agit d’une encyclopédie d’acupuncture comportant un excellent historique non seulement des classiques, mais aussi des traditions orales. L’ouvrage renferme en outre une partie technique très complète, une partie clinique et une section thérapeutique. Le dernier chapitre est consacré au diagnostic en pédiatrie et au traitement de l’enfant par le massage.

    Chen Yu Fa a publié un traité de massothérapie pédiatrique Chenshi xiao'er anmojing 陳氏小兒按摩經 Traité de massage pour les jeunes enfants de M. Chen qui est un véritable manuel de secourisme, et qui contient une partie sémiologique conduisant au diagnostic, ainsi qu’une partie thérapeutique. On y trouve des manœuvres de kinésithérapie, des cataplasmes, des emplâtres, la manière de provoquer le vomissement, des conseils concernant l’utilisation des moxas, sans oublier les amulettes et les incantations, car le taoïsme a encore une incidence sur la médecine. Un traité en particulier, le Jing Ming Gui Je (vers 1622), détaille la théorie des «Champs de cinabre».

    Les éléments de la thérapie

    La médecine chinoise s'appuie en pratique sur des éléments thérapeutiques primordiaux :
    1. La pharmacopée comprenant la phytothérapie (plantes), les minéraux les substances animales voire humaines (ex. le placenta). La phytothérapie chinoise contient des milliers de plantes, décoctions, poudres etc. Elles ont une action importante dans la médecine chinoise. Enfin, la pharmacopée rejoint souvent la cuisine chinoise avec l'usage des saveurs.
    2. L'acupuncture et la moxibustion (combustion d'une herbe aidant à faire circuler l'énergie vitale, le Qi)
    3. La diététique
    4. Le massage traditionnel chinois, An Mo / Tui Na.
    5. Le Qi Gong, ou Gymnastique chinoise, qui permet par une pratique régulière, d'équilibrer le Qi, donc de prévenir les maladies. Accompagnée des autres éléments thérapeutiques, elle aide au soin du malade.
    De par sa forte imbrication dans la culture chinoise, on retrouve en médecine l'ensemble des concepts de sa culture d'origine : le Yin et le Yáng (symboles de la bipolarité des choses), le Qi (l'énergie de l'être).
    On retrouve aussi le Wuxing (Cinq Phases) : ce sont cinq qualités qui permettent d'étudier les caractéristiques de tout symptôme, ainsi que leurs interactions. Ces cinq mouvements sont le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau. Médicalement parlant, chacun d'entre eux est en relation avec des organes des saisons, des énergies, des organes atelier (Yin), des organes trésor (Yáng), des sens et des sentiments.

    L'acupuncture en Occident

    Dans la médecine traditionnelle chinoise, les différentes méthodes de soin (pharmacopée, rituels, acupuncture...) sont intimement liées.
    La communauté scientifique s'est penchée sur ces méthodes. Plusieurs pays de l'Union Européenne et d'Amérique du Nord ont donné une place dans leur système de soin à l'acupuncture : Canada, Angleterre, Allemagne au travers des heilpraktikers qui sont pris en charge par le système de santé etc. En France, le conseil de l'ordre des médecins tolère la pratique par les médecins titulaires ayant suivi une spécialisation de quelques années, mais est hostile à la pratique par des personnes issues de formations non reconnues comme médicales en France.
    La notion de qi (énergie) et de méridiens est totalement étrangère à la médecine occidentale. Néanmoins, l'acupuncture ayant des effets, elle peut être parfois utilisée en complément d'un accompagnement médicalisé pour lutter contre certains problèmes liés aux stress, à la douleur. C'est dans ce cadre qu'elle est parfois proposée à des patients.

    Certains hôpitaux français ont un service d'acupuncture (ex. : Hotel Dieu, Tenon, St Jacques...)



     
  13. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    L'acupuncture


    L’acupuncture est une des branches de la médecine traditionnelle chinoise, basée sur l’implantation et la manipulation de fines aiguilles en divers points du corps à des fins thérapeutiques.
    L'acupuncture traditionnelle se base sur des concepts pré-scientifiques et vitalistes en élaborant son raisonnement diagnostic et thérapeutique sur une vision énergétique taoïste de l'homme et de l'univers : l'homme, microcosme, organisé à l'image du macrocosme universel, s'en trouve donc soumis aux mêmes règles, qui devront inspirer son mode de vie, et serviront de trame à l'élaboration de l'acte médical.

    Des études scientifiques n'ont pas réussi à s'accorder sur la preuve d'efficacité de l'acupuncture dans le cadre de la gestion de la douleur sauf dans le cas de cervicalgies où plusieurs études méthodologiquement fiables semblent atteindre un consensus. Des cas d'infections et de pneumothorax ont été rapportés. Sur les 57 travaux publiés après l'an 2000 inclus dans une méta-analyse de 2011, seul 4 ont une méthodologie excellente3.

    L'acupuncture a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO le 16 novembre 2010.

    Étymologie

    Le terme chinois usuel 针灸 (zhēnjiǔ) désigne à la fois l’acupuncture et la moxibustion.
    Le terme latin « acupunctura » a été forgé au XVIIe siècle par un médecin hollandais ayant séjourné au Japon, dénommé Willem ten Rhyne, à partir du latin acus, «aiguille» et pungere, «piquer». C’est de ce terme latin que dérive les termes français et anglais «acupuncture» ou le terme allemand «Akupunktur».


    Histoire
    - Antiquité non chinoise
    En Inde, l’utilisation de l’acupuncture est mentionnée il y a environ 5 000 ans dans l’Ayurveda (traité de médecine ayurvédique) et elle reste utilisée de nos jours en médecine traditionnelle indienne.
    Plus d’un millénaire avant la Chine, on trouve en Égypte antique une description de conduits parcourant le corps et transportant divers fluides (sang, eau, air, mucus…). Les ruptures d’équilibre entre ces fluides étaient supposées être la cause de maladies. Aux alentours de 1534 av. J.-C., le papyrus Ebers (Eber 854a), visible au British Museum, donne une représentation de canaux (appelés metu) dans lesquels circulent divers fluides :
    «Il y a quatre vaisseaux dans les narines, deux donnent du mucus, deux donnent du sang. (…) Il y a quatre vaisseaux pour le foie ; ce sont eux qui donnent l’humeur et l’air, qui ensuite causent toutes les maladies qui surviennent en lui par la surcharge de sang»
    Par ailleurs, une équipe scientifique de l’Université de Graz a découvert que Ötzi, l’être humain congelé et déshydraté découvert dans un glacier à la frontière entre l’Italie et l’Autriche, arborait des tatouages en forme de traits se rapprochant des points d’acupuncture. Neuf tatouages ont pu être reconnus et identifiés comme des points d’acupuncture.
    - Premières traces de l'acupuncture chinoise
    Les Chinois ont l’habitude de considérer que la valeur d’une pratique culturelle se juge à son ancienneté. Se placer sous l’autorité d’un maître ancien, fut-il mythique, ou d’une tradition de plus de 5000 ans, est le garant du sérieux et de la respectabilité de la démarche. «Sans fouler de traces, on ne saurait parvenir jusque dans la pièce» dit le Maître (Entretiens XI, 19). Ce penseur chinois revendique donc ouvertement une tutelle et fuit tout ce qui pourrait ressembler à l’autonomie de pensée.

    Le désir d’inscrire l’acupuncture dans une filiation très ancienne a fait considérer que l’existence d’instruments affûtés à l’âge de pierre ou d’aiguilles d’os ou de bambou sous les Zhou (-1045 → -256) sont des preuves de l’ancienneté de cette pratique même si ces aiguilles ne servaient qu’à tenir les cheveux ou à drainer le pus des abcès.


    La découverte en 1973 de quatorze documents médicaux dans une tombe nouvellement fouillée à Mawangdui 马王堆 dans le Hunan a permis de complètement revoir l’histoire de la médecine chinoise. Les spécialistes de ces textes établissent la chronologie suivante :
    En 168 avant notre ère, époque de fermeture de la tombe de Mawangdui, aucune technique d’acupuncture n’était connue. Les textes de ces tombes montrent clairement que les traits typiques de la thérapeutique chinoise n’étaient pas encore établis sous les Qin (-221,-206) et le début des Han. En effet, s’ils décrivent les trajets des conduits à la surface de la peau et l’usage de la moxibustion, ils ne mentionnent jamais l’usage d’aiguilles d’acupuncture.

    La première référence à l’acupuncture clairement datée se trouve dans « les mémoires historiques » (le Shiji) de Sima Qian (-145, -87) compilée en 90 av. J.-C. Dans cet ouvrage, l’auteur décrit un médecin du nom de Chunyu Yi (-216, -150) accusé de mauvaise pratique thérapeutique pour avoir implanté des aiguilles sur des patients. Dans deux procès, en -167 et – 154, le médecin se voit obligé de démontrer l’intérêt thérapeutique de l’acupuncture à une époque où cette technique devait tout juste commencer à se répandre. On pourrait donc dater la naissance de l’acupuncture au milieu du second siècle avant notre ère. Elle s’imposera ensuite peu à peu comme la thérapeutique dominante de la médecine des correspondances systématiques.

    Le Huangdi Nei Jing 皇帝内经, l’ouvrage de référence sur l’acupuncture, les massages, la gymnastique et les drogues thérapeutiques est donc en partie postérieur. Les textes sont hétérogènes, certaines parties pouvant dater de la fin des Royaumes combattants (-500 à -220) et d’autres du premier siècle avant notre ère. De toutes manières, il n’en existe pas de copie de l’époque Han et toutes les versions qui nous sont parvenues ont subi de nombreuses révisions aux cours des siècles.

    Le Nanjing 难经, «le Classique des difficultés» unifie les points de vue disparates et parfois incohérents du Huangdi neijing. L’ouvrage, composé entre le 1er et le IIIe siècle, expose méthodiquement le système conceptuel des correspondances systématiques sur lequel repose depuis environ deux millénaires la médecine traditionnelle chinoise.
    - Arrivée en Europe
    L'acupuncture aurait été introduite en Europe au XVIIe siècle par Willem Ten Rhyne, médecin hollandais de la Compagnie des Indes (1679) qui l'aurait découverte à Nagasaki au Japon où il séjourna pendant deux ans, ainsi que par Kæmpfer. Un siècle plus tard, Dujardin et Vicq d'Azyr relatent le procédé dans leurs ouvrages respectifs. Cependant, il semble que ce soit Louis Berlioz, père du compositeur qui, le premier, en ait tenté la pratique en France (1810), imité ensuite par de nombreux médecins. À partir de 1853, le consul Dabry participe à sa diffusion en Europe, mais ce n'est vraiment qu'à partir de 1927 qu'elle va devenir populaire grâce aux travaux du sinologue George Soulié de Morant.
    - Époque industrielle
    L'acupuncture fut interdite en 1822 par l'empereur chinois et supprimée du programme du Collège médical impérial. Mais elle survivra.
    Mao Zedong essaiera lui aussi d'éliminer cette pratique - à cause de ses fondements taoïstes incompatibles avec l'idéologie marxiste - avant de la réhabiliter.

    De nos jours, l'acupuncture occupe en Chine une large place dans la médecine pour un vaste éventail de pathologies, notamment dans les hôpitaux dont certains se sont vus transformés en hauts lieux touristiques. De colossales expériences ont été entreprises, pas toujours en accord avec les principes traditionnels orthodoxes, aboutissant à la multiplication des points situés hors méridiens, et à l'avènement de nouvelles techniques telles que l'analgésie par acupuncture.


    Taïwan, où ont pu trouver refuge ceux des maîtres acupuncteurs qui ont échappé aux purges de Mao lors de son arrivée au pouvoir, reste un des hauts-lieux de l'acupuncture traditionnelle.

    Un consul français en Chine, George Soulié de Morant (1878-1955), étudia l'acupuncture durant son long séjour dans l'Empire du Milieu, et publia lors de son retour en France un imposant traité qui fait toujours référence de nos jours.
    - Théorie traditionnelle
    Selon la tradition chinoise, l'être vivant, et ici plus particulièrement l'homme, est une organisation résultant de la combinaison de matière - le corps matériel ou physique - de nature yīn, et d'énergie - qui anime la matière - de nature yáng. L'équilibre harmonieux entre ces deux composants conditionne l'état de santé. Les perturbations de cet équilibre sont responsables de la maladie. Toute perturbation de nature à rompre cet équilibre affecte d'abord préférentiellement l'énergie. Par exemple, un excès de yáng pourra générer une douleur soudaine, une inflammation, des spasmes, un mal de tête ou encore une augmentation de la tension. Un excès de yin pourra se traduire par des douleurs diffuses, une sensation de froid, de la rétention d'eau ou une grande fatigue.

    L'énergie (Qi) est mouvement et sa perturbation principale sera l'entrave au mouvement : le blocage. L'énergie bloquée en une région du corps matériel s'accumule en amont du blocage, alors que les régions en aval du blocage vont se trouver en déficit énergétique. En présence d'un état de pathologie ainsi décrit, l'acupuncteur va établir son diagnostic en recherchant les niveaux auxquels l'énergie est bloquée, et quelle est la raison du blocage. Il va ensuite appliquer son traitement en levant le blocage et en corrigeant, si cela se peut, la raison de ce blocage. L'aiguille, entre autres moyens, va lui permettre de diriger le cours des énergies.

    L'énergie circule notamment le long de conduits appelés méridiens, et, à partir de ces méridiens, se répand dans tout le corps pour insuffler son principe vitalisant (yáng) à l'ensemble des constituants de l'organisme. Elle a une certaine correspondance avec le sang, qui, lui-même, circule dans des conduits (vaisseaux) et se répand dans tout le corps pour l'irriguer de son principe yin.

    En outre, il y a plusieurs énergies, chacune ayant sa spécialité ; outre les méridiens principaux, il y a encore une foule de méridiens aux fonctions diverses ; l'équilibre de l'organisme humain doit toujours être évalué relativement à celui de son environnement, et de cycles qui vont en rythmer l'évolution, cycles avec lesquels il devra rester en harmonie et dont les correspondances matérielles (les cinq éléments) vont servir de repère à l'acupuncteur pour établir son diagnostic et son traitement, en fonction de règles subtiles qui trouvent leur origine dans le taoïsme.
    - Les points
    Les méridiens principaux sont parsemés de points qui sont autant de zones stratégiques. Contrairement à ce que s'imagine habituellement le profane, ces points n'ont pas en eux de vertu thérapeutique spécifique. C'est-à-dire qu'il n'y a pas un point du sommeil, un point de l'angine, de la douleur dentaire ou de la colique abdominale. Les points permettent, ainsi que précisé plus haut, d'influer sur le cours des énergies.

    Les points les plus importants pour le traitement des énergies des méridiens par l'aiguille sont ceux situés près des extrémités. Il est facile de s'assurer de la localisation d'un point : l'implantation de l'aiguille dans la peau est en principe indolore : le simple contact de la pointe de l'aiguille n'est pas ressenti quand on est précisément dans le point, alors qu'il l'est un ou deux millimètres plus loin.

    Traditionnellement, on compte 360 points répartis sur les méridiens qui parcourent toute la surface du corps. Cependant, d'autres points ont par la suite été identifiés et, selon le modèle utilisé, on peut trouver plus de 2 000 points.

    Les points sont considérés comme portes d'entrées et/ou sorties des énergies à travers le corps.
    - Les méridiens
    Les points d'acupuncture sont regroupés en ensembles appelés méridiens. Ces points sont reliés entres eux de manière non-linéaire, contrairement aux représentations schématiques.

    Les méridiens principaux sont au nombre de 12 et sont chacun associés à un organe (poumons, cœur, foie etc...). Ils débutent (ou se terminent) à l'extrémité d'un doigt (ou d'un orteil). Conformément au cours d'un fleuve, dont ils sont la correspondance sur le corps, ils grossissent depuis leur source (extrémité d'un doigt) vers le centre du corps. Ils disposent de nombreux affluents, ou méridiens secondaires, et nourrissent de leur énergie la chair, les muscles, les organes internes et la totalité du corps.


    Il existe 8 autres méridiens dits "extraordinaires" qui contrôlent l'activité des méridiens principaux, dont ils empruntent une partie du trajet et auxquels ils assurent certaines connexions. Ils ne sont pas directement reliés aux organes et entrailles et n'ont pas la structure et les ramifications des méridiens principaux. Ils sont groupés en :
    - 4 méridiens Yang : Du Mai, Dai Mai, Yang Qiao Mai, Yang Wei Mai.
    - 4 méridiens Yin : Ren Mai, Chong Mai, Yin Qiao Mai et Yin Wei Mai.
    Le plus connu de ces méridiens est Chong Mai, en relation avec un grand nombre de méridiens, qui est dit "la mer du sang" mais aussi "la mère des 12 méridiens".


    Les lignes médianes du corps sont parcourues par deux méridiens particuliers, l'un antérieur (REN MAI) dit «conception», l'autre postérieur (DU MAI) dit «gouverneur». Les méridiens constituent donc les voies par lesquelles l'organisme reçoit cette énergie, qui peut être apport nutritif, apport d'informations (notamment d'origine extérieure) mais aussi portes d'entrée pour certaines maladies.
    - Les six énergies climatiques
    Elles sont : Taé Yang (Tai Yang), Chao Yang (Shao Yang), Yang Ming, Taé Yin (Tai Yin), Chao Yin (Shao Yin), Tsiué Yin (Jue Yin). Elles correspondent à un climat particulier.
    - Les Entités psychoviscérales (BenShen)
    L'étude des BenShen est très complexe et nécessite une compréhension approfondie de la physiologie médicale chinoise et la psychologie traditionnelle chinoise. Pour saisir pleinement ces concepts, il est recommandé de lire des ouvrages comme ceux de Jerry Alan Johnson, dont vous trouverez une référence plus bas. Voici tout de même un très bref aperçu.

    On peut les classer dans les cinq éléments : Bois, le Roun (Houn) ; Feu, le Chen (Shen) ; Terre, le I et le Si (Yi) ; Métal, le Pro (Po) ; Eau, le Tche (Zhi);

    Ces cinq entités représentent des phases fondamentales du Shen (l'esprit) :

    Le Shen est l'ensemble des activités mentales qui résident au cœur. Shen désigne aussi les activités mentales spécifiques du cœur. Ce concept réfère entre autres à la conscience, la mémoire, la pensée et le sommeil.
    Po est l'équivalent Yin du Hun. En français, on s'y réfère sous le nom d'âme corporelle. Le Po met en place les bases matérielles nécessaires à la vie, particulièrement durant la grossesse, où une partie du Po de la mère est « transférée » à son enfant. Ce concept réfère entre autres choses aux sentiments, aux sensations, à l'instinct, à la respiration.
    Hun est l'équivalent Yang du Po. En français, on s'y réfère sous le nom d'âme éthérée. Le Hun survit au corps à la mort et retourne alors à l'état d'énergie subtile et immatérielle. On l'attribue entre autres à la faculté de donner un sens à sa vie, à la capacité de prendre des décisions en accord avec son « moi » profond.
    Yi pourrait être traduit par « la pensée ». C'est elle qui code et décode ce que nous assimilons au cours de notre vie. Le Yi est particulièrement sollicité lors d'études, d'efforts de concentration ou de mémorisation.
    Le Zhi pourrait être traduit par « la volonté ». Il permet la persévérance, la motivation. Le Zhi permet à un engagement, à une action, de perdurer dans le temps. Il permet en outre d'utiliser le langage de Yi, et de l'appliquer à la vie quotidienne.


    Évaluation scientifique
    Du fait des progrès scientifiques, il est assez difficile d'échafauder une théorie moderne rationnelle de cette pratique traditionnelle basée sur des éléments traditionnels irrationnels. Toutefois, il est possible de démontrer qu'apporter de l'attention joue sur l'état général de la personne, même si cela ne constitue pas réellement un acte médical pour certains. La pertinence des points de la théorie traditionnelle peut également être évaluée de façon rigoureuse. À titre d'illustration, une aiguille d'acupuncture insérée près de l'articulation du genou d'une souris multiplie par 24 le taux d'adénosine dans les tissus proches de cette zone.
    - Effets physiologiques
    Le concept de méridien est un concept empirique, établi à une époque où l'on ne connaissait pas ou peu le fonctionnement de l'organisme. Le corps est parcouru de réseaux permettant la distribution des informations (système nerveux) et des produits nécessaires au fonctionnement des cellules (notamment circulation sanguine) ; du point de vue de la médecine occidentale moderne, la notion de méridien a donc pu être une compréhension intuitive de cette distribution à partir d'organes vitaux - les textes fondateurs de la médecine traditionnelle chinoise expliquent cependant les concepts de méridiens et de qi sous des paradigmes qui sont différents de ceux de la médecine occidentale, comprenant donc d'autres concepts (triple réchauffeur, shen, etc. qui sont ignorés en médecine occidentale).

    Certaines pressions à travers la peau induisent des actions réflexes, et la palpation à travers la peau fait partie de la démarche diagnostique (par exemple prise du pouls, palpation des ganglions). Il serait donc séduisant de voir l'acupuncture comme une découverte empirique de certains de ces phénomènes.
    -- Mise en évidence des méridiens
    À la fin du XXe siècle, des études dirigées par le Dr. J.E.H. Niboyet ont mis en évidence une diminution de la résistivité électrique de la peau au niveau du point d'acupuncture.
    En novembre 1985, une mystification a été mise en œuvre afin de démontrer un effet de l'acupuncture : les docteurs Darras, Albarède et de Vernejoul ont prétendu avoir visualisé un méridien grâce à un isotope radioactif. La publication de leur découverte a coïncidé avec la sortie d'un livre de vulgarisation sur l'acupuncture par les mêmes auteurs. Le magazine Science et Vie fut un des seuls journaux grand public de l'époque à critiquer la méthodologie. Les conclusions ont été contredites en 1988 par le professeur Lazorthes, qui a reproduit la même expérience en suivant un protocole rigoureux et qui a démontré que la migration du marqueur suivait un trajet veineux : les conclusions de 1985 sur l'existence de méridiens étaient donc erronées.
    En 2005, en Allemagne, les auteurs d'études scientifiques utilisant la thermographie dermique, montrent que l'application d'une source de chaleur sur les points d'acupuncture se traduit par une diffusion spécifique privilégiée sur des trajets correspondant aux trajets traditionnels des méridiens. Ces études doivent maintenant être analysées par la communauté scientifique avant d'être considérées comme valides.
    Jusqu'à présent, aucune étude reconnue internationalement par la communauté scientifique n'a pu apporter d'élément qui étayerait de façon entière la thèse de l'existence des méridiens.

    -- Hypothèses neuro-hormonales du mode d'action de l'acupuncture
    De 1977 à 2001, des études suggèrent que l'action analgésique de l'acupuncture est liée à la production d'endorphines dans le cerveau. Cet effet peut être mis en évidence en bloquant leur action grâce à une molécule, la naloxone: administrée au patient, elle réduit l'analgésie liée à la morphine, et la sensation douloureuse est alors majorée chez le patient. Quand la naloxone est administrée à un patient sous acupuncture, l'effet analgésique est aussi supprimé.
    En 1978, une étude réalisée sur des singes en enregistrant l'activité neuronale de leur thalamus a montré que l'effet analgésique de l'acupuncture durait plus d'une heure.
    En 1993, des effets sur des inflammations localisées et l'ischemie ont été constatés.
    Des études suggèrent en 2005 et 2006 que les sites d'action de l'analgésie provoquée par l'acupuncture incluent le thalamus, grâce à l'utilisation de l'IRMf (Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) et la TEP (Tomographie par émission de positons), des techniques d'imagerie cérébrale, et l'observation de l'activité du cortex cérébral qui montrent une action inhibitrice du stimulus lié à l'acupuncture.
    En 2007, on a constaté que l'acupuncture augmentait les taux de monoxyde d'azote dans les régions traitées, provoquant un accroissement local de la circulation sanguine.
    En 2010, on mesure chez la souris une forte teneur en adénosine (un antalgique sécrété par certaines cellules) dans la zone piquée par une aiguille, qui coïncide avec une diminution importante de la souffrance pour deux tiers des souris traitées. Des séances d'acupuncture de trente minutes sur des souris ont multiplié leur taux d'adénosine par vingt-quatre.
    En 2010, l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle a mis en évidence une différence neurophysiologique entre l'effet antalgique d'un placebo et celui de l'acupuncture, chez l'humain. Le véritable traitement d'acupuncture activait des régions associées à la douleur, mais pas le placebo.
    - Efficacité clinique
    L'efficacité clinique de l'acupuncture est en cours d'évaluation. En raison de la complexité du fonctionnement de l'organisme et des biais humains inhérents à toute expérimentation, l'efficacité d'une méthode thérapeutique ne peut être établie que par des études cliniques, utilisant notamment des méthodes statistiques et la comparaison avec l'effet placebo. Ces études doivent être réalisées en double aveugle. Les études disponibles sont soit une comparaison acupuncture contre acupuncture simulée, soit une comparaison acupuncture contre traitement conventionnel.
    -- Acupuncture et acupuncture simulée
    Une méthodologie est de comparer l'action de l'acupuncture traditionnelle (sur les méridiens classiques) à celle d'une acupuncture simulée (pour écarter un éventuel effet placébo) où les aiguilles sont positionnées ailleurs que sur ces mêmes méridiens.
    Les études montrent des résultats partagés avec une efficacité parfois comparable des deux techniques, tant dans les migraines que dans les lombalgies chroniques. De même, une étude comparative sur les nausées causées par la radiothérapie anticancéreuse sur une cohorte de 215 personnes montre que les résultats sont identiques entre un groupe réellement soumis à l'acupuncture et un groupe qui croit l'être alors que les aiguilles se rétractent et ne transpercent pas la peau.
    -- Acupuncture comparée au traitement conventionnel
    Il est possible de comparer l'acupuncture à un traitement conventionnel (mais il ne s'agit alors plus d'une étude randomisée en double aveugle).

    Dans une étude allemande de 2007 portant sur une cohorte de 1162 patients, l'implantation aléatoire d'aiguilles (sans tenir compte des méridiens traditionnels) améliore significativement l'état du patient par rapport aux traitements conventionnels (amélioration supérieure de 75 %), ce qui permet au professeur Heins Endres, co-directeur allemand de cette étude, de dire que « l'acupuncture pour les lombalgies est extrêmement prometteuse ». Cependant, les effets physiologiques peuvent être dus à un effet physiologique de l'insertion des aiguilles et non à l'acte d'acupuncture lui-même. Des médecins se sont exprimés en faveur de l'acupuncture à l'issue de cette expérience : c'est le cas de Briar Berman, directeur de l'université du Maryland, et de James Young, du centre médical de l'université de Chicago. « La supériorité des deux formes d’acupuncture suggère un mode d’action commun, explique le docteur Haake. Ces thérapies agissent probablement sur la génération de la douleur ou sur sa transmission par le système nerveux central. En tout cas, ce mode d’action est plus efficace que les traitements conventionnels. »
    Risques

    L'acupuncture est une technique délicate et toute mauvaise pratique, comme pour toute intervention médicale ou paramédicale, peut avoir des effets nocifs. C'est le cas par exemple si les aiguilles ne sont pas stériles, inadaptées ou appliquées dans des zones sensibles. Certains praticiens ne recourant pas à la stérilisation (ou utilisant des stérilisations « alternatives ») peuvent transmettre des infections entre les patients, de la même façon qu'avec des aiguilles de seringues si elles étaient utilisées plusieurs fois. En Occident, pour prévenir ce risque on utilise en général des lots d'aiguilles à usage unique. Au Québec, tous les acupuncteurs sont soumis à une réglementation les obligeant à n'utiliser que des aiguilles à usage unique, ce qui réduit à un taux presque nul tout risque d'infection. Les normes ne sont pas les mêmes dans tous les endroits du globe.
    En Europe les directives 93/42/CEE et s. imposent l'usage unique d'aiguilles stérilisées. En France le Code de la Santé Publique renforce cette obligation pour les médecins.

    Diplômes et formations

    En France, il existe deux diplômes inter-universitaires (DIU) d'acupuncture, destinés aux médecins (DIU d'acupuncture générale) et aux sages-femmes (DIU d'acupuncture obstétricale), tous deux d'une durée de trois ans. De plus, une capacité en acupuncture a été officiellement créée en 2008.

    Le DIU d'acupuncture générale est enseigné au sein de sept facultés de médecine : Aix-Marseille 2, Montpellier 1, Nantes, Paris XIII, Bordeaux 2, Lyon 1, Strasbourg I ; celui d'acupuncture obstétricale l'est au sein de quatre universités de médecine : Paris XIII, Strasbourg 1, Montpellier 1 et Rouen.


    Il faut également mentionner les nouveaux diplômes universitaires de médecine chinoise de la Faculté de médecine de Montpellier qui permettent plusieurs parcours, dont l'acupuncture. La particularité de ces diplômes d'université de troisième cycle est qu'ils sont non seulement ouverts aux professions médicales et paramédicales mais également à un public plus élargi de chercheurs, étudiants et professionnels concernés par ces matières.

    En Chine, les zhongyi xueyuan 中醫學院 [instituts de médecine chinoise] et les zhongyiyao daxue 中醫藥大學 [universités de médecine et de pharmacie chinoise] forment les étudiants aux grades de xueshi 學士 (5 ans), puis, après un concours et trois années supplémentaires sanctionnées par un examen et la soutenance d’un travail de recherche dans une spécialité, au shuoshi 碩士 et, après un nouveau concours suivi de trois autres années d’études et une seconde thèse, au boshi 博士 qui conclut donc onze années d’études universitaires. Ce cursus est indépendant mais analogue en durée et en niveau de diplômes à celui qui existe en médecine occidentale. La Chine a donc deux systèmes parallèles de médecines officielles : médecine chinoise et médecine occidentale. Chacun dispose de ses propres facultés, hôpitaux affiliés et instituts de recherche. Les étudiants accèdent à l'une ou l'autre de ces deux filières aussitôt après leurs études secondaires. Il est à noter que l'acupuncture ne constitue qu'une matière au sein de la formation de médecine chinoise et qu'à la différence de ce qui s'est transmis en France, elle ne représente qu'une petite partie de l'enseignement et de la pratique et de la médecine chinoise, la pharmacopée traditionnelle étant la principale branche thérapeutique de cette discipline.

    Plusieurs écoles en France proposent un enseignement en coopération ou non avec des universités chinoises (Pékin, Shanghai, Tianjin, Chengdu...) ouvert à tous, médecins ou non.
    Au Québec, le Cégep de Rosemont qui fait office de référence, propose un programme de formation délivrant le titre d'acupuncteur.


    Exercice de l'acupuncture

    En France, l'acupuncture ne peut être exercée légalement que par un docteur en médecine, une sage-femme ou un chirurgien dentiste. La jurisprudence qui rappelle constamment la loi expose les acupuncteurs non-médecins à des condamnations plus ou moins lourdes. L'acupuncture n'est pas une spécialité mais une « orientation », qu'il est loisible de déclarer, sans aucun contrôle. Dans d'autres pays de l'Union européenne, la législation accorde un statut légal à l'acupuncture, ainsi qu'à d'autres pratiques non-conventionnelles. Une résolution recommandant la généralisation de ce type de statut a été adoptée par le parlement européen, mais elle n'a aucun caractère contraignant.
    Au Québec, il existe un ordre des acupuncteurs qui délivre l'autorisation d'exercer. Il est nécessaire d'avoir suivi un programme de formation identique à celui du Collège de Rosemont, financé par le Ministère de l'Éducation du Québec, qui s'adresse à tout public, médecin ou non. Plusieurs régimes d'assurances privés et publics québécois couvrent d'ailleurs les frais d'acupuncture jusqu'à concurrence d'un montant maximum par année.


    Indication thérapeutique selon l'acupuncture occidentale

    Selon l’American Academy of Medical Acupuncture (2004), l'acupuncture peut être considérée comme une thérapie complémentaire pour les pathologies suivantes. Ces indications sont basées sur une expérience clinique et ne sont pas toujours contrôlées par des recherches cliniques.
    Les astérisques * indiquent que l'Organisation Mondiale de la Santé valide ces indications dans sa publication Acupuncture : Review and Analysis of Reports on Controlled Clinical Trial.

    • distension abdominale / flatulences *
    • contrôle de douleurs aiguës et chroniques *
    • sinusites allergiques *
    • anesthésie pour les patients à haut risque ou patients ayant un historique d'effets indésirables aux anesthésiques
    • anxiété, attaques de panique *
    • arthrite / arthrose *
    • douleurs thoraciques atypiques
    • bursite, tendinite, syndrome du canal carpien *
    • troubles gastro-intestinaux fonctionnels (nausées et vomissements, spasmes œsophagiens, hyperacidité, côlon irritable)*
    • syndromes du col de l'utérus et du rachis lombaire *
    • constipation, diarrhée *
    • toux avec contre-indications médicamenteuses *
    • désintoxication (drogues) *
    • dysménorrhée, douleurs pelviennes *
    • douleurs d'épaule *
    • céphalées (migraines et tensions), vertiges (maladie de Menière), acouphènes *
    • palpitations idiopathique, tachycardie sinusale
    • maîtrise de la douleur, de l'œdème, renforcement de processus de guérison en cas de fractures
    • spasmes musculaires, tremblements, les tics, les contractures *
    • névralgies (trijumeau, zona, postzostérienne douleur, autres)
    • paresthésie *
    • hoquet persistant *
    • douleurs de membres fantômes
    • fasciite plantaire *
    • iléus post-traumatique et post-opératoire *
    • syndrome prémenstruel (Certains auteurs restent très sceptiques quant à l'efficacité de l'acupuncture dans ce cas ; des expériences en acupression, forme de traitement traditionnel proche de l'acupuncture, auraient validé au contraire l'efficacité des points d'acupuncture pour cette indication
    • certaines dermatoses (urticaire, prurit, eczéma, psoriasis)
    • séquelles d'accident vasculaire cérébral (aphasie, hémiplégie) *
    • handicapés moteurs du septième nerf crânien (nerf facial)
    • hyperthermie sévère
    • entorses et contusions
    • bruxisme *
    • incontinence urinaire, rétention (neurogène, spastique, les effets indésirables de médicaments) *

    D'autres sources préconisent l'utilisation de l'acupuncture pour la stérilité, dans le cadre de la fécondation in vitro. L'acupuncture pourrait améliorer sensiblement le taux de succès des FIV. Elle est utilisée dans certains pays anglophones dont les États-Unis.


    Variantes et autres branches
    de la médecine traditionnelle chinoise


    Il existe de multiples variantes plus ou moins récentes de l'acupuncture et plus ou moins éloignées de ses principes, dont la microponcture, la manupuncture, la digitopuncture, La luminopuncutre, la luxopuncture et la moxibustion.
    - Moxibustion
    Elle fait partie de l'arsenal thérapeutique traditionnel de la médecine chinoise et est enseignée au même titre que l'acupuncture dans les facultés de médecine chinoise en Chine. Il est indiqué dans le cursus de plusieurs écoles de médecines chinoise jumelées aux universités chinoises que l'ordre décroissant dans la puissance de traitement est : 1 pharmacopée (la faculté de Pékin propose une dizaine de cours de pharmacopée pour un seul d'acupuncture/moxibustion) 2 acupuncture et moxibustion (针灸 zhēnjiǔ litt. piquer et chauffer au moxa) 3 massage (推拿 tui na litt. pousser et attraper) La moxibustion est une méthode qui utilise le plus souvent pour chauffer les points un cigare d'armoise (à cause de sa lente combustion) appelé moxa. Elle est enseignée en Chine toujours conjointement à l'acupuncture, l'expression consacrée pour définir cette dernière signifiant acupuncture-moxibustion (针灸 zhēnjiǔ) Certains pensent pouvoir produire les mêmes effets grâce à un système de ventouses et de massages.
    - Acupression (acupuncture sans aiguille) et tui-na
    L’acupression dérive de l'acupuncture. Elle est souvent surnommée «acupuncture sans aiguille». On utilise la pression du doigt, du coude, du pied, etc. selon l'effet désiré sur le point d'acupuncture. Cette pratique est très répandue en Asie.
    Le shiatsu, qui en est une branche, est une médecine officielle au Japon.

    Le Shiatsu est une des 8 approches alternatives désignées, dans la résolution A4-0075/97 du Parlement Européen votée le 29 mai 1997, et reconnues par l'OMS en tant que «médecine non conventionnelle digne d'intérêt».

    L'acupression se pratique sur soi-même (exemple : Do in) ou sur une autre personne. La formation en Asie, universitaire, dure 3 ans. Dans les pays où ce métier n'est pas régulé par l'État, l'acupression peut être pratiquée sans formation particulière.

    Le tui-na est par contre une branche à part entière de la médecine chinoise, enseignée dans les facultés de médecine chinoise en Chine et partiellement dans les écoles française affiliées aux universités chinoises. Elle comprend l'utilisation des points d'acupuncture en massage suivant plusieurs types de stimulation.
    - L'acupuncture au laser
    Utilisé moins couramment dans la pratique de l'acupuncture, le laser permet de stimuler un point d'acupuncture par la chaleur chez des personnes très jeunes ou sensibles. Ce procédé possède plusieurs avantages : il est peu coûteux, totalement indolore et ne laisse aucune marque. Les effets provoqués sont sensiblement les mêmes que ceux attendus par l'acupuncture traditionnelle (soulagement de la douleur, résorption d'une inflammation, accélération du processus de régénération des tissus etc.).
    Il est utilisé de la même façon que les aiguilles et il en existe plusieurs modèles dont les caractéristiques sont différentes.
    La thérapie laser est de plus en plus courante et s'applique maintenant à des personnes de tous âges. Cependant, ces applications grandissant, son coût suit le même chemin.

    Citations
    Dans les dix dernières années, les progrès de l’imagerie du cerveau en action ont démontré que la stimulation par les fines aiguilles d’acupuncture contrôle directement des régions clés du cerveau émotionnel. Une séance d’acupuncture aurait une influence directe sur l’équilibre entre les deux branches du système nerveux autonome. Elle augmenterait l’activité du parasympathique, le frein de la physiologie, aux dépens de l’activité du système sympathique, l’accélérateur. Elle favoriserait la cohérence du rythme cardiaque et de façon plus générale, permettrait de ramener le système à l’équilibre.
    David Servan-Schreiber
    "Guérir" (2004).


    Voir aussi

    · Chiromancie chinoise
    · Énergétique chinoise
    · Herbologie chinoise
    · Massage
    · Nei Jing Su Wen
    · Qi gong
    · Daoyin yangsheng gong
    · Shiatsu Massage énergétique japonais

    Sites favorables à l'acupuncture

    Sites critiques vis-à-vis de l'acupuncture

    Sites favorables à l'acupression (acupuncture sans aiguilles)




     
  14. Nuit Des Temps

    Nuit Des Temps Touriste

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    Que j'adore ce domaine :)
     
  15. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine dans l’antiquité hébraïque

    La plupart de nos connaissances sur la médecine hébraïque de l’antiquité au cours du Ier millénaire av. J.-C. proviennent de la Torah, c'est-à-dire des cinq livres de Moïse qui contiennent diverses lois relatives à la santé et à différents rituels, tels que l'isolement des personnes infectées (Lévitique 13:45-46), le lavage des mains après avoir manipulé un cadavre (Livre des Nombres 19:11-19) et l’enfouissement des excréments à l’extérieur du campement (Deutéronome 23:12-13). Bien que le respect de ces lois soit susceptible d’entraîner certains avantages pour la santé, la religion juive avait institué ces rituels et ces interdictions uniquement pour obéir à la volonté de Dieu.

    Max Neuberger, dans son Histoire de la médecine écrit :
    «Les commandements ont pour objet la prévention et le contrôle des épidémies, l’éradication des maladies vénériennes et de la prostitution, les soins d’hygiène corporelle, les bains, la nourriture, le logement et l'habillement, la réglementation du travail, la vie sexuelle, la discipline du peuple, etc. Beaucoup de ces commandement, tels que le repos du Sabbat, la circoncision, les lois concernant les denrées alimentaires (interdiction du sang et de la viande de porc), les mesures concernant les menstruations et les suites de couches des femmes et des personnes souffrant de gonorrhée, l'isolement des lépreux et l'hygiène du campement sont, compte tenu des conditions climatiques, étonnamment rationnelles».


    -----------------------------------

    Je n’ai pas trouvé d’article qui parle uniquement de la médecine hébraïque. Il y a un mélange de religion, d’une certaine prise de position directement ou indirectement informelle et quelques enseignements tirés de la Torah et du Talmud.

    S’il vous plait, si jamais quelqu’un (e) trouve un article basé uniquement sur la médecine hébraïque et détaillé, merci de me le signaler par mp :)




     
  16. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine
    dans l’antiquité gréco-romaine


    Depuis la découverte, en 1991, du corps conservé dans la glace d’Ötzi dans les Alpes austro-italiennes, on estime que l'histoire de la médecine remonte beaucoup plus loin dans le temps qu’on ne le croyait auparavant. Il était âgé de 46 ans environ et était porteur de 40 tatouages, la plupart d'entre eux étant situés dans des régions du corps où l’autopsie a montré également qu'il souffrait de maladies ou de douleurs et notamment d'arthrite. Son décès a eu lieu en 3300 av. J.-C. et son corps, qui est conservé au musée de Bolzano, est la plus ancienne momie européenne.
    À mesure que les sociétés se sont développées en Europe et en Asie, les systèmes archaïques basés sur des croyances irrationnelles ont été remplacés par un système naturel différent. La Grèce, d’Hippocrate a mis au point un système de médecine basé sur la théorie des humeurs où le but du traitement était de rétablir à l'intérieur du corps l'équilibre des humeurs en relation avec les quatre éléments. De l'ancienne médecine est un traité de médecine, écrit aux environs de -400 par Hippocrate. Des points de vue similaires ont été adoptés en Chine et en Inde.

    En Grèce, depuis Galien jusqu'à la Renaissance l'idée maîtresse de la médecine est le maintien de la santé par le contrôle de l’alimentation et de l’hygiène. Les connaissances anatomiques étaient limitées et il y avait peu de possibilités d’agir par la chirurgie ou par d'autres remèdes, l’action des médecins se limitait à une relation d’empathie avec les patients et à un traitement avec des remèdes mineurs pour soulager les maladies chroniques, mais ils étaient désarmés pour faire face aux maladies épidémiques, dont l’importance augmentait avec l’urbanisation et la domestication des animaux, jusqu’à se répandre à travers le monde.
    Hippocrate, est considéré comme le père de la médecine moderne, et ses disciples ont été les premiers à décrire de nombreuses maladies. On lui attribue la première description des doigts en baguette de tambour, un signe important pour le diagnostic de la bronchopathie chronique obstructive, du cancer du poumon et des cardiopathies cyanogènes congénitales. Pour cette raison, le symptôme des doigts en baguette de tambour est parfois appelé hippocratisme digital. Hippocrate a également été le premier médecin à décrire dans Pronostic la face hippocratique. Shakespeare fait une allusion célèbre à cette description dans sa relation de la mort de Falstaff dans Henry V , acte II, scène III.
    Hippocrate a commencé à classer les maladies en maladies aiguës, chroniques, endémiques et épidémiques, et à utiliser des termes tels que « exacerbation, rechute, résolution, crise, paroxysme, pic et convalescence. » Une autre des grandes contributions d'Hippocrate peut être trouvée dans ses descriptions des symptômes, des signes physiques, du traitement chirurgical et du pronostic de l’empyème thoracique (pleurésie purulente), c'est-à-dire de la suppuration de la muqueuse pleurale dans la cavité thoracique. Ses enseignements demeurent pertinents de nos jours pour les étudiants en pneumologie et en chirurgie. Hippocrate a été le premier chirurgien thoracique répertorié et ses conclusions sont toujours valables.


    Galien - Claude Galien est un médecin grec de l'Antiquité. Ne pas confondre avec Gallien, empereur romain du IIIe siècle - a réalisé de nombreuses interventions audacieuses – allant jusqu’à aborder la chirurgie du cerveau et des yeux – des domaines qui n’ont ensuite plus fait l’objet d’aucune tentative pendant près de deux millénaires. Plus tard, dans l'Europe médiévale, les écrits de Galien sur l'anatomie sont devenus la référence au cours du long cursus universitaire du médecin médiéval, mais ils ont beaucoup souffert de l’immobilisme et de la stagnation intellectuelle. Dans les années 1530 cependant, un médecin et anatomiste belge, André Vésale, s’est attelé à un projet visant à traduire de nombreux textes grecs de Galien en latin. Le plus célèbre ouvrage de Vésale, De humani corporis fabrica, a été grandement influencé par les écrits et les travaux de Galien. Les travaux de Galien et d’Avicenne, en particulier le Canon de la médecine qui a fait la synthèse de l’enseignement des deux auteurs, ont été traduits en latin et le Canon est resté le texte de référence, faisant autorité pour la connaissance de l'anatomie dans l'enseignement médical européen jusqu'au XVIe siècle.

    Les Romains ont inventé de nombreux instruments chirurgicaux, y compris les premiers instruments spécifiques aux femmes, ainsi que l’usage en chirurgie des pinces, scalpels, cautères, ciseaux, aiguilles à suture, sondes et spéculums. Les Romains ont également été des pionniers dans la chirurgie de la cataracte.

    La médecine médiévale est née d’une association entre le scientifique et le spirituel. Au début du Moyen Âge, après la chute de l’Empire romain, les connaissances médicales en vigueur se fondaient principalement sur ce qui restait des textes grecs et romains, conservés dans les monastères et diverses bibliothèques. Les idées sur la cause et le traitement des maladies n'étaient toutefois, pas purement laïques, mais également basées sur une vision spirituelle du monde, où des facteurs tels que la destinée, le péché, et les influences astrales jouaient un rôle aussi grand que toutes les causes physiques.


    Oribase et Aétios d'Amida sont les principaux compilateurs de connaissances médicales de l’Antiquité tardive. Plusieurs de leurs œuvres, ainsi que celles de nombreux autres médecins byzantins, ont été traduites en latin et, éventuellement, au cours du siècle des Lumières et à l’époque des philosophes, en anglais et en français. Le dernier grand médecin byzantin était Actuarius qui a vécu au début du XIVe siècle à Constantinople.


    Médecine en Grèce antique

    Probablement inspirée par la médecine égyptienne, la médecine en Grèce antique est censée remonter à l'époque homérique. Elle ne prend toutefois son véritable essor qu'au Ve siècle av. J.-C. avec Hippocrate.

    Médecine et épopée

    L’Iliade cite pour médecins les guerriers achéens Machaon et Podalire, deux fils d'Asclépios, dieu de la médecine, ainsi que le dieu Péan, médecin des dieux. Le premier est chargé notamment de soigner Ménélas, atteint d'une flèche. Il commence par examiner le malade puis retire la flèche, déshabille le blessé, suce le sang de la plaie et applique des médicaments sur lesquels nous n'avons pas de précision, si ce n'est qu'ils ont été offerts par le centaure Chiron à Asclépios, lequel les a transmis à Machaon.
    La médecine est déjà reconnue comme un art à part entière : «Un médecin, à lui tout seul, vaut beaucoup d'hommes», déclare Idoménée à propos de Machaon — formule qui deviendra proverbiale. L’Iliade accordant davantage d’importance à Machaon qu'à Podalire, les commentateurs anciens ont suggéré qu'Homère voyait en Machaon un chirurgien, son frère étant simple médecin : son nom viendrait de mákhaira, «couteau». Péan soigne de même Hadès, atteint d'une flèche lancée par Héraclès : il répand sur la plaie des médicaments (pharmaka) dont on précise cette fois qu'ils sont analgésiques.


    L’Odyssée connaît des médecins de profession : le porcher Eumée cite le médecin (ἰατήρ / iatếr, littéralement «celui qui soigne») comme faisant partie des «artisans qui rendent service à tous», à l'instar du couvreur ou de l'aède, mais aussi du devin. Ailleurs, le poète rend hommage à la science médicinale des Égyptiens, qu'il qualifie de «fils de Péan».

    Médecine et religion

    Beaucoup de Grecs font reposer la guérison sur des pratiques magiques ou religieuses. De manière générale, les cultes guérisseurs ont pour caractéristique d'être situés hors des villes : développés de manière tardive, ils s'implantent à la marge. Ainsi, Asclépios est d'abord vénéré à Trikka, en Thessalie, puis en pleine campagne près d'Épidaure. À Corinthe comme à Athènes, Délos ou Cos, le dieu s'installe à l'écart de l'agglomération. La visite au sanctuaire nécessite donc une excursion. Autre caractéristique, les sanctuaires sont souvent liés à une source ou une rivière dont les eaux possèdent des vertus bienfaisantes.

    La plupart du temps, le dieu guérisseur agit par «incubation» : c'est le cas d'Asclépios à Épidaure ou Athènes, ou d'Amphiaraos à Oropos et Thèbes. Le rituel commence pour le malade par un bain de purification, suivi par un sacrifice relativement modeste et donc accessible à tous. À Épidaure, le patient doit également entonner un péan en l'honneur d'Apollon et d'Asclépios. Ensuite, le pèlerin s'endort sous le portique sacré (ἄϐατον / ábaton) — au moins à Oropos, Pergame et Épidaure, chaque sexe possède son propre portique. Les plus chanceux bénéficient pendant leur sommeil d'une apparition du dieu ; en touchant la partie malade du corps, celui-ci la guérit. Le dieu peut également se contenter de dicter au patient une liste de médicaments que celui-ci s'empressera de se procurer une fois réveillé.


    Les stèles retrouvées à Épidaure, sortes d'ex-voto, montrent qu'Asclépios guérit toutes sortes de maladies : il traite les ulcères et guérit la maladie de la pierre tout autant qu'il rend la vue aux aveugles. «Il y en aurait eu bien plus», commente Diogène au sujet d'une autre divinité guérisseuse, «si elles avaient été offertes par ceux qui n'ont pas été sauvés.» Sans doute les patients non guéris attribuaient-ils cet échec au caractère insondable de la volonté du dieu.

    Le traitement n'est pas gratuit : ainsi, à Oropos, le sanctuaire réclame une ἐπαρχή / eparkhế ou taxe de consultation à tout visiteur désirant se faire soigner. Une fois son dû acquitté – une drachme béotienne au début du IVe siècle av. J.-C., ce dernier reçoit une lamelle de plomb avec l'inscription : «sanctuaire d'Amphiaraos – santé » –, qui lui sert de ticket d'entrée. Un néo-cor (sacristain) surveille les patients pour qu’ils ne resquillent pas.

    Certaines des «ordonnances» dictées par le dieu ont été conservées et permettent de mieux comprendre les guérisons attestées par les ex-voto. D'abord, il faut souligner que le rituel mêle savamment suggestion et mise en scène. Ensuite, le dieu ordonne généralement des remèdes simples (cataplasmes, tisanes) et prodigue des conseils d'hygiène de vie : nécessité de faire de l'exercice (sport et promenade), régulation du régime alimentaire. Enfin, le volet religieux à proprement parler est généralement assorti d'une véritable cure thermale, comprenant bains et frictions. À Oropos, où aucun témoignage de guérison ne nous est parvenu, les instruments médicaux découverts témoignent de la pratique de la chirurgie.

    Les troubles mentaux sont également guéris par des pratiques cathartiques. Ainsi, le [FONT=&quot]chœur dans l’Hippolyte porte-couronne d'Euripide distingue trois types d'«égarement». L'un est de type panique (associé à Pan), l'autre de type lunatique (associé à Hécate, déesse lunaire), le dernier enfin est associé à Cybèle et aux Corybantes. Hippocrate lui-même reprend ce type de considérations, avec un effort supplémentaire de typologie, dans Du mal sacré. La cure consiste généralement en une danse rituelle au son d'une musique dans le mode phrygien.


    En l'espèce, ce n'est pas le rituel qui est adapté à la maladie mais l'inverse : si le malade réagit aux rituels de tel dieu, c'est bien que son mal était envoyé par ce dieu. En l'absence de réaction, on passe au dieu suivant. Aristophane, dans Les Guêpes, illustre bien l'indifférence des Grecs à la nature du traitement : l'important, c'est qu'il soit efficace. Ainsi, le jeune Bdélycléon essaie de traiter son père successivement par une cure hippocratique (bains et purge), un passage par les Corybantes (traitement par l'hypnose) puis par une nuit dans le sanctuaire d'Épidaure.


    Médecine scientifique

    La première école de médecine grecque a ouvert ses portes à Cnide en 700 av. J.-C. Alcméon de Crotone, auteur du premier traité d'anatomie, a travaillé dans cette école, et c'est ici que la pratique de l'observation des patients trouve son origine. Hippocrate a établi sa propre école de médecine à Cos18. En dépit de leur respect bien connus pour la médecine égyptienne, les tentatives pour discerner une quelconque influence de l’Egypte sur la pratique grecque à ce stade précoce de l’histoire n'ont pas abouti de façon probante en raison du manque de sources et de la difficulté de comprendre l’ancienne terminologie médicale. Il est clair, toutefois, que les Grecs ont emprunté aux égyptiens les substances de leur pharmacopée, et l'influence devient plus prononcée après la mise en place d'une école de médecine grecque à Alexandrie.

    La médecine grecque, bien que pragmatique et fondée sur l’observation n’échappait pas aux présupposés idéologiques des doctrines de l’époque et notamment à la théorie aritotélicienne des quatre éléments qui inspirera la théorie hippocratique des humeurs qui constituera le cadre doctrinaire de son école.
    Aristote
    Aristote, le philosophe de la Grèce antique a été le penseur le plus influent du monde européen depuis l’Antiquité classique jusqu’à la fin du Moyen Âge. Bien que le point de départ de son travail sur la philosophie naturelle soit purement spéculatif, les derniers écrits d’Aristote sur la biologie montraient un grand intérêt pour l’empirisme, le lien de causalité en biologie et la diversité de la vie20. Aristote n'a cependant pas réalisé d’expérimentation, estimant que les faits observés montraient leur véritable nature dans leur environnement naturel, plutôt que dans une reconstitution artificielle. Alors que dans le domaine de la physique et de la chimie, cette hypothèse est devenue largement obsolète, ce n’est pas le cas en zoologie et en éthologie, où les travaux d’Aristote « conservent un intérêt réel »21. Il a formulé d'innombrables observations sur la nature, en particulier les habitudes et les caractéristiques des plantes et des animaux vivant autour de lui, il a consacré une attention considérable à leur classement. Au total, Aristote à classé 540 espèces animales et en a disséquées au moins 50.

    Aristote croyait qu’un grand dessein guidait tous les processus naturels. Cette vue téléologique a donné à la cause d’Aristote des raisons pour interpréter les données observées comme l'expression d'une conception formelle, par exemple en suggérant que dans la nature il n’existait aucun animal qui portait à la fois des cornes et des défenses, car cela n’aurait eu aucune utilité, et que la nature donnait généralement à ses créatures des facultés limitées à ce qui était strictement nécessaire. De la même façon, Aristote croyait que les créatures étaient organisées selon une échelle de perfection croissante partant des plantes pour atteindre son maximum avec l'homme : la scala naturae ou «la grande chaîne du vivant».

    Il jugeait que le niveau de perfection d'une créature se traduisait dans son apparence, mais n’était pas prédéterminé par cette apparence. Pourtant, un autre aspect de sa biologie divise les âmes en trois groupes : une âme végétative, responsable de la reproduction et de la croissance, une âme sensible, responsable de la mobilité et de la sensation, et une âme raisonnable, capable de pensée et de réflexion. Il a attribué la première seulement aux plantes, les deux premières aux animaux et toutes les trois à l'homme. Aristote, contrairement aux philosophes précédents, comme les Égyptiens, a placé l'âme rationnelle dans le cœur, plutôt que dans le cerveau. À noter la distinction faite par Aristote entre la sensation et la pensée, qui allait généralement contre les idées des philosophes antérieurs, à l'exception d’Alcméon de Crotone. Théophraste, le successeur d’Aristote au Lycéea écrit une série de livres sur la botanique la – Historia plantarum - qui demeurent, même au Moyen Âge, la contribution à la botanique la plus importante de l'Antiquité. Beaucoup de noms inventés par Théophraste sont encore utilisés dans les temps modernes, tels que carpos pour les fruits et pericarpion pour l’enveloppe des graines. Plutôt que de se concentrer sur les causes formelles, comme Aristote l'avait fait, Théophraste a proposé un système mécaniste, établissant des analogies entre les processus naturels et artificiels et s'appuyant sur le concept d’Aristote de la cause efficiente. Théophraste a également reconnu le rôle du sexe dans la reproduction de certaines plantes supérieures, bien que cette dernière découverte ait été perdue dans les époques postérieures. Les concepts biologiques ou téléologiques d'Aristote et Théophraste, ainsi que l’accent mis par eux sur une série d’axiomes plutôt que sur l'observation empirique, ont eu un impact qu’on ne peut ignorer sur la médecine hippocratique puis la médecine occidentale.
    L'apport hippocratique
    Le développement scientifique de la médecine grecque est traditionnellement attribué à Hippocrate de Cos, médecin du Ve siècle av. J.-C. On lui rattache un ensemble de traités, le Corpus hippocratique, bien qu’il n'ait vraisemblablement écrit aucun d'entre eux. Portant sur des sujets variés comme la gynécologie ou la chirurgie, ils s'étalent en effet de la fin du Ve siècle jusqu'à l'époque hellénistique : on estime généralement qu'il s'agit d'une bibliothèque d'école de médecine.

    Le Corpus hippocratique contient les principaux textes médicaux de cette école. Bien qu’on ait cru initialement qu’il avait été écrit par Hippocrate lui-même, aujourd'hui, de nombreux chercheurs pensent que ces textes ont été écrits par une série d'auteurs sur plusieurs décennies. Comme il est impossible de déterminer quels sont les textes qui ont été écrits par Hippocrate lui-même, il est difficile de savoir quelles sont les doctrines dont Hippocrate a été à l'origine.

    L'existence du Serment d'Hippocrate implique que cette médecine «hippocratique» a été pratiquée par un groupe de médecins professionnel lié (au moins entre eux) par un strict code éthique. Les étudiants payaient normalement une taxe pour leur formation (des exceptions étaient prévues pour la fixation du montant) et entrait dans une relation quasi familiale avec son professeur. Cette formation comprenait quelques cours théoriques et sans doute une expérience pratique comme assistant du professeur, depuis que le serment à posé le principe que l'étudiant sera en relation avec les patients. Le serment impose aussi des limites à ce que le médecin peut ou ne peut pas faire («même si on me le demande, je ne prescrirai pas un médicament mortel ») et donne un aperçu étonnant de l'existence d'une autre catégorie de professionnels spécialistes, peut-être des chirurgiens («Je laisserai effectuer cette opération par des praticiens, spécialistes de cet art»).

    L'enseignement qui ressort du Corpus hippocratique apporte trois innovations qui marqueront durablement la médecine occidentale :

    1 - Observation et raisonnement
    Premièrement, Hippocrate écarte les considérations religieuses. Ainsi, l'auteur de Sur la maladie sacrée entreprend de montrer que l'épilepsie, appelée alors «maladie sacrée», n'est pas «plus divine ou plus sacrée que n'importe quelle autre maladie.» Sa preuve est simple : la maladie ne s'en prend qu'aux «flegmatiques» or, si la maladie était véritablement une visitation divine, tous devraient pouvoir en être atteints. «Toutes les maladies sont divines et toutes sont humaines», conclut l'auteur. Si le traité Du régime reconnaît l'importance des rêves, c'est pour les considérer - en partie - comme des symptômes liés à l'état physiologique du patient : si ce dernier fait des cauchemars à répétition, cela peut témoigner d'un désordre mental. Toutefois, le corpus hippocratique n'est pas totalement exempt de considérations irrationnelles : dans le même traité, l'auteur considère que le rêve est la manifestation symbolique d'un diagnostic que l'âme, pendant le sommeil, pose sur le corps qu'elle habite. Ainsi fait-il se rejoindre oniromancie et médecine.

    La médecine hippocratique est donc fondée, de manière générale, sur l'observation et le raisonnement. Les Épidémiques comprennent ainsi des séries d'observations quotidiennes effectuées par le médecin sur son patient : il commence par décrire précisément les symptômes puis observe jour après jour l'état général (calme, agitation) en veille et pendant le sommeil. Son examen porte aussi sur l'état de la langue, l'urine et les selles. Un effort de rationalisation est fait : on distingue fièvre continue, fièvre quotidienne, fièvre tierce ou quarte suivant le rythme observé dans les poussées de fièvre.

    2 - Un cadre théorique
    Deuxièmement, l'enseignement hippocratique tente de se donner un cadre théorique. Le plus connu est la théorie des humeurs (bile jaune, bile noire ou atrabile, phlegme ou lymphe et sang), dont le déséquilibre cause maladie physique mais aussi trouble psychique. Œuvre de Polybe, gendre et disciple d'Hippocrate, cette théorie sera répandue ensuite par Galien. On sait que d'autres attribuent la cause des maladies aux déséquilibres entre le chaud et le froid, le sec et l'humide dans le corps ; on cite également d'autres humeurs : sang, bile, eau et phlegme, par exemple. Cependant, d'autres auteurs comme ceux de Sur l'ancienne médecine ou Sur la nature de l'homme mettent en garde contre toute tentation de simplification excessive : pour eux, le médecin doit avant tout agir et réfléchir de manière empirique.

    Outre la recherche des grandes causes des maladies, les médecins hippocratiques s'intéressent à des problèmes de nature plutôt théorique, comme la croissance biologique (comment l'alimentation aboutit-elle à une croissance du corps ?) et la reproduction (comment la semence peut-elle donner naissance à un être complet ?). Sur un plan plus pratique, ils étudient le fonctionnement du corps humain, faisant ainsi considérablement progresser l'anatomie. Pour ce faire, ils se fondent surtout sur des connaissances cliniques : ainsi, la connaissance des os et des tendons se fonde probablement sur l'étude des entorses et autres luxations. Les médecins recourent également, dès cette époque, à la dissection, mais la pratique reste très marginale.

    3 - Une déontologie
    Enfin, l'enseignement hippocratique repose sur une véritable déontologie médicale, exprimée dans les traités Sur l'ancienne médecine, Sur la bienséance, Sur le médecin, les Préceptes et surtout le célèbre Serment d'Hippocrate, qui commence ainsi :
    «Je jure par Apollon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivant. (…) Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté…»

    Les médecins hippocratiques soignent tous les malades, les personnes libres comme les esclaves, les riches comme les pauvres, les hommes comme les femmes, les citoyens comme les étrangers. «Là où est l'amour des hommes, là est aussi l'amour de l'art», déclare l'un des aphorismes d'Hippocrate.

    La médecine hellénistique
    Après Théophraste, le Lycée n’a plus produit d’œuvre originale. Bien que l'intérêt pour les idées d'Aristote soit demeuré intact, elles étaient généralement admises aveuglément et sont restées figées. Ce n’est qu'à l'époque hellénistique, sous la Dynastie des Ptolémées que la biologie va progresser à nouveau. Alexandrie devient la capitale de la médecine. Les premiers enseignants en médecine de cette période sont Hérophile de Chalcédoine et Erasistrate de Céos. Leur principale innovation a été l'introduction de la pratique de la dissection, allant ainsi à l'encontre des pratiques religieuses prohibant l'ouverture du corps. Dans son traité Sur les dissections, Hérophile décrit le cerveau et l'identifie, contre l'opinion d'Aristote, comme le centre de l’intelligence et du système nerveux dont il avait compris le rôle dans la motricité et la sensation. Il distingue les principaux ventricules et décrit le calamus scriptorius (fossette du plancher du quatrième ventricule),les «concaténations chorioïdes» (les méninges) et le «pressoir» (le sinus veineux, que l'on appellera ensuite en son honneur le torcular Herophili). Il fait la cartographie des veines et des nerfs et de leur trajet dans le corps. Hérophile s'intéresse également à l'anatomie de l'œil et du cœur. Il a fait également la distinction entre les veines et les artères, en notant que ces dernières présentent une pulsation tandis que les premières n’en ont pas. Il l'a découvert par une expérience qui consistait à sectionner certaines artères et veines du cou chez les porcs jusqu'à l’arrêt de l’écoulement. Dans le même ordre d'idées, il a développé une technique de diagnostic qui faisait appel à la distinction entre différents types de pouls.

    Erasistrate établi une relation entre la complexité accrue de la surface du cerveau humain par rapport à d'autres animaux et son intelligence supérieure. Il a parfois réalisé des expériences pour mener à bien ses recherches et il lui est arrivé de peser à plusieurs reprises un oiseau en cage, en prenant note de la perte de poids entre les périodes d'alimentation. Poursuivant les travaux de son maître sur la respiration, il a affirmé que le système des vaisseaux sanguins du corps humain était contrôlé par le vide, en faisant des prélèvements sanguins à différents endroits du corps. Selon la physiologie d’Erasistrate, l'air pénètre dans l'organisme, est ensuite conduit par les poumons vers le cœur, où il est transformé en esprit vital, et est ensuite pompé par les artères dans tout le corps. Une partie de cet esprit vital atteint le cerveau, où il est transformé en esprit animal, qui est ensuite distribué par les nerfs.

    Afin de mieux connaître l'anatomie interne, Hérophile et Érasistrate ont même pratiqué la vivisection. D'après le témoignage du médecin romain Celse, tous deux examinent la conformation des organes de criminels encore vivants, mis à leur disposition par le roi. La science anatomique reste malgré tout limitée puisque Hérophile, semble-t-il, soutient que les nerfs optiques sont creux.
    Galien
    Né à Pergame en 131, Galien suit des études de médecine à Smyrne, Corinthe et Alexandrie. Pendant quatre ou cinq ans, il exerce auprès de gladiateurs et acquiert une expérience pratique des traumatismes profonds. Après un bref séjour à Rome, il acquiert une telle renommée qu'il est appelé par Marc-Aurèle et Lucius Verus comme chirurgien des armées. Il devient ensuite médecin personnel de Commode et jouit de la faveur impériale jusqu'à la fin de sa carrière.

    La tradition attribue à Galien un grand nombre de traités, dont seul un petit nombre a survécu. Au travers de ces derniers, il démontre une solide connaissance des travaux de ses prédécesseurs (Hippocrate, Hérophile, Érasistrate, Asclépiade) mais aussi de Platon et d'Aristote. Dans Que le meilleur médecin est aussi philosophe, il souligne la nécessité pour le médecin d'avoir une solide formation de logique et de biologie théorique. Il s'élève également contre la cupidité de ses collègues, dont la vocation médicale est motivée par l'appât du gain.

    Ses dissections sur les animaux ont prolongé son savoir en anatomie guidé par un finalisme influencé par Platon. Sa thèse sur la circulation du sang fera longtemps autorité. Pour lui, le sang se forme dans le foie après digestion des aliments. Les artères contiennent du sang et non de l'air comme le pensait Érasistrate. Le sang artériel, chargé des esprits vitaux, subit un mouvement rythmé qui correspond au pouls. Galien complète la théorie humorale d'Hippocrate. Il privilégie le cerveau et non le cœur.
    Postérité de la médecine grecque
    À travers un contact prolongé avec la culture grecque, et la conquête de la Grèce, les Romains ont adopté un grand nombre des idées des grecs sur la médecine. Les réactions de l’Ancien Empire romain à la médecine grecque allaient de l'enthousiasme à l'hostilité, mais finalement les Romains ont adopté une attitude favorable à la médecine d'Hippocrate.

    Cette acceptation a conduit à la propagation des théories médicales grecques dans tout l'Empire romain et donc, une grande partie de l'Occident. Après l'effondrement de l'Empire cependant, le soutien officiel de l’église catholique pour les enseignements de Galien en a fait la seule doctrine médicale politiquement acceptable jusqu'à la Renaissance. Ce soutien a été une des principales raisons de l'énorme impact de son enseignement, en dépit de leur valeur parfois douteuse. Par exemple, la théorie de la saignée a été populaire au XIXe siècle, en dépit de son inefficacité totale et du risque extrême qu’elle faisait courir au patient : de nombreuses personnes, y compris, peut être, George Washington, sont décédées des suites de ce traitement. La médecine est très importante dans la culture grecque, car un mode de vie saine était considéré comme un idéal prioritaire.


    Les œuvres des grands médecins grecs ont pu être en grande partie préservées grâce à Oribase, médecin grec du IVe siècle apr. J.-C. qui a réuni dans sa monumentale synthèse, Collection médicale, les textes médicaux grecs les plus importants. A Alexandrie, au VIe siècle, a été constitué le corpus des Summaria Alexandrinorum, forme sous laquelle l'enseignement d'Hippocrate et de Galien a été transmis au Moyen Âge, d'abord aux Arabes, ensuite aux Occidentaux.
    Bien que quelques précurseurs de l’atomisme dans l’Antiquité, tels que Lucrèce aient contesté le point de vue téléologique des idées d'Aristote sur la vie, la téléologie (et après la montée du christianisme, la théologie naturelle) restera au cœur de la pensée biologique jusqu'aux XVIIe et XIXe siècles. D’où les mots d’Ernst Mayr : «rien n’a été découvert qui eut une véritable conséquence sur la biologie après Lucrèce et Galien jusqu'à la Renaissance». Les idées d’Aristote sur l'histoire naturelle et la médecine ont perduré, mais elles ont été admises aveuglément.
    Professions médicales
    Médecins
    - Médecins et charlatans
    Les traités qui composent le Corpus hippocratique ne sont pas toujours rédigés par ce que nous appellerions un médecin. Aristote reconnaît ainsi trois catégories de personnes habilitées à parler de médecine : le praticien, le professeur de médecine ou médecin savant et l'homme cultivé qui a étudié la médecine au cours de son cursus général. Les sophistes prétendent également pouvoir enseigner, entre autres disciplines, la médecine. Cependant, une distinction se fait jour, dans le Corpus hippocratique lui-même, entre d'une part le médecin et le profane (Sur l'ancienne médecine), d'autre part le médecin et le charlatan (Sur la maladie sacrée).

    En effet, le titre de médecin ne fait l'objet d'aucun contrôle : n'importe qui peut s'établir comme tel. La démonstration de ses talents peut passer par une joute oratoire avec un confrère, mais le meilleur moyen de se constituer une clientèle passe par la pratique quotidienne et la notoriété. En effet, les Grecs ignorent le colloque singulier : le médecin n'est jamais seul avec le patient, que ce soit au cabinet ou en visite ; il intervient devant l'entourage et les éventuels curieux. Il arrive même qu'un confrère s'immisce dans une consultation pour fournir un diagnostic différent : «un malade paraît sans ressource et au médecin qui le soigne et aux autres personnes ; survient un second médecin qui déclare que le malade ne succombera pas, mais qu'il perdra la vue».
    Un mauvais médecin n'est soumis à aucune autre sanction qu'une perte de réputation.
    - Formation
    La formation des médecins se fait la plupart du temps par apprentissage. Les disciples apprennent l'art du diagnostic et du pronostic auprès de leur maître, de même que les actes médicaux : saignées, lavements par clystères, pose de ventouses mais aussi actes chirurgicaux comme la trépanation. D'autres choisissent un cursus plus théorique : ils voyagent dans tout le bassin méditerranéen, fréquentant les différentes écoles de médecine. Ceux qui complètent leur cursus par l'étude des pratiques magiques ne sont pas rares. Ainsi, au Ier siècle ap. J.-C., le médecin Thessalos, après avoir appris la médecine dialectique, se rend-t-il à Diospolis (Thèbes) pour apprendre les vertus des plantes. Cet apprentissage passe pour lui par l'astrologie et par une consultation d'Asclépios, par l'intermédiaire d'un prêtre égyptien.

    Comme c'est le cas pour beaucoup de métiers en Grèce antique, la médecine est une affaire de famille. Hippocrate est fils, petit-fils, père et grand-père de médecins5, il appartient à cette famille des Asclépiades dans laquelle, selon Galien, «les enfants apprennent de leurs parents, dès l'enfance, à disséquer comme à lire et à écrire5». Le serment d'Hippocrate enjoint au médecin de transmettre ses connaissances à ses fils et inversement, il est considéré comme normal pour le fils d'un médecin d'opter pour le métier de son père. Si les médecins sont souvent des hommes libres pouvant recevoir le privilège d’exemption d’impôts, il arrive que des esclaves apprennent la médecine, soit au contact de leur maître, lui-même médecin, soit sur demande de leur maître qui souhaite bénéficier d'un médecin privé. Ces esclaves peuvent alors recevoir comme récompense la citoyenneté.

    Contrairement à l'Égypte, la Grèce ne connaît guère que le médecin généraliste, ni la chirurgie ni la gynécologie ne sont des spécialités. Les écoles de Cos et de Cnide ont tout de même laissé respectivement des traités dans ces deux disciplines. On a connaissance d'ophtalmologistes, soignant à bases de κολλὐρια / kollúria, c'est-à-dire des emplâtres solides, moulés en forme de bâtonnets. Il existe également des dentistes, capables d'obturer les dents cariées. Enfin, les armées comportent des médecins militaires spécialisés dans le pansage des blessés, et des médecins du sport.

    - Médecins publics
    Certains médecins sont payés par la cité elle-même. Ainsi d'un médecin réputé du début du Ve siècle, Démocédès : il fait carrière d'abord à Égine, puis à Athènes et Samos, avant d'être capturé par les Perses et d'entrer au service du roi Darius Ier, qu'il guérit d'une affection au pied. En relatant cet épisode de la vie du Grand Roi, Hérodote affirme, pour la première fois dans la littérature grecque, la supériorité de la médecine grecque sur la médecine égyptienne. À Égine, Démocédès gagne un talent par an dès la seconde année, et à Athènes, cent mines. Une plaque de bronze de la même époque (cf. illustration) nous apprend également qu'un dénommé Onasilos et ses frères sont embauchés par Idalion, à Chypre, pour être médecins publics.

    Le Gorgias décrit la procédure de sélection pratiquée à Athènes : il revient à l'Ecclésia d'examiner les titres des candidats et de sélectionner le plus capable. Ces derniers doivent évoquer leur formation et citer leur maître et présenter le cas de malades qu'ils ont guéris. Le sophiste Gorgias note qu'un bon orateur a plus de chances de l'emporter qu'un confrère plus compétent, mais moins beau parleur.

    Le médecin recruté se voit mettre à disposition un local servant aux consultations. Les médicaments prescrits sont remboursés par l'État grâce à un impôt spécial.
    De manière générale cependant, il s'agit moins de mettre en place un système de soins gratuits, à l'instar des Sécurités sociales modernes, que de disposer d'un médecin compétent toujours à portée de main, dans des cités où l'état sanitaire est souvent précaire d'Athènes de 430-429 av. J.-C.), l'activité sismique souvent présente et où les conflits armés sont fréquents.

    Les inscriptions en l'honneur de médecins publics nous permettent de savoir quelles qualités on attendait d'un tel praticien. Ainsi, une stèle de Samos datée de 201-197 av. J.-C. loue Diodoros, fils de Dioscouridès, pour s'être, lors d'un séisme, «également partagé entre tout le monde pour porter secours à tous » et «avoir placé le secours commun au-dessus de toute fatigue et de toute dépense.»

    Autres professions de santé

    Les remèdes grecs étant élaborés à partir d'épices et de plantes, le pharmacien (φαρμακοπώλης / pharmakopốlês) occupe une place importante dans le système de soins, même s'il arrive que le médecin prépare ses propres remèdes. Le pharmacien prépare les médicaments prescrits par le médecin mais aussi des remèdes vendus directement. Ainsi, dans les Thesmophories (v. 504), Aristophane décrit le mari d'une femme sur le point d'accoucher courant «les boutiques en achetant des spécifiques pour hâter la délivrance.»

    Une autre profession importante est celle de sage-femme. S'il existe quelques femmes médecins, les accoucheuses et infirmières sont bien plus nombreuses. Phénarètè, la mère de Socrate, est sage-femme, et Socrate reprend l'accouchement comme métaphore de son art, la maïeutique.

    Enfin, les pédotribes sont responsables de l'enseignement sportif au sein du gymnase. Apprenant sur le tas le plus souvent, ils sont à la fois diététiciens, masseurs et kinésithérapeutes : ils doivent prendre en charge les entorses, luxations, tendinites et autres traumatismes courants dans la pratique sportive. Certains se convertissent à la médecine à proprement parler : ainsi d'Hérodicos de Sélymbria, mentionné à plusieurs reprises par Platon.




     
  17. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine dans l’antiquité gréco-romaine
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    Médecine durant l'Antiquité romaine

    La médecine de la Rome antique hérite directement de la Médecine en Grèce antique. Les médecins utilisaient des techniques variées faisant appel à différents instruments et pratiquaient aussi, comme les Grecs, divers rituels religieux pour obtenir la guérison, car ils croyaient à l’origine surnaturelle de nombreuses maladies. La médecine était bien moins considérée qu'en Grèce, mais contrairement à la société grecque qui considérait que la santé était une affaire personnelle, le gouvernement romain encourageait l’amélioration de la santé publique. Aussi, à côté d'une médecine privée, s’était instituée une communauté médicale publique et les autorités croyaient à la prévention des maladies en améliorant les conditions sanitaires par la construction d’aqueducs pour amener l’eau dans les villes, la construction de bains publics et de réseaux d’évacuation des eaux usées. Beaucoup de grandes villes, comme Rome, se vantaient de posséder un système d'égouts performant, ce qui se fera de mieux dans le monde occidental jusqu'à la fin des XVIIe et XVIIIe siècles, mais ils n'avaient pas compris que les germes pouvaient être à l’origine de maladies.

    La médecine de l’époque pouvait s'avérer efficace lorsqu'elle était pratiquée par des maîtres bien formés et pratiquant parfois des spécialités comme l’ophtalmologie et l’urologie et les chirurgiens romains disposaient d’une trousse à outils contenant des pinces, des scalpels, des cathéters et des extracteurs de flèche. Ces instruments avaient différents usages et étaient mis à bouillir dans l'eau chaude avant emploi. Pour les interventions, les chirurgiens utilisaient des analgésiques comme l’opium et la scopolamine et l’acide acétique (l'acide du vinaigre) était utilisé pour laver les plaies. Toutefois la médecine pouvait s’avérer inefficace voir dangereuse lorsqu'elle était pratiquée par certains médecins non qualifiés, que l'on taxait d'ailleurs déjà, pour de plus ou moins bonnes raisons, de charlatans.

    Les Romains comme les Grecs avaient des temples de guérison mais chez eux la croyance religieuse avait une place plus réduite, aussi avaient-ils développé des hôpitaux qui permettaient aux patients de se reposer pleinement et de se détendre pour récupérer complètement. En séjournant dans les hôpitaux, les médecins prirent l’habitude d'observer la maladie plutôt que de compter sur le surnaturel pour la guérir.


    L’origine grecque

    Beaucoup d'idées grecques sur la médecine ont été adoptées par les Romains et la médecine grecque a eu une énorme influence sur la médecine romaine, comme en témoigne la fondation du temple d'Esculape (it) sur l'Île Tibérine entre -293 et -290 à l’occasion d’une épidémie. Les premiers médecins apparus à Rome (le premier serait le chirurgien Archagathos en -219) étaient des grecs, capturés et amenés comme prisonniers de guerre. Plus tard les médecins grecs s’installèrent à Rome, car ils pouvaient y trouver des conditions de vie bien meilleures que dans les villes grecques. De plus, on leur accordait la citoyenneté romaine et des exemptions fiscales pour s'établir en ville, bien qu'ils fussent d'abord considérés avec méfiance : ces étrangers se faisaient en effet payer (contrairement aux Romains chez qui les soins étaient pratiqués dans le cadre familial par le père de famille) et exercaient une médecine plus invasive (saignée, cautérisation, pose de ventouses, chirurgie avec des exemples de trépanation ou d'opération d'abcès, de la cataracte au point que certains étaient surnommés carnifex, «bouchers»).

    Les Romains ont également conquis la ville d'Alexandrie, ses bibliothèques et ses universités. Dans les temps anciens Alexandrie a été un pôle important pour l'enseignement (École de médecine d'Alexandrie) et sa Grande Bibliothèque contenait d'innombrables livres techniques et traités, dont beaucoup avaient pour thème la médecine dont le savoir-faire fut mis en texte au Ve siècle av. J.-C.. Ici, les médecins étaient autorisés à effectuer des dissections (comme celles de Claude Galien sur les porcs ou les singes) qui ont conduit à de nombreuses découvertes et à de nombreux progrès en médecine, comme la découverte que le cerveau envoie des messages au corps. Le tabou sur le corps mort est en effet levé depuis la dynastie des Ptolémée qui pratiquent la momification depuis le IIIe siècle av. J.-C.2.

    La médecine grecque était fortement influencée par la théorie des quatre humeurs et par les textes d’Hippocrate et de ses disciples (Corpus hippocratique), qui étaient tous grecs. Ces idées et ces écrits ont également été repris par la médecine romaine.

    Les principaux médecins
    - Asclépiade
    Asclépiade de Bithynie est un médecin, physicien et philosophe grec né à Pruse en Bithynie vers 124 av. J.-C. qui, après avoir exercé en Grèce, s'établit à Rome, y fonde une école privée (l’école grecque dite méthodique) et y obtint de grands succès.
    - Dioscorides
    Pedanius Dioscoride (env. 40 après J.-C.90 après J.-C.) est un médecin, pharmacologue et botaniste grec d’Anazarbe, province de Cilicie, en Asie Mineure, qui exerçait à Rome au cours du règne de Néron. Dioscoride est célèbre pour avoir écrit un livre en cinq volumes de Materia Medica qui est le précurseur de toutes les pharmacopées modernes et est l'un des livres de botanique les plus importants de l'histoire.
    - Soranos
    Soranos d’Ephèse est un médecin grec, né à Éphèse, qui a vécu sous le règne de Trajan et d’Hadrien (AD 98 -138). Selon la Souda , il a exercé à Alexandrie, puis à Rome. Il a été le principal représentant de l'école de médecine connu sous le nom d’École méthodique. Il a écrit un traité intitulé Gynécologie (publié pour la première fois en 1838, et réédité plus tard par Valentin Rose en 1882, avec une traduction latine au VIe siècle par Muscio, un médecin de la même école).
    - Galien
    Galien (AD 129 –ca. 200 ou 216) de Pergame était un médecin grec de l’antiquité, dont les théories ont dominé la médecine occidentale pendant plus d'un millénaire. À l'âge de 20 ans, il a servi pendant quatre ans au temple de sa ville en tant que thérapeute (gardien ou associé) du dieu Asclépios. Bien que Galien ait étudié le corps humain, la dissection de cadavres humains était prohibée par le Droit romain, de sorte qu'à défaut il a utilisé des porcs, des singes et d'autres animaux. Galien s’est installé à Rome en 162. Là, il a donné des conférences, a écrit abondamment et a réalisé des démonstrations publiques de ses connaissances anatomiques. Il a rapidement acquis la réputation d’un médecin expérimenté et attiré à sa consultation un grand nombre de clients. Parmi ceux-ci un des plus connu est le consul Flavius Boethius, qui l’a présenté à la cour impériale, où il est devenu médecin de l'empereur Marc Aurèle. Bien qu’il soit un membre réputé de la Cour, Galien évitait d’utiliser le latin, préférant parler et à écrire dans la langue grecque de son pays natal, une langue qui était très populaire à Rome. Il allait soigner des célébrités romaines comme Lucius Verus, Commode et Septime Sévère. Toutefois, en 166 Galien est retourné à Pergame, où il a vécu jusqu’à ce qu'il retourne à Rome pour de bon en 169.
    L’organisation des soins
    Les services médicaux romains ont été inspirés des services médicaux de la civilisation gréco-étrusque et italiote.
    Depuis l'origine de la médecine méditerranéenne c’est-à-dire égyptienne, les médecins combinaient savoir sur la pharmacopée et la chirurgie. Les premiers établissements médicaux grecs (Aesculapius) doivent dater de l'âge du bronze, et les établissements romains de l'âge du fer. Aux Aesculapium étaient associés des chambres, des thermes, des jardins, des amphithéâtres qui servaient en permanence pour la formation, des temples et des bibliothèques où s'accumulaient des milliers de travaux de référence. Ces ouvrages détaillaient les techniques médicales, la description des maladies, les traitements, les procédures curatives, etc.

    L'importance sociale du médecin, par son pouvoir de vie et de mort sur les malades, a très tôt été reconnue non sans susciter des résistances, incarnées par Caton l'Ancien qui défendait les mœurs austères de la Rome antique contre la décadence apportée par les médecins grecs. Caton l'Ancien, dans son De agri cultura explique comment se préserver des maladies par une vie saine et donne les procédures médicales pour se soigner seul. Il préconise le chou comme médicament miracle. Il considérait la maladie comme une épreuve destinée à former le caractère et peut-être aussi, sans le dire expressément, comme une forme de sélection naturelle. Mais les médecins grecs finirent par s'imposer vers le 1er siècle.

    Type d'institution médicale
    Médecine publique
    Le consul, Caius Julius Mento, en 431 av. J.-C., a consacré un temple médical d'Apollon («le guérisseur»). Il y avait également un temple salut santé») sur le Mons Salutaris, un éperon du Quirinal. Il n'y a cependant aucune preuve que ces temples aient possédé les équipements médicaux liés à un Aesculapium (bâtiment médical d'origine grecque).

    En -293, la construction du premier Aesculapium dans la ville de Rome, sur l'île du Tibre après que des officiels de la République ont consulté les Livres Sibyllins à cause d'une épidémie de peste. Il est inspiré de celui d'Épidaure. On a découvert sur l'île des bains ainsi que des restes de sacrifices et d'offrandes (donaria). Le serpent sacré d'Épidaure a été déplacé rituellement vers le nouveau temple.

    Le centre a fini par couvrir toute l'île qui incorporait un centre de cure à long séjour. Claude a publié une loi libérant les esclaves envoyés pour traitement mais abandonnés là-bas par leur maître. Les Aesculapium fonctionnaient comme les autres temples et les acteurs devaient contribuer par un certain nombre d'actes, payant ou non, qui devaient être inscrits sur des registres. Les Aesculapium étaient sous la responsabilité de magistrats. L’État finançait une partie, au moins, de leur fonctionnement.
    Médecine militaire
    On sait peu de chose sur la médecine militaire sous la République. Les auteurs qui ont décrit l'appareil militaire avant Auguste, comme Tite-Live, expliquent que les blessés étaient cantonnés dans les villages aux alentours des zones de conflit. Il devait cependant exister des médecins civils au service de l'armée. Auguste en professionnalisant l'armée, y joint des médecins, les aerarium. Comme tous les militaires, ils doivent s'engager. Leur période d'engagement est de 16 ans au sein des valetudinaria l'équivalent militaire des aesculapia. Les médecins militaires romains sont bien formés, contrairement à certains homologues civils.
    - Les carrières militaires
    Sous Auguste, les noms des spécialités militaires commencent à être connus. Les milites medici étaient exemptés de toutes autres fonctions (immunes). Les médecins, quels qu'ils soient, avaient une certaine importance et étaient respectés.
    L'administrateur du valetudinarium était l’optio valetudinarii. Il restait soumis au Praetor. Les ailes de cavalerie possédaient leurs medici alarum et les trirèmes de la marine leurs medici triremis. Il existait par ordre d'importance le rang de medicus legionaris puis de medicus cohortis et enfin le medici ordinarii qui est le médecin de base. Les ordinarii avaient le rang d'un centurion sans pour autant commander des hommes. Il existait également des medici castrorum mais il est difficile, car les sources manquent, de faire la différence entre leurs fonctions. Il existe naturellement plusieurs spécialités. Certains sont mieux payés que d'autres comme le medicus duplicarius qui est payé le double.
    À côté des médecins, on suppose qu'il existait des assistants-médecins. Peut-être étaient-ils civils, esclaves ou même soldats de garde. Il n'y avait pas d'infirmier (noscomi) dans l'armée. Les spécialités identifiées sont les vulnerarii, les chirurgiens, les plus nombreux aussi, les capsarii qui intervenaient directement derrière la première ligne. La colonne Trajane dépeint des scènes de bataille, les médecins y intervenant pour évacuer des blessés vers le valetudinarium.
    - Valetudinarium
    Les valetudinaria deviennent permanents dans les camps militaires romains sous Auguste; on a pu, en effet, trouver des outils médicaux lors de fouilles. Ces valetudinaria se composaient d'un quadrilatère de pièces autour d'un jardin où étaient cultivées des plantes médicinales. On retrouvait les mêmes pièces dans ce quadrilatère que dans un Aesculapium c’est-à-dire, en général, une cuisine, des latrines, des bains, une officine de pharmacopée, une morgue... Bien que ne connaissant pas les bactéries, les médecins romains faisaient le nécessaire pour empêcher les infections. Les réservoirs d'eau courante pour boire et se baigner étaient isolés et placés en amont des évacuations d'eau courante et des latrines. Les salles d'attente se trouvaient à l'extérieur de ce quadrilatère.
    Lorsque les capsarii ne pouvaient pas intervenir sur place, des ambulances hippomobiles évacuaient les blessés vers les valetudinaria. Les ambulanciers étaient payés au nombre de blessés sauvés. Les valetudinaria les plus grands pouvaient administrer 400 à 500 lits. Si le nombre de lits disponibles était insuffisant, l'optio valetudinarii pouvait faire évacuer les patients sur les villages alentour, comme sous la République.
    Le medicus (médecin) devait pouvoir traiter n'importe quelle blessure reçue après la bataille.
    Médecine privée
    En 219 av. J.-C. un chirurgien (vulnerarius) du Péloponèse, Archagathus, est invité à rester à Rome. L'état lui confère la citoyenneté et lui fournit un bureau (taberna) près du compitium Acilii. C'est le premier médecin privé connu à Rome.

    Les médecins des pauvres étaient pauvres, les médecins les plus connus, qui servaient les riches étaient riches également. Plaute signale qu'une visite de médecin, pour les pauvres, pouvait valoir moins d'un sesterce. Les médecins n'avaient pas très bonne réputation. Pline l'Ancien souligne la façon dont les marchandages de tarif entre les médecins et les familles des patients moribonds sont mal perçus. En 368, Valentinien promulgue une loi interdisant aux médecins d'accepter les honoraires promis par des malades en danger de mort. Sans formation réelle, la plupart des médecins étaient considérés comme des tricheurs, des menteurs et des charlatans. Ils pouvaient aussi être coiffeur, vendre des cosmétiques, ou de produits miracles, etc.
    Les honoraires étaient variables en fonction des médecins et des clients.
    Par exemple, Antonius Musa qui soigna Auguste pour ses problèmes de nerfs fut non seulement affranchi mais en devenant son médecin personnel, reçu 300 000 sesterces par an pour cette seule charge.


    Les Médecins
    Les médecins étaient sous la République, pour la plupart esclaves et/ou d'origine grecque. Ils n'avaient donc pas la citoyenneté romaine. Seuls, ils restaient cependant influents.

    Les esclaves médecins de la familia avaient pour chefs des affranchis dits superposilus medicorum ou supra snedicos. Il y avait aussi parmi les médecins des esclaves publics, auxquels était probablement confié le soin des autres esclaves de l'État. Dans les latifundia, on entretenait des esclaves médecins à demeure ; mais les petits propriétaires préféraient, du temps de Varron, en louer à l'année de leurs voisins. Les affranchis médecins (liberti medici), comme les esclaves, étaient souvent attachés à des personnages de marque. Caton d'Utique avait pour médecin un affranchi. Antonius Musa, le médecin d'Auguste, était également un affranchi. À Sidyma en Lycie, on lit sur un portique une dédicace de Tibère Claude Epagathos, médecin, affranchi de l'empereur. Une inscription de Magnésie a conservé le souvenir de Tyrannos, originaire de cette ville, qui avait été esclave de la famille impériale, attaché au service médical du palais, puis affranchi par Claude, dont il avait pris les noms. Il était probablement resté au service de Néron, car l'inscription parle des témoignages que les empereurs lui accordèrent pour sa science médicale et pour son caractère. Revenu dans sa patrie, il y jouit d'une haute considération ; la ville de Magnésie décida qu'il serait reçu et traité en hôte public.

    Il existait de nombreuses spécialités de medici et de medicae (femmes médecins dont la distinction avec l’obstetrix, la sage-femme, est souvent délicate mais des femmes médecins du nom de Metilia Donata ou Minucia Astte soignent aussi bien des femmes que des hommes) par exemple ocularius (oculiste), auricularius (pour l'oreille), marsus (pour les morsure de serpent), chirurgii (chirurgien)…

    Les médecins pouvaient être dogmatici, se fondant sur l'enseignement théorique, empirici, se fondant l'empirisme, ou des methodici, qui utilisaient la théorie et les techniques pratiques.
    Plusieurs professions de santé liées à la médecine existaient :
    Le iatromaia (nom grec, la sage-femme),
    le iatralipice (pour l'application des onguents),
    le latrocinor (la chirurgie),
    les pharmacopolae (nom féminin, vendeur de produits médicinaux),
    unguentarii, aromatarii (préparateur de produit médicinaux),
    capsarii (pour les bandages appelés fasce qu'ils détenaient dans leurs besaces appelées capsae),
    nutrix (infirmière),
    obsterix (obstétricien),
    discentes (apprentis médecins).
    Cependant, les médecins restaient fondamentalement des artisans, comme n'importe quelle autre profession de l'époque.
    Responsabilité
    Le médecin était responsable ou criminel en vertu des lois Cornelia de verse/iciis et Cornelia de sicariis :
    Est tenu de la loi Cornelia :
    * celui qui a tué un homme libre ou esclave ;
    * celui qui, dans l'intention de donner la mort, a confectionné et vendu du poison ;
    * celui qui a blessé dans l'intention de tuer ;
    * celui qui a vendu au public des médicaments dangereux, ou en a conservé dans des intentions homicides.
    Est puni des peines portées par cette même loi
    * celui qui hominem libidinis vel promercii causa castraverit.
    Est puni d'une peine spéciale
    * celui qui s'est rendu complice d'un avortement

    Les médecins étaient généralement exempts de poursuites judiciaires pour leurs erreurs. Quelques auteurs se plaignent des meurtres légaux. Cette immunité s'est appliquée seulement aux erreurs de traitement faites sur les hommes libres. La Lex Aquilia, passée vers 286 av. J.-C., a permis de poursuivre les propriétaires d'esclaves et d'animaux négligeant la santé de leur «cheptel» ou malveillants. Les juristes avaient l'habitude d'utiliser cette loi pour poursuivre les médecins qui n'auraient pas, par exemple, eu toute la compétence pour soigner un esclave. La loi admettait également que le maître du médecin esclave était responsable dans la limite de la valeur de l'esclave, qu'il pouvait abandonner au plaignant pour faire lever la poursuite. Les sages-femmes et femmes-médecins étaient soumises aux mêmes responsabilités que les hommes.
    De nombreux exemples nous sont parvenus ou les médecins devaient effectués des travaux de médecine légale : dire si une mort est naturelle, témoigner qu'un patient ne peut se déplacer à un tribunal… Et depuis les origines de Rome puisqu'une loi attribuée est à Numa Pompilius qui prescrivait un examen médical après la mort des femmes enceintes. Cependant la médecine légale n'existe pas officiellement.
    Statut légal
    Il n'y avait pas de diplôme, l'homme pouvait apprendre seul, avec un maître ou dans un Aesculapium. Il avait d'abord le statut d'apprenti (discens), et lorsqu'il devenait suffisamment célèbre et connu, on lui accordait le terme de medicus.

    Tout en encourageant et en soutenant les cabinets publics et privés, les gouvernements romains ont eu une attitude ambivalente avec les corporations de médecins qu'ils trouvaient subversives. D'abord autorisés, ils ont été la plupart du temps rendus illégaux et supprimés. Les collegia medicii, qui dépendaient de leur propre école Scholae Medicorum, n'ont jamais réussi non plus à s'imposer et ont été aussi considérés comme subversifs.

    À partir du IVe siècle, l'État décide de réguler la profession et semble avoir été motivée d'abord par des considérations fiscales. Depuis Jules César, les médecins publics jouissaient d'immunités qui durent amener certaines villes à en accroître le nombre outre mesure, ce qui portait préjudice à, l'État et provoquait une inégale répartition des charges. Antonin le Pieux fixe le nombre de médecin suivant la taille de la ville et, au-dessus de ce nombre, même les plus grandes villes ne peuvent conférer l'immunité. Modestin ajoute que la curie peut diminuer, mais non augmenter le nombre des médecins publics prévus par la loi. Une fois élus, les médecins recevaient l'investiture de la curie, qui leur conférait les immunités et les salaires attachés à l'exercice de leurs fonctions. Ils pouvaient être destitués pour négligence par la même autorité qui les avait élus. L'institution fut réorganisée en 368 par une constitution de Valens et de Valentinien Ier. Sous Alexandre Sévère, la médecine de la maison impériale fut définitivement organisée : de serviteur, le médecin de l'empereur devint fonctionnaire. Un médecin du palais (medicus palatinus) toucha des appointements fixes (salarium) ; six autres reçurent des indemnités en nature (binas aut ternas annonas), qui pouvaient d'ailleurs être converties en argent. La réunion de ces médecins impériaux forma le collège des archiatri palatini ; une constitution de Constantin exempte de toute charge les archiâtres et les ex-archiâtres, c'est-à-dire tous les membres anciens ou actuels du collège. Le titre d'archiâtre ne fut probablement attribué aux médecins impériaux qu'à l'époque de Dioclétien. Les archiatri palatini, étaient alors spectabiles, comites priori ou secundi ordinis et pouvaient s'élever aux plus hautes fonctions politiques et administratives.

    Le Code de Théodose Ier décrit le nouveau système médical imposé par l'État. À la tête de l'appareil de santé de l'État se trouvait un Dux ou Vicaire de l'empereur. Il porte le titre de Comes archiatorum (du ἀρχή, chef et ἴατρος, soigneur) et devait, par la loi, être noble.

    Aux niveaux suivants de la hiérarchie se trouvaient les archiâtres (archiatri), ou plus populairement les protomedici, les supra medicos, le domini medicorum ou les superpositi medicorum. Ils étaient payés par l'État. Ils étaient chargés de contrôler les activités des médecins dans la zone qui leur étaient attribuée. Leurs familles étaient exemptes d'impôts. Elles ne pouvaient pas être poursuivies et les troupes militaires ne pouvaient pas occuper leur maison.
    Les archiatri étaient divisés en deux groupes :
    Archiatri sancti Palatii, qui étaient des médecins de palais
    Archiatri Populares. Ils étaient chargés de s'occuper des pauvres.
    Les archiatri réglaient tous les conflits médicaux, il y en eu, par exemple 14 à Rome.
    Médecins célèbres
    CELSUS, Aurelius Cornelius / CELSE. 1er siècle
    - Historiographie
    Les médecins ont aimé écrire, mais la plupart de leurs livres ont été perdus. Tiberius Claudius Menecrates a composé 150 ouvrages médicaux, dont seulement quelques fragments demeurent. Aulus Cornelius Celsus avec son De Medicina, au Ier siècle est l'un des seuls auteurs latins connu. Il n’était pas un médecin mais un polygraphe, c’est-à-dire un auteur qui écrit sur des thèmes variés. Ses traités, tous perdus, portaient aussi bien sur le droit que sur l’agriculture ou la rhétorique. Il a fait connaître la médecine, mais il ne lui a fait accomplir aucun progrès. Il est cependant le premier à avoir décrit l’opération de la cataracte. Certains traités de médecine moderne mentionnent encore le «quadrilatère de Celse» qui énonce les symptômes qui signalent qu’une plaie est infectée : tumor, rubor, calor, dolor. Archigène d'Apamée (le premier utilisateur du spéculum), Rufus d'Éphèse (qui décrira la peste et la lèpre), Dioscoride l'expert des herbes aromatiques (auteur du De materia medica, ouvrage sur la thérapeutique).
    L'Histoire naturelle contenant de nombreuses descriptions de traitement en vogue dans la Rome traditionnelle, de Pline l'Ancien est devenue un paradigme pour tous les travaux suivants, bien que Pline n'ait pas été un médecin lui-même. Au IIe siècle, certaines œuvres nous sont parvenues en totalité ou presque comme celle de Claude Galien.
    Les esclaves attachés aux grandes maisons, en particulier à la maison impériale, sont souvent mentionnés dans les textes épigraphiques, par exemple dans les épitaphes du Columbarium de Livie, qui nomment un médecin et un chirurgien. On retrouve également des traces de leurs activités dans les comptes rendus de procès.
    - Histoire
    Le plus remarquable de ces médecins impériaux fut Xénophon de Cos, qui fut le médecin de deux empereurs et qui fit fortune.
    Les médecins grecs à Rome
    Dans la société grecque, des médecins étaient plutôt des nobles. Asclépios dans l'Iliade est noble. Tous les médecins grecs ont finalement pris le nom d’Aesculapiadae, «fils d'Aesculapius». Ils avaient fondé une corporation religieuse connue sous le nom d’Asklepiastai. Hippocrate était le plus célèbre d'entre eux. Après la soumission de la Grèce, la médecine grecque fut introduite à Rome par des Grecs asservis et des Grecs invités à enseigner. Une lecture des noms des médecins romains prouve que pour la majorité, ils sont Grecs et que plusieurs des médecins étaient d'origine servile. Il est ironique de voir que certains hommes libres étaient à la merci d'esclaves plus savants qu'eux. Tous les médecins d'origine grecque vont acquérir, à Rome, la citoyenneté sous Jules César.
    Durant toute l'ère romaine, les médecins grecs vont être très renommés et très courtisés, qu'ils viennent de Grèce, d'Alexandrie ou d'Asie mineure. Les œuvres des grands médecins grecs ont pu être en grande partie préservées grâce à Oribase, médecin grec du IVe siècle qui a réuni dans sa monumentale synthèse, collection médicale, les textes médicaux grecs les plus importants.
    Durant toute l'ère romaine, les médecins grecs vont être très renommés et très courtisés, qu'ils viennent de Grèce, d'Alexandrie ou d'Asie mineure. Les œuvres des grands médecins grecs ont pu être en grande partie préservées grâce à Oribase, médecin grec du IVe siècle qui a réuni dans sa monumentale synthèse, collection médicale, les textes médicaux grecs les plus importants.

    Études de médecine

    La première école de médecine s'ouvre en 14 sous Auguste et l'enseignement y est donné en grec. Il a été mis en place des systèmes d'accréditations délivrées par les organismes sacerdotaux ou de familles illustres de médecins cependant la plupart des médecins n'avaient pas les moyens de suivre les cours de l'Aesculapium et apprenait avec un maître, lui-même plus ou moins formés. Lorsque sa clientèle était suffisamment développée, l'apprenti (discens) devenait médecin (medicus). Les savoirs médicaux à acquérir étaient basés sur les savoirs en pharmacologie et phytothérapie, les savoirs anatomiques pour la chirurgie et le diagnostic, les savoirs religieux pour les prières indispensables, des savoirs empiriques comme pour l'hygiène ; la plupart des savoirs théoriques étaient peu appréciés des romains.

    Les médecins se répartissaient en écoles qui traitaient d'après certains principes généraux, empiriques, méthodiques, pneumatiques, éclectiques, ou en faisant prévaloir l'emploi de certains moyens curatifs ou diététiques, tels que la gymnastique, l'hydrothérapie, l'oinothérapie, etc. La chirurgie et la médecine n'étaient pas généralement exercées par les mêmes praticiens, bien que le chirurgien soit aussi qualifié de medicus.


    L'aspect religieux
    Le centaure Chiron passait pour avoir enseigné à Esculape l'art de guérir, en même temps que les incantations.
    L'inscription découverte à Épidaure, où Apellas relate sa guérison, donne les détails d'un traitement diététique et psychique où le charlatanisme théurgique a peu de part, et nombre d'autres témoignages du même genre existe, sans en excepter le névropathe Aristide. Mais ce qu'il y a de raisonnable dans la médecine sacerdotale est précisément ce qu'elle a emprunté à la médecine séculière ; le seul élément utile qu'elle y ait ajouté est ce que nous appelons aujourd'hui la suggestion, méthode curative commune à tous les charlatanismes, et croyances médico-religieuses. Depuis l'époque alexandrine, elle s'est de plus en plus altérée par un mélange de moyens magiques et théurgiques, cela tient précisément aux atteintes profondes que reçut le génie hellénique du fait de sa diffusion dans des pays et chez des peuples où le rationalisme scientifique n'existait pas. Il faut également tenir compte, après le IVe siècle, de l'influence du mystique chrétien.

    Outre Esculape ou Asclépios, voici une liste de divinités liées à la santé :
    1. Angita (guérison + sorcellerie)
    2. Angitia (santé, poison) ou anguitina
    3. Carna (organe, santé)
    4. Clitumnus (santé en Ombrie)
    5. Endovelicus (ibérique santé)
    6. Febris (santé fièvre)
    7. Salus (hygiène)
    8. Meditrina (vin et santé)
    9. Valentia (santé)
    10. Veiovis (santé)
    11. Lucine (accouchement)
    La maladie
    Les médecins de l'antiquité avaient compris que l'état général d'un patient influençait son risque de contracter une maladie. Le serment d'Hippocrate obligeait les médecins à donner l'exemple par une vie saine. Ils considéraient que la première cause des maladies était l'absence d'hygiène de vie ; il fallait travailler au grand air et vivre sainement.
    Végèce -
    (Publius Flavius Vegetius Renatus) est un écrivain romain de la fin du IVe et du début du Ve siècle qui a laissé deux livres dont le succès ne s'est jamais démenti tout au long du Moyen Âge et de l'époque moderne, l'un sur la tactique militaire romaine, Epitoma rei militaris (ou De re militari), l'autre sur la médecine vétérinaire, Digesta artis mulomedicinae (ou plus simplement Mulomedicina) - expose également qu'éviter aux légions de traverser les zones marécageuses, leurs évitent les maladies.
    Lorsqu'une personne devient malade (aeger), elle se languit, devient nauséeuse (nausea) et tombe dans la mort - (incidere in morbum). Les médecins soignent la maladie (curare morbum) et prescrivent des médicaments (medicus) ou des comportements (regimina). Si la maladie persiste, le patient se rend au cabinet du clinicus et s'installe sur le lit (clinum). Si la maladie est suffisamment grave pour que le patient ne puisse se déplacer, il fait appel à un chirurgius.
    Hygiène
    C'est dans la maîtrise de l'hygiène que les médecins romains sont peut-être les plus surprenants. Bien que ne connaissant pas l'existence des bactéries, ils savaient qu'ils devaient faire bouillir leurs instruments de chirurgie, qu'il ne fallait pas mélanger eaux usées et eaux propres... Par ailleurs, ils attachaient la plus grande importance à la qualité de l'eau qu'ils buvaient et dans laquelle ils se baignaient régulièrement.
    Chirurgie
    On a découvert des instruments de chirurgie datant de cette époque qui seraient très familiers à un chirurgien moderne, on en conclut qu'en matière de chirurgie le savoir des médecins romains n'a pu être égalé qu'après la renaissance voire l'époque moderne.

    Les chirurgiens utilisaient scalpels, crochets, leviers, sondes, forceps, cathéters, spéculums sur des patients anesthésiés avec de l'extrait de pavot, de (morphine) et de l'extrait de jusquiame noire (scopolamine). On savait opérer les calculs, hernies, plaies ouvertes, réaliser des trépanations. On savait également opérer certaines cataractes avec des aiguilles. Les instruments étaient bouillis avant emploi. Les blessures étaient lavées en vinaigre et piquées. On utilisait la traction pour remettre en place les os fracturés ou traiter les luxations. On a découvert des spéculums anaux et vaginaux ce qui implique les médecins romains examinaient la taille et l'état des organes internes accessibles par les orifices naturels et étaient capables de faire ainsi des diagnostics ou de pratiquer des interventions.

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    Image postée le 9 mars 2008 à 15:13 par G.dallorto
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    D'autres instruments médicaux étaient utilisés dans la Rome antique :
    Les crochets à os : Ces instruments longs et fins sont principalement utilisés pour découper les tissus. Les Grecs ont également utilisé cet outil. Les crochets sont classés en deux catégories : pointus et durs. Les crochets pointus ont été utilisés pour enlever les tissus mous après les blessures et les crochets durs ont été utilisés pour les dissections.
    Les foreuses à os : elles sont à l'image d'un tire bouchon. C’est à cela que ressemblait une perceuse à os. Les perceuses à os ont été utilisées pour enlever les tissus osseux abîmés du crâne ou pour retirer un corps étranger. Des outils similaires ont été utilisés par l'homme préhistorique pour éliminer les mauvais esprits.
    Spatule: Cet instrument a été utilisé pour mélanger divers onguents et les appliquer aux patients.
    Scie chirurgicale : Cet instrument a été utilisé pour couper les os au cours des amputations et des interventions chirurgicales.
    Sonde : Cet instrument a été utilisé pour examiner attentivement une blessure avant de la soigner.
    cathéter : pour le sondage urinaire. Il n'était probablement beaucoup moins bien toléré que les sondes modernes du fait que les cathéters romains étaient en métal, en général en bronze.
    Obstétrique et gynécologie
    On a découvert des spéculums qui suggèrent que la gynécologie ait été pratiquée.
    L’oculisme
    Une stèle gallo-romaine découverte aux Ronchers (Meuse) est conservée au musée de Bar-le-Duc. Le registre supérieur représente un oculiste inspectant l'œil d'une patiente en abaissant la paupière à l'aide d'un petit instrument; au registre inférieur le médecin est figuré auprès du lit d'un malade. L'oculiste, médecin ou chirurgien, s'appelait chirurgus ocularius, medicus ocularius ab oculis ou opittalmicus. Les oculistes de la région nord-ouest de l'Empire nous ont laissé plus de deux cents cachets. Un cachet d'oculiste est une plaquette prismatique, généralement en serpentine, en stéatite ou en schiste ardoisier.
    Les tranches portent des inscriptions latines gravées à rebours, mentionnant :
    • les noms de l'oculiste, inventeur ou vendeur d'un collyre; L'indication du nom de l'oculiste fait rarement défaut". Quelques cachets portent deux ou trois noms, témoignant d'une succession ou d'une association d'oculistes, ou de l'exploitation par un oculiste
    • le nom (grec. mais latinisé) et l'usage du collyre
    •parfois son mode d'emploi.
    La pharmacopée
    L'antiquité n'a pas connu l'équivalent du pharmacien moderne, qui exécute, sur l'ordre du médecin et sous le contrôle de l'État, des prescriptions magistrales ou officinales. En principe, le médecin préparait lui-même ses médicaments ; il pouvait en acheter les ingrédients chez le pharmacopole, sorte d'herboriste qui, à son tour, se fournissait de plantes médicinales chez le rhizotome. À l'origine, la cueillette des simples souvent accompagnée de cérémonies magiques et effectuée dans certaines circonstances seulement constituait une partie essentielle de l'art de guérir. Les romains connaissaient de nombreuses plantes et remèdes, leur pharmacopée se basant essentiellement sur trois traités : la matière médicale (Materia medica (en)) de Dioscoride, les livres 28 à 30 de l’Histoire naturelle de Pline l'Ancien et Remèdes des légumes et des fruits (Medicinae ex holeribus et pomis) de Quintus Gargilius Martialis.

    Parmi les plantes utilisées en médecine dans la Rome antique citons les suivantes :
    Le fenouil : On lui attribuait des propriétés calmantes.
    La grande aunée : utilisée pour faciliter la digestion.
    La sauge : Bien qu'elle ait peu de valeur médicinale, elle a une grande importance religieuse.
    L’ail : bénéfique pour la santé, en particulier le cœur.
    Le fenugrec: utilisé pour le traitement de la pneumonie.
    La moutarde
    Le romarin
    Le silphium: Utilisé pour une grande variété de maladies et - en particulier pour le contrôle des naissances.
    Ces savoirs pouvaient également être utilisés pour fabriquer des poisons et il nous est parvenu plusieurs histoires ou des médecins ont utilisé leurs connaissances dans ce domaine. Eudème, ami et médecin de Livie, femme de Drusus César, fils de Tibère, aida à empoisonner Drusus, de complicité avec Livie, en l'an 23 après J.-C..

    Exemple de préparation médicinale : Tetrapharmacum

    Le tetrapharmacum fut une composition pharmaceutique bien connue dans la médecine greco-romaine, dont les constituants furent la cire, la résine de pin, la poix et le lard (surtout le lard de porc).
    Cette composition donna son nom à un plat des plus somptueux de la cuisine romaine. Selon la Vie d'Hadrien de Marius Maximus (perdue, mais reprise dans l' Histoire Auguste) ce plat composé de faisan, tétine de porc, sanglier et jambon en croûte fut inventé par Aelius Verus et apprécié par son père adoptif, l'empereur Hadrien, et plus tard par Alexandre Sévère.



    Voir aussi :


     
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    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Médecine dans l’antiquité gréco-romaine
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    Médecine dans l'Empire byzantin


    Le terme médecine Byzantine désigne la médecine pratiquée dans l’Empire byzantin à partir de 400 AD jusqu’aux environs de 1453 AD. Elle est issue en grande partie des connaissances de la Grèce antique et de la Rome antique. La médecine était une des sciences où les Byzantins ont dépassé leurs prédécesseurs gréco-romains. En conséquence, la médecine byzantine a eu une influence significative sur la médecine arabo-musulmane et le renouveau de la médecine en Europe occidentale à la Renaissance.


    Les médecins Byzantins ont souvent compilé et formalisé leurs connaissances médicales dans des manuels. Ces livres sont souvent richement décorés et illustrés de magnifiques enluminures, mettant en valeur les sujets traités. Le Recueil des Pleiades (en grec Epitomes iatrikes biblio hepta ou Encyclopédie médicale en sept volumes), écrite par le médecin le plus réputé de l’époque, Paul d'Égine, revêt une importance particulière. Le traité a été écrit à la fin du VIIe siècle et a été utilisé comme manuel de référence pendant 800 ans.

    La fin de l'Antiquité a donné lieu à une révolution dans le domaine médical et de nombreuses sources mentionnent la fondation d’hôpitaux (bien que l’on puisse faire remonter leur origine, dans l’acception militaire du terme, à la Rome impériale et même au-delà). Constantinople était sans doute le centre de cette activité au Moyen Âge, en raison de sa position géographique, de sa richesse et des connaissances accumulées.


    Contexte historique

    Sans doute le premier médecin byzantin est-il l'auteur du manuscrit connu sous le nom de Dioscurides de Vienne, écrit pour la fille de l'Empereur Olybrius en 515. Comme la plupart des médecins byzantins, il plaçait ses travaux sous l’autorité des médecins de l’antiquité comme Galien et Hippocrate, ce qui ne veut pas dire que les médecins byzantins n'ont pas apporté de corrections à l’œuvre des "pères de la médecine" ni été à l’origine de contributions originales. Oribase qui a peut-être été le plus grand compilateur byzantin de connaissances médicales, a procédé à de nombreuses révisions en corrigeant les méthodes anciennes lorsqu’elles étaient erronées. Plusieurs de ses œuvres, ainsi que celles de nombreux autres médecins byzantins, ont été traduites en latin, et parfois, au cours du Siècle des Lumières et à l’époque des philosophes, en anglais et en français.


    Un autre traité Byzantin, celui de Nicolas Myrepsos datant du treizième siècle, est resté le principal codex pharmaceutique de la faculté de médecine de Paris jusqu'en 1651, tandis que les observations du médecin Byzantin Demetrios Pepagomenos (XVe siècle) sur la goutte ont été traduites et publiées en latin par le grand humaniste post-byzantin, Marcus Musurus, à Venise en 1517. Par conséquent, on pourrait faire valoir que l’ancienne croyance selon laquelle Byzance n’aurait été qu’un simple «transmetteur» des connaissances médicales de l’antiquité redécouvertes à la Renaissance sont en fait totalement fausses. Il est déjà connu, par exemple, qu’à la fin du XIIe siècle un médecin latin de Salerne (Roger de Salerne), a été influencé par les traités des médecins byzantins Aetius et Alexandre de Tralles, ainsi que Paul d'Égine.


    Le dernier grand médecin byzantin était Actuarius qui a vécu au début du XIVe siècle à Constantinople. Ses observations sur l’examen des urines a établi les fondations des études ultérieures dans ce domaine. Toutefois, à partir de la fin du XIIe siècle à la fin jusqu’à 1453, il y a eu très peu d'évolution des connaissances médicales, principalement en raison de l'agitation à laquelle l'Empire était confronté sur deux fronts, à la suite de la résurrection de l’Empire latin et de la diminution de la population de Constantinople en raison de la peste et de la guerre. Néanmoins, la médecine byzantine est extrêmement importante à la fois en termes de nouvelles découvertes faites au cours de cette période (à un moment où l'Europe occidentale était en pleine décadence), qu’en termes de préservation soigneuse des connaissances de l'antiquité grecque et romaine par le biais de compilation et de révision des textes anciens et enfin, le rôle qu'elle avait joué dans la transmission des connaissances à la fois aux Italiens de la Renaissance et aux Arabes.


    Hôpitaux

    Une contribution importante de Byzance est sans doute le fait qu'il a été le premier Empire à posséder des établissements médicaux - généralement mis en place par l’Église ou l'État, qui ont prospéré de la même manière que les hôpitaux modernes. Bien qu’il existât des établissements similaires dans la Grèce et la Rome antique, ils étaient différents dans la mesure où il s’agissait généralement soit d’institutions destinées à un usage militaire, soit de lieux où les citoyens venaient mourir en paix. Les établissements médicaux de ce type étaient fréquents dans les villes impériales comme Constantinople et plus tard Thessalonique.


    Le premier hôpital a été construit par Basile de Césarée à la fin du quatrième siècle, et bien que ces institutions aient prospéré, c'est seulement à partir du 8e et 9e siècles qu'ils ont commencé à apparaître dans les villes de province (bien que les subventions de Justinien aux médecins du secteur privé pour travailler dans le secteur public six mois par an puisse être considéré comme le point de départ d’une véritable percée). La médecine byzantine était basée entièrement sur des centres hospitaliers ou des dispensaires pour les soins ambulatoires faisant partie d’un complexe hospitalier et il y existait une hiérarchie avec un médecin-chef (archiatroi), des infirmières professionnelles (hypourgoi) et des aides soignants (hyperetai).
    Les médecins eux-mêmes étaient bien formés et très probablement diplômés de l'Université de Constantinople puisque la médecine était devenue une véritable discipline universitaire pendant la période Byzantine (malgré l'importance des grands médecins de l'Antiquité, son statut de science a été grandement amélioré par son intégration dans les structures d’enseignement (en particulier à l'Université de Constantinople). Cette rigidité à travers le professionnalisme (similaire au professionnalisme existant dans la fonction publique byzantine) présente de nombreuses similitudes avec les hôpitaux modernes d'aujourd'hui, et ces comparaisons sont presque toujours faites par les chercheurs actuels étudiant ce domaine particulier. Ainsi, nous savons qu’au douzième siècle, Constantinople possédait deux hôpitaux biens organisés et encadrés par des médecins spécialistes (comprenant des femmes médecins), avec des salles distinctes pour différents types de Maladies et des méthodes de traitement formalisées
    Christianisme

    Le Christianisme a toujours joué un rôle clé dans la construction et l'entretien des hôpitaux, comme il l'a fait dans la plupart des autres régions de l'Empire. De nombreux hôpitaux ont été construits et mis en place par les évêques dans leurs diocèses respectifs. Les hôpitaux sont presque toujours construits à proximité ou autour des Eglises et l’accent a été mis sur l'idée de guérison par le biais du salut - Quand la médecine échouait, les médecins demandaient à leurs patients de prier. Lorsque les problèmes posés par les iconoclastes ont été résolus, les saints qui étaient généralement invoqués étaient Saint Cosmes et Saint Damien qui ont été mis à mort par Dioclétien en 303 et qui sont les saints patrons de la médecine et des médecins.

    Le christianisme a également joué un rôle clé dans la propagation de l'idée de charité, la médecine est devenue, selon Gary Ferngren, accessible à tous et ... facile. Cette idée, ainsi que les moyens importants dont disposaient les médecins byzantins ont été la traduction du fait que, pour la première fois dans l'histoire, l'Etat s’est véritablement investi dans l’organisation d’un système public de soins de santé.



     
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    Médecine au Moyen Âge


    Médecine médiévale

    La médecine médiévale en Europe occidentale était issue d’un mélange d'idées héritées de l'Antiquité, d’influences spirituelles diverses et, de ce que Claude Lévi-Strauss a délimité comme le champ du chamanisme ainsi que d’un consensus social. À l’époque, il n'y avait pas de tradition de médecine scientifique et les points de vue ont évolué en fonction de diverses influences spirituelles. Il faudra attendre le siècle des Lumières pour voir éclore une rigueur scientifique faite de rationalisme teinté de pragmatisme empirique.

    Au début du Moyen Âge, à la suite de la chute de l'Empire romain, les connaissances médicales reconnues se fondaient principalement sur les textes médicaux de l’Antiquité grecque et romaine ayant échappé à la destruction et conservés dans les monastères ou diverses bibliothèques. Les idées sur l'origine des maladies et leur traitement n'étaient toutefois pas purement d’ordre séculier, mais étaient également basées sur une vision du monde, dans laquelle des facteurs tels que le Destin, le Péché et les influences astrales jouaient un rôle aussi important que les causes physiques. L'efficacité des traitements était également liée aux croyances du patient et du médecin, davantage fondées sur des données empiriques que sur des faits rationnels, de sorte que l’utilisation des Remedia physicalia (remèdes physiques) était souvent subordonnée à une intervention spirituelle.

    Influences

    Dans la première période du Moyen Âge, il n'y avait pas de réseau organisé de médecine. À défaut de structure adaptée, quelqu'un qui était victime d’une blessure ou d’une maladie pouvait se tourner vers la médecine traditionnelle, la prière, l’astrologie, la magie, le mysticisme ou vers un médecin, s'il y en avait un de disponible. Les frontières entre chaque profession étaient imprécises et mouvantes. Les textes médicaux classiques comme, par exemple, ceux de Galien, étaient largement fondés sur le principe d'autorité plutôt que sur une confirmation expérimentale.

    Lorsque l'influence du christianisme a augmenté, une tension est apparue entre l'Église et la médecine populaire, du fait qu’une grande partie de la médecine populaire était fondée sur la magie ou le mysticisme et puisait son origine à des sources qui n'étaient pas compatibles avec la foi chrétienne. La magie et les incantations étaient utilisées en association avec les herbes et les remèdes. Ces formules magiques et ces sortilèges ont dû être distingués des remèdes physiques ou remplacés par des prières ou des dévotions chrétiennes. De même, cette dépendance à l'égard du pouvoir des herbes ou des pierres précieuses trouve une explication à travers le christianisme.


    L’Église enseigne que Dieu envoie parfois la maladie comme punition et que, dans ces cas, le repentir pourrait amener à la guérison. Cette croyance a conduit à recourir à des pratiques comme la pénitence et le pèlerinage, comme étant des moyens de guérir d’une maladie. Au Moyen Âge, certaines personnes ne considéraient pas la médecine comme une profession convenable pour les chrétiens, du fait qu’ils croyaient que la maladie était souvent une punition du ciel. Dieu était considéré comme le médecin divin qui envoyait la maladie ou la guérison selon sa volonté. Toutefois, de nombreux ordres monastiques, en particulier les bénédictins, considéraient les soins aux malades comme une œuvre de miséricorde.

    La médecine médiévale européenne s’est davantage développée au cours de la Renaissance du XIIe siècle, lorsque de nombreux textes médicaux en arabe provenant à la fois de la médecine grecque et de la médecine arabo-musulmane ont été traduits au cours du XIIe siècle. Parmi ces textes, celui qui a eu le plus d’influence a été le Canon de la médecine d’Avicenne, une encyclopédie médicale écrite vers 1030 qui fait la synthèse entre la médecine grecque, la médecine de l’Inde ancienne et la pratique des médecins musulmans jusqu'au moment de sa rédaction. Le Canon est devenu un texte faisant autorité pour l'enseignement de la médecine en Europe jusqu'à l’époque moderne. D'autres textes médicaux importants ont été traduits à la même époque dont le Corpus hippocratique attribué à Hippocrate, le De Gradibus d’Al-Kindi, le Liber pantegni d’Haly Abbas et Isaac Israeli ben Salomon, le Al-Tasrif d’Abulcasis (Abu Al-Qasim), ainsi que les écrits de Galien.

    Contexte : le système médiéval
    Dans les zones les moins touchées par les bouleversements de la chute de l'empire occidental, une théorie unifiée de la médecine a commencé à se développer, en grande partie fondée sur les écrits des médecins grecs tels qu’Hippocrate, 460 av. J.-C. - 377 av. J.-C., et Galien, né en 130. Hippocrate a écrit des textes sur les maladies, la chirurgie et les fractures ainsi que sur l’anatomie humaine. Galien a écrit plus de cinq cents traités sur la physiologie, l’hygiène, la diététique, la pathologie, la pharmacologie, et est crédité d’avoir découvert la façon dont la moelle épinière contrôle les différents muscles. À partir de ses dissections, il a décrit les valves du cœur, et déterminé le rôle de la vessie et des reins.Galien de Pergame, grec lui aussi, était le plus important médecin de cette période, et le second après Hippocrate, dans l'histoire de la médecine dans l'Antiquité. Compte tenu de son autorité incontestée sur la médecine au Moyen Âge, ses principales doctrines nécessitent d’être développées.
    Galien a décrit les quatre symptômes classiques de l'inflammation (rougeur, douleur, chaleur et œdème) et beaucoup contribué à la connaissance des maladies infectieuses et de la pharmacologie. Ses connaissances anatomiques de l'homme étaient entachées d’erreurs, car fondées sur la dissection des singes. Certains enseignements de Galien ont eu tendance à freiner les progrès de la médecine. Sa théorie, par exemple, selon laquelle le sang transportait le pneuma, ou l'esprit de vie, et qui lui donnait sa couleur rouge, associée à la notion erronée selon laquelle le sang traversait une paroi poreuse entre les ventricules du coeur, a retardé la compréhension de la circulation sanguine et a beaucoup contribué à décourager la recherche en physiologie. Ses travaux les plus importants cependant, ont concerné la structure et la fonction des muscles ainsi que la fonction des aires de la moelle épinière. Il a aussi excellé dans le diagnostic et le pronostic. L'importance du travail de Galien ne peut être sous estimée, car à travers ses écrits, les acquis de la médecine grecque été transmis au monde occidental par les Arabes.
    Les traductions anglo-saxones des œuvres classiques comme celle de Dioscoride sur les herbes ayant traversé le seuil du Xe siècle, montrent la persistance des éléments de la connaissance médicale classique. Des recueils comme le Leechbook de Bald (vers 900) comportent des citations provenant d'œuvres classiques, et transmettent des remèdes populaires enracinés dans les traditions locales.

    Bien que dans l 'Empire byzantin la pratique organisée de la médecine n'ait jamais cessé, (voir médecine dans l'Empire byzantin), la renaissance de l'enseignement médical méthodique à partir des textes classiques en Occident peut être attribuée à la Schola Medica Salernitana, fondée par des moines dans le sud de l'Italie, au onzième siècle. À Salerne les textes médicaux de Byzance et du monde arabe étaient facilement disponibles, traduits du grec et de l’arabe dans un monastère situé à proximité, au Mont Cassin. Les maîtres Salernitains ont progressivement mis en place un corpus de textes, connu sous le nom d’ars medicinae (l'art de la médecine) ou articella (art mineur), qui est devenu la base de l'enseignement de la médecine en Europe pour plusieurs siècles.À partir de la fondation de l 'Université de Paris (1150), de l’Université de Bologne (1158), de l’Université d'Oxford, (1167), de l’Université de Montpellier(1220) et de l’Université de Padoue (1222), les œuvres des précurseurs de Salerne ont été diffusées à travers l'Europe entière et, à partir du treizième siècle, la position dominante dans l’enseignement de la médecine a été transférée à ces nouvelles universités. Pour être reconnu docteur en médecine il fallait dix ans de formation, en incluant la formation initiale aux arts, de sorte que le nombre de médecins ainsi qualifiés est resté relativement faible.Au cours des croisades, la médecine européenne a commencé à être influencée par la médecine arabe. Beaucoup d'encre a coulé sur le supposé dégoût d’Oussama Ibn Mounqidh pour la médecine européenne, mais quiconque lit le texte intégral de son autobiographie constatera que son expérience de première main de la médecine européenne est positive, -il décrit un médecin européen traitant avec succès des plaies infectées avec du vinaigre, et recommande un traitement pour les écrouelles, qui lui a été enseigné par un Franc anonyme.
    Au cours du treizième siècle, de nombreuses villes européennes exigeaient que les médecins suivent plusieurs années d'études ou de formation avant de pouvoir pratiquer leur art. La chirurgie avait un statut inférieur à celui de la médecine proprement dite, depuis ses débuts comme tradition artisanale, jusqu'à ce que Roger Frugardi, à Parme, compose son traité de chirurgie aux environs de 1180. Une profusion de travaux italiens d'une grande portée ont été réalisés au cours du siècle suivant, et leur enseignement s’est propagé plus tard dans le reste de l'Europe. Entre 1350 et 1365 Théodoric Borgognoni a élaboré un traité exhaustif de chirurgie en quatre volumes, la Cyrurgia, qui a fait connaître des innovations importantes, et a été à l’origine de l’utilisations des antiseptiques dans le traitement des blessures, ainsi que de l’anesthésie à l’aide d’un mélange d'opiacés et d'herbes, lors des interventions chirurgicales.

    La grande crise de la médecine européenne est survenue avec l’épidémie de peste noire, au XIVe siècle. Les théories médicales en vigueur évoquaient pour sa cause davantage des explications religieuses plutôt que des données scientifiques – le tout en pure perte puisque près d'un tiers de la population de l'Europe a été décimé.
    - Doctrines médicales
    Le principe sous-jacent de la médecine médiévale a été la Théorie des humeurs. Elle trouve son origine dans les ouvrages médicaux de l’antiquité et a dominé la médecine occidentale jusqu'au XIXe siècle.
    Dans le contexte de l’époque la doctrine médicale s’inspire de la théorie des quatre éléments qui remonte à Aristote, et qui a été reprise par Saint Thomas d'Aquin (XIIIe siècle) : les scientifiques d'une physique-chimie débutante pensaient que le monde n'était formé que de quatre éléments : terre, eau, feu et air.
    La théorie dite des «humeurs» professait que, chez chaque individu, il existait quatre humeurs, ou fluides principaux - la bile noire, la bile jaune, le flegme et le sang, qui étaient produits par différents organes du corps et qui devaient être en équilibre pour qu’une personne restât en bonne santé. Trop de flegme dans le corps, par exemple, provoquait des troubles pulmonaires et l'organisme tentait de tousser et de cracher le flegme pour rétablir l’équilibre. L’harmonie des humeurs chez l'homme pouvait être obtenue par un régime alimentaire ou des médicaments et par la saignée, en utilisant les sangsues. Les quatre humeurs ont également été associées aux quatre saisons, la bile noire à l’automne, la bile jaune à l'été, le flegme à l’hiver et le sang au printemps.
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    Les signes astrologiques du Zodiaque ont également été associés à certaines humeurs. De nos jours on utilise encore les mots colérique, sanguin, phlegmatique et mélancolique pour décrire les personnalités ou tempéraments.
    L'utilisation d'herbes s’imbriquait parfaitement et naturellement avec ce système, l’efficacité des plantes médicinales étant attribuée à leur action sur les humeurs de l'organisme. L'utilisation d'herbes a également suscité l’émergence d’une doctrine chrétienne médiévale, la théorie des signatures, qui enseignait que Dieu avait fourni le moyen de guérir chaque malade, et que les substances capables de soigner, qu'elles soient animales, végétales ou minérales, portaient une marque ou une signature qui donnait une indication sur leur utilité. Par exemple, les graines de Scutellaria (utilisées comme remède pour les maux de tête) peuvent apparaître comme ressemblant à des crânes miniatures et les feuilles tachetées de blanc de Pulmonaria longifolia (utilisées contre la tuberculose) ont une ressemblance avec les poumons d'un patient malade. On croyait à l’existence d’un grand nombre de ces ressemblances.

    La plupart des monastères ont entretenu des jardins d'herbes médicinales pour produire des remèdes à base de plantes et ceux-ci constituent encore une partie de la médecine populaire, tout en étant utilisés par certains médecins. Des livres sur les remèdes à base de plantes ont été édités, un des plus célèbres d’entre eux étant un livre gallois, le Livre Rouge de Hergest (Red Book of Hergest), datant des années 1400.
    - Pratique de la "saignée" et hygiène médiévale
    Les saignées médicinales apparurent en 1130 ; pratiquées à satiété (et parfois même de façon délirante, puisque des patients gravement blessés par faits de guerre se sont vu saignés davantage encore, aggravant trop souvent leur épuisement jusqu'à sa suite logique, le trépas), par les médecins, quelle que soit la nature du mal dont le patient était atteint; elles persisteront jusqu'au XVIIIe siècle. Il suffisait d'ailleurs parfois qu'un médecin de "champ de bataille", (mais installé dans un lieu abrité et éloigné), s'abstienne d'utiliser la technique de la saignée, par simple "bon sens", pour se forger une réputation de bon médecin, le reste de la profession, "expédiant" généralement "AD PATRES", dans des circonstances analogues, la majorité de ses patients. Le nettoyage des plaies à l'eau vinaigrée, le maintien des pansements propres fraichement repassés (donc involontairement "stérilisés"), le lavage des mains des "servantes" à la cendre de bois (disponible à foison, et presque aussi efficace que le savon..), dans le but de netteté dans les tâches de repassage des "bandages" et autres "chemises", suffisant à maintenir une relative asepsie, la prescription des "reconstituants" de l'époque (vin au miel, viandes épicées, raisinés, confitures etc.), suffisant à hâter la récupération.
    - Zodiaque et corps humain
    Le corps de l'homme était vu comme lié au macrocosme et chaque signe relié à une partie de son corps (du haut en bas en partant du Bélier jusqu'aux Poissons).
    Ainsi nous avons :
    Bélier : tête
    Taureau : cou, gorge
    Gémeaux : bras, mains, poumons
    Cancer : estomac, seins
    Lion : cœur, nerfs
    Vierge : intestins
    Balance : reins
    Scorpion : organes respiratoires
    Sagittaire : hanches, cuisses
    Capricorne : genoux
    Verseau : mollets, chevilles
    Poissons : pieds
    - Les guérisseurs
    Une caractéristique de cette période est la multiplicité de guérisseurs. Contrairement à d'autres professions, il n'y avait pas d'élite chargée du contrôle, en fait la profession n’existait pratiquement pas car il n'y avait pas de consensus sur les règles ou les méthodes de la discipline, de nombreux praticiens exerçaient à temps partiel, et tous avaient d’autres activités professionnelles et n’étaient pas seulement des médecins. Ceux qui promettaient la guérison étaient indifféremment des hommes ou des femmes, se recommandaient de toutes les religions et étaient issus de tous les milieux sociaux, allant des serfs aux universitaires les plus instruits et les plus riches. Pour de nombreux praticiens -infirmières, dentistes, pharmaciens, sages-femmes, etc- ce travail était un métier. Ce n'est qu’au XVIe siècle que divers organismes commencèrent à s’accorder pour établir un encadrement légal des pratiques médicales. Il est intéressant de classer ces médecins en deux catégories principales, en notant le caractère flou et mouvant des frontières entre les deux groupes. Le principal comprend les clercs et l'élite formée par l’université (médecins) et commerçants.

    Les praticiens ordinaires vendaient une assistance médicale et des potions. Ils travaillaient comme membres d’une Guilde, avec une licence des autorités locales, ou étaient attachés à une grande maison ou peut-être à un monastère. Ils étaient rémunérés, soit au cas par cas pour leurs services ou par une rente, les paiements étaient souvent en nature - nourriture vêtements - plutôt qu’en argent.


    La médecine cléricale, souvent appelée médecine monastique, était pratiquée dans le cadre d'un devoir religieux, avec le paiement des soins et la rétribution des soignants par l'intermédiaire de l’église plutôt que directement par le patient. La règle de saint Benoît a professé que : avant et au-dessus de toutes choses, il faut prendre soin des malades, car en vérité c’est lorsqu’ils sont honorés que le Christ est honoré…

    La quasi-totalité des monastères avait une infirmerie pour les moines ou moniales, ce qui les a conduits à avoir à leur disposition tout ce dont ils avaient besoin pour la prise en charge des patients laïques. Presque la moitié des hôpitaux de l'Europe médiévale étaient directement affiliés à des monastères, prieurés ou autres institutions religieuses. La plupart des autres établissements imitaient les communautés religieuses, en formulant des règles de conduite précises, exigeant un uniforme type pour l’habillement des soignants et intégraient les services du culte dans leur pratique quotidienne.

    Les médecins, qui ont étudié les livres des maîtres grecs dans les universités, constituaient l'élite auto proclamée de la profession médicale. Leur rôle était limité, selon une étude du XIIIe siècle il n'y avait que trois médecins à Worcester pour une population de dix mille habitants, et peu de personnes, en dehors des riches ou des nobles, avaient un accès régulier à ces praticiens. Les médecins établissaient leur diagnostic par un examen minutieux du sang, des urines et des selles de leurs patients pour déterminer leur complexion ou l’équilibre des humeurs. Ils pouvaient prescrire des médicaments, ou procéder à des saignées pour retirer du sang de diverses parties du corps et rectifier l'équilibre des humeurs. Les médecins pouvaient également tenter des opérations étonnamment complexes comme la trépanation, pour atténuer la pression sur le cerveau, ou l’extraction des cataractes.


    Les guérisseurs populaires se transmettaient leurs connaissances de maître à apprenti, et étaient plus accessibles que les médecins pour les paysans ou les ouvriers. Exerçant une activité non réglementée, mais bons connaisseurs des herbes et des remèdes populaires, ils ont été progressivement exclus du système médical.

    Les Saints ont été également sollicités pour guérir les malades. Bien que la guérison par l’imploration des saints (miracles) ne soit pas considérée de nos jours comme une pratique médicale, à l'époque médiévale, cette méthode était un recours aussi couramment employé que toute autre méthode thérapeutique. Environ deux tiers des personnes qui avaient recours aux saints pour obtenir la guérison étaient des paysans. On implorait souvent les saints lorsqu'aucun autre recours n’était disponible rapidement (par exemple, en cas d’accident). Ils étaient rarement sollicités pour des maladies connues de longue date, telles que les malformations congénitales. Dans ces cas, on avait souvent recours aux saints lorsque tout le reste avait échoué. En instituant la canonisation, l'église a voulu ne plus reconnaître que les seuls saints canonisés comme faiseurs de miracles légitimes, toutefois, cela n'a pas toujours empêché les gens de s’adresser à des saints non-canonisés.


    Les femmes. Au début du Moyen Âge, il est probable qu'il y avait autant de femmes que d’hommes impliqués dans la pratique de la médecine. Toutefois, la professionnalisation de la médecine durant la période médiévale tardive et le développement des facultés de médecine a exclu progressivement les femmes de la profession. L’abbesse Hildegarde de Bingen a écrit le Liber simplicis medicinae (abrégé de médecine) aux environs de 1160. Une autre femme médecin célèbre était l’italienne Trotula de Salerne, dont les travaux sur les maladies des femmes ont été diffusés dans toute l'Europe, son nom étant anglicisé en Dame Trot. Une Sœur Ann a été décrite comme une medica au St Leonard's Hospital, de York, en 1276.

    Même après le XIVe siècle, les femmes ont continué à exercer comme sages-femmes. Une sage-femme apprenait généralement son métier comme apprentie d’une sage-femme plus expérimentée, ou encore était formée par un père ou un mari médecin. La seule qualification requise était un certificat d'un prêtre attestant qu'elle était de bonne moralité.
    Les femmes ont également servi comme infirmières dans les ordres monastiques, mais il y avait aussi des infirmières laïques, en charge des soins aux patients.
    - Le système hospitalier
    Dans la période médiévale, le terme hôpital englobait les auberges pour les voyageurs, les dispensaires pour l’accueil des pauvres, les cliniques chirurgicales pour les blessés, et les maisons accueillant les aveugles, les boiteux, les personnes âgées et les malades mentaux. Les hôpitaux monastiques ont développé de nombreux modes de prise en charge, à la fois thérapeutiques et spirituels. Les patients étaient censés s’aider les uns les autres par la prière et le calme, bénéficiant peut-être davantage d’un réconfort que d’un traitement réel. Certains hôpitaux n’avaient pas plus de dix lits, mais d'autres étaient beaucoup plus importants. L’hôpital St Leonard d’York avait enregistré 225 malades et pauvres accueillis et nourris en 1287. Et à Florence en 1400, il y avait plus de trente hôpitaux dont l'un, l'hôpital de Santa Maria Nuova disposait, vers 1500, d’une équipe de dix médecins, d’un pharmacien et de plusieurs autres professionnels, dont des femmes chirurgiens.
    Le XIIe siècle a vu la création de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui associait de façon unique la vie monastique, militaire et médicale. L’ordre dirigeait des hôpitaux à Jérusalem et ailleurs dans les États latins d'Orient, et leur activité s'est finalement étendue à toute l'Europe.

    James Joseph Walsh a écrit ce qui suit au sujet de la contribution de l'Eglise au système hospitalier :
    Au cours du treizième siècle un très grand nombre d'hôpitaux ont été construits. Les villes italiennes ont été à la pointe du mouvement. Milan n'avait pas moins d'une douzaine d'hôpitaux, et Florence avant la fin du quatorzième siècle disposait d’une trentaine d'hôpitaux. Certains d'entre eux étaient de très beaux bâtiments. À Milan, une partie de l'hôpital général a été conçue par Donato Bramante, et une autre partie de ce même établissement a été dessinée par Michel-Ange. L'hôpital de Sienne, construit en l'honneur de Sainte Catherine, est resté célèbre depuis sa construction. Ce mouvement hospitalier s’est propagé partout en Europe. Virchow, le grand pathologiste allemand, dans un article sur les hôpitaux, a montré que toute ville Allemande de plus de cinq mille habitants avait son hôpital. Il a attribué l'ensemble de ce mouvement hospitalier au Pape Innocent III, et bien qu'il n’ait pas été réputé pour être papiste, Virchow n'a pas hésité à tenir des propos très élogieux à l’égard de ce pape, pour tout ce qu'il avait accompli en faveur des enfants et pour soulager les souffrances de l'humanité.
    Les hôpitaux ont commencé à apparaître en grand nombre en France et en Angleterre. Après la Conquête normande de l'Angleterre, l'expansion des idéaux français a conduit la plupart des monastères médiévaux à développer un hôpital ou un hospice pour les pèlerins. Cet hôpital s’est finalement transformé en ce que nous considérons maintenant comme un hôpital, avec des moines et des auxiliaires laïcs prodiguant des soins médicaux aux malades et aux pèlerins victimes des nombreuses épidémies et maladies chroniques qui ont frappé l'Europe occidentale au Moyen Âge. Benjamin Gordon soutient la théorie selon laquelle l'hôpital - comme nous le croyons - est une invention française, mais qu'il a été développé à l'origine pour isoler les lépreux et les victimes de la peste, et seulement plus tard a été modifié pour soigner les pèlerins.

    Grâce à un rapport en bon état de conservation datant du XIIe siècle écrit par le moine Eadmer de la cathédrale de Cantorbéry, on dispose d’un excellent compte rendu des efforts de l'évêque Lanfranc pour établir et maintenir en état de fonctionnement certains de ces premiers hôpitaux :
    Mais je ne dois pas conclure mon travail en omettant ce qu'il a fait pour les pauvres en dehors des murs de la ville de Canterbury. En bref, il a construit une belle et grande maison de pierre… pour différents besoins et convenances. Il a divisé le bâtiment principal en deux, réservant une partie pour les hommes affligés de divers types d'handicaps et l'autre pour les femmes en mauvais état de santé. Il a également pris des dispositions pour leur habillement et leur nourriture quotidienne, rémunérant des auxiliaires et des gardiens pour prendre les mesures nécessaires afin qu’ils ne manquent de rien.
    - Période tardive
    L'érudition en Occident est liée aux dogmes catholiques. Le caractère sacré du corps humain, image d'un Dieu supposé des sacerdoces imposant l'ordre moral sur les ouailles, prohibe et punit les dissections de cadavres mais, contrairement à la Rome païenne, l'Europe du Moyen Âge n’avait pas institué une interdiction totale de la dissection et les chirurgiens du Moyen Âge tardif, comme Mondino de' Liuzzi pionnier de l'anatomie dans les universités européennes, ont effectué des dissections systématiques du corps humain. Toutefois, l’influence galénique était encore si prépondérante que Mondino et ses contemporains ont tenté d’adapter leurs découvertes chez l’homme aux conceptions galéniques de l’anatomie.

    Au cours de la période de la Renaissance artistique, à compter du milieu des années 1450, de nombreux progrès ont été réalisés dans la pratique médicale. L’italien Girolamo Fracastoro, 1478 - 1553, a été le premier à entrevoir que les maladies épidémiques pouvaient être provoquées par des agents extérieurs à l’organisme qui pouvaient être transmises par contact direct ou indirect. Il a également découvert de nouveaux traitements pour des maladies telles que la syphilis.

    En 1543 l’universitaire flamand André Vésale a écrit le premier manuel complet d’anatomie: De Humani Corporis Fabrica, qui signifie Sur les tissus du corps humain. Beaucoup plus tard, en 1628, William Harvey a expliqué la circulation sanguine à travers le corps dans les veines et les artères. On pensait auparavant que le sang était produit par la nourriture et absorbé par le tissu musculaire.


    Pendant les années 1500, Paracelse, ainsi que Girolamo Fracastoro, ont découvert que certaines maladies étaient provoquées par des agents extérieurs au corps tels que les bactéries et non pas par un déséquilibre à l’intérieur de l'organisme.

    Léonard de Vinci a également eu un impact important sur les progrès de la médecine au cours de la Renaissance. Né le 15 avril, 1452, Da Vinci avait une approche de la science qui se fondait sur l'observation détaillée. Il a participé à plusieurs autopsies et a réalisé de nombreux dessins anatomiques minutieux qui comptent parmi les œuvres majeures de l’anatomie humaine.


    Un médecin de l'armée française Ambroise Paré, né en 1510, a remis à l’ordre du jour une méthode de l'antiquité grecque, celle de la ligature des vaisseaux sanguins. Après une amputation la procédure usuelle était de cautériser l'extrémité du membre amputé pour arrêter l'hémorragie. Cela était réalisé avec de l’huile ou de l’eau bouillante, ou avec un instrument de métal incandescent appliqué sur la plaie pour obturer les vaisseaux sanguins. Paré a également ordonné d’envelopper les blessures dans des bandages propres avec des onguents, qu'il avait fabriqués lui-même à base d’œufs, d’essence de rose, et de térébenthine. Il fut le premier à concevoir des mains artificielles pour les patients amputés d’un membre. Sur l'une des mains artificielles, deux doigts pouvaient être mobilisés pour des tâches consistant à prendre et relâcher des objets et, sous un gant, la main semblait parfaitement naturelle.

    Les catastrophes médicales étaient plus fréquentes à la Renaissance qu’aujourd'hui. À cette époque, les routes commerciales étaient le moyen par excellence de propagation des maladies. Huit cents ans après la peste de Justinien, la peste bubonique est réapparue en Europe. À partir de l’Asie, la peste noire a atteint la Méditerranée et l'Europe occidentale en 1348 (peut-être apportée par des marchands italiens fuyant les combats en Crimée) et tué vingt-cinq millions d'Européens en six ans, environ un tiers de la population totale et jusqu'à deux tiers dans les zones urbaines les plus touchées. Avant que les mongols de la Horde d'Or ne lèvent la siège de Théodosie, une ville de Crimée, les morts ou les corps des soldats infectés avaient été chargés sur des catapultes et lancés au-dessus des murs de la cité assiégée pour infecter les personnes réfugiées à l'intérieur. Cet épisode a été l’un des premiers exemples connus de guerre biologique et est considéré comme étant à l’origine de la propagation de la peste noire en Europe.

    La peste est revenue à maintes reprises hanter l’Europe et la Méditerranée du XIVe au XVIIe siècle. Parmi les épidémies plus tardives, notons la peste Italienne de 1629-1631, la Grande Peste de Séville (1647-1652), la grande peste de Londres (1665-1666), la Grande Peste de Vienne (1679), la peste de Marseille en 1720-1722 et la Peste de Moscou en 1771.

    Avant que les Espagnols arrivent en Amérique et au Mexique, les germes mortels de la variole, de la rougeole et de la grippe étaient inconnus du nouveau monde. Les Amérindiens n'avaient pas l’immunité des Européens développée à la suite du contact avec les maladies. Christophe Colomb a mis fin à l'isolement des Amériques en 1492 par son expédition sous le pavillon castillan de l’Espagne. Des épidémies meurtrières ont balayé les Caraïbes. La variole décimait des villages entiers en l’espace d’un mois. L’île d’Hispaniola avait une population indigène de 250000 habitants. Vingt ans plus tard, la population avait considérablement diminué pour atteindre 6000 personnes. Cinquante ans plus tard, on estimait qu'il restait environ cinq cents Amérindiens. La variole s'est ensuite propagée au Mexique où elle a contribué à détruire l’Empire aztèque. Au cours du premier siècle de domination espagnole au Mexique, de 1500 à 1600, en Amérique centrale et en Amérique du Sud les autochtones sont morts par millions. En 1650, la majorité de la population mexicaine avait péri à cause de ces épidémies.


    Voir aussi :
    Thaumaturgie
    Alchimie




     
  20. titegazelle

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    Médecine dans la Civilisation Islamique
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    Sommaire

    1 Généralités
    2 Méthode Scientifique
    3 Anatomie et Physiologie
    4 Épidémiologie, Étiologie, Pathologie
    5 Dentisterie
    6 Obstétrique
    7 Sciences Pharmaceutiques
    8 Chirurgie
    9 Instruments Chirurgicaux
    10 Thérapeutiques
    11 Urologie
    12 Autres contributions médiévales
    13 Contributions modernes


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    MÉDECINE DANS LA CIVILISATION ISLAMIQUE

    En histoire de la médecine, le terme médecine islamique ou médecine arabe fait référence à la médecine développée pendant l’âge d'or de la civilisation islamique médiévale et consignée dans des écrits en langue arabe, la lingua franca de la civilisation islamique. En dépit de ce que ces deux termes accolés pourraient le laisser croire, un grand nombre de scientifiques de cette période ne sont pas arabes. Certains considèrent l’expression "arabo-islamique" comme historiquement inexacte, faisant valoir que cette locution ne rend pas compte de la richesse et de la diversité des chercheurs orientaux qui ont contribué au développement de la science islamique à cette époque. Les traductions latines du XIIe siècle d’ouvrages médicaux écrits en arabe ont eu une influence significative sur le développement de la médecine moderne.


    Généralités

    Les écrits de médecine de l’âge d’or de la civilisation islamique ont été influencés par plusieurs systèmes médicaux, dont celui de la médecine traditionnelle de l’Arabie de l'époque de Mohamed, celui de la médecine de la Grèce antique ainsi que par la médecine yunâni, la médecine ayurvédique de l'Inde ancienne et la médecine de l’Iran antique de l’Académie de Gundishapur.
    - Fondements
    Une tradition voit en Mohamed le premier médecin musulman, car un nombre important de hadiths concernant la médecine lui sont attribués. Selon la tradition orale, plusieurs sahabas auraient été traités avec succès, pour d’authentiques maladies, en suivant les recommandations de Mohamed. Les trois méthodes de guérison connues pour avoir été mentionnées par ce dernier sont le miel, les ventouses et la cautérisation, bien qu'il ait été généralement opposé à l'utilisation de la cautérisation à moins qu'elle «convienne à la maladie». Selon Ibn Hajar al-Asqalani, Mohamed n'aimait pas cette méthode parce qu’elle était "douloureuse et effrayante pour le patient", puisqu’il n'y avait pas d’anesthésie à cette époque. Mohamed semble également avoir été le premier à suggérer la nature contagieuse de la lèpre, de la gale et des maladies sexuellement transmissibles et à avoir dit qu'il y a toujours une cause et un remède à toutes les maladies, selon plusieurs hadiths mentionnés dans les textes de Sahih al-Bukhari, de Sunan Abi Dawoud et d' Al-Muwatta et attribués à Mohamed, tels que :
    «Il n'y a pas de maladie que Dieu ait créée, excepté celle pour laquelle il a aussi créé le traitement correspondant.»
    — Sahih al-Bukhari

    «Faites usage des traitements médicaux, car Dieu n'a créé aucune maladie sans prévoir un remède pour elle, à l'exception d'une seule maladie, la vieillesse.»
    «Dieu vous envoie à la fois la maladie et la guérison, et il a prévu un remède pour chaque maladie, aussi soignez-vous avec des médicaments.»

    — Sunan Abi Dawood

    «Celui-là Seul qui vous envoie la maladie vous envoie aussi le remède.»
    — Al-Muwatta

    D'autres hadiths au contraire montrent une science médicale faible chez Mohamed :
    «Le prophète a dit que la peste est due à des piqûres de nos ennemis parmi les diables (les djinns).»
    — Hadith de Malek, numéro 18707

    «Le prophète ne reconnaît pas la contagion. Un bédouin objecta en disant : "Et pourquoi lorsqu'un chameau qui a la gale s'infiltre dans un troupeau de chamelles saines, ces dernières attrapent-elles la gale ?" Le prophète, attaché a son opinion, répondit : "Et d’où vient la contagion pour la première fois ?"»
    — Hadith de Boukhari, numéro 5278

    La croyance qu'il existe un remède à chaque maladie a encouragé les premiers musulmans à se livrer à la recherche médicale et à chercher un remède pour toutes les maladies qu’ils connaissaient. Toutefois, un grand nombre des premiers auteurs de la médecine islamique, étaient habituellement davantage des clercs que des médecins et l’on sait qu’ils préconisaient les pratiques médicales traditionnelles de l’époque du prophète Mohamed, comme celles qui sont mentionnées dans le Coran et les hadiths. Par exemple, la thérapeutique de l'époque ne prévoyait pas la nécessité pour le patient de se soumettre à une quelconque intervention chirurgicale.

    À partir du IXe siècle, Hunayn ibn Ishaq a traduit de nombreuses œuvres de Galien en arabe et a continué ses travaux par la traduction des Sushruta Samhita, des Charaka Samhita et des œuvres de Gundishapur en langue pehlevi. Bientôt les médecins musulmans ont commencé à faire eux-mêmes des progrès importants et ont apporté des contributions personnelles à la médecine et l’ophtalmologie.


    La médecine a été un élément central de la culture islamique médiévale. En réponse à des circonstances de temps et de lieu, les chercheurs et les médecins islamiques ont élaboré une littérature médicale vaste et complexe pour explorer et synthétiser l’ensemble des théories et des pratiques de la médecine. La médecine islamique a été construite initialement sur la tradition, principalement à partir des connaissances théoriques et pratiques développées en Arabie, en Perse, en Grèce, à Rome, et en Inde. Galien et Hippocrate ont été pour eux des autorités prééminentes, ainsi que les médecins de l’Inde ancienne Sushruta et Charaka ainsi que les chercheurs de l’époque hellénistique d’Alexandrie. Les érudits musulmans ont traduits leurs volumineux écrits du grec et du sanskrit en arabe, puis ont ajouté de nouvelles connaissances médicales sur la base de ces textes. Afin de rendre les traditions grecques et indiennes plus accessibles, plus faciles à comprendre et à enseigner, les érudits musulmans les ont classées et ont présenté d’une manière plus systématique et cohérente les connaissances médicales gréco-romaines vastes et parfois contradictoires, en écrivant des encyclopédies et des résumés. Le Canon de la médecine d’Avicenne a été traduit en latin. Dans toute l'Europe Occidentale, ces livres ont eu une influence égale, sinon plus importante, à celle des originaux de l’antiquité grecque. Rien qu’au cours des seuls quinzième et seizième siècles, le Canon de la Médecine a été réédité plus de trente-cinq fois.
    - Hôpitaux et Universités
    Les médecins musulmans ont été les premiers à mettre en place des hôpitaux au sens moderne du terme, connus sous le nom de Bîmâristâns. Il s’agissait d’établissements où les malades étaient accueillis et pris en charge par un personnel qualifié et qui se distinguaient clairement des anciens temples de guérison ou temple de sommeil (nommés Asklepieions en Grèce antique en l'honneur d’Asclépios le dieu grec de la médecine), hospices, asiles, lazarets et léproseries qui ont été davantage conçus pour isoler les malades et les fous de la société "plutôt que de leur offrir l’espoir d’une véritable guérison". Les Bîmâristâns fonctionnèrent plus tard comme les premiers hôpitaux publics, les premiers hôpitaux psychiatriques ainsi que des écoles de médecine et des Universités délivrant des diplômes.

    Dans le monde islamique médiéval des hôpitaux ont été construits dans toutes les grandes villes, au Caire par exemple l'hôpital Qalawun pouvait donner des soins à 8000 patients et le personnel comprenait des médecins, des pharmaciens et des infirmières. On pouvait également accéder à un dispensaire et les médecins disposaient de moyens de recherche qui les ont conduit à la découverte de la nature contagieuse de certaines maladies et à la conduite de travaux sur l’optique ainsi que les mécanismes de la vision. Les médecins musulmans opéraient la cataracte avec des aiguilles creuses plus de 1000 ans avant que les médecins occidentaux aient osé tenter une telle intervention, mais précédés en cela par Galien. Des hôpitaux ont été construits non seulement pour les personnes atteintes de maladies physiques, mais aussi pour les malades mentaux. L'un des premiers Hôpitaux psychiatrique jamais construit pour donner des soins à des malades mentaux a été bâti au Caire. Les hôpitaux qui ouvriront plus tard en Europe au moment des Croisades ont été inspirés par les hôpitaux du Moyen-Orient. Le premier hôpital de Paris, Les Quinze-vingt, a été fondé par Louis IX après son retour de la Septième croisade entre 1254 et 1260.

    Les hôpitaux du monde islamique étaient en avance dans le domaine de l'évaluation des compétences des médecins et des infirmières, ainsi que dans celui de la vérification de la pureté des médicaments et l’amélioration des procédures chirurgicales. Les hôpitaux ont également été créés avec des quartiers séparés pour certaines maladies spécifiques, afin que les personnes porteuses d’une maladie contagieuse puissent être isolées des autres patients.

    L'une des caractéristiques des hôpitaux musulmans de l’époque médiévale qui les distinguait de leurs prédécesseurs et de leurs équivalents contemporains était le respect de règles d’éthique médicale sensiblement plus avancées. Les hôpitaux du monde islamique traitaient des patients de toutes les religions, de toutes les ethnies et de tous horizons, alors que les hôpitaux eux-mêmes employaient souvent un personnel composé de chrétiens, de juifs et d’autres minorités. Les médecins musulmans devaient respecter des obligations envers leurs patients, quelle que soit leur richesse ou leur niveau social. Les règles éthiques des médecins musulmans ont d'abord été fixées au IXe siècle par Ishaq Ali bin Rahawi qui a écrit l’Adab al-Tabib (conduite du médecin), le premier traité consacré à l'éthique médicale. Il considérait les médecins comme les "gardiens des âmes et des corps" et il a écrit vingt chapitres sur divers sujets liés à l'éthique médicale.

    Une autre caractéristique unique des hôpitaux musulmans de l’époque médiévale était le rôle du personnel féminin qui avait rarement été employé dans les temples de guérison durant l'Antiquité ou le Moyen Age, ailleurs dans le monde. Les hôpitaux musulmans médiévaux employaient couramment du personnel infirmier de sexe féminin, notamment des infirmières venant de pays aussi éloignés que le Soudan, ce qui témoignait d’une grande tolérance. Les hôpitaux musulmans ont également été les premiers à employer des femmes médecins, les plus célèbres étant deux femmes médecins de la famille d’Avenzoar (Ibn Zuhr) qui ont servi Abu Yusuf Ya’qubi al-Mansur sous la loi des Almohades au XIIe siècle. Plus tard au XVe siècle, des femmes chirurgiens ont été mentionnées pour la première fois dans le Cerrahiyyetu'l-Haniyye de Şerafeddin Sabuncuoğlu (Chirurgie Impériale).
    - Encyclopédies
    La première Encyclopédie de médecine en langue arabe a été le Firdous al-Hikmah «Paradis de la Sagesse» d’Ali Ibn Sahl Rabban al-Tabari, écrit en sept parties en 860. Il a été le premier livre à traiter de la pédiatrie et du développement de l'enfant, ainsi que de la psychologie et de la psychothérapie. Dans les domaines de la médecine et de la psychothérapie, cet ouvrage a été influencé principalement par la pensée islamique et les médecins de l’Inde ancienne comme Sushruta et Charaka. Contrairement aux médecins précédents, Al-Tabari a toutefois souligné l’existence de liens solides entre la psychologie et la médecine ainsi que la nécessité de la psychothérapie et du soutien psychologique dans la prise en charge thérapeutique des patients.

    Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (Rhazes) a écrit son traité de médecine au IXe siècle. Ce traité est la plus connue de toutes ses œuvres. Rhazes y avait consigné les cas cliniques rencontrés au cours de son expérience personnelle et des informations très utiles sur diverses maladies. Le traité de médecine, avec sa description de la rougeole, de la varicelle et de la variole, a eu une grande influence en Europe.

    Le Kamil Kitab as-sina'a à tibbiyya (Livre Royal de l’Art médical), d’Ali ibn Abbas al-Majusi (Haly Abbas) vers 980, est plus connu sous le nom de Kitab al-Maliki «Livre Royal» en Latin : Liber Regalis) en l'honneur de son mécène royal Adud Al-Dawla. En vingt chapitres, dix de théorie et dix de pratique, il était plus systématique et plus concis que le Hawi de Razi, mais plus pratique que le Canon d’Avicenne, par lequel il a été remplacé. Avec de nombreuses interpolations et substitutions, il a servi de base au Pantegni de Constantin l'Africain (vers 1087), le texte fondateur de la Schola Medica Salernitana de Salerne.

    Abu al-Qasim al-Zahrawi (Abulcasis), considéré comme le père de la Chirurgie moderne, a grandement contribué à faire de la Chirurgie une discipline médicale par son Kitab al-Tasrif - «La méthode en médecine» ou "La Pratique" - une encyclopédie médicale en 30 volumes publiée en 1000 qui a par la suite été traduite en latin et utilisée dans les écoles de médecine européennes pendant des siècles. Il a inventé de nombreux instruments chirurgicaux qu’il décrit dans son Al-Tasrif.

    Avicenne (Ibn Sina), un philosophe et médecin Hanbaliste et motaziliste du début du XIe siècle, est une autre figure marquante. Il est considéré comme le père de la médecine moderne, et un des plus grands penseurs et chercheurs en médecine de l'histoire. Son encyclopédie médicale, le Canon de la médecine (vers 1020), est restée un manuel de référence en Europe pendant des siècles jusqu'à ce que la tradition musulmane soit supplantée par la médecine scientifique. Il a également écrit Le Livre de la guérison de l’âme (en fait une encyclopédie plus générale de la science et de la philosophie), qui est devenu un autre manuel réputé en Europe. Entre autres choses, les contributions d’Avicenne à la médecine sont notamment l'introduction systématique de l’expérimentation et de la quantification dans l'étude de la Physiologie, la découverte de la nature contagieuse des maladies infectieuses, l'introduction de la Quarantaine pour limiter la propagation des maladies contagieuses, l'introduction de la médecine expérimentale, de la Médecine fondée sur les faits, des Essais cliniques, des essais contrôlés randomisés, des Tests d’efficacité, de la pharmacologie clinique, de l’analyse des facteurs de risque, et le concept du Syndrome dans le diagnostic des maladies spécifiques, les premières descriptions des bactéries, des virus et des organismes vivants, la distinction entre la médiastinite et la Pleurésie, la nature contagieuse de la phtisie (Tuberculose), la transmission des maladies par l’Eau et le sol et la première description minutieuse des maladies de la Peau, des maladies sexuellement transmissibles, des Perversions et des maladies du système nerveux, ainsi que l'utilisation de la Glace pour traiter la Fièvre et la séparation de la médecine de la Pharmacologie qui fut importante pour le développement des sciences pharmaceutiques.

    Le Kitab-al-Saidana d’Al-Biruni est une vaste encyclopédie médicale qui faisait la synthèse entre la médecine islamique et la médecine Indienne. Ses investigations médicales comportent une des plus anciennes descriptions de Frères siamois. Ibn al-Thahabi était célèbre pour avoir écrit la première encyclopédie alphabétique de médecine.

    Ibn Nafis (1213-1288) a écrit Al-Shamil fi al-Tibb (Encyclopédie médicale), une somme volumineuse qui devait à l'origine comprendre 300 volumes, mais il n'a pu achever que 80 volumes avant son décès en 1288. Toutefois même incomplet, ce livre est une des plus grandes encyclopédies médicales connues dans l'histoire, mais seule une petite partie de Encyclopédie médicale a survécu. Après sa disparition, Encyclopédie médicale a finalement remplacé le Canon de la Médecine d’Ibn Sina comme autorité médicale de référence à l’âge d'or du monde islamique médiéval. Les biographes arabes à partir du XIIIe siècle considéraient Ibn al-Nafis comme le plus grand médecin de l'histoire, certains se référant à lui comme au "deuxième Ibn Sina", et d'autres le considérant comme plus important qu'Ibn Sina.

    La dernière grande encyclopédie médicale du monde Islamique fut l’Atlas chirurgical Cerrahiyyetu'l-Haniyye (Chirurgie Impériale) de Şerafeddin Sabuncuoğlu. Bien que son travail soit principalement basé sur le Al-Tasrif d’Abu Al-Qasim, il a également introduit de nombreuses innovations personnelles.
    - Héritage
    George Sarton, le père de l'Histoire des sciences, a écrit dans son Introduction à l'histoire des sciences :
    «Grâce à leurs recherches médicales, ils n’ont pas seulement élargi les horizons de la médecine, mais élargi les concepts humanistes en général… Par conséquent, il ne peut guère s’agir d’un hasard si ces recherches devaient inévitablement les conduire au-delà de ce qui était à la portée des maîtres Grecs. Si on considère comme symbolique que le plus spectaculaire succès de la moitié du vingtième siècle soit la fission atomique et la bombe nucléaire, il ne semble pas fortuit que l'effort médical des premiers musulmans ait pu conduire à une découverte qui a été tout aussi révolutionnaire mais peut-être plus bénéfique.»

    «Une philosophie de l'égocentrisme, sous quelque forme que ce soit, serait à la fois incompréhensible et répréhensible pour la pensée musulmane. Cette pensée était incapable de voir l'homme, qu’il soit en bonne santé ou malade, seul et comme indépendant de Dieu, des autres hommes et du monde qui l’entoure. Il était probablement inévitable que les musulmans découvrent que la maladie ne provenait pas nécessairement du patient lui-même, mais pouvait l’atteindre de l'extérieur, en d'autres termes, qu'ils soient les premiers à avoir établi clairement l'existence de maladies contagieuses»
    «L'un des plus célèbres représentants de l’Universalisme musulman et une des personnalités les plus éminentes de la connaissance islamique était Ibn Sina, connu en Occident sous le nom d’Avicenne (981-1037). Pendant un millier d'années, il a gardé la réputation d’être l’un des plus grands penseurs et chercheurs en médecine de toute l'histoire. Ses ouvrages médicaux les plus importants sont le Canon de la médecine et un traité sur l’utilisation des Drogues pour les maladies de Cœur. Le Canon de la médecine est une immense encyclopédie de médecine. Il contient quelques-unes des plus éclairantes réflexions relatives à la distinction entre la mediastinite et la Pleurésie la nature contagieuse de la phthisie, la transmission des maladies par l'eau et la terre, la description minutieuse des maladies de peau, des maladies sexuellement transmissibles et des Perversions, ainsi que des maladies du système nerveux.»

    «C’est pendant les croisades que l'Europe a enfin commencé à ouvrir des hôpitaux et nous avons de bonnes raisons de penser qu’elle s’est alors inspirée de l’expérience des Arabes du Proche-Orient .... Le premier hôpital de Paris, Les Quinze-vingt, a été fondé par Louis IX après son retour de la croisade de 1254 à 1260. »
    — George Sarton


     

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